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Full text of "Glossaire des mots espagnols et portugais dérivés de l'arabe"

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GLOSSAIRE 

ES  MOTS  ESPAGNOLS  ET  PORTUGAIS 


DÉRIVÉS    DE    L'ARABE 


R.  D  o  z  y 


de  Charles  III  d'Espagne,   correspondant  de>  lliistiiut  de  Fr;. 
l-Académie  d'histoire  de  Madrid,   associé  étranger  de  la  soc.  a.iat.  de  Paris,   professeur 
d'histoire  fe  l'Université  de  Leyde,  etc. 


ET 


Lfc: 


)r    W.  H.  ENGELMANN 


SECONDE    ÉDITION 


nKVUE    KT 


T»ÈS-COI«SU>ÉaABI.EÎWESÎT    A^;G!IIE^T^  i: 


LEYDL,  J.   BRÎLL 

Imprimeor  d«  TUaiv 

1869. 


GLOSSAIRE 

DES  MOTS  ESPAGNOLS  ET  PORTUGAIS 

DÉRIVÉS  DE  L'ARABE 


GLOSSAIRE 

DES  MOTS  ESPAGNOLS  ET  PORTUGAIS 

DÉRIVÉS    DE    L'ARABE 


PAB  ^■< 


P«^^" 


R.    D  O  Z  Y 

Commandeur  de  l'ordre  de  Charles  III  d'Espagne,   correspondanl  de  l'Institut  de  France  et  de 

l'Académie  d'histoire  de  Madrid,   associé  étranger  de  la  soc.  asiat.  de  Paris,   professeur 

d'histoire  k  l'Université  de  Leyde,  etc. 


ET 


LE  Dr.  W.  Hf  ENGELMANN 


SECONDE   ÉDITION 

lEVUE    ET    TRÈS-COrVSIOÉRABLEMENT    AV6MEIVTÉE 


YDE,    E.    J.    BRILL 

Imprlmt-iir  df    l'Universilo 

186  9. 

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P  R  Ë  F  A  C  E 


LA  SECONDE  ÉDITION. 


La  première  édition  de  ce  Glossaire ,  publiée  par  M.  Engelmami  seul  en  1861 , 
a  été  accueillie  par  le  public  lettré,  non-seulement  avec  cette  indulgence  à  la- 
quelle le  jeune  auteur  avait  des  droits  incontestables,  mais  avec  une  grande 
faveur.  Un  linguiste  très-distingué ,  M.  Mahn  i ,  a  déclaré  que  c'était  un  tra- 
vail excellent;  un  savant  orientaliste,  M.  Gosche^,  en  a  parlé  dans  les  termes 
les  plus  honorables,  et  deux  juges  dont  la  haute  compétence  ne  sera  contestée 
par  personne,  M.  Miiller  (de  Munich)  et  M.  Defrémery,  lui  ont  consacré  des 
articles  étendus ,  le  premier  dans  le  Bulletin  des  séances  de  l'Académie  de 
Munich  3,  le  second  dans  le  Journal  asiatique*.  Selon  M.  Defrémery,  c'est  le 
premier  exemple  d'un  recueil  critique  de  mots  arabes  adoptés  par  une  ou  plu- 
sieurs langues  européennes ,  les  essais  du  même  genre  qui  avaient  été  tentés 
auparavant  laissant  beaucoup  à  désirer.  Il  trouve  que  M.  Engelmann  est  un 
homme  versé  dans  l'étude  critique  des  langues,  nullement  disposé  à  se  laisser 
égarer  par  de  fausses  lueurs ,  et  ce  qui  lui  semble  particulièrement  digne  d'élo- 
ges,   c'est   cette    partie  de  l'introduction  qui  traite  des  altérations  que  l'écriture 


1)  Etymologitche  Untersuchungen  auf  dem   Gebiete  der  romanischen  Sprachen^  p.  143. 

2)  Dans  le  supplément  au  XX''  volume  du  Journal  de  la  société  asiatique  de  TAlIe- 
inagne,  Wissenscha/tlicher  Jahreshericht  ûher  die  tnorgenldndischen  Studien  ^  1859  bis 
1861,  p.   248. 

3)  Sitzungsberichte  der  honigl.  bayer.  Akademie  der  Wissenscha/ten ,  année  1861, 
t.  II,  p.   95—115. 

4)  Année  1862,   t.  I ,   p.   82 — 90. 


VI 

ou  la  prononciation  ont  introduites  dans  les  mots  arabes  adoptés  par  les  Espa- 
gnols et  les  Portugais.  De  son  côté  M.  Miiller  s'exprime  en  ces  termes;  «L'au- 
teur s'est  placé  au  seul  point  de  vue  véritable,  celui  de  l'étude  comparée  des 
langues ,  qui  est  un  produit  des  temps  modernes ,  qui  interroge  l'histoire ,  et 
qui  s'applique  avant  tout  à  établir  des  lois  certaines.  Il  possède  une  connais- 
sance étendue  de  la  langue  arabe,  surtout  de  celle  des  époques  plus  rappro- 
chées de  nous,  et  plus  particulièrement  encore  de  lïdiome  que  parlaient  les 
Maures  de  la  péninsule  ibérique ,  de  sorte  que  ses  résultats ,  pris  en  gros ,  ne 
pourront  être  qu'approuvés  parles  connaisseurs.» 

Ce  qui  prouve  d'ailleurs  que  cet  ouvrage  a  été  fort  goûté  du  public,  c'est  qu'en 
peu  d'années  une  nouvelle  édition  en  est  devenue  nécessaire.  Malheureusement 
M.  Engelmann  n'était  pas  à  même  de  la  donner.  Etant  entré  au  service  de  la 
société  biblique  néerlandaise  vers  l'époque  où  il  publia  son  glossaire,  il  a  dû 
étudier  le  sanscrit  et  les  langues  de  l'Archipel  indien,  après  quoi  il  a  été  en- 
voyé par  cette  société  à  Java  afin  d'y  composer  une  grammaire  et  un  diction- 
naire de  la  langue  sonde.  Ces  nouvelles  études  l'ont  arraché  à  celle  de  l'arabe  , 
et  comme  il  était  persuadé  qu'une  nouvelle  édition  de  son  Glossaire  ne  devait 
pas  être  une  simple  réimpression  de  la  première,  augmentée  seulement  des 
remarques  présentées  par  MM.  Defrémery  et  Miiller  ,  il  répondit  à  l'éditeur , 
M.  Brill,  qui  lui  avait  écrit  à  ce  sujet,  qu'il  lui  était  impossible  d'accéder  à  sa 
proposition ,  d'abord  parce  qu'il  était  devenu  trop  étranger  à  ce  genre  d'études , 
ensuite  parce  qu'à  Bandong,  où  il  se  trouvait  et  où  il  se  trouve  encore,  il 
manquait  des  livres  nécessaires  pour  remplir  convenablement  sa  tâche.  Alors 
M.  Brill  s'adressa  à  moi  pour  me  demander  si  je  voulais  me  charger  de  cette 
seconde  édition.  Je  n'hésitai  pas  à  y  consentir,  pourvu  toutefois  que  M,  En- 
gelmann agréât  ce  dessein,  car  quoique  j'eusse  été  tout^à-fait  étranger  à  la 
première  édition  de  l'ouvrage  de  mon  ancien  disciple,  je  l'avais  étudié  avec  soin 
et  j'avais  annoté  pendant  plusieurs  années  mon  exemplaire  interfolié.  L'appro- 
bation de  M.  Engelmann  ne  se  fit  pas  attendre,  et  il  me  donna  carte  blanche 
en  m'autorisant  à  introduire  dans  son  livre  tous  les  changements  et  toutes  les 
additions  que  je  jugerais  convenables. 

La  tâche  que  j'avais  acceptée  était  cependant  bien  plus  lourde  que  je  ne  l'avais 
soupçonné ,  et  les  notes  que  j'avais  écrites  ne  suffisaient  nullement  pour  l'ac- 
complir. Le  Glossaire  était  incomplet,  je  le  savais,  mais  j'ignorais  à  quel  de- 
gré il  Tétait;   c'est  pendant  le  cours  de   mon  travail  que  ce  défaut  m'est  apparu 


vil 

dans  toute  sa  gravité.  Il  est  moins  sensible  dans  la  lettre  A  ,  parce  que  l'ori- 
gine arabe  des  mots  qui  commencent  par  elle  ,  surtout  si  la  première  syllabe  est 
l'article  arabe  al,  est  aisément  reconnaissable ;  aussi  n'ai-je  pas  même  eu  besoin 
d'augmenter  de  moitié  le  nombre  des  articles  de  l'A*.  Mais  le  reste  était  à 
peine  ébauché,  et  dans  cette  partie  j'ai  dû  ajouter  325  articles  aux  171  qu'elle 
contenait.  Même  avec  ces  additions  très-considérables ,  je  n'ose  pas  affirmer 
que  cette  édition  soit  complète.  J'ai  fait  ce  que  j'ai  pu:  pour  l'espagnol ,  j'ai 
parcouru  d'un  bout  à  l'autre  un  dictionnaire  ancien ,  celui  de  Victor ,  et  un  dic- 
tionnaire moderne,  celui  de  Nunez  de  Taboada;  de  même,  pour  le  portugais, 
le  glossaire  de  S^».  Rosa  et  le  dictionnaire  de  Vieyra;  en  outre  mes  lectures 
m'ont  fourni  un  assez  grand  nombre  de  mots  qui  appartiennent  en  propre  à 
l'ancien  espagnol ,  à  la  basse  latinité  de  la  péninsule  ibérique  et  aux  dialectes 
(M.  Engelmann  avait  aussi  admis  tous  ceux  qu'il  connaissait  et  ce  sont  précisé- 
ment ceux-là  qu'on  a  le  plus  besoin  de  trouver  dans  un  ouvrage  de  cette  natu- 
re); enfin  M.  Simonet,  professeur  d'arabe  à  Grenade,  a  eu  la  bonté  de  m'indi- 
quer  quelques  termes  qui  sont  encore  en  usage  en  Andalousie  ,  mais  qui  man- 
quent dans  les  dictionnaires ,  et  M.  Lafuente  y  Alcântara  m'a  communiqué  une 
liste  de  termes  de  charpenterie  qui  se  trouvent  dans  la  Carpinteria  de  lo  hlanco 
y  tratado  de  Aîarifes ,  par  Diego  Lopez  Arenas  ,  ouvrage  dont  il  a  paru  deux 
éditions  (Séville ,  1633  et  1727) ,  mais  qui  est  devenu  extrêmement  rare  (à  Ma- 
drid on  n'en  connaît  que  deux  exemplaires)  et  que  M.  Mariategui  fait  réimpri- 
mer en  ce  moment.  Je  n'ai  donc  rien  négligé  pour  rendre  cette  édition  aussi 
complète  que  possible,  et  cependant  je  crains  de  ne  pas  y  avoir  réussi.  Lire 
des  dictionnaires  depuis  le  commencement  jusqu'à  la  fin  et  tâcher  de  se  rendre 
compte  de  l'origine  de  tous  les  mots,  est  un  travail  extrêmement  pénible  et 
rebutant.  Quelques  termes  vous  échappent,  malgré  l'attention  que  vous  y  met- 
tez.   J'espère  toutefois  que  ceux  que  j'aurais  dû  admettre  seront  peu  nombreux'^. 


1)  H.  Engelmann   a  427   articles   sous   l'A;    les   miens  sont  au   nombre   de   234. 

2)  Je  dois  prier  le  lecteur  de  consulter  l'index  chaque  fois  qu'il  cherche  un  mot  dans 
cet  ouvrage  et  qu'il  ne  le  trouve  pas.  Comme  beaucoup  de  mots  espagnols  et  portugais 
existent  »ous  plusieurs  formes  différentes  ,  j'ai  ordinairement  réuni  toutes  ces  formes  dans 
un  seul  article,  et  c'est  l'index  qui  est  destiné  à  remplacer  les  renvois,  dont  j'ai  été 
très-sobre.  Celte  remar(|ue  me  paraît  d'autant  plus  nécessaire  ,  que  M.  Millier  a  ((uelquefois 
reproché  à   M.  Engelmann  d'avoir  omis  ua  mol  qnc  ce  dernier  avait  donné  sous  une  autre  lonnc. 


VIII 

Il  y  en  a  aussi  que  j'ai  omis  à  dessein;  ce  sont  ceux  qui  n'ont  jamais  eu  droit  de 
cité:  ceux  qui  appartiennent  exclusivement  au  dialecte  espagnol  corrompu  et 
mêlé  d'arabe  dont  se  servaient  les  Mauresques,  et  qui  ont  été  rassemblés  par 
M.  de  Gayangos*;  ceux  qui  ne  se  trouvent  que  chez  des  voyageurs  en  Orient, 
dans  des  traductions  d'ouvrages  arabes,   etc. 

Si  les  articles  nouveaux,  presque  le  double  de  ceux  de  la  première  édition, 
sont  nombreux,  les  additions  que  j'ai  faites  aux  anciens  articles  le  sont  bien  plus 
encore.  Elles  servent  soit  à  confirmer  les  étymologies  proposées  par  mon  de- 
vancier, soit  à  compléter  ses  renseignements,  soit  enfin  à  réfuter  ses  opinions. 
Par  suite  de  ces  additions  de  différente  nature ,  la  seconde  édition  d'un  opuscule 
qui,  dans  la  première,  n'avait  que  137  pages,  est  devenue  un  gros  volume  qui 
en  a  presque  400  beaucoup  plus  compactes.  C'est  donc  moi  qui  suis  responsa- 
ble de  plus  de  trois  quarts  de  ce  livre  ,  et  afin  de  distinguer  ma  propriété  de  celle 
de  M.  Engelmann,  j'ai  ajouté  un  astérisque  à  mes  additions;  quand  j'ai  inter- 
calé ces  dernières  dans  le  texte  même  de  M.  Engelmann,  j'ai  pris  soin  de  les 
mettre  entre  des  crocliets  accompagnés  de  l'astérisque.  Les  personnes  qui  com- 
pareront la  seconde  édition  avec  la  première ,  verront  que  j'ai  changé  tacitement 
plusieurs  choses  qui  n'étaient  pas  d'une  grande  importance.  Je  n'ai  pas  à  m'en 
excuser,  M.  Engelmann  m' ayant  laissé  toute  latitude  à  cet  égard.  Il  en  est  de 
même  pour  ce  qui  concerne  certaines  suppressions  et  additions;  Je  crains  même 
de  n'être  pas  allé  assez  loin  quant  aux  premières ,  M.  Engelmann  ayant  voulu 
que  je  supprimasse  toutes  les  étymologies  qui  me  paraîtraient  absolument  man- 
quées.  Je  l'aurais  fait  s'il  s'était  agi  d'un  ouvrage  manuscrit;  mais  j'avais  affaire 
à  un  livre  imprimé  et  par  conséquent  à  des  étymologies  connues  du  public  et 
ayant  parfois  une  apparence  de  vérité.  Je  croyais  mieux  faire  de  les  réfuter  que 
de  les  supprimer.     J'ai  donc  usé  avec  réserve  de  la  liberté  que  j'avais. 

Quant  aux  termes  auxquels  on  avait  attribué  à  tort  une  origine  arabe  et  que 
M.  Engelmann  avait  admis  seulement  pour  réfuter  les  étymologies  accréditées, 
je  les  ai  réunis  dans  un  appendice  et  j'y  ai  joint  ceux  que  MM.  Engelmann, 
Miiller  et  Defrémery  ont  considérés  mal  à  propos  comme  arabes. 

Pour  faciliter  les  recherches,  je  dois   avertir  que,  dans  l'ordre  des  articles, 


l)  Dans  le  Memor.  hist.  esp. ,  t.  V,  p.  427  et  suiv.  Pour  être  conséquent  à  ce  principe, 
j'ai  dû  supprimer  les  articles  avidaque  et  gùadoch  qui  se  trouvaient  dans  la  première  édi- 
tion de  ce  livre. 


je  suis  resté  fidèle  à  l'orthographe  moderne.  Ainsi  j'ai  écrit  constamment  c  de- 
vant e  et  i,  et  s  devant  a,  o,  u,  môme  quand  il  s'agissait  de  termes  qui  ne 
se  trouvent  que  chez  des  auteurs  anciens,  lesquels  écrivaient  z  devant  e  et  i , 
et  ç  devant  a,  o ,  u.  Seulement  j'ai  adopté  une  orthographe  plus  ancienne  pour 
ce  qui  concerne  le  y  espagnol,  car  je  l'ai  rendu  par  x  là  où  il  représente  le 
chîn  arabe. 

J'ose  espérer  que  ce  livre  sera  de  quelque  utilité  pour  les  travaux  lexico- 
graphiques.  On  y  trouvera  plusieurs  termes  espagnols  et  bas-latins  qui  ne  sont 
pas  dans  les  dictionnaires;  mais  il  pourra  servir  surtout  à  compléter  les  lexi- 
ques arabes ,  car  la  plupart  des  mots  qui  ont  passé  dans  l'espagnol  et  le  portu- 
gais y  manquent.  C'est  justement  ce  qui  constitue  la  difficulté,  mais  aussi 
l'attrait  et  l'importance  de  ces  études  étymologiques. 

R.  DOZY. 


PREFACE 


LA  PREMIÈRE  EDITION. 


■Quelque  considérables  que  soient  les  progrès  que  l'étymologie  des  langues 
romanes  a  faits  dans  ces  derniers  temps,  il  est  cependant  incontestable  que, 
pour  ce  qui  concerne  la  dérivation  des  mots  espagnols,  il  reste  encore  beau- 
coup de  problèmes  à  résoudre.  Outre  les  mots  d'origine  latine,  qui  offrent  de 
nombreuses  difficultés ,  il  y  a  dans  cette  langue  des  mots  empruntés  au  basque 
et  à  l'arabe.  Quant  aux  premiers ,  nous  ne  sommes  guère  plus  avancés  qu'on 
ne  l'était  du  temps  de  Larramendi,  et  il  serait  à  désirer  qu'un  philologue  pro- 
fondément versé  dans  cette  langue  si  peu  accessible,  nous  éclaircît  sur  l'in- 
fluence qu'elle  a  exercée  sur  l'espagnol.  Les  mots  arabes,  au  contraire,  ont 
été  plusieurs  fois  l'objet  de  travaux  plus  ou  moins  étendus.  Malheureusement 
ce  sont  des  écrits  sans  méthode,  et  leurs  auteurs  n'ont  étudié  ni  le  dialecte 
vulgaire  ni  les  auteurs  arabes  de  l'Espagne,  ce  qui  revient  à  dire  qu'ils  ont 
négligé  les  sources  principales  où  ils  auraient  dû  puiser. 

Occupé  depuis  quelque  temps  à  préparer  une  nouvelle  édition  du  Vocdbulista 
ar-avigo  de  Pedro  de  Alcala*,  j'ai  cru  ne  pas  faire  un  travail  inutile  si  je  pro- 


1)  *  Cet  excellent  livre  est  devenu  très-rare  et  très-cher;  hors  d'Espagne  on  n'en  trouve 
presque  pas  d'exemplaires  complets,  même  dans  de  grandes  bibliothèques  publiques;  en 
outre  il  est  d'un  usage  difficile,  d'abord  parce  qu'il  a  l'espagnol  avant  l'arabe,  ensuite 
parce  que  les  mots  arabes  y  sont  écrits ,  non  pas  avec  les  caractères  propres  à  cette  lan- 
gue,  mais  en  caractères  gothiques,  de   sorte  qu'on  a  souvent  bien  de  la  peine  ù  en  fixer 


XI 

fitais  des  matériaux  que  j'ai  rassemblés  pour  composer  un  nouveau  glossaire 
des  mots  espagnols  dérivés  de  l'arabe ,  et  j'ai  pensé  qu'un  tel  glossaire  pourrait 
servir  d'appendice  au  dictionnaire  étymologique  de  M.  Diez. 

Avant  tout  je  me  suis  efforcé  de  mettre  en  système  les  changements  qu'on  a 
fait  subir  aux  mots  arabes  pour  les  adapter  à  la  prononciation  espagnole ,  — 
chose  absolument  nécessaire  et  sans  laquelle  l'étymologie,  au  lieu  d'être  une 
science  sérieuse,  n'est  qu'un  jeu  puéril.  Puis  j'ai  pris  pour  règle  de  ne  pro- 
poser aucune  étymologie  sans  avoir  démontré  que  le  mot  arabe  dont  il  s'agissait 
était  employé  dans  la  même  acception  que  son  dérivé  espagnol.  Quand  cela 
était  impossible,  j'ai  cherché  à  constater  le  sens  primitif  du  mot,  et  à  indiquer 
les  causes  qui  lui  ont  fait  donner  une  signification  différente.  Pour  ce  qui 
concerne  les  termes  techniques,  j'ai  eu  recours  à  des  livres  arabes,  tant  im- 
primés que  manuscrits,  qui  traitent  de  l'astronomie,  de  la  botanique,  etc.; 
seulement,  comme  je  ne  connais  aucun  auteur  arabe  qui  ait  écrit  sur  l'archi- 
tecture, l'étymologie  et  quelquefois  même  la  signification  de  plusieurs  termes 
qui  se  rapportent  à  cet  art,  me  sont  restées  obscures. 

Parfois  j'ai  donné  une  place  à  des  mots  sur  l'origine  desquels  je  n'avais  pas 
une  opinion  bien  arrêtée,  mais  que  je  présumais  être  arabes.  Je  l'ai  fait  parce 
que  je  voulais  appeler  sur  eux  l'attention  d'autres  orientalistes.  Quant  aux  mots 
qu'on  avait  à  tort  dérivés  de  l'arabe ,  leur  nombre  étant  trop  grand  pour  les 
traiter   tous,    il    me   fallait    faire  un  choix.     Je  me  suis  donc  borné  à  réfuter 


la  véritable  orthographe.  Pour  toutes  ces  raisons  j'avais  engagé  M.  Engelmann  à  le  ré- 
imprimer (projet  qu'autrefois  j'avais  formé  moi-même)  »  et  je  lui  avais  conseillé  de  placer 
l'arabe,  en  caractères  arabes,  avant  l'espagnol,  de  ranger  les  mots  selon  l'ordre  de  leurs 
racines,  et  de  justifier  ses  transcriptions,  s'il  en  était  besoin,  par  des  passages  tirés  des 
auteurs  arabes-espagnols.  Â  l'époque  où  il  allait  partir  pour  Java ,  il  avait  jusqu'à  un 
certain  point  achevé  ce  travail;  mais  par  un  excès  de  modestie  et  parce  que  plusieurs 
termes  lui  étaient  restés  obscurs,  il  le  condamna  à  l'oubli.  Alors  j'ai  cru  devoir  repren- 
dre moi-même  cette  tâche.  J'en  avais  fait,  il  y  a  bien  longtemps,  environ  la  troisième 
partie,  et  je  l'ai  terminée  il  y  a  trois  ans  ;  mais  au  lieu  de  me  borner  ù  donner  une 
nouvelle  édition  d'Alcala ,  je  crois  mieux  faire  de  publier  toutes  mes  notes  Icxicographi- 
ques,  qui  formeront  un  supplément  aux  dictionnaires  arabes  et  qui  concerneront  principa- 
lement le  dialecte  de  l'Espagne  et  celui  du  Nord  de  l'Afrique.  Je  ne  puis  pas  encore 
préciser  l'époque  où  ce  travail  verra  le  jour,  car  il  me  reste  plusieurs  livres  à  dépouil- 
ler;  mais  j'y   consacre  tout   le   temps  que  j'ai  à  ma  disposition. 


XII 

les  étymologies    accréditées,    et  j'ai  laissé  de  côté  celles  qui  ne  méritent  pas 
d'être  prises  au  sérieux. 

Peut-être  quelques  mots  arabes  ont  échappé  à  mon  attention.  C'était  presque 
inévitable ,  quoique  j'aie  parcouru  tout  le  Dictionnaire  espagnol  et  que  je  me 
sois  rendu  compte  de  l'étymologie  de  tous  les  mots  dont  l'origine  latine  n'était 
pas  évidente. 

W.  H.   EN6ELIIIANN. 


INTRODUCTION, 


Le  long  séjour  des  Arabes  dans  la  péninsule  ibérique  a  exercé  une 
grande  influence  sur  les  mœurs,  les  coutumes,  et  même  sur  le  langage 
des  naturels.  Les  centaines  de  mots  arabes  qu'on  trouve  dans  l'espa- 
gnol sont  autant  de  traces  de  la  conquête,  traces  ineffaçables  et  qui 
subsistent  encore  à  présent  que  les  derniers  débris  des  Mauresques  ont 
depuis  longtemps  repassé  le  détroit  de  Gibraltar.  L'étude  de  ces  mots 
offre  un  intérêt  particulier.  Si  nous  n'avions  aucun  autre  document 
pour  l'histoire  de  l'Espagne  arabe,  ils  nous  mettraient  en  état  de  nous 
former  quelque  idée  sur  les  rapports  qui  existaient  entre  les  deux  peu- 
ples. Les  noms  des  impôts,  les  alcahalas  et  les  garramas ,  les  almoxa- 
rifes  qui  les  percevaient,  les  alcaldes  et  les  alguaciles  qui  exerçaient  la 
juridiction  ou  la  police,  les  noms  des  poids  et  des  mesures,  les  almo- 
tacenes  qui  en  avaient  la  surintendance  —  tout  cela  montre  assez  claire- 
ment,  lequel  des  deux  était  la  race  dominante.  D'un  autre  côté,  le 
grand  nombre  de  termes  de  botanique,  de  chimie,  d'astronomie,  d'arts 
et  métiers,  que  les  Espagnols  ont  empruntés  aux  Arabes,  prouvent  in- 
contestablement que  la  civilisation  de  ces  derniers  était  plus  avancée. 
Il  en  est  toujours  ainsi:  les  conquérants  imposent  leur  langue  aux  peu- 
ples vaincus  quand  ils  sont  plus  civilisés  qu'eux,  tandis  que,  lorsqu'ils 
le  sont  moins,  ils  adoptent  celle  de  la  race  soumise.  Les  Espagnols 
romanisés  ont  fait  oublier  aux  Golbs,  leurs  maîtres,  le  langage  de  leurs 
aïeux.  Les  Romains,  au  contraire,  ont  propagé  le  latin  dans  tous  les 
pays  barbares  où  pénétraient  leurs  légions.  De  même  qu'eux,  les  Ara- 
bes avaient  la  supériorité,  non-seulement  sur  les  champs  de  bataille, 
mais  encore  dans  les  arts  et  les  sciences.    C'est  pour  celte  raison  que 


leur  idiome  a   laissé  des  traces  dans  l'espagnol,  tandis  que  le  nombre 
des  mots  espagnols  qui  ont  passé  dans  Tarabe  est  presque  nul  *. 

Toutefois  il  ne  faut  pas  exagérer  Tinfluence  de  l'arabe  sur  l'espagnol. 
Ni  la  grammaire ,  ni  la  prononciation  ne  s'en  sont  ressenties.  Le  génie 
de  ces  deux  langues  était  trop  dilférent  pour  que  l'une  exerçât  sur  l'au- 
tre une  action  tendant  à  la  modifier.  Il  faut  donc  considérer  comme 
de  vaines  imaginations  «l'intonation  arabe»  et  «les  teintes  mauresques» 
de  l'espagnol,  dont  quelques-uns  ont  parlé.  Le  vocabulaire  seul  a  été 
enrichi  de  mots  arabes.  Sauf  quelques  rares  exceptions ,  ce  sont  tous 
des  termes  concrets,  que  les  Espagnols  ont  reçus  avec  les  choses  qu'ils 
désignaient.  De  ces  substantifs  se  sont  formés  des  verbes,  et  de  ces 
verbes  de  nouveaux  substantifs,  mais  tout  cela  s'est  fait  suivant  les 
règles  de  la  langue  espagnole.  C'est  donc  bien  à  tort  qu'on  a  voulu 
quelquefois  dériver  des  verbes  espagnols  directement  de  l'arabe  *. 


1)  *  Cette  assertion  doit  être  modifiée:  le  nombre  de  termes  espagnols  qui  ont  passé 
dans  Tarabe  et  que  j*ai  notés,  n'est  guère  moins  considérable  que  celui  des  mots  espa- 
gnols, dérivés  de  l'arabe,  que  contenait  la  première  édition  de  ce  Glossaire.  Il  est  vrai 
qu'on  n'en  trouve  pas  beaucoup  chez  les  historiens  et  les  voyageurs  arabes-espagnols; 
mais  ils  sont  assez  fréquents  chez  les  botanistes.  En  effet,  il  était  fort  naturel  que  les 
Arabes  d'Espagne  adoptassent,  pour  désigner  des  plantes  qui  ne  viennent  pas  en  Orient, 
les  noms  par  lesquels  les  Espagnols  les  indiquaient.  La  même  observation  s'applique  aux 
noms  de  quelques  animaux.  Puis,  au  fur  et  à  mesure  que  les  Espagnols  recouvraient  le 
terrain  perdu  et  faisaient  des  progrès  dans  la  civilisation,  leurs  termes  s'introduisaient  de 
plus  en  plus  dans  l'aiabe,  et  parmi  les  Mauresques  de  Grenade,  qui  vivaient  sous  la 
domination  chrétienne,  ils  étaient  nombreux,  comme  on  peut  le  voir,  p.  e. ,  dans  Pedro 
de  Alcala.  Ils  le  sont  encore  aujourd'hui  dans  le  dialecte  du  Maroc  et  dans  celui  de 
Tunis,  par  suite  de  l'émigration  forcée  des  Mauresques.  «Les  chapeliers  de  Tunis,»  dit 
M.  de  Flaux  [La  régence  de  Tunis,  p.  45),  «sont  presque  tous  descendants  des  Maures 
d'Andalousie;  leurs  outils  portent  encore  des  noms  espagnols.»  Peut-être  même  quelques- 
uns  de  ces  mots  ont-ils  passé  dans  l'arabe  à  une  époque  assez  reculée.  La  circonstance 
qu'on  ne  les  trouve  pas  chez  les  auteurs  arabes  ne  prouve  pas  qu'ils  n'étaient  pas  en 
usage  chez  le  peuple  arabe,  car  en  général  ces  auteurs  aimaient  trop  la  pureté  de  lan- 
gage pour  ne  pas  répudier  des  termes  étrangers.  Cependant  ils  se  trouvent  même  chei 
eux  plus  souvent  qu'on  ne  le  pense  ordinairement;  mais  les  éditeurs  et  les  traducteurs 
ne   les  ont   pas   toujours   reconnus. 

2)  *  La  règle  établie  en  cet  endroit  par  M.  E.  me  semble  excellente;  seulement  je  crois 
qu'elle     souffre    un   très-petit  nombre   d'exceptions.      A   mon  avis   acicalar,    ahorrar  \épar- 


A  mesure  que  les  descendanls  des  Gotlis,  reprenant  possession  de 
l'héritage  de  leurs  ancélres,  refoulaient  les  Arabes,  leur  langue  se  dé- 
gageait des  alluvions  étrangères,  de  sorte  qu'en  comparaison  des  an- 
ciennes chroniques  et  des  chartes  où  Ton  rencontre  à  chaque  pas  des 
mots  arabes,  le  castillan  moderne  n'en  contient  qu'un  petit  nombre. 


Les  premiers  essais  pour  éclaircir  cette  partie  des  origines  de  la  lan- 
gue espagnole  ont  été  lenlés  par  des  religieux  qui  étaient  interprèles 
du  tribunal  de  l'inquisition  à  Grenade  pour  la  langue  arabe.  L'un 
d'eux,  le  P.  Francisco  Lopez  Tamarid,  de  Grenade,  a  composé  un  Die- 
cionario  de  los  vocablos  que  tomô  de  los  Arabes  la  lengua  Espahola  *. 
Un  autre,  le  P.  Francisco  de  Guadix,  a  écrit  un  livre  sur  le  même 
sujet  ^. 

Je  ne  connais  les  ouvrages  de  ces  deux  auteurs  que  par  les  extrait* 
qu'en  donne  Cobarruvias  dans  son  Tesoro  de  la  lengua  Castellana  (Ma- 
drid, 1611).  A  en  juger  par  ces  extraits,  les  révérends  Pères  savaient 
parfaitement  l'arabe  vulgaire,  mais  voilà  tout.  Ils  ne  se  sont  pas  rendu 
compte  des  changements  que  le  génie  de  la  langue  espagnole  a  fait  subir 
aux  mots  arabes,  et  l'idée  ne  leur  est  pas  venue  de  les  exposer  d'une 
manière  syslémalique.  De  là  des  conjectures  hasardées  au  lieu  d'éty- 
mologies. 

En  outre  Cobarruvias  a  consulté  Diego  de  Urrea ,  interprèle  du  roi 
Philippe  IIL  Cet  éminent  connaisseur  de  la  langue  arabe  mérile  ajuste 
titre  la  confiance  que  lui  a  accordée  le  lexicographe  espagnol  ^.  11 
donne    quelquefois    des    renseignements    précieux    sur    des   mots  arabes 


t;ner),   ali/ar[?)  et  tamar  viennent  directement  de   verbes  arabes.      Les  Mauresques ,  quand 
ils    écrivaient    eu    espagnol,  formaient  assez  souvent  des  verbes  de  «etto   manière  :   mesar 

ou   rnessar  de   ij*s>«  ,  adhelar  de   v«jl\x  ,  adissar  de  iy*0,   etc. 

1)  Voyez   >'ic.   Antonio,   Bill.   JJisp.y  l,   334   éd.  de  Rome. 

2)  Ibid.f   I,    329.   [*  !Sic.   Antonio  avoue   qu'il   ne  connaît  pas   le   titre   de   cet  ouvrajje]. 

3)  «Yo  doy  mucho  credito  â   Urrea,  porque  sabc  la   lengua  majistralmente.  »      Tesoro  y 
liil.   29    v^. 


qu'on  chercherait  en  vain  dans  les  dictionnaires.  Malheureusement  i!  a 
parfois  cédé  à  la  tentation  de  donner  des  explications  plutôt  ingénieuses 
que  vraies.  Dans  la  suite  j'aurai  souvent  l'occasion  de  citer  ou  de  ré- 
futer ses  étymologies. 

Au  commencement  de  ce  siècle,  Martinez  Marina  a  donné,  dans  le 
IV^  volume  des  Memorias  de  la  real  Academia  de  la  hisloria,  un  Catà- 
logo  de  algunas  voces  Castellanas,  puramente  aràbigas,  ô  derivadas  de  la 
lengiia  griega ,  y  de  las  idiomas  orientales,  pero  introducidas  en  Espaha 
par  las  Arabes.  Ce  travail  laisse  beaucoup  à  désirer  sous  divers  égards. 
On  y  trouve  des  centaines  de  mots  dont  l'origine  romane  saute  aux 
yeux*,  et  qui  pis  est,  les  mots  prétendus  arabes,  dont  Marina  les 
dérive,  ne  le  sont  nullement  ^  Pour  cette  raison  il  y  a  plus  de  mille 
articles  à  biffer  de  son  glossaire.  Néanmoins  on  ne  saurait  lui  dénier 
tout  mérite.  Parfois  il  donne  des  mots  espagnols  qui  manquent  dans 
les  dictionnaires,  et  les  passages  des  anciennes  chartes  qu'il  cite  met- 
tent le  lecteur  en  état  d'en  établir  la  signification. 

L'ouvrage  le  plus  récent  que  j'aie  pu  consulter  est  celui  de  M.  Ham- 
mer.  Dans  le  Bulletin  des  Séances  de  l'académie  de  Vienne,  de  l'année 
1854,  ce  savant  a  donné  un  «catalogue  complétai  des  mots  espagnols 
qui  sont  d'origine  arabe,  en  se  proposant  de  corriger  et  de  compléter 
celui  de  Marina.  Il  est  vrai  qu'il  en  a  retranché  plusieurs  absurdités; 
mais  il  en  a  enlevé  aussi  des  parties  parfaitement  saines,  et  d'un  autre 
côté,  il  a  laissé  subsister  et  a  même  confirmé  des  erreurs  palpables. 
Quant  aux  additions,  le  lecteur  sera  bientôt  à  même  d'en  juger.  Cet 
opuscule  n'a  pas  la  moindre  valeur,  et  je  pourrais  m'épargner  la  peine 
d'en  donner  ici  une  critique  détaillée.  De  plus,  en  communiquant  les 
résultats  fâcheux  que  j'ai  obtenus  en  l'examinant,  je  risque  de  me  voir 
accusé  de  la  malicieuse  envie  de  jeter  des  pierres  sur  le  tombeau  d'un 
défunt.  C'est  ce  qui  me  fait  hésiter,  et  si  mon  ouvrage  ne  s'addressait 
qu'aux  orientalistes,  je  n'en  dirais  pas  un  mot.  Mais  il  y  a  un  motif 
qui  m'engage  à  le  critiquer,  et  à  le  critiquer  sévèrement.  Bien  que 
plus   d'une   fois   on   ait  fait  justice  des  écrits  de  M.  Hammcr,  la  haute 


l)   acahar ,  acaidalar ,  acreer,  a/eitar,   etc. 

3)   Taberna,    p.  e.,   est  dérivé  d'un   mot  arabe  qui  n'est  que   la  tiuusciiptiou  du  terme 
latin   (!). 


considération  dont  ils  jouissent  auprès  du  public  non-oricnlaliste  n'en  a 
pas  été  ébranlée.  Voulant  donc  empêcher  que  son  autorité  n'en  impose 
à  ceux  qui  s'occupent  exclusivement  de  l'étude  des  langues  romanes  et 
qui  ne  sont  pas  en  état  de  contrôler  les  étymologies  tirées  de  l'arabe, 
je  me  crois  obligé  de  publier  ici  le  résumé  des  critiques  que  j'ai  à 
adresser  à  son  glossaire;  j'espère  qu'on  les  trouvera  assez  significatives 
pour  me  dispenser  d'en  relever  toutes  les  bévues  et  d'y  revenir  dans  la 
suite  de  mon  travail.     Je  dirai  donc  : 

1°.  M.  Hammer  montre  partout  la  plus  profonde  ignorance  de  l'es- 
pagnol, tant  vieux  que  moderne. 

2°.  Il  n'a  pas  étudié  les  auteurs  arabes-espagnols,  et  il  n'a  pas 
daigné  profiter  des  renseignements  qu'il  aurait  pu  trouver  dans  les  écrits 
d'autres  orientalistes. 

3°.  Tout  l'ouvrage  porte  l'empreinte  d'être  écrit  à  la  hâte  et  avec 
une  extrême  négligence.  On  y  trouve  aussi  plusieurs  échantillons  de 
cette  fausseté  d'esprit,  de  goût  et  de  jugement  qui  caractérise  tous  les 
écrits  de  cet  auteur. 

L'ignorance  de  M.  Hammer  saute  le  plus  aux  yeux  dans  les  articles 
où  il  s'est  proposé  d'expliquer  les  mots  arabes  qui  se  trouvent  chez 
Mendoza.  En  voici  quelques  exemples!  Dans  sa  Guerra  de  Granada 
(p.  7  de  l'édition  Baudry),  Mendoza  parle  de  salteadores ,  c'est-à-dire, 
d'exilés,  de  outlaws,  qui  se  réunissaient  en  bandes  et  faisaient  le  bri- 
gandage ,  et  il  ajoute  qu'on  les  appelait  en  arabe  monfies.  Voyant ,  à 
ce  qu'il  paraît,  des  sauteurs  dans  ces  salteadores ,  M.  Hammer  en  a  fait 
des  danseurs.  nMonfiyr»  dit-il,  «signifie  en  arabe  un  exilé;  il  semble 
que  les  danseurs  out  été  exilés  pendant  quelque  temps  sous  le  régime 
d'un  prince  sévère  (peut-être  sous  celui  du  prince  des  Almohades  [le- 
quel? car  il  y  en  a  eu  plusieurs])  et  qu'à  cause  de  cela  on  leur  a 
donné  ce  nom.  » 

D'une  autre  phrase  de  Mendoza  (p.  41):  «Llaman  adalides  en  lengua 
Caslcllana  à  las  guias  y  cabezas  de  gcnte  del  canipo,  que  entran  à  cor- 
rer  lierra  de  enemigos;  y  à  la  gcnte  llamaban  almogàvares,  »  M.  Ham- 
mer a  tiré  ce  non-sens:  «Almogawir  se  dit  proprement  des  éclaireurs 
qui  pillent  le  pays  ennemi;  ce  sont  les  a/cindschi  des  Turcs  (en  italien 
Sachcyfjialon) ,  d'où  vient  le  mot  Sachmann  des  anciens  écrits  allemands 
«lui   trailorit  des  Turcs;  en  espagnol  ils  s'appelaient  adalides  (de  l'arabe 


delil),  comme  en  français  guides.»  Il  est  difficile  de  méconnaîlre  plus 
ouvertement  le  sens  des  paroles  de  l'auteur  castillan. 

Ailleurs  (p.  44)  Mendoza  dit  que  le  pays  des  Mauresques  était  divisé 
en  districts,  gouvernés  par  des  alcaides,  et  il  ajoute  que  ces  districts 
s'appelaient  en  arabe  tahas,  terme  dérivé  de  tahar  que  en  su  lengua 
quiere  decir  sujetarse.     Il   est  clair  qu'il  a  en  vue  le  verbe  tâ'a  (pLb), 

obéir;  mais  M.  Hammer  y  trouve  l'arabe  kI^vj  {tahîya,  l'infinitif  de  la 
seconde  forme  du  verbe  haiya,  saluer),  «qui  signifie  qu'il  vive ,  formule 
de  politesse  très-usitée  et  dont  les  subalternes  font  usage  en  parlant  à 
leurs  supérieurs  [c'est  apparemment  le  «que  quiere  deôir  sujetarse»  de 
Mendoza] ,  le  ToXuxpovi^siv  des  Byzantins ,  le  TroKit  toc  stvi  7ix.q  des  Grecs 
modernes.  0  Qu'on  relise  le  passage  de  Mendoza  en  faisant  usage  de 
cette  explication ,  et  on  verra  ce  qu'il  est  devenu  sous  les  mains  de 
M.  Hammer. 

Dans  un  autre  endroit  (p.  77)  Mendoza  explique  le  terme  atajadores. 
Ne  s'étant  pas  aperçu  qu'il  ne  s'agit  ici  ni  de  Mauresques ,  ni  d'un  mot 
mauresque,  M.  Hammer  veut  l'expliquer  par  l'arabe  at-taWa  (iUxJiyî), 
qui  signifie  avant-garde.  S'il  avait  eu  la  moindre  idée  de  l'analogie 
espagnole,  il  aurait  vu  que  atajador  dérive  du  verbe  atajar,  qui  est 
formé  à  son  tour  du  substantif  taja ,  ital.  taglia,  fr.  taille.  —  Ce  sont 
là  quelquer-uns  des  nouveaux  articles  que  M.  Hammer  a  ajoutés  au  ca- 
talogue de  Marina  et  qu'il  lui  reproche  d'avoir  omis. 

Il  y  a  encore  d'autres  fautes  dont  l'académicien  de  Madrid  s'est  rendu 
coupable  selon  l'opinion  de  M.  Hammer.  Ainsi  il  le  tance  vertement 
parce  qu'il  a  donné  des  mots  comme  acabdalar,  acebache,  etc.,  «qui ne 
se  trouvent  pas  dans  les  dictionnaires  espagnols  ordinaires.»  Malheu- 
reusement pour  lui,  M.  Hammer  n'a  prouvé  par  de  telles  critiques 
qu'une  seule  chose,  à  savoir,  qu'il  ne  savait  pas  se  servir  de  ces  dic- 
tionnaires, qui  offrent  les  mots  en  question  sous  les  formes  acaudalar, 
azabache,  etc. 

Ayant  trouvé  chez  Marina  que  abarraz  (herbe  aux  poux)  dérive  de 
habb  ar-ras  (ce  qui  est  très-vrai),  M.  Hammer  a  eu  la  malencontreuse 
idée  de  voir  dans  ce  mot  une  autre  forme  de  albarazo  (lèpre  blanche); 
après  quoi  il  s'écrie,  comme  si  Marina  avait  dit  une  grande  sottise: 
«Qu'est-ce  que  ce  mot  arabe,  qui  ne  signifie  que  grain  de  la  icte,  a 
de  commun  avec  la  lèpre  blanche?» 


Les  dictionnaires  espagnols  ont  joué  plusieurs  mauvais  tours  à  M. 
Ilamraer.  Ils  expliquent,  p.  e.,  ajonjoli  (sésame)  par  alegria.  M.  Ham- 
raer,  ne  soupçonnant  pas  que  ce  soit  le  nom  d'une  plante,  a  pensé  que 
ce  terme  signifiait  allégresse,  gaieté,  et  il  le  dérive  de  J.^L^1  (al-djoldjol), 
sonnette,  «ou  plutôt  encore  de  l'allemand  Schelle,»  apparemment  parce 
qu'à  son  avis  le  bruit  d'une  sonnette  est  d'une  grande  gaieté.  Autre 
exemple:  alfageme  (barbier)  est  expliqué  dans  les  dictionnaires  espa- 
gnols par  barbero.  M.  Hammer  semble  avoir  été  d'opinion  que  c'était 
un  barbare,  car  le  mot  arabe  ^.:f^^  {al-adjam),  auquel  il  le  compare, 
a  en  effet  cette  signification. 

Quiza  (peut-être)  dérive,  suivant  M.  Hammer,  de  l'arabe  \ô^  {cadzâ), 
ainsi.  S'il  avait  lu  quelque  auteur  espagnol  du  moyen  âge,  il  aurait 
vu  que  ce  mot  s'écrivait  anciennement  qui  sab  et  il  en  aurait  saisi  im- 
médiatement l'étymologie  romane. 

Si  j'ajoute  à  tout  cela  que  M.  Hammer  a  retenu  plusieurs  autres  éty- 
mologies  arabes  de  mots  latins  {cubo,  matar,  afarto ,  etc.)  qu'il  avait 
trouvées  dans  Marina,  je  crois  avoir  raison  de  dire,  non-seulement  qu'il 
n'avait  pas  saisi  le  génie  de  la  langue  espagnole,  mais  aussi  qu'il  ne 
comprenait  aucun  auteur  qui  ait  écrit  dans  celte  langue,  et  que,  par 
son  ignorance  des  variations  orthographiques  les  plus  ordinaires ,  il 
n'était  pas  à  môme  de  consulter  un  dictionnaire  espagnol. 

Passant  au  second  point,  je  dirai  que  si  M.  Hammer  avait  mis  à  pro- 
fit les  notes  de  M.  Qualremère  sur  l'histoire  des  Mamlouks ,  les  ouvrages 
de  M.  Dozy,  surtout  son  Dictionnaire  des  noms  des  vêtements  et  son 
Glossaire  sur  Ibn-Adharî,  le  Glossaire  sur  Ibn-Djobair  de  M.  Wright, 
etc.,  etc.,  il  aurait  évité  des  bévues  comme  celles-ci: 

Alcabala.  «Ce  n'est  que  dans  sa  signification  arithmétique  que  ce 
mot  dérive  de  l'hébreu  ou  de  l'arabe ,  à  savoir  de  el-mokabelel ,  el-Dschebr 
wel  Mokabelet  étant  le  nom  arabe  de  l'algèbre;  dans  la  signification 
d'impôt  ou  de  tribut  il  n'a  rien  de  commun  avec  el-kiblet,  le  sud.» 
Marina  ayant  écrit  par  erreur  xJLiiii  au  lieu  de  iJLiiiî ,  M.  Hammer 
suppose  gratuitement  qu'il  a  j)ris  ce  mot  dans  cette  acception;  mais 
quant  au  terme  arabe  iJLiiJi  {alcabala),  impôt,  il  avait  déjà  été  expliqué 
plus  d'une  fois ,  par  M.  Quatremùre  dans  le  Journal  des  savants  (janvier 
1848),  et  par  M.  Dozy  dans  son  glossaire  sur  Ibn-Adharî  (H,  58). 

Acitara  «(paries  coiiiniunis)  dérive  peut-être  de  as-sitara  (auleum  len- 


torium).»     Dans  le  même  glossaire  il  aurait  pu  voir  que  sitâra  signifie 
en  arabe  un  mur  extérieur. 

Acebache  «vient  de  as-sobha  (globuli  rosarii).»  S'il  avait  consulté 
les  Loci  de  Ahhadidis  de  M.  Dozy  (I,  52),  il  y  aurait  trouvé  les  ren- 
seignements nécessaires  pour  le  convaincre  que  Marina  a  parfaitement 
raison  en  le  dérivant  de  sabadj, 

M.  Hammer  se  fâche  de  ce  que  Marina  a  dérivé  albanego  (sic)  d'un 
mot  arabe  albanica.  Cependant  M.  Dozy  a  consacré ,  dans  son  Dict.  des 
noms  des  vétem. ,  un  assez  long  article  à  Tétymologie  de  Tespagnol  al- 
banega. 

Barragana  «(vestis  species)  vient  de  qIï-j  (sic),  qui  manque  dans  le 
Dict.  des  noms  des  vêtem.  de  M.  Dozy,  bien  que  Freytag  en  donne 
cinq  différentes  formes.»  La  cinquième  forme  de  Freytag  est  celle  du 
pluriel,  et  si  M.  Hammer  n'avait  pas  oublié  l'orthographe  du  mot  arabe 
(^^ly^j  et  non  ^Lï;?) ,  il  l'aurait  trouvé  à  sa  place  dans  le  Dictionnaire 
de  M.  Dozy,  où  cet  article  occupe  trois  pages  (p.  68  et  suiv.). 

Quant  à  l'extrême  négligence  de  M.  Hammer  et  sa  fausseté  d'esprit, 
en  voici  quelques  échantillons: 

Café  «dérive  de  kahwe,  qui  signifie  les  graines  du  cafier.»  Tout  le 
monde  sait  que  les  graines  du  cafier  s'appellent  en  arabe  bounn,  et 
que  cahwe,  qui  désignait  autrefois  le  vin,  ne  se  dit  jamais  que  de  la 
boisson. 

Acelga  «  (beta)  dérive  peut-être  du  turc  schalgam,  mais  nullement  de 
l'arabe  selka ,  qui  ne  signifie  rien  autre  chose  que  terra  aequalis.»  Ce- 
pendant tous  les  dict.  arabes  ont  silc  dans  la  signification  de  beta  olus, 

«L'arabe  as-saniya,  auquel  Marina  compare  l'espagnol  acena,  n'a  d'au- 
tre signification  que  celle  de  haute ,  élevée.  »  La  première  signification 
que  Freytag  attribue  au  verbe  sanâ  est  celle  de  arroser  la  terre ,  et  il 
donne  au  substantif  as-sâniya  qui  en  dérive  une  acception  analogue. 

fiCifra  dérive  très-certainement  de  l'arabe  djefr  ^ft>,  qui  se  trouve 
déjà  chez  Freytag,  Hlm  al-djefr.y>  Malheureusement  le  terme  'ilm  aU 
djefr,  dans  lequel  M.  Hammer  semble  avoir  trouvé  l'arithmétique,  ne 
signifie  que  ars  divinandi  ex  membrana  camelina  (!). 

Ayant  lu  chez  Marina  que  adarga  vient  de  l'arabe  acZ-c^araca ,  il  rejette 
cette  étymolog^e,  «parce  que  ce  mot  arabe  ne  signifie  pas  bouclier,  y> 
et   il  préfère  le  dériver  de  tars  ou  tors,  qu'il  met  en  rapport  avec  l'ai- 


9 

leiiiand  Tartschc.  Toutefois  on  trouve  chez  Freytag  ad-daraca  dans  la 
signification  de  scutum  ex  corio  confeclum,  et  pour  faire  changer  tors 
(car  tars  n'existe  pas  en  arabe)  en  adarga,  il  faudrait  des  altérations 
semblables  à  celle  qui  fait  venir  al  fana  à^equus. 

Tout  en  accordant  que  alabarda  est  l'allemand  Hellebarde,  M.  Ham- 
mer  le  compare  néanmoins  à  l'arabe  harba  qui  signifie  hasla  brevis.  De 
même ,  quelque  évidente  que  soit  la  dérivation  de  resma  (rame  de  pa- 
pier) de  l'arabe  rizma,  il  s'obstine  à  le  dériver  de  l'allemand  Riess, 
[*Ce  mot  allemand  vient  lui-même  de  l'arabe;  voyez  mes  remarques 
sur  l'art,  resma]. 

Acibar  «dérive  de  aç-çabr,  qui  signifle  l*aloès,  mais  aussi  la  patience  ^ 
parce  qu'elle  est  plus  amère  que  l'aloès  ;  c'est  pour  cette  raison  que 
acibar  a  aussi  en  espagnol  la  signification  de  amertume. r> 

Adunia  (assez,  beaucoup)  «dérive  peut-être  de  ad-dounya,  le  mondes 
où  tout  est  en  abondance.» 

Nacar  (nacre)  vient  «  de  naccâra  (trompette) ,  à  cause  de  la  ressem- 
blance qu'il  y  a  entre  le  son  perçant  de  cet  instrument  et  la  crudité 
de  la  couleur  rouge  *.  » 

Dans  son  introduction  M.  Hammer,  en  parlant  de  l'ouvrage  de  Pedro 
de  Alcala ,  fait  remarquer  que  ce  Père  «a  donné  plusieurs  étyraologies. » 
Le  fait  est  que  M.  Hammer  n'a  vu  que  le  titre  de  cet  ouvrage;  s'il 
l'avait  consulté,  il  se  serait  aperçu  qu'Alcala  ne  fait  que  traduire  mot 
pour  mot  sans  s'occuper  d'étymologie. 

En  examinant  les  permutations  des  consonnes,  M.  Hammer  en  a  mal- 
heureusement oublié  les  plus  marquantes  (par  exemple  celle  de  l  et  r), 
et  quant  aux  voyelles  —  «elles  n'y  font  absolument  rien^.»  H  aurait 
dû  ajouter:  «et  les  consonnes  fort  peu,»  car  il  faut  bien  recourir  à 
cette  règle  pour  opérer  des  changements  tels  que  celui  de  tors  en  adar- 
ga,  de  chalgam  en  acelga,  etc. 

Je  crois  en  avoir  dit  assez  pour  justifier  l'opinion  défavorable  que  j'ai 
émise  sur  l'opuscule  de  M.  Hammer,  et  j'espère  avoir  contribué,  dans 
la  mesure  de  mes  forces,  à  paralyser  l'influence  fâcheuse  que  son  au- 
torité pourrait  exercer  sur  l'élymologie  des  langues  romanes. 


1)  «welches  schreiet  wie  die  hochrothe  Farbc.» 

2)  «Die  Selbstlaute  sind  gleichgiltig  und  werden  willkùrlich  geàndert.» 


10 

Quant  au  portugais,  le  nombre  de  mois  arabes  y  est  beaucoup  moin- 
dre qu'en  espagnol.  Ils  ont  été  recueillis  et  expliqués  par  Sousa,  dans 
ses  Vesiigios  da  lingoa  Arabica  em  Portugal,  Lisboa ,  1789,  ouvrage  qui 
a  été  réimprimé  en  1830  avec  les  additions  de  Moura.  Ce  livre,  bien 
qu'il  ne  soit  pas  exempt  de  fautes  graves,  est  beaucoup  supérieur  au 
catalogue  de  Marina.  Il  contient  moins  de  mots  d'origine  romane, 
moins  de  mots  latins  en  caractères  arabes;  qui  plus  est,  il  y  a  quelque 
idée  de  système.  Il  explique  aussi  les  noms  géographiques  qui  sont 
d'origine  arabe;  mais  comme  il  n'entrait  pas  dans  le  plan  de  mon  ou- 
vrage de  m'occuper  des  noms  propres,  je  les  ai  omis.  J'en  ai  fait  de 
même  de  quelques  termes  de  médecine,  que  Sousa  a  tirés  d'une  tra- 
duction portugaise  d'Avicenne  *.  Ces  mots  ne  se  trouvant  nulle  part 
ailleurs  et  ayant  élé  forgés  par  le  traducteur,  on  ne  peut  les  considé- 
rer comme  appartenant  au  domaine  de  la  langue  portugaise.  C'est  pour 
cette  raison  que  je  n'ai  pas  jugé  nécessaire  de  les  admettre.  —  Il  me 
reste  à  parler  du  livre  de  Santa  Rosa  ^.  Ce  recueil  précieux,  inflni- 
ment  supérieur  à  tous  les  autres  lexiques  de  ce  genre ,  ne  contient  que 
fort  peu  d'étymologies  et  son  auteur  ne  s'était  pas  occupé  de  l'étude 
de  l'arabe;  mais  on  y  trouve  une  foule  de  mots  anciens  avec  les  varian- 
tes, et  à  l'aide  des  passages  tirés  des  chartes  et  des  chroniques  que  le 
savant  auteur  cite  en  abondance ,  on  peut  non-seulement  établir  la  si- 
gnification de  ces  mots,  mais  préciser  en  outre  les  lieux  et  les  temps  où 
ils  étaient  en  usage.  On  a  donc  toutes  les  données  nécessaires  pour  en 
explorer  l'histoire.  Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  combien  tout  cela  est 
essentiel  pour  l'étymologie,  combien  il  est  indispensable  de  connaître 
toutes  les  variantes  orthographiques,  quand  il  s'agit  d'une  langue  aussi 
irrégulière  à  cet  égard  que  le  vieux  portugais.  Ce  livre  m'a  été,  par 
conséquent,  d'une  grande  utilité. 


1)  ^viccna,  ou  £bnsùia,  traduzido  do  Arahe  em  Portuguez,  por  Xalom  de  Oliveira, 
lIel)reo  dos  que  sahirao  de  Portugal,  impresso  em  Amsterdao  no  anno  de  1652.  [*M.E, 
a  aussi  omis,  avec  raison  je  crois,  plusieurs  autres  mots  qui  n'ont  jamais  eu  droit  de 
cilé  en  portugais,  et  que  Sousa  et  Moura  ont  trouvés  dans  le  Dictionnaire  latin-portugais 
de  Bento  Pereira,  dans  la  Pharmacopêa   Tuhuleiisc,  dans  les  voyageurs,  etc.]. 

2)  Elucidario  das  palavras,  termos ,  e  frases,  que  em  Portugal  antiguamente  seusârao, 
e  que  hoje  regularmente  se  ignorao ,  por  Fr.  Joaquin»  de  Santa  Rosa  de  VilerliO.  Lisboa, 
1798. 


11 

Il  va  sans  dire  que  les  ouvrages  des  romanistes, quelque  soil  d'ailleurs 
leur  mérite,  ne  donnent  que  des  renseignements  très-inexacts  et  quel- 
quefois faux  sur  la  partie  arabe.  Aussi  i'éminent  étymologiste  des  lan- 
gues romanes,  M.  Diez,  n*a-t-il  donné  une  place  dans  son  dictionnaire 
qu'à  un  petit  nombre  de  mots  espagnols  et  portugais  dont  il  faut  cher- 
cber  Torigine  dans  cette  langue.  Il  n'y  a  pas  de  reproche  à  lui  faire, 
si  ce  sont  là  les  articles  dans  lesquels  il  a  le  moins  réussi.  Il  s'ap- 
puyait uniquement  sur  l'autorité  de  nos  lexiques  arabes,  et  ceux-ci  sont 
tout-à-fait  insuffisants  pour  des  recherches  étymologiques.  Quelquefois 
il  est  impossible  d'y  retrouver  la  signification  primitive  des  mots,  et  ils 
ne  donnent  aucun  indice  sur  l'époque  où  ces  mots  étaient  en  usage, 
ou  sur  le  dialecte  auquel  ils  appartenaient.  Il  est  extrêmement  dange- 
reux de  s'en  servir  quand  on  n'a  pas  étudié  les  auteurs  arabes.  Qu'il 
me  soit  permis  d'en  donner  ici  un  exemple  éclatant  I 

Dans  ses  Recherches  étymologiques  sur  les  langues  romanes  *  (p.  48) , 
M.  Mahn  dérive  arrebol  (couleur  rouge  que  prennent  les  nues  frappées 
des  rayons  solaires  pendant  les  deux  crépuscules),  de  l'arabe  ar-rabâb 
qui  signifie  chez  Freytag:  «nubes  alba,  aut  quae  modo  alba,  modo  ni- 
gra  apparet,  aut  nubes  pendens  sub  altéra  nube  sive  sit  alba,  sive  ni- 
gra.»  Quand  on  compare  le  mot  espagnol  avec  les  autres  de  la  môme 
racine  {arrebol,  «rouge,  fard  rouge,»  arrebolar ,  «farder,  peindre  de 
rouge  comme  sont  les  nuages»),  on  voit  que  c'est  l'idée  de  rouge  qui 
y  prédomine.  Ar-rabâb  au  contraire,  qui  est  un  mot  du  langage  du 
désert  et  de  l'ancienne  poésie,  signifie  primitivement  nuage.  On  le 
trouve  en  ce  sens  dans  le  Divvan  de  Tahraân  ^ ,  poète  arabe  du  premier 
siècle  de  l'Hégire,  et  un  vers,  cité  pai'  son  scoliaste,  est  conçu  en  ces 
termes:  «Le  rabâb  au-dessous  du  nuage  ressemble  à  une  autruche  sus- 
pendue par  les  pieds.»  De  même  le  grammairien  Ibn-Doraid,  dans  son 
Traité  sur  les  noms  et  les  épithètes  des  nuages  et  des  pluies^,  explique 
ce   terme    par    «un   nuage   qui  semble   être  suspendu  à  un  autre.»     Il 


1)  Etyviohgische  i ntcrstichungcn  avf  dcm  Gehioto  der  Roma7tischcn  Sprachen.  Berlin, 
1854 — 1858.  [*  Cet  ouvrage  a  été  continué;  la  dernière  livraison  que  j'en  possède  ci 
qui   va  jusqu'à  la   page   160,  a  été  publiée  en    1864]. 

2)  Apud  Wright,    Opuscula  Arabica,  p.    70. 

3)  lùid, ,   p.   21.      Cf.  le  Diwan  des  Hod^ailitcs ,   {».   21'6   cd.   R'ôsejjarUMi. 


12 

est  clair  qu'il  n'implique  pas  la  moindre  idée  de  couleur  et  que  sa  si- 
gnification n'a  rien  de  commun  avec  celle  de  arreholK  En  outre  il  ap- 
partenait exclusivement  au  langage  poétique  des  Bédouins;  chez  les 
Mauresques  rabâb  ne  signifiait  rien  autre  chose  que  violon  (en  esp.  rabel). 

II. 

C'est  par  la  bouche  du  peuple  et  non  par  les  écrits  des  savants  que 
les  mots  arabes  ont  passé  dans  l'espagnol.  Aussi  n'appartiennent-ils  pas 
à  la  langue  civilisée,  mais  au  dialecte  vulgaire.  Pour  pouvoir  en  don- 
ner l'explication  étymologique,  il  faut  donc  avant  tout  étudier  la  pro- 
nonciation. A  cet  égard  le  Vocabulisla  ^  de  Pedro  de  Alcala  est  de  la 
dernière  importance.  Ecrivant  dans  le  but  de  faciliter  aux  religieux 
la  conversion  des  Mauresques,  cet  auteur  a  rendu  les  mots  arabes  exac- 
tement comme  le  peuple  les  prononçait,  sans  se  soucier  beaucoup  de 
l'orthographe.  Comme  il  est  notre  seul  guide  pour  le  dialecte  de  l'Es- 
pagne, j'ai  tâché  de  le  compléter  par  les  renseignements  que  j'ai  pu 
recueillir  sur  le  langage  du  Maroc,  qui  est  à  peu  près  le  même  que 
celui  dont  se  servaient  les  Mauresques.  A  cet  effet  j'ai  surtout  mis  à 
profit  la  grammaire  de  Bombay  ^.  En  communiquant  le  résultat  de  ces 
études,  je  ferai  aussi  connaître  les  changements  que  le  génie  de  la  lan- 
gue espagnole  a  fait  subir  aux  lettres  arabes.  On  aura  plus  d'une  fois 
l'occasion  de  remarquer  des  analogies  frappantes  avec  les  lois  qui  ont 
réglé  la  transformation  des  mots  latins  en  mots  espagnols. 

I.     Consonnes, 
Afin  de  ne  pas  séparer  les  éléments  affiliés,  je  rangerai  les  consonnes 


1)  Quant  à  l'étymologie  de  arrehol,  je  crois  que  Cobarruvias  a  raison  en  le  dérivant 
du  latin  ruhor.  Dans  la  première  syllabe  il  ne  faut  chercher  ni  l'article  arabe,  ni  la  pré- 
position latine  ad:  c'est  tout  simplement  un  a  prosthétique  après  lequel  on  a  redoublé  la 
consonne.  Ceci  est  très-usité  dans  la  Iang;ue  basque;  mais  en  espagnol  il  y  en  a  aussi 
quelques  traces,  et  l'existence  de  la  forme  arruga ,  à  côté  de  ruga,  m'en  semble  être  un 
exemple  incontestable. 

2)  Vocabulista  aravigo  en   letra  castellana ,  Granada  ,   1505. 

3)  Grammatica  linguae  Hauro-arabicae  juxta  vernaculi  idiomatis  usura,  Vindobonae  1800. 


13 

d'après  les  organes  qui  servent  à  les  produire,  et  non  d'après  Tordre 
alphabétique.  Je  les  considérerai  sous  trois  rapports:  au  commencement, 
dans  Vintérieur,  et  à  la  fin  des  mots. 

\  et  ^ 

Le  1  (a/i/) ,  qui  n'est  qu'un  signe  de  douce  aspiration ,  n'est  pas  rendu 
dans  l'écriture  espagnole.  Il  en  est  de  même  du  c  {^ain),  lequel  re- 
présente un  son  guttural  qui  est  la  propriété  exclusive  des  langues  sémiti- 
ques. Ce  n'est  que  par  exception  que  cette  lettre,  dans  l'intérieur  des 
mots,  est  quelquefois  exprimée  par  h:  alhanzaro,  alhidada,  [^alahilca, 
alhagara,  et  ce  h  se  change  en  f:  alfagara]. 

*Le  c  devient  quelquefois  g:  algarabia,  algarrada ,  algazafan,  almar- 
taga ,  aînagora  (sous  aisoria)  ,  acimboga.  Les  Magribins  substituent  assez 
souvent  le  gain  au  'aîn;  voyez  la  nouvelle  édition  d'Edrîsî,  Introduc- 
tion, p.  XXII. 


Le  ^  (khâ)  initial  manque. 

*  M.  E.  semble  donc  avoir  pensé  qu'aucun  mot  arabe  commençant 
par  le  ^  n'a  passé  dans  l'espagnol.  Cependant  il  a  noté  lui-même  dans 
le  Glossaire  hait  fa  et  califa,  et  ces  exemples  ne  sont  pas  les  seuls.  Il 
faut  donc  dire  que  le  ^  initial  devient  1°.  h:  halifa,  hacino  (voyez  ma 
note  sur  cet  article),  haloch,  haloque  ;  2°.  ce  h  est  supprimé:  aloque; 
3°.  ou  devient  f:  fatèxa;  4°.  le  ^  devient  c:  califa;  5°.  ce  c  devient 
ch  comme  dans  les  langues  romanes  (chanciller,  chantre,  chapitel, 
chien,  chose,  etc.):  cherva  (voyez  mes  remarques  sur  cet  article),  cho- 
za;  6°.  le  -;.  devient  g:  gafete,  galanga ,  ganinfa,  garroba. 

Médiat  il  se  change  en  f:  alforjas,  alkhordj ,  —  alfayate ,  alkhaiyât  — 
alfombra,  alkhomra,  —  al  fange,  alkhandjar.  Ce  f  permute  dans  l'or- 
thographe avec  le  h:  almohada,  alhucema  j  alhacena,  alheli.  On  trouve 
aussi  des  formes  comme  alacena,  aleli ,  dans  lesquelles  le  h  est  syncopé. 

Le  khâ  se  change  en  c  (qu)  dans:  alcana,  alcarchofa ,  xeque  (de 
cheikh).  Dans  ce  dernier  mol  le  kh ,  qui  est  terminal  en  arabe,  a  été 
auguicnlê  d'un  c. 


14 


*  Le  khâ  médial  devient  g:  algarroba,  albudega  (=  albudeca)  ^  algua- 
rismo,  algafacan,  et  dans  la  basse  latinité  ch:  alchaz  (prononcez:  alkhaz). 


Le  -  {hâ)  initial  et  médial  est  rendu  par  f  ou  h  :  hafiz ,  hacino  , 
hasta  [fasta) ,  horro  y  alhamel,  almohalla  (almofalla),  alholba.  En  por- 
tugais le  f  est  plus  usité:  fasta,  alforvas ,  alforrecas.  —  Le  /t  est  quel- 
quefois retranché:  de  l*arabe  habb  ar-ras  on  a  formé  abarraz  aussi  bien 
que  habarraz  et  f  abarraz;  [*  afice  (=  hafiz),  aciche,  alboaire]. 

*  Placé  entre  deux  voyelles,  le  Aa  devient  parfois  i/;  a^arraî/a;  com- 
parez 'xjSii  [fâkiya)  pour  K^ti  (fâkiha)  chez  Dombay  (p.  10). 

Je  ne  connais  que  deux  exemples  d'un  hâ  final:  dans  les  mots  cata- 
lans almatrach  et  mestech.  Ce  ch  se  prononce  comme  c  ;  voyez  Rôs , 
Dicc,  VaL  Casl.,  p.  6  de  l'Introduction.  En  castillan  on  a  ajouté  un  e 
ou  un  o:  almatraqiie,  mistico.  ["^Ajoutez  l'esp.  almandarahe  et  alman- 
daraque]. 


Cette  lettre,  qui  ne  diffère  de  la  précédente  que  par  son  aspiration 
plus  douce,  éprouve  les  mêmes  changements:  alholi  (alfoli),  alfadia. 
Seulement  elle  se  syncope  plus  facilement.  A  la  fin  des  mots  elle  est 
toujours  retranchée:  alfaqui{h)  et  tous  les  mots  qui  ont  la  terminaison 
féminine  a[h), 

*  Elle  devient  quelquefois  g  et  même  gu:  algorio,  algorin,  alguarin. 


Le  ^  {gain)  tant  initial  que  médial  est  rendu  par  g  [ga,  go,  gu,gue, 
gui):  galima,  gacela,  garrama,  guilla,  gorab,  algaphite,  r egueif a,  alg or- 
fa  ;  [*  gua  :  guadamaci ,  b.  lat.  giiarapus] .  —  Elle  semble  être  retran- 
chée dans  almofar  (de  almigfar).  Cependant,  à  ma  connaissance,  c'est 
là  le  seul  exemple  de  syncope  du  gain:  c'est  ce  qui  me  rend  celle  éty- 
raologie  fort  suspecte. 

'*'  C'est  à  tort  que  M.  E.  a  douté  de  cette  étymologie.  Le  gain  est 
aussi  retranché  dans  alàra,  arel  y  adur  (?) ,  moeda.  Il  est  devenu  /t 
dans  moheda,  v  dans  alvarral. 


i:; 


Le  yj  io^^f)  initial  est  constant:  carmcsi,  qvilate.  Je  n'y  connais 
pas  une  seule  exception,  et  je  crois  que  M.  Diez  s'appuie  avec  raison 
sur  cette  circonstance  pour  révoquer  en  doute  la  dérivation  selon  la- 
quelle gabela  viendrait  de  l'arabe  cabâla. 

*  Je  ne  partage  pas  cette  opinion  ;  voyez  mes  remarques  sur  l'article 
ALCABALA.  Autrcs  excmples:  gabilla  (val.  gabèlla)  de  kJLa^s  ,  gambux,  et 
pour  le  ^:  gumia.  Chez  P.  de  Alcala  le  ^  initial  est  g  dans  al  guezîr 
(^-^t  ;  sous  los  mas)  ;  au  Maroc  le  ^  se  prononce  constamment  g  (Bom- 
bay,  p.  3). 

Dans  l'intérieur  des  mots  le  ^  reste:  alcahuete,  alcaduz^  alquermez, 

alquitran ;  ou  il  se  change  en  g:  alfondiga,  alhelga ,  albondiga,  azogue. 

Final  il  devient  en  catalan  ch  :  almajanech  (en  castillan  almajaneque), 

*  Il  se  change  en  t,  àe  même  que  le  t  devient  c  :  adiitaque. 


*Le  w5  (câf)  se  prononçait  parmi  les  Arabes  d'Espagne  presque  de 
la  même  manière  que  le  quâf;  un  témoignage  formel  s'en  trouve  chez 
Maccarî ,  I,  828,  1.  3  a  f.  Aussi  le  nom  propre  Ciitanda  s'écrit-il 
sAJ^  et  ■}iJjJiS'  (voyez  Maccarî,  II,  759,  1.  17).  P.  de  Alcala  ne  fait 
aucune  distinction  entre  ces  deux  lettres.  Au  Maroc  elles  se  confondent 
aussi;   on  y  écrit  ^dsX^  pour  \JàX^,  ^^f  pour  j.jyJ&,  ^5^^;^  P^"^  o^r^' 

w5^  pour  oi>  (Dombay,  p.  10),  et  dans  un  Formulaire  de  contrats 
(man.  172),  écrit  dans  ce  pays,  je  trouve  (p.  4):  bj-ixc^  ^M^^  bJ^^ 
I5yc>  (au  lieu  de  ^jji=>).     Par  conséquent: 

Le  câf  est  rendu  en  espagnol  exactement  de  la  même  manière  que  le 
quâf. 

Initial:  cafila,  cubeba, 

Médial:  alcandara,  alqueqttenge ,  alqxdle,  alqtiicer ,  mesquino ,  adargama , 
almariaqn. 

*  Il  se  change  en  ch  (comparez  ce  que  j'ai  dit  sur  le  hha):  chirivia 
(à  côté  de  alquitivia) ,  charabe  (=r  carabe)  y  ou  en  /,  de  même  que  le 
/  devient  c:  laba. 


16 


Avant  de  rendre  compte  des  changements  de  cette  lettre,  il  est  né- 
cessaire de  faire  une  remarque  sur  la  manière  dont  se  prononçaient 
autrefois  en  espagnol  les  consonnes  x  (j)  et  g  (ge,  gi), 

1.  Dans  la  transcription  des  noms  propres  que  les  Espagnols  ont 
empruntés  aux  Arabes ,  ils  se  sont  constamment  servis  du  x  ou  du  j 
pour  rendre  les  consonnes  arabes  chîn  et  djîm: 

HJlS\^^]    *  ô\^  (Wâd  al-hidjâra)   Guadalaxara 

{JùS    0>t^  [Wâd  ich)  Guadix 

XvvftJ   [Lécha)  Loxa 

jjia_à  [Cheréch)  Xerez 

qLa^-  [Djayén)  Jaen 

jC:^\JCww!  [Estidja]  Ecija^  etc. 

2.  P.  de  Alcala ,  ayant  à  exprimer  dans  récriture  espagnole  les  sons 
arabes  en  question,   se  sert  également  de  x,  j ,  g  et  quelquefois  de  ch. 

Pour  rendre  l'arabe  JC>J>-  djarha  pi.  djirâh  il  écrit  jarka^  girâh 

»  »  »  à*^\  ^^ût/e^  »  »  zejel 

»  »  »  ^ytX^f^  medjlis  pi.  medjélis  »  »  mexleç ,  megeliç 

1)  »  »  _Lj  tîdj  »  »  tich 

B  »  »  j^  mardj  pi.   morôdj  »  »  marges  moroch 

»  »  »  cA^'i  wahch  »  »  guahx 

»  »  »  jJli>  djild  pi.  djoloud  »  »  jeld,  julud. 

De  ces  exemples,  qu'il  serait  facile  de  multiplier,  il  résulte  ^qu'encore 
au  commencement  du  XVP  siècle  (le  livre  de  P.  de  Alcala  a  été  im- 
primé en  1505),  le  x  et  le  y  {g)  avaient  un  son  correspondant  à  celui 
du  chm  et  du  djîm  des  Arabes.  Je  ne  suis  pas  à  même  de  préciser 
Tépoque  à  laquelle  cette  prononciation ,  qui  s'est  perpétuée  jusqu'à  nos 
jours  dans  les  Asturies*,  a  été  remplacée  par  la  prononciation  guttu- 


1)  *  M.  E.  avait  écrit  icOL  et  Wâdî;  mais  il  faut  suivre  dans  cette  circonstance  la 
prononciation  vulgaire  qui  était  OU  (voyez  p.  e.  Maccarî,  II,  143,  1.  16)  (aujourd'hui 
on    écrit   Oued  en  Algérie). 

2)  Voyez    la    note  de   M.   Malo  de  Molina,    Rodrigo  cl  Catnpeador,   p.   xlvi  du  Discurso 


17 

raie.  Par  conséquent  je  ne  puis  que  recommander  aux  romanistes  l'exa- 
men de  ce  changement  assez  remarquable. 

Maintenant  il  est  clair  comment  le  djim  au  commencement  des  mots 
est  devenu  J  ou  g:  jahali,  jorfe ,  jaez ,  julepe ,  gelizygengible,  Gibraltar. 

Dans  rinlérieur  des  mots  il  est  rendu  de  môme  par/,  g:  aljama, 
almojabana  y  algebra,  algibe. 

*  Le  djim  initial  est  rendu  par  ch  dans  charel,  chibo ,  choca ,  chumeas. 
*Au  milieu   des  mots  le  djîm  avec  la  voyelle  a  devient  quelquefois 

ga:  galanga  (de  khalandjân) ,  almagama ,  mogangas;  b.  lat.  alagara  et 
tagara, 

*  «Il  arrive  souvent,»  dit  M.  Renou  (à  la  fin  de  l'ouvrage  de  M.  Ca- 
rette.  Géographie  de  l'Algérie,  p.  291),  «que  les  Arabes  prononcent 
un   djîm   pour   un   z,   et  réciproquement.»     Ainsi   les  Egyptiens  disent 

Q5j^  pour  ^^j^jj  (Humbert,  p.  196),  et  au  Maroc  ^^l^JL>  s'écrit  et 
se  prononce  silslân  (Hœst,  Nachrichten  von  Marokos ,  p.  275;  comparez 
aussi  ^^:^'i\  dans  ma  note  sur  aljonjoli  et  Fleischer,  de  Glossis  Habicht., 
p.  49).  En  esp.,  et  surtout  en  port.,  le  djîm  est  aussi  rendu  quelque- 
fois par  le  z  (ç)  :  a.  pg.  zarra  {z=  jarra),  pg.  zorro  {=zjorro)y  pg. 
zirgelim  (=  gergelim) ,  zafiOt  zalona. 

u^ 

Le  (jii  {chîn)  initial  est  rendu  par  x:  xabega,  xaqtieca,  xaqiiima,  xe- 
que,  etc.  Dans  l'orthographe  moderne  ce  x  est  remplacé  par  le  y.  Les 
mois  sorbete  et  sirop  ne  font  pas  exception  à  la  règle  que  je  viens  d'in- 
diquer. Les  Esp.  les  avaient  déjà  reçus  des  Arabes  sous  les  formes 
xarabe  et  xarope,  tandis  que  sorbete  et  sirop  sont  probablement  entrés 
dans  l'espagnol  par  l'intermédiaire  du  français  ou  de  l'italien. 

*  Le  clun  initial  est  aussi  rendu  quelquefois  par  g:  git  (pg.)»  gi^y 
(cat.). 

Médiat  le  chtn  est  de  môme  rendu  par  x:  almarraxa ,  axuar ,  axarafe , 
axedrea,  ou  par  ch:  achaque,  alcarchofa. 
Final:  almofrex ,  almoradux. 


preiiminar;   [*  comparer  aussi  les  remarques  de  M,   Miillcr   dans   le  Bulletin  des  séances  de 
l'Académie   de   Munich,   année    1860,   p.   247]. 


18 

*  Le  chtn  se  change  souvent  en  c  {ce,  ci),  en  s  {sa,  so ,  su),  ou  en 
z.     Les  Mauresques  écrivaient  5aAi7  =  uXPL^ ,  sam  ■=  {»Li:,  sarxz=^.Xi>, 

mkaia  =  flA^  {Mem,  hist,  esp.,  V,  447).  En  portugais  un  chérif 
s'appelle  serifeziz  xerife,  et  dans  celte  langue  le  persan  ^^/JifS  (soldat) 
est  devenu  lascarim.  Ce  changement  est  très-fréquent  pour  le  dernier 
chîn  des  noms  propres:  ^jiij-ii,  Xerez,  ^jiwA-i^,  Moxiz,  ^jia^Jl  ^L , 
liebalhanes  (voyez  mes  Recherches,  II,  p.  lxxiii  et  suiv.).  De  même 
dans  les  mots:  almosarife  et  almozarife  (=  almoxarife),  marcasita 
(=  marcaxita),  acicate ,  aciche,  alesor  (voyez  sous  alaxor),  albiicCf  al- 
freses,  asesino,  bisnaga,  borcegui,  secacuL 

Le  sm  tant  initial  que  médial  devient  z ,  qui  se  permute  dans  Torlho- 
graphe  avec  c  (ça,  ço,  eu,  ce,  ci):  zafari,  zaqiiizami,  zoca,  aziida, 
(açiida) ,  azote  {a cote) ,  azacan  (açacan),  acelga,  acitara,  zaga, 

'^  Le  sin  initial  devient  quelquefois  x  (de  même  que  le  çâd)  :  xafarron 
■=.  zaharron,  œelma.     Comparez  xabon  de  sapo ,  ximio  de  simius,  etc. 

A  la  fin  des  mots  il  se  change  toujours  en  z  :  alarguez ,  abarraz ,  al- 
caduz ,  alcariaz,  aljaraz. 

Le  {jD  (çâd)  est  rendu  par  z  (c,  ç). 

Initial:  zafariche,  zavalmedina,  zabacequia,  cifra,  cendal.    [*  Quelque- 
fois (comme  le  stn)  x  ou  ch:  chafariz  =  zafariche,  xenabe], 
Médial  :  aceipha ,  azalato ,  alcorza. 
Final:  alcahaz ,  alficoz ,  algez, 

j 

Le  ;  [zâ]  est  rendu  de  même  par  z  (c). 

Initial:  zarzahan,  zarca,  zagal,  zamboa. 

Médial:  aceiluna,  acerola,  aceche,  acemila,  alcuza,  azogue,  rezma. 

Final:  arroz ,  agenuz,  cafiz,  alquermez. 

Le  z  permute  quelquefois  avec  le  djîm.  Ainsi  zorâfa  est  devenu  gi- 
rafa ,  zendjcbU,  gengible  (avec  l'article  agengible).  De  même  on  a  fait 
de  djedwâr,  cedoaria ;    ['mais  les  Arabes  eux-mêmes  écrivent  ce  mot 


19 

soil  avec  le  djîm,  soit  avec  le  zâ].    Dans  l'ancien  portugais  on  trouve 
zarra  =  jarra. 

*  Comparez  mes  remarques  sur  le  djtm.  Le  zâ  se  change  en  g  de- 
vant e  et  i:  algerife,  algei^oz  et  algiroz ,  ginelCy  en  j  devant  «,  o  et  u: 
aljarfa,  aljaros. 

Le  (dhâd)  [*qui,  chez  P.  de  Alcala,  est  toujours  d]  est  rendu  en 
esp.  par  d. 

Initial:  daifa. 

Médial:  alidada,  aldea,  algaida,  aldabay  alcalde;  ["^  t  dans  atafera , 
fatel]. 

*  Le  dhâd  final  devient  aussi  t  (arriates) ,  s  (alefris) ,  ou  z  (hmnez). 


Le  ^  (ta)  initial  est  rendu  par  t:  (erides,  taza,  tarima. 

Médial  de  même:  afaifor,  alicates,  atalaya,  atuhal,  atahonay  alcartaz; 
ou  il  se  change  en  d:  hadana,  hadeha,  adobe,  axedrea;  ou  en  z:  maz- 
morra, 

*Le  J^  {dhâ)  initial  devient  /;  toldo. 

Médial  il  devient  d:  nadir ,  alhandal,  anadel  [*  comme  chez  Aie.  sous 
canlo,  gruesso,  engrandecer;  au  Maroc  c'est  un  d  dur;  Domhay,  p.  3; 
ou  /;  albataray^  ou  z:  ahazmes. 

Final  il  se  change  en  z:  hajiz. 


Le  ô  {dzâl)   devient  d:  adive,  almuedano;  [ou  t:  atequiperas;  ou  ss: 
assaria\. 

Le  o  {ta)  reste  toujours  L     [*Se  permute  avec  le  c:  carcax]. 
Initial:  iagarninay  taibique,  larbea,  tarifa,  toronja, 
Médial:  atalvina,  alanor ,  alramuz,  alanquia. 
Final  il  devient  (/  dans  tUaud, 


20 


Au  commencement  et  dans  l'intérieur  des  mots  le  ô  (dâl)  reste  d: 
danique  y  darsenal,  dinero,  adarme,  adarmaga,     [*  Devient  ^  dans  atoiVe]. 

A  la  fin  des  mots  il  est  rendu  par  d,  de  on  te:  almud,  alcaide,  ace- 
mite,  alcahuete, 

o 

Le  ej  (thâ)  se  change  en  t:  tagarino,  tomin. 

Il  est  devenu  z  dans  le  nom  zegri  qui,  ainsi  que  tagarino,  dérive 
de  Tarabe  thagrt.     ["^  Aussi  dans  zirbo], 

Médial:  mitical,  atafarra.  [*c  (p),  z  dans:  açorda,  atacir,  azumbre; 
chez  Aie.  alguezir  =  j*>^î  sous  los  mas\. 


Le  V  {bâ)  initial  reste  6:  bacari,  badana,  baladi ,  [*  ou  devient  p; 
trois  exemples  sous  le  P;  pg.  patecd\. 

Médial:  albanega,  albayalde.  Par  l'adoucissement  du  6  en  v  ces  mots 
s'écrivent  aussi  alvanega,  alvayalde,  valadi ,  etc. 

"^Ce  V  se  change  en  f:  alforfiao  (=  fervion),  algerife  (=  pg.  alge- 
rive),  aljarfa,  anafega. 

Dans  l'intérieur  des  mots  le  b  se  change  quelquefois  en  p:  rapita, 
julepe,  arrope. 

A  la  fin  des  mots  le  b  se  change  en  w  ;  almotacen  (almohtesib) , 
alacran  (alacrab). 

Les  lettres  6  et  m  se  permutent.  P.  de  Acala  traduit  violeta  par  me- 
nefsedj  au  lieu  de  benefsedj.  Suivant  Domhay  on  dit  au  Maroc  lacm  au 
lieu  de  lacb;  ["*  en  Algérie  le  septième  mois  de  l'année  musulmane  s'ap- 
pelle Rdjem  au  lieu  de  Redjeb;  Martin,  Dialogues ,  p.  204].  De  même 
en  portugais  et  dans  Tanc.  espagnol  al-bondoca  est  devenu  almondega. 
Comparez  encore  les  mots  espagnols  bandibula  du  latin  mandibula ,  man- 
durria  =  bandiirria  (Sanchez),  etc. 

*  Grâce  à  cette  règle  il  est  possible  de  donner  l'ctymologic  des  mois  : 
almear,  baraco,  jabalon,  etc. 


21 


Le  o  (/a)  est  constamment  rendu  par  f.  Ce  f  se  permute  dans  l'or- 
thographe espagnole  avec  h. 

Initial:  farda  y  foluz ,  fulano. 

Médiat  :  alfocigo  (alhocigo) ,  alfondiga  {alhondiga) ,  alfaqueque ,  cafiz 
{cahîz).     [*  Devient  p:  alpicoz]. 

Le  3  (w)  initial  est  rendu  par  gu:  [*  guadafiones ,  guahate,  guedre]. 

Médiat  il  est  également  rendu  par  gu:  alguacil;  ou  hue:  alcahuele. 
En  portugais  par  v:  alvacil;  [*  en  esp.:  adarve,  alhavara.  Par  h:  alba* 
cea,  albexi]. 

A  la  fin  des  mots  il  devient  u:  alfaxu. 

*Les  syllabes  wa  et  wou  sont  rendues  par  o  ou  m,  comme  elles  se 
prononcent  quelquefois  dans  la  langue  vulgaire:  aloquin,  aluquete. 


Le  j.  [mim)  tant  initial  que  médiat  reste  m;  médina,  mezquino,  mo- 
zarabe,  marlota,  almohada ,  almohaza,  almud. 

A  la  fln  des  mots  il  se  change  souvent  en  n:  almocaden,  alcotan^ 
[*  parce  que  les  Esp.  prononcent  le  m  final  comme  w] . 

o 

Le  ^^  [noun)  au  commencement  des  mots  reste :naguela,7iadir,naranj a. 
Médiat  il  reste  n:  anadel ,  anoria,  anzarotes :  ou  devient  n  (pg.  nh): 

ahazea,  ahafil,  ahilf  albani;  ou  /;  galima,  falifa. 

A   la  fin  des   mots  il  est  rendu  par  w  ;  alezan,  arraihan,  rehen;  ou 

par  /;  torongil  {torondjdn). 

*  Dans  le  dialecte  algérien  le  n  et  le  /  se  substituent  souvent  l'un  à 
l'autre  ;  M.  Cherbonneau  en  donne  des  exemples  dans  le  Journ.  asiat. 
de  1861,  II,  361  ;   cf.  v3-?^J^W  chez  Dombay,  p.  59. 

*  Le  n  se  change  en  m  dans  almojatre;  comparez  ce  que  je  dirai  à 
Tart.  HAROiv. 

*  Le  n  tinal  est  devenu  r  dans  mudcjar. 

La   languo,   portugaise  a  horreur  du  n  et  évite  l'usage  de  celte  lettre 


22 

de  plus  d'une  manière.  Cf.  M.  Diez,  Gramm.,  I,  236  de  la  première 
édition. 

I.    Au  commencement  des  mots  il  est  changé  en  l:  laranja  au  lieu 

de  naranja. 
II.     Dans  l'intérieur  des  mots  il  se  syncope.     Ainsi  a/mowe(/a  devient 
almoeda,  de  même  que  persona  est  devenu  pessoa,  sonare,  soar, 
seminare,  semear ,  etc. 
III.    A  la  fin  des  mots  le  n  se  change  en  un  son  nasal  exprimé 
1°.  par  m:   refem,   armazem,   foam   (esp.   rehen,   alma%en,   fulano). 

Comparez  bem  de  bene,  fim  de  finis ,  sem  de  sifie,  etc. 
2°.  Par   un   "   au-dessus  de  la  voyelle.     Açafrao,   alacrao,  alquitrao 
au  lieu  de  azafran,  alacran,  alquitran.     Comparez  les  mots  latins 
canis  (cao) ,  panis  (pao) ,  manus  (mao) ,  etc. 

ô 

Le  J  initial  est  constant:  limon. 

Dans  l'intérieur  et  à  la  fin  des  mots  il  se  change  en  r:  acetre  (as^ 
sitl),  alcacel  ou  alcacer ,  al  filer  ou  alfilel,  arcaduz  {alcadous),  alborbolas 
(albiielvolas) ,  alforvas  (alholbà), 

*Le  changement  du  /  en  r  était  en  usage  chez  les  Arabes.    Dans 

le  Mosta'znî  on  trouve:  (j^Liyi  &J  Jyij  iûUiî^  ^J^\Ji),é,  et  ailleurs:  y>  ^:f\^ 

^A^uJb  '!Ûlxl\  »ij»'J  j^ÂJî  Jwx.^1  (la  dernière  forme  chez  Alcala  sous 
grama  yerva),  Silsila  est  chez  Alcala  (sous  collar)  cêrcele;  de  même 
chez  Marmol,  Descripcion  de  Ajfrica,  II,  fol.  90  6:  ^Bib  circila,  puer  ta 
de  la  cadena.  » 

''Le  II  devient  n:  abonon,  albanal,  albahar ;  ou/;  abojon;  ou  rr : 
azurracha» 

En  portugais  le  /  entre  deux  voyelles  se  syncope:  adail  (ad-dalîl), 
maquia  (maquila) ,  foam  {fulano) ,  methcaes, 

J 

Au  commencement  des  mots  le  r  est  constant:  ribete,  rehen,  rabel, 
rafez,  rapita, 

Médial  et  final  il  se  change  en  l:  [*  esp,  chifla  =  pg.  chifra,  esp. 
xaloque  =:  pg.  xaroco  ;  ital.  sciroppo,  mais  aussi  sciloppo] ,  alquile ,  al- 
holi ,  ahafd,  alynazil,  anadel. 


Observations  générales  sur  les  consonnes. 

1®.  Les  lettres  /  et  r  sout  souvent  intercalées  dans  l'intérieur  ou 
ajoutées  à  la  fin  des  mois:  a{l)mirante ,  pg.  alcat{r)uz ,  alquina{l) ,  alqui- 
ce{r)  ou  alquice{l)  j  ald{r)ava,  [*  alha{l)me,  alhe{l)me,  alice{r)se  (=  ali- 
cecé),  alfe{r)cey  alfo{r)za ,  alquiva{l)\. 

Dans  d'autres  cas  elles  se  syncopent  au  contraire:  a(/);'on;*o/t,  [*«(/) 6a- 
lorio,  a{l)guaxaque].  C'est  ce  qui  arrive  surtout  à  la  fin  des  mots  po- 
lysyllabes: al  fange  {al-khandjar) ,  alfarma  {al-harmal). 

2°.  Les  combinaisons  mr  et  ml  intercalent  un  b  euphonique:  al  font- 
bra,  Alhambra,  zambra,  rambla. 

*  C'est  ce  qui  avait  déjà  lieu  en  arabe;  Alcala  écrit  bien  quelquefois 

\^j^i  mais  sous  hosco  il  a  ,^^.a*î>;  de  même  ,jJL«î  pour  ^^Li  sous 
Usa  casa  y   ^j^^^  pour  ^Ua  sous  lleno ,  »1^:>-  pour  xUi  sous  mercar 

en  uno,  gJLoi  pour  g.Uî  sous  mejor, 

3°.  La  combinaison  st  est  adoucie  en  z  (c,  ç):  mozarabe  ou  moça- 
rabe  de  mosta'rab,  Ecija  de  Estidja,  almaciga  de  almastaca,  alfocigo  de 
aUfostoCy  azaguan  de  ostowdn, 

4°.  Devant  le  i^r  (dhâd)  on  intercale  un  /  euphonique:  alcalde  de 
al'CâdhZf  albayalde  de  aUbayâdh,  aldea  de  ad-dhei'a,  aldava  (pg.  a/cfra- 
va)  de  ad'dhabba,  arrabal  (au  lieu  de  arrabaldeF)  de  ar-rabadh  [*  ar» 
rabalde  est  en  effet  la  forme  port.].  Ce  l  ne  s'intercale  pas  quand  le 
^Jc  est  précédé  de  ai  ou  de  r.-  alfaide  de  alfaidh,[*  albaida],  alarde  de 
fl/'ar^M. 

*  Toutefois  le  /  est  intercalé  dans  le  nom  propre  Albelda  =  Al-baidhâ 
(la  blanche;  charte  dans  VEsp,  sagr. ,  XXXIII,  467:  «qui  locus  voca- 
lur  illorum  incredulorum  Caldea  lingua  Albelda^  nosque  latino  sermone 
nuncupamus  Alba»).  Au  reste  ce  /  sert  à  exprimer  le  son  emphatique 
du  (jr.  On  l'intercalait  aussi  parfois  devant  le  o;  aldargama  (=  adar- 
gama),  aldebaran^  aldiza  ,  et  devant  le  .b:  altabaqxie,  balde  (?). 

5°.  Devant  le  x  dans  l'intérieur  des  mots  on  intercale  souvent  un  w. 
Ceci  est  plus  fréquent  en  portugais  qu'en  espagnol.  De  l'arabe  ach-cheb 
on  a  fait  aussi  bien  enxebe  que  axebe.  De  même  ach-charbiya  est  de- 
venu en  portugais  enxaravia,  ach-chaqutca —  enxaqueca,  ach-chabaca  — 
enxavegos,  ach-chac  —  enxeco. 


24 

Comparez  ensayo  de  exagium,  ensiemplo  de  exemplum^  enxambre  de 
examen,  etc.     Cf.  M.  Diez,  Gramm.,  I,  268. 

Le  latin  exitus  est  devenu  en  portugais  exido,  enxido  et  eyxido  (voir 
S\  Rosa).  A  ces  formes  en  ey  on  peut  comparer  eyxeco  (enxeco)  et  les 
mots  valenciens  eixortins  de  ach^chorta  [*  lisez  ach-chortt] ,  eixovar  (esp. 
axuar) ,  aixorca  (esp.  axorca). 

Le  ?i  est  de  même  intercalé  dans  alca(n)for ,  ara{n)cel,  [*  mo{n)zon, 
mo(n)çao]. 

*  6°.  La  dernière  consonne,  qu'on  entendait  mal,  est  changée  arbi- 
trairement. Le  nom  propre  qui,  dans  une  charte  de  1159  {Esp,  sagr., 
XLIX,  578),  est  encore  écrit  correctement  Calatajuhy  est  devenu  Cala- 
tayud.  De  al-féntd  les  Port,  ont  fait  alfenim,  les  Esp.  alfenique.  An- 
nechîd  est  devenu  en  esp.  anexir ,  en  port,  anexim.  De  aWacrah  on  a 
fait  alacran  et  alacral  ;  de  ad-dalîl ,  adalid  ;  de  az-zorôh,  algeroz;  de 
hhalléf,  fatèxa,  etc. 

7°.  Il  y  a  quelquefois  transposition  des  consonnes.  Dombay  (p.  7  a) 
nous  informe  qu'on  dit  : 

oudjâb  au  lieu  de  djouwâb  (v!>^) 

neul        »      »      »    leim  (^y^) 

rendjes    »      »       »    nerdjes  (j^:>;i) 

djedâd  »  »  »  dedjâdj  {-iz>S),  etc. 
*aLes  Algériens  ont  interverti,  dans  bon  nombre  de  mots,  Tordre 
des  lettres  radicales»  (d'Escayrac  de  Lauture,  Le  Désert  et  le  Soudan, 
p.  265).  l'-iiS^.^^;  en  vulgaire  on  prononce  seddâdja;  les  lettrés  eux- 
mêmes  commettent  la  faute»  (Cherbonneau,  Voy.  d'Ibn-Batouta  en  Afri- 
que, p.  54).  Dans  les  man.  cette  transposition  est  fréquente.  Chez 
Edrîsî  (Clim.  III,  Sect.  5)  il  est  question  de  bains  chauds  où  se  rendent 
^^:>j.U^-;î^  ^j^flxjî  J^ix.  LblJî  ^s>\  ;  c'est  ^jjotiiJ!  qu'il  faut  lire.  Par 
contre,  deux  man.  d'Ibn-Batouta  (IV,  542,  1.  4)  portent  cXxib  au  lieu 
de  uXii«j.  Dans  le  Cartâs  (p.  145 ,  1.  5  a  f.)  on  trouve  ^l^a  pour 
wâ.>\A2/9 ,  leçon  qu'on  ne  rencontre  que  dans  un  seul  man.  Ailleurs 
(p.  98  de  la  traduction,  n.  10)  w^ac  pour  ^«i.  Dans  un  autre  endroit 
(p.  105,    1.  9  a  f.)  Ji>-^1  pour  ^^t^^i  (cf.  p.  127,  1.  15  a  f.).     Dans  le 

passage  d'Edrîsî ,  p.  121,  1.  11;  c>.a^^^  l-p^U=  j^Hc  ^..%.l\  c:A.jt  y\:i 
L^^L^c  v-^j^.i>l^  Lfl^^Ls! ,  le  mot  .L^c ,   qui  se   trouve  dans  trois  man,  (le 


-7K 


quatrième  a  .Lie)  et  qui  nous  a  fort  embarrassés,  M.  de  Goeje  et  moi 
(cf.  le  Glossaire,  p.  343),  est  sans  doute  une  faute  de  Tauteur  pour 
»l«^,  comme  le  montre  ce  passage  d'Ibn-Khaldoun ,  Hist,  des  Berbères  y 

II,  147,  1.  11:  fJ^^\^  \J>S:ii^  U>^L*^  Jjiîjij  ^/^^  ^^^  ^^iLiUit  ^Lww^ 
vi>uuJÎ5  oL-uo"^^..  Une  faute  de  la  môme  nature  chez  Edrîsî,  c'est  qu'il 
a  écrit  ^^^^^^^  au  l'eu  de  ^^\y^l\  (voyez  le  Glossaire  sur  cet  auteur, 
p.  331).  Chez  Maccarî  (II,  799,  I.  9)  tous  les  man.,  à  Texception 
d'un  seul ,  et  l'édition  de  Boulac  ont  j\J^\  pour  j\yj\.     Chez  P.  de  Alcala 

le   verbe   J^jÔ    (se    flétrir)    est    constamment  J Js.j  {enmarchitarse ,  etc.). 

Quelques-unes    de   ces    transpositions,    p.  e.  »j»Lc  (esp.  algarrada)  pour 

o^ûj,  se  trouvent  même  dans  la  langue  classique. 

On  peut  observer  la  même  chose  dans  les  mots  espagnols: 
adelfa        pour  adefla 
adargama     »      adarmaga 


albahaca 

»      alhabaca 

aliacran 

»      aliarcan 

arrelde 

»      arredle   . 

*  alboheza 

»      alhobeza 

*  albohol 

»      alhobol 

*  arrafiz 

»      arrazif 

*  azulaque 

»      aluzaque 

*  guedre 

))      g  lier  de 

*  hamarillo 

»      haramillo 

*  hamez 

»      mahez. 

IL 

Voyelles. 

Le  fatha  est  chez  P.  de  Alcala  a  ou  e;  de  même  en  espagnol:  bada- 
na,  alhandal  y  almcdina,  almenara,  almexia.  [*  Rarement  o:  albornia, 
hoque ;  cl'.  Dombay,  p.  1  b], 

*  Le  ma  préfixe  qui  sert  à  former  les  noms  de  lieu  devient  mo  ou 
mu  :  almohalla.  Voyez  sur  ce  changement ,  qui  est  très-ancien  chez  les 
Arabes  d'Espagne,  mes  remarques  à  l'art,  almuzara. 

Le  a  long  est  presque  toujours,  chez  P.  de  Alcala,  t,  et  quelquefois 
*'.     Il  ôrril  : 

4 


26 


hlb 

au 

lieu  de    bâb 

lictn 

» 

» 

»     liçâti 

hilîd 

» 

» 

»     bilâd 

qidgWîd 

» 

» 

»    caiiwâd 

xebbiba 

» 

» 

»    chebbâba 

hagim 

» 

» 

X     haddjâm 

ricela  pi. 

raceil 

» 

» 

»    ri  cala  pi.  raçâil 

zeyet 

» 

» 

»    zaiyât. 

Dans  d'autres  cas  le  a  conserve  sa  prononciation  primitive:  dâr , 
khaiydl ,  etc.  Jusqu'ici  je  n'ai  pas  encore  réussi  à  ramener  à  des  rè- 
gles fixes  les  cas  dans  lesquels  il  faut  suivre  l'une  ou  l'autre  pronon- 
ciation. 

*  M.  Millier  (dans  le  Bulletin  des  séances  de  l'Acad.  de  Munich,  1860, 
p.  248,  24^)  avoue  aussi  qu'il  n'a  pas  trouvé  ces  règles;  il  pense  bien 
que  les  lettres  emphatiques  sont  peu  favorables  à  ce  qu'on  appelle 
Vimâla,  mais  en  ajoutant  que  même  cette  loi  négative  souffre  des  excep- 
tions.    Au  reste  Ibn-al-Khatîb  a  signalé  cette  particularité  dans  le  dialecte 

des  Grenadins;   sîiU'^t  /^^^  v-JI«j>  dit-il  (man.  de  M.  de  Gayangos ,  fol. 

a 

14  r").  Le  changement  du  a  en  î  se  retrouve  dans  l'arabe  corrompu  de 
Malte,  et  même,  quoique  rarement,  dans  le  dialecte  du  Maroc;  Jack- 
son   [Account   of   Timbucîoo,   p.  141)    écrit  makine  z=:  ^l^  Lq  ;  Dombay 

(p.  10/)  donne  v*^  >  ^t^^^»  pour  v^  >  <J\£i=>. 

En  espagnol  le  a  long  [* reste  a:  acitara,  etc.,  ou]  devient  e:  alca- 
huete,  almirez ,  alhacena,  alhamel,  axabeba  ;  en  portugais  c  ou  ei:  al- 
mofreixe,  almoqueire  ;  ["^  ou  i:  aciche,  adoquin,  al  fil ,  aljabibe,  aljofifa, 
atifle;  ou  o;  xarope  =  xarabe;  comparez  mes  remarques  sur  faluca  ; 
alfeloa']. 

Le  i  bref  est,  chez  P.  de  Alcala  et  dans  l'espagnol,  i  ou  calhelga, 
ncelga  [cf.  Dombay,  p.  8  d], 

11  se  change  souvent  en  o  (ou).     Au  Maroc  on  dit  (Domb.,  p.  8  e): 
mouchmâch  au  lieu  de  michmâch 
mousni  »      »      »    misni 

noudjs  »       »       »    nidjs. 

P.  de  Alcala  écrit  muçmar  au  lieu  de  mivmar,  —  Ceci  nous  explique 
comment  les  Espagnols  ont  altéré: 


27 

abnikhadda  en  almohada 
almihaça       »    almohaza 

*  Le  mi  prclixe  qui  sert  à  former  les  noms  d*instrumenl  ou  de  vase, 
devient  presque  toujours  ma  chez  P.  de  Alcala  et  dans  l'espagnol:  al- 
madana y  almalafa,  almarada ^  almarraxa,  almarrega ^  almariaga,  etc.; 
aussi  mo:  almofrez^  almohaza,  etc. 

Le  i  long  est  souvent  rendu ,  chez  P.  de  Alcala ,  par  é.    Il  écrit  : 

çaguer  au  lieu  de  cagîr  ^Juo 

çafeha    »      »      »    çafîha 
En  espagnol  il  reste  i:  acemile,  adalid,  alamin ,  alarife,  etc. 

*  Ou  bien  il  devient  è ,  ce  qui  est  beaucoup  plus  fréquent.  Le  nom 
propre  Abou-'r-Rabî*  est  Aborrabé  dans  un  traité  de  paix  de  1309  {apud 
Capmany,  Memorias  sobre  la  marina  de  Barcelona,  IV,  42).  De  même 
dans  alaqueca,  alcablea,  alcacel,  alcalea,  axaqueca,  etc. 

*La  terminaison  î  des  adjectifs  est  rendue  par  e:  alarbe,  aloque, 
irake;  en  portugais  par  im:  calaim. 

Le  0  se  change  souvent  en  t  [*ce  qui  suppose  la  prononciation  ou; 
dans  la  poésie  arabe  i  et  ou  riment  ensemble]  :  algibe  [*  =  alfube  et 
aljup] ,  albondiga  (al-bondoca) ,  alfocigo  (al-fostoc) ,  alhondiga  (al-fondoc) 
[*  (de  même  au  Maroc,  Dorabay,  p.  8/");  ou  bien  il  est  rendu  par  u: 
adunia,  adufe,  alhucema]. 

Le  ou  est  rendu  par  u:  abenuz ,  aduar ,  alamud;  ou  par  o:  albacora , 
albogue,  adobe,  alaxor;   [*  ou  par  t;  acicale  (=  açucale) ,  almizate]. 

Pour  l'euphonie  on  intercale  des  voyelles  entre  deux  consonnes  con- 
sécutives. —  Suivant  Dombay  (p.  Si)  on  dit:  semen  (semn) ,  nehcr  [nchr) , 
cha*ar  (cha*r),  P.  de  Alcala  écrit:  hajar  {hadjr),  cejen  {sîdjn)  ^:^a*, 
cufal  {cofl),  maharuç  (jnahrouç) ,  cuddeç  {code) ,  nakhorot  (nakhrol) ,  necel 
{neçl)y  tagirida  {lagrida),  xahar  (xahr),  etc.  [*  De  même  en  espagnol: 
alcohol ,  aljafana ,  etc.] 

Au  contraire  des  voyelles  brèves  sont  quelquefois  syncopées  [*  cf. 
Fleischer,  de  Glossis  HabichL,  p.  25,  dern.  note].  Suivant  Dombay 
(p.  S  h)  on  dit: 

dafr     au  lieu  de  ta  far  {Jà?) 
derca    »      »      »    deraca 
Cf.  l'espagnol  adarga. 


28 


III.     Diphthongues. 

Le  J.1  est  rendu  par  au:  atauxia  ;  ou  par  o:  azogue,  azote  (\)g,  açoule), 
"^  An  Maroc  celte  diphthongue  devient  très-souvent  ou  :  ^ï^b  ^our  ^jé^i , 

Li^>  pour  <Jj-=>'  (Bombay,  p.  86) ,  etc.;  de  même  en  es]^.:  adula,  açular. 
Le  ^-  est  rendu  par  ai:  daifa,  azofaifa,  aljofaina;  ou  par  ei:acei(e, 

aceituna;  ou  par  e:  aldea,  almea,  aimez,  xeque. 

IV.     Observations  sur  la  forme  des  mots. 

*  1°.  Les  substantifs  qui  se  terminent  par  une  consonne  sont  très- 
souvent  augmentés  d'un  e  final:  xeque,  almandarahe  et  almandaraque , 
almatraque,  almajaneque ,  adutaque,  alfaqueque,  elche ,  zafereche ,  aceche , 
acehuche,  azabache,  aciche,  alarde,  alhayalde,  alfaide,  alfayate,  azafa- 
te,  almarbate,  acicate,  acemite,  alcahuete,  alcaide ,  algaphite,  julepe,ar' 
rope,  alarife,  almoxarife,  arrecife.  Celte  remarque  s'applique  aux  let- 
tres ^,  ^,  ^,  ^,  \J^,  ^,  J^,  o,  ù,  ô,  V  et  o. 

2*.   Les   substantifs   sont  quelquefois  augmentés  de  la  terminaison  du 

féminin  il  a.  Ainsi  (Bombay,  p.  W  p)  hadjr  (j.^>)  est  au  Maroc 
hadjra,  etc.  Be  même  en  esp.  :  [*alhondiga,  alhurreca,  almanjarra, 
almartaga,  argolla,  azurracha;  mais  je  crois  que,  dans  la  plupart  des 
cas,  cet  a  doit  s'expliquer  par  le  génie  de  la  langue  espagnole  plutôt 
que  par  celui  de  la  langue  arabe]. 

'^  3°.  La  terminaison  »î  ou  ol  (dt)  est  quelquefois  rendue  en  esp,  par 
a  ou  i:  alcana,  asequi,  azaqui, 

^4°.  Les  mots  perdent  leur  dernière  syllabe,  surtout  quand  ils  sont 
longs:  alcouce  (=  alcoceifa),  almaciga,  almaja,  tegual. 

*  S^  Un  très-grand  nombre  d'entre  eux  ont  passé  dans  l'esp,  sous  la 
forme  du  pluriel:  acicate,  alcov,  algeroz ,  alhaquin,  alizace,  foluz,  zara^ 
guelles ,  etc. 


TITRES  DES  DICTIONNAIRES  ET  VOCABULAIRES 

Qlll  Oi^T  SERVI  A  LA  COMPOSITION  DE  CET  OLVRAGE. 


DICTIONNAIRES   ESPAGNOLS. 

Biccionario  de  la  lengua  Castellana  por  la  Real  Academia  Espaîïola,  Madrid, 
1726.  6  vol.  in-folio. 

Même  ouvrage,  6^  édition,  1  vol  in-folio,  Madrid,  1822. —  Cette  édition  n'a 
}ms  les  exemples,  mais  elle  contient  beaucoup  d'articles  nouveaux. 

Nmlez  de  Taboada,  Dictionnaire  espagnol-français,  9^  édition.     Paris,  1842. 

Victor  (Hierosme),  Tesoro  de  las  très  lenguas,  Espaîïola,  Francesa,  yltaliana. 
Genève,  1609,  Cologne,  1637. 

Cobarruvias,  ïesoro  de  la  lengua  Castellana.     Madrid,  1611. 

Ros  (Carlos),  Brève  diccionario  Valenciano-Castellano.     Valencia,  1739. 

DICTIONNAIRES   PORTUGAIS. 

De  Moraes  Silva  (Antonio),  Diccionario  da  lingua  Portugueza,  S'»  ediçao.  Lis- 
boa,  1844.  2  vol.  in-folio. 

Vieyra,   Dictionary  of  the  Portuguese  and  English  languages.     London,  1827. 
Santa  Rosa.     Voyez  plus  haut,  p.  10,  n.  2. 

DICTIONNAIRES   ARABES. 

Freytag,  Lexicon  Arabico-Latinum.     Halis  Saxonum,  1830.     4  vol.  in-quarto. 
Lane,  Arabic-English  Lexicon.     London,  1863.     Les  trois  premières  livraisons 
jusqu'à  la  lettre  •. 

Pedro  de  Alcala,  Vocubulista  Aravigo  en  letra  Castellana.     Uranada,  1505. 


50 

Bocthor,  Dictionnaire  français-arabe ,  revu  et  augmente  par  Caussin  de  l'erce- 
val,  3^  édition.     Paris,  1864. 

Berggren,  Guide  français-arabe  vulgaire.     Upsal ,  1844. 

Dombay,  Grammatica  linguae  Mauro-Arabicae.     Vienne,  1800. 

Marcel,  Vocabulaire  français-arabe  des  dialectes  vulgaires  africains.  Paris,  1837.  — 
Marcel  a  incorporé  dans  son  livre  le  vocabulaire  de  Dombay,  auquel  Humbert  a 
fait  aussi  plusieurs  emprunts.  Ni  l'un  ni  l'autre  ne  l'ont  avoué;  mais  il  est  in- 
utile de  les  citer  quand  le  terme  dont  il  s'agit  se  trouve  chez  l'auteur  qu'ils  ont 
copié. 

Hélot ,  Dictionnaire  de  poche  français-arabe  et  arabe-français ,  à  l'usage  des 
militaires,  des  voyageurs  et  des  négociants  en  Afrique,  4®  tirage.  Alger  (sans 
date). 

Roland  de  Bussy,  L'idiome  d'Alger.  Alger,  1847.  —  Cet  auteur  a  emprunté 
beaucoup  de  ses  articles  au  dictionnaire  dont  le  titre  précède. 

Humbert,  Guide  de  la  conversation  arabe.     Paris  et  Genève,  1838. 

Naggiar  (Mardochée),  Vocabulaire  arabe  et  zenati,  man.  de  Leyde,  n°.  1645. — 
Naggiar  était  un  juif  de  Tunis  qu'employait  le  colonel  Humbert. 

DICTIONNAIRE  BERBÈRE. 

Dictionnaire  français-berbère  (dialecte  écrit  et  parlé  par  les  Kabaïles  de  la 
division  d'Alger)  j  ouvrage  composé  par  ordre  de  M.  le  ministre  de  la  guerre. 
Paris,  1844. 


A. 

Aaça  val,  (lance).  C'est  le  mol  arabe  La^c  Çaçâ)  qui  signifie  chez 
Freylag  baculus  el  chez  P.  de  Alcala  lança ,  asla. 

*J'ai  donné  des  exemples  du  mot  *açâ,  avec  le  sens  de  lance,  dans 
mes  Recherches,  II,  Appendice,  p.  xii,  n.  2  de  la  2*^^  édit. 

Abalorio,  pg,  avelorios  (conlerie,  grains  de  verre),  semble  être  une 
alféralion  de  Tarabe  ,^A]i  (al-ballôr) ,  du  cristal. 

*  Abanico  a.  pg.     Voyez  albanega, 

Abarraz,  albarraz,  pg,  paparaz  (staphisaigre,  herbe  aux  poux)  de 
^\jj\  v^>  (hahb  ar-ras)  qui  signifie  «delphinium  staphisagria  »  (Ibn-al- 
Daitâr,  I,  281  *;  cf.  Boclhor  sous  staphisaigre  [*  et  Berggren ,  p.  878, 
staphisagria].  On  trouve  aussi  les  formes  habarraz  et  fabarraz,  qui  se 
rapprochent  plus  du  mot  arabe. 

*  Abelmosco  (ambrelte,  petite  fleur,  Hibiscus  Abelmoschus  L.)  de 
ti^>-^!!  v--^>  {habb  el-mosc) ,  littéralement  graine  de  musc;  nous  disons 
ambrelte,  mais  la  dénomination  arabe  est  bonne  aussi,  car  cette  fleur 
sent  l'ambre  et  le  musc,  mêlés  ensemble.  En  espagnol  le  mot  n'est  pas 
ancien;  il  semble  que  ce  n'est  autre  chose  que  le  mot  français  abel- 
mosch,  ou  mieux  abelmosc, 

Abenuz  (ébénier).  Les  Espagnols,  bien  qu'ils  eussent  déjà  ebano,  du 
latin  ebenus,  ont  emprunté  encore  abenuz  aux  Arabes,  qui  disent  jj^^î 
(abenous) ,  mot  qui  dérive  à  son  lour  du  grec  £(3svoç. 

*  Abitaque  (grosse  poutre,  «lo  mismo  que  cuarlon,  6  la  cuarta  parte 
de  una  viga;  es  voz  Aràbiga  »  Acad.)  de? 

*  Acapelar  pg.  Selon  S'.  Rose,  Moraes  et  Sousa ,  ce  verbe  signifiail: 
boucher  avec  des  pierres  et  de  la  chaux  y  et  ils  citent  ce  passage  de  I)a- 
miao   de    Gocs:    «Mandou    (npar    as  Bombardeiras  antes  que  os  Mouros 


1  )  Je  cite   la   traduction  allemande  de  M.   Sontheimer. 


viessem,  corn  pedra,  c  l)arro^  e  acafelar ,  de  maneira,  que  parccia  liulo 
parede  igual.»  Leur  explication  n'est  pas  tout-à-fait  exacte ,  parce  qu'ils 
ne  connaissaient  pas  Torigine  du  mot.  Il  est  formé  de  ca/r ,  ^,âï  ou  .à^ , 
car  ce  terme  s'écrit  de  ces  deux  manières  (voyez  Ibn-al-Baitâr,  II,  309 
et  585);  et  /i',  que  Freylag  n'a  pas,  se  prononce  ^,  car  c'est  ainsi 
que  ce  mot  est  écrit  dans  les  deux  man.  du  Mosfa'tm  ,  celui  de  Naples 
et  celui  de  Leyde,  sous  [^c>j^^^\  J^.  Cafr  signifie  bitume  de  Judée, 
asphalte,  et  le  verde  acafelar  veut  dire  par  conséquent:  boucher  avec  de 
Vasphalte, 

AcEBiBE  (des  raisins  secs)  de  v^xj^^i  (az-zebib)  qui  désigne  la  même 
chose. 

'*'  Comparez  Ducange  sous  azebit.  En  portugais  acipipe  a  reçu  un  au- 
tre sens,  mais  l'origine  du  mot  est  la  même. 

AcEBUcHE,  pg.  azambujo  (olivier  sauvage),  de  l'arabe  iC:>^AJj|  (az- 
zanboudja) ,  comme  nous  l'apprend  P.  de  Alcala.  N'ayant  jamais  ren- 
contré ailleurs  ce  mot  arabe  qui  manque  dans  les  lexiques,  j'en  donne 
ici  la  transcription  telle  que  je  l'ai  trouvée  dans  un  glossaire  latin-arabe 
(man.  251  Seal.)  à  l'article  oleaster. 

*Ce  mot  n'est  pas  arabe,  mais  berbère;  le  Dictionnaire  berbère  don- 
ne,  sous  olivier  sauvage,  ô^:>^jji.  Toutefois  les  Arabes  d'Espagne  l'em- 
ployaient ,   comme   le   prouve   ce  passage  du  Mosta'tnî  à  l'article  ^^y^.j 

^Jj  [olivier  sauvage)  :  \jJt.^  '•^j-^:^  J^^^J  i^J^^^^  ^  vi:^Âj  ^>ô;'t  j-^ 
/  ixï.  (jiiAjl  c>oj  »>^  J-^J>  «c'est  le  zanboudj  ;  il  croît  dans  les  bois  et 
porte  de  petites  olives  dont  on  fait  une  espèce  d'huile  blanche  et  liqui- 
de. »  Ibn-Labboun  (Traité  d'agriculture,  man.  de  Grenade)  écrit  ce  mot 
de  la  même  manière  et  l'explique  par^^Lj^^it  ^^Xj^I.     Chez  Hélot  c'est 

aussi  r^^^jf  chez  Humbert  (p.  55)  -^jj.  M.  de  Colomb  (Exploration 
des  ksours  et  du  Sahara  de  la  province  d*Oran,  p.  25),  qui  écrit  z-eb- 
boudj ,  donne  rhamnus  lycioides  comme  le  nom  botanique. 

AcECHE,  aciche,  acige  (sorte  de  minéral),  de  _yt  (az-zédj),  «vitrio- 
lum,»   Ibn-al-Baitâr,  I,  512. 

*  AcEDARAQUE  (azédarac ,  arbre)  de  v:;a>,^j>M  (âzéddirakht)  ;  voyez  Ibn- 
al-Baitâr,  I,  50,  Ibn-al-'Auwâm ,  I,  554.     Ce   mot  est  persan  d'origine. 

AcEiTE  (de  l'huile)  de  c^^j^I  (az-zeit). 


53 

AcEiTUNA  (olive)  lie  xj^>jii^  (az-%eilouna). 

*  AcEiTUNi  (espèce  d'éloiïe).     Voyez  setum. 

AcELGA ,   pg.   aussi   celga  (belle,  poirëe),  de  iCa-LA^^Ji  (assilca  ou  as- 
selca) ,   nom   d'unilé    (voyez  Alcala  sous  açelga)  du  colleclif  as-silc,  hela 
vulgaris,  Ibn-al-Bailâr ,  II,  41.     [*  Le  mot  arabe  lui-même  vient  de  c/-* 
x^AoV;   Théopbrasle   dit  que  la  variété  blancbe  de  la  Bêla  vulgaris  s'ap- 
pelle sicilienne;  voyez  Malin,  Elym.  Unters. ,  p.  93,  96]. 

AcEMiLA,  pg.  azemola,  azimela,  azemela,  azemala  (bêle  de  somme)  de 
'»Xa\j1\  {az-zémila) ,  qui  a  le  même  sens. 

*  Dans  le  dialecte  valencien,  le  plur.  adzembles  signifie  selon  Uôs: 
1°.  compagnies ,  bandes,  troupes,  2°.  bagage.  Dans  le  premier  sens  c'est 
l'arabe  idUJI  (az-zomla),  chez  Freylag  comitiim  tiirba,  turba,  agmen  ; 
dans  le  second  c'est  'îXa^^IS  (az-zémila) ,  mais  dans  un  sens  que  Freylag 
n'a  pas.  Selon  Burckhardt  {Travcls  in  Ntibia,  p.  267)  ce  mot  signifie 
aussi:  fully  or  great  camel  load ,  et  Ibn-Batoula  (11,128)  l'emploie  dans 
le  sens  de  bagage. 

Quant  au  porlugais  azemel  dans  le  sens  de  mxdelier  («o  almocreve 
que   trata,   e  guia  as  azemolas»   S^  Rosa),  il  est  facile  d'y  reconnaîlre 

le  mol  arabe  jûjii  (az-zemmél)  qui  manque  dans  les  lexiques:  il  n'y  a 
que  P.  de  Alcala  qui  le  donne  dans  la  signification  de  azemilero. 

*  M.  Defrémery  observe  que  le  mot  zemmél  se  trouve  chez  Ibn-Batou- 
ta,  II,  115,  où  il  sert  à  expliquer  le  mot  persan  kherbende  (8^Âj^i>), 
qui  signifie  muletier.  On  le  rencontre  aussi  dans  deux  autres  passages 
du  même  voyageur:  III,  352  et  353. 

S*.  Rosa  ajoute  que  azemel  s'emploie  encore  dans  le  sens  de  «cam- 
po,  ou  arrayal,  cidade  volanle,  e  cujos  edificios  sao  tendas.  »  C'est 
l'arabe  iJLoJ»  {az-zemela  ou  az-zamala)  qui  a  aussi  passé  dans  le  fran- 
çais sous  la  forme  de  smala,  mot  assez  connu  par  l'histoire  d'Abd-el- 
Kader. 

AcEMiTE  (fleur  de  farine)  de  Js.A4.*Jt  (as-semtd)  qui  signifie  fleur  de 
farine  de  froment  (Bocthor). 

AcEfiA,  [*cenia,  Yanguas,  Antig,  de  Navarra,  I,  219], /^y.  azena , 
azenia,  accnia,  asenba ,  assania  (espèce  de  machine  hydraulique),  de 
l'arabe  iLJLJt  {as-sâmya  ou  as-scmya)  (|uc  P.  de  Alcala  Iraduil  par  «cewA. 

*  En  espagnol  et  en  porlugais  la  significalion  ordinaire  de  ce  mol  est 


34 

moulin  à  eau.  En  arabe  il  en  a  un  grand  nombre;  on  les  trouvera  in- 
diquées dans  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  520  et  suiv. 

AcEPHA,  aceipba,  azeipha.  A  en  croire  Marina,  ce  mot  signifie  dans 
l'ancien  castillan  armée,  ce  qui  est  à  peu  près  exact.  C'est  Tarabe  XâSlAo^î 
(aç'çâifa  ou  aç-céifa) ,  qui  signifie  proprement  expédition  pendant  Vêlé, 
et  de  là  Varmée  qui  fait  une  telle  expédition.  Voyez  Ibn-Adhârî,  II, 
p.  57,  65,  et  Dozy,  Recherches;  I,  p.  168,  174  de  la  seconde  édition. — 
En  portugais  on  trouve  aceifa  [*  et  ceifa] ,  le  temps  de  la  récolte.  C'est 
l'arabe  îCaAxail  (aç-ceifa),  «Télé.»  De  aceifa  [*  lisez  m/o]  dérive  le  verbe 
ceifar  (moissonner). 

*  Pedro  de  Alcala  traduit  cosecha  et  misse  par  çai/a, c'est-à-dire,  xâavo, 
et  on  trouve  cbez  Berggren  (sous  récolte)  que  la  récolle  d'été  s'appelle 
kIra^   (lisez   Kxâjyo).     Chez  Bocthor  ^.j^^  est  glaner,   '».,sl.x^,  glanure, 

Lil-u^,  glaneur;  de  même  chez  Berggren.  On  voit  donc  que  l'étymolo- 
gie  proposée  par  M.  E.  est  certaine.  M.  Diez  (II,  111)  a  demandé, 
dans  la  seconde  comme  dans  la  première  édition  de  son  livre,  quelle 
est  l'origine  du  verbe  port,  ceifar;  il  aurait  pu  trouver  la  réponse  à 
cette  question  dans  le  livre  de  M.  E. 

AcEQUiA,  cequia  (canal,  conduit  d'eau),  de  îCaîUJî  {as-sâquiya  ou  as- 
séquiya)  qui  désigne  la  même  chose. 

AcEROLA,  azarolla  (espèce  de  fruit)  de  B;»^.cj!î  (az-za'rôra) ,  «mespilus 
azerolus»,  Ibn-al-Bailâr,  I,  532. 

*Chez  Freytag  la  première  voyelle  du  mot  arabe  est  o;  elle  est  a 
chez  P.  de  Alcala,  Berggren,  etc. 

AcETRE,  cetre,  ccltre,  pg.  acelere,  [*  ca/.  setri  dans  Capmany,  Mémo- 
rias,  II,  412],  mot  que  S\  Bosa  explique  par  «lavatorio  porlatil,  vaso 
de  agua  as  maos.»  Il  ajoute  mal  à  propos:  «vem  do  Latino  acetrum», 
car  c'est  le  mot  arabe  J..L-a^Jî  (as-sell  du  persan  setil),  «catinus  par- 
vus.» 

*  Le  mot  acefrum,  qui  appartient  à  la  basse  latinité  et  que  Ducange 
a  rencontré  dans  une  lettre  du  pape  Innocent  III,  n'est  autre  chose, 
comme  Ducange  Ta  dit  avec  raison,  que  l'esp.  acelre.  Quant  au  mot 
arabe,  il  ne  vient  pas,  comme  M.  Engelmann  a  trouvé  dans  Freytag, 
du  persan  Jjc^^  (se(l)  (car  c'est  ainsi  que  Freytag  aurait  dû  écrire); 
mais  c'est,  de  même  que  ce  mol  persan,  une  altération  du  hiin  si tul a. 


oo 


que  les  Copies  prononçaienl  (tit^x;  voyez  M.  Fleisclier,  de  Glossis  lia- 
bicht.,  p.  74,  el  les  noies  de  M.  Sachau  sur  Djawalîkî,  p.  41. 

AcHAQUE.  La  signilicalion  de  l'arabe  ^bC^ciJi  {ach-chacâ  o\i  ach-chaquc) , 
morbus,  s'est  conservée  dans  le  portuij'ais  moderne  où  achaqiie  désigne 
«à  indisposiçSfo ,  ou  ma  disposiçao  do  lemperamenlo ,  que  actual,  ou 
babilualmenle  vexa,  e  opprime  o  corpo  humano»  S*"  Rosa;  [*  aussi  en 
espagnol:  infirmité,  maladie  habituelle].  Dans  l'anc.  portugais  el  aussi  en 
espagnol  achaque  se  dit  dans  le  sens  de  accusation ,  el  le  verbe  achacar 
dans  celui  de  «accusar,  fazer  queixa,  ou  denuncia  contra  alguem;»  il 
en  est  de  même  en  arabe,  car  P.  de  Alcala  traduit  acusar  par  chacâ 
et  Boclhor  donne  o.UCà  (c/iacdwa)  dans  le  sens  de  accusation.  [*  Marcel 
donne  dans  le  même  sens  chaquiya  (^LjCà)  et  ce  mot  se  trouve  dans  le 
Fuero  de  Calatayud  de  1131  {apud  Muûoz,  Fueros,  I,  461):  «El  non 
sil  ibi  altéra  acbachia  (var.  achaquia) ,  neque  referla  in  jura»].  — 
Quant  à  la  signiGcation  de  excuse,  prétexte,  occasion,  je  ne  l'ai  pas  re- 
trouvée en  arabe.  Peut-être  le  mot  en  question  a-t-il  signifié  d'abord 
excuse  à  cause  d*une  indisposition ,  et  de  là  excuse  en  général ,  cause , 
prétexte.  On  pourrait  y  comparer  l'arabe  iOLc  Cilla)  qui  s'emploie  éga- 
lement dans  toutes  ces  significations.  [*  D'après  le  Dict.  de  l'Acad. ,  le 
mot  achaque  ne  s'emploie  de  celle  manière  que  par  mélapliore]. 

AciAL,  aciar,  pg.  aziar  (morailles,  instrument  de  maréchal,  avec  le- 
quel on  pince  le  nez  d'un  cheval  difficile) ,  de  .Lj  Jî  (az-ziyâr)  qui  dé- 
signe la  même  chose  (cf.  Boclhor  à  l'article  morailles). 

AciBAR,  pg.  azevre,  azevar,  azebre,  de  môme  que  l'arabe  ^U>ciil  (aç- 
cibâr),  signifie  ralocs  (cf.  Alcala). 

*M.  Millier  donne  les  formes  azdbara,  zabila,  zàbida,  peut-être  aus- 
si, ajoule-t-il  en  citant  Clemencin,  Don  Quijote,  I,  84,  espar,  qu'il 
dérive  de  y^jo  (çabir) ,  «mot  qui  ne  signifie  pas  myrrhe,  comme  dit 
Freytag,  mais  aloès;  cf.  Description  de  l* Egypte,  1,  224:  ,^^Lia^  ^aas  , 
aloe  perfoliata,y>  P.  de  Alcala,  sous  çavilla  yerva  del  acibar ,  donne 
les  mots  arabes  cabàyra,  çabâra  et  çabîra.  Dans  le  Glossaire  sur  le 
Mançourt  par   Ibn-al-Hachchi\  (man.  531  (5))  çabbâra  se  trouve  comme 

une  forme  raagribine  {ijÇ^S  Vj*^^W  J^  \jj:>\Xi^;   les  voyelles  sont 
dans  le  man.). 

AciCALAR,  pf/.  a«;dcalar  (polir).     Bien  (luc  JJio  (rata/a)  signiiic  en  arabe 


36 

polir,  je  crois  être  plus  exact  en  dérivant  acicalar  du  substantif  jLft>oii 
[aç-cicâl)  que  Freytag  traduit  par  politura, 

*  Je  crois  au  contraire  que  acicalar  ne  vient  ni  de  çacala ,  ni  de  aç- 
cicâl,  mais  d'un  verbe  qui  manque  chez  Freytag,  à  savoir  JJuo  (paî- 
cala),  qui  est  formé  de  JJuo  (çaical)  (politor  gladii).  En  effet,  P.  de 
Alcala  traduit  acecalar  et  espejar  luzir  algo  par  çaical,  et  sous  luzio  il 
donne   le   participe  moçaicaL     Cette  diphthongue  ai  est  devenue  t,  car 

dans   le   Dictionnaire  berbère   polir   est  JJïam*  {sîkel) ,  ou  même  t,  car 

chez  Roland  de  Bussy  polir  est  J.»^,  qu'il  prononce  siqqoL 

AcicATE  (éperon).  Je  ne  saurais  admettre  les  étymologies  arabes 
qu'ont  données  de  ce  mot  M.  Diez  (de  sS^^W  ach-chauca)  et  Sousa  (de 
ach'Chicca).  Le  changement  de  ch  {\J^)  en  c  serait  tout-à-fait  contre 
les  règles,  et  de  plus  on  ne  saurait  expliquer  la  dernière  syllabe  te. 
En  outre  je  ne  connais  pas  en  arabe  un  substantif  »^^\  {ach-chicca) 
dans  le  sens  à'éperon:  il  n'y  a  que  le  verbe  t£^  (chacca)  qui  signifie 
percer,  La  véritable  élymologie  est  donc  encore  à  trouver.  —  Les  Bas- 
ques ont  aussi  cicatea  dans  la  signification  d'éperon.  Il  me  faut  laisser 
à  d'autres  le  soin  d'examiner  si  le  mot  appartient  à  cette  langue. 

*  Une  élymologie  tirée  du  basque  a  été  donnée  par  M.  Mahn,  dans 
une  livraison  de  ses  Recherches  étymologiques  (p.  142 — 144)  qui  a  paru 
deux  ans  après  la  publication  du  livre  de  M.  E.  Comme  je  ne  sais  pas 
le  basque,  j'ignore  si  elle  est  bonne;  j'observe  seulement  qu'en  tout  cas 
le  premier  a  ne  se  trouve  pas  en  basque  ;  mais  ce  qui  me  paraît  étran- 
ge, c'est  que  ce  mot  appartiendrait  à  cette  langue,  tandis  que  tout  le 
monde,  sans  en  excepter  M.  Mahn,  s'accorde  à  dire  que  c'est  une 
espèce  d'éperon  dont  les  Maures  font  usage.  Pour  prouver  sa  thèse,  ce 
savant  linguiste  aurait  peut-être  du  commencer  par  démontrer  que  l'act- 
cate  est  le  véritable  éperon  des  habitants  des  Pyrénées.  En  second  lieu, 
les  Basques  étaient  sans  contredit  des  montagnards  intrépides,  des  cou- 
reurs excellents  —  il  court  comme  un  Basque,  dit  le  proverbe —  mais 
ils  n'avaient  pas  la  réputation  d'être  de  bons  cavaliers,  la  nature  de 
leur  pays  leur  permettant  à  peine  de  se  servir  de  chevaux,  tandis  que 
les  Maures  au  contraire  étaient  des  cavaliers  accomplis  et  d'une  grande 
renommée.  A  priori  il  est  donc  plus  vraisemblable  que  le  mot  acicale 
leur    appartient,    et   peut-êhc  la  dérivation  de  ach-chauca  n'cst-ellc  pas 


57 

tout-à-fait  inadmissible.  Le  cliangcmeul  de  ch  en  c  ne  doil  pas  nous 
arrêter;  j*en  ai  donné  plusieurs  exemples  dans  Tlnlroduction  (p.  18), 
et  pour  M.  E.  lui-môme  ce  n'était  pas  un  mystère  (voyez  p.  e.  soïi  art. 
almoxarifb)  ;  puis  ach-chauca  signifie  réellement  éperon;  Bocthor,  Hum- 
bert  (p.  59),  Marcel  et  Hélot  le  donnent  en  ce  sens,  et  les  deux  der- 
niers prononcent  ach-chouca,  au  plur.  ach-choucât.  Or,  le  portugais  a 
aussi  la  forme  açncale  (voyez  Vieyra)  * ,  qui  répond  fort  bien  à  ach' 
choucâty  car  la  terminaison  a/e,  qui  a  embarrassé  M.  E.,  n'est  autre 
chose  que  le  plur.  arabe,  des  éperons,  une  paire  d'éperons.  Le  sens 
particulier  du  mot  csp.  et  pg.  vient  à  Tappui  de  cette  étymologie,  car 
en  arabe  chauca  signifie  proprement  épine ,  et  acicale  est  un  éperon  à 
Textrémilé  duquel  il  y  a  une  pointe,  un  aiguillon,  une  épine  pour  ainsi 
dire,  au  lieu  d'une  étoile  ou  molette.  C'est  un  véritable  éperon  maure, 
un  «éperon  à  la  genette,»  comme  dit  Victor,  c'est-à-dire,  un  éperon 
dont  se  servaient  les  Berbères  de  la  tribu  de  Zenéta,  qui  étaient  au 
service  des  rois  de  Grenade  et  qui  avaient  aussi  leur  selle  particulière, 
silla  ginela  (voyez  mon  article  ginete).  Aujourd'hui  encore  les  Maures 
ont  de  tels  éperons.  Je  crois  donc  devoir  me  prononcer  pour  l'origine 
arabe  du  mot,  et  sa  ressemblance  à  des  mots  basques  me  semble  pure- 
ment accidentelle. 

'AcicHB  (hachette  de  carreleur;  «lermino  de  soladores;  el  instru- 
mento  à  manera  de  piqueta  con  corte  por  ambos  lados,  que  sirve  para 
cortar  los  ladrillos,»  Acad.)  de  (jilxi.^  (AacAc^acA,  ou  hachchîch ,  à'àprès 
la  prononciation  des  Arabes  d'Espagne).  Freytag  n'a  pas  ce  mot ,  mais 
on  lit  chez  Pallme  {Beschreibung  von  Kordofan,  p.  137):  «On  ne  con- 
naît dans  le  Kordofan  ni  charrue,  ni  herse,  ni  aucun  autre  instrument 
aratoire;  un  morceau  de  fer  en  forme  de  faucille  et  taillé  en  pointe 
aux  deux  bouts,  avec  un  manche  au  milieu,  remplace  tous  les  instru- 
ments nécessaires.  On  l'appelle  haschasch.»  Comparez  p.  101 ,  157  et 
187.  M.  d'Escayrac  de  Laulure  (Le  Désert  el  le  Soudan,  p.  415,  425) 
donne  de  même  hachchach  dans  le  sens  de  bêche  ou  pelle  y  «qui  a  la 
forme  d'un  petit  croissant  dont  la  partie  concave  olfre  un  trou  dans  le- 
quel pénètre  le  manche  en  bois  de  l'instrument.  »  P.  de  Alcala  a  aussi 
ce  mot,  mais  sous  une  forme  et  avec  une  signification  un  peu  diiïéren- 


l)  Sur  le  obaogctncDt  de  au  eu  u  et  de   a   cii    i,   voyez  l'introd  ,   p.    28  et   27. 


38 

les,   car   il   traduit  paja  para  leer  et  punlero  para  schalar  par  haxixa. 
On  voit  que  c'est  toujours  un  instrument  pointu. 

AciRATE  (passage  étroit  entre  deux  terres).  Bien  que  Tarabe  ±,\,*o,l\ 
(aç-cirât)  ne  signifie  chez  Freytag  que  via  païens,  je  crois  néanuioins 
que  le  mot  espagnol  en  tire  son  origine.  M.  Lane  ,  Modem  Egyptians , 
I,  91,  atteste  que  aç-cirât  désigne:  «un  pont  au  milieu  de  l'enfer, 
plus  étroit  que  le  tranchant  d'un  glaive,  sur  lequel  doivent  passer  les 
âmes.  »  Il  peut  donc  fort  bien  se  prendre  dans  le  sens  de  passage  très- 
étroit.  Cependant  je  dois  avouer  que  jusqu'ici  je  ne  l'ai  jamais  rencon- 
tré chez  un  auteur  arabe  dans  cette  acception  particulière, 

*  Pour  que  celte  étymologie  fût  admissible ,  il  faudrait  précisément 
prouver  par  des  passages  d'auteurs  arabes,  que  le  mot  cirât  a  été  em- 
ployé en  ce  sens  ;  mais  j'ose  prédire  qu'on  les  cherchera  en  vain.  11 
y  a  plus:  le  mot  acirate  semble  une  corruption;  du  moins  l'Académie 
dit  (sous  acidates)  qu'il  est  écrit  acidales  dans  le  Lihro  de  la  Monteria 
d'Alphonse  XI.  Elle  ne  cite  pas  de  feuillet,  et  je  ne  l'ai  pas  trouvé 
dans  ce  livre.  Je  le  regrette,  car  il  va  sans  dire  que,  pour  expliquer 
le  mot  en  question ,  un  passage  d'un  livre  du  XIV^  siècle  serait  d'une 
grande  utilité. 

AciTARA,  citara  (mur  extérieur),  de  »^Lx>^ii  (as-silâra)  qui  ne  signifie 
chez  Freytag  que  couverture;  mais  P.  de  Alcala  le  traduit  par  acitara 
de  ladrillo,  Boclhor  par  parapet,  et  on  le  trouve  en  ce  sens  chez  Ibn- 
Adhârî,  I,  211,  et  chez  Ibn-Djobair,  p.  308.  —  La  signification  de  cou- 
verture  est  restée  dans  l'ancien  portugais,  car  S^  Rosa  explique  le  mot 
par  «tapete,  alcatifa,  reposleiro,  panno  de  raz,  cuberlor  bordado,  capa, 
manto  de  lela  fîna,  e  preciosa.» 

*En  arabe  le  mol  sitâra,  de  la  racine  satara,  couvrir,  a  un  sens 
très-large j  car  il  signifie,  comme  dit  Freytag,  omnis  res  qua  tegitur. 
Dans  un  sens  plus  spécial  il  signifie:  1°.  ce  que  Freytag  a  exprimé  très- 
bien  par  aulaeum,  car  on  sait  que  ce  mot  signifie  tout  ce  qui  est  brodé 
superbement  et  dont  on  se  sert,  soit  pour  couvrir  les  murs,  les  bancs, 
les  lits,  etc.,  soit  en  guise  de  rideau.  On  le  rencontre  souvent  en  ce 
sens  dans  les  documents  latins  du  moyen  âge,  et  j'ajoute  ces  exemples 
à  ceux  qu'on  peut  trouver  chez  Ducange  et  chez  S%  Rosa:  «  Dono  etiam 
frontales,  pallas,  acitaras  auro  lextas,  grecirias  (te^  g reciscas)  varias, 
et  serici  linéique  ornamenli   diversa  gênera,»  document  de  812,  Esp, 


59 

sagr.,  XXXVH  ,  317;  «Octo  veslinienla  ad  conversis.  Decem  cilharas. 
Novem  sahanas,»  testament  de  969,  ibid. ,  XVIII,  332;  o liera:  cita- 
rias  de  sirico  magnas.  Item  quatuor  cortinas  de  sirico  parvas  ad  for- 
Diam  coopertorii.  Item  magnam  cortinam  de  lino,»  inventaire  des 
meubles  d'une  église,  de  1510,  ibid,,  XLV,  255;  «It.  ocho  cobertores. 
II.  dos  cidaras,»  autre  inventaire,  de  1526,  ibid.,  XLVIII,  226;  «De- 
dit  quoque  praefatae  Ecclesiae  duas  citharas ,  serico  et  auro  textas, 
praetiosissimas ,  »  Gesla  Roderici.  C'est  par  erreur  que  Berganza  a  dit 
que  le  mot  en  question  signifie  coussin,  et  cette  faute  a  été  reproduite 
dans  le  Dict.  de  Nuilez.  Dernièrement  M.  Cavanilles  (Mémoire  sur  le 
Fuero  de  Madrid,  dans  les  Memorias  de  la  Academia ,  VIII,  15)  est 
tombé  dans  une  erreur  bien  plus  lourde  encore,  en  disant  qu'au  moyen 
âge  les  cilaras  dans  les  églises  étaient,  soit  des  instruments  de  musique, 
des  sistres,  soit  des  vases,  des  acetres  (voyez  plus  haut  ce  mot).  —  En 
arabe  et  en  espagnol  le  mot  en  question  désigne  2°.  une  housse.  Cette 
signification  manque  chez  Freytag ,  mais  Ibn-Batouta  emploie  le  mot  en 
ce  sens  dans  trois  passages  (III,  228,  257,  595),  et  chez  lui  c'est  tou- 
jours une  housse  incrustée  d'or  et  de  pierres  précieuses,  comme  chez 
Gonzalo  de  Berceo,  Vida  de  Santa  Oria,  copia  78: 

Vedia  sobre  la  siella  muy  rica  acitâra, 
Non  podria  en  este  mundo  cosa  ser  tan  clara; 
Dios  solo  faz   tal  cosa  que  sus  siervos  empara, 
Que  non  podria  comprarla  toda  alfoz  de  Lara. 

Dans  mes  Recherches  (II,  Appendice,  p.  xl  de  la  2^^  édit.),  où  j'ai  cité 
ce  passage,  j'ai  observé  que  P.  de  Alcala  et  Victor  connaissent  encore 
ce  sens  du  mot.  —  Il  signifie  5°.  mur  extérieur,  parapet,  un  mur  faible 
qui  couvre  un  homme,  comme  s'exprime  Becrî,  c'est-à-dire,  de  hauteur 
d'homme,  mais  pas  davantage,  une  muraille  fort  étroite  et  faible  (Vic- 
tor), «pared  delgada  como  tabique,  que  se  fabrica  de  ladrillo  y  cal; 
en  algunos  lugares  de  Castilla  debajo  de  este  nombre  se  comprehende 
lambien  la  pared  gruessa,  que  esta  no  en  frenle,  sino  à  les  lados  de 
la  casa»  (Acad.).  Ce  sens  du  mot  est  en  arabe  un  néologisme,  et  c'est 
pour  cette  raison  qu'on  ne  le  trouve  pas  dans  nos  dictionnaires.  Aux 
passages  cités  par  M.  E. ,  on  peut  ajouter  ceux  qu'on  trouve  dans  le 
Glossaire  sur  Edrîsî  (p.  514)  et  ceux-ci:  Tidjànî  dans  le  Journ,  asiat. 
de  1853,  I,   140;  Ibn-Batoula,  I,  151  ;  Cartds,  p.  276,  1.  9  a  f.;  Mac- 


40 

carî,  I,    535,   1.    6;    II,    161,  n.  a;    «BjILaû  (sic),  mur  de  terrasse,» 
Roland  de  Bussy. 

"  A  CORDA  pg.  (espèce  de  mets;  «comida  de  migas  de  pao,azeile,  vina- 
gre,  e  alho  ;  ou  adubada  com  ovos,  assucar,  e  manteiga,»  Moraes)  de 
ë^JJI  (ath'thorda) ,  chez  Freytag  in  friisia  fractus  panis,  cui  iuscuhim 
carnis  infundikir,  chez  Alcala  migas  de  pan  cozido  et  sopa  de  pan.  Je 
profite  de  cette  occasion  pour  observer  qu'il  faut  restituer  ce  mot  dans 
le  Carias,  p.  130,  1.  6  a  f. ,  où  on  lit  mal  à  propos  «^.j;  la  bonne  le- 
çon se  trouve  chez  Ibn-Çâhib-aç-çalât,  man.  d'Oxford,  fol.  22  v%  qui 
raconte  la  même  histoire. 

*  AçuLAR  pg.  (haler,  exciter,  en  parlant  de  chiens  qu'on  excite  à  se 
jeter  sur  quelque  autre  chien  ou  sur  quelque  personne).  Ce  verbe  est 
formé  du  nom  d'action  çaiil{dj*^)f  ou  çaula,  qui  signifie:  l'action  de  se 
jeter  sur  quelqu'un.  Açular  o  cao  est  donc  :  exciter  le  chien  à  faire  la 
çaula,  c'est-à-dire,  à  se  jeter  sur  quelqu'un. 

Adahala,  adehala  (présent  au  delà  du  prix  convenu,  pot-de-vin).  Sui- 
vant Diego  de  Urrea,  ce  mot  dérive  de  ^=>ô  (dakhala)  «que  vale  sacar 
una  cosa,  o  entrar,  porque  se  saca  demas,  y  entra  con  lo  que  se  com- 
pra»  et  il  ajoute  que  ce  terme  est  usité  en  Afrique.  Ce  renseignement 
semble  être  exact.  Ayant  trouvé  chez  Bocthor  i3>i>cX.^  {madkhouT) ,  qui 
est  de  la  même  racine  {dakhala)  ^  dans  le  sens  à' émolument ,  je  serais 
porté  à  croire  qu'il  a  existé  un  substantif  ad-dakhla  avec  la  même  si- 
gnification que  l'espagnol  adahala. 

*  Celte  étymologie,  vraie  au  fond,  n'est  pas  cependant  tout-à-fait 
exacte,  car  l'accent  dans  le  mot  espagnol  {adahala)  montre  que  le  mot 
arabe  doit  être  ad'dakhâla  (iC]Li>tXJi).  Il  est  vrai  que  Freytag  n'a  pas 
celle  forme,  mais  on  la  trouve  deux  fois  chez  Maccarî  (I,  572,  1.  3  a 
f.,  et  584,  3  a  f.),  où  cependant  elle  a  un  autre  sens  que  l'esp.  cfc^a^a/a. 

Adalid,  pg.  adail,  val.  adalil ,  de  J^J^X^il  {ad-dalîl) ,  dérivé  du  verbe 
dalla,  montrer  le  chemin.  Ainsi  s'appelaient  les  guides  et  chefs  de  la 
cavalerie  légère  qui  courait  le  pays  ennemi.  Voyez  Mendoza,  Guerra 
de  Granada,  p.  41. 

"^  La  forme  correcte  adalil,  qui  s'est  conservée  dans  le  dialecte  valen- 
cien  et  dans  le  portugais  (adail  pour  adalil),  se  trouve  aussi  dans  une 
charte  de  1255,  publiée  dans  le  Memor.  hist.  esp.,  I,  15  (mais  dans 
l'édition  qu'en  avait  donnée  Espinosa  {Hist.  de  Sevilla,  IF ,  fol.  17  ^),  on 


41 

lit    adalid)    et    dans    les    Opùsculos  légales  d'Alphonse  X  (I,  122,  125). 

*Adaraja,  adraja  (harpe,  pierre  d*allenle  qui  sort  d'un  mur)  de 
X>,v>Jî  (ad'daradja) ,  degré,  marche.  Miiller.  —  M.  Lafuenle  y  Alcânla- 
ra,  qui  dérive  ce  terme  du  même  mot  arabe,  m'en  a  fourni  cette  ex- 
plication tirée  de  la  Carpinteria  de  lo  hlanco:  «Los  dientes  ô  puntas  al- 
lernativamente  salientes  y  entrantes  que  forman  el  adorno  principal  de 
k)s  racimos.  (Racimo  es  la  pina  ô  adorno  en  forma  de  cono  invertido, 
que  pende  de  la  clave  de  algunos  techos  gôticos,  ô  armaduras  de  ma- 
dera).» 

Adareme,  adarme,  de  l'arabe  (>^y>^^  (ad^dirhem),  espèce  de  poids  et 
de  monnaie.     Le   mot  dirhem  lui-même  n'est  qu'une  altération  du  grec 

Adarga,  darga  (bouclier).  Je  ne  m'occuperai  pas  ici  de  l'origine  de 
iarga,  fr.  iarge,  mais  je  crois  que  adarga  vient  directement  de  l'arabe 
jCâj^J!  (ad'daraca).  J'ai  déjà  remarqué  qu'on  le  prononçait  ad-darca 
(voyez  l'Introd.,  p.  27  à  la  fin)  [* aussi  chez  Naggiar] ,  et  en  outre  on 
peut  comparer  le  changement  de  daraca  en  darga  à  celui  de  auctoricare 
en  otorgar,  où  il  y  a  la  même  élision  d'une  voyelle  brève  et  la  même 
altéralion  de  c  en  g.  —  Du  reste  ce  mot  était  très-usité  en  Espagne: 
non-seulement  P.  de  Alcala  traduit  escudo  par  daraca  et  darca  ,  mais  il 
donne  encore  darraca  (adargar) ,  modarrac  (adaragado,  broquelado,  escu- 
dado),  et  darrâc  (escudero  que  haze  escudos). 

*  En  espagnol  on  disait  aussi  adaraga;  Nunez  donne  cette  forme  et 
elle  se  trouve  dans  les  Corles  de  Léon  y  de  Castilla  ,  II,  84,  99,  ainsi 
que  chez  Alcala  sous  adaragadante  (cf.  plus  loin  l'article  anta). 

Adargama,  aldargama  (espèce  de  pain)  de  iCXx.Jc-M  (ad-darmaca)  qui 
signifie  pan  hlanco  (Aie). 

*  Le  mot  espagnol  désigne  aussi  du  froment  ou  de  la  farine  de  première 
qualité.  L'Académie  l'explique  ainsi:  «Es  uqa  suerte  de  harina  de  tri- 
go,  que  corresponde  à  lo  que  llamamos  oy  harina  de  flor,  de  que  ha- 
cîan  el  pan  mas  delicado.  »  En  arabe  darmac  a  le  même  sens;  voyez 
Alcala   sous   trigo    candial;    Becrî,  p.   48,  I.  14;  Ibn-Batouta,  III,  382; 

al-Cabbâb   (man.   138(2),  fol  79  v»):  ^lùS  st^jOJ^\  vJu5^,  «l'excellente 
farine  du  darmac.  » 

Adarve  («el  espacio  ô  camino  que  bai  en  lo  alto  de  la  mu ralla ,  sobre 

6 


42 

cl  fjiial  se  levantan  los  alnieiias»  Acad.).  En  arabe  ad-darb  se  dit  dans 
le  sens  de  chemin,  passage  clroil ,  mais  je  dois  avouer  que  je  ne  l'ai 
jamais  rencontré  dans  une  acception  analogue  à  celle  de  l'espagnol  ac/arue. 
^31.  Millier  dérive  ce  mot  de  «.j^xi!  [adz-dzirwe  ou  adz-dzorwe),  cré- 
neau, qui  convient  quant  à  la  forme,  car  le  dzâl  devient  d  en  espa- 
gnol, et  le  changement  dans  la  première  voyelle  (qui,  comme  on  voit, 
n'est  pas  conslanle,  même  en  arabe)  n'est  pas  d'une  grande  importance. 
Le  sens  me  semble  convenir  aussi,  car  à  mon  avis  le  mot  adarves  (on 
l'employait  de  préférence  au  plur.)  signifiait  d'abord  en  esp.  créneaux  ;  puis  , 
en  prenant  la  partie  pour  le  tout,  muraille  crénelée.  Dans  le  Fuero  de 
Molina,  publié  par  Llorente  (Noiicias  de  las  très  provincias  Vascongadas, 
IV,  119),  on  lit:  <^  Qui  casa  poblada  ioviere.  Do  vos  en  fuero  al  concejo 
de  Molina,  que  vecino  que  en  Molina  toviere  casa  poblada  de  dentro  de 
adarves,  sea  siempre  excusado  de  pechar,  e  nunca  pèche  sino  es  en 
la  labor  de  los  muros.  »  Ici  adarves  signifie  évidemment  la  muraille 
d'enceinte.  Victor  aussi  ne  donne  rien  autre  chose  que  ceci:  ^^ adarves, 
les  murs  d'une  ville.»  Dans  le  Fuero  de  Madrid  de  1202,  publié  dans 
les  Memorias  de  la  Acadcmia,  t.  VIII,  on  trouve  trois  fois  (p.  40  a,  cf. 
p.  46/^)  «la  obra  del  adarve,»  ce  qui  équivaut  à  l'expression  a  la  labor 
de  los  muros»  dans  le  Fuero  de  Molina.  Dans  une  ordonnance  de  1351 , 
où  il  est  question  de  la  division  de  l'argent  provenant  d'une  amende, 
on  lit  de  môme  {Cortes  de  Lcon  y  de  Caslilla,  II,  89):  «et  la  olra  ter- 
cia  parle  para  los  adarves  de  los  lugares  do  acaescier.  »  Dans  un  pas- 
sage du  Poema  de  Alexandro ,  où  il  est  question  du  siège  d'une  ville, 
on  lit  (copia  204): 

Que  ya  querian  los  de   fuera  al  adarve  entrar  ; 

Mas  bien  gelo  sabien  los  de  dentro  vedar. 

Aujourd'hui  encore  on  parle  des  adarves  à  Grenade;  ce  sont  des  for- 
tifications conslruiles,  dit-on,  par  le  marquis  de  Mondejar  (voyez  Gi- 
menez-Serrano,  Manual  del  viagero  en  Granada ,  p.  140);  <^\es  Adarves, 
qui  font  partie  de  l'Alliambra ,»  dit  M.  Davillier  (Hist.  des  faïences  his^ 
pano-moresques  à  reftets  métalliques,  p.  15),  «sont  situés  près  de  l'en- 
ceinte fortifiée  de  ce  palais.»  C'est  par  calachrèse  qu'on  a  donné  aussi 
le  nom  à'adarvc  à  l'espace  qui  règne  dans  le  haut  de  la  muraille  cré- 
nelée; un  écrivain  du  XV''  siècle,  l'auteur  anonyme  de. la  Vie  de  Don 
Miguel  Lucas,  donne  à  ce  chemin  le  nom  de  «el  andamio  del  adarve» 


43 

(dans  le  }femor.  hût.  esp.,  VIII,  545),  ce  qui  est  une  expression  plus 
exacte.  Cependant  les  Arabes  eux-niômes  semblent  avoir  employé  s.^i 
en  ce  sens,  car  on  lit  dans  un  passage  d'Ibn-al-Khatîb,  cité  par  Mac- 
carî  (Seconde  l*artie,  III,  4î>,  1.  12  édil.  de  Boulac)  et  où  il  est  ques- 
tion de  Tescalade  d'une  forteresse  :  ô^.%JL1  «^-jjî;^  ^^yXJî  xji  Î^Â-i^Ljl^ 
^.^C\  ^c  «u  sL>ô'J'  iCx^j  (lisez  v^ajo) ,  «  ils  prirent  un  échafaud  au  moyen 
duquel  on  pouvait  atteindre  Vadarve  et  qui  se  trouvait  là  à  cause  d'une 
bâtisse  qui  n'était  pas  encore  achevée.» 

"Adefina,  adafina,  dafina  (ragoût  autrefois  en  usage  parmi  les  juifs 
d'Espagne).  Aux  deux  exemples  donnés  par  l'Académie,  j'ajoute  ces 
deux  autres;  l'Archiprôtre  de  Hila,  copia  755: 

Algunos  en  sus  casas  pasan  con  dos  sardinas , 
En  agenas  posadas  demandan  golierias, 
Desechan  el  carnero,  piden  las  adefinas, 
Desian  que  non  combrian  tosino  sin  gallinas; 

Cancionero  de  Baena  (p.  457,  et  non  pas  p.  447,  comme  on  trouve  dans 
le  glossaire); 

Senor,  non  manjedes  manjar  d'adefyna , 

El  quai  gostaiedes  con  grand  amargueça. 

Ce  mets  est  encore  en  usage  parmi  les  juifs  d'Afrique;  M.  Prax  en  parle 
(dans  la  Revue  de  l'Orient  el  de  l'Algérie  y  VIII,  279);  il  écrit  defina  cl 
il  dit  que  c'est  un  potage  aux  herbes.  Le  mot,  toutefois,  n'appartient 
pas,  je  pense,  à  la  langue  des  juifs,  mais  à  celle,  des  Arabes.  Casiri 
{apud  Marina)  attesie  que  les  Orientaux  font  encore  usage  de  ce  mets 
et  qu'ils  l'appellent  ad-dafîna  et  al-med/'ouna  ;  il  ajoute  qu'il  est  composé 
de  viande,  de  choux  et  d'épiceries,  et  que  le  mot  dérive  du  verbe  ^-v^ 
[dafana) ,  cacher  y  ensevelir.  Ces  renseignements  ne  sont  nullement  las- 
tasques,  comme  prétend  Marina  («  yo  sospecho  ser  todoestocaprichoso»); 
au  contraire,  ils  sont  confirmés  par  le  témoignage  de  lierggren  qui  al- 
lestc  (p.  264,  n°.  69)  que  ioj.sJs^,  medfouné^  signifie  aujourd'hui  (en 
Syrie  probablement)  choux  au  riz. 

Dans  le  (\nuionnri)  de  Uaena  (p.  445),  où  l'on  trouve  ces  deux  vers: 

Johan  Garcia,  mi  adefyna 
Vos  dire  yo  inucho  cedo. 

Jean  Garcia,  je  vous  dirai  très-promplement  mon  at/d/iMa,»  ce  mol  ne 


44 

peut  pas  signifier  une  espèce  de  mets,  comme  Pont  cru  les  auteurs  du 
glossaire.  C'est  bien  le  même  mot  arabe,  mais  avec  son  acception  or- 
dinaire: res  quae  absconditicr.  Le  sens  est  donc:  «je  vous  dirai  Irès- 
promptement  ma  pensée  secrète.» 

*Adazal  (pas,  dans  les  dict.).  Décrivant  la  pêche  du  thon,  Escolano 
{Hist.  de  Valencia,  I,  730)  dit  qu'on  emploie  deux  espèces  de  filets, 
dont  l'un,  qui  est  fait  de  sparte,  s'appelle  adaçal.  C'est  l'arabe  l^Ai! 
{ad'disâr)  t  qui,  dans  l'arabe  classique,  signifie  une  corde  faite  des  fibres 
du  palmier ,  et  que  l'on  peut  fort  bien  appliquer  à  un  filet  fait  de  sparte. 

Adela  z^^'.  (fripière,  «que  vende  fato  nas  feiras,  e  pelas  ruas»)  de 
iJ^AJi  (ad'dellâla)  qui  est  le  féminin  de  déliai,  courtier.  Le  mot  arabe 
dérive  du  verbe  dalla,  qui,  à  la  seconde  forme,  signifie  vendre  à  l'en- 
chère,  «almonedear»   (Aie). 

Adelfa  (laurier-rose)  de  ^JLioJî  (ad-diflâ) ,  rhododendron  (Bocthor) , 
nerium  oleander  (Ibn-al-Bailâr,  I,  420.  [*  Le  mot  arabe  lui-même  est 
une  altération  de  lx(pv^]. 

*  Ademe  (étançon ,  étai ,  pièce  de  bois  avec  laquelle  on  soutient  les 
travaux  intérieurs  d'une  minière)  de  iU^iAJl  (ad-di'me)  ou  iC^UjJÎ  {ad- 
di*éme)  y  columna ,  trabes  supra  quas  exstruilur  lectum,     Mliller. 

*  Aderra  (corde  de  jonc  dont  on  entoure  le  marc  de  raisin  sous  le 
pressoir).  M.  Mûller  dérive  ce  mot,  qui  est  en  usage  en  Aragon,  de 
'éj\X}\  (ad-dirra) ,  comme  l'avait  déjà  fait  Marina;  mais  cette  opinion  me 
paraît  inadmissible.  En  elfet,  le  mot  dirra  a  un  tout  autre  sens;  c'est 
un  nerf  de  bœuf  ou  une  espèce  de  cravache  faite  de  cordes  tordues  en- 
semble, dont  on  se  sert  pour  donner  des  coups;  celle  du  calife  Omar  I", 
qui  n'y  allait  pas  de  main  morte  quand  il  était  en  colère,  était  fort 
redoutée  dans  le  temps  et  elle  est  restée  célèbre.  En  Aragon  au  con- 
traire, Vaderra  ne  sert  pas  à  frapper,  mais  à  entourer,  et  cette  cir- 
constance explique  l'origine  du  mot.  11  vient  de  la  racine  ^b  {dâra) , 
entourer,  et  c'est  5yî Js.il  (ad-déira) ,  chez  Freytag  une  chose  qui  en  en- 
toure une  autre;  chez  Ibn-Balouta  (ïll,  223)  c'est  sangle,  en  parlant 
d'une  selle,  et  Vaderra  aragonaise  est  aussi  une  sangle. 

*  Adiafa  (les  présents  et  les  rafraîchissements  que  l'on  donne  aux  na- 
vires qui  arrivent  dans  un  port),  pg.  diafa  (ce  qu'on  donne  aux  ouvriers 
au  delà  de  leur  salaire,  lorsque  le  travail  est  terminé)  de  iCsLAiaiî  {adh- 
dhiâfa),  don  d'hospitalité,  festin  (voyez  Quatremère,  llisl.  des  suit,  maml., 


45 

I,  1,  76;  mes  Loci  de  Ahhad.,  II,  192,  n.  23 ,  et  le  Glossaire  sur 
Edrîsî,  p.  338).  Il  est  étrange  que  Marina  et  M.  E.  aient  oublié  ce 
mot;  M.  Mliller  y  a  pensé. 

Adivas  (maladie  des  bétes ,  squinancie)  de  iL*=uÂil  (af/-(/ai6Aa),  «dolor 
in  gutture  »  . .  ?  P.  de  Alcala  traduit  esquinancia  par  dobôh  (^^) ,  qui 
vient  de  la  même  racine. 

*  Quoiqu'elle  ait  une  apparence  spécieuse,  rétymologie  donnée  par 
M.  E.  n'est  pas  la  véritable,  et  je  propose  de  changer  cet  article  de 
cette  manière: 

*  Adivas  ,  abivas  (Victor) ,  adinas  (Nuilez) ,  /r.  avives  (maladie  des 
chevaux,  semblable  à  Tesquinancie  ou  angine  chez  les  hommes,  et  qui 
provient  de  l'enflure  des  glandes  à  la  gorge)  de  iCxjJvJt  {ad-dziha,  ad- 
diha) ,  chez  Freylag:  «  morbi  species,  qua  afïici  solet  guttur  iumenti.  » 
Dans   un   Traité  d' hippialrique   (man.    299(3) ,   fol.   100  V». — 102  v^)  on 

trouve  des  détails  sur  celte  maladie,  qui  y  est  appelée  xlâlÂ^I^  i^ÂjJJî, 

et  sur  la  manière  de  la  guérir.  Ibn-al-'Auwâra  (II,  603,  cf.  593)  en 
parle  aussi. 

Adive,  adiva,  pg.  adibe  (espèce  d'animal)  de  »-oÂJi  (ad-dzib).  Il 
semble  être  inexact  de  traduire  ce  mol  arabe  par  loup;  Maccarî  (1,122) 
atteste  qu'il  y  a  en  Espagne  une  espèce  de  bête  fauve  appelée  lob  (lobo) 
et  il  ajoute  que  cet  animal  est  un  peu  plus  grand  que  le  dzib. 

*  M.  Muller  a  sur  cet  article  une  note  qu'il  vaudra  mieux  passer  sous 
silence.  M.  Defrémery  observe  que  le  mot  dzib  signifle  en  Algérie  cha- 
cal y  mais  chez  les  poètes  et  les  naturalistes  loup.  Cette  remarque  est 
fondée;  une  foule  de  voyageurs  attestent  qu'en  Afrique  le  dzib  est  le 
chacal  (quelques-uns  d'entre  eux  nomment  mal  à  propos  le  renard);  voyez, 
p.  e.,  les  relations  de  Marmol  (I,  26  6),  de  Shaw  (I,  262  trad.  hol- 
land.),  de  Hœst  (p.  294),  de  Bruce  (V,  84,  110),  de  Poiret  (I,  235), 
de  Jackson  (p.  26,  et  Account  of  Timbuctoo,  p.  299),  de  Daumas  {Sa- 
hara, p.  179),  de  Pflijgl  (dans  les  Wiener  Jahrb,,  t.  LXIX,  Anz.  Bl. , 
p.  29),  de  Tristrara  (p.  385),  d'Orrasby  (p.  291),  Revue  de  VOrienl  et 
de  VAlg.y  XIII,  90.  En  espagnol  et  en  portugais  adive  ou  adibe  a  tou- 
jours indiqué  le  môme  animal,  jamais  le  loup,  et  bien  que  P.  de  Al- 
cala  traduise  lobo  par  dib,  je  crois  néanmoins  que  le  peuple  arabe  en 


46 

Espagne  entendait  sous  ce  mot  le  chacal,  comme  ses  frères  d'AlVique. 
Quant  au  loup,  le  peuple  lui  laissait  son  nom  espagnol  lobo ,  qui  en 
arabe  avait  acquis  droit  de  cité ,  comme  le  prouvent  ces  deux  passages 
du  Mosta'tm  :  v-^Uî  ^^3>  yS>   w^jAii   ,j.j^  et  v.^Jlii   B.t^/o  ^^'P   ^\l\   »  L-o. 

Adobe  (brique  crue)  de  v-jj,LiJi  {al-lôh) ,  brique. 

*  ÂDooum.  Ce  mot  est  expliqué  de  cette  manière  par  Nunez  :  «  Morce  : 
pierre  pour  les  pavés  et  pour  quelques  autres  usages,  taillée  d'une  ma- 
nière particulière.  —  Adoquines  Canivaux:  gros  pavés  qui  traversent  le 
milieu  d'une  rue  pour  le  passage  des  voitures.  — Contre-jumelle:  pavés  des 
ruisseaux.  —  Parements:  gros  quartiers  de  pierre  qui  bordent  un  chemin 
pavé.»  C'est  donc  en  général  un  gros  quartier  de  pierre,  et  je  crois  que  c'est 
le  mot  arabe  ^^Is'lXjI,  ad-dokkân ,  ad-dokkîn  selon  la  prononciation  des 
Arabes  d'Espagne.  Dokhân,  ainsi  que  dakka ,  autre  mot  de  la  même 
racine,  signifle  un  banc  en  pierre  ou  en  bois  {dakkah ,  «bench  of  stone 
and  wood,»  Burton ,  PUgrimage,  l,  303),  particulièrement  un  banc  en 
pierre  («stone  bench,»  Burton,  II,  31),  tel  qu'on  en  trouvait  dans  les 
portes  des  villes  et  aux  portes  des  maisons  ou  des  mosquées.  Ainsi  on 
lit  chez  Bicâ'î  (dans  Kosegarten,  Chrest,  Arab.,  p.  143):  b^^^ao  c^^-jI^-s 
\{ij<,yS  .sùl\  L^^^lsi  jj^Jl^o  L/o  ^l\-«-j  ^î^j.j  ^:^2  ^Iav^JI/o  '».4.j^hs^f  «je  vis  une 
pierre  grande  et  lisse,  dont  le  côté  supérieur  présentait  un  carré  assez 
grand  pour  qu'une  personne  put  s'y  asseoir,  de  sorte  que  cette  pierre 
était  comme  une  dakka.»  Dans  les  Fables  de  Bidpai  (p.  281):  ^jJ>=>- 
KÂjAji  ujLj  ^h  ss'^ù  ^Jss^i  «il  s'assit  sur  une  dakka  dans  la  porte  de 
la  ville. »  Chez  Becrî  (p.  118):  .Ij^il  ^Lj  X^  ^\,^ù  ^i  L^Jl^è,  «ils 
s'assirent  sur  un  dokkân  à  côté  de  la  porte  de  l'hôtel»  (M.  de  Slane 
a  traduit  mal  à  propos  boutique).  Chez  Ibn-Batouta  (II,  351):  «Je  pas- 
sai un  jour  près  de  la  porte  de  la  mosquée  de  Sinope;  il  y  a  en  cet 
endroit  des  dokkân  où  les  habitants  s'asseyent»  (»Axaj  ^^^^^^  \:5^l.^j5 
L^dc  (j^'oJi).  Il  est  possible  que  les  tailleurs  de  pierres  aient  donné  le 
nom  de  dokkân  à  des  quartiers  de  pierre  qui  ressemblaient  à  des  bancs 
en  pierre,  bien  qu'ils  fussent  destinés  à  un  autre  usage,  et  il  y  a  dans 
Ibn-Batouta  un  passage  qui  me  confirme  dans  cette  supposition.  En  par- 
lant d'une  colonne  près  d'Alexandrie,  il  s'exprime  en  ces  termes  (1,30): 

jU/fll    xxijA    a^l:5\^    c\ct^5       As.    j^aSÎ    uX-i»    ^i:^^sÂiî    x^îC:S\/iî    BA>t^    iCxbî   ^P*, 


ii^. 


47 

K^-Jà*]!  ^i^i^Js.]! ,  «elle  est  d'une  seule  pièce,  arlislenienl  laillée,  et  on 
Ta  dressée  sur  des  assises  en  pierres  carrées  qui  ressemblent  à  de 
grands  dokhàn.» 

*  Ador  (temps  limité  pour  arroser,  dans  les  endroits  où  Teau  d'arro- 
sage appartient  au  commun)  de  j^O^\  {ad-daiir) ,  periodus ,  le  retour  pé- 
riodique de  Tarrosage.     Comparez  l'article  adula. 

Aduana,  t7.  dogana,  prov»  doana",  /r.  douane  (bureau  où  Ton  paye  les 
droits  imposés  sur  l'entrée  et  la  sortie  des  marcbandises)  de  l'arabe 
^^^^jJ!  (ad'dhvân)  qui  est  lui-même  d'origine  persane.  11  signifie 
d'abord  registre ^  et  de  là:  l'endroit  où  les  employés  qui  tiennent  les 
registres  (c'est-à-dire ,  les  administrateurs  des  finances)  se  réunissent , 
bureau.  Ensuite  il  se  prend  dans  l'acception  de  chancellerie ,  conseil 
d*élat,  salle  d^ audience,  etc.  Comparez  pour  toutes  ces  significations  les 
Prolcgomcnes  d'Ibn-Kbaldoun  (II,  16).  Quant  à  la  signification  de  hu- 
reau  de  douane,  qui  manque  chez  Freyl'ag ,  on  la  trouve  chez  Ibn- 
Batoula,}  I,  112;  [MV,  265;  Ibn-Djobair,  p.  36;  Maccarî,  I,  728,  1. 
21;  II,  148,  1.  4  a  f.;  511,  1.  14  et  15;  Ibn-Khaldoun,  Hist.  des  Ber- 
bères,  I,  401  ,  483,  493,  494,  597,  et  surtout  637;  /  diplomi  arabi 
del  H.  archivio  fiorentino  éd.  Amari,  passim ,  p.  e.  p.  103;  Documentos 
arabicos  para  a  historia  porlugueza  éd.  Sousa,  passim,  p.  e.  p.  52;  Boc- 
Ihor,  Marcel  et  le  Dictionnaire  berbère  sous  douane;  Humberl,  p.  210]. 

Aduar.  En  arabe  ^^J^ii  (ad'douar)  ou  ^^^Ait  {ad-douâr)  se  dit  d'un 
campement  de  Bédouins,  dont  les  lenles  sont  rangées  en  cercle  avec  les 
troupeaux  au  milieu.  Un  douar  consiste  ordinairement  de  cent  ou  de 
cent  cinquante  liabilalions.  Voyez  Marmol,  Descripcion  de  Affrica ^  I, 
fol.  36  v^  —  Le  mot  arabe  lui-même  est  dérivé  du  verbe  ^^ô  (dâra), 
circumivil ,  gyrvm  egit. 

*  M.  Engelmann  n'aurait  pas  dû  laisser  au  lecteur  le  choix  entre  deux 

formes  arabes.  Le  mot  est  ,LjJl  (ad-dauivâr  ou  ad-douwâr) ,  au  plur. 
^3^0.  Il  manque  chez  Freytag  on  ce  sens ,  mais  on  le  trouve  déjà  chez 
un  auteur  du  XII'  siècle,  à  savoir  chez  Edrîsî ,  qui  dit  (Clim.  I,  Sect. 

S):  yj^'^   XiL>^  ^iS^5  /**^   t^j^  ^i^^  t^-J^^  0^.*>-«t  «  deux  villes 

qui  ressemblent  à  des  villages  ,  et  entre  lesquelles  il  y  a  des  hameaux 
et  des  douars  de  Bédouins,  r  On  le  rencontre  aussi  chez  Ibn-Balouta 
(II,  69). 


48 

*Aducar,  aldiicar  («cierta  tela  de  seda  de  especie,  y  suerte  no  la 
mas  fina;  es  de  mas  cuerpo  que  el  tafetân  doble,  y  liene  sobresaliente 
cordoncillo.  Hablan  de  ella  las  Ordenanzas  de  Sevilla ,  tilulo  Tejedôres 
de  terciopelo;  yâ  no  se  fabrica  este  género  de  lela.  Pragm,  de  tassas  y 
afio  1680,  fol.  6:  Cada  vara  de  adûcar  negro  à  catorce  reaies,»  Acad.; 
chez  Nuilez  aussi:  la  soie  extérieure  et  grossière  du  cocon,  contilles, 
strasses,  rondelettes).  Je  crois  pouvoir  expliquer  l'origine  de  ce  mot, 
mais  en  parlant  de  trois  suppositions.  Selon  la  première,  il  signifie 
proprement  slrasse;  selon  la  seconde,  la  forme  alducar  est  la  meilleu- 
re, et  selon  la  troisième,  il  y  a  dans  cet  alducar  une  de  ces  transposi- 
tions de  lettres  qui  sont  très-fréquentes  (cf.  Tlntrod.,  p.  24  et  25),  car 
à  mon  avis  c'est  proprement  alcudar  ou  alcadur,  en  arabe  ^cXaJt.  Frey- 
tag  a  al-cadhar,  «sordicies,  sordes,»  et  «spurcus,  sordidus,»  ainsi  que 

al'Cadhour  (^«Âiiil) ,  «sordidus,  immundus.»  Je  trouve  ce  mot,  quelles 
qu'en  soient  les  voyelles,  avec  le  sens  de  strasse,  dans  un  passage  des 
Mille  et  une  nuits  (I,  311  éd.  Habichl).  Une  dame  y  dit:  Dieu  a  béni 
l'argent  dont  j'ai  hérité;  ^^Âait  r-r^S  j^-j^^  Jj^^  ^^^  >  "J^  ^^®  '^  ^^^®  ^^ 
je  rejette  la  slrasse.»  C'est  évidemment  une  locution  proverbiale  et 
dont  le  sens  est  :  je  suis  assez  riche  pour  n'employer  que  ce  qui  est 
très-fin  et  je  ne  veux  pas  de  ce  qui  est  grossier,  de  même  qu'un  fileur 
opulent  rejette  la  strasse,  dont  d'autres,  qui  sont  sans  fortune,  se  ser- 
vent pour  en  fabriquer  une  espèce  de  soie  de  basse  qualité.  Comparez 
l'article  anafaya,  car  ce  mot  signifie  de  même  strasse  et  espèce  d'étoffe 
faite  de  strasse. 

*  Adufa  pg,  (contrevents,  grands  volets  de  bois  qui  servent  à  garan- 
tir en  dehors  une  fenêtre,  et  qui  s'ouvrent  et  se  ferment  suivant  le 
besoin;  —  adufa  d'un  moulin,  la  planche  qu'on  place  dans  la  bouche 
du  conduit,  afin  d'empêcher  l'eau  d'arriver  au  moulin)  de  w^il,  arf- 
douffa  y  car  c'est  ainsi  qu'on  prononçait  en  Espagne  le  mot  qui  chez 
Freytag  est  daffa  et  qu'il  explique  d'une  manière  si  peu  satisfaisante, 
que  M.  E.  a  omis  le  mot  adufa,  bien  qu'il  eût  été  noté  par  Sousa.  Il 
est  facile  de  voir  que  le  mot  port,  désigne  proprement  une  planche,  et 
telle  est  aussi  la  signification  propre  du  mot  arabe;  Humbert  (p.  191), 
Bocthor  et  Berggren  le  donnent  sous  planche.  Mais  comme  une  planche, 
ou  plusieurs  planches  réunies  ensemble,  sert  à  différents  usages,  le 
mol  arabe  (qui  chez  Bocthor  et  chez  Marcel  est  aussi  quelquefois  isijô , 


49 

altération  de  tiJô)  signifie  en  outre  :  2°.  hallanl  d'une  porte  ;  voyez 
Bocthor,  Berggren  et  Marcel  sous  ballant.  En  décrivant  une  mosquée, 
l'auteur  du  Carias  (p.  59)  parle  des  xLiiJt  s-jt^-j!  J.c  ^yii!  ^.♦.^iî  *  wàîj^Jl 

«battants  rouges  des  portes  qui  sont  situées  du  côté  du  midi.»  Z°. porte, 
Alcala  traduit  puerla  de  madera  par  dùf,  au  pi.  diféf;  de  dos  puer  ta  s  cosa  est 
cbez  lui  min  dnfetèy ;  Bombay,  p.  ^0 ,  janua ;  Humbert,  p.  192,  petite 
porte.  On  lit  dans  le  Cartâs  (p.  39):  ûù  i^S  ^  xibli  ^wôUvo  «J  à-»^^ 
^^iliil  w»lJi  ^  Ki^. ,  «il  fît  faire  trois  clés  pour  la  première  porte, 
et  trois  autres  pour  la  seconde.»     Et  plus  loin  (p.  153)  :  .^^î  t^>-^ 

jd^,  «la  pierre  lancée  par  le  mangonneau  vint  tomber  au  milieu  de  la 
porle  d'al-Mahdîya,  qui  était  entièrement  de  fer,  et  la  fit  plier  au  mi- 
lieu. »  4°.  porte  posée  horizontalement  sur  une  ouverture  à  rez-de- 
chaussée,  c'est-à-dire,  trappe.  Ibn-Batouta  (I,  264)  rapporte  qu'au  mi- 
lieu de  la  mosquée  de  Médine  il  y  a  'iXsAA  fjo^\  kj=>^  ^^^  iCiU^/o  xi^ 
V^v>y«  j^^  «une  trappe  couvrant  le  sol  et  fermant  l'ouverture  d'un 
souterrain  pourvu  de  marches,  et  qui  conduit  à  la  maison  d'Abou-Becr, 
au  dehors  de  la  mosquée.»  5°.  contrevent  y  comme  adufa  en  portugais; 
Bocthor  sous  contrevent  et  sous  volet;  Hélot ;  Cherbonneau,  Dialogues ^ 
p.  76.  On  s'aperçoit  aisément  qu'au  fond  cette  signification  est  la  même 
que  celle  de  battant  de  porte.  6°.  gouvernail,  un  gouvernail  étant  aussi 
une  planche;  Humbert  (p.  128),  Hélot;  Bocthor  et  Marcel  sous  gouver- 
nail;   Berggren    et    Bocthor   (i5jJî  «A.j)    sous    timon.     En   parlant   d'un 

naufrage,  Ibn-Batouta  dit  (IV,  187):  xijcJ!  j^JLc  Jjl  ^^-'1  i^>Lo  Jji^ , 
«le  patron  du  vaisseau  gagna  la  terre  sur  le  gouvernail,»  et  dans  les 
Mille  et  une  nuits  (III,  55  édit.  Macnaghten)  on  trouve:  «La  pierre 
tomba  sur  la  poupe  du  naVire,  la  brisa,  et  fit  voler  le  gouvernail 
(K-50^J')  en  vingt  morceaux.»  —  Je  dois  encore  faire  observer  que  la 
prononcialion  avec  la  vovelle  ou  ne  semble  avoir  été  usitée  que  dans  la 


l)  C'est  ainsi  qu'il  faut  prononcer  d'après  Alcala,  et  non  pas  v^5Ji,  comme  l'a  fait 
l'cditeur,  M.  Tornberg.  Chez  les  Grenadins  le  plur.  était  aussi  ol^O*  voyez  Kitâb 
akhbâr  at-^açr  (dans  Mûller,   Die  letzten  Zeiten   von   Granada)  ^   p.   24,   1.  12. 


50 

péninsule  ibérique;  d'après  les  diclionnaires  de  la  langue  moderne  on  pro- 
nonce aujourd'hui  partout  (même  au  Maroc  selon  Dombay)  de/fa,  deffè  ou  dilfé, 

Adufe  (espèce  de  tambour)  de  uiJ^Ji  (ad-doii/f) ,  que  Bocthor  traduit 
par  tambour  de  basque. 

*  Adula,  dula.  Ce  mot  a  deux  significations  qui  au  premier  abord 
semblent  tout-à-fait  distinctes.  En  premier  lieu  c'est,  comme  disent  les 
Espagnols,  une  «voz  de  regadio,»  dont  on  se  servait  à  Tudèle,  et  qui 
a  été  expliquée  peu  exactement  par  l'Académie  et  par  Nuûez.  Selon 
Yanguas  (Anligûedades  de  Navarra,  I,  7,  8)  c'est:  «todo  aquel  tiempo 
en  que  las  aguas  de  ciertos  regadios ,  repartidas  à  dias  entre  diferentes 
campos  à  heredades,  corrian  su  curso  basta  que  todos  ellos  hubiesen 
disfrutado,  volviendo  à  comenzarlo  de  nuevo.»  C'est  l'arabe  KJ^uXil  {ad' 
daula) ,  perioduSf  le  retour  périodique  de  l'arrosage  ;  comparez  plus  haut 
l'article  ador,  mot  qui  a  le  même  sens,  et  voyez  aussi  Becrî ,  p.  48, 
1.  4  a  f.  L'explication  de  Yanguas  m'a  été  fort  utile;  si  je  n'avais  eu 
que  celle  que  fournit  l'Académie  et  qui  sans  doute  est  tout-à-fait  fausse 
(«locus  rigationibus  carens»),  il  m'eût  été  impossible  d'expliquer  l'ori- 
gine du  mot. 

En  second  lieu,  il  signifie  en  Aragon  et  en  Navarre:  «Iroupeau  de 
gros  bétail  appartenant  à  différents  particuliers,  que  mène  paître  un 
dulero,  c.-à-d.,  un  homme  payé  par  la  communauté.»  Freytag  n'a  rien 
qui  puisse  faire  soupçonner  que  le  mot  arabe  a  ce  sens;  cependant  il 
s'emploie  encore  au  Maroc  dans  la  même  acception,  car  Dombay  donne 
(p.  99):  «igrex,  iCJ^^,  dûla,r>  et  je  me  liens  persuadé  qu'au  fond  c'est 
le  même  daula ,  periodus.  On  menait  ^diiire  périodiquement  le  troupeau, 
et  c'est  par  abus  qu'on  a  donné  le  nom  de  daula  ou  dula  au  troupeau 
ui-même.  En  général  le  mot  daula ^  de  même  que  daur,  signifie  tout 
ce  qui  revient  à  des  temps  marqués.  Chez  Pedro  de  Alcala,  par  exem- 
ple, c'est  leçon  que  donne  un  professeur  {lecion  del  que  lee;  en  ce  sens 
ce  mot  se  trouve  chez  Maccarî,  III,  201,  1.  2  a  f.  éd.  de  Boulac), 
parce  qu'un  professeur  donne  ses  leçons  dans  des  temps  fixes  et  réglés. 

Adunia  (beaucoup,  abondamment)  de  LitX^i  [ad-donyà) ,  /e  monrfe,  sub- 
stantif qui  en  Espagne  était  usité  comme  adverbe,  car  P.  de  Alcala 
traduit  harto  por  mucho  par  ad-donya ,  et  mojarse  mucho  par  inlaca^a  ad- 
donya  Ui^ii    «axi'.     De  même  dans  la  demande  du  confesseur;    «  Jngas- 


51 

tes  dineros  deseando  ganar  con  miiclia  cobdicia,»  il  a  rendu  les  der- 
niers mois  par  tarbah  (g^y)  ad^donya, 

*  En  Algérie  le  mot  ed-dounia  s'emploie  encore  à  peu  près  de  la 
même  manière,  car  on  lit  chez  Cherbonneau,  Dialogues,  p.  71:  «Mon- 
sieur, vous  ne  trouverez  pas  à  meilleur  compte,  ^^^-x-^JLxwo  ^  U»  ^\ 

JjCib  LojJI  ^i  !^jd«j,  à  moins  que  vous  n'employiez  de  mauvais  ou- 
vriers qui  vous  gâteront  tout.  »  Le  portugais  a  aussi  adunia  comme 
adverbe,  mais  il  signifie  dans  cette  langue  partout,  en  tout  lieu;  «vejo 
tormenlos  adunia ,  »  est  l'exemple  que  donne  Moraes. 

*Adur  pg.  Selon  S^  Rosa  et  Bluleau,  cité  par  Moraes,  ce  mot  si- 
gnifie méchanceté,  trahison,  dans  ce  passage  de  la.  Vida  d' El- Rei  D.  Joao  I 
par  Fernao  Lopes:  «Aonde  tantas  virtudes  raoravao  adur  podia  nenhum 
cuidar.  •  C'est  peut-être  un  mot  formé  de  la  racine  ^o^  {gadara) ,  pro- 
didit,  perfide  egit,  mais  en  arabe  ^^O^  {gadour)  signifie  perfide,  et  non 
perfidie, 

"  Adutaquë  (fleur  de  la  farine  de  froment).  Ce  mot ,  qu'on  trouve 
dans  les  Ordonnances  de  Séville  (Acad.)  et  qui  est  sans  doute  d'origine 
arabe,  me  semble  une  altération  de  aducaque,  de  la  racine  ^^  (dacca). 
Dakik,  qui  vient  de  la  même  racine,  signifie  farine,  et  selon  la  défi- 
nition de  l'Académie,  le  mot  adutaquë  désigne:  «la  harina  de  la  adar- 
gama,»  c'est-à-dire,  la  farine  de  cette  espèce  de  froment  qu'on  nomme 
adargama,  en  arabe  ad-darmac  (voyez  plus  haut).  Or  un  jurisconsulte  de 
Fez,   al-Cabbab,    qui  vivait  au  XIV^  siècle,  fait  mention  (raan,   138(2), 

fol.  79  v°)  de  l'excellent  dakik  du  darmac,  v*^^^  ^Ji^jyXl\  r^:>.  On 
voit  donc  que  dakîk  ad-darmac  répond  à  adutaquë.  Quant  au  mot  dou^ 
câc,  qui  signifie  tennis,  suhtilis,  de  même  que  dakîk  quand  on  rem- 
ploie comme  un  adjectif,  il  se  prend  aussi  dans  le  sens  de  farine,  car 
selon  M.  Lane  (traduction  des  Mille  et  une  nuits,  II,  377,  n.  4),  il  si- 
gnifie farine  de  lupin. 

Agemuz,  axenuz  (nielle),  de  j^;^!  (ach-chenouz)  comme  on  disait  en 
Espagne  (Aie.)  au  lieu  de  ach'chounîz,  qu'on  trouve  chez  Freytag. 
Celui-ci  traduit  ce  mol  par  «medicamenti  species,»  et  «  nomen  herbaî.» 
C'est  Boclhor  qui  en  donne  la  véritable  signification,  celle  de  mc//c, 
herbe  aux  épiées;  dans  la  traduction  d'Ibii-al-Bailar  (If,  111)  «nigella 
saliva.  » 


52 

Agengibre,  gengibre,  gengible,  de  J..^*^iyî  (az-zetidjehtl) ,  du  gin- 
gembre, aamomura  zingiber»  Ibn-al-Bailâr,  1,  537.  Voyez  p.  18  de 
rinlroduclion. 

Aguaxaque  (gomme  ammoniaque)  de  sJlà^JI  (al-wochchac) ,  ammonia- 
cum. 

"^Dans  le  Libro  de  la  Monteria  d'Alphonse  XI  on  trouve  (fol.  19a): 
«galvano  e  aluayaque.»  11  faut  lire  aluaxaque;  c'est  une  forme  plus 
correcte  que  aguaxaque, 

*Ahorrar,  dans  le  sens  à' affranchir ,  voyez  sous  horro;  mais  M.  Mill- 
ier observe  avec  raison  que  ce  verbe  signifie  aussi  épargner ,  économiser , 
et  que,  pris  en  ce  sens,  il  vient  de  ^.s^  (wa/fara).  En  effet,  waffara  a 
ce  sens,  bien  que  Freytag  ne  le  donne  pas.  Alcala  traduit  acaudalar  ' 
ahorrar  en  el  gaslo  par  waffar;  voyez  aussi  Humbert,  p.  219 ,  Hélot,  Berggren 
sous  épargne,  Bocthor  sous  économe,  etc.,  épargne,  etc.  Dans l'AMftar 
madjmou'a  (man.  de  Paris,  fol.  111  v°)  on  lit  au  sujet  de  l'émir  Abdal- 
lah :  «c\j   ^5    \.A    't^y^^   ti5^/A*.Âiî    ^^^Î3    ^yû^\    {»;a3î^   rsù\y^i   s^xai   ^c  j-^^^^ 

j^i/o  &*»,  «ses  capitaines  n'étant  pas  en  état  de  l'aider,  il  s'appliqua 
à  la  piété  et  aux  exercices  de  la  dévotion,  en  économisant  l'argent  pu- 
blic qu'il  avait  entre  les  mains  et  qu'il  gardait  soigneusement  dans 
l'espoir  qu'un  jour  il  pourrait  être  utile.  Puis,  comme  les  impôts  ne 
se  payaient  pas  par  suite  de  la  puissance  à  laquelle  les  révoltés  étaient 
parvenus  partout,  il  épargnait  l'argent  destiné  à  payer  les  soldats  des 
divisions  militaires,  et  retranchait  de  leur  solde  à  ceux  d'entre  eux  qui 
se  trouvaient  encore  auprès  de  lui.»  De  même  chez  Maccarî,  I,  231, 
1.  2  a  f.;  Mille  el  une  nuits,  III,  66 ,  1.  4  a  f.  éd.  Macnaghten. 

Alacena,  alhacena  (buffet,  armoire  pratiquée  dans  l'épaisseur  d'un 
mur),  de  '»^\y<\\\  (al-khazéna) ,  «apotheca,  cella.» 

*La  forme  classique  est  al-khizâna,  mais  chez  P.  de  Alcala  la  première 
voyelle  est  aussi  a.  Aujourd'hui  encore  ce  mot  signifie  buffet  (voyez 
Lane) ,  et  on  le  trouve  en  ce  sens  chez  Maccarî,  II,  516,  1.  14. 

Alacir  a.  pg.  (la  vendange)  de  ^-aaûxJÎ  {aWacir)  que  P.  de  Alcala  tra- 
duit par  otohada. 


55 

*  Il  y  a  donc  une  singulière  erreur  dans  ces  paroles  de  Marmol  {Re- 
belion  de  los  Moriscos,  fol.  9a):  «Los  très  meses  del  aûo,  que  ellos 
llaman  la  Azir,  que  quiere  dezir  la  priniavera.  » 

Alacran,  pg,  alacral,  alacrao,  lacrSo  (scorpion),  de  Vj**^'  (al-'acrab) 
qui  désigne  le  même  animal. 

*  Aladroquk  mure,  (anchois  qui  n'est  pas  salé).  Dans  une  liste  d'espè- 
ces de  poissons,  Cazwînî  (II,  120,  1.  1)  nomme  aussi  o^^ïJt  {ar-raC' 
roc),  mais  je  ne  sais  pas  si  c*est  l'anchois,  car  le  mot  ne  se  trouve 
pas  dans  les  dictionnaires. 

Alafia  (beneflcio,  salud)  de  XAîUit  (al-âfiya)  que  P.  de  Alcala  traduit 
par  salud. 

*  M.  E.  aurait  mieux  fait  de  ne  pas  suivre  Marina  en  expliquant  ce 
mot  espagnol.  Selon  l'Académie,  il  signifie  seulement  pardon,  miséri^ 
corde,  et  il  ne  s'emploie  que  dans  la  locution  pedir  alafia,  demander 
pardon,  en  parlant  d'un  homme  qui  se  rend  à  son  ennemi.  Il  faut  re- 
marquer toutefois  que  dans  cette  expression  *âfitja  n'est  pas  proprement 
pardon,  quoique  le  verbe  'afà  signifie  pardonner;  'âfiya  doit  se  prendre 
dans  son  sens  ordinaire,  incolumilas  chez  Freytag,  et  pedir  alafia  est: 
demander  la  conservation  de  la  vie,  demander  la  vie,  en  parlant  d'un 
homme  qui  prie  son  ennemi  de  ne  pas  le  tuer. 

*Alagara,  alfagara,  alhagara,  alfajara,  alfagiara  h,  ht.  On  lit  dans 
une  charte  (Esp.  sagr.,  XXXVI,  p.  xliii)  :  «de  belos  (i.  e.  vélos)  de 
templo  alhagara  una  grecisca,  frontales  duos.»  Dans  une  autre  {ibid., 
p.  xxvii)  :  «  alhagaras  II  de  sirice  (de  soie) ,  frontales  III  de  altare  de 
serico.  »  Dans  une  troisième  {ibid..,  p.  xxxv):  «alfagara  I  grecisca,  et 
frontales  II.»  Dans  une  quatrième  (ibid.,  p.  lxi)  :  «et  cucumam  ar- 
genteam,  et  unam  alagaram  dimisam  in  viride.  »  Dans  une  cinquième 
{apud  Yepes,  Coronica  de  la  Orden  de  San  Benilo,  VII,  Apend.,  fol.  10 
V»):  «alfagiaram  unam.»  Il  faut  lire  le  môme  mot  au  lieu  de  alara 
dans  une  charte  citée  par  S\  Rosa  sous  alveici:  «et  unum  morcum, 
alara  una  de  alvejci»  (cf.  plus  loin  l'article  alguexi),  et  dans  une  autre 
publiée  par  Sota  {Chronica  de  los  principes  de  Aslurias  y  Cantabria, 
p.  686  6),  où  le  texte  porte;  «frontales  de  serico  II,  albayalem  I,»  car 
albayal  n'existe  pas,  du  moins  à  ma  connaissance.  Carpentier,  dans 
son  supplément  au  glossaire  de  Ducange,  n'a  cité  de  ce  mol  qu'un  seul 
exemple   («tuli  inde coronam    argcnteam,   et  duas  alfajaras,  et 


154 

iinum  calicem  de  argento»),  et  il  ne  l'a  pas  compris,  car  il  a  craque 
c'était  l'espagnol  alhaja  (en  arabe  x^L^^vit) ,  qui  signifie  meuble.  C'est 
un  tout  autre  mot.  On  a  vu,  par  les  citations  qui  précèdent,  qu'il 
désignait  un  rideau  de  soie  ou  de  brocart  dont  on  se  servait  dans  les 
églises;  il  est  donc  aisé  d'y  reconnaître  le  mot  arabe  5,L5\xiî  {al-idjâra 
ou  aWadjârà)  y  qui  signifie  réellement  rideau,  et  qui,  dans  la  traduc- 
tion arabe  de  la  Bible,  sert  à  indiquer  le  voile  dont  Moïse  se  couvrait 
le  visage  chaque  fois  qu'il  retournait  auprès  des  Israélites  après  avoir 
parlé  avec  l'Eternel  (Exode,  cbap.  XXXIV  à  la  fin). 

*Alahela,  alahea , algela /?^.  (petit  camp),  de  KJl^t  (al-hilla) ,  «gens 
quae  aliquo  loco  subsistit,  tentoria.  » 

Alahilca  («colgadura,  ô  tapiceria  para  adornar  las  paredes»  (Acad.)? 

*  Je  me  tiens  persuadé  que  Marina  (qui  écrit  alailca)  a  eu  raison  de 
dire  que  c'est  l'arabe  '».sàjtl\  (al-Hlca),  Ce  mot  vient  de  la  racine  'alaca, 
qui,  à  la  seconde  forme,  signifie  pendre,  suspendre;  il  répond  donc 
exactement  à  l'espagnol  colgadura  (draperie ,  tapisserie) ,  qui  vient  de 
colgar,  verbe  qui  signifie  également  pendre,  suspendre.  On  suspendait 
les  tapisseries  le  long  des  murailles;  de  là  leur  nom  en  espagnol,  en 
vieux  allemand  (Umbehanc),  en  anglais  (hangings) ,  en  hollandais  (6e- 
hangsel)  et  en  arabe ,  car  dans  les  Mille  et  une  nuits  elles  sont  appelées 
quelquefois  iCiiUJÎ  ^yc^Jt  {as-sotour  al-mo'allaca  ,  littéralement  les  rideaux 
suspendus)  et  aussi  vJ^JUxii  {at-ta'âlic)  (I,  804  éd.  Macnaghten;  il  faut 
lire  de  même  dans  l'édition  de  Habicht,  II,  347,  1.  2,  III,  31,  1.  5, 
53,  1.  10,  au  lieu  de  ^JlxxJî,   ce  qui  est  une  orthographe  défectueuse 

=  vjixixAJi).     Ces  mots  dérivent  de  la  même  racine. 

*Alamar  (ganse  de  soie,  de  fil  d'étain,  d'argent  ou  d'or,  que  l'on 
coud  sur  le  bord  du  vêtement,  et  qui  sert,  soit  d'ornement,  soit  de 
boutonnière).  M.  Muller  fait  venir  ce  mot  de  ^xl\{aWalam),  qui,  selon 
lui,  signifie  tresse,  galon.  Malheureusement  il  ne  signifie  pas  cela  (M. 
Millier  semble  avoir  mal  compris  Freytag),  et  même  s'il  le  signifiait,  le 
changement  de  al-alam  en  alamar  serait  un  peu  trop  fort.  Marina  avait 
pensé  à  J.4.^iî  al-khaml),  chez  Freytag:  «incisae  fimbriae  strati  villo- 
si,  cui  insidetur,»  et  M.  de  Gayangos  (dans  le  Memor.  hisL  esp.,l\, 
92) ,  qui  du  reste  a  confondu  alamar  avec  alfamar,  mot  dont  la  signi- 
fication et  l'origine  sont  tout-à-fait  différentes ,  est  de  la  même  opinion. 


Al'khaml  pourrait,  il  est  vrai,  devenir  alamar,  mais  le  changement  ne 
serait  pas  léger  ;  en  outre  la  signification  ne  convient  pas  (voyez  le 
Lexique  de  Lane) ,  et  encore  faudrait-il  prouver  qu'il  était  usité  dans 
le  langage  ordinaire  des  Arabes  d'Espagne,  ce  dont  je  doute. 

A  mon  avis,  alamar  vient  d'un  mot  qui  manque  dans  les  dictionnaires 
arabes;  mais  avant  d'exposer  son  origine,  il  convient  d'établir  quel  est 
son  sens  propre.  Victor  dit  ceci:  aalamâres,  ce  sont  plusieurs  boucles 
entrelacées  en  forme  de  cbaîne,  cordons  entrelacés  comme  sont  les  bou- 
tons à  queue;»  puis  il  a  encore  un  autre  mot  qui  ne  se  trouve  pas 
dans  les  dictionnaires  modernes ,  ou  plutôt  une  autre  forme  du  même 
mot,  à  savoir  alamber;  aalambér,  bord,  cordon.»  J'en  conclus  que  le 
mot  signifie  proprement  cordon.  En  effet ,  ce  qu'on  a  appelé  plus  tard 
alamàr  se  nommait  anciennement  cuerda,  témoin  ce  passage  d'une  or- 
donnance de  l'année  1348  (Corles  de  Léon  y  de  Caslilla,!  ,619):  «Otrosy 
ningund   omme  de  nuestro  sennorio  que  non  traya  adobos  ningunos  en 

los   pannos, salvo    que    puedan    traer    en    los  niantos  texiellas  é 

cuerdas.»  En  second  lieu,  la  forme  alamber  montre  que  la  troisième 
radicale  est  bien  décidément  un  r,  et  qu'il  faut  appliquer  ici  la  règle 
établie  avec  raison  par  M.  E.:  «La  combinaison  mr  intercale  un  b  eu- 
phonique.» Cela  posé,  j'ose  croire  que  alamàr  est  o^I^jiJ!  (al-'amâra). 
D'après  Roland  de  Bussy,  ce  dernier  mot  signifie  ligne  de  pêche;  c'est, 
comme  on  le  voit  sans  peine ,  le  même  sens  que  cordon.  Cherbonneau 
(dans   le   Jotirn,   asiat.   de   1849»   I,    546)  le  donne  dans  l'acception  de 

garniture  d'un  vêtement,  et  dans  ses  Dialogues  (p.  225)  il  traduit  ^^*iS> 
b'Ufi  par  a  des  haïks  avec  garniture.»  Cela  ressemble  déjà  beaucoup  à 
Valamàr  espagnol  ;  mais  il  y  a  dans  Marmol  un  passage  qui  est  décisif. 
Dans  la  description  de  Fez ,  ce  voyageur  du  XVP  siècle  s'exprime  en 
ces  termes  {Descripcion  de  Afjfrica ,  II,  fol.  97  6):  «Todos  tienen  hermo- 
sas  cuerdas,  y  sementales  labrados  de  oro,  y  seda ,  y  aljofar,  con  bor- 
las  de  diferentes  colores  que  caen  sobre  los  estribos  (que  llaman  i4mara^) 
y  los  cuhren  todos.»  La  construction  est  ici  un  peu  louche,  comme 
elle  l'est  souvent  chez  Marmol  qui  n'était  pas  un  grand  écrivain  ;  mais 
comme  les  élriers  n'ont  jamais  porté  le  nom  A'amaras,  W  est  facile  de 
voir  que  c'est  celui  des  beaux  cordons  d'or  et  de  soie,  ornés  de  pierre- 
ries et  garnis  de  houppes  de  différentes  couleurs ,  dont  se  paraient 
les   cavaliers    et    dont    ils    se    couvraient    entièrement.     Voilà   donc  les 


56 

aîamàres   dont    l'usage    a    été    introduit    en    Espagne    par    les   Maures. 

Une  seule  question  reste  à  résoudre:  celle  de  savoir  comment  le  mot 
'amdra  a  reçu  le  sens  de  cordon  y  car  la  racine  *amara  a  des  significa- 
tions tout-à-fait  différentes.  Aussi  je  crois  que  dans  l'origine  ce  n'est 
pas  un  mot  arabe,  mais  un  mot  berbère.  Dans  cette  langue  corde  est 
j\ja\  {amràr)',  les  Arabes  en  ont  fait  'amâra. 

Alambique,  pg,  lambique,  fr.  alambic  (vaisseau  pour  distiller),  de 
/^AAi'::Ji  (al-anhic)  qui  dérive  à  son  tour  du  grec  ^;a/3/?  ou  ocf4,(2i)coç, 

Alamin  (vérificateur  des  poids  et  mesures)  de  q^a^\  (a/-a wf w),  «  fiel  de 
quien  confiamos,»  et  de  là  «fiel  de  los  pesos,  fiel  de  las  medidas  del 
pan»  (Aie). 

'^  En  espagnol  comme  en  arabe  ce  mot  a  encore  plusieurs  autres  ac- 
ceptions, mais  comme  elles  proviennent  toutes  de  la  signification  propre 
«fiel  de  quien  confiamos,»  je  me  dispense  de  les  énumérer.  Alamina 
(amende  que  payaient,  etc.)  vient  de  alamin;  voyez  TAcadémie. 

Alamud  (verrou)  de  ôj,*xl\  (al-'amoud)  qui  signifie  chez  Freylag  columna. 
Cependant  il  a  désigne  en  Espagne  la  même  chose  que  son  dérivé ,  car 
P.  de  Alcala  traduit  cerrojo  par  'amoud, 

*Le  mot  'amoud,  qui  désigne  souvent  une  masse  d'armes  (voyez  les 
exemples  rassemblés  par  M»  de  Jong  dans  son  Glossaire  sur  le  Latâif 
al-ma'ârif  de  Tha'âlibî,  p.  xxix  et  xxx) ,  signifie  proprement  une  barre 
de  fer  (voyez  Bocthor  sous  barre).  Aussi  le  verrou  qui  s'appelle  ala^ 
mudy  est-il  défini  de  cette  manière  par  Nuilez  d'après  l'Académie; 
«barre  de  fer  carrée  pour  fermer  les  portes  et  les  fenêtres.» 

*  Alaqueca,  pg,  aussi  laqueca,  pierre  brillante  des  Indes  qui  arrête  le 
flux  de  sang,  comme  disent  les  dictionnaires.  C'est  XiiJi*jî  (aZ-'a^'uzca) , 
cornaline,  pierre  précieuse  qui,  selon  les  Arabes,  arrête  le  flux  de  sang 
(voyez  Ibn-al-Baitâr,  II,  201). 

*  Alara  (seulement  dans  l'expression  «huevo  en  alâra,»  pellicule  au 
dedans  d'un  œuf)  de  xJbU  [galâlà),  que  Freytag  n'a  pas  en  ce  sens, 
mais  qui  est  donné  par  Bocthor  sous  pellicule.  Le  changement  de  ga- 
lâla  en  aldra  est  parfaitement  régulier:  le  gain  a  été  retranché  (voyez 
rintrod.,  p.  14)  et  le  second  /  est  devenu  r  {ibid. ,  p.  22).  L'esp.  a 
aussi  la  forme  algara  ;  voyez  ma  note  sur  ce  mot. 

Alarbe,  pg.  alarve  (hombre  barbaro ,  rudo,  aspero) ,  de  ^j*^\  (al-'arab), 
un  Arabe, 


57 

*  Mieux  chez  Sousa:  de  ^_^-jj*i^  {aWaraht)  ,  car  al'*arab  est  un  collec- 
tif, les  Arabes.     Quant  à  la  terminaison  e  =:  e,  voyez  Tlnlrod.,  p.  27. 

Alarde  (revue)  de  ^jxl\  {al-ardh),  «recensio  exercilus.»  ["^  Ce  mot 
a  encore  un  autre  sens;  voyez  plus  loin  Tarticle  alcamiz]. 

Alarguez  (bois  de  rose)  de  ^J^J.t^\^\  (al-ârgins) ,  mot  d*origine  berbère 
qui  désigne  Técorce  de  la  racine  de  la  plante  herbârts,  Ibn-al-Bailâr, 
I,  4. 

*  Selon  Ibn-al-Bailâr,  ce  mot  n'indique,  chez  les  Berbères  et  les 
Arabes,  que  Técorce  de  la  racine  du  berbâris,  c'est-à-dire,  de  Tépine- 
vinelte.  On  en  fait  des  onguents  (voyez  Ibn-al-Bailâr  et  TAcad.  sous 
alarguez:  «sus  raices  sirven  para  hacer  unguentos»);  aussi  le  Libro  de 
la  Monteria  d'Alphonse  XI  nomme-t-il  (fol.  19  a)  parmi  les  poudres  à 
employer  pour  faire  revenir  la  chair  d'une  plaie:  «palascias,  é  alargues, 
é  corlezas  de  mill  granas.»  En  porl.  largis  esl ,  selon  Vieyra,  «une 
sorte  d'écorce  qui  vient  de  l'Inde  et  qui  ressemble  beaucoup  à  la  can- 
nelle.» L'explication  de  Victor  est  celle-ci:  «bois  appelé  bois  de  rose, 
pource  qu'il  en  a  l'odeur,  et  selon  aucuns,  une  écorce  délicate  d'un 
certain  bois  qui  est  de  couleur  jaune.»  Mais  les  Berbères  et  les  Espa- 
gnols ont  aussi  donné  le  nom  à'alarguez  à  l'épine-vinette  même,  ou  à 
un  arbuste  qui  lui  ressemble ,  car  on  lit  dans  le  Glossaire  sur  le  Man- 
court   par  Ibn-al-Hachcbâ  (man.  331(5),  fol.  156  v°)  à  l'article  ^ja^^a.^ 

(SUCCUS  lycii)  :  yJU.ib  ^y^y^  LP^^^^    O^y^  ^^^  L$*'^^  '^iy^^^  «.Lac  j,^ 

iby^^lj  (j^Afij*^!  j^^-,4-;.^^,  «c'est  un  suc  qu'on  importe  et  qui  s'appelle 
aussi  cohl  khaulân;  l'arbrisseau  qui  le  produit  se  trouve  au  Magrib  et 
porte  en  berbère  le  nom  à*ârguts;  »  et  l'explioalion  de  l'Académie  esp.  est 
celle-ci:  «plante  qui  ressemble  à  l'épine  blanche,  de  la  hauteur  d'un 
petit  arbre,  et  dont  les  fleurs  ont  de  la  conformité  avec  les  roses.» 

Alarido.     Voyez  algarada. 

Alarife,  val.  aarif,  alarif  (hombre  que  sabe  de  edificios),  de  wÂj^'Î 
[al-arif),  architecte,  «alarife  juez  albailir,  juez  de  edificios.»  Ce  mot 
arabe  est  très-usité  dans  ces  significations,  que  lui  donne  P.  de  Alcala, 
mais  qui  manquent  chez  Freylag.  Voyez  Maccarî,  I,  375,  le  Cartâs, 
p.  36,  Dozy,  Glossaire  sur  Ibn-Adhârî,  p.  34. 

Alarixes,  arixes  («especie  de  uvas,  que  son  de!  tamafio  y  hechura 
de  las  albillas,  pero  mui  roxas,»  Acad.).     En  arabe  iC-i^jJt  (al-'aricka) 


r,8 

a  la  signification  de  vigne  (cf.  Alcala  au  mol  parra  o  vid  cepa).  Bien 
que  plus  d'une  fois  le  nom  d'une  plante  désigne  aussi  les  fruits  de  cette 
plante,  je  ne  suis  pas  à  même  de  décider  si  le  mot  arabe  en  question 
a  été  usité  dans  le  sens  de  raisin. 

*  Celte  élymologie  me  paraît  bonne  au  fond ,  mais  je  crois  devoir  la 
modifier  un  peu.  Les  mots  'artch  (qui  est  fort  mal  expliqué  parFrey- 
tag) ,  'artcha  et  mo*arrach  (qui  manquent  chez  ce  lexicographe)  signi- 
fient proprement  un  berceau  j  un  treillage  taillé  en  voûte  sur  lequel  on 
fait  monter  du  jasmin,  du  chèvrefeuille,  de  la  vigne,  etc.  (voyez  Boc- 
thor  sous  berceau),  surtout  une  treille,  un  berceau  de  ceps  de  vigne 
entrelacés  et  soutenus  par  un  treillage  (Boclhor,  Berggren ,  Marcel, 
Humbert  (p.  54,  182),  Hélot  et  le  Dictionnaire  berbère  sous  treille). 
On  lit  dans  les  Fables  de  Bidpai  (p.  176):  «Ils  avaient  un  berceau 
Çarkh)  sous  lequel  ils  s'assemblaient  et  s'entretenaient.»  Chez  Ibn- 
Balouta  (II,  205):  «Le  bétel  est  un  arbre  qu'on  plante  à  l'instar  des 
ceps  de  vigne,  et  on  lui  prépare  des  berceaux  {mo*arrachât)  avec  des 
cannes,  ainsi  qu'on  le  pratique  pour  la  vigne.»  Ailleurs  (II,  309): 
»  Sur  les  deux  rives  du  fleuve  sont  plantés  des  arbres  de  diverses  espè- 
ces, des  ceps  de  vigne  et  des  berceaux  {mo' arrachât)  de  jasmin.»  Plus 
loin  (II,  434):  «Depuis  la  porte  de  l'église  jusqu'à  celle  de  cette  en- 
ceinte, il  y  a  un  berceau  [mo'arrach)  de  bois  très-haut  sur  lequel  s'é- 
tendent des  ceps  de  vigne,  et  dans  le  bas,  des  jasmins  et  des  plantes 
odoriférantes.»  Chez  Davidson  {Notes  taken  during  travels  in  Africa, 
p.  42):  «  A^  covered  walk  of  laris»  (dans  un  jardin).  Jackson  {Account 
of  Marocco,  p.  95)  explique  el-araice  par:  «flower,  or  pleasure  gar- 
dens;»  c'est  parce  que  les  jardins  au  Maroc  se  composent  ordinairement 
de  berceaux;  comparez  chez  Ibn-Khaldoun ,  Hist.  des  Berbères ,  I,  413: 

Ol^^j*v0  oU>  ^\.£.   J.«.A<ii.J    S\X\\  ylLJl    qUavwJI   \j.a:2>   jr;^^  ^*^:î'    ^^^^^ 

ol>i:%yt/o  ^*.L^ ,  «  il  forma  aussi  dans  le  voisinage  de  la  capitale  le  fameux 
parc,  dont  les  jardins  étaient  en  partie  composés  de  berceaux.»  Ensuite 
le  mot  'arwh  se  dit  aussi,  comme  treille  en  français,  des  ceps  de  vigne 
qui  montent  contre  une  muraille  ou  contre  un  arbre.     C'est  en  ce  sens 

qu'lbn-Djobair  l'emploie  quand  il  dit  (p.  255)  :  ^IA:5\ît  J^.b.j  ^X:^\  v\J?^ 
Laâc  y^  ^S  J^^jSi,  «le  long  de  la  muraille  s'étendait  une  treille  qui 
portait  des  raisins.»     On  a  vu  qu'Alcala  donne  aussi  cette  signification; 


iJ9 

il  l'a  en  outre  sous  vid  o  parra  o  cepa  el  sous  vid  abraçada  con  arbol. 
11  se  dit  enliii  abusivement,  comme  treille  en  français,  des  raisins  qui 
viennent  sur  treilles  et  que  Becri  (p.  148,  1.  7  a  f.)  appelle  al-inab  al» 
mo^airach^  chez  Ibn-al-'Auwâm  (I,  366,  368,  375,  376)  al-carm  al- 
mo'arrach.  C'est  là  le  mot  espagnol  alarixes  ou  arixes,  car  les  raisins 
qu'il  désigne  ont  des  ceps  très-hauts  (Herrera  cité  par  l'Acad.),  ce  qui 
les  rend  fort  propres  à  monter  contre  un  treillage. 

*  Alaroza.  Ce  mot  qui  se  trouve  dans  le  Cancionerode  ^ae/m(p.  354) 
dans  Tacception  de  fiancée,  nouvelle  77ianVe,  est  Tarabe  x^.jiii  (aZ-'ard^a), 
qui  a  le  même  sens.  L'ancienne  langue  n'avait  que  'arôs  pour  sponsHs 
et  pour  sponsa;  mais  de  bonne  heure  on  a  donné  à  ce  mot  la  forme 
féminine,  'arasa y  quand  il  s'agissait  d'une  femme.  On  la  trouve  chez 
un  poète  populaire  du  XI*'  siècle  {apud  Maccarî,  II,  145,  1.  16);  le 
Carias  Ta  aussi  (p.  272,  dern.  1.);  Alcala  la  donne  sous  esposa  et  sous 
novia,  et  aujourd'hui  elle  est  partout  en  usage. 

Alaxu,  alaxur,  alfaxu,  alfaxur  («cierta  pasla  que  hazen  los  Moros , 
hecha  de  pan  rollado,  miel,  alegria  y  especias»  Cob.).  L'arabe  ^-:i»^î 
{al'hachoii)  démontre  que  alfaxu  est  l'orthographe  la  plus  exacte  et  que 
les  autres  formes  n'en  sont  que  des  altérations.  Quant  à  la  significa- 
tion, on  trouve  dans  les  lexiques:  alhachou,  «farctum;»  c'est  P.  de 
Alcala  qui  le  donne  dans  l'acception  qu'il  avait  en  espagnol. 

Alaxor,  alexor,  [*  alesor  dans  Muiloz ,  Fucros,  I,  375]  (espèce  d'im- 
pôt), de  ,^>i.*Jt  {al-ochôr),  pi.  de  al-'ochr,  la  dîme.  ['Chez  Nuûez  je 
trouve  alejor,  o  mesure  agraire.»  Ce  mot  semble  avoir  une  origine  sem- 
blable]. 

Al-atar  (droguiste)  de  ^lLi*ii  {cd-allâr),  «celui  qui  vend  des  parfume- 
ries (^c  **7r).»  [*  En  arabe  al-allâr  est  aussi  droguiste;  voyez  le 
Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  346]. 

*  Alatron  (aphronitre,  écume  de  fleur  de  nitre)  de  ^j^jo^\  (al-atrôn) 
que  Ton  trouve  chez  de  Sacy  ,  Chrest.  arab. ,  H,  p.  10,  1.  5  du  texte, 
au  lieu  de  la  forme  ordinaire  Qji/ii-l  {an-natrôn).     Miiller. 

Alaza.n,  py.  alazao  ,  fr.  alezan  (de  couleur  fauve,  en  parlant  d'un 
cheval).  C'est  l'arabe  ^jUx2=0i  (aUhivân)  qui  signifie  e(/uus  nobilis  et 
pulchcr.  Au  Magrib  ce  mot  a  une  acception  plus  étendue,  car  selon 
Bocthor  et  .Marcel  il  y  désigne  un  cheval  en  général.  [*  De  même  chez 
l'auteur   espagnol    Becri ,  p.  35  .  cl  <!i(v   Alcala  sous  (.aballo].     Les  Es- 


60 

pagnols  au  contraire ,  semblent  l'avoir  pris  dans  une  significalion  plus 
restreinte,  en  y  attachant  l'idée  d'une  certaine  couleur.  [*  Cette  éty- 
raologie  me  paraît  fort  suspecte,  car  le  mot  arabe  n'a  jamais  été  un 
adjeclif  désignant  une  certaine  couleur,  et  Alcala  traduit  alazan  par  un 
tout  aulre  mot]. 

Alazor  (carlhame)  de  ^àAaxJi  (al-'ocfor),  «carthamus  tinctorius,  »  Ibn- 
al-Bailâr,  II,  196. 

Alaude  pg.,  esp.  laud,  if.  liuto,  /r.  luth,  de  ô^x.l\  (al-'oiid)  qui 
désigne  le  même  instrument. 

"^  Albacar  val.  («barbacana,  »  Rôs)? 

AiBACARA  (petite  poulie)  de  s^it  (albacara)  qui  a  le  même  sens. 

"^  Comme  on  prononce  albacara,  il  vaut  peut-être  mieux  dire  que  c'est 
l'arabe  B^lXJ!  (al-baccâra).  Cette  forme  manque  chez  Freytag ,  mais  elle 
se  trouve  souvent  chez  Alcala  (avec  le  pi.  j^LSLi),  p.  e.  sous  les  mots 
carrela  como  rodaja  y  garrucha,  polea,  roldana  o  carrillo;  on  la  rencon- 
tre aussi  dans  le  Carias,  p.  36  med.,  106,  1.  9,  et  chez  Hélot. 

*Au  XV^  siècle  albacara  avait  encore  un  tout  autre  sens,  celui  de 
tour  dans  les  fortifications  selon  Nuûez,  et  M.  de  Gayangos,  dans  une 
note  sur  la  Chronique  du  connétable  Don  Miguel  Lucas  (dans  le  Memor. 
hisl.  esp.,  VIII,  508),  cite  ce  passage  de  la  Crônica  de  Don  Juan  II 
(édit.  de  Logroilo,  1517,  fol.  9  d) ,  où  il  est  question  de  la  ville  de  Se- 
tenil:  «é  tiene  una  puerta  al  cabo  de  la  villa,  y  en  el  comienzo  del 
castillo,  con  una  albacara,  cerca  de  una  torre  muy  grande  é  muy  her- 
mosa;  é  tras  esta  albacara  tiene  otra  como  manera  de  alcâçar,  é  hay 
dos  puertas  desla  albacara  al  alcâçar,»  et  plus  loin  (ibid.):  «y  embiôles 
1res  lombardas  para  que  tirassen  en  derecho  del  albacara  del  alcâçar 
del  castillo,  do  estava  la  puerta.»  M.  de  Gayangos  ne  doute  pas  de 
l'origine  arabe  de  ce  mot,  qui  selon  lui  désigne  une  espèce  de  tour,  et 
il  en  propose  deux  étymologies  ;  mais  l'une  est  aussi  inadmissible  que 
l'autre;   il   n'est   pas   nécessaire  de  les  réfuter,  car  il  va  de  soi  que  al- 

bacara   (»^-.ÇM),   poulie,   convient  aussi   peu  que  al-wacra  (Bj^jJ',  et  non 

pas  iLîJ.iî  comme  écrit  M.  de  Gayangos),  nid  d'oiseau.  Il  est  étrange 
que  ce  savant  ne  se  soit  pas  aperçu  que  le  passage  de  la  chronique  du 
connétable  qu'il  commentait,  fournit  à  la  fois  l'étymologie  et  la  véri- 
table  signification    du   mot.     Il   y    est    question  de  rapprovisionncmenl 


61 

d'une  forteresse  et  on  y  lit:  «metiôles  denlro  en  el  alvacara  (var,  al- 
bacara)  fasta  quatrocientas  vacas,  y  terneras  las  mas  faniosas  y  gordas 
que  jamas  se  vieron.»  Valbacara  contenait  donc  quatre  cents  vaches  et 
veaux;  or,  al-bacar  (jaJ^)  est  en  arabe  le  raot  ordinaire  pour  bœufs ^  et 
il  est  clair  qu^albacara  signiflait,  non  pas  une  espèce  de  tour,  mais  une 
vaste  étable  où  les  habitants  et  la  garnison  d'une  forteresse  mettaient  le 
gros  bétail.  Les  Arabes  disaient  sans  doute  «Fétable  des  bacar,*  mais 
les  Espagnols  disaient  albacara  tout  court.  Que  si  Ton  relit  à  présent 
le  passage  de  la  Chronique  de  Don  Juan  II ,  on  verra  qu'il  ne  contient 
rien  qui  s'oppose  à  cette  interprétation,  et  les  deux  endroits  que  j'ai 
cités  sont  les  seuls,  si  je  ne  me  trompe,  où  ce  terme  se  trouve. 

Albacea  (exécuteur  testamentaire)  de  j_^a^jJî  {aUwacî)  [*qui  a  le  même 
sens;  voyez  Quatremère,  Hist.  des  suit,  maml.,  I,  1,  237,  II,  2,  109]. 

Albacora,  bacora  (grosse  flgue  noire  précoce).  L'arabe  ^^LaJÎ  (al- 
bâcôr)  signifie  précoce,  et  au  Magrib  une  espèce  de  figue  précoce;  Bom- 
bay traduit  bâcôr  par  «  grossus ,  ficus  praecox  »  et  M.  Cherbonneau  (dans 
le  Joxirn.  asiat.  de  1849,  I,  558)  par  o  figue  fraîche.»  [*  Comparez 
Shaw,  I,  225  de  la  trad.  holland.  ;  mais  je  crois  que  M.  Ë.  s'est  trompé 
en  citant  Dombay.  Ce  dernier  donne  (p.  71):  ^  bâcôr ^  primitiae  fî- 
cuum,»  et  le  «grossus,  ficus  praecox»  est  la  traduction  de  albacora 
dans  le  dict.  de  l'Acad.  esp.]. 

*  En  esp.  et  en  port,  albacora  est  aussi  le  nom  d'un  poisson  de  mer 
semblable  à  la  bonite  (Nufiez)  ou  au  thon  (Moraes,  Vieyra  ;  ce  dernier 
donne  aussi  les  formes  albacor  et  albecora).  Je  n'ai  pas  trouvé  ce  mot 
dans  les  dictionnaires  arabes,  qui  sont  extrêmement  défectueux  pour  ce 
qui  concerne  les  noms  de  poissons. 

*Albaden  (pas  dans  les  dict.)  doit  avoir  été  le  nom  d'une  étoile,  car 
dans  une  ordonnance  d'Alphonse  X  réglant  le  prix  de  certaines  choses, 
on  trouve  nommé  parmi  les  étoffes:  «El  albaden  rreforçado  é  porpolado 
cinco  mrs.;  el  otro  alhaden  sensillo  dos  mrs.  é  medio»  {Cortes  de  Léon 
y  de  Caslilla,  I,  68).  Je  crois  que  c'est  l'arabe  iu'ixJî  (al-bilâna  ou 
al'biléna) ,  ou  peut-être  lu  pluriel,  QjliaJi  (al-baléïn).  Freytag  et  Lane 
ne  l'ont  que  dans  le  sens  de  doublure;  il  signifie  aussi  peau  de  mouton 
préparée  y  et  avec  celle  acception  il  a  passé  dans  l'esp.  sous  la  forme 
badana  (voyez  cet  article);  mais  elle  ne  convient  pas  pour  le  passage 
qui   nous   occupe.     Chez    Pellissici"  (Description  de  la  liégcncc  de  Tunif^ , 


62 

p.  153)  je  trouve:  <ibelama,  couverture  bariolée  en  laine,»  et  chez 
Naggiar,  parmi  les  objets  qui  composent  le  lit:  «iCAiLbj,  couverture.» 
Cette  signification  semble  plus  appropriée,  et  peut-être  faut-il  l'admettre 
aussi  pour  un  passage  d'Ibn-Iyâs  que  j'ai  cité  dans  mon  Dict,  des  noms 
des  vêlem. y  p.  85,  et  où  on  lit  que,  par  suite  d'une  grande  mortalité, 
on  ne  pouvait  plus  se  procurer  des  étoffes  de  coton  de  Baalbec  ,  ni  des 
batéïn,  pour  en  envelopper  les  cadavres. 

*Albapar,  albafora  pg,  (grand  poisson  sur  les  côtes  du  Portugal, 
Vieyra)  ? 

Albafor  pg,  (encens ,  parfum)  de  ^j-^Ji  {al-hakhôr)  qui  a  la  même 
signification.  J'observerai  à  cette  occasion  que  c'est  à  tort  qu'on  a 
voulu  dériver  le  verbe  avahar  (chauffer  avec  l'haleine,  etc.)  de  l'arabe 
-^  {bakhara).  En  espagnol  la  syllabe  ar  n'est  que  la  terminaison  de 
l'infinitif,  tandis  qu'elle  est  radicale  dans  le  mot  arabe,  et  il  est  évi- 
dent que  avahar,  ainsi  que  vahear,  bafear,  vient  de  baho  ou  bafo  (cf. 
Diez,  II,  100).  [*  L'Académie ,  sous  avahar,  a  donné  la  bonne  étymo- 
logie]. 

Albahaca,  alfabega,  albabega,  alabega,  [*/>\  fabrègue]  (espèce  d'her- 
be, basilic),  de  Uix^i  (al-habac) ,  «menlha  pulegium,»  Ibn-al-Baitâr, 
I,  283. 

"^  Albaida.  1°.  Chez  Victor:  «blancheur;  c'est  aussi  une  petite  pièce 
de  monnaie  qui  s'appelle  autrement  Blanca,  laquelle  vaut  environ  un 
denier  tournois.»  L'explication  italienne  («bianchezza ,  è  una  picciola 
moneta  detta  bianco»)  me  fait  soupçonner  que  le  mot  ne  signifiait  pas 
blancheur,  mais  seulement  une  petite  pièce  de  monnaie,  et  que  blan- 
cheur n'est  qu'une  explication  du  lexicographe.  Quoi  qu'il  en  soit,  il 
est  certain  que  albaida  est  l'adjectif  féminin  j:L-.i3aJî  {al-baidhâ) ,  la  blan- 
che. C'étaient  sans  doute  les  Mauresques  qui  se  servaient  de  ce  terme 
pour  désigner  la  pièce  de  monnaie  appelée  blanca  par  les  Castillans.  En 
effet,  dans  un  document  tolédan  de  l'année  1523,  les  blancas  sont  ap- 
pelées ^>A!i  v>5.âJî  (al'foroud  al-bidh)  ;  voyez  les  Memorias  de  la  Acade- 
mia,  V,  311.  —  S*'.  Selon  l'Acad.  (6'  édit.):  «Arbrisseau  rameux  haut 
d'environ  deux  pieds;  ses  feuilles  sont  blanchâlres  et  ses  tleurs  jaunes. 
Anthyllis  cytisoides.  »  Les  mots  que  j'ai]  soulignés  prouvent  qu'en  ce 
sens  albaida  est  le  môme  adjectif  arabe. 

*  Albaire  (œuf,  dans  la  langue  des  bohémiens).     Je  crois  avec  Marina 


65 

que   c'est   une  alléralion  de  ïUsaJ!  {al-baidha  ou  aUhaidhe)  ^  le  raot  or- 
dinaire pour  œuf. 

Albala  ,    albaran,    albara,   pg.   alvara    (quillance ,    cédule,    diplôme, 
passe-port),  de  ïi-Jl  (al-barâ)  que  P.  de  Alcala  traduit  par  cedula  hoja 

0  caria  f  conlrato.  Dans  les  Voyages  d'Ibn-Batoula  (1,112)  on  le  trouve 
dans  la  signification  de  passe-port. 

*Freytag  écrit  ce  mot   »G  et  le  place  sous  la  racine  <^^j;  il  aurait 

dû  le  mettre  sous  U  et  récrire  «eî^-j,  car  telle  est  la  forme  classique, 
tandis  que  sly  est  la  forme  vulgaire  (voyez  le  Lexique  de  Lane).  11 
signifie  proprement  quittance ^  comme  l'indique  l'étymologie,  et  on  le 
trouve  en  ce  sens  chez  des  auteurs  anciens,  p.  e.  chez  Mohammed  ibn- 
Hârilh  ,  Hist.  des  cadis  de  Covdoue ^  man.  d'Oxford,  p.  303,  358;  plus 
tard  on  l'a  employé  pour  désigner  toutes  sortes  d'écrits,  et  aujourd'hui 
c'est  en  Algérie  le  mot  ordinaire  pour  lettre  (de  même  chez  Ibn-Khal- 
doun,  Hist.  des  Berbères,  II,  351,  dern.  1.,  et  chez  Ibn-Balouta,  IV, 
268).  Mais  anciennement  le  mot  albala,  albara ^  alvara ^  albarra,  avait 
un  tout  autre  sens,  à  savoir  celui  de  district  (voyez  Yanguas,  AntigûC' 
dades  de  Navarra,  I,  25  et  26),  ou  plutôt  de  territoire  qui  s'étend  au- 
tour d'une  ville,  banlieue;  «el  concello  de  Tudela  ô  de  su  albara,  »  lit-on 
dans  un  document  de  1330  {apud  Yanguas,  III,  421).  En  ce  sens  c'est 
l'arabe  al-barra  (tLJO-  ^^  *^^^  ^i  (barr)  signifie:  ce  qui  est  hors  d'une 
ville  ou  d'une  maison,  la  banlieue  d'une  ville  (voyez  Quatremère  dans 
les    Notices  el   Extraits,   XIII,    205,  el  Hist.  des  sultans  mamlouks ,  II, 

1  ,  p.  80),  et  barra  se  dit  dans  la  même  acception.  Hélot  donne  barr 
el  barra,  le  dehors,  et  Burlon  {Pilgrimage,  II,  18)  barra ,  les  faubourgs. 
Dans  les  documents  espagnols  alvara  se  prend  aussi  dans  le  sens  de 
village  ou  hameau  appartenant  à  la  banlieue  d'une  ville,  comme  dans  le 
Fuero  de  Cabanillas  de  1124  {apud  Yanguas,  I,  157):  «Et  quod  ulla 
alvara  de  Tudella  non  facial  vobis  de  embargo  de  quantum  ibi  est  hermo 
cl  populalo  cum  suis  monlibus  el  suis  aquis;»  dans  une  donation  faite 
par  Alphonse-le-Batailleur  à  l'église  de  Tudcle  en  1121  (Esp.  sagr. , 
XLIX ,  331)  on  lit:  «El  dono  vobis  similiter  et  concedo  tolas  illas  Mez- 
quitas  cum  suis  haereditatibus,  quae  sunt  in  ilios  castellos,  in  illas  al- 
munias,  que  sunt  de  alvaras  de  Tudela,  cum  suos  furnos  et  cum  totas 
suas   haercditales;-»    et    |)lus   loin   (p.  332):    «Et  simililer  dono  Deo  et 


64 

Sanclae  Mariae  totas  illas  décimas  de  totas  alraunias,  quae  sunt  vel 
erunt  in  termino  de  Tiitela ,  aiit  ubi  unqiiam  habuenint  alvaras  illos 
Moros  de  Tiitela  aut  haereditates,  quod  sit  propria  haereditas  de  Deo  et 
de  Sancta  Maria  per  saecula  cuncta.»  Ces  renseignements  peuvent  ser- 
vir à  corriger  l'article  Alvara  dans  Ducange. 

""  Albanécar  (pas  dans  les  dict.).  M.  Lafuente  m'a  fourni  de  ce  mot 
l'explication  suivante  tirée  de  la  Carpinteria  de  lo  hlanco:  El  triàngulo 
rectangulo  formado  por  el  partoral,  la  lima  tesa  .y  la  solera. 


€ 


v-^ 


Solera i :   (A.  Albanécar). 

Il  le  dérive  de  xs^âJ!  {al-hantca) ,  ce  qui,  comme  on  pourra  le  voir  en 
comparant  l'article  suivant ,  est  parfaitement  exact. 

Albanega  («réseau  de  forme  ronde,  que  les  femmes  portent  ordinaire- 
ment sur  la  tête  et  avec  lequel  elles  retroussent  les  cheveux»  Cob.). 
C'est  l'arabe  KïUJi  [al-hanâca  ou  al-hamca)  que  P.  de  Alcala  traduit  par 
cofia  de  muger  et  par  alvanega  cofia.  Voyez  plus  de  détails  sur  ce  mot 
dans  le  Dict,  des  noms  des  vélem.  de  M.  Dozy,  p.  90  et  suiv. 

*  J'ai  à  faire  quelques  additions  à  Tarlicle  de  mon  Dict.  des  homs  des 
vêlements  cilé  par  M.  E.  D'abord  la  forme  du  mot  arabe  ne  semble 
pas  être  iCïUJ!,  bien  que  P.  de  Alcala  donne  banêca  sous  alvanega,  mdiis 
iCiLa>.il,  car  Alcala  écrit  banîca  sous  cofia  de  muger ,  Diego  de  Haedo 
beniga  (son  albanega  paraît  plutôt  la  forme  espagnole)  *,  et  Daumas  (Le 
Sahara  algérien,  p.  242)  mentionne  des  «bonnels  de  femme  appelés  be- 
nika.y>  Dans  la  langue  classique  banîca  signifie  la  pointe  d'une  chemi- 
se, le  morceau  d'étoffe,  taillé  en  pointe,  que  l'on  coud  sur  les  côtés 
d'une  chemise,  entre  le  devant  et  le  derrière,  pour  lui  donner  plus 
d'ampleur   (voyez  Lane)  ;  mais  plus  tard  il  a  reçu  d'autres  sens.     Chez 


l)  En  citant  ce  passage  de  Haedo,  j'ai  avoué  que  j'ignorais  comment  il  faut  écrire  le  mot 
lartiot  qui  y  est  l'équivalent  de  heniga.'  Je  l'ai  trouvé  depuis  chez  Berggren ,  qui  donne 
(p.   805)  Xaj^,     «bonnet    des    dames,    orné   de    petites    monnaies  d'or  ou  d'argent,»  et 

sous   bonnet  ^aId*^,    «bonnet   d'évêque. » 


Maccarî  (IJ,  711,  I.  14  et  15,  où  il  faut  substituer  deux  fois  iCiîAÀj, 
comme  on  trouve  dans  l'édition  de  Bonlac,  à  iCib^i)  il  signifie  lé  (lar- 
geur d'une  étoffe  entre  ses  deux  lisières),  et  Barth  {Beisen,  V,  704) 
donne  hentge^  raies  d'une  chemise.  Dans  Tanc.  portugais  ata/irco,  qui  est 
sans  doute  le  môme  mot ,  avait  un  autre  sens  (\u*albanega  en  espagnol. 
Ce  n'était  pas  une  espèce  de  coiffe  (a  un  albanega  morisca,  con  unas 
barbas  postisas,»  lit-on  dans  un  inventaire  publié  par  Saez,  Valor  de 
las  monedas,  p.  531),  mais  une  sorte  de  collet  ou  de  fraise;  «compunha- 
se  de  huma  tira  de  garça,  ou  volante,  da  largura  de  huma  mao  tra- 
vessa,  tomada  en  préga»   (S".  Rosa). 

*«ALBAriAL,  albafiar,  albellou,  abojon,  arbollon  (cloaque,  égoul).  La 
diversité  des  formes  étant  si  grande,  il  sera  bien  permis  d'insister  d'abord 
sur  celle  qui  dans  la  seconde  syllabe  a  le  /  ou  le  j  qui  est  provenu  de 
//.  Si  nous  supposons  ensuite  que  le  n  à  la  fin  a  été  substitué  à  un 
/,  et  si  nous  pensons  à  alquinal ,  mot  dans  lequel  le  /  est  provenu  d'un 
'mn  (cUiLÎ ,  al-quinâ*) ,  alors  il  ne  sera  pas  impossible  de  reconnaître  le 
mot  arabe  p^^^'-^  {al-bâloti') ,  iCc^'lJI  (al-bâlou'a) ,  qui  a  le  même  sens, 
comme  celui  qui  a  donné  naissance  au  mot  espagnol.»  Millier.  —  Ces 
remarques  sont  sans  doute  justes  au  fond ,  mais  elles  me  semblent  de- 
voir être  modifiées.  En  premier  lieu  je  dois  observer  que  la  forme  bâ- 
lou\  donnée  par  M.  Miiller ,  n'existe  pas  en  arabe;  mais  cette  langue  a 
pour  cgout  ces  quatre  formes:  balloti'a,  bâlou*a  {dans  le  dialecte  de  Baç- 
ra),  ballcVa  et  bollai'a  (voyez  Lane).  La  première,  al'ballou*a  ou  al- 
bellô*a  f  s'est  conservée  presque  sans  altération  dans  le  valencien  albellô; 
c'est  l'esp.  albellon,  albollon  ou  albolon  (voyez  le  Glossaire  sur  le  3' 
volume  de  Sanchez),  arbollon,  abonon  (avec  h  ou  nn  pour  //)  dans 
l'Alexandre,  copia  994,  abofoii  (avec/  pour  //).  La  troisième  forme  a/- 
ballaa  a  donné  naissance  aux  formes  espagnoles  alhanal  et  albaFiar ,  le 
h  {nn)  ayant  été  substitué  à  //,  comme  dans  abonon  y  cl  le  r  ou  le  /  à 
l'ain,  comme  dans  al-quinà\  alquinal. 

ÀLBAfii,  albafiir,  albnnil ,  pg.  alvanel  [*  et  albanez  dans  l'Atenlejo] 
(maçon),  de  *UJt  {al-bannâ,  al-banné,  albannt),  dérivé  du  verbe  banâ  ,  bâtir. 

Albaquia  (le  reste  d'une  dette)  de  XaaJI  {al-baquiya) ,  «reliquiae,  re- 
siduum.* 

Albarazo.  pn.  alvaraz  Ha  lèpre  blanche^  de  ^y^^\  {al-baraç)  qui  aie 
mAme  sens 


66 

Albarda  (bal)  de  \cc>j^l\  (al-barda'a)  que  Boclhor  Iradiiit  par  «bât 
rembourré  pour  un  Ane,  une  mule.  » 

*  Albardan.  Ce  mol  dont  rAcadémie  donne  une  étymologie  lout-à-fait 
fausse  et  qui  se  prend  ordinairement  dans  le  sens  de  bouffon,  signifiait 
dans  l'origine  fou,  sot;  Tarchiprêlre  de  Hita  l'emploie  en  ce  sens  (copia 
259)  et  Victor  donne  aussi  fou.  C'est  l'arabe  ^y^>^^i  {al-hardân),  qui 
n'est  pas  classique  (voyez  Lane),  mais  qui,  dans  la  langue  moderne, 
laquelle  aime  beaucoup  à  substituer  la  forme  fa'lân  à  celle  du  partici- 
pe, est  l'équivalent  de  hârid.  Freylag  ne  donne  hârid  et  hardân  que 
dans  le  sens  de  froid,  mais  ces  mots  signifient  aussi  50/.  Boclhor  donne 
sous  sot:  v>jb  j^;i,  solle  chose,  j^Lj  j.^Ls',  sot  discours,  Burton  {Pilgri- 
mage,  I,  270)  s'exprime  en  ces  termes:  «A  cold  of  countenance  is  a 
fool.  Arabs  use  Ihe  word  cold  in  a  peculiar  w^ay.  «By  Allah,  a  cold 
speech!»  that  is  to  say,  a  silly  or  an  abusive  tirade.»  Dans  la  Chres- 
tomathie  de  Kosegarlen  (p.  50)  on  lit:  i^  ^a  g.U\  ^Â*Jt  lÂP  ^h  ^l^ 
ù^iA\  ttXP ,  «j'ai  composé  sur  ce  sujet  des  vers  bien  plus  jolis  que  ceux 
de  ce  fou.»     ÏJu  vers  cilé  par  Becrî  (p.  122)  est  conçu  en  ces  termes: 

w>^b   Vî5vij(A^    ^A    \ôs.S>    oL^A^      ^^^   O^"*    O^    ^>**^   \>^kA 
«Flatté   par   l'amour-propre,   tu   voudrais   devenir   calife;   allons  donc! 
c'est    là    une    de    ces  soUises  dont  les  discours  sont  toujours  remplis.» 

Chez  Maccarî  (Seconde  partie,  III,  472,  1.  5  a  f.)  on  lit:  J...*«^-j  ^\^ 
Îj^.Lj  \yXs^,  «mon  messager  retourna  en  ra'apportant  de  sa  part  une 
solte  excuse;»  cf.  Mille  et  une  nuits,  I,  163,  246  éd.  Macnaghten.  La 
10*  forme  du  verbe  harada  signifie  de  même:  juger  qu'une  chose  ou  une 
personne  est  sotte;  voyez  Maccarî,  \,  137,  1.  4,  511,  1.  17,  II,  506, 
1.  11  ;  et  barâda  a  le  sens  de  sottise,  bêtise  (Humbert,  p.  238).  Albar- 
dan est  donc  proprement:  un  homme  qui  dit  des  sottises,  et  de  là  un 
bouffon, 

*  Albardin  (plante  qui  ressemble  au  sparte ,  lygeum  spartum,  selon 
l'Acad.)  de  {^àjj^\  {al-bardi) ,  le  papyrus  selon  de  Sacy ,  Relation  de 
V Egypte  par  Abd-allatif,  p.  109;  à  Grenade  ce  mot  signifiait  yonc; 
voyez  P.  de  Alcala  sous  enea.  Muller.  —  Voyez  aussi  Alcala  sous  espa- 
dana.  Dans  le  Glossaire  sur  le  Mançourt  par  Ibn-al-Hachchâ  (man. 
331(5),   fol.    151    r°)  le  mot  x.*.>l  est  expliqué  de  cette  manière:  ^J^ 

KéJU*î   «i-A^Jî  jtfS  vii^*^  U/«  U^^A.^:^  {sic)  ^^S^W^  w^AaJiJl  KcU^  ;  cf.  Cher- 


Lonneau,  Dialogues,  p.  198.  Dans  le  dialecte  valencien  le  mol  arabe 
s'esl  conservé  sans  altération:  albardï  (Fischer,  Gemalde  von  Valencia, 
I,  219). 

*  Albardon  (bête  de  somme,  sommier,  \iciov)  àe  ^^^j>jj^\  {al- birdzaun) , 
qui  en  Espagne  se  prononçait  al-bardêun  (Alcala  sous  haca  pequeho  ca- 
vallo)  et  qui  signifie  un  cheval  de  bal  (cavallo  albardon  chez  Victor). 
On  remploie  aussi,  en  arabe  (voyez  Quatremère,  Hist.  des  suit,  maml.y 
I,  2,  132)  comme  en  espagnol  {mulo  albardon  chez  Victor),  pour  dé- 
signer un  mulet  de  bât, 

*  Albarkmb.     Voyez  alcatenes. 

Albaricoque,  alharcoque,  alvarcoque,  albercoque  (abricot),  de  ^yj^\ 
(al-barcôc).  —  L'histoire  de  ce  mot  est  assez  curieuse  pour  en  exposer 
ici  les  détails.  De  même  que  les  Arabes  ont  pris  al-bâcôr  dans  la  si- 
gnification restreinte  de  figue  précoce,  les  Romains  ont  désigné  les  abri- 
cots,  qu'ils  nommaient  ordinairement  mala  armenîaca,  par  l'adjectif 
praecox.  C'est  ce  qui  résulte  d'un  passage  de  Dioscoride  (I,  165),  où 
on  lit:  Tx  (jl^\x  àpfjL^vixKx,  puiAxim  Vs  TrpxiKOKtx.  Lorsque  l'ouvrage  de 
Dioscoride  fut  traduit  en  arabe,  Ton  a  transcrit  le  mot  Trpxixéjciov  con- 
formément au  génie  de  celte  langue  et  l'on  en  a  fait  barcôc,  avec  l'ar- 
licle  al-barcôc.  Ainsi  arabisé,  il  a  fait  le  tour  de  la  Méditerranée  et 
s'est  introduit,  non-seulement  dans  l'espagnol  et  le  portugais  (albrico- 
que,  albercoque,  alboquorque) ,  mais  aussi  dans  les  autres  langues  roma- 
nes. On  ne  saurait  méconnaître  l'article  arabe  dans  le  provençal  aubri^ 
col  et  dans  l'italien  albercocca,  albicocca.  Ainsi  ce  mot,  après  avoir 
bien  changé  sur  la  route,  est  retourné  dans  sa  patrie.  —  Voyez  M.  Diez 
et  l'excellent  article  de  M.  Mahn  (Recherches  étymologiques,  p.  49). 

*  Selon  toute  probabilité  le  nom  complet,  par  lequel  les  Romains  dé- 
signaient les  abricots,  était  Persicum  praecox,  car  les  abricots  ont  beau- 
coup de  ressemblance  avec  les  pèches,  et  au  XVI^  siècle  les  abricots 
s'appelaient  aussi  en  Hollande  vroegé  pcrsen  (pèches  précoces)  ou  avant- 
pêches  (voyez  Dodonaeus,  Cruydt-Boeck,  p.  1540  6).  Du  pluriel  latin 
precocia  les  Grecs  ont  fait  leur  Trpxtxéxix  ou  irpxiKÔicKix,  TrpsKÔKKtx,  d'où 
s'est  formé  le  singulier  irpxiKiiocioy.  Ce  dernier  a  passé  dans  l'arabe;  mais 
comme  les  Arabes  n'ont  point  de  p  et  qu'ils  ne  peuvent  prononcer  deux 
consonnes  consécutives,  le  mol  est  devenu  chez  eux  barcôc,  bercôc,  ou 
aussi   bircôc  cl   borcôc.     Mais   M.  Mahn  cl  M.  10.  prétendent  à  tort  que 


68 

les  Arabes  ont  appris  à  connaître  ce  mot  par  la  liaduclion  arabe  de 
Dioscoride.  En  soi-même  il  est  peu  vraisemblable  que  le  peuple  ait 
emprunté  le  nom  d'un  fruit  bien  connu  et  abondant  à  la  traduction 
d'un  livre  qui  était  trop  savant  pour  être  lu  par  lui;  et  ce  qui  tranche 
la  question,  c*est  que  les  paroles  de  Dioscoride  dont  il  s'agit,  ont  été 
omises  par  son  traducteur  arabe,  comme  je  m'en  suis  assuré  en  consul- 
tant l'exemplaire  que  nous  possédons  de  celle  traduction  (man.  289, 
fol.  47  v°).  Il  faul  donc  dire  que  les  Arabes  ont  emprunté  le  mot  aux 
habitants  des  provinces  qu'ils  avaient  conquises  sur  l'empire  byzantin. 
Au  reste  il  faut  encore  remarquer  que  chez  eux  le  mol  barcôc  a  gardé 
une  signification  aussi  vague  que  le  latin  praecox;  ce  dernier  désignait 
aussi  des  prunes  précoces,  et  de  même  barcôc  signifie  non-seulement 
abricot,  mais  aussi  prune.  Du  temps  d'Ibn-al-Baitâr  (voyez  I,  132), 
c'était  en  Espagne  et  dans  le  Magrib  abricot,  et  en  Syrie,  prune;  au- 
jourd'hui c'est  partout  prune  (voyez  Dombay,  p.  70,  71;  Humbert , 
p.  o2,  Bocthor,  Marcel  et  le  Dictionnaire  berbère  sous  abricot  et  sous 
prune), 

Albarrada,  a.  pg,  abbarrada  («vaso  de  barro,  para  beber,  ou  de  louça 
da  India  em  que  se  mettem  flores.  Porém  entre  nés  nao  sô  se  tomava 
por  vaso  de  barro,  mas  tambem  de  prata,  ou  ouro»  S*».  Hosa).  C'est 
l'arabe  B^LJi  [al-barrâda)  qui  signifie  proprement  un  vase  de  terre  pour 
rafraîchir  l'eau,  mais  qu'on  semble  avoir  employé  aussi  pour  désigner  un 
vase  de  toute  autre  matière,  d'or,  d'argent,  etc.  P.  de  Alcala  le  tra- 
duit par  jarro  con  dos  asas. 

En  espagnol  [*  et  en  portugais]  albarrada  signifie  encore  tout  autre 
chose,  à  savoir  «la  pared  que  se  haze  de  picdra  seca  » ,  et  Cobarruvias 
le  dérive  du  verbe  «berdea,  q\ie  vale  cubrir  una  cosa  con  otra ,  o  poner 
una  cosa  sobre  otra ,  como  se  haze  en  la  albarrada  que  se  pone  una 
piedra  sobre  otra  sin  cal,  ni  barro,  ni  otra  materia.»  Ne  connaissant 
pas  le  verbe  arabe  que  Cobarruvias  a  ici  en  vue,  je  ne  puis  admettre 
cette  étymologie,  mais  sans  avoir  à  en  proposer  une  meilleure. 

"^Ce  verbe,  qui  manque  dans  Freytag,  mais  qu'Alcala  donne  sous 
enalbardar  (bâter,  mettre  le  bât),  est  cO^j  {barda' a)',  ce  qui  le  prouve, 
ce  sont  les  mots  qui  suivent  chez  Cobarruvias  immédiatement  après  ceux 
qu'a  cités  M.  E.:  «Deste  verbo  se  dixo  al- barda  y  barda,  y^  D'après  cette 
étymologie,    albarrada    serait    donc    xcJ^Jî  (al-barda'a) ,  c'est-à-dire,  le 


69 

même  mol  que  celui  qui  a  donné  naissance  à  l'espagnol  alSarda;  mais 
j'avoue  que  je  ne  la  trouve  pas  vraisemblable. 

Albarran  ,  pg.  ^Ibarrâa ,  alvarrâa  (forastero)    )      C'est  à  cause  de  leur 
Albarrana  (lorre)  [   origine  commune  que 

Albarrana   (cebolla)  )   je     réunis     ces    trois 

mois  dans  un  seul  arlicle.  L'arabe  ^^i\jù  (barrant)  est  un  adjectif 
dérivé  de  barr  (terre,  champ)  et  ayant  les  mêmes  signiflcations  que 
barri  (agrestis,  externus).  De  tels  adjectifs  en  ânî  étant  de  forma- 
tion postérieure,  ils  manquent  pour  la  plupart  dans  les  lexiques. 
C'est  P.  de  Alcala  qui  nous  viendra  au  secours.  Ce  lexicographe  tra- 
duit les  mots  avenedizo  y  [^  estrano ,  estrangero],  forastero  par  barrant: 
c'est  précisément  la  signification  de  albarran,  —  Le  féminin  de  barrant 
est  barrânta,  et  ce  mot  répond  chez  Alcala  à  albarrana  torre,  parce 
qu'il  désigne  «une  tour  au  dehors  de  la  muraille  d'une  ville.»  (Com- 
parez le  Cartâs,  p.  22:  ^j^j>.ii  u^jiiii).  —  Quant  à  albarrana  cebolla, 
Cobarruvias  nous  informe  que  c'est  la  «cebolla  que  se  cria  en  el  campo 
à  diferencia  de  la  cultivada  en  las  huertas.»  Il  désigne  donc  des 
oignons  sauvages  par  opposition  à  ceux  qu'on  cultive  dans  les  jardins, 

'*'  M.  Defrémery  observe  avec  raison  que  M.  E.  aurait  dû  citer  à  cette 
occasion  une  excellente  note  de  Qualremère,  dans  les  Notices  et  Ex- 
traits, XIII,  p.  205,  206;  mais  en  outre  les  mots  dont  il  est  question 
dans  cet  article,  ne  viennent  pas  de  al-barrânî,  car  il  n'y  a  pas  de 
trace  de  la  terminaison  t;  ils  viennent,  comme  dit  M.  de  Gayangos 
(dans  le  Memor.  hist.  esp,,  VIII,  291,  n.  1),  de  q^-^î^  ,  al-barrân ,  au 
féminin  al-barrâna,  adjectif  que  Qualremère  donne  aussi  et  qui  a  le 
même  sens  que  al-barrânt.  De  barr  on  a  formé  d'abord  barrân  (forme 
fa'lân),  et  ensuite  de  ce  dernier,  barrânî.  —  Anciennement  albarran 
signifiait  aussi  célibataire;  c'est  encore  un  adjectif  en  an,  que  les  dic- 
tionnaires de  la  langue  classique  n'ont  pas,  mais  qui  vient  d'une  autre 
racine,  à  savoir  de  ^^^i  {baria),  être  libre. 

Albatara  (espèce  de  maladie  «que  da  à  las  raugeres  en  la  boca  de  la 
madré,  o  utero»  Acad.)  de  s^iIaJl  (a/-6a(/Aara),  «superiorislabii  carun- 
cula  vel  protuberanlia.» 

*  L'explication  latine  de  l'Acad.  est  :  «  excrescens  in  ore  uteri  carun- 
cula,  femineus  quidam  morbus,»  et  M.  E.  aurait  mieux  fait  de  donner, 
non   pas  la  première,  mais  la  seconde  signification  notée  par  Freytag; 


70 

chez   Lane,    qu'on   peut   consulter,    hadhâra  est  le  synonyme  de  badhr. 

Albatoza,  pg.  albeloça  (espèce  de  navire).  Voyez  Jal,  Glossaire  nau^ 
tique.  Ce  mot  serait-il  une  altération  de  Tarabe  iL^^b-Aj?  {al-botsà}? 
Voir  Abd-al-wâhid ,  p.  204,  Quatreraère ,  Hist.  des  suit,  maml, ,  1,2, 
p.  86,  272. 

*Dans  quelques-uns  des  exemples  cités  par  Qualremère  (voyez  aussi 
Freytag)  la  dernière  lettre  est  un  Mn;  Dombay  (p.  100)  a  aussi  (jiliw 
(batâch)  ,  «navis  major  duobus  instructa  raalis,»  et  je  crois,  de  même 
que  M.  Jal,  que  ce  mot  est  identique  avec  Tesp.  patache.  Pour  ce  qui 
concerne  son  origine,  je  pense  qu'elle  doit  être  cherchée  chez  un  peu- 
ple essentiellement  marin,  à  savoir  chez  les  Dalmates,  car  Ducange  a: 
i^bastasia,  naviculae  apud  Dalmatas  species.  » 

Albaïalde^  pg.  alvayade  (céruse) ,  de  tJ^UJI  {aUbaijâdh)  qui  désigne 
la  même  chose. 

*  Bayâdh  est  proprement  blancheur,  et  Freytag  ne  dit  pas  que  c'est 
céruse;  aussi  appartient-il  en  ce  sens  à  la  langue  vulgaire,  comme  l'at- 
teste   formellement   l'auteur   du  Mosta'înî  (man.  15) ,  qui  s'exprime  en 

ces  termes  :  'M\^i\  j*^  ^a  ^^  ^y^  lpW^  ^/'r^^  lp^^  y^  J\\tÀH4\ , 
iiisfidmdj  [céruse]:  c'est  le  bayâdh  ,  connu  généralement  sous  le  nom 
de  bayâdh  djalawz ,  mot  qui  appartient  au  langage  populaire.»  Alcala 
traduit  alvayalde  par  bayâdh, 

Albeitar,  pg,  alveitar  (vétérinaire),  de  ^LLux^l  (aUbeitâr)  qui  a  le 
même  sens  ["^  et  qui  est  une  altération  du  grec  'ittttIxtpoç)  voyez  les  no- 
tes de  M.  Sachau  sur  Djawâlîkî ,  p.  15]. 

Albenda  (espèce  de  draperie,  «especie  de  colgadura  de  lienzo  blanco 
con  piezas  entretexidas  â  manera  de  red,  ù  de  encaxes  de  hilo  con  va- 
rios  animales  y  flores  labrados  en  el  mismo  texido,»  Acad.).  En  arabe 
%yj^l\  (al'bend)  signifle  drapeau,  bannière,  et  aussi  ceinture  (Dozy ,  Dict, 
des  noms  des  vêtem.,  p.  88).  N'ayant  jamais  rencontré  ce  mot  arabe 
dans  un  sens  analogue  à  celui  de  l'espagnol  albenda,  ce  n'est  qu'en  hé- 
sitant que  je  propose  celte  étymologie. 

*Je  crois  avec  M.  E.  que  celle  étymologie  n'est  guère  satisfaisante. 
A  mon  avis  albenda  est  un  mot  tronqué  qui  vient  de  iCjjtjs.ÂJ!  {al-ben^ 
dârîyà).  Ce  dernier  terme  n'est  pas  dans  les  dictionnaires,  pas  même 
dans  ceux  de  la  langue  persane,  bien  qu'il  soit  composé  évidemment  des 
deux  mots  persans  bend  (notre  bande)  et  dâr  (tenant)  ;  mais  je  le  trouve 


dans  les  Mille  el  une  miils  (I,  153  éd.  Habichl),  où  les  henddrujât  sont 
nommés  conjointement  avec  les  »^jjt  d'un  salon.  Ce  dernier  mot  signi- 
fie draperies,  rideaux^;  hendârhjût  a  probablement  le  même  sens  et  nul- 
lement celui  de  petits  drapeaux,  comme  Habicht  Ta  soupçonné  dans  son 
glossaire.  On  voit  donc  que  sa  signification  s'accorde  fort  bien  avec 
celle  de  l'esp.  albenda. 

*  Albe.ngala  (éloffe  de  lin  très-fine  dont  les  Maures  d'Espagne  ornaient 
leurs  turbans)  semble  être  formé  du  nom  propre  Bengale,  car  c'est  dans 
cette  province  que  l'on  fabrique  la  mousseline  la  plus  fine  que  Ton  con- 
naisse dans  l'Inde. 

Alberca,  pg.  aussi  alverca  (étang),  de  K^=>^Ji  (al-birca) ,  «piscina.» 

Albihar  ,  abihar  (espèce  de  plante) ,  de  ^L^iî  (al-bahâr) ,  «  anthémis  va- 
lentina,»   Ibn-al-Baitâr,  I,  181. 

Albitana  («pièce  de  bois  s'élevant  en  dedans  de  l'étrave  et  de  l'étam- 
bot,  auxquels  elle  adhère,  et  placée  là  pour  lier  fortement  l'étambot  et 
l'étrave  à  la  quille»  Jal).  Comme  la  racine  ^^^  (batana)  signifie  entrer 
dans  le  dedans,  KiLkJ!  (al-bitâna)  peut  fort  bien  avoir  eu  une  significa- 
tion nautique,  analogue  à  celle  du  mot  espagnol. 

Alboaire  (terme  d'architecture)  «de  la  palabra  arabe  al-boair  (?),  que 
significa  lugar  para  encender  fuego  à  manera  de  un  horno»   Acad. 

*La  définition  de  l'Académie  est  celle-ci:  «Labor  que  antiguamenle 
se  hacia  en  las  capillas  ô  bôvedas  adornandolas  con  azuléjos.»  C'est 
certainement  l'arabe  ^.ajs^vJî  ou  ».xj5^^i^  (al^bohair  ou  al-bohairà),  dimi- 
nutif de  j<^^\  {al-bahr),  car  Edrîsî  (p.  113,  1.  3,  et  p.  210,  1.  2  de 
l'édil.  de  Leyde)  emploie  ce  dernier  mot  dans  un  sens  analogue. 

Albogub  (espèce  de  trompette)  de  o>^^  (al-bôc),  «lituus.  » 

Albohera  ,  albofera  (lac) ,  de  s^Aj^AJi  (al-boheira) ,  qui  est  le  diminutif 
de  bahr ,  mer. 

*  Alboheza  (mauve ,  plante)  de  ^^\\^Js^\  (al-khobézâ)  qui  a  le  môme 
sens. 

*  Albohol  (liseron ,  liset).  On  a  donné  à  celte  plante  le  nom  de  /m- 
nis  arbortim,  parce  qu'elle  s'entortille  comme  une  corde  autour  des  ar- 


l)  Le  mot  O^kX^M  au  contraire,  qui  se  trouve  aussi  dans  ce  passage  et  auquel  Ha- 
bicht et  Freytag  attribuent  le  même  sens,  en  a  un  tout  autre;  toyet  à  ce  sujet  une 
note  de  M.  Lane  dans  sa   traduction  des  A/tV/e  et   une  nuits ^  II,   242,  n.    113. 


bres  (voyez  Dodonaeiis,  Crtnjdt-Boeck ,  p.  700  6),  el  tel  est  aussi  le  sens 
du  mol  espagnol,  car  albohol  est  une  transposition  de  ^i^j.^^\ (al-hobôl) , 
plur.  de  JwA>  (habl),  corde.  Chez  les  botanistes  arabes,  le  grand  lise- 
ron porte  le  nom  de  ^^yjSlM^^\  J^>  {habl  al-masâkin) ,  corde  des  pau- 
vres^ ;    voyez   Ibn-Djazla,  man.  576,  in  voce  y  Ibn-al-Baitâr,  I,  283,  et 


comparez  le  Mosta'tnt  (man.  15),  où  on  lit;  \Ji\  J.^Jé  ^jSI^^\  J^a. 
j.b5   \6\  j^vXit  ^A>Xî?  ^^l\   ^A  UiJuo  j^^  2  ^^Xi  iCx4^*JLj  *J   J'Jb  ^_5JJî 

j*ov\JI  ^Aj  o^^Âj^  oL>Lv^ib,   •Habl  al-masâkin:  on  dit  que  cette  plante 

est  celle  qui  s'appelle  en  espagnol  vinca^;  c'est  une  espèce  du  grand 
liseron,  dont  il  sort  du  lait  quand  on  en  coupe  quelque  chose;  je  crois 
que  c'est  le  grand  liseron  même  ;  il  s'attache  aux  haies  et  croît  parmi 
le  dis.  » 

Albondiga,  pg.  almondega  (boulette  de  viande  hachée).  C'est  à  cause 
de  sa  figure  qu'on  lui  a  donné  ce  nom ,  car  en  arabe  i^vAÂJl  [al-bondoca) 
signifie  boulette. 

Alborbola  (cri  de  joie). ,  Dans  l'anc.  espagnol  on  trouve  albuerbola  et 
aussi  albtiélvola  (voir  l'Archiprêtre  de  Hila,  copl.  872);  P.  de  Alcala 
traduit  alborbolas  de  alcgria  par  teguelgûl  (,J^Jj.»j)  ,  et  le  verbe  arabe 
walwala  (ô^*)*  auquel  les  lexiques  ne  donnent  d'autre  sens  que  celui  de 
pousser  des  gémissements,  se  trouve  chez  Abd-al-wâhid,  p.  211,  dans  la 
signification  de  pousser  des  cris  d*allégresse.  On  ne  peut  donc  douter 
que  le  mot  espagnol  en  question  ne  dérive  de  al-walwala  qui  est  l'in- 
finitif de  ce  verbe.  Voir  la  note  de  M.  Dozy ,  Recherches,  t.  II,  p.  lxiv 
de  l'Appendice. 

^  De  même  que  M.  E. ,  M.  de  Gayangos  a  reproduit,  dans  le  Mem. 
hist.  esp.,  VIII,  201,  une  partie  des  détails  que  j'ai  donnés  sur  ce  mot 


1)  Une  espèce  de  clématite  s'appelle  aussi  en  français  herbe  aux  gueux,  parce  que  les 
mendiants  se   servent  de   ses  feuilles  pour  faire  paraître  leurs  membres  livides  et  ulcérés. 

2)  Telle  est  la  leçon  du  man.  de  Leyde;  dans  celui  de  Naples  on  trouve  ^JCâj  ,  mais 
c'est  une  faute. 

3)  Vinca  pervinca  (d'où  Tient  le  fr.  pervenche)  chez  Pline  ;  voyez  Dodonaeus ,  Cruydt- 
Boeck,  p.  725  A,  qui  donne  pervinqua  comme  le  nom  esp,  du  liseron,-  Nunez  a  vincaper- 
vinca f  pervenche,  clématite. 


dans  mes  Recherches,  mais  en  se  dispensant  de  nommer  l'auteur  auquel 
il  les  avait  empruntés. 

Albornia  (grand  vase  vernissé ,  qui  a  la  forme  d'une  écuelle)  de 
iCAJ^Ji  {al-harniya)  y   «vas  ficlile  in  quo  quid  recondunt.  » 

Albornoz,  pg,  albernoz  (espèce  de  manteau  fermé,  garni  d'un  capu- 
chon), de  ^f^\  (al'bornos).  Voyez  sur  ce  mot  Dozy,  Dict.  des  noms 
des  vêt. ,  p.  73  et  suiv. 

*Alboronia,  almoronia,  boronia,  moronia  (mets  composé  de  melon- 
gènes,  de  citrouilles,  de  pommes  d'amour  et  de  piment)  est  peut-être 
i>U3|^^Jl  (al'hôrânhja) ,  mot  qui  ne  se  trouve  pas  dans  Freytag,  [mais 
qui,  dans  les  Mille  et  une  nuits  (VIII,  288  éd.  Habichl) ,  désigne  une 
espèce  de  mets.  Selon  toute  apparence,  ce  mets  a  été  nommé  ainsi 
d'après  Bôrân  ou  Bourân,  l'épouse  du  calife  Mamoun. 

Alboroque  (ce  que  Ton  paie  au  courtier  par  l'intermédiaire  duquel 
une  chose  a  été  vendue,  courtage).  L'arabe  ^.^^^  (borouc)  auquel  Ma- 
rina compare  ce  mot,  m'est  inconnu. 

*  Le  mot  alboroque  ou  alboroc,  qui  est  très-ancien  en  espagnol,  puis- 
qu'il se  trouve  déjà  dans  les  actes  latins  du  concile  de  Léon  de  l'année 
1020  (dans  les  Cartes  de  Léon  y  de  Castilla,  I,  7)  sous  la  forme  alva- 
roch ,  variantes  alvoroch  et  alvoroc ,  dans  l'ancienne  traduction  espagnole 
(ibid,,  p.  17)  alvaroc ,  signifie  en  général,  comme  on  peut  le  voir  dans 
le  Dictionnaire  de  l'Académie,  pot-de-vin,  épingles,  ce  qui  se  donne  par 
manière  de  présent  au  delà  du  prix  convenu,  et  Cobarruvias  avait  raison 
de  le  mettre  en  rapport  avec  le  verbe  hébreu  i^'^i  (bérék) ,  bénir,  car 
le  substantif  n^na  (beraca)  qui  en  dérive,  signifie  non-seulement  béné- 
diction, mais  aussi  cadeau,  présent ,  de  même  qu'au  moyen  âge,  comme 
l'observe  Gesenius  en  citant  Ducange,  le  mot  benediclio  s'employait  en 
parlant  des  présents  que  les  papes  envoyaient  aux  rois.  En  arabe  des 
substantifs  dérivés  de  la  même  racine  (^^.j)  ont  aussi  reçu  le  sens  de 
cadeau,  ce  qu'il  faut  attribuer  peut-être  à  l'influence  des  juifs.  Ainsi 
on  trouve  chez  Daumas  {La  grande  Kabylie,  p.  388):  «Le  chef  de  la 
Zaouïa  leur  fait  tenir,  à  certaines  époques,  des  présents  connus  sous 
le  nom  de  barahet  el  cheikh,  la  bénédiction  du  cheikh.»  Dans  l'ou- 
vrage de  MM.  Sandoval  et  Madera  (Mcmorias  sobre  la  Argclia ,  p.  322) 
on  lit  que  les  aghas  et  les  caïds  recouvraient  promptement  les  sommes 
qu'ils  avaient  payées  à  Abd-el-Kader  pour  obtenir  leurs  emplois,   grâce 

V  10 


74 

aux  présents  qu'ils  se  faisaient  donner  par  leurs  sujets  et  qui  s'appe- 
laient baroitc  el-hournous.  Celle  dernière  forme,  qui  est  exactement 
celle  qu'on  trouve  dans  les  actes  du  concile  de  Léon,  a  donné  nais- 
sance à  l'espagnol  alboroc  ou  alboroque, 

*  Alborque  j)g»  (échange,  troc)  de? 

Albricias  (cadeau  que  l'on  donne  à  celui  qui  apporte  une  bonne  nou- 
velle) de  »^1-^.aJI  {al'bichâra)  qui  a  précisément  le  même  sens.  En 
espagnol  ce  mot  est  un  peu  altéré:  le  portugais  alviçaras  et  le  valencien 
albixeres  se  rapprochent  beaucoup  plus  du  terme  original. 

*  Albuce  («alhuce  y  alcaduz  de  anoria,  pots  de  la  poseraqne  qui  pui- 
sent Teau  et  la  portent  en  haut,»  Victor)  de  u^i^J!  (al-bouch) ,  que 
Dombay  (p.  95)  traduit  par  dolium  parvum.  Ce  mot  n'est  pas  arabe  ; 
selon  toute  apparence  il  est  d'origine  berbère. 

Albudega,  albudeca  (espèce  de  melon),  de  l'arabe  x^kJt  (al-billîkha 
que  P.  de  Alcala  écrit  al-balikha)  ou  bien  de  son  diminutif  al-bouteikha, 
comme  semblent  l'indiquer  les  voyelles  du  mot  espagnol.  —  A  en  croire 
Cobarruvias,  albudeca  était  usité  à  Valence  et  en  Catalogne,  tandis  que 
dans  les  autres  provinces  on  disait  badeha  ou  badea.  11  est  facile  de 
reconnaître  dans  badeha  le  même  mot  arabe  sans  l'article.  [^  Pg*  pateca]. 

Albur,  de  même  que  l'arabe  ^^^^A\  {al-bouri) ,  désigne  une  espèce  de 
poisson  (muge),  qui  a  emprunté  son  nom  à  la  ville  de  Boura  en  Egypte. 
Voyez  Macrîzî,  Descripf.  de  F  Egypte,  I,  108  éd.  de  Boulac. 

Alcabala,  alcavala  (impôt,  taxe),  de  îcJLasJî  [al-cabâla),  mot  très-usité 
chez  les  auteurs  arabes,  bien  qu'il  manque  dans  les  lexiques;  [*  il  se 
trouve  déjà  chez  Ibn-Haucal,  qui  écrivait  au  X^  siècle;  voyez  le  Glos- 
saire sur  Edrîsî].  Chez  Macrîzî  (Descript,  de  l'Egypte,  I,  82  de  l'édi- 
tion de  Boulac)  il  signifie  «l'adjudication  d'une  terre,  ou  de  tout  autre 
objet,  moyennant  une  taxe,  une  redevance,  que  Ton  s'engageait  à  payer 
au  fisc,»  et  de  là  «la  taxe,  que  l'on  payait,  en  vertu  de  cet  engage- 
ment.» De  mêm»  le  verbe  cabala  à  la  V^  forme  signifie  prendre  à 
ferme,  à  bail.  Voir  Quatremère  dans  le  Joitrn.  des  Sav,  de  1848,  p.  49. 
A  Maroc  alcabala  était  «  une  taxe  qui  se  percevait  sur  la  plupart  des 
professions  et  sur  la  vente  des  objets  de  première  nécessité.  »  Voir 
Edrîsî,  man.  de  Paris,  Suppl.  arab.  895,  fol.  56  v°;  cf.  t.  I,  p.  216 
de  la  traduction  Jaubert  [*  dans  l'édition  de  Leyde  p.  70  du  texte,  p.  80 
de  la    traduction].     Le   mot   arabe   en    question    se   trouve   encore  chez 


Ibn-Adhârî,  I,  125,  dans  le  Carias,  p.  21>8.  Dans  un  autre  passage  de 
ce  dernier  livre  il  désigne  «la  ligne  de  bureaux  de  douane,»  comme 
Ta  Tait  remarquer  M.  Dozy ,  Gloss.  sur  Ibn-Adhârî ,  p.  58.  Quant  à 
gabela,  it.  gabella y  fr.  gabelle,  je  crois  que  M.  Diez  a  raison  de  le 
dériver  de  l'anglo-saxon  gaful,  gafol,  d'où  on  a  fait  le  latin  gablum  , 
gabulum.  Le  fait  que  le  ^  initial  ne  se  change  jamais  en  g  (cf.  p.  15 
de  l'Introduction)  est  un  argument  décisif  contre  l'étymologie  arabe. 
En  outre,  P.  de  Alcala ,  ayant  à  traduire  gabela ,  dit:  gabela  en  ilaliano 
como  alcavala.  11  le  considérait  donc  comme  un  mot  italien.  C'est  une 
raison  de  plus  pour  croire  qu'il  n'y  a  aucun  rapport  étymologique  entre 
alcabala  et  gabela. 

*  Je  dois  avouer  que  les  raisons  données  par  M.  E.  pour  nier  l'origine 
arabe  de  gabela,  etc.,  ne  me  semblent  pas  concluantes.  D'abord  l'ar- 
gument tiré  des  paroles  d' Alcala  n'est  pas  valable  à  mon  avis:  ce  lexi- 
cographe atteste  que  gabela  n'est  pas  la  forme  castillane,  ce  que  j'ad- 
mets volontiers;  mais  comme  il  dit  aussi  que  c'est  la  même  chose 
{{M'alcabala  en  castillan  et  cabâla  en  arabe,  j'inférerais  plutôt  de  ses 
expressions  que  c'est  aussi  le  même  mot  sous  une  autre  forme.  L'autre 
argument  me  paraît  aussi  loin  d'être  décisif:  le  ^  initial  devient  quel- 
quefois g  (voyez  l'Introd.,  p.  15),  et  l'on  semble  avoir  perdu  de  vue 
qu'en  Italie  on  écrivait  aussi  caballa  et  cabella  ;  les  continuateurs  de 
Ducange  en  donnent  beaucoup  d'exemples  sous  ces  deux  mots,  mais  au 
lieu  d'aflirmer  que  c'est  pour  gabella,  ils  auraient  dii  dire  au  contraire 
que  les  formes  qui  commencent  par  le  c  sont  les  bonnes,  et  que  ce  c, 
comme  cela  est  arrivé  dans  une  foule  d'autres  cas,  a  été  adouci  en  g. 
Le  mot  anglo-saxon  au  contraire,  présente,  quant  à  la  forme,  de  gran- 
des diflicuUés,  et  en  outre  il  serait  assez  étrange  que  les  peuples  du 
midi  eussent  emprunté  le  nom  d'un  impôt  aux  Anglais,  avec  lesquels 
ils  avaient  bien  peu  de  rapports,  tandis  qu'ils  en  avaient  beaucoup  avec 
les  Arabes.  Les  habitants  de  l'Italie  méridionale  vivaient  même  sous 
la  domination  de  ces  derniers  et  c'était  à  eux  qu'ils  payaient  les  tri- 
buts. —  Au  reste  on  sait  qu'en  vertu  de  Vimâla ,  l'arabe  iJLo  se  pro- 
nonce cabéla  aussi  bien  que  cabâla. 

En  espagnol  alcabala  se  dit  encore  dans  le  sens  de  fdcL  Vax  arabe 
J^XI  (al'Câboul)  désigne  la  même  chose.  i*cut-êlre  ce  mol  a-t-il  été 
altén';  par  rinllucnce  de  alcabala. 


76 

*Alcabaz  (pas  dans  les  dict.).  Dans  une  pièce  de  vers  composée  sur 
une  victoire  rempoilée  par  les  Caslillans  sur  les  Grenadins  et  qui  se 
trouve  dans  le  Cancionero  de  Baena  (p.  551),  on  lit: 

Senor  llrey,  desque  las  hases 

Fueron  todas  ayuntadas 

E  las  trompetas  tocadas, 

Tuyeron  como  rrapases, 

[Dexaron  los  contumases 

El  campo  a  los  generosos 

Fidalgos  é  venturosos, 

Fueron  sse  los  Alcabazes. 
Dans  le  glossaire,  ce  terme  est  expliqué  par  capitaine ,  chef;  je  ne  connais 
pas  de  mot  arabe  qui  ait  cette  signification  et  qui  ressemble  à  alcahaz; 
en  outre,   ce  n'étaient  pas  les  chefs  seuls  qui  fuyaient,   mais  les  guer- 
riers  grenadins  en  général.     Comme   il    s'agit  d'une   troupe   qui   avait 
fait  à  rimprovisle  et  avec  la  plus  grande   rapidité  une  incursion  sur  le 
territoire  chrétien,  car  plus  haut  le  poète  avait  dit: 
Seuor  Krey,  corryeron  moros 
El  pryraer  lunes  de  mayo, 
E  mas  rresios  que  un  rrayo 
Levando  vacas  é  toros, 
je  crois  que  alcahaz  est  (j*.LA-<Ji  (al-eabbâs).     Le  verbe  (j.vwa.5'  (cabasa) 
signifie,  ce  que  Freylag  a  négligé  de  dire,   fondre  sur  Vennemi,  l'alla- 
quer  impétueusement   et  tout  à   coup;    voyez  Ibn-Badroun,   p.  35,  1.   15. 
Chez  Ibn-Haiyâri  (man  d'Oxford,  fol.  78  r^)  on  lit:  ^Jl  ^uI^a^î   rj-^-' 

jt^Mt^h    »1/5.jÎ    ^/o    .s6   n^^b^    QlLiJU*.ji    ^ô\j^   ^b   qUJLxJI    ^a    {lisez   iUlUi!) 

^ô\jM^l\  o^j-^^  0^^:;=^  ^*"^  a"*"-  j-^^-^^  >  «  Ibn-Hafçoun  se  rendit  avec 
ses  camarades  vers  le  camp  du  sultan,  qui  se  trouvait  dans  la  plaine 
du  faubourg  et  où  l'on  n'était  pas  sur  le  qui  vive;  en  outre,  il  ne  s'y 
trouvait  que  les  pages  qui  étaient  de  garde  dans  la  grande  tente  du 
sultan,  et  une  petite  troupe  d'archers.  Le  scélérat  et  ses  compagnons 
fondirent  sur  eux  dans  le  but  de  brûler  la  grande  lente.»  Dans  Mac- 
carî  (Seconde  Partie,  III,  45,  1.  12  éd.  de  Boulac),  où  il  est  question 
d'une    troupe    qui    escalade    à    l'improvisle    le    mur    d'une    forteresse: 


xjUjo  ,^*i2A5i  LéJ  8^Li  Ia*^^=>  ^j-^^,  «ils  fondirent  sur  une  sentinelle 
qui  se  trouvait  sur  le  mur  et  la  forcèrent  à  ne  pas  faire  de  bruit.» 
Et  plus  loin  (p.  53,  1.  5  a  f.)  :  il^Ai  iO:o  ^à  o^^'^J  lt-î^^  »  «  *^  fondit 
sur  Ridhvvân ,  qui  se  trouvait  dans  son  palais ,  et  le  tua.  »  Un  vers 
d'un  célèbre  poème  d'Ibn-al-Abbar  {apud  Ibn-Khaldoun,  liist.  des  Ber- 
bères, I,  592)  est  conçu  en  ces  termes: 

«Comme  les  infidèles  y  ont  promptemenl  répandu  la  désolation!  Quelle 
ruine!  Semblables  aux  sauterelles,  ils  fondent  sur  nos  séjours  pour 
les  ravager.»  EnGn  Ibn-Khaldoun  dit  {ibid. ,  1 ,  230)  :  ^b  ^j»}\  j^a^j 
jt^jJ^  jjac^  L^^^J^j  »^'-^>^  ^-^  ^^-^^  *^^^-^**^^^  0>;^^  (*^^  xxUJb  \^IjÎ  , 
«sous  son  règne,  les  Arabes  fondirent  à  l'improviste  sur  le  territoire 
d'al-CaFa  pendant  qu'ils  faisaient  une  razzia;  ils  s'emparèrent  de  tout 
ce  qu'ils  trouvèrent  dans  les  campagnes  et  commirent  de  grands  rava- 
ges.» Ou  voit  donc  que  cabasa  s'emploie  précisément  en  parlant  de 
ceux  qui  font  une  razzia, 

Mas  rresios  que  un  rrayo 
Levando  vacas  é  toros. 
Le  substantif  cabsa  (dans  de  Sacy,  Chresl.  ar.,  I,  46,  1.5  a  f .  du  texte) 
signifie  de  même:  attaque  violente  et  subite  y  et  cabbâs  est  la  forme  régu- 
lière pour  désigner  celui  qui  fait  habituellement  de  telles  attaques. 

*  Alcabell\,  alcaballa,  alcavala  pg.  (troupe,  compagnie,  voyez  Moraes), 
de  iOLojii!  (al-cabila),  tribu.  En  espagnol,  comme  l'observe  M.  Miiller, 
alcavera  chez  Berceo,  El  sacrificio  de  la  misa,  copl.  146,  et  Milagros 
de  iV".  iS".,  copl.  530;  corrompu  en  valcavera,  Alexandre,  copl.  117. 

Alcabor,  alambor  («el  hueco  de  las  bovedas  en  los  techos,  y  en  las 
campanas  de  las  chimenéas»  Acad.).  Dans  alcabor  il  est  facile  de 
reconnaître  l'arabe  ^«^-aJ!  (al-cabô)  qui  désigne,  comme  terme  d'archi- 
tecture, un  toit  voûté,  une  voûte.  Voyez  le  Cartds ,  p.  54,  Ibn-Adhârî, 
II,  244,  et  le  Glossaire  sur  Ibn-Djobair  de  M.  Wright;  [*  voyez  surtout 
le  Glossaire  sur  Edrîsî].  Le  r  final  a  été  ajouté  comme  dans  alfaxur 
(cf.  p.  23  de  l'Introduction).  Suivant  les  académiciens  de  Madrid , 
le  mol  alcabor  est  propre  à  la  province  de  Murcie,  tandis  que  dans  la 
Manche  et  dans  quelques  autres  districts  on  dit  alambor.  L'élymologie 
de  ce  mot  ne  m'est  pas  claire.  Faut-il  le  dériver  de  y.^iî  (alhanô) , 
•  omnis  pars  corporis  aliusvc  rei,  in  qua  est  curvitas?» 


78 

"^  A  mon  avis,  alambor,  qui  est  aussi  la  forme  portugaise,  n'est  qu'une 
altération  de  alcahor ;  puisqu'il  désigne  précisément  la  même  chose,  il 
est  naturel  de  supposer  que  c'est  aussi  le  même  mol. 

*  Alcabtea  (pas  dans  les  dict.;  dans  le  Cancionero  de  Baena,  p.  113  6, 
toile  de  lin  très-fine)  de  x-^«*.-aJl  {al-coblîya  ou  al-kibthja).  C'est  le 
féminin  de  l'adjectif  coblî ,  copte,  égyptien;  en  arabe  on  appelle  ces 
étoffes  iCj^bAÏiJt  v^aaJ^  ^^*  étoffes  coptes.  Les  Mauresques  employaient 
cabdia  en  ce  sens  (Mem.  hist.  esp.,  V,  438). 

Alcacel,  alcacer,  a.  pg,  alchazar  chez  S^  Rosa  (dragée,  blé  ou  orge 
en  herbe  qu'on  fait  manger  en  vert  aux  chevaux),  de  JoçAûSii  (alcacîl) 
que  P.  de  Alcala  traduit  par  alcacel  de  cevada,  —  Alcacel  ou  alcacer 
désigne  aussi  dans  l'Alemtejo  un  champ  d'orge,  et  alchazar  avait  le 
même  sens,  comme  il  résulte  d'un  passage  d'un  testament,  cité  par 
S».  Rosaj  le  testateur  y  lègue  au  cloître  d'Alcobaça,  où  il  désire  être 
enterré,  «alchazar  illud,  quod  lucratus  sura  in  Saborosa.» 

"^  Alcadafe  pg.  (Vieyra) ,  alcadef  pg,  (Moura) ,  alcadefe  pg.  (Moraes) 
(pot  de  terre  au-dessus  duquel  les  cabaretiers  et  les  boutiquiers  mesu- 
rent les  liquides  qu'ils  vendent,  et  qui  reçoit  l'excédant),  de  LiîAait 
(al-codâf  ou  al-codéf) ,  «scutella,  urceus  figulinus.»  Le  catalan  avait 
cadaf  sans  l'article  arabe;  «vint  cadaffes  è  setriys  de  terra,»  lit-on 
dans  un  document  de  1331  publié  par  Capmany  {Memorias  sobre  la 
marina  de  Barcelona,  II,  412). 

Alcaduz,  arcaduz,  pg.  alcatruz  (seau  d'une  machine  hydraulique  pour 
puiser  l'eau  et  la  porter  en  haut),  de  jj/^^^UJi  {al-câdous) ,  «haustrum 
in  rota  aquaria ,  »  alcaduç  de  anoria  Aie. 

"^  Le  mot  câdous  est  le  grec  xcchç  ;  voyez  Fleischer ,  De  glossis  Ha- 
bicht.,  p.  74.  La  signification  primitive  est  donc  celle  qu'a  indiquée 
M.  E. ,  à  savoir,  seau;  mais  en  espagnol  alcaduz  a  encore  un  autre 
sens,  celui  de  tuyau,  conduit,  canal,  chez  Victor:  aalcaduce  de  agua- 
duche,  le  tuyau  ou  buisine  d'un  aqueduc.»  Il  en  est  de  même  en 
arabe,  quoique  Freytag  n'en  dise  rien.  Alcala  traduit  alcaduç  de  canos 
par  caiduç,  de  même  que  alcaduç  de  ahoria;  Bombay  (p.  91)  donne: 
câdous  y  canalis;  Hélot:  tuyau,  conduit  d'eau;  Roland  de  Bussy:  conduit 
pour  l'eau;  dans  le  Dictionnaire  berbère:  tuyau  (conduit).  Chez  M.  Prax 
(dans  la  Revue  de  l'Orient  et  de  l'Algérie,  VU,  273)  on  lit:  «Une  source 
d'eau  comprise  dans  la  ville  (Ghdâmes)  arrive  au  bazar,  par  un  conduit 


79 

maçonné,  dans  un  bassin  appelé  irafrat-el-Gaddous ,  le  puits  du  seau;» 
mais  on  voit  facilement  que  cet  estimable  voyageur  se  trompe  ici  sur 
le  sens  du  mot  câdous.  Un  auteur  du  XI'  siècle,  Becrî ,  emploie  dans 
celte  acception  la  forme  ^^As  (cadas) ,  quand  il  dit  (p.  30,  1.  1)  qu*Obaid- 
allîib  avait  fait  venir  l'eau  à  al-iMabdîya  d'un  village  voisin  fj^\Js.ï\  h 
«au  moyen  de  tuyaux.»  L'auteur  du  Carias  se  sert  de  la  forme  câdoiis; 
voyez  p.  36,  1.  3  a  f.,  p.  41,  1.  9  et  10. 

Alcapar  (couverture  de  cbeval)  de  J^Jî  (al'Cafal),  »  stragulum  quod 
equi  clunibus  imponi  solet.» 

Alcauaz  (cage)  de  ,jaÀiiil  (al-cafaç)  qui  désigne  la  même  chose. 

Alcaouete,  a.  py,  alcayole,  prov.  alcavot  et  alcaot  (maquereau,  en- 
tremetteur) ,  de  v^t^iiJi  {al-caimâd) ,  «  leno.  »  L'ancien  portugais  alcofa 
chez  S^  Rosa  semble  être  une  altération  du  même  mot  arabe.  Mais  le 
nom  moderne  alcoviteiro  ne  vient  pas  directement  de  l'arabe,  car  il  a 
une  terminaison  portugaise  et  il  est  dérivé  du  verbe  alcovitar,  esp. 
alcahuelar, 

Alcaiceria,  alcaeceria,  pg.  alcaçarias,  de  l'arabe  Kj-L^aaII  (al-caisâ' 
rtya)  qui  désigne  une  série  de  boutiques  y  un  bazar.  Voyez  Ibn-Batouta, 
I,  151,  m,  4,  le  Carias,  p.  22,  et  P.  de  Alcala  au  mot  lonja  de 
mercadores  ;  [*  note  de  M.  Fleischer,  De  glossis  Habichl. ,  p.  39,  de 
Qualremère,  Notice  sur  Becri,  p.  34  et  227  du  tirage  à  part]. 

*  En  catalan  alcaceria  paraît  avoir  désigné  aussi:  les  choses  qui  se 
trouvent  dans  les  bazars,  marchandises,  car  dans  une  lettre  que  les 
magistrats  de  Barcelone  écrivirent  à  ceux  de  Séville  en  1315  et  qui 
a  été  publiée  par  Capmany  {Memorias  sobre  la  maiina  de  Barcelona , 
H,  75),  on  lit:  «preseren  una  nau,  on  havia  Moros  è  Moras  è  roba  è 
alcaceria,  è  altres  coses  de  gran  quanlitat.» 

Alcaide  (châtelain ,  commandant  d'une  forteresse).  En  arabe  «A-jLï 
{câ'ul,  le  participe  de  câda,  «  duxit  exercitum»)  signifie  chef  en  général. 
Chez  les  Mauresques  le  alcaide  était  le  chef  d'une  laha ,  c'est-à-dire, 
d'un  district  (Mendoza ,  Guerra  de  Granada,  p.  44).  Chez  les  Espagnols 
ce  root  a  reçu  la  signification  plus  restreinte  de  commandant  d'une 
forteresse. 

AiXALA,  dans  plusieurs  noms  de  lieux,  est  l'arabe  mJaJI  {alcaVa)  qui 
siijnilic  chalrau. 


80 

Alcala  b,  lat.  Dans  une  charte  citée  par  S^  Rosa  on  lit:  «Ueginœ 
Domnse  Sanciae  dedi  omnes  alcàlas  meas,  acilaras,  et  colchias.»  Le 
savant  portugais  croit  que  ce  sont  des  tapisseries  («pannos  de  raz») 
auxquelles  on  aurait  donné  ce  nom  à  cause  des  châteaux  qui  y  étaient 
représentés.  «Nos  pannos  de  raz  ainda  hoje  se  costumao  ver  nao  so 
montarias,  e  bosques,  mas  lambem  guerras,  gente  armada,  praças,  e 
castellos,  que  bem  pôde  ser  fossem  antigamente  os  principiaes  objectes, 
que  nestes  pannos  se  divisassem,  e  daqui  Ihes  viesse  o  nome  de  alcalàs»r> 
Une  telle  supposition  me  parait  trop  arbitraire ,  à  moins  qu'on  ne  la 
prouve  par  des  arguments  décisifs.  Je  serais  plus  porté  à  reconnaître 
dans  alcala  l'arabe  K*JL^Jt  (al-khil'a),  «vêtement  d'honneur  donné  par 
un  prince.» 

*Dans  une  note  insérée  dans  la  nouvelle  édition  de  Ducange,  M. 
Dubeux  croit  que  cet  alcala  est  kKJI  (al-quilla) ,  chez  Freytag  «vela- 
mentum  subtilius  tentorii  forma  consutum  ad  prohibendos  culices,  cono- 
peum,»  et  comme  dans  le  texte  les  alcalae  sont  nommés  conjointement 
avec  les  acitarae  et  les  colchiae^  cette  opinion  me  paraît  préférable  à 
celle  de  S^  Rosa  et  à  celle  de  M.  E.  Chez  Pedro  de  Alcala  killa  répond 

aux  mots  cielo  de  cama  (\}S  qx>  tU^),  corredor  de  cama,  cortina  ô  cov' 
redor  et  paramenio  de  cama;  il  prononce  quelle.  En  Algérie  on  entend 
sous  ce  terme  «les  rideaux  d'une  porte  ou  d'une  fenêtre»  (Martin, 
Dialogues,  p.  77). 

Alcalde  de  l'arabe  ^^Âo\^l\  (alcâdhi),  juge. 

Alcali  (terme  de  chimie,  sel  tiré  de  la  soude)  de  ,^^jI  (al-calî)  qui 
a  le  même  sens. 

Alcaller  (celui  qui  fait  des  cruches).  Une  cruche,  canlaro ,  s'appelle 
en  arabe  colla  (cf.  alcolla).  De  ce  mol  on  peut  former  le  substantif 
al'Callâl,  al'Callèl,  S^k,\ ,  pour  désigner  celui  qui  fait  des  colla,  et  bien 
que  je  ne  l'aie  pas  rencontré  ailleurs ,  sa  formation  est  si  conforme  au 
génie  de  la  langue  arabe,  que  je  n'ai  aucun  doute  à  l'égard  de  Téty- 
mologie  proposée. 

"^  En  effet,  le  mot  en  question  existe  et  signifie  potier;  M.  Cherbon- 
neau  (dans  le  Journ,  asiat.  de  1849,  I,  548)  le  donne  en  ce  sens,  et 
M.  Prax  (dans  la  Revue  de  V  Orient  et  de  l'Alg.,  VI,  276)  nomme  le 
quartier  el-Gollalin,  les  Potiers,  à  Tunis;  plus  loin  (p.  297)  il  écrit 
gallalin.    Becrî  (p.  25)    nomme    le  ^^i^ft^i  v-»'-?»    ^«  porte  des  potiers,  à 


81 

Cairawan;  mais  son  premier  traducteur,  Quatremère,  ne  connaissait 
pas  le  mot  callâl  ou  callél,  et  il  a  proposé  deux  manières  de  le  changer, 
l'une  aussi  malheureuse  que  Taulre  (voyez  sa  Notice  jur  Becrî ,  p.  39, 
n.  1  du  tirage  à  part),  tandis  que  le  second  traducteur  de  Becrî,  M. 
de  Slane,  Ta  rendu  mal  à  propos  par  fabricant  de  seaux  en  cuivre. 

*  Alcam  (coloquinte)  est  exactement  Tarabe  JiJlc  Çalcam).  Miiller.  — 
L'article  de  TAcadéraie  sur  ce  mot  est  conçu  en  ces  termes:  «Planta 
médicinal  mui  amarga,  cuyo  fruto  es  seraejante  al  cohombrillo,  pero 
algo'  mayor.  Es  voz  puramenle  Arabe  que  (segun  su  Diccionario)  si- 
gniGca  todo  lo  que  es  amargo.  Lai.  Colochintis.  Servid.  de  Abidcac, 
Irat.  2 ,  fol.  25.  Todo  amargo  segun  los  Arabes  se  llama  Alcam.  Y 
en  eslo  mucho  se  Irabajaron  los  exponedôres,  porque  algunos  de  ellos 
dixeron  que  era  la  colochîntida ,  y  otros  que  era  otra  cosa.  »  Le  fait 
est  que ,  parmi  les  Arabes  d'Espagne ,  'alcam  n'était  pas  la  coloquinte , 
mais  le  concombre-d'âne ,  ou  sauvage,  momordica  elaterium.  L'auteur 
du  Mosla'tnî  (man.  15)  dit  sous  ^a^.^^^'  \^i{concombre'd'âne)  :  ^ixl\  y$>. , 
«c'est  le  'alcam, r,  et  Ibn-al-Baitâr  dit  sous  le  même  mot:  j^JLUJî  ^^ 

^JJi^xS^^^  Ua/ÔLc  cX.A-x:,   ac'est  ce  que  le  peuple  en  Espagne  nomme  le 

'alcam.  » 

Alcamiz  (rôle  où  sont  inscrits  les  soldats)  de  y^_A-4-^Jt  {al-khamis) , 
l'armée.  Ce  mot  arabe  est  dérivé  de  khams  (cinq),  parce  que  l'armée 
consistait  en  cinq  parties;  savoir:  l'avant-garde,  le  centre,  l'arrière- 
garde  et  les  deux  ailes. 

*  Celte  étymologie,  qui  est  aussi  celle  de  Marina  et  de  M.  de  Gayan- 
gos  (dans  le  Mem.  hist  esp.,  IX,  355),  me  paraît  extrêmement  mal- 
heureuse. D'abord  le  mot  khamis  a  bien  signifié  armée,  mais  jamais 
il  n'a  eu  le  sens  de  liste  des  noms  des  soldats.  En  second  lieu  —  et 
il  est  étrange,  non  pas  que  cette  remarque  ait  échappé  à  Marina  et 
M.  de  Gayangos,  qui  ne  font  pas  attention  à  de  telles  choses,  mais 
qu'elle  ne  se  soit  pas  présentée  à  M.  E.  —  khamis  lui-même ,  dans  le  sens 
d'armée,  appartient  à  une  époque  de  la  langue  beaucoup  plus  ancienne 
que  celle  où  l'on  trouve  employé  le  mot  alcamiz,  c'est-à-dire  que  le 
XIV*  siècle  ;  c'est  «  an  old  term  »  (Lane) ,  et  longtemps  avant  le  XIV* 
siècle  il  avait  cessé  d'être  en  usage  dans  la  langue  ordinaire,  car  je  ne 
parle  pas  de  celle  des  poètes.     Il  y  a  plus:   le  mot  alcamiz  n'a  jamais 

11 


82 

en  droit  de  cilc  en  espagnol;  il  ne  se  trouve  qu'une  fois  dans  la  Cro- 
nica  De  Don  Alfonso  XI ,  où  il  est  donné  comme  un  mot  arabe.  Voici 
ce  passage  (cap.  CCLIV,  p.  450  éd.  Cerdâ  y  Rico):  «Et  este  (un  Ginoes) 
dixo,  que  luego  que  el  Rey  Albohacen  pasô  allende  la  mar,  que  fîzo 
requérir  los  alcamices,  que  es  asi  como  dicen,  los  alardes,  en  que 
fueron  escriptos  los  nombres  de  todos  aquellos  que  pasaron  la  mar,  et 
que  por  aquella  cuenta  fallaron ,  que  de  la  gente  que  pasô  aquende, 
que  menguaban  qualrocientas  veces  mill  personas.  »  Il  est  vrai  que  le 
mot  se  trouve  aussi  cbez  Morgado  [Hist,  de  Sevilla,  fol.  75  6),  cité 
par  l'Académie,  et  cbez  Barrantes  Maldonado  (dans  le  Mem,  hist.  esp., 
IX,  355);  mais  ils  parlent  l'un  et  l'autre  de  la  même  bataille,  celle  de 
Tarifa,  et  ils  le  font  d'après  la  Chronique  d'Alphonse  XI,  que  Morgado 
cite;  ils  sont  donc  dans  celte  circonstance  de  simples  copistes,  et 
comme  je  l'ai  dit,  le  seul  passage  qui  doive  nous  occuper,  est  celui 
dont  j'ai  donné  le  texte.  11  est  fort  possible  que  le  mot  y  soit  altéré, 
et  comme  il  n'y  a  pas  en  arabe  un  terme  qui  signifie  rôle  et  qui  res- 
semble à  alcamiz  y  je  crois  devoir  y  substituer  almaiz  (i.a_*J<),  qui  a 
réellement  ce  sens  ou  qui  du  moins  peut  fort  bien  l'avoir.  L'Académie 
a  déjà  fait  venir  alcamiz  de  ai-mai z ,  qui,  comme  elle  l'observe  avec 
raison,  signifie  alarde  cbez  Alcala  (de  même  dans  le  Kitâh  akhhâr  al- 
'açr,  apud  Mûller,  Die  lelzten  Zeiien ,  p.  3,  1.  16),  et  d'un  autre  côté 
on  a  vu  que  dans  la  Chronique  d'Alphonse  XI  le  mot  dont  il  s'agit  est 
expliqué  par  alarde;  mais  au  lieu  de  croire  avec  l'Académie  que  la 
leçon  alcamiz  est  bonne  et  que  c'est  une  corruption  de  al-maiz ,  je 
suppose  au  contraire,  parce  qu'une  telle  altération  dans  la  langue  parlée 
n'est  pas  vraisemblable,  que  la  véritable  leçon  est  almaiz  et  qu'elle  a 
été  altérée  par  un  copiste.  Ce  qui  me  confirme  dans  cette  idée,  c'est 
que  le  mot  a  aussi  été  altéré,  mais  d'une  autre  manière,  dans  un 
passage  de  la  Chronique  portugaise  d'Alphonse  IV,  cité  par  Moraes  et 
par  Francisco  de  S.  Luiz  [apud  Sousa),  où  on  lit  ceci:  «E  dos  mouros, 
segundo  depois  se  soube  pelos  sens  alcaizes,  que  sam  como  livros 
d'alardo,  e  apuraçoes,  em  que  todos  os  que  passaram  a  Espanha  eram 
escritos,  morreriam  quatrocentos  e  cincoenta  mil.»  Je  ne  suis  pas  à 
même  de  consulter  cette  chronique,  mais  comme  Alphonse  IV  de  Por- 
tugal prit  une  grande  part  à  la  glorieuse  victoire  remportée  sur  les 
Maures  près  de  Tarifa  en  1340,  je  n'hésite  pas  à  croire  qu'il  s'agit  de 


83 

la  mcmc  bataille,  cl  dans  ce  cas  alcaiz  est,  coiniuc  aleamiz ,  une  cor- 
ruplion  de  aimai z ,  mais  une  corruption  plus  légère,  attendu  qu'il  n'y 
a  qu'une  seule  lettre  à  changer.  Quant  au  sens  de  ce  mot,  c'est  pro- 
prement revue  de  soldats  et  la  IP  forme  du  verbe  signille  assez  souvent, 
bien  que  Freytag  n'en  dise  rien  :  passer  des  soldats  en  revue;  voyez 
Alcala  sous  alardear  et  sous  conlar  génie;  Maccarî,  1,  272,  1.  9  ;  II, 
765,  1.  3  a  f.;  Ibn-al-Khatîb  dans  Miiller,  Beitràge,  p.  18,  1.6;  Carias, 
p.  88,  1.  2  a  f.;  p.  115,  1.  9  a  f.;  p.  125,  1.  4  a  f.;  p.  195,  1.  4  a  f.; 
p.  207,  1.  7;  p.  211  med.;  p.  238,  1.4  et  5;  Kitâb  akhbâr  al-açr,  p.  3 , 
1.  14;  p.  4,  1.  2;  mais  comme  alarde ,  qui  est  l'arabe  LPJiii,  signifie 
aussi  revue  de  soldais,  et  qu'il  a  reçu,  comme  on  a  pu  le  remarquer, 
l'acception  de  rôle  où  sont  inscrits  les  soldats,  il  est  tout-à-fait  naturel 
que  son  synonyme  al-maiz  ait  reçu  le  même  sens ,  et  celui  de  contar 
gente,  qu' Alcala  attribue  au  verbe  maiyaza,  sert  d'appui  à  celte  sup- 
position. 

Alcamonias,  alcomènias  [* ,  />^.  alcamonia ,  alcamunia ,  alcomonia] 
(nombre  coleclivo  de  varias  especias  Mar.).  En  arabe  q^^Î  {al-cam- 
mon)  désigne  le  cumin.  Il  se  peut  très-bien  qu'al-cammôntija  ait  été 
en  usage  pour  désigner  des  épiceries  parmi  lesquelles  se  trouvait  le  cumin. 

Alcana  (lieu  où  sont  les  boutiques  des  marchands).  A  Tolède  c'était 
le  nom  d'une  rue  où  étaient  les  boutiques  des  merciers  juifs  (Cobarr.). 
Je  crois  que  ce  mot  n'est  qu'une  altération  de  o'wiL^uJ!  {al-khânât), 
les  boutiques. 

Alca.xavy  a.  pg.  («  linho  canamo,»  SS  Rosa)  de  v^iiiiî  (al-connab  ou 
al-kinnob) ,  du  chanvre.  [*  Plutôt  de  l'adjectif  qui  est  formé  de  ce 
substantif  et  qu'on  trouve  chez  de  Sacy,  Chrest,  ar.,  I,  p.  74,  1.  3  a  f . 
du  texte,  ^^^^1  {al'Connabî  ou  al-kinnabï)]  '. 


l)  Je  crois  que  H.  £.  a  eu  raison  de  ne  pas  admettre  le  mot  alcunce  (pourchas,  pour- 
suite, chasse,  etc.),  qui,  selon  H.  Oiez  (il,  85).  viendrait  de  '^j^aÂiiit.  La  sijjnifîcatiou 
conriendrait  assez  bien,  mais  comme  dans  l'Alexandre  ce  mot  est  encalzo ,  en  prov.  en- 
eauê ,  dans  la  Chanson  de  Roland  encalz ,  enchalz,  et  que  le  verbe  est  dans  l'Alexandre 
à  la  fois  alcanzar  et  encatzar,  en  prov.  encaussar,  dans  la  Cli.  de  Roi.  encalccr ,  en.' 
ckalcer  (voyez  le  glossaire  de  M.  Damas  Hinard  sur  la  Chanson  du  Cid) ,  il  est  certain 
que  la  syllabe  al  est  une  altération  de  la  syllabe  en  et  que  le  mot  vient  du  latin  caU, 
Le  port,  alcanços  i  -'-r-  jf^^  faucons)  ne  vient  p>s  non  plus  de  l'arabe,  comme  l'a 
pense  M,  Diez. 


84 

Alcancia  (boîte  à  cacher  de  l'argent,  tirelire).  En  arabe  ^.A-jCJI  {al- 
canz)  désigne  un  trésor  cachet  et  aussi  la  chose  dans  laquelle  on  cache 
le  trésor.  Je  serais  porté  à  croire  qu'il  a  existé  un  mot  al-canziya 
formé  de  la  même  racine,  et  dont  la  signification  répondait  à  celle  du 
mot  espagnol. 

Algandara,  [^ pg*  alcandora]  («la  percha,  o  el  varal  donde  ponen  los 
halcones  y  aves  de  bolateria»  Cob.).  C'est  l'arabe  s^iJsJUCit  (al-candara) , 
qui  désigne  une  perche, 

Alcandia  (espèce  de  blé)  ? 

"^L'espagnol  a  aussi  candeal  ou  candial,  le  portugais  candil  ou  candial, 
et  comme  ces  mots  désignent  une  espèce  de  blé  qui  rend  le  pain  très- 
blanc,  je  crois  avec  Cobarruvias  et  l'Académie  qu'ils  viennent  de  la 
racine  latine  cand ,  qui  a  donné  naissance  à  candeo ,  candefacio,  candico, 
candidus,  candor,  etc.  Mais  les  Arabes  d'Espagne  ont  emprunté  ce  mot 
aux  Espagnols,  car  P.  de  Alcala  traduit  trigo  candial  par  candial;  c'est 
avec  l'article  al-candial ,  et  de  là  est  venu  l'esp.  'alcandia  y  la  dernière 
lettre  ayant  été  omise. 

Alcandora  («veslidura  blanca,  como  camisa»  Cob.).  Ce  mot  est 
d'origine  berbère,  car  dans  cette  langue  o.^ooiij  (ta-candour-th ,  ou, 
sans  le  prèflxe,  candovr)  signifie  une  chemise  (Marcel).  [*  Voyez  le 
Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  364,  et  ajoutez-y  que  ,.iX-â«5  se  trouve  aussi 
dans  les  Mille  et  une  nuits,  VII,  27  éd.  Habicht].  Par  l'intermédiaire  des 
Arabes  il  s'est  introduit  dans  l'espagnol,  comme  le  démontre  l'article  a/. 

Quant  à  alcandora  dans  le  sens  de  hoguera ,  fuego  para  dar  senal , 
D.  de  Urrea  le  dérive  d'un  mot  arabe  (t  canderetun ,  que  vale  luminaria, 
linterna,  hoguera.»  Un  tel  substantif  arabe  m'est  inconnu,  ainsi  que 
le  mot  calavândar  que  P.  de  Alcala  traduit  par  hoguera  llama  de  fuego. 

*  Comme  selon  Cobarruvias,  on  dit  dans  d'autres  districts  candela 
pour  alcandora,  et  que  candela  vient  de  Jw-jcX-âJs  (candîl) ,  lanterne ,  je 
serais  porté  à  ne  voir  dans  alcandora  qu'une  corruption  du  même  mot 
(al'Candtl,  alcandîla,  alcandîra,  alcandora),  et  je  pense  que  D.  de  Urrea, 
chez  lequel  un  est  la  nunnation  arabe,  comme  Cob.  le  dit  expressément, 
a  voulu  indiquer  le  même  mot. 

Alcanfor,  pg.  alcamphor  (le  camphre),  de  .yLOi  (al-câfôr)  qui  dé- 
signe la  même  chose. 

Alcaistara  de  SjLÂail  (al-canlara) ,  pont. 


85 

Alcaparra  (câpre)  de  ^UXit  ou  ^L>JUî  {aUcahhâr) ,  [*  plutôt  du  nom 
d'unité,  al'Cahhdra,  qu*Alcala  donne  sous  alcaparra].  Bien  que  ce  mot 
arabe  soit  d'origine  étrangère,  l'article  al  démontre  que  les  Espagnols 
ont  tiré  leur  alcaparra  de  cette  langue  et  non  du  grec  axTnrocpiç, 

*  Alcapetor  ou  alcupetor  pg,  (espèce  de  poisson  chez  Gil  Vicente ,  et 
non  alcupretor  comme  donne  Moraes  ;  voyez  le  Glossaire  sur  Gil  Vicente 
dans  redit,  de  Hambourg,  1854)  de? 

*Alcar  pg.  (marrube,  plante)  .de  a,Liiii  (al-câra)  qui,  dans  la  pénin- 
sule ibérique,  avait  le  même  sens;  voyez  Ibn-al-BailAr,  II,  20  et  275. 

Alcaravan,  pg.  alcaravâo  (espèce  d'oiseau,  butor),  de  ^t^^-^i  {al-cara- 
wân) ,  «  nomen  avis  ex  perdicum  génère.  »  Voir  les  Mille  et  une  nuits , 
éd.  Fleischer,  X,  210. 

*  Dans  ce  passage  cet  oiseau  (Charadrius  œdicnemus  L.)  est  tout  sim- 
plement nommé  ;  mais  il  faut  consulter  une  note  de  M.  Lane  dans  sa 
traduction  des  Mille  et  une  nuits ,  III,  82,  n.  5.  Les  Arabes  le  nom- 
ment aussi  Q^^j-j^  (Mille  et  une  nuits,  III,  5  éd.  Macnaghten);  mais 
M.  Pellissier  est  tombé  dans  une  singulière  erreur  quand  il  dit  (Descrip- 
tion de  la  régence  de  Tunis,  p.  451):  «L'œdicnème,  appelé  dans  le 
pays  oiseau  de  Kaïrouan.  » 

Alcaravea  (carvi ,  plante)  de  L^Xîi  (al-carawia)  qui  a  le  même  sens. 

*Alcaraviz  pg,  («cano  de  ferro,  por  onde  se  communica  o  vente  do 
folle  ao  fogâo  da  forja ,  »  Moraes) ,  esp.  alcribis.  u^Aji^àJi  (al-carâbU) , 
plur.  de  al-carabous y  ne  peut  pas  convenir,  car  il  signifie:  la  partie 
élevée  de  l'arçon  de  devant  et  de  derrière  ;  et  comme  les  mots  port,  et 
esp.  désignent,  parmi  les  forgerons,  une  certaine  espèce  de  tuyau,  je 
serais  presque  tenté  d'y  voir  une  corruption  de  al-cawâdîs,  plur.  de 
câdous,  qui,  comme  on  l'a  vu  plus  haut  à  l'article  alcaduz,  signifie 
précisément  tuyau. 

Alcarceûa  (ers,  vesce  noire,  plante)  de  )LX.*^jS.^\,  al-carscna  chez 
Freylag,  mais  al-carsenna,  avec  le  techdld ,  dans  le  man.  de  Leyde  du 
Mosla*înî  (n°.  15,  fol.  67  v") ,  [*  de  même  dans  celui  de  Naples]. 

Alcarciiofa,  alcachofa,  y>^.  alcachofra ,  ital.  carcioffo  (artichaut),  de 
yJ>^j^J,\  (al'khorchouf)  comme  l'écrit  P.  de  Alcala,  tandis  que  dans 
le  lexique  de  Freylag  on  trouve  oui.^JI  (al-harchaf) ,  «carduus  altilis.  » 

"  Dans    le  }fosla'ini    Cnian.   15)    un  trouve    la   forme    hharchof,    mais 


86 

Tauteur  dit:  «Dans  beaucoup  de  livres  j'ai  vu  ce  mot  écrit  avec  le  kh, 
comme  je  Tai  donné  ici  ;  toutefois  la  véritable  orthographe  est  avec  le  h 
et  avec  la  voyelle  a  dans  la  dernière  syllabe.»  Le  kh  est  aussi  chez 
Hœst,  JVachrichten  von  Marokos,  p.  308,  chez  Marcel,  etc. 

Alcaria,  alqueria,  a.  port,  alcheria  (ferme,  métairie),  de  Tarabe 
Xj^ftil  (al-carya)  qui  a  le  même  sens, 

*En  portugais  alcaria  est  aussi  le  nom  d'une  plante  qui  croît  dans 
les  terrains  sablonneux  et  dont  les  feuilles  ressemblent  à  celles  des  vio- 
lettes (Moraes).  C'est  l'arabe  Kj^i  (al-carhja),  «nomen  plantae  nascen- 
lis  in  arenis.  » 

Alcarrada  p^.  (boucle  d'oreille)  de  J^ylîî  {al-corl),  «inauris,»  ou  bien 
d'un  substantif  al-carrâla,  de  la  même  racine. 

"^  Un  tel  substantif  n'existe  pas,  Alcarradas  (car  Moraes  ne  donne 
que  le  plur.) ,  arrecadas ,  et  en  esp.  arracadas  (cf.  arraca),  sont  des 
altérations  de  J^î^^l  (al-acrâl) ,  le  plur.  de  al-corl  ;  alcorde,  qui  est 
formé  du  singulier,  se  trouve,  selon  Marina,  dans  l'ancienne  traduction 
esp.  de  la  Bible,  Juges,  VIII,  vs.  26.  Mais  en  portugais  alcarradas 
signiûe  en  outre:  les  mouvements  que  fait  le  faucon  pour  découvrir  la 
proie  (Moraes).  C'est,  je  pense,  une  corruption  de  l'arabe  oL-Aa-y^J 
{ar^racadhât) ,  plur.  de  ar-racdha,  «motus,  impulsus,»  car  le  verbe 
racadha  signifie  entre  autres  choses:  motitavit  alas  in  volalu  avis. 

Alcarraza  (vaisseau  de  terre,  cruche)  de  jî^-^il  (al-corrâz) ,  «cantha- 
rus,  hydria,»  ou  bien  d'un  substantif  carrâsa  (comparez  albarrada) , 
dérivé  du  verbe  ^jé  (carrasa) ,  rafraîchir.  Du  moins  Cobarruvias  dit 
que  c'est  une  cantarilla  que  sustenta  fresca  el  agua  que  se  echa  en  ella, 
et  de  même  en  provençal  alcarazas  se  dit  d'un  «vase  de  terre  très- 
poreux,  destiné  à  faire  rafraîchir  l'eau»  (Honnorat,  Dictionnaire  pro- 
vençal), 

*La  seconde  dérivation  me  paraît  inadmissible:  d'abord,  parce  car- 
râsa n'existe  pas,  du  moins  à  ma  connaissance;  ensuite,  parce  la  racine 
carasa  et  les  mots  qui  en  dérivent  n'expriment  pas  l'idée  de  fraîcheur, 
mais  celle  d'un  grand  froid  qui  gèle  l'eau;  et  enfin,  parce  que  carasa 
et  ses  dérivés  sont  des  mots  de  l'ancienne  langue,  que  le  peuple  ne 
comprenait  pas  et  que  les  scoliastes  étaient  obligés  d'expliquer  (voyez 
p.  e.  Harîrî,    p.  260    de  la    première    édit.  ;    de    Sacy,  Chrcst.  av.,  II, 


87 

p.  388,  n.  GG  ;  Hamâsa ,  p.  564).  L'autre  dérivalion  me  paraît  au  con- 
traire  la  véritable.  Ordinairement  le  mot  y^t  se  prononçait  al-carrân , 
comme  Talteste  Tibrîzî  dans  son  Commentaire  sur  la  Hamâsa,  p.  17, 
dern.  1.  —  p.  18,  1.  4,  et  comme  de  Sacy  a  fait  imprimer  dans  son 
édition  de  Harîrî,  p.  330,  1.  2,  sans  doule  d'après  de  bons  manuscrits. 
Il  désignait  une  cruche  à  goulot  étroit  *  et  par  conséquent  fort  propre 
à  tenir  Teau  fraîche.  D'après  le  Commentaire  sur  Harîrî  (p«  330),  il 
appartenait  au  dialecte  irâcain,  et  selon  toute  probabilité  les  Arabes 
d'Espagne  l'ont  reçu  des  Irâcains  conjointement  avec  l'objet  qu'il  dési- 
gnait, de  même  qu'ils  recevaient  d'eux  les  belles  bouteilles  (voyez  plus 
loin  l'article  irake).  Comparez  Maccarî,  II,  799,  1.  10,  où  «des  cru- 
ches de  rirâc,»  iû^?^^  vl^^^  sont  nommées  parmi  les  objets  précieux 
qui  se  trouvaient  dans  l'Alhambra. 

Alcabtaz  (emboltorio  de  especias),  de  l'arabe  ^jJihJil\  {aUcarlâs)  qui 
signifie  du  papier  commun  pour  envelopper  (Marc.) ,  cornet ,  papier  roulé 
en  cornet  (Boclb.) ,  alcartaz  (Aie).  Le  mot  arabe  dérive  à  son  tour  du 
grec  xô^^'^^i^' 

*  Le  mot  arabe  cartâs  signifie  proprement,  comme  x^P'^'^i^y  wwe  feuille 
de  papier  y  et  en  ce  sens  il  s'est  conservé  dans  le  portugais,  où  cartaz 
signifie:  charte  écrite  sur  grand  papier,  édit,  diplôme,  sauf-conduit, 
cl  aussi  affiche.  Le  sens  qu'a  l'espagnol  alcartaz  est  aussi  donné  par 
Hélot  (rorwe/);  cf.  Mille  et  une  iiuits,  I,  56,  1.  5  a  f.  éd.  Macnaghten. 

Alcatea  pg.  («manada,  rebanho  de  gado.  Tambem  se  diz  alcatea  de 
lobos,»  Sousa).  C'est  l'arabe  j.>l3iiJI  (al-catV)  qui  signifie  troupeau,  [*  Il 
faut  lire;  iU-i^âil  (al-catVa) ,  qui  a  le  même  sens;  voyez  le  Glossaire 
sur  Edrîsi,  p.  368]. 

*  Alcate>es.  Dans  le  Cancioncro  de  Baena  on  trouve  (p.  549  et  suiv.) 
un  poème  adressé  par  Ferran  Sanches  Calavera  à  Pero  Lopes  de  Avala, 
dans  lequel  il  expose  ses  doules  sur  le  dogme  de  la  prédestination.  Il 
les  compare  constamment  à  une  plaie  qu'il  a  dans  le  cœur,  et  il  désire 
que  l'autre  lui  donne   un   onguent,   un  baume,   pour  la  guérir.     Dans 


1)  Biffei  la  ti^rnification  figutuê  chct  FreyUç,  qui  a  mal  compris  les  paroles  de  Tibrîif, 
p.  18,  I.   4.     Dans  sa  traduction  de  la  IlamAsa  '\,   35,  I.  7)  il  o  évité  cette  erreur. 


88 

sa  réponse,  Pero  Lopes  de  Ayala  s'attache  à  la  même  image,  et  il  dit 
entre  autres  choses  (p.  554): 

E   con  este  inguente  (=  ungûento)  raucho  valdria 

El  alcatenes  de  grant  contriçion, 

E  de  vota  bidma  (=  bizma)  de  la  conffesyon 

Por  mi  consejo  ally  sse  pornia. 
Dans  le  glossaire  on  a  considéré  cet  alcatenes  comme  le  plur.  de  alca- 
ien  —  ce  qui  est  tout-à-fait  inadmissible,  attendu  que  le  verbe  et 
l'article  sont  au  singulier,  «mucho  valdria  el  alcatenes»  — ,  et  on  a 
fait  venir  cet  alcaien  de  l'arabe  ^à>  (khalana),  circoncire.  Je  ne  com- 
prends pas  comment  la  forme  alcatenes  pourrait  venir  de  cette  racine; 
mais  en  outre  la  signification  ne  convient  nullement,  car  «la  circonci- 
sion de  grande  contrition»  est  sans  contredit  un  non-sens.  A  mon  avis, 
le  mot  a  été  altéré  par  le  copiste.  Le  sens  exige  un  terme  arabe  qui 
signifie  la  même  chose  qu'onguent  dans  le  vers  précédent,  et  emplâtre 
dans  le  vers  suivant.  Or ,  Parabe  a  ^^jA  (marham)  dans  l'acception 
à'emplâtre,  et  en  Espagne  ce  mot  se  prononçait,  avec  le  changement 
de  m  en  5,  harham,  car  telle  est  la  forme  que  donne  Alcala  sous  dia- 
quilon  medicina  et  sous  enplasto  para  cerrar  llaga,  avec  l'article  aU 
harham,  ou,  comme  on  peut  prononcer  aussi,  al-barheme^  al-hareme , 
car  le  h  (s)  est  à  peu  près  muet.  C'est  cet  albareme  que  je  crois 
devoir  substituer  à  alcatenes.  Dans  les  anciens  man. ,  le  6  se  change 
facilement  en  c  el  le  r  en  ^,  tandis  que  la  terminaison  eme  a  le  même 
nombre  de  jambages  que  enes.  Quand  on  lit  de  cette  manière,  le  sens 
est  parfaitement  clair. 

Alcatifa,  alquelifa  (tapis,  couverture),  de  XâxLiftJt  (al-cafîfa)  qui  se 
dit  dans  le  même  sens,  comme  l'a  démontré  M.  Dozy,  Dict.  des  noms 
des  vêt.,  p.  252,  n.  1. 

*Alcatra  pg.  («l'extrémité  de  la  partie  charnue  de  l'épine  dorsale 
d'un  bœuf  ou  d'une  vache;  selon  d'autres,  ce  mot  indique  les  deux 
trumeaux  de  derrière  et  les  reins,»  Moraes).  On  voit  que  les  Portu- 
gais ne  connaissent  plus  le  sens  précis  de  ce  mot.  Le  fait  est  que 
l'arabe  «.bai!  (al-catra)  avait  une  signification  beaucoup  plus  générale, 
puisqu'il  signifiait  morceau  (de  viande,  de  poisson,  ou  d'autre  chose). 
Freylag  ne  le  donne  que  dans  le  sens  de  goutte,  et  à  en  juger  par  le 
silence    des    dictionnaires   de    la    langue    moderne,   il   ne   signifie    plus 


89 

aujoiirdliui  morceau;  mais  en  Espagne  il  s'employait  dans  celle  accep- 
tion, car  P.  de  Alcala  le  donne,  avec  le  plur.  ^LIxj  {Idlâr),  sous  les 
mois:  CQcho  par  pedaço,  callo  de  herradura  ()L<^^fjuo  ^  »j^) >  miembro 
a  miemltro  (a^Li  ^h  »j^*)»  pedaço ^  pieça  lo  mesmo  es  que  pedaço,  puesta 
0  pieça  o  pedaço ,  i-ueda  como  de  pescado ,  tajada  de  algo ,  torrezno  de 
focino  (ji>L>  ^^  H.ta3) ,  Iraço  (lisez  iroço)  ;  le  diminulif  cotaira  se  Irouve 
chez  lui  sous  çatico  de  pan,  Ibn-Djobair  (p.  235,  1.  13)  dit  de  même, 
en  parlant  de  la  poix,  qu'après  l'avoir  exposée  à  l'action  du  feu, 
ot_LxJ>  «JyiLifij,  «on  la  coupe  en  morceaux  »  ^  Voyez  aussi  l'article 
suivant. 

*Alcatrate  pg.  («part  of  the  keel  or  boUom  of  a  sliip,»  Vieyra  ; 
«pcça  da  borda  do  navio ,  ou  lancba,  que  encaixa  nos  bracos,  e  fica 
por  baixo  da  tabica,  que  cobre  a  borda,»  Moraes).  C'est,  je  crois, 
otyail!!  (al'Cairât  pour  aUcatarât) ,  le  plur.  du  mot  dont  il  a  été  ques- 
tion dans  l'article  qui  précède,  où  l'on  a  vu  qu'Ibn-Djobair  emploie  ce 
plur.,  litléralement  les  morceaux,  les  pièces. 

Alcaucil,  alcacil,  alcarcil  (carde  bonne  à  manger),  de  al-cabctl,  qu'on 
trouve  chez  P.  de  Alcala  dans  le  même  sens.  N'ayant  jamais  rencontré 
ailleurs  ce  mot  arabe,  je  ne  suis  pas  à  même  d'en  donner  la  tran- 
scription. 

*  Alcaudon  (moquette,  petit  oiseau  qui  sert  d'appeau  pour  allirer 
d'autres  oiseaux  dans  les  filels).  L'Académie  fait  venir  ce  mot  de  cauda, 
parce  que  l'oiseau  qu'il  désigne  a  une  très-grande  queue.  Si  celle 
étymologie  est  la  vérilable,  les  Arabes  ont  emprunté  caudon  aux  Es- 
pagnols, el  le  leur  ont  rendu  augmenté  de  leur  article. 

Alcavallas  a.  pg.  Dans  un  passage  d'une  ancienne  chronique,  cité 
par  S*.  Rosa  dans  le  supplément,  il  est  question  de  barques  chargées 
de  «alcavallas,  e  de  trigo,  e  de  uvas ,  »  et  plus  loin  d'une  «fusla  na 
quai  achârao  muilas  alcavallas,  e  figos,  e  amendoas.  »  S'.  Rosa  pense 
que  c'est  une  espèce  de  fn'ii  s<inM.»lil»'  nnv  <  .ironlw^.  L'élymologie  de 
ce  mot  m*csl  inconnue. 

*Noraes,  qui  rite  le  second  passage,  prend  le  mol  dont  il  s*agit  dans 


1/  SouM  donne:  •  i»  JaiiJî ,  parle  do  rspinhoço  da  lét.  Derivase  do  verbo  Jiii ,  darno 
lado,  ou  no  r»pinha^o.*  Je  rcpreUe  de  devoir  dire  que,  dans  totit  rcla.  il  n'y  a  pas 
un    mrif 


90 

le  sens  de:  argent  provenant  des  alcabalas  («dinheiro  de  Iributos»),  ce 
qui  ne  me  semble  nullement  convenir.   Je  pense  avec  S'*.  Rosa  que  c'est 

le  nom  d'un  fruit,  et  je  crois  que  c'est  8V,t^<iî  (al-caiiivâra) ,  nom  d'unité 
de  al'cauwâr,  que  Bombay  (p.  71)  donne  dans  le  sens  de  melon  d'eau, 
pastèque. 

Alcayata.  Le  Bxcc.  marit.  esp,  (1851)  dit  (apud  Jal,  Glossaire  nau- 
tique): «nombre  que  se  da  â  un  nudo  muy  usado  a  bordo. »  Le  Dict. 
de  l'Acad.  esp.  donne  à  alcayata  la  signification  de  «crochet  ayant  une 
forme  demi-circulaire,  et  fait  pour  soulever  de  terre  les  fardeaux  et  les 
suspendre  en  l'air.»  Suivant  M.  Jal  ce  renseignement  est  inexact:  le 
mot  en  question  désigne  «un  nœud  d'agui ,  un  nœud  fait  avec  un  bout 
de  cordage  pour  serrer  fortement  un  corps,  et  qui  est  enlevé  avec  le 
corps  qu'il  presse  au  moyen  d'un  crochet.»  Je  crois  que  Tétymologie 
décide  en  faveur  de  cette  assertion ,  car  l'arabe  «A-a-s  (caid)  ou  o>La-s 
(qtiiyâd),  d'où  alcayata  tire  son  origine,  dérive  du  verbe  caiyada  qui 
signifie  vinculis  constrinxil, 

Alcazaba  ,  pg,  alcaçova  (forteresse) ,  de  K.A-AaJiJî  (al-caçaba)  qui  a  le 
même  sens. 

Alcazar  (château ,  citadelle)  de  ^.Aajlll  (al-caçr) ,  château. 

Alcazuz , /?(/.  alcaçuz  (réglisse,  plante),  corruption  de  y^^^v  ^^^  Çtrc- 
sous);  comparez  l'article  sur  le  mot  orozuz,  qui  a  le  même  sens. 

Alchatin  «es  el  lugar  que  esta  sobre  el  salvonor,  debaxo  de  los  ri- 
ûones,»  Gutierr.  de  Toledo,  p.  4,  c.  5.  Marina,  à  qui  j'emprunte  ce 
passage,  retrouve  ["avec  raison;  voyez  Avicenne,  I,  15  éd.  de  Rome] 
dans  alchatin  l'arabe   ^^ûiî  (al-catan),  «quod  inler  duas  est  coxas.  » 

*  Alchaz.  On  lit  dans  une  donation  de  Rudesind  (apud  Yepes,  V,  fol. 
424  r) ,  de  l'année  942  (car  telle  est  la  date  véritable  ;  voyez  Esp, 
sagr..  XXXVII,  p.  273):  «casulas  silineas  X,  alias  casulas  XIH,  quin- 
que  de  alchaz.»  C'est  l'arabe  j^l  {aUkhazz),  espèce  de  soie,  et  il 
faut  lire  de  même  dans  une  donation  de  l'année  951,  où  le  texte, 
publié  dans  Y  Esp.  sagr,  (XXXIV,  455,  1.  5),  porte:  «quarla  (casula) 
de  albaz  simililer  amarella.» 

Alcoba,  it.  alcova,  fr.  alcôve  (cabinet),  de  'îijJsà\  (al-cobba)  qui  se  dit 
dans  la  même  acception. 

*  Freytag  a   négligé   de   noter   ce  sens    de    cohha,   mais  M.  Lane  dit 


91 

{The  Ihousand  and  one  i^ig/iiSj  I,  231)  qu'il  désigne:  «a  closel  or  siuall 
chaïuber  adjoining  a  saloon ,  »  et  Nowairî  (UisL  d'Espagne,  inan.  2  A, 
p.  450)  l'emploie  dans  celle  acception.  Plus  loin ,  je  donnerai  un  arti- 
cle sur  akubiUa. 

*  En  esp.  alcoba  signiOe  en  outre  la  châsse  d'une  balance,  le  morceau 
de  fer  par  lequel  on  soulève,  on  soutient  une  balance,  lorsqu'on  pèse 
quelque  chose  («la  caja  û  manija  del  peso  de  adonde  pende  la  balanza, 
y  en  que  se  rige  el  fiel»  Acad.).  C'est  le  même  mol  arabe,  pris 
dans  un   sens  qu'on   ne    trouve   pas  non  plus   chez    Freylag    (comparez 

toutefois  ce  qu'il  donne  sous  w^) ,  mais  bien  chez  P.  de  Alcala ,  qui 
traduit  manija  del  peso  par  cûbba,  pi.  quibêb  (chez  Berggren  châsse  à 
balance  est  qUîmJÎ  v^,  qabb  el^mizân).  Le  jurisconsulte  Abou-Yahyâ 
ibn-Djamà'a  de  Tunis  {apud  al-Cabbâb,  man.  138  (2),  fol.  118  r") 
l'emploie  en  ce  sens  quand  il  dit:  ^Lm*.J  ^.j-^j  q^  oj-^^  ls^  T^-  ^ 
qÎ^aJI  K^  ^  Jax*j  ^\  j»j.JLj  U3î^  oIjî^U  «quand  on  pèse  quelque 
chose,  il  n'est  pas  nécessaire  que  la  languette  sorte  de  la  châsse,  mais 
elle  doit  y  être  d'aplomb.  ■ 

*  Anciennement  alcoba  avait  encore  un  troisième  sens ,  car  on  lit  dans 
le  Fuero  de  Madrid  de  l'année  1202  (dans  les  Memor,  de  la  Acad., 
VIII,  43  a):  «De  farina  pesar,  iudeo  vel  christiano,  qui  farina  pesaret, 
en  alcoba  peset  ;  et  si  en  alcoba  non  pesaret,  pectet  X.  m^,  si  exierit 
de  alcoba,  à  los  liadores.  »  Selon  l'éditeur,  M.  Cavanilles  (voyez  ibid., 
p.  5),  alcoba  signifie  ici:  «peso  publico,»  balance  publique,  balance 
approuvée  par  l'autorité  et  dont  tous  les  marchands  sont  obligés  de  se 
servir.  Celte  explication  est  sans  doute  la  véritable.  C'est  l'arabe  qL-aIÎ 
{al'Cabbân) ,  qui  vient  du  persan  qL-*-^  (capan).  et  que  Freylag  traduit 
par  slatera  maior.  Selon  Ibn-Batouta  (III,  597),  la  balance  s'appelait 
ainsi  dans  l'Inde  ;  mais  le  mot  n'était  pas  seulement  en  usage  dans  ce 
pays  éloigné,  et  aujourd'hui  encore  on  l'emploie  en  Egypte  et  ailleurs, 

car  B(Klhor  donne:  grande  balance,  xJLIï  ,  et  selon  M.  Lane  {Modem 
Eggplians,l,S3),  la  personne  chargée  de  peser  les  marchandises  sur  le 
marché,  s'appelle  au  Caire  ^lÂk  (cabbànî).  C'est  sans  doute  par  l'in- 
fluence de  alcoba  dans  le  sens  de  cabinet  et  de  châsse  d'une  balance, 
i\\i*aUcabbdn  a  été  changé  en  alcoba,  car  il  n'a  rien  de  commun  avec 
l'arabe  al-cohba. 


92 

Alcoceifa  («silio,  baiiTO,  ou  casa,  em  que  viveni  as  nieretrizes» 
S\  Rosa  dans  le  supplément,  document  de  Tannée  1158).  En  arabe  le 
verbe  ^àxaS  (caçafa)  signifie  sallavit  cum  clamore ,  le  subst.  caçf  (Mac- 
carî,  I,  412,  438)  saltatio  cum  clamore,  et  macçaf  se  dit  d'un  locus 
amœnus  sed  abditus ,  qtiem  adeunt,  qui  compotalionibus  et  bacchanalibus 
libère  indulgere  cupiunt.  —  Je  serais  porté  à  croire  qu'un  substantif 
arabe  AàxAaJiii  (al'coceifa) ,  dérivé  du  même  verbe  et  désignant  un  lieu 
de  débauche,  a  donné  naissance  au  mot  portugais  en  question.  —  Quant 
à  alcouce  qu'on  trouve  cliez  S^  Rosa  dans  le  même  sens  [*  et  qui  au- 
jourd'hui encore  signifie  bordel] ,  il  me  semble  être  une  altération  de 
alcoceifa,  dont  on  aura  retranché  la  dernière  syllabe. 

Alcofa  (panier)  de  iCàiiil  {al-coffa)  qui  a  le  même  sens. 

Algohela  (espèce  de  plante)  de  ^xjs^XJî  (al-cahila)  ou  de  son  dimi- 
nutif fl/-coAei7a,   «borago  officinalis,»  Ibn-al-Baitâr ,  II,  351. 

*  Alcohela  en  esp.  ne  signifie  nullement  borago  officinalis,  c'est-à-dire, 
bourrache,  mais  chicorée.  Chez  les  botanistes  arabes  je  ne  trouve  pas 
de  coheila  qui  ait  cette  acception,  et  il  paraît  que  c'est  un  provincia- 
lisme, car  à  en  juger  par  les  paroles  de  Cobarruvias,  le  terme  n'était 
en  usage  qu'à  Tolède.  Ce  lexicographe  a  aussi  fort  bien  expliqué  l'ori- 
gine du  nom,  qui  signifie  proprement:  la  pelile  noire:  on  l'a  donné  à 
la  chicorée  à  cause  de  sa  semence  noire. 

Algohol,  [*a,  arag.  alcofol,  Acad.],  cataL  alcofoll,  de  J^j5:uCl!  (al-cohl) 
qui  désigne  l'antimoine  avec  lequel  les  femmes  en  Orient  se  teignent 
les  paupières. 

*  «Le  cohol  est  la  galène  ou  sulfure  de  plomb;  ce  qui  a  été  reconnu 
d'ailleurs  sur  un  échantillon  que  j'ai  apporté.  C'est  à  tort  que  plu- 
sieurs auteurs  ont  traduit  «le  mot  cohol  par  antimoine,»  Prax,  Commerce 
de  r Algérie,  p.  29.  Au  reste  je  renvoie  à  la  savante  dissertation  que 
M.  Mahn  a  consacrée  à  ce  mot  et  à  ses  différentes  acceptions  (EtymoL 
Unters.,  p.  107—109). 

Alcolla  (grande  cruche)  de  l'arabe  A-LiiJî  (al-colla)  qui  signifie  la 
même  chose  et  aussi  ime  mesure  d'huile;  voyez  la  note  de  M.  Dozy, 
Recherches,  I,  546  de  la  première  édition. 

Alcor  (colline)  de  ^j.a*l  (al-côr),  le  pluriel  de  s^Loil  (al-cârà),  «coUis.» 
Ce  n'est  pas  le  seul  exemple  d'un  mot  arabe  qui  s'est  introduit  dans 
l'espagnol  sous  la  forme  du  pluriel;  [*con)parez  l'Jntrod.,  p.  28,  n'\  5]. 


95 

Alcora  (globe,  sphère)  de  yyCJt  (al-corà)  qui  désigne  la  même  chose. 

Alcoran  ,  pg,  alcorao  (le  Coran) ,  de  ^\M  (al-cor'ân) ,  du  verbe  cara*a 
qui  signifie  Are,  réciter, 

Alcorci  («joyel,  ù  olro  adorno  de  muger»  Acad.).  Marina  dérive  ce 
mol  de  )L^jSJ\  (al-corsa) ,  «fibula.»  Le  changement  de  Va  final  en  t 
me  semble  inadmissible.  C'est  ce  qui  me  fait  douter  de  la  vérité  de 
celle  élymologie. 

*  Il  y  a  mille  autres  bonnes  raisons  pour  ne  pas  Tadmellre ,  et  nous 
ne  nous  en  occuperons  pas.  Alcorci  est  un  vieux  mot  et  qui  se  trouve 
seulement,  aulant  que  je  sache,  dans  le  testament  de  Pierre-le-Cruel , 
publié  par  Llaguno  Amirola  à  la  fin  de  son  édition  de  la  Cronica  de 
Don  Pedro  par  Ayala.  Le  roi  y  nomme  (p.  562,  1.  12)  parmi  les  pier- 
res précieuses,  les  perles,  etc.,  dont  se  composait  un  alhaite  ou  collier: 
«quatro  alcorcîs  doro  esmallados,»  et  plus  loin  [ihid.,  1.  18),  où  il  est 
question  d'un  autre  alhaite ,  on  retrouve  les  mêmes  mots.  Cet  alcorci 
ne  peut  être  rien  autre  chose  que  l'arabe  ^^*^J^\  {al-corsl),  siège,  qu'en 
espagnol  on  transcrivait  constamment  de  celte  manière,  qui,  du  reste, 
est  très-bonne.  Ainsi  la  constellation  de  Cassiopée,  qui  en  arabe  s'ap- 
pelle ,^^^.^i^  o\3  (=  Inthronata),  est  nommée  dans  les  Libros  de  Astro- 
notnia  d'Alphonse  X  (1,  15)  decalcorci  (lisez  delalcorci);  autre  exemple, 
ibid.y  I,  168;  voyez  aussi  Mem.  hist.  esp. ,  V,  430.  Il  est  vrai  que 
le  sens  ne  semble  nullement  convenir;  mais  Llaguno  Amirola,  qui, 
dans  ses  notes  sur  ce  testament,  se  montre  très-bien  informé  sur  ces 
sortes  de  matières,  sans  doute  parce  qu'il  a  consulté  ou  fait  consulter 
des  Africains,  remarque  ceci:  «Les  femmes  chez  les  Maures  donnent 
le  nom  de  curci  ou  corci  à  de  petites  pièces  d'argent  ou  d'or,  qu'elles 
ont  dans  leurs  colliers.  Il  y  en  a  de  diverses  figures;  mais  ordinaire- 
ment elles  ont  la  forme  de  coussins,  et  c'est  de  là  qu'elles  tirent  leur 
nom,  attendu  que  les  coussins  de  lit  et  d'esirade  s'appellent  corci,  ^^ 
Je  n'oserais  pas  allîrraer  que  cor  si  a  été  rendu  exactement  par  coussin 
(almoada),  mais  au  fond  cette  explication  est  sans  doute  la  véritable. 

Alcorqub.  Suivant  Diego  de  Urrca ,  ce  mot  vient  de  l'arabe  ^  JUI 
[al'Corc)y  qui  désigne  une  sandale  avec  la  semelle  de  liège.  L'étymologie 
de  ce  mot  arabe  m'est  inconnue.  Il  me  faut  avouer  la  même  chose  à 
l'égard  de  alcornoque  (l'arbre  appelé  liège).  Cependant  je  serais  porté  à 
croire  que   l'arabe  cortkha,   qu'on  trouve  chez    F.  de  Alcala  aux   mots 


94 

alcornoqxie  et  corcha  o  corcho  de  alconorque ,  n'est  qu'une  altération  du 
latin  cortex.  —  Le  mot  chirque  par  lequel  Aie.  traduit  roble  arbol  y 
madera,  et  enzina  de  grana  o  coscoja  est  également  obscur.  Peut-être 
dérive-t-il  du  latin  quercus.  Voyez  M.  Dozy ,  Dict,  des  noms  des  vêt. , 
p.  53,  3(Î5. 

Alcorza  (pâte  très-blanche  de  sucre  et  d'amidon,  dont  on  fait  toutes 
sortes  de  figures)  de  xyo.aiî  {aUcorca)  qui  désigne  des  pastilles. 

*  (joVj_»l ,  plur.  de  {jo^-ï  (corç) ,  a  ce  sens ,  et  M.   Sanguinetti  donne 

(dans  le  Journ.  asiat.  de  1866,  t.  I):   «i,25UlJjî  (jol^ïi,  pastilles  rougeâ- 

tres,  où  entre,  dit-on,  un  fruit  qui  croît  dans  l'Inde  et  dans  quelques 
parties  de  la  Syrie.»  Proprement  corç  et  corga  désignent  plusieurs 
choses  rondes:  un  petit  pain  rond,  —  un  morceau  d'ambre  rond  (Mille 
et  une  nuits,  I,  44  éd.  Macnaghten),  —  une  marquette  ou  pain  de  cire 
vierge  (Alcala:  pan  de  cera,  .^  ^  ^^/)  >  —  et  même  le  disque  du 
soleil;  mais  l'idée  de  rondeur  s'est  peu  à  peu  perdue,  et  ces  mots  ont 
reçu  le  sens  de  pâte,  comme  le  montre  l'esp.  alcorza,  en  port,  alcorça 
et  alcorce,  et  le  témoignage  de  Berggren  (p.  266),  selon  lequel  X.aôJ> 
^3^^l  signifie  aujourd'hui  massepain.  Dans  les  Mille  et  une  nuits  (I, 
57  éd.  Macnaghten)  les  iC;ô^4-yo^  '»^^j"H^  (jot^î  (l'édition  de  Habicht,  I, 
149,  a  seulement  K-ô^U  u^î^ît)  sont  nommés  parmi  les  choses  qu'on 
mange  au  dessert. 

Alcotan  (oiseau  de  proie,  «esmerejon»  Cob.  [*  «mayor  que  el  esme- 
rejon»  Acad.])  de  j»LLiiUî  (al-catâm)  ou  ^\hsS\  (al-cotâmî),  «accipiter.  » 

*Alcotana  (hachette,  décintroir,  instrument  de  maçon)  semble  être 
une  altération  de  ia:Lyiiî  {al-cotâ'a) ,  que  Freytag  n'a  pas ,  mais  qui , 
selon  Quatremère  {Hist.  des  sultans  maml.,  I,  2,  3),  signifie:  un  pic  ou 
un  autre  instrument  tranchant;  et  je  trouve  chez  Berggren  sous  marteau: 
«  marteau  et  hachette  à  la  fois,  Xdbi  (cataa).  »  C'était  certainement 
un  instrument  de  maçon,  car  Macrîzî  dit:  «Ce  prince,  lorsqu'il  reçut 
cette  dépêche,  était  debout  sur  le  rempart  de  Kaisarieh,  travaillant  en 
personne  à  la  démolition  de  ce  mur,  et  tenant  une  cotâ'a,*  Quatre- 
mère prononce  catlâ'a,  et  Berggren  cataa,  mais  en  Espagne  on  semble 
avoir  dit  cotâ'a.  Hurabert  (p.  84)  donne  micta\  qui  vient  de  la  môme 
racine  cata'a,  couper,  dans  le  sens  de  hache. 

Alcouce  pg.     Voyez  alcoceifa. 


AixnEBiTE  (du  soufre)  de  vi^o^y-Xil  {al-quibrU)  qui  a  le  môme  sens. 

*  Alcroco  (safran,  crocus)  est  le  mot  latin  que  Habbi  Yehouda  ben- 
Koreich  {Epistola  ad  synagogam  Judaeovum  civiiatis  Fez  de  sludii  Tar- 
gum  uiiliiate,  p.  105,  1.  15  éd.  Barges  et  Goldberg)  écrit  onj,  et  qui, 
par  conséquent,  est  y^/  en  arabe,  avec  Tarticle  arabe. 

*  Alcuba.  Dans  l'inventaire  des  biens  d'un  évêque  de  Vich,  dressé  dans 
Tannée  1243  et  publié  par  Villanueva  (Viage  literario,  VII,  253),  on  lit: 
«  Prelerea  babemus  in  nostro  palacio  Vici  unam  alcubam.  Et  habemus 
apud  Valenciam  in  domibus  noslris  aliam  alcubam  maiorem  et  pulcrio- 
rem  illA  alià  prediclà.«  C'est  Tesp.  cuba  (cuve,  tonneau),  que  les  Ara- 
bes avaient  adopté,  car  Alcala  traduit  ciibero  (tonnelier)  par  caguâb,  et 
qui,  comme  on  voit,  est  retourné  dans  l'espagnol,  augmenté  de  l'arti- 
cle arabe. 

*  Alcubilla  (terme  de  Grenade,  réservoir,  cbâteau  d'eau).  C'est  le 
dirainutief  espagnol  de  'iLjJL1\  {al-cobba  ou  al-coiibba) ,  que  nous  avons 
déjà  rencontré  plus  haut  (voyez  l'article  alcoba). 

AlcuiIa  ,  pg,  alcunha  («el  origen  6  ascendencia  de  familia  6  linage, 
6  la  hazana  famosa  de  donde  se  toma  el  nombre  ù  apellido,  que  recuer- 
da  algun  becho»  Acad.)  de  aa-l^î  [al-coumja)  qui  signiûe  non-seule- 
ment surnom,  mais  encore  renonbre  de  linaje  (Aie).  Cette  dernière 
acception  manque  dans  les  lexiques.  Le  mot  valencien  conill,  que  Rôs 
traduit  par  linage  y  dérive-t-il  de  même  de  l'arabe  counya? 

*  Celle  dernière  phrase  provient  d'une  singulière  erreur.  Rôs  a  noté, 
dans  son  Dictionnaire  valencien ,  quelques  noms  de  familles  nobles  en  y 
ajoutant  le  mot  linage  (famille),  entre  autres  celui  de  Conill;  on  voit 
donc  que  conill  n'est  nullement  un  mot  valencien ,  mais  le  nom  d'une 
famille  valencienne.  —  Quant  à  Tétymologie  de  alcuna,  elle  exige  quel- 
ques explications,  car  M.  Diez  (II,  86)  croit  bien  que  alcuho,  surnom 
(mot  que  M.  E.  a  oublié,  de  même  que  TAcad.),  vient  de  Tarabe,  mais 
|>our  ce  qui  concerne  alcuna^  lignage,  il  pense  qu'il  vient  plutôt  du 
gothique  kuni,  gén.  kunjis,  dat.  hunja,  genus ,  attendu  que  le  surnom, 
c'est-à-dire,  le  surnom  composé  avec  Abou,  change  avec  chaque  individu 
el  n'a  rien  de  commun  avec  l'idée  de  lignage.  Je  reviendrai  tantôt 
sur  celte  dernière  considération;  mais  si  l'étymologie  de  M.  Diez  est  la 
vraie,  d'où  vient  alors  la  syllabe  al?  M.  Diez  a  oublié  de  nous  l'ap- 
prendre.    En  second  lieu,  le  portugais  alcunha  ne  signifie  pas  lignage. 


96 

comme  le  prétend  ce  savant,  mais  surnom  (voyez  Moraes,  qui  donne 
beaucoup  d'exemples),  comme  counya  en  arabe,  et  i'esp.  alcuna ,  qui 
n'en  diffère  que  par  l'orthographe ,  a,  selon  toute  apparence,  la  même 
origine.  Le  fait  est  que  M.  Diez  n'a  pas  bien  compris  counya.  Ses 
connaissances  de  l'arabe  se  bornent  à  ce  qu'il  peut  trouver  dans  le 
lexique  de  Freytag;  mais  cette  fois  ce  livre  aurait  pu  lui  suffire,  car 
s'il  l'avait  consulté  avec  attention,  il  y  aurait  vu  que  counya  ne  signi- 
fie pas  seulement  le  surnom  composé  avec  Abou  (père),  mais  aussi  le 
surnom  composé  avec  Ibn  (fils);  chez  Alcala  nonbre  tomado  del  padre, 
cimia.  Or  les  surnoms  composés  avec  Ibn,  tels  que  Ibn-Omaiya,  Ibn- 
'Abbâd,  Ibn-al-Ahmar,  Ibn-Khaldoun,  etc.,  etc.,  car  on  peut  les  compter 
par  milliers ,  sont  de  véritables  noms  de  famille  ;  ils  n'indiquent  pas 
que  le  père,  mais  qu'un  des  illustres  aïeux  de  l'individu  dont  il  s'agit 
s'appelait  Omaiya,  'Abbâd ,  etc.,  et  quand  on  prend  counya  en  ce  sens, 
la  signification  de  I'esp.  alcuna  s'explique  d'elle-même. 

Alcuza  (cruche,  vase  à  l'huile)  de  b^^XJi  (a/-coM>sa)  que  Bocthor  traduit 
par  cruchon. 

*  Au  moyen  âge,  ce  mot  s'employait  aussi  sans  l'article  arabe,  car 
on  lit  dans  une  donation  de  l'année  998  {Esp,  sagr.,  XL,  409):  «vasos 
vilreos,  eouza  {lisez  couza)  Irake,»  c'est-à-dire,  une  cruche  faite  dans 
rirâc  (voyez  plus  haut  l'article  alcarraza  et  plus  loin  l'article  irake). 

Alcuzcuz  5  alcuzcuzu  ,  alcoscuzu ,  de  y^-^JL^jCJ!  (al-couscous)  [*  ou 
^amJ^^^]  {al'couscousoii) ,  Ibn-Batouta,  IV,  394,  Checourî,  Traité  sur 
la  dyssentene  catarrhale,  man.  331  (7),  fol.  193  r°,  Alcala  sous  hormigos 
de  massa],  qui  désigne  une  sorte  de  mets  très-usité  en  Barbarie. 

Aldaba,  pg.  aldrava  (le  verrou  d'une  porte,  le  loquet),  de  iLA.A23Jt 
(adh-dhabba)  qui  signifie  chez  Freytag  «repagulum  ferreum»  et  que 
M.  Lane,  dans  la  longue  description  qu'il  en  donne  {Modem  Egyptians, 
I,  2b),  traduit  par  serrure  de  bois.  —  Voyez  pour  le  /,  qui  n'est  pas 
celui  de  l'article  arabe,  p.  23,  n^.  4  de  l'Introduction. 

*  Aldabia  (solive,  poutre)  de? 

"^  Aldaca  (pas  dans  les  dict.)  signifiait:  «pécha  que  pagaban  los  moros 
de  Fontellas  à  su  seilor,  y  se  reducia  à  la  espalda  de  cada  carnero;» 
voyez  Yanguas,  Antigiiedades  de  Navarra,  I,  28,  515  dans  la  note,  II, 
628.     Est-ce   une  corruption   de    al-aclâf,  pi.   de   quiff,   épaule  F     Elle 


97 

serait  bien  forle,  j'en  conviens,  mais  Alcala  traduit  ainsi  espaîda  como 
de  camero  et  c'est  le  mot  ordinaire  pour  épaule, 

Aldba  (bourgade)  de  iùuycaJI  {adh-dhei'a)  qui  a  la  même  signification. 

^  Aldbbaran.  En  arabe  celle  éloile  s'appelle  ^^t^-jO-Ji  (ad-debarân). 
Dans  les  Libros  de  Astrotiomia  d'Alphonse  X  on  trouve  (I,  65)  aldebaran 
comme  le  mol  arabe,  mais  plus  loin  (I,  144)  addevaran.  Dans  la  pre- 
mière forme,  le  /  est  euphonique;  voyez  Tarticle  suivant. 

Aldiza  (espèce  de  jonc)  [*  de  jC^-jJl-j!  (ad-dtsa) ,  nom  d'unité,  donné 
dans  le  Glossaire  sur  Edrîsî  (p.  303),  de  ad-dts].  Jonc  se  nomme  en 
arabe  ^,^ù  (dis)  [*  et  non  pas  dais,  comme  donne  Freytag  ;  voyez  le 
Glossaire  sur  Edrîsî] ,  mais  avec  l'article  on  dit  ad^dts  et  non  al-dts. 
Ainsi,  pour  en  dériver  le  mot  espagnol  en  question,  il  faut  supposer 
que  le  /,  qui  précède  le  c/,  est  euphonique.  Cf.  p.  23  de   l'Introduction. 

Alecrim  (romarin)  de  J^Jb"^!  (al-iclil) ,  «rosraarinus  officinalis ,"  Ibn- 
al-Bailâr,  I,  72. 

*  Alefangimas,  alephanginas  (pilules  purgatives  faites  avec  différents 
aromates).  Je  trouve  aussi  ce  mot,  mais  écrit  d'une  manière  un  peu 
différente,  dans  la  relation  flamande  d'un  voyage  en  Orient  fait  en  1481 
(Tvoyage  van  Mher  Joos  van  Ghistele),  L'auteur  y  conseille  (p.  2)  à 
ceux  qui  veulent  entreprendre  un  tel  voyage,  de  se  munir  de  «pillen 
van  alphaginen.  »  Les  recherches  que  mon  savant  collègue,  M.  Evers, 
professeur  en  médecine  à  notre  université,  a  bien  voulu  faire  à  ma 
demande,  ont  montré  que  les  pilules  dites  alephanginas,  elcphanginae 
ou  alophanginac  étaient  fort  en  usage  au  XVI«  et  au  XVI^  siècle,  et 
qu'actuellement  encore  elles  se  trouvent  dans  la  pharmacopée  de  Wur- 
temberg (pilulae  aloephanginae).  Elles  ont  été  inventées  par  Lampon 
de  Péluse  (voyez  Galien,  XIII,  564  éd.  de  Paris);  mais  Mésué  les  a 
perfectionnées  et  s'est  attribué  l'honneur  de  leur  invention  ;  voyez  Jo- 
annis  Mesuae  Damasceni  De  re  medica  libri  très  y  lacobo  Sylvio  Medico 
interprète,  Paris,  1561,  fol.  159  v".  —  Quant  à  l'origine  de  ce  terme, 
le  Dict.  de  l'Acad.  esp.  dit  ceci:  «Selon  l'origine  arabe,  ces  pilules  de- 
vraient s'appeler  alephagginas  ;  mais  l'usage  a  changé  l'un  des  ^  en  n, 
pour  faciliter  la  prononciation.  »  Les  académiciens  semblent  donc  avoir 
connu  l'origine  du  mot;  cependant  cette  apparence  est  peut-être  trom- 
peuse. Chez  Mésué  le  terme  ne  se  trouve  pas;  on  lit  bien  sur  la  marge: 
PU.  alephanginae,  mais  ces  paroles  semblent  de  Sylvius,  le  traducteur; 

13 


98 

Wésué  lui-même  n'a  que  «  calapotia  aromatica,»  et  peul-êlre  le  terme 
qui  nous  occupe  est-il  une  altération  de  ^-J.L_:'::^i  (al-efâivili) ,  qui  en 
arabe  signifie  aromates. 

*  Alefris,  pg.  alefriz  (lermc  de  marine,  mortaise,  entaille  faite  à 
une  pièce  de  bois  pour  l'assembler  avec  une  autre).  L'Académie  et 
Vieyra  donnent  ce  mot  au  sing.,  mais  Moraes  ne  l'a  qu'au  plur.,  alefri- 
SCS f  et  Tétymologie  démontre  que  c'est  mieux,  car  c'est  évidemment 
ui^L-ft-JI  {al-firâdh  ou  al-ferâdh ,  al-feridh  selon  la  prononciation  des 
Arabes  d'Espagne,  par  transposition  al-efrîdh) ,  plur.  de  fardh,  qui 
signifie  précisément   «incisura,  crena»   (Freylag),  entaille  (Boclhor). 

Aleli,  alheli,  albaili  (giroflée),  de  j^^-^Jî  (al-khirt),  qu'on  pronon- 
çait au  Magreb  al-khailî,  Dombay,  §  12  /  [*  par  euphonie,  parce  que 
le  k/iâ  précède;  Cherbonneau  dans  le  Journ.  asiat.  de  1861,  II,  562], 
et  que  Boctbor  traduit  par  giroflée  jaune. 

Alerze  (espèce  d'arbre,  cèdre)  de  Hj.':^]  (al-arza  ou  al-erze),  «cèdre» 
lîoclhor. 

Aletria  (espèce  de  vermicelle)  de  \^J^^\  (al-'ilnya)  qui  désigne  la 
même  chose. 

Alexixas  (espèce  de  bouillie  faite  avec  de  la  farine  d'orge)  de  ^a^:^1\ 
[al'djecinch) ,  farine  de  froment  cuite  avec  de  la  viande  ou  avec  des 
dattes. 

*  Celte  élymologie  n'est  pas  tout-à-fait  exacte,  car  dans  l'Ouest  on 
ne  disait  pas  al-djeclnchf  mais  ^J^,j^Xij^\,  ad-dechich.  C'est  ce  qui 
résulte  des  paroles  d'al-Cabbâb,  de  Fez,  dans  son  Commentaire  sur  le 
Traité  d'Abou-Yahyâ ,  de  Tunis ,  qui  roule  sur  les  ventes  et  les  achats. 
Ayant  trouvé  dans  l'auteur  qu'il  explique  ^yJ^\  J^j.X;.j^l\ ,  «le  dechîch 
cuit,»  il  dit  (man.  138  (2),  fol.  78  r°):  KJULii  ^i  tJLol^  j^^Ji^o^l]  Ut^ 
^.A.5  Ol^-^  -A.£:  Lâ;<vId  NJL<^l3  ^^^  (^-f:^^^^  lA^-^^-Î^  »  «  Lc  uiot  dechick 
vient  de  celui  qui,  dans  la  langue  classique,  est  djechtch,  avec  le  djtni; 
on  appelle  ainsi  l'orge  quand  elle  n'a  été  moulue  que  jusqu'à  un  certain 
point»  (comparez  dans  l'Acad.  sous  alexijas:  «la  cebada  quebrantada  y 
média  molida»).  Cette  forme  est  aussi  la  seule  que  donne  P.  de  Alcala 
sous  fresadas  de  cevada  {.^^  ^^  ^J^.XiS)  et  sous  ordiale  para  dolientes. 
De  nos  jours  elle  est  aussi  en  usage,  car  M.  Prax  (dans  la  Revue  de 
VOrient  et  de  VAlg.,  VIII,  348)  écrit  adchicha  (du  blé  concassé  et  pré- 
paré  comme  le   riz,    avec   de    l'acbe).     Il   faut  donc    dire  que  alexixas 


vient  lie  ad-dvchkha  (Freylag  cl  Laiie  (sous  i;.;i.-A-^->)  doiinenl  celle 
forme) ,  et  que  le  (i  a  été  changé  en  /.  Eu  effet ,  ces  deux  lettres  se 
pennulenl  ;  ainsi  le  verbe  qui  aujourd'hui  est  dejar  (laisser),  était  an- 
ciennement aussi  lejar. 

*  Alfaba  ou  alhaba  (petite  mesure  de  terrain)  semble  être  Ka^I  {al- 
habba) ,  grain ,  et  aussi  pelile  partie  d'une  chose  ;  mais  en  arabe  je  ne 
le  connais  pas  dans  le  sens  qu'il  avait  en  espagnol. 

Alfacb  pg.  (laitue)  de  ^j*.^\  {al-h/iass) ,  «lacluca.» 

*  Alfaços  pg.  (espèce  de  champignon).  Ce  mot  semble  peu  usilé 
(Moraes  le  donne  d'après  Bluleau)  et  la  véritable  orthographe  me  paraît 
être  alfacos  sans  cédille.  Dans  ce  cas,  c'est  ^m1\  {nl-fac'),  qui  signifie 
champignon.  D'après  Moraes,  l'espèce  de  champignon  indiquée  par  le 
mot  portugais  a  le  chapeau  rouge,  et  le  verbe  ^5  {faqiii*a) ,  ainsi  que 
ses  dérivés ,  signifie  précisément  être  rouge. 

*Alfada  b.  lai,  (pas  dans  Ducange).  Dans  le  Fuero  donné  par  Al- 
phonse VII,  dans  l'année  1118,  aux  Mozarabes,  aux  Castillans  et  aux 
Français  de  Tolède,  et  publié  par  M.  Muûoz  (Fiteros ,  ï,  p.  365).  on 
lil:  «De  cetero  vero  si  aliquis  homo  ceciderit  in  homicidium,  aul  ali- 
quem  livorem  absque  voluntale,  et  probatum  fuerit  per  veridicas  lesli- 
monias,  si  fideiusorem  dederit,  non  sit  relrusus  in  carcerem,  et  si 
Hdeiusorem  non  habuerit,  non  feratur  alicubi  extra  Toletum,  sed  lan- 
tum  in  Tolelano  carcere  trudatur,  scilicet  de  alfada,  et  non  solvat  nisi 
quintam  partem  calupnie  non  plus.»  C'est,  comme  on  lit  dans  la  note, 
\j^sù\  (al-fadd),  rédemption ,  rachat ,  et  le  sens  est  que  la  personne  en 
question  doit  rester  en  prison  jusqu'à  ce  qu'elle  ait  racheté  sa  liberté 
en  payant  le  cinquième  de  l'amende. 

Alfadia  (don ,  cadeau)  de  iuJ^i^  {al-hadîya)  qui  a  le  même  sens. 

Alfagbmb  (barbier)  de  pLïn^^i  (al-haddjèm)  que  l*.  de  Alcala  traduit 
par  barbero.  Quant  à  la  signification  de  o/ficial ,  que  compoe,  ou  guar- 
nece  espadas  chez  S*.  Hosa,  elle  m'est  inconnue  en  arabe.  [*  Aussi  al- 
fageme  n*a-t-il  reçu  en  portugais  le  sens  de  fourbi sscur ,  que  parce  que 
c'étaient  les  barbiers  qui  fourbaicnt  les  épées,  comme  le  dit  S".  Uosa 
dans  le  supplément;  voyez  aussi  Moraes.  —  Quant  au  passage  de  la 
Chronique   de   Jean  I",  que  cite  S".    Rosa  et  où   des  cavaliers  ont   des 

'  alfagemes  nn<  -.r- -^  -    j<>   «p.js    m Moraes  (jue  c'est  une   corruption 

dit  alpiugcs]. 


100 

Alfahar,  [*alfar]  (atelier  de  potier),  de  ^L.i:LftJi  [al-fakhkhâr)  [*  qui 
signifle  potier;  Ibn-Djobair,  p.  82,  1.  17,  Alcala  sous  hazedor  de  barro 
et  sous /arrero,  Berggren,  Marcel;  le  mot  pour  atelier,  p.  e.  dâr  (cf. 
Marcel),  a  été  suppriuié  par  les  Espagnols,  et  au  lieu  de  dire  dâr  al- 
fakhkhâr,    ils  disaient   alfahar  tout  court.     Quant   à   alfarero  (potier), 

ce  n'est  pas  (^^_^«i>Li  ou  ^L^-s ,  comme  le  pense  M.  Defrémery ,   mais 

c'est  ^\J^\ ,  dans  le  sens  de  poterie ,  vaisselle  de  terre ,  avec  la  termi- 
naison espagnole  ero,  qui  indique  le  nom  de  métier]. 

Alfaide.  Suivant  M.  Jal  {Glossaire  nautique),  ce  mot  était  en  usage 
sur  la  côte  de  l'Andalousie  pour  désigner  la  marée  vive.  C'est  l'arabe 
ijiaxâJî  (al'faidh)  qui  signifie  inondation,  crue;  voyez  le  Cartâs ,  p.  63, 
et  Ibn-Djobair,  p.  40.  Dans  ce  dernier  passage  il  se  dit  de  l'inonda- 
tion du  Nil.  Cette  signification  manque  dans  le  lexique  de  Freytag. 
[*De  même  Ibn-Djobair,  p.  49,  1.  17,  p.  51,  1.  10;  J-Oiî  u^-^  chez 
Ibn-Khaldoun ,  Hist.  des  Berb. ,  1 ,  459.  Le  verbe  (jrii ,  suivi  de  ^^ , 
signifie  inonder.  On  lit  dans  le  Mosta^înî  sous  ^Uii  ^-^j:  \S\  J.AÂJi  s'Uv* 
{joJ^\  ^c  vi>v.^Ls,  «lorsque  les  eaux  du  Nil  inondent  la  terre.»     Telle 

est  la  leçon  du  man.  de  Naples;  celui  de  Leyde  porte  ^.^K*ai\.  Ibn-al- 
Khatîb,  Mi'yâr  al-ikhtibâr,  p.  22,  1.  7  éd.  Simonet,  emploie  «^faidh  de 
la  mer»  dans  le  sens  qu'avait  le  mot  andalous]. 

Alfalfa  (herbe  appelée  le  grand  trèfle,  fœnum  |Burgundiacum)  de 
îLÂ.L.:s=\Ji  (al'halfa)  que  P.  de  Alcala  traduit  par  esparto  yerva  propria 
de  Espaha. 

*  M.  E.  a  confondu  ici  deux  plantes  entièrement  différentes ,  et  son 
élymologie,  que  M.  Diez  (II,  87)  a  copiée,  est  tout-à-fait  inadmissible. 
En  arabe  ^ULs^i  (al-halfa)  désigne  bien  cette  espèce  de  roseau  ou  sparte 
que  les  botanistes  nomment  ordinairement  stipa  tenacissima,  mais  aussi 
arundo  epigeios  (Ibn-al-Bailâr,  II,  315,  de  Sacy ,  Chrest.  ar.,  I,  279, 
Sanguinetli  dans  le  Journ.  asiat.  de  1866, 1. 1),  dont  on  fait  des  nattes, 
des  chapeaux,  des  cordes  pour  tirer  l'eau  des  puils,  des  sacs,  etc. 
(voyez  Daumas,  Le  Sahara  algérien,  p.  211,  313),  et  dont  dernièrement 
on  a  fait  aussi  du  papier  (voyez  Bévue  de  l'Orient  et  de  VAlg.,  nouvelle 
série,  XII,  p.  285  et  suiv. ,  où  le  nom  latin  est  macrochloa  tenacissima); 
c'est  le  esparto  d'Alcala  ;  mais  en  espagnol  alfalfa,  alfalfe ,  alfalfez, 
désigne  au  contraire,  comme  M.  E.  l'a  dit  avec  raison,  cette  espèce  de 


101 

Irèlle  que  les  Grecs  nommaient  M^xii ,  parce  qu'ils  Favaienl  reçue  de 
Médie,  que  plus  tard  on  a  nommée  foin  de  Bourgogne,  parce  qu'elle 
abonde  dans  cette  province,  et  qui  aujourd'hui  s'appelle  luzerne.  En 
arabe,  halfd  n*a  jamais  désigné  celle  dernière  plante,  et  Tesp.  alfalfa 
a  une  tout  autre  origine.  M.  Ë.  aurait  pu  la  Irouver  chez  Alcala,  qui 
traduit  alfalfa  par  fàçfaça.  En  effet,  la  forme  alfalfez,  qui  est  la  moins 
altérée,  est  une  corruption  de  iuaÂAaiii  {al-façfaça,  chez  Freytag  al-fiç- 
fiça),  luzerne,  medica  chez  Freytag;  Ibn-al-Baitâr,  II,  257;  dans  le 
Moslà'im:  X-UL^JI  iû-i^  ^\  iJ^i  ^-J-J   Kx^^xJb  ^^  (man.  de  Naples 

tSyA  (^S) ,  «elle  s'appelle  en  espagnol  yerba  de  mula,  c'est-à-dire,  herbe 
de  mule.»  On  voil  qu'au  lieu  de  alfaçfez,  les  Espagnols  on  dit  alfal- 
fez,  et  ce  dernier  mot  a  ensuite  été  corrompu  en  alfalfe  et  alfalfa. 
Chez  les  Arabes  eux-mêmes  ce  mot  s'est  altéré,  car  M.  Prax  donne 
{Revue  de  l* Orient  et  de  VAlg.,  VIII,  348)   fs'afs'a   et  faç'a;   déjà  chez 

Léon  l'Africain  (voyez  Freytag  sous  icJôs)  on  trouve  celte  dernière  forme, 
et  Uauwolf  [Aigentliche  Beschreibung  der  Raisz,  p.  55)  écrit  aussi  fasa. 
Au  reste,  la  véritable  étymologie  du  mot  esp.  n'était  pas  inconnue:  elle 
avait  été  donnée  par  Bocharl,  par  l'Académie,  par  Marina,  etc.,  et, 
longtemps  auparavant,  par  l'illuslre  botaniste  hollandais  Dodonaeus 
{Cruydt-Boeck,  p.  994  a). 

Alpamar  (tapis,  couverture).  Dans  l'ancien  portugais  on  disait  alfanbar: 
c'est  ce  qui  nous  met  sur  la  trace  de  l'étymologie  de  ce  mot.  Alfanbar 
répond  exactement  à  l'arabe  Js-;-Lî=01  (al-hanbal).  A  en  croire  Freytag, 
ce  terme  désigne  une  pelisse  usée,  ou  une  boite  usée.  En  Espagne  il 
se  disait  dans  le  sens  de  couverture  ou  tapis  à  mettre  sur  un  banc  ou 
sur  un  marchepied ,  et  de  là  dans  celui  de  tapis  en  général.  Voyez  P. 
de  Alcala  aux  mots  bancal,  reposlero  lo  que  se  tiende.  En  effet,  on  le 
trouve  dans  celte  acception  chez  Maccarî,  II,  711.  L'espagnol  arambel 
n'est  qu'une  alléralion  de  ce  même  mot  arabe.  Le  /*  (/)  est  syncopé, 
et  le  /  est  changé  en  r.  Dans  le  portugais  moderne  on  trouve  encore  les 
formes  alambel  et  lambel. 

*Dans  le  Mem.  hist.  esp.  (IX,  92),  M.  de  Gayangos  dérive  alfamar 
de  y«Js^\  (al'khaml),  «tapetum  brevibus  villis  instructum»  chez  Freytag. 
Au  premier  abord ,  cette  étymologie  se  recommande  par  sa  simplicilc , 
et  il  n'y  a  rien  à  y  objecter  pour  ce  qui  concerne  le   changcmcnl    des 


lOi 

consonnes  et  des  voyelles;  toutefois  je  ne  puis  l'admettre,  parce  que  ce 
mot  arabe,  autant  que  je  puis  me  rappeler,  n'existait  pas  dans  le  lan- 
gage ordinaire  des  Arabes  d'Espagne.  J'avais  proposé  moi-même,  il  y 
a  longtemps,  une  autre  dérivation,  et  M.  Defrémery  observe,  à  propos 
de  l'article  de  M.  E. :  «Quant  à  alfamar ,  je  préférerais  le  tirer,  avec 
M.  Dozy  (Glossaire  sur  le  Bayân,  p.  23) ,  de  ^Ui^Jl  (al-khimâr),  couver- 
ture.i>  Je  suis  d'une  autre  opinion,  parce  que,  en  réalité,  al^khimâr 
ne  se  dit  pas  dans  le  sens  de  tapis ^  et  je  crois  que  la  dérivation  de 
M.  E.  doit  être  comptée  parmi  ses  élymologies  les  plus  heureuses.  Je 
me  bornerai  donc  à  y  ajouter  une  ou  deux  remarques. 

"^L'arabe  hanbal,  dans  le  sens  de  tapis,  n'appartient  pas  à  la  langue 
classique  (Lane  ne  l'a  pas  dans  cette  acception),  mais  bien  à  celle  des 
Arabes  de  l'Ouest.  Alcala  ne  l'a  pas  seulement  sous  les  mots  cités  par 
M.  E.,  mais  aussi  sous  poyal  para  cobrir  el  poijo;  chez  Bombay  (p.  93) 
c'est  «tapes  lineatus;»  chez  Humbert  (p.  204),  «tapis  non  bigarré;» 
chez  Roland  de  Bussy ,  «  sorte  de  tapis  ;  »  chez  Carette  [Géographie  de 
V Algérie,  p.  220),  «long  tapis  rayé;»  chez  Cherbonneau  (dans  le  Journ, 
asiat.  de  1849,  I,  66),  «tapis  à  raies  de  couleur  que  l'on  fabrique  à 
Tripoli  de  Barbarie  et  à  Alger»  (cf.  ses  Dialogues,  p.  225);  de  même 
chez  Martin,  Dialogues,  p.  77.  Ce  terme  a,  pour  ainsi  dire,  donné 
naissance  à  deux  familles  de  mots  :  prononcé  comme  al-hambel ,  il  a 
produit  :  alambel  (lambel) ,  harambel  (chez  Victor) ,  arambel  ;  —  pro- 
noncé comme  al-hanbal ,  il  a  donné:  alfanbar,  alfabar  (chez  Moraes), 
alfamar;  —  mais  le  sens  est  toujours  resté  le  même. 

Alfaneque.  Dans  l'espagnol  moderne  ce  mot  désigne  une  tente,  mais  ce 
n'est  pas  sa  signitication  primitive,  comme  nous  allons  le  démontrer. — 
Dans  une  charte  citée  par  Ducange  et  par  S%  Rosa,  il  est  question  de 
«lectos  cum  suos  tapetes  ...  et  fateles*  alfanegues,»  et  dans  une  autre 
de  «fulcra  serica,  et  coopertorium  unum  de  alfanez.  »  Un  troisième 
document,  de  l'an  1084,  porte:  «et  una  pelle  alfanehe.  »  De  ces  pas- 
sages il  résulte  qu'il  s'agit  d'une  espèce  de  fourrure.  Sans  m'occuper 
des  conjectures  étymologiques  proposées  par  S\  Rosa,  je  me  contenterai 
de  citer  un  auteur  arabe  qui  nous  éclaircira  sur  l'origine  du  mot  en 
question.     Chez  Maccarî,  I,   271,  on   trouve,   parmi  plusieurs   autres 


1)   [*  Plus  loin  je  donnerai  un  article   sur  ce  mot]. 


vêlements,  eN-^5  ^^.-2  (farwai  fancc) ,  c'est-à-dire,  deux  pelisses  de 
fanec,  diias  pelles  alfanehe  quand  on  le  traduit  dans  le  langage  des 
anciennes  chartes.  Fanec  («nmstela  foina,»  Ibn-al-Bailûr,  II,  265)  est 
un  animal  de  la  peau  duquel  on  se  servait  pour  fabriquer  des  fourru- 
res, une  espèce  de  belelle.  Farwa  fanec,  ainsi  que  pelle  alfanehe,  dé- 
signe donc  une  pelisse,  une  couverture,  faite  de  la  peau  de  cet  animal. 
Mais  en  espagnol  on  a  employé  aussi  alfaneque  pour  désigner  une  coU' 
verhtre  de  laine,  etc.  («Os  Hespanhoes  cbamao  boje  alfaneque  a  qualquer 
coberlor  de  papa,  ou  laa  »  S\  Rosa).  Est-ce  que  dans  la  suite  on  a 
encore  élargi  celle  signification  jusqu'à  en  faire  une  lente?  —  Quant  à 
alfaneque  dans  le  sens  de  faucon,  P.  de  Alcala  traduit  halcon  alfaneque 
par  fancque,  a^Us  ou  iCïUi.  N'ayant  jamais  rencontré  ce  mol  ailleurs, 
je  n'ose  pas  décider  s'il  est  vraiment  arabe,  ou  s'il  n'est  qu'une  tran- 
scription du  terme  espagnol  ^  auquel  il  faut  peut-être  attribuer  une 
origine  tout-à-fait  diiîérente. 

*  Je  crois  pouvoir  expliquer  l'origine  du  mot  alfaneque  dans  le  sens 
de  tente,  laquelle,  à  mon  avis,  diffère  entièrement  de  celle  de  alfaneque 
dans  le  sens  (['espèce  de  fourrure;  mais  je  lâcherai  d'abord  de  complé- 
ter les  renseignements  donnés  par  M.  E.  sur  cette  dernière  acception  , 
et  d'indiquer  l'origine  de  alfaneque,  espèce  de  faucon. 

*  I.  Dans  sa  traduction  de  Becrî  (p.  33  du  tirage  à  part),  Quatremère 
a  consacré  une  petite  note,  dans  laquelle  il  cite  le  voyageur  Bruce,  à 
l'animal  appelé  fanec,  et  M.  de  Slane  en  a  fait  autant  dans  la  sienne 
{Journ,  asiat,  de  1858,  II,  464).  Ce  gracieux  quadrupède  a  aussi  été 
décrit  par  le  voyageur  anglais  Tristram  {The  great  Sahara,  p.  383  et 
suiv.)  et  par  M.  de  Colomb  [Exploration  des  hsours  et  du  Sahara  de  la 
province  d'Oran,  p.  40 — 42).  Enfin  M.  Clément  Mullet  lui  a  consacré, 
dans  la  Revue  de  V Orient  et  de  VAlg.  (nouvelle  série,  VI,  289—295), 
un  mémoire  intéressant,  auquel  j'emprunte  ce  qu'on  va  lire: 

*  Parmi  les  naturalistes  européens,  le  fanec,  dont  parlent  les  auteurs 
arabes,  mais  d'une  manière  peu  précise,  a  été  considéré  bien  longtemps 
comme  un  être  problématique.  Ce  ne  fut  qu'en  1777  que  Brander, 
dans  les  Transactions  de  Suède,  en  donna  une  description  qui  puisse 
satisfaire  le  naturaliste  et  où  l'animal  est  désigné  sous  le  nom  de  Zerda. 
Bruce  ensuite  le  décrivit  et  le  figura,  dans  son  Voyage  en  Abyssinie, 
sous    son  vrai    nom  oriental    do    fanec.     Cependant  toute    la   polémique 


104 

soulevée  par  le  fanec  n'était  point  terminée.  Buffon,  qui  ne  le  connais- 
sait que  par  ce  qu'il  en  avait  lu  dans  Bruce,  n'osa  pas  lui  conserver 
son  nom:  il  le  décrivit  sous  celui  à.' animal  anonyme;  et  Geoffroy  Saint- 
Hilaire,  malgré  les  témoignages  irréfragables  qu'il  possédait,  rejeta 
encore  le  fanec,  déclarant  qu'il  ne  pouvait  exister,  au  moins  comme 
espèce  hors  du  genre  galogo.  Enfin  deux  couples  de  cet  animal  sont 
venus  au  jardin  des  plantes,  arrivant  l'un  du  Sennar  et  l'autre  du  nord 
de  l'Afrique.  Son  existence  est  donc  bien  constatée  et  le  doute  n'est 
plus  permis. 

'^Le  fanec  habite  les  régions  chaudes  de  l'Afrique  depuis  l'Abyssinie 
et  le  Darfour  jusqu'au  nord  de  l'Afrique,  à  Constantine  [il  faut  lire: 
à  Oran].  Les  Arabes  l'ont  connu  et  ils  se  servaient  de  sa  fourrure; 
mais  comme  selon  eux  le  lieu  principal  de  sa  provenance  était  «le  pays 
des  Slaves,»  il  est  certain  que  le  nom  de  fanec  était  encore  appliqué 
à  d'autres  animaux,  ou  plutôt  à  d'autres  fourrures,  soit  qu'elles  vinssent 
du  Nord  ou  du  Midi.  Primitivement  nom  d'animal,  fanec  sera  devenu 
celui  de  la  peau,  et  comme  elle  était  précieuse,  on  lui  a  comparé  les 
belles  fourrures,  même  celles  du  Nord,  et  on  se  sera  habitué  à  les 
comprendre  toutes  sous  le  même  nom,  en  oubliant  sa  valeur  primitive. 

'^  Tel  est  le  résumé  du  mémoire  de  M.  Clément  Mullet.  Ce  qu'il  dit 
en  dernier  lieu  sur  l'extension  donnée  à  la  signification  de  fanec,  me 
semble  fondé.  Chez  Ibn-al-Hachchâ ,  qui  écrivait  à  Tunis  dans  la  pre- 
mière moitié  du  XIIP  siècle,  il  est  question  du  véritable  fanec,  car  il 
dit  (Glossaire  sur  le  Mançouri ,   man.  551  (5),  fol.  168  v^):^-^  i^-Â-à 

iLx-ii-j^î  i^^-^Aûj  uJjXJ  s^SJù\  8lXJL>  ^a  l\.^uô  j^t^A> ,  «le  fanec  est  un 
animal  de  la  peau  duquel  on  fait  des  pelisses;  on  le  connaît  dans  le 
Sahara  d'Ifrîkiya  ;  »  mais  chez  Maccarî  (I,  230,  1.  5)  il  est  question  de 
«pelisses  faites  de  peaux  de  fanec  du  Khorâsân,»  et  Marmol  dit  en 
parlant  de  Cairawân  [Descripcion  de  A/frica,  II,  287  a):  «Ceux  qui  y 
demeurent  à  présent,  sont  pauvres  et  méprisés;  pour  la  plupart  ils 
s'occupent  à  préparer  certaines  peaux  d'agneaux  petites  et  très-fines , 
dont  les  principaux  parmi  les  Bédouins  portent  des  manteaux  et  qui 
s'appellent  finque.  »  Finqiie  est  une  autre  prononciation  (celle  que  donne 
Damîrî)  de  fanec,  et  l'on  voit  que,  par  laps  de  temps,  ce  mot  a  même 
reçu  le  sens  de  peaux  d'agneaux;   à  moins  toutefois  que  Marmol  ne  se 


soil  Ironipé  et  qu'il  ail  pris  pour  des  peaux  d'agneaux  des  peaux  qui 
en  réalilé  étaient  celles  du  fanec.  Je  crois  môme  que  cette  dernière 
supposition  est  beaucoup  plus  vraisemblable. 

*  II.  Alfaneque  pour  désigner  une  certaine  espèce  de  faucon ,  est 
certainement  d'origine  arabe,  quoique  M.  E.  en  ait  douté.  Ce  qui  le 
prouve,  c'est  que  ces  faucons  appartenaient  à  la  Barbarie  et  qu'on  les 
vendait  en  grand  nombre  à  Oran  (voyez  TAcad.).  Apprivoisés ,  ils  ser- 
vaient pour  la  chasse,  et  ils  étaient  très-adroits  à  prendre  des  perdrix, 
des  sacrets,  des  lapins,  des  lièvres  et  des  butors  (ibid.).  Remarquons 
à  présent  1*.  que,  selon  Becrî  (p.  21,  1.  15),  on  chassait  le  fanec  dans 
rifrîkia,  c'est-à-dire,  dans  cette  partie  de  l'Afrique  qui,  parmi  ses 
villes,  compte  Oran,  où  les  faucons  dits  alfaneques  se  vendaient  en 
grand  nombre;  2**.  que,  selon  M.  de  Colomb,  le  fanec  est  très-commun 
dans  le  Sahara  de  la  province  d'Oran.  Prenons  aussi  le  halcon  alfane- 
que d'Alcala ,  que  celui-ci  rend  en  arabe  par  fanêq ,  nom  d'unité  fané- 
que,  et  traduisons-le  littéralement  en  arabe,  alors  nous  obtiendrons 
*i5Uâii  ;b  (bâz  al'fanec),  c'est-à-dire,  le  faucon  du  fanec,  ou,  en  d'au- 
tres termes:  le  faucon  avec  lequel  on  chasse  (non-seulement  des  lapins 
et  des  lièvres,  mais  aussi  et  surtout)  des  fanec.  Bâz  al-fanec  était 
sans  doute  la  dénomination  primitive;  mais  pour  la  brièveté  on  a  sup- 
primé plus  tard  le  mot  bas,  et  voilà  comment  il  s'est  fait  que  le  nom 
d'un  quadrupède  est  aussi  devenu  celui  d'un  oiseau. 

*III.  Alfaneque  dans  le  sens  de  tente  n'appartient  pas  à  «l'espagnol 
moderne,»  comme  l'a  cru  M.  E.  ;  c'est  un  mot  qui  a  vieilli  (Acad.) , 
et  pour  celle  raison  M.  de  Gayangos  a  rassemblé,  dans  le  Mem.  hist, 
esp.  (IX,  351),  quelques  passages  d'anciens  auteurs  où  il  se  trouve*. 
Je  crois  qu'il  est  d'origine  berbère.  Dans  cette  langue  le  mot  àfarâg 
semble  signilicr  proprement  enceinte,  ce  qui  forme  clôture  autour  d'un 
espace,  et  ensuite,  comme  enceinte  en  français,  l'espace  même  qui  est 
clos,  entouré.  Dans  le  dialecte  des  Auelimmides,  qui  parlent  un  berbère 
très-pur,  le  halo  ou  couronne  lumineuse,  que  l'on  voit  quelquefois 
autour  de  la  lune,  s'appelle  àfarâg-n-aiôr  (Barth ,  Reisen,  V,  675);  ils 
donnent  aussi   le  nom  de   àfarâg  à  une  haie  {ibid. ,   p.  681  ,    où  Barth 


1)  On   p«ut   y  •jouter  Gonialet  de  Clatijo,    Vida  del  gran  Tamorlan,    p.  181   éd.  Lia- 
guno    Amirola:   «un»  grande  ticnda  fecha  corao  alfaneque.» 

14 


106 

«lit  à  lori  que  c'est  un  mol  arabe),  et  chez  eux  une  clôture,  faite  de 
claies,  dans  laquelle  on  renferme  les  moutons,  porte  le  nom  de  àfarâg^ 
n-idli    {ibid.,    p.  712).     Chez    les   Berbères    de   l'Algérie,    qui    écrivent 

v3't-5Î  et  prononcent  afrog ,  ce  mol  signifie  cour  d'un  douar  ou  d'une 
maison  (voyez  le  Dict.  berbère  sous  cour  et  M.  Brosselard  dans  le  Journ. 
asiat.  de  1851,  I,  83,  n.  14);  on  voit  facilement  que  c'est  enceinte 
dans  le  second  sens.     Chez  Ibn-Khaldoun  (Hîst,  des  Berb.,  II,  365,  1.6) 

on  lit:  ^JC-A.A^  ^^c!  i^î^î  ^^*.^J\  «aJLJ!  ^^LjLa-j  ^ILii^iî  ;-c^î,  «le  sultan 
donna  l'ordre  de  bâtir  une  ville,  que  Ton  nomma  Afarâg,  sur  la  partie 
la  plus  élevée  de  la  péninsule  de  Ceula.»  Ici  àfarâg  est  devenu  un 
nom  propre,  de  même  qu'en  berbère  agâder  ou  agadîr,  qui  signifie 
primitivement  la  muraille  qui  entoure  une  ville,  est  devenu  le  nom 
propre  d'une  ville  (cf.  Renou ,  Description  géogr.  de  Vempire  de  Maroc  , 
p.  57  et  suiv.).  En  outre,  on  a  donné  le  nom  à'dfarâg  à  l'énorme 
enceinte  de  toile,  «la  muraille  de  toile  de  lin,»  comme  s'exprime  Ibn- 
Djobair'(p.  177,  1.5)*,  qui,  dans  les  pays  musulmans,  entoure  la  vaste 
tente  du  souverain,  et  qui  en  arabe  s'appelle  ^ô\^  (sorâdic),  en  persan 
ii^^j*M  (serâtché)  (ce  mot  signifie  aussi  halo,  de  même  que  àfarâg)  ou 
iiùjJyM  (serâperdé)  (cf.  Defrémery,  Voyages  d'Ibn-Batoiita  en  Perse,  p.  124, 
n.  2,  et  le  même  dans  le  Joiini,  asiat,  de  1850,  II,  71).  Ibn-Batouta 
dit  à  plusieurs  reprises  que  le  mot  persan  serâtché  désigne  ce  qu'au 
Magrib  on  nommait  àfarâg,  -Us';  voyez  II,  369,  lïl,  44,  251,  415, 
et  comparez  II,  405.  Chez  Ibn-Khaldoun  {Prolégomènes,  II,  61)  on  lit 
que  k^ii',  «mot  dont  la  dernière  lettre  a  un  son  intermédiaire  entre  le 
^  et  le  «5" ,  »    est  un  terme  berbère  qui  désigne   la  clôture   en  loile  de 


l)  la  même  expression  se  trouve  chez  Coppin  [Le  loucher  de  V Europe ,  p.  201),  qui 
dit:  «Chacun  des  Sangiacs  ou  Beis  de  l'Egypte  n'a  pas  moins  de  sept  ou  huit  tentes 
auprès  de  la  sienne,  qui  surpasse  de  beaucoup  les  autres  en  étendue  et  en  hauteur.  Ce 
piincipal  pavillon  contient  plusieurs  chambres,  et  il  est  tout  environné  de  murs  qui  sont 
d'une  toile  tissue  de  coton  et  de  fil  diversifiée  de  couleurs  éclatantes  qui  en  rendent 
l'aspect  fort  agréable.»  Et  plus  loin  (p.  204):  «Quand  le  Bâcha  approche  du  Caire,  il 
trouve  de  superbes  tentes  que  ceux  de  la  ville  lui  tiennent  prêtes;  elles  sont  au  dehors 
de  toile  cirée  de  différentes  couleurs ,  et  une  muraille  de  la  même  toile  de  six  pieds  de 
haut  fait  un  enclos  autour  de  tous  ces  pavillons  qui  sont  fort  grands  et  qui  ne  sont 
pas  moins  de  douze.» 


107 

lin,  dont  les  souverains  luagribins  enlouraienl  leurs  tentes  et  pavillons. 
Dans  le  Carias  on  trouve  (p.  145,  1.  6  a  f.)  que,  lorsque  le  sultan 
aliuobade  Almanror  eut  résolu  de  faire  une  campagne  contre  les  Castil- 
lans, S'\j^^\  xjklî^  vJ^/^  -^j^^  j^^f  "il  ordonna  de  préparer  le  àfardg 
(un  des  man.  porte  ^Ut,  les  Arabes  n'ayant  point  de  lettre  pour  rendre 
le  g  berbère)  et  la  grande  tente  rouge.  »  Mais  quoique  cet  auteur  dis- 
lingue la  grande  tente  du  àfarâg  et  que  cette  distinction  soit  au  fond 
exacte,  on  employait  néanmoins  ce  mot  pour  désigner  tout  ce  qui  se 
trouvait  dans  Tenceinte  de  toile,  c'est-à-dire,  les  tentes  du  sultan,  ou 
plutôt,  comme  disent  Léon  TAfricain  (Descr.  Africae,  p.  374)  et  Marmol 
[Descr.  de  A/Jrica,  II,  101  6),  son  énorme  tente  qui  ressemblait  à  une 
ville  avec  des  murailles  et  des  tours  de  toile.  Déjà  dans  plusieurs  des 
passages  d'Ibn-Batoula  que  j'ai  cités,  on  peut  voir  qu'on  donnait  par 
extension  ce  sens  au  mot  en  question,  et  un  voyageur  fort  instruit,  le 
Danois  Hœst  {Nachrichlen  von  Maro/cos,  p.  153),  dit  qu'à  Maroc  le  litre 
Mùla  Elfràk  signifie  Zeltmeister ,  c'est-à-dire,  qu'il  désigne  l'officier 
chargé  de  prendre  soin  de  la  grande  tente  du  sultan. 

*  Ce  mot  berbère  répond  exactement,  quant  à  la  signification,  à  l'es- 
pagnol alfaîieque,  car  dans  trois  passages  de  la  Chronique  d'Alphonse 
XI,  cités  par  M.  de  Gayangos,  et  danS  deux  autres  qu'il  ne  cite  pas 
(p.  455 ,  1.  5  et  10),  ce  dernier  désigne  le  d/arâg  du  roi  de  Maroc 
Abou-'l-Hasan.  Quant  à  la  forme,  il  faut  se  garder  de  croire  que  la 
première  syllabe  al  est  l'article  arabe,  car,  comme  le  mot  est  berbère, 
aucun  des  auteurs  arabes  que  j'ai  cités  ne  lui  donne  l'article ,  et  al 
n'est  autre  chose  que  la  première  syllabe  d.  Ensuite  il  faut  se  rappeler 
qu'en  vertu  de  Vimâlay  le  a  se  prononce  aussi  é,  et  que  le  r  se  change 
en  n,  lettre  du  môme  organe.  On  a  dit  par  conséquent:  àfarâg, 
àfaréc,  à  fanée,  alfaneque,  et  probablement  les  deux  autres  alfaneque 
(fourrure  et  faucon),  qu'on  avait  déjà,  ont  contribué  à  l'altération 
du  mot. 

Alfa!vgb  (coutelas)  de  ^^ui^l  {aUkhandjar)  qui  signifie  la  môme  chose. 

Alpaqur  (banc  de  sable,  bas-fond)  de!^ 

Alfaquiqub  (celui  qui  rachète  les  captifs)  de  «^'LXàII  (al-faccèc)  qui  a 
le  môme  sens.  Le  mol  arabe  vient  du  verbe  faeca  qui  signifie  délivrer, 
racheter, 

•Le    mol    c^i».    ilésignait    aussi,  ce    que   je    ne    trouve   dans   aucun 


108 

dictionnaire,  une  espèce  de  navire,  car  je  lis  chez  Rojas,  Relaciones 
de  algunos  siicessos  poslreros  de  Berberia,  Lisboa,  1613,  fol.  32  r": 
«  embarcaronse  para  Oran  y  Argel  los  de  Aragon  y  Calalunia  en  los 
alfaqueques  de  Tortossa.  »  Leur  a-l-on  donné  ce  nom  parce  qu'ils  ser- 
vaient dans  l'origine  au  transport  de  ceux  qui  allaient  racheter  des 
captifs  en  Barbarie?  C'est  ce  qui  devient  assez  vraisemblable  quand 
on  compare  azogue.  Ce  mot  signifie  vif-argent;  mais  azogues  sont  les 
vaisseaux  qui  portent  le  vif-argent  en  Amérique. 

Alfaqui.  Chez  les  Musulmans  le  Coran  est  la  base  de  la  jurispru- 
dence aussi  bien  que  de  la  théologie.  A  ces  deux  sciences  combinées 
on  donne  le  nom  de  fikh ,  et  de  là  un  «.-Jij  [faquîh)  désigne  un  théolo* 
gien-jurisconsulte, 

Alfaras  («cavallo  generoso,  e  exercitado  na  guerra»  S^  Rosa)  de 
^J*^yil\  (al'faras),  cheval. 

Alfarda,  farda,  pg.  alfitra  (espèce  de  contribution  que  payaient  les 
Mauresques  qui  vivaient  sous  la  domination  des  chrétiens).  C'est  l'arabe 
\iùjtj\  (al- farda)  qui  signifie  taxe  (Boclhor),  charge,  contribution  (Marcel), 
income-tax  (Lane,  Modem  Egyptians,  I,  196).  Un  percepteur  de  cet 
impôt  s'appelle  O-â/j  (mofrid).  Cf.  Dozy,  Loci  de  Abbad.,  I,  76.  —  Quant 
à  al  fardas  dans  le  sens  de  tirants  de  charpenterie ,  il  pourrait  dériver 
de  l'arabe  {jcJùS  {al-fardh)  qui  signifie  chez  Freytag  «Hgnum  ex  tentorii 
sive  domus  lignis.»  N'ayant  jamais  rencontré  ce  mot  chez  un  auteur 
arabe,  et  la  définition  très-vague  de  Freytag  ne  permettant  pas  d'en 
établir  la  signification  précise ,  je  n'ose  pas  affirmer  que  celte  étymo- 
logie  est  la  vraie. 

*»j»^»,  dans  le  sens  de  contribution,  est  pour  X-a^s^-s,  de  la  racine 
OZ5.-Î,  «imperavit  aliquid  necessario  observandum.»  Dans  la  langue 
moderne  on  substitue  fort  souvent  le  J>  au  (j:^,  ces  deux  lettres  se  pro- 
nonçant presque  de  la  même  manière.  Dans  le  poème  d'un  Mauresque, 
composé  en  espagnol,  mais  écrit  en  caractères  arabes,  et  publié  par 
M.  Mùller  (dans  les  Sitzungsber.  d.  bayer.  Akad.  de  1860,  p.  226),  le 
texte  a  ^..àJt  {alfarda,   dans  le  sens  de   devoir)    au  lieu  de  o^^-aJî,  et 

oLi3,;i  (pi.  du  pi.  de  [ja.h)  se  trouve  avec  le  sens  de  contributions  payées 
par  les  Mauresques  aux  chrétiens ,  dans  le  Kitâb  akhbâr  aWaçr  (dans 
Millier,    Die  letzten  Zeiten ,    p,  54,  1.  6).     Au   reste    il  va  de   soi    que 


100 

al  farda  y  farda,  dans  Pacceplion  de  «droit  que  Ton  paie   pour  les  eaux 
d'arrosement  »  (arag.) ,  a  la  môme  origine. 

*  Pour  ce  qui  concerne  al  farda  comme  terme  de  charpenterie ,  M. 
Lafuenle  y  Alcânlara  m'en  a  donné  cette  explication  tirée  de  la  Carpin- 
teria  de  lo  blanco:  Gada  uno  de  los  maderos  que  forman  la  pendiente 
de  una  arraadura  por  uno  y  otro  lado,  conocidos  hoy  con  el  nombre  de 
pares. 


11  le  dérive  de  v>^i  (al- fard) ,  sans  doute  avec  raison,  car  ce  mot  signi- 
Ce  pars  paris  altéra,  et  il  répond  par  conséquent  au  ternie  pares  dont 
on  se  sert  actuellement.  Seulement  pour  être  lout-à-fait  exact  et  pour 
expliquer  la  terminaison  du  mot  esp. ,  j'aimerais  mieux  le  dériver  de 
la  forme  oJ»^1  {al- farda) ,  que  Freylag  n'a  pas  en  ce  sens ,  mais  qui 
s'emploie  en  parlant  des  deux  côtés  d'une  chose ,  de  deux  choses  qui , 
réunies,  forment  un  tout.  Ainsi  il  signifie  ballant  (chacun  des  deux 
côtés  d'une  porte);  voyez  Bocthor  sous  battant  et  les  Mille  et  une  nuits ^ 
I,  43  éd.  Macnaghten.  M.  Gherbonneau  (dans  le  Journ.  asiat.  de  1849, 
I,  546)  le  donne  dans  le  sens  d*élrivières  ;  c'est  pour  la  même  raison 
qu'il  l'a  reçu. 

*  Alfardon  (rondelle  de  fer  passée  dans  l'essieu  entre  la  roue  et  le  corps 
de  la  voilure).  La  terminaison  on  semble  l'augmentatif  espagnol  ;  mais 
en  arabe  je  ne  connais  pas  un  al-fard  qui  ait  une  telle  signification ,  et 
l'étymologie  proposée  par  l'Acad.  me  semble  inadmissible. 

Alparemb  (espèce  de  voile  ou  de  coiffure)  de  f^j^\  (al-harîm)  [* lisez: 
de  j»l^-^^0!  (al'harâm  ou  al-harém) ,  comme  on  dit  vulgairement  pour 
j.l^'iii  (al'ihrâm  ou  al-ihrém)  ;  voyez  M.  Lane,  traduction  des  Mille  et 
une  nuits,  lll,  570,  n.  21].  En  arabe  ce  mot  désigne  une  pièce  d'étoffe 
dont  se  servent  les  Musulmans  pendant  le  pèlerinage  ;  mais  en  Espagne 
et  au  Magrib  il  désigne  aussi  une  sorte  de  coiffure.  Gf.  le  Dict,  des 
nonis  des  ve/,  p.  136.  Aux  i)assages  arabes  cités  par  M.  Dozy,  j'ajou- 
terai Ibn-Djobair,  p.  47.  Ce  voyageur  nous  informe  que  le  Klialîb  au 
Caire  portail  «un  tailesân  de  toile  de  lin  noire;  c'est  ce  qu'on  nomme 
au  Magrib  ihrâm.  » 

*  Aux   passages   que  j'ai   déjà   cités  ailleurs ,   on   peut  joindre  aussi 


110 

Jbn-Batoula,  IV,  116,  où  je  crois  que  le  mot  en  question  doit  se 
prendre  dans  cette  acception.  Dans  un  Formulaire  de  contrats  (raan. 
172,  p.  4)  un  qL-x-^Jî  ^./»  |*t^>î,  <^ihrâm  de  toile  de  lin»  est  nommé 
parmi  les  objets  dont  se  compose  le  trousseau.  Le  voyageur  Browne 
{Reize  naar  Afrika,  l,  39)  atteste  qu'à  Siwa  on  donne  le  nom  d'ihhram 
à  une  espèce  de  voile  dont  on  se  couvre  les  épaules,  et  selon  Barth 
{Reisen,  V,  270;  comparez  IV,  349),  haràm  désigne  un  châle  qui  couvre 
la  moitié  du  visage. 

*  Quant  à  Valfareme  espagnol,  l'Académie  a  déjà  cité  un  passage 
de  Gonzalez  de  Clavijo  où  il  se  trouve  (c'est,  dans  la  nouvelle  édition, 
p.  131,  1.  11).  On  peut  y  ajouter  un  autre  qui  se  trouve  chez  le 
même  auteur  (p.  196)  et  où  on  lit:  «E  al  tercero  dia  en  la  noche  el 
Tamurbec  mandé  por  su  hueste ,  que  las  mugeres  se  pusiesen  alfaremes 
en  las  cabezas,  porque  paresciesen  omes.  » 

Alfarge.  Suivant  le  Dict.  de  l'Acad.  ce  mot  désigne  à  Séville  «el 
poyo  redondo,  labrado  de  ladrillo,  ô  piedra,  donde  encaxan  la  piedra  de 
abaxo.  »  Cobarruvias  dit  que  c'est  cette  pierre  même  («la  piedra  infe- 
rior  del  molino  del  azeyte»).  Le  mot  arabe  {J^jâJ\  (al-farch) ,  dont  il 
semble  dériver,  ne  signifie  dans  les  lexiques  que  «stralum,  stragulum.» 
Mais  le  verbe  cjiy  (faracha)  est  usité  dans  le  sens  de  paver.  Chez  Ibn- 
Batouta,  I,  318,  il  est  question  d'une  «coupole  dont  l'intérieur  est 
pavé  (mafrouch)  de  marbre  blanc.  »  Cf.  Ibn-Djobair ,  p.  85.  Il  se  peut 
donc  très-bien  que  al-farch  ait  servi  en  Espagne  à  désigner  «une  sorte 
de  pavé  sur  lequel  était  placée  la  pierre  inférieure  du  moulin.» 

"^  Je  crois  devoir  assigner  à  ce  mot  une  tout  autre  origine,  mais  il 
faut  d'abord  en  fixer  la  véritable  signification.  On  a  vu  que,  selon 
Cobarruvias,  c'est  la  meule  de  dessous  ou  meule  gisante.  Ce  témoignage 
est  confirmé  par  Victor,  qui  donne:  «alfarge  de  molino,  la  meule  de 
dessous  du  moulin,  le  tordoir  ou  la  meule  d'un  pressoir  à  huile,»  et 
par  P.  de  Alcala,  qui  traduit  alfarge  ou  alfarje  par  XÂ;^b/o,  qui  signi- 
fie meule  (cf.  Alcala  sous  muela) ,  et  aussi  par  hâjar  arrihâ  et  hâjar 
albêd y  littéralement,  la  pierre  du  moulin.  La  signification  étant  donc 
certaine,  alfarge  ne  peut  être  rien  autre  chose  que  Tarabe  al^hadjar 
(.:^)^^i),  la  pierre;  au  lieu  dealhadire,  qui  était  désagréable  à  l'oreille, 
on  a  dit  alhardje,  alfardje  (on  sait  que  le  h  ei  \e  f  se  permutent  con- 
stamment),  alfarge;   comparez    p.  e.   pg.   alfurja  =  alfugera.     Le  mot 


111 

qui  (levait  suivre  (la  pierre  du  moulin)  a  été  supprimé,  mais  en  arabe 
on  Tomel  aussi,  et  qui  plus  est,  on  y  emploie  hadjar  dans  le  sens  de 
moulin.     Ainsi   on    lit    chez   Maccarî    (II,    146,  1.  11;    cf.   les  Addit.): 

«vous  avez  entendu  parler  du  grand  nombre  de  moulins  que  fait 
tourner  le  Guadalquivir:  on  dit  que  ce  sont  plus  de  cinq  mille  moulins 
(hadjar).*  Un  lieu  à  Médine  s'appelait  ahdjâr  az-zait  {Marâcid,  I,  29), 
et  cette  dénomination  signiOe  évidemment:  aies  meules,  ou  les  moulins, 
à  huile.»  Anciennement  alfargc  avait  en  espagnol  le  même  sens,  comme 
l'atteste  Tamarid  (voyez  l'Acad.).  —  Je  conclus  de  tout  cela  qu'à  Séville 
on  a  donné  à  ce  terme  une  signification  un  peu  différente  de  celle  qu'il 
devait  avoir. 

*Dans  la  môme  ville,  alfarge,  selon  l'Acad.,  a  encore  une  autre 
acception,  puisqu'il  y  désigne:  un  plancher  arlistement  travaillé  (de  même 
dans  la  Carpinteria  de  la  blanco ,  où  ce  mot  est  écrit  alfarxes).  En  ce 
sens  il  vient  du  verbe  {J^.i  (faracha) ,  dont  parle  M.  E.,  et  qui  signifie 
non-seulement  paver,  mais  aussi  planchéier ,  garnir  de  planches  ;  voyez 
Bocthor  sous  planchéier.  Le  substantif  est  al-farch ,  qui  signifie  plan- 
cher;  voyez  Ibn-Djobair,  p.  295,  1.  17,  Ibn-Batoula ,  IV,  92,  Maccarî, 
I,  560,  1.  11,  où  Ton  trouve  aussi  le  verbe.  Ce  renseignement  servira 
en  outre  à  expliquer  l'origine  du  mot  suivant,  à  savoir: 

*Alfargia,  alfagia  (petite  solive).  Dérivé  de  al-farch,  dont  nous 
venons  de  parler,  )>^J>1\  (al-farchtyah)  signifie  proprement:  un  soliveau 
dont  on  se  sert  quand  on  fait  un  plancher.  Dans  la  Carpinteria  de  lo 
hlanco  le  mot  alfarxes  ne  signifie  pas  seulement  plancher  artistement 
travaillé,  mais  aussi  les  pièces  dont  il  se  compose. 

Alfarma  ,  alharma  ,  alhargama  ,  harma  ,  harmaga  ,  armaga  ,  pg.  har- 
male  (rue  sauvage),  de  ^j^à\  (al-harmal) ,  «ruta  silvestris. » 

Alfayate  (tailleur)  de  i3L.^Jî  (al-khaiyât)  qui  a  le  même  sens. 

*  Alfeire  ;;^.  Selon  Moraes  ce  mot  a  deux  sens:  V.  troupeau  de 
brebis  qui  n'ont  pas  encore  mis  bas  et  qui  ne  sont  pas  pleines;  2". 
clôture  dans  laquelle  on  élève  des  cochons.  La  seconde  signification  est 
la  primitive,  car  c'est  l'arabe  ^^.-^«îOI  (al-heir) ,  clôture  pour  le  bétail. 
L'autre  s'explique  aisément  :  on  enfermait  les  brebis  dans  une  clôture 
pour   empêcher  leur  accouplement,   et  au   lieu   de   dire:   les   brebis  du 


112 

alfeire ,  on  disait  alfeire[{o\}i  court.     Les  expressions:  ovelha  alfeina  et 
gado  alfeiro,  que  le  port  a  aussi,  sont  plus  exactes, 

*  Alfeiza  (et  non  pas  alfeizar,  comme  chez  Nuilez;  alfeizar  est  le 
verbe;  voyez  TAcad.)  (embrasure,  «fusior  in  pariete  apertura,  vel  fis- 
sura, ubi  aptalur  feneslra»  Acad.)  de  X^v^^î  {al-fesha),  que  Bocthor 
donne  dans  le  sens  à*espace  vide  (chez  Freytag  fosha,  «spaliura»).  Les 
embrasures  sont  justement  les  espaces  qu'on  laisse  vides,  quand  on  bâtit 
les  murailles.  P.  de  Alcala  donne  ce  mot  dans  l'acception  de  intervalo 
de  iiempo  (en  ce  sens  dans  les  Mille  et  une  nuits ,  I,  258,  1.  1  éd. 
Macnaghten);  c'est  au  fond  la  même  signification. 

*  Alfeizar  pg.  (le  manche  d'une  scie).  Sousa  fait  venir  ce  mot  de 
j\j^\,  dérivé  de  ^jj  (fazara) ,  «fidit,  rupit  ;  »  malheureusement  un  tel 
mot  n'existe  pas.  Peut-être  le  terme  port,  est-il  d'origine  berbère. 
Dans  cette  langue  ^^vUl  ifâssen  ou  iféssen)  est  le  plur.  de  (j^yî  (a fous) , 
qui  signifie  manche  d'un  outil  (proprement  main;  en  arabe  c\j  {yad)  a 
aussi  ces  deux  sens). 

Alfeloa  pg.  (anciennement  sucreries  en  général  (v.  S".  Rosa),  au- 
jourd'hui sucre  pour  confire)  de  ■■é^^^l\  (al-helâwa)  [*  pas  dans  Freytag, 
mais  très-fréquent] ,  des  sucreries.  De  là  un  confiseur  s'appelle  (^•^^ 
(helâwi) ,  en  vieux  portugais  alfeloeiro. 

AlfeiIique,  pg.  alfenim  (pâte  faite  avec  du  sucre  et  de  l'huile  d'aman- 
des douces)  de  cXAJUJi  (al-féntd),  dérivé  du  persan  Js-ôU  (pânîd) ,  «spe- 
cies  dulciorum ,  saccharum.  « 

*  Alferce /î^.  (bêche ,  houe)  de  ^j^UJi  {al-fa's  ou  al-fe's),  chez  Freytag 
securis,  chez  Alcala  açadon,  chez  Boclhor  et  chez  Hélot  bêche;  Drum- 
mond  Hay ,  Western  Barbary ,  p.  55:   «/a^,  a  large  Moorish  hoe.» 

Alferecia,  alferiche,  alfeliche  (épylepsie).  Le  P.  Guadix  dérive  ce 
mot  de  faras  (cheval),  parce  que  c'est  une  «enfermedad  de  temblores 
que  suele  dar  à  los  cavallos.»  N'étant  pas  à  même  de  décider,  si  c'est 
là  un  fait  incontestable  ou  bien  une  fiction  du  révérend  père,  je  ne 
puis  ni  rejeter  ni  accepter  cette  étymologie.  La  forme  alfeliche  et  l'idée 
de  trembler  (temblores)  semblent  indiquer  du  rapport  avec  la  racine 
arabe  ^ià>  {khaladja) ,  «  palpitavil.  » 

*  M.  Millier  observe:  «Xaav.UJI  .LâJî  (an-nâr  al-fârisîya)  est  érésipèle 
chez  les  Marocains  (Dombay,  p.  89);  de  même  chez  Avicenne,  p.  64  et 
25.    Quant  à  la  forme,  ceci  répond  fort  bien  au  mot  espagnol.    L'autre 


forme,  alfeliche,  olferiche,  répondrait  à  ^LàJî  (al^fâlich) ,  hémiplégie, 
Toulefois  je  ne  vois  pas  comment  il  serait  possible  de  transporter  le 
nom  d'une  de  ces  deux  maladies  à  Tépilepsie.  » 

*  La  diflîculté  à  résoudre  est  en  elfet  très-grande,  et  ce  n'est  qu'avec 
beaucoup  d'hésitation  que  j'ose  proposer  l'explication  qu'on  va  lire. 

*  Le  raot  esp.,  sous  ses  diiïérenles  formes,  signifie  proprement  «une 
maladie  de  petits  enfants  »  (Victor) ,  <^  enfermedad  peligrosa  (|ue  suele 
dar  à  los  ninos»  (Cob.),  «  usase  de  esta  voz  mas  propriamente  quando 
los  nifios  padecen  esta  enfermedad;  epilepsia  y  morhus  puerilist  (Acad.), 
et  en  arabe  convulsions  s'appelle  ^JUiJ  (Jachannodj)  (pas  dans  Freylag , 
mais  voyez  Berggren  sous  convulsions  et  sous  spasme ^  Bocthor  sous  ce 
dernier  mot,  et  une  note  de  M.  Millier  dans  le  Bulletin  des  séances  de 
l'Acad.  de  Munich,  année  1865,  II,  24).  Or  chez  Avicenne  (I,  327)  le 
chapitre  sur  les  convulsions  (^a^i^xJ') ,  dans  lequel  il  parle  des  convul- 
sions chez  les  enfants,  suit  immédiatement  celui  qui  traite  du  al-fâlidj , 
c'est-à-dire ,  de  l'hémiplégie.  Je  me  demande  donc  s'il  ne  serait  pas 
possible  qu'un  médecin  juif  ou  chrétien  se  fût  servi  d'un  exemplaire 
ou  plutôt  d'une  traduction  d'Avicenne,  où  le  titre  du  chapitre  sur  les 
convulsions  était  omis,  de  sorte  que  les  convulsions  semblaient  être 
traitées  dans  le  chapitre  sur  le  al-fclidj  ou  alfeliche.  On  sait  que,  dans 
les  anciennes  traductions,  les  noms  arabes  étaient  ordinairement  con- 
servés, et  de  celte  manière  on  s'explique  comment  il  s'est  fait  que  le 
terme  servant  à  désigner  l'hémiplégie,  a  été  transporté  aux  convulsions. 

Alferbz  (porte-drapeau)  de  (j**jUJi  [al-fâris  ou  al-fcris).  Ce  mot  arabe 
signifie  d'abord  cavaliei\  et,  puisqu'on  confiait  ordinairement  l'étendard 
royal  à  un  cavalier  courageux  et  bien  monté,  qui  ne  lâchait  pas  le 
pied  dans  la  mêlée,  les  Espagnols  donnèrent  le  nom  de  alferes  à  l'ofTi- 
cier,  soit  à  pied,  soit  à  cheval,  qui  portait  cet  étendard.  Telle  est 
l'explication  donnée  par  S».  Rosa. 

Alfbtbna  ,  alfetna ,  alfechna.  Ces  mots  se  trouvent  dans  |)lusieurs 
documents  du  X*  et  du  XI'  siècle  dans  le  sens  de  hosiilidadc ,  guerra , 
confenda  (S*.  Rosa).  En  arabe  iJJià^\  {al-fUna)  se  dit  dans  la  même 
acception. 

Af  '  '    nipicoz  (concombre),  de  (joywJI  {al-iutu»    ({ki  a  le  même  sens. 

Alfil  ;augure)  de  ^i\Jtl\  (al-fa'l),  «omen.»     Au  jeu  des  échecs,  a//?/, 

15 


114 

arfil,  désigne  le  fou  ;  celle  pièce  ayant  en  Orienl  la  figure  d'un  éléphant , 
on  rappelait  J^âJÎ  (al-ftl),  du  persan  J^aj  (pil),  éléphant. 

Alfilel,  alfiler,  pg.  alfinele,  val.  hilil  (épingle),  de  J^li^t  {al-khilél). 
Chez  Freylag  ce  mot  signifie  «  ligna  acula ,  quibus  veslimenlorum  partes 
inter  se  conneclunl. »  Mais  P.  de  Alcala  le  traduit  par  alfilel,  d'où  il 
résulte  qu'il  faut  ajouter  aux  lexiques  arabes  la  signification  à* épingle, 
[*  Marcel  Ta  aussi  sous  épingle], 

Alpitete  (espèce  de  pâle)  de  K-jLx^î  {aUfilâta ,  ou  al-fitîta  suivant  la 
prononciation  espagnole).  Ce  mot  arabe  manque  dans  les  lexiques. 
Suivant  P.  de  Alcala  il  désigne  mendrugo,  migaja  de  qualqmer  cosa. 

*M.  Defrémery  observe:  «Bocthor:  mielte  iCôUs  et  c^^aX?.  C'est  de 
ce  dernier,  ou  mieux  de  la  forme  consacrée  au  nom  d'unité,  que  vient 
l'esp.  alfilete,  plutôt  que  de  iC-j'Ljc.iJî.  »  —  Ce  qu'on  nomme  alfitele  est 
une  espèce  de  couscousou  (v.  l'Acad.),  et  l'on  trouve  chez  Berggren 
(p.  264):  «X-A«x.;Li,  fetîlé ,  espèce  de  boudin  fait  avec  du  lait  aigre  et 
beaucoup  de  beurre.»  Burckhardt  {Notes  on  the  Bédouins,  p.  32)  parle 
aussi  d'un  mets  qu'il  nomme  fttla.  La  forme  que  préfère  M.  Defrémery 
semble  donc  la  véritable;  cependant  je  crois  devoir  me  déterminer  en 
faveur  de  celle  que  donne  M.  E. ,  mais  avec  une  légère  modification. 
Ce  qui  m'y  engage,  c'est  que  al-feitte  chez  Berggren  et  Burckhardt 
semble  appartenir  au  dialecte  de  la  Syrie,  tandis  que  dans  le  nord  de 
l'Afrique,  c'est-à-dire,  dans  le  pays  où  la  langue  ressemble  le  plus  à 
celle  des  Arabes  d'Espagne,  on  dit  al- fêtât.  C'est  ce  qu'atteste  le  capi- 
taine Lyon,  qui  parle  de  ce  mels  {Travels  in  Northern  Africa  ,  p.  48, 
51),  et  qui  écrit  fetaat.  En  arabe  oUàil  est  un  collectif,  miettes,  le 
mets  en  question  étant  fait  de  miettes  («a  kind  of  crumpet»  chez 
Lyon).  Prononcé  à  la  manière  des  Arabes  espagnols,  c'est  aUfetét  (la 
première  voyelle  est  t  chez  Bombay,  p.  8  f),  et  le  dernier  e  dans 
alfitete  ne  me  semble  ajouté  que  par  euphonie. 

*  Alfobre  pg.  (rigole ,  petit  fossé  qu'on  creuse  dans  la  terre  pour 
faire  couler  de  l'eau  dans  un  jardin)  de  H^â^i  (al-hofré)  qui  a  le  même 
sens.  L'explication  du  mot  pg.  que  j'ai  donnée,  m'a  été  fournie  par 
Vieyra  ;  mais  on  voit  par  Moraes  qu'on  en  a  étendu  le  sens  en  l'appliquant 
aussi  à  une  planche,  c'est-à-dire,  à  un  petit  espace  de  terre  que  l'on 
cultive  avec  soin  pour  y  faire  venir  des  légumes,  et  qui  est  baigné  par 
une  rigole.    De  là  vient  que  S'.  Rosa  explique  les  mots  alfovre,  alfoufre, 


11^ 

alfoufe  et  alfouve,  qui  s'employaienl  autrefois  et  qui  sont  encore  en 
usage  dans  la  province  du  Miniio,  par:  «liuni  pequeno  pedaço  de  terra. » 
Les  formes  alfovre  et  alfoufre  répondent  fort  exactement  à  l'arabe  a/- 
hofre  ou  al-houfre. 

Alfocigo,  alfosligo,  alfonsigo,  pg.  aussi  (istico  (pistache),  de  vJU>««ait 
(al'fostac  ou  al'fostoc)  qui  a  le  même  sens. 

Alfolla,  alholla  (texidos  de  seda  y  oro),  de  iUL^sOi  (al-holla)  qui 
désigne  une  sorte  de  vôlement  rayé.  [*  En  arabe  holla  a  un  sens  très- 
vague,  car  il  désigne  plusieurs  sortes  d'étoffes  précieuses;  voyez  le 
Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  288]. 

Alfombra  (tapis)  de  «uJ=UI  (al-khomra)  qui  désigne  un  tapis  à  prier, 

Alfombra  (rougeole)  deaU^l  {al-homra),  «rubedo,  »  «rougeole»  Marcel. 

*  Alforado  (caballo  alforado).  Dans  une  constitution  de  Pierre,  roi 
de  Sicile,  citée  par  Carpentier  dans  Ducange,  on  lit:  «Quod  nullus 
eorum  baronem,  alium  feudalarium,  .  .  .  qui  ex  causa  exceptionis  ejus- 
dem,  sive  alia  quavis  causa  servitio  equi  armati  seu  alforali,  aut  quo- 
cumque  alio  servitio,  servire  nostrae  curiae  teneatur.  »  Carpentier  dérive 
cet  alforatus  de  l'esp.  alforja,  ce  qui  est  inadmissible.  Dans  les  docu- 
ments esp.  du  moyen  âge  il  est  aussi  question  de  cavallos  alforados,  en 
catalan  cavalls  alforrals,  et  M.  Mérimée  {Histoire  de  don  Pèdre  I"")  a  dit 
dans  une  note  (p.  250):  ^Cavalls  armais  e  cavalls  alforrals;  les  premiers 
étaient  bardés  de  fer,  les  seconds  avaient  des  couvertures  de  cuir  ou 
de  toile  piquée.»  M.  Antonio  de  Bofarull  {Crônica  de  Don  Pedro  IV  el 
CeremoniosOf  p.  47  dans  la  note),  qui  me  semble  dire  à  tort  que  M. 
Mérimée  est  revenu  plus  loin  (p.  452)  sur  celte  opinion,  avoue  qu'il  a 
été  fort  embarrassé  par  le  terme  en  question;  cependant  il  s'est  décide 
à  le  traduire  par  ahorrado,  parce  qu'il  le  fait  venir  de  l'arabe  al-horr , 
libre.  J'ai  des  doutes  sur  cette  étymologie.  Horr  signiQe  bien  «equus 
nobilis,»  mais  alforado  ne  peut  pas  venir  directement  de  ce  mot:  il 
viendrait  d'un  verbe  esp.  alforar  (=  ahorrar) ,  et  signifierait  affranchi, 
ce  qui  ne  convient  pas.  La  signification  semble  bien  être,  comme  Car- 
pentier Ta  dit,  bardé  de  fer,  el  le  terme  s'employait,  non-seulement 
en  parlant  d'un  cheval,  mais  aussi  en  parlant  d'un  mulet,  car  dans 
une  lettre  catalane  écrite  en  1568  par  Pierre  IV  d'Aragon  et  publiée 
nu-  Capmany  (Metnorias  sobre  la  marina  de  Barcelona,  H,  595),  je  lis: 
hom  armât  tôt  de  cap  à  pcus  ab  cavall,  roci,  6  mul  alforrat , 


116 

V  sols;»  mais  quant  à  son  origine,  je  dois  avouer  qu'elle  m'est  inconnue. 

*  ALFORFiao  pg.  (euphorbe)  de  Q^Aj.àiî  {al-forbiyôn) ,  la  forme  arabe 
de  euphorhium. 

^  Alforfon  (blé  noir  ou  sarrasin)  de  ^^sÀ5i  {al- for  for),  chez  Freytag 
«farina  parala  ex  fruclu  arboris  yanbut»  (cf.  Ibn-al-Baitâr,  II,  603); 
mais  en  Espagne  ce  sens  semble  s'être  modifié. 

Alforja  (besace)  de  _.i^t  (al-khordj)  qui  a  la  même  signification. 

"^  Alforra  pg.  (nielle,  maladie  des  grains)  A   Je  réunis  ces  deux  mots 

*  Alhorre  (croule  de  lait,  maladie  des  en-  >  parce  qu'ils  ont  la  même 
fants  nouveau-nés)  j  origine  et  qu'ils  ont 
éprouvé  le  même  changement  dans  la  seconde  voyelle.  En  arabe  la 
racine  ^.^  (harra)  signifie  «caluit,  incaluit,  ferbuit;»  de  là  ^.jî^Jî  (al- 
harr) ,  chaleur ,  qui  a  donné  naissance  au  mot  pg.  et  au  mot  esp. , 
quelque  différentes  que  soient  leurs  significations.  Quant  à  alforra, 
nielle,  nous  n'avons  qu'à  donner  la  définition  de  Moraes,  pour  qu'on 
s'aperçoive  à  l'instant  même  qu'il  vient  de  al-harr.  Voici  ce  qu'il  dit: 
«Humidade,  que  cài  nas  seàras,  e  paes,  e  ennegrecendo  com  o  calor  do 
Sol ,  as  rôe  como  a  ferrugem  ao  ferro.  »  Pour  ce  qui  concerne  l'esp. 
alhorre,  l'explication  de  Victor  suffira  également:  «espèce  de  gale  et 
feu  volant  bien  mauvais.  » 

"^  Chez  l'Archiprêtre  de  Hita  (copl.  981)  le  mot  alhorre  est  employé 
dans  un  tout  autre  sens,  mais  je  ne  comprends  pas  celle  phrase,  dont 
Sanchez  a  donné  une  explication  inadmissible,  et  peut-être  le  texte 
est-il  alléré. 

Alforza,  alhorza  (troussis ,  pli  pour  raccourcir  une  robe,  «la  dobla- 
dura  que  se  toina  en  la  saya  por  la  parte  de  abaxo»  Cob.).  Sans  m'oc- 
cuper  des  conjectures  proposées  par  le  P.  Guadix  et  par  Diego  de  Urrea, 
il  me  suffira  de  citer  P.  de  Alcala  pour  établir  l'élyraologie  du  mot  en 
question.  Chez  cet  auteur  c'est  'éj.:s^\J\  (al-hàzza)  qui  répond  à  alforza 
et  à  borde  del  vestido.     [*  Chez  Hélot  pli]. 

Alfoz,  au  pluriel  alfoces,  alfozes,  alhobzes  (canton).  Suivant  S''.  Rosa, 
alfoz  désigne  un  district  qui  a  sa  propre  juridiction  et  qui  se  gouverne 
selon  son  fiiero  particulier.  Pour  la  plupart  un  alfoz  n'embrassait 
qu'une  parochie,  ou  un  châleau  avec  ses  dépendances.  —  Il  dérive  de 
l'arabe  ;^r=^ii  (al-hauz)  qui  désigne  canton ,   district.     Il  est  clair  que  le 


117 

renseignement  de  Ducange:  aalhobzes  ...  vox  arabica,  qua  arces  et 
caslella  nolantur,»  est  inexact. 

*Alpresks  a.  pg.  Dans  une  charte  de  1352,  citée  par  S\  Rosa ,  on 
lit:  «Calças,  alfreses,  especias ,  bacias,  agumys ,  e  outras  cousas,  que 
tragem  pera  si.»  S\  Rosa  donne  à  ce  mot  le  sens  de  meubles,  ce  qui 
n'est  pas  tout-à-fait  exact,  car  c'est  Tarabe  (ji\/it  {aUfiréch)  qui  signifie 
«lapis  à  longues  laines  qui  sert  de  lit»  (de  Colomb,  Exploration  des 
hsours  et  du  Sahara  de  la  province  d'Oran,  p.  8). 

*  Alfugera,  alfurja,  alfuja  /j^f.  (ruelle  entre  les  maisons,  dans  laquelle 
les  habitants  de  ces  maisons  jettent  les  immondices)  de  »^s^\  {al-fourdja), 
«inlercapedo,  interslitium.» 

»  Algafacan  (pas  dans  les  dict.).  Dans  le  Cancionero  de  Baena  (p.  140 
6)  on  lit: 

Desid,  amigo  é  seîïor, 
Miss  fechos  que  via  van, 
Que  despues  que  me  parti 
De  vos,  llegando  aqui, 
En  mi  cassa  adolesci, 
Yo  ssofryendo  mucho  afan 
Con  dolor  de  algafatan. 

Les  auteurs  du  glossaire  ont  négligé  de  noter  cet  algafatan;  il  était 
cependant  nécessaire  d'en  parler,  d'autant  plus  que  la  leçon  est  altérée. 
C'est  algafacan  qu'il  faut  lire,  en  arabe  ^lsJi.c?J\  (al-khafacdn) ,  palpi- 
tation de  cœur. 

Algagias  (équipement  d'un  soldat  à  cheval)  de  iCx^iilxJÎ  {al-gâchiya)  qui 
désigne  une  couverture  de  selle.  Voyez  la  note  de  M.  Qiiatremère, 
Histoire  des  suit.  mamL,  1 ,   1 ,  4  et  suiv. 

*  M.  E.  a  trouvé  ce  terme  esp.  chez  Victor,  dont  il  a  reproduit  l'ex- 
plication française  (l'explication  italienne  est:  «vestito  da  soldati  a 
cavallo»)  ;  mais  je  doute  qu'un  mot  qui  désigne  les  habits  d'un  soldat, 
puisse  venir  d'un  autre  qui  signifie  couverture  de  selle.  Joignez-y  que, 
dans  l'Ouest,  le  mot  gâchiya  ne  signifiait  pas  cela;  les  voyageurs  qui, 
comme  Ibn-Batouta  (voyez  III,  228,  257,  595),  l'avaient  entendu  en 
Orient,  sont  obligés  de  l'expliquer  quand  ils  s'en  servent.  Selon  mon 
opinion ,  algagias  est  une  altération  de  ..oi^J!  (al-hawâidj) ,  plur.  de 
al-hddja,  qui  signifie  précisément  les  habits;  voyez  mon  Dict.  des  noms 


118 

des  vêiem.,  p.  303,  n.  1;  aux  passages  que  j*y  ai  cilés  on  peut  joindre: 
Extraits  du  roman  d'Antar,  p.  24 ,  1.8;  Hœsl,  Nachrichten  von  Marokos, 
p.  153;  Hurabert,  p.  19;  Delaporte,  Dialogues,  p.  53.  Le  mot  étant 
pour  un  étranger  d'une  prononciation  difficile,  il  a  été  corrompu  par 
les  Espagnols. 

Algaida  (bois,  hallier)  de  '\^fJt}\  (al-gaidha) ,  «arundinetum.» 

*En  ce  sens  le  mot  esp.  a  vieilli;  mais  on  l'emploie  encore  fréquem- 
ment sur  les  côtes  de  l'Andalousie  pour  désigner:  un  amas  de  sable  que 
le  vent  forme  sur  les  bords  de  la  mer  et  qu'il  déplace  sans  cesse 
(Acad.).  Dans  cette  acception,  il  semble  dérivé  du  verbe  (j^Lc  (gâça) 
qui  signifie  s'enfoncer,  p.  e.  ^^^^i  ^i,  «dans  la  terre»  (cf.  Ibn-Djobair, 
p.  115,  1.  17,  Maccarî,  II,  248,  1.  4  a  f.,  Mille  et  une  nuits,  1,  87  éd. 
Macnaghlen) ,  et  K-Aû,^i-il  (al-gaiça),  si  telle  est  la  forme  du  mot,  me 
paraît  signifier  proprement:  amas  de  sable  où  l'on  s'enfonce.  J'explique 
de  la  même  manière  le  mot  gauz,  que  je  trouve  dans  le  Voyage  au 
Ouadây  trad.  par  Perron  (p.  269,  286)  avec  le  sens  de  terrain  sablon- 
neux, plaine  sablonneuse, 

Algalaba  («vid  sylvestre»  Acad.).  Les  académiciens  de  Madrid  sont 
inexacts  en  faisant  venir  ce  mot  de  v^JL*.iJI  ^p^-Â-c,  'inab-ath-tha'lab. 
[*  On  ne  voit  pas  comment  algalaba  pourrait  être  une  altération  de  ce 
terme-là;  aussi  les  acad.  ne  disent-ils  pas  cela:  ils  font  venir  algalaba 
de  'inab  al-kalb,  qu'ils  estropient  un  peu  et  que  Freylag  n'a  pas,  mais 
qu'Alcala  donne  sous  escaramufo  o  gavança,  c'est-à-dire,  églantier.  Selon 
eux  aUkalb  ou  aUkeleb  serait  devenu  en  s'adoucissanl  algalaba"].  Le 
fait  est  que  le  mot  espagnol  en  question  n'indique  qu'une  espèce  de  ce 
genre  de  plantes.  Je  trouve  dans  deux  traités  arabes  sur  les  simples , 
man.  13  (1  et  3),  qu'il  y  en  a  deux,  dont  l'une  est  cultivée  dans  les 
jardins,  tandis  que  l'autre  est  sauvage,  et  que  cette  dernière  était 
désignée  en  Espagne  par  le  terme  populaire  de  KJLxii  al-gâliba.  C'est 
donc  là  l'origine  de  l'espagnol  algalaba, 

*Le  n*».  1  dans  notre  man.  13  est  un  exemplaire  d'Ibn-al-Baitâr,  et 
le  n°.  3  est  un  abrégé  de  l'ouvrage  de  ce  botaniste,  fait  par  Ibn-al-Cotbî 
(cf.  le  catalogue  des  man.  orient. ,  III ,  259)  ;  M.  E.  aurait  donc  pu  se 
borner  à  citer  le  texte  arabe  d'Ibn-al-Baitâr,  le  mot  étant  altéré  dans 
la  traduction  de  Sontheimer  (II,  212). 

Algalia  (civette)  de  iUiLxit  {al-gâUya)  qui  a  le  même  sens. 


119 

Alganame  a.  pg,  (berger,  «o  principal  paslor,  e  que  toma  sobre  si  a 
obrigaçao  de  conservar  e  aumenlar  o  rebanbo»    S*.  Rosa).     En  arabe 

aJL£  (ganam)  signiGe  moutons.  Un  substantif  ^LLà  (gannâm)^  dans  le 
sens  de  berger,  ne  m*est  pas  connu;  mais  il  serait  si  conforme  au  génie 
de  la  langue,  que  le  mot  portugais  alganame  me  semble  suffire  pour 
en  démontrer  l'exislence. 

*  Le  portugais  a  aussi  ce  mot  sans  l'article  arabe,  ganham  chez  S*. 
Rosa  sous  le  jf,  ou,  ce  qui  revient  au  même,  ganhao  chez  Moraes  et 
chez  Vieyra.  En  esp.  c'est  ganan,  qui  s'emploie  encore  («vaqueros  y 
gafianes,»  Lafuente  y  Alcânlara,  Cancionero  popidar,  I,  p.  xlix).  Au 
reste  l'opinion  de  M.  E.  est  confirmée  par  le  témoignage  de  Marcel , 
qui  donne:    a  berger,  gannâm.i> 

Algaphite  chez  Marina ,  gafeli  (eupatoire ,  aigremoine) ,  de  u>^_iLiJt 
{al- g â fit)  y  «agrimonia  eupatorium,»  Ibn-al-Baitâr,  II,  227. 

Algar  (caverne)  de  ^LiJi  [al-gâr),  «spelunca.  » 

Algara,  aussi  bien  que  l'arabe  »,Liii  (al-gârà) ,  désigne  une  incursion 
de  troupes  à  cheval  dans  un  pays  ennemi  pour  piller ,  et  aussi  les  troupes 
à  cheval  qui  font  une  telle  incursion, 

*  Algara  signiGe  en  outre:  pellicule  très-mince  d'œuf,  d'ognon,  d'ail, 
etc.  C'est  une  altération  de  iCibUil  (al-galâla) ,  pellicule ,  que  nous  avons 
déjà  rencontré  plus  haut  sous  la  forme  alara;  voyez  cet  article. 

*Algarabia,  algaravia,  pg.  aussi  algravia,  arabia  chez  Gil  Vicente 
(la  langue  arabe;  —  baragouin,  galimatias;  —  bruit  confus  de  plu- 
sieurs voix),  est  AAj-xIi  {al'*arabiya) ,  la  langue  arabe;  dans  un  passage 
chez  Ducange  on  lit:  «scientes  loqui  algaraviam  seu  sarracenice;»  mais 
comme  cette  langue  semblait  à  ceux  qui  ne  la  comprenaient  pas,  un 
galimatias  ou  un  bruit  confus ,  on  a  aussi  donné  ces  deux  sens  à  ce 
mot.  —  2o.  Algarabio ,  au  fem.  algarabia,  en  pg.  avec  le  v,  signiGe 
aussi  appartenant  au  royaume  d'Algarve,  un  homme  ou  une  femme  né 
dans  ce  pays.  C'est  ^yii^  (al-garbî),  au  fem.  al-garbtya.  —  3°.  Alga- 
rabia désigne  aussi,  selon  Nuilez,  deux  espèces  de  plantes,  à  savoir: 
a)  euphraise;  b)  plante  du  genre  centaurée.  D'après  l'Acad.,  c'est  une 
plante  sauvage,  qui  ressemble  au  thym,  mais  qui  est  plus  haute;  ses 
feuilles  sont  entrelacées,  et  on  en  fait  des  balais.  Les  académiciens  sup- 
posent qu'elle  a  reçu  ce  nom  à  cause  de  ses  feuilles  entrelacées  et  par 


120 

allusion  au  sens  qii'algarabia  a  ordinairement.  Cette  explication  me 
paraît  peu  naturelle;  mais  en  même  temps  je  dois  avouer  que,  puisque 
ach'Chauca  al-arahiya  {épine-arahique)  (dans  le  Mosta'înî  sous  k>.»tôL«j  et 
sous  j^-çLX-^,  et  chez  Ibn-al-Baitâr,  H,  114)  ne  convient  pas,  je  n*ai 
trouvé,  chez  les  botanistes  arabes,  rien  qui  explique  l'origine  du  nom 
de  ces  plantes. 

*  Algarada  (cris  poussés  par  des  gens  de  guerre  qui  se  battent)  ]  Je  réunis 
*ALARmA,  alarido  (clameur,  vacarme,  hurlement)  Jces  deux 

mots  parce  qu'ils  pourraient  bien  avoir  une  origine  commune.  M.  E.  a 
avoué  qu'il  ignore  l'origine  du  second,  et  quant  au  premier,  il  a  suivi 
l'opinion  générale  en  le  dérivant  de  algara.  Elle  est  assez  plausible,  j'en 
conviens:  les  Maures  avaient  la  coutume  de  pousser  des  cris,  des  hur- 
lements, pendant  leurs  algaras  ou  incursions;  en  outre  le  verbe  algarear 
(crier,  pousser  des  hurlements)  et  le  substantif  algarero,  qui  signifie  à 
la  fois  crieur  et  celui  qui  faisait  partie  de  V algara  y  viennent  à  l'appui 
de  cette  étymologie.  Toutefois  je  préférerais  pour  algarada  un  mot 
arabe  qui  signifierait  précisément  cris ^  hurlements.  Or,  un  tel  mot 
semble  avoir  existé,  et  il  explique  en  même  temps  l'origine  de  alarida. 
Sa  racine  est  le  verbe  ^— c  (garida) ,  qui ,  dans  la  langue  classique ,  ne 
signifie  que  chanter,  en  parlant  d'un  oiseau,  mais  qui,  dans  la  langue 
des  Magribins,  signifiait  aussi  crier,  hurler.  C'est  ce  qui  résulte  d'un 
passage  d'une  Histoire  des  Hafcides  de  Tunis ,  laquelle  est  écrite  dans 
une  langue  qui  semble  à  peu  près  celle  du  peuple,  et  dont  M.  Cherbon- 
neau  a  publié  de  longs   extraits.     Dans  ce  passage  on  lit  (Journ.  asiat. 

de  1852,  II,  218):  ^,*1\  Vjiiî  ^^lyi^  ^aI^s^^  ^è  ,^a  J^r  ^iJ^Jb  ô^ , 
«tous  les  soldats  de  son  armée  se  mirent  à  crier:  Partons  pour  l'Occi- 
dent!» Sans  doute  on  a  aussi  formé  de  ce  verbe  un  substantif  dans 
le  sens  de  clameur,  et  il  me  paraît  indubitable  que  alarida,  alarido, 
vient  de  ce  côté-là.  Quant  à  algarada,  je  n'ose  pas  être  aussi  affirma- 
tif,  l'autre  étymologie  pouvant  être  admise;  cependant  je  serais  tenté 
de  le  faire  venir  de  la  même  racine,  et  de  supposer  que  le  c?  a  été 
omis  par  euphonie  dans  algarear  et  dans  algarero, 

'^  Algaravide.  Ce  mot  se  trouve  comme  le  nom  d'un  impôt  dans  le 
Fuero  de  Caslroverde  de  Campos  (vers  1197),  où  on  lit  {apud  Llorente, 
Noticias    de  las  très  provincias  vascongadas,  IV,  548):    «Concedo  vicinis 


121 

de  Caslroviride  ul  non  pectent  homicidiiim,  non  rausuni ,  non  manne- 
riam,  non  nunliuni,  non  eliam  algaravide,  non  furnum  régis,  non 
zobacado,  non  caslellage,  non  sigillum,  nec  vicini  nec  eorum  vasalli.  » 
Le  sens  et  l'origine  de  ce  lerme  me  sont  inconnus. 

*Algarivo,  algaribo  (pas  dans  les  dict.).  En  arabe  ^-oy^it  (al-gartb) 
signifie  étrange,  inusité,  et  aussi  étranger.  Celle  dernière  acception  est 
encore  fort  reconnaissable  dans  le  leslament  d*Henri  II  de  Castille  (dans 
Ayala,  Crônica  de  D,  Enrique  II,  p.  119),  où  on  lit:  «Olrosi,  por  quanto 
la  raerced  que  ovimos  fecho  à  Doua  Beatriz  de  lo  mostrenco  é  algaribo 
de  la  Fronlera,  se  la  avemos  quitado,»  elc.  Ici  algaribo  doit  signifier: 
les  biens  des  étrangers  décédés  en  Castille  et  qui  appartiennent  au  roi, 
comme  le  prouve  la  comparaison  de  mostrenco ,  qui  désigne  les  biens 
dont  le  maître  est  inconnu  et  qui  appartiennent  au  roi.  Mais  en  esp. 
le  sens  du  mot  arabe  s'est  sensiblement  modifié,  car  il  a  reçu  dans 
celle  langue  celui  de  mauvais,  méchant.  Ainsi  on  lit  dans  l'Alexandre 
(copl.  1519): 

Asmaron  un  conseio  malo  é  algarivo 
Por  alguna  manera  que  lo  presiessen  vivo. 
Dans    le    Cancionero    de   Baena  il    a  même    celui    de    démon,  car  on  y 
Irouve  (p.  237): 

Angel  fuste  Lusifer, 
Mas  tornaste  algarivo. 

ALGARRAD4  (machinc  de  guerre  pour  lancer  des  pierres)  de  a^î.-*Jt 
(al-arrâda)  qui  désigne  la  même  chose. 

*  Dans  les  deux  autres  acceplions  indiquées  par  Nuilez,  c'est  =  al- 
garada;  voyez  l'Acad. 

Algarroba,  [*garroba],  pg.  alfarroba  (caroube),  de  K-j^^i^Jî  (al-khar- 
rôba)  qui  a  le  même  sens. 

*  Algarve  («vent  du  couchant,  garbin,»  Victor)  de  i-»-*-JI  (al-garb) , 
l*ouest,  (venl)  d'ouest.  —  Games  emploie  algarve  dans  le  sens  de  algar, 
caverne,  quand  il  dit  (Cronica  de  Don  Pedro  Niho ,  p.  24):  «Andando 
un  dia  Juan  Niilo  por  la  tierra  faciendo  guerra  con  otros,  acogieronsele 
à  un  algarve  fasta  docientos  ornes:  el  algarve  estaba  muy  alto  en  una 
peila  --;  é  Juan  Nino  fizoles  poner  una  escala»  etc. 

Algava  ,  algaba  (bosque),  de  iCjUJt  (aUgâba)  qui  a  le  même  sens. 

*  Algazapan.     On  lit  dans  le  Cancionero  de  Baena  (p.  156): 


122 

Non  floresca  don  Fulan, 
Nin  sus  palabras  daîiadas, 
Crueles ,  compoçofiadas , 
Pilloros  de  algaçafau. 

Dans  le  glossaire  ce  mot  est  expliqué  ainsi:  «Racine  amère  comme  la 
coloquinle,  dont  on  faisait  des  pilules  purgatives.  C'est  un  mot  arabe.» 
Quand  on  ne  donne  pas  le  mot  arabe ,  il  est  facile  de  dire  que  c'est 
une  «racine  amère,»  mais  ce  qui  Test  moins,  c'est  de  le  prouver,  et 
pour  ma  part  je  ne  puis  voir  dans  cette  explication  qu'une  conjecture. 
Il  s'agit  sans  doute  d'un  médicament  très-désagréable  au  goût,  et  je 
crois  reconnaître  dans  le  mot  en  question  le  terme  arabe  ^j^àxI]  {al-'afç), 
noix  de  galle.  Les  Arabes  eux-mêmes  ont  transposé  les  lettres  de  ce 
mot,  car  chez  Alcala  agalla  est  'açfa;  de  même  chez  Dombay,  p.  78. 
Or,  le  changement  de  al-açfa,  prononciation  adoucie  al-'açafa,  en  al- 
gaçafan,  est  parfaitement  régulier,  excepté  que  le  n  est  de  trop,  et 
peut-être  le  poète  ne  l'a-t-il  ajouté  que  pour  la  rime.  Joignez-y  que 
les  Arabes  faisaient  réellement  usage  de  pilules  de  noix  de  galle,  comme 
le  prouve  ce  passage  emprunté  à  la  traduction  latine  de  Serapion  (éd. 
de  Venise  de  1550,  fol.  88  c):  «  Pilulae  quae  fîunt  cum  gallis,  et  con- 
ferunt  ad  diariam  antiquam,  et  lubricitatem ,  et  singultum.  ^,  galla- 
rum  viridium  ,  »  etc. 

Algazara  [,  *  pg,  algazarra,  ital.  gazzarra  et  gazzurro,  réjouissances 
à  coups  de  canon,  au  bruit  des  instruments  militaires]  (bruit,  cris). 
Ayant  à  faire  ici  avec  un  mot  arabe  qui  était  particulier  au  langage 
vulgaire,  et  qu'on  chercherait  en  vain  dans  les  lexiques  et  chez  les 
auteurs,  je  donnerai  tout  ce  que  j'ai  pu  recueillir  sur  ce  terme  et  sur 
quelques  autres  qui  sont  de  la  même  famille.  —  Suivant  P.  de  Alcala 
le  verbe  gazzara  ^ic  signiGe  baladrear,  ladrar,  [*  ganir,  dezir  a  menudo, 
parlar  o  hablar^]  hablar  a  memido ,  murmurar  (et  aussi  médire;  P.  de 
Alcala  traduit  la  demande  du  confesseur:  Defraxistes  de  algun  diziendo 
mal  del,  par  *.;^  w>sac  s^'é^  Ooî  ^yn  {gazarl)  Ojiji).  Le  substantif  yii 
(gazir)  se  dit  dans  le  sens  de  baladron  ,  bozinglero  ^  parlera,  hablador  y 
deslenguado  que  habla  mucho ,  et  enfin  B^t^c  (gazâra)  signifie  parla,  mur- 
mullo  de  gente ,  roydo  murmurando ,  roydo  con  ira.  C'est  évidemment 
le  mot  qui  a  donné  naissance  à  l'espagnol  algazara.  —  Dans  ma  tran- 
scription de  gazara  en  caractères  arabes,  j'ai  suivi  le  système  de  P.  de 


123 

Alcala,  bien  que  les  significations  données  ne  présentent  aucun  rapport 
logique  avec  la  racine  ^j-ê,  à  laquelle  les  lexiques  n'attribuent  d'autre 
sens  que  celui  de  copiosus  fuit,  abundavit.  Toutefois  il  y  a  d'autres 
racines  dont  le  son  ressemble  un  peu  à  gazara ,  et  qui  expriment  la 
même  idée.  Le  verbe  ,Oc»P  (hadara),  p.  e. ,  signifie  gemuil ,  rugiil,  et 
jô<9  {hadzara)y  deliràvit,  garrulus  fuit  in  sermone.  D'un  autre  côté,  la 
XII*  forme  de  hadara  s'emploie  dans  le  sens  de  copiose  effusa  fuit  {plu- 
via) ,  ce  qui  n'a  rien  de  commun  avec  les  autres  significations  de  ce 
verbe,  mais  ce  qui  semble  avoir  de  l'analogie  avec  jjc.  (gazara),  copia» 
sus  fuit.  Je  crois  donc  qu'à  cause  de  la  facilité  avec  laquelle  les  lettres 
du  même  organe,  le  n  et  le  ^,  le  J,  le  ô  et  le  j,  se  permutent,  il  y 
a  quelque  rapport  entre  les  trois  racines  ^^P,  .a^  et^j-£,  et  qu'on  peut 
ainsi  ajouter  à  la  racine  jj^  les  significations  que  j'ai  tâché  de  lui 
attribuer.  En  examinant  d'autres  racines  arabes,  on  pourra  trouver 
d'autres  d'exemples  du  même  fait.  Sans  doute  il  y  a  dans  les  lexiques 
plusieurs  significations  hétérogènes  qui  se  laissent  expliquer  de  cette 
manière. 

*  Je  ne  comprends  pas  comment  M.  Miiller,  après  avoir  lu  cet  arti- 
cle, a  encore  pu  voir  dans  algazara  une  transposition  de  xj'^-cjjî  (ajs- 
zagrata),  nom  d'action  du  verbe  quadrilittère  oyi;  (zagrala). 

*Algazitl,  selon  l'Acad.  «mesembryanthemum  nodiflorum,»  dont  la 
cendre  contient  de  l'alcali.  En  arabe  ^^mJ^^  (al-gasoul)  signifie  alcali, 
soude,  dont  on  fait  du  savon  ou  de  la  poudre  de  savon;  comparez 
Harîrî,  p.  86  et  228,  de  Sacy ,  Chrest,  ar,,  III,  209.  Forskâl ,  qui 
est  cité  par  Freytag,  donne  également  J^-w.UJ!  pour  mesembryanthemum 
nodiflorum.  Mùller.  —  Comparez  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  354.  Chez 
Fischer  {Gemàlde  von  Valencia ,  I,  136):  «  Aguasul ,  sorte  de  mesem- 
bryanthemum.» 

Algebra.  En  arabe  j^:f\^\  (al-djebr)  signifie  réduction,  et  de  là  on  dit: 
•jJbUui'^  J'^^^  (J^  Çilf^i  al'djebr  wa* l-mocâbala) ,  «  la  science  des  réduc- 
tions et  des  comparaisons,»  l'algèbre.  [*  Cf.  Mahn,  Etym,  Unlers. , 
p.  150.  Dans  l'ancien  porl.  almocabala  ou  almucabala  seul  désignait  aussi 
l'algèbre;  voyez  Moraes].  —  Le  mol  arabe  en  question,  ainsi  que  son 
dérivé  espagnol,  se  dit  aussi  dans  le  sens  de  réduction,  opération  de 
chirurgie  par  laquelle  on  réduit  les  os  luxés  ou  fracturés.  De  là  alge- 
bri.sia  signifie  concertador  de  guesos. 


124 

Algemas  pg,  (menoUes,  fers  qu'on  met  aux  poignets  d'un  prisonnier) 
de  ^.«.^Lj^ii  (al'djâmi'a) ,  «columbar.»  Ce  mot  arabe  dérive  du  verbe 
djama'a  (réunir,  lier  ensemble),  parce  que  ces  fers  lient  ensemble  les 
deux  mains.  Comparez  le  terme  espagnol  esposas,  dans  lequel  on  retrouve 
la  même  idée. 

*  Algemifao  (petit  mercier  qui  vend  des  choses  de  peu  de  valeur  et 
qui  transporte  sans  cesse  sa  boutique  d'un  endroit  à  un  autre)  est 
composé  de  l'arabe  «_A«é._^Jî  {al-djemV),  le  tout,  et  de  la  terminaison 
burlesque  fao,  avec  laquelle  on  peut  comparer  frado  dans  algimifrado 
(voyez  cet  article).  Le  sens  est:  celui  qui  vend  toutes  sortes  de  choses  ». 

Algerife,  pg,  algerive  (grand  et  long  filet  de  pêcheur).  Bien  que  je 
n'aie  aucun  doute  sur  l'origine  arabe  de  ce  mol ,  ainsi  que  de  aljarfa 
[*  aussi  aljarfe]  qui  est  évidemment  de  la  même  famille,  je  n'ai  pas 
encore  réussi  à  trouver  le  terme  arabe  d'où  il  vient.  La  racine  vJj-:=- 
(djara/a) ,  qui  y  répondrait  exactement  pour  ce  qui  concerne  la  forme, 
ne  présente  aucun  rapport  quant  à  la  signification. 

"^M.  Defrémery  demande  si  ces  mots  ne  viendraient  pas  de  o--ê 
(garafa) ,  hausit;  mais  comme  un  filet  ne  sert  pas  à  puiser  de  l'eau ,  il 
faut  répondre  négalivement  à  celte  question.  Pour  découvrir  leur 
origine,  il  faut  appliquer  la  règle  dont  il  a  été  question  dans  l'Intro- 
duction (p.  18,  19)  et  selon  laquelle  le  z  arabe  se  change  quelquefois 
en  g  devant  e  et  i,  en  j  devant  a,  o  et  u.  Suivant  une  autre  règle 
(ihid, ,  p.  20) ,  le  b  arabe  devient  v  (pg.  algerive) ,  et  ce  v  se  change 
ensuite  en  f.  La  racine  arabe  est  donc  ujjj  (zaraba)  et  le  substantif 
qui  en  dérive  est  V;>-^^  {az-zarb) ,  qui  signifie  proprement  enceinte  de 
filets  et  de  là  filet  ;  voyez  plus  loin  ma  note  sur  l'article  almadraba. 
En  esp.  ce  mot  est  devenu  selon  les  règles  établies  plus  haut  et  en 
négligeant  l'assimilation  de  la  consonne  de  l'article,   ce  qui  était  néces- 


l)  ALGER  devrait  suivre  ici  selon  M.  MûUer,  qui  a  très-bien  prouvé  qu'en  arabe  -Ai^UJ 
signifie  chaux  ;  mais  je  dois  avouer  que  l'existence  de  ce  mot  en  espagnol  me  paraît  fort 
douteuse.  Aucun  dictionnaire  ne  le  donne  excepté  celui  de  Cobarruvias ,  où  M.  Mûller 
l'a  trouvé  dans  le  sens  de  plâtre.  Ne  serait-ce  pas  une  faute  d'impression  pour  algez, 
qui  signifie  précisément  cela  et  qui  manque  chez  Cob.?  Remarquez  en  outre  qu'il  dit: 
«cierto  genero  de  yesso ,  y  algezar,  el  yessar  de  donde  se  saca.»  Or  algezar  (plàtrière) 
ne  peut  pas  venir  de  aliter  j  il  vient  de  ulgcz,  et  c'est  ainsi  que  je  crois  devoir  lire 
chez  Cob. 


saire  parce  que  le  z  avait  été  changé  en  /.•  (aljarbe,  aljarve)  aljarfe , 
aljarfay  qui  signifie  P.  un  filet  épais  et  goudronné,  2^  la  partie  la  plus 
épaisse  d*un  filet;  voyez  l*Acad.  qui  ajoute:  «retis  quoddam  genus, 
Arabibus  usitatum.»  Un  autre  substantif  dérivé  de  la  même  racine  et 
ayant  aussi  le  sens  de  grand  filet,  est  ^Aj^jii,  az^zerlbCf  ou,  selon  les 
mêmes  règles:  (algeribe) ,  algerive  (chez  Vieyra) ,  algerife.  Comparez 
l'article  qui  suit. 

*  Algeroz  pg,,  algiroz  pg.,  aljaroz  pg.  (gouttière).  Il  faut  faire  sur 
ces  mots  presque  les  mômes  observations  que  sur  ceux  dont  je  viens  de 
parler.  La  racine  est  de  nouveau  z-r-h  y  y^j,  zariba,  mais  dans  le 
sens  de  fluxit  (aqua).  La  substantif  est  aussi  az-zarb  (pour  ia  voyelle 
voyez  Lane),  «canalis  aquae  vel  aquae  via,»  au  plur.  v^^;^^  {az-zorôb), 
ou  d'après  les  règles  citées  précédemment ,  al-jorôb,  La  première 
voyelle  a  été  corrompue  dans  toutes  les  formes  port. ,  de  même  que  la 
dernière  consonne,  ce  qui  arrive  très-souvent  (voyez  Tlntrod.,  p.  24, 
n^  6).  Le  mot  portugais  ne  vient  donc  pas  du  sing.,  mais  du  plur.; 
c'est  proprement  les  gouttières.  Son  origine  a  déjà  été  exposée  très-bien 
par  Sousa,  et  elle  ne  saurait  être  douteuse,  quelques  graves  change- 
ments que  le  terme  ait  éprouvés,  car  aujourd'hui  une  gouttière  s'appelle 
en  Afrique  et  en  Asie  v^^j-^  {mizrdb ;  chez  Freytag  aussi  «canalis 
aquae»),  qui  vient  de  la  même  racine;  voyez  Bocthor,  Berggren,  Marcel 
et  Hélot  sous  gouttière,  Humbert,  p.  193. 

Algez  (gypse,  plâtre)  de  u-a^jî  (al-djeçç)  qui  a  le  même  sens. 

Algibe  (citerne)  de  w^^l  {al-djoubb),  «puteus,»  algibe  de  agua  (Aie). 
En  espagnol  algibe  se  dit  encore  dans  le  sens  de  prison ,  cachot.  Cette 
signification,  qui  manque  dans  les  lexiques  arabes,  se  trouve  chez  P. 
de  Alcala  au  mot  carcel  en  et  campo  et  dans  une  note  de  M.  Qualre- 
mère,  Hist,  des  suit,  maml.,  I,  1 ,  70  [*et  II,  2,  95  ;  de  même  chez 
Ibn-Batoula,  I,  256,  IV,  47  et  48,  et  dans  les  Mille  et  une  nuits,  XII, 
306  éd.  Fleischer,  où  djoubb  est  le  synonyme  de  ^^^,  prison}, 

*  Le  ou  y  qui  est  devenu  t  dans  algibe  (cf.  l'Inlrod. ,  p.  27),  s'est 
conservé  dans  le  pg.  aljube;  dans  un  document  navarrais  de  1351  (apud 
Yanguas,  Antig.  de  Navarra,  I,  30)  on  lit  aljup,  et  les  Mauresques  écri- 
vaient alchupe  {Mem.  hist.  esp. ,  V,  430).  Le  pg.  enxovia  (prison  sou- 
terraine) est  une  altération  du  même  mot. 

*  Algideiha  pg.  fpochc).  Aujourd'hui  le  mol  s^tVi^î  {al-djcbira)  signifie 


126 

en  Algérie  et  parmi  les  Touareg:  un  sac  en  cuir,  une  giberne,  que  le 
cavalier  suspend  à  l'arçon  de  sa  selle,  el  qui  tombe  librement  comme 
la  sabretache  ;  voyez  Cherbonneau  dans  le  Journ.  asiat,  de  1849,  I,  65; 
Daumas,  La  grande  Kabylie ,  p.  253;  Carette,  Géographie  de  l'Algérie, 
p.  111;  Carteron ,  Voyage  en  Algérie,  p.  315.  Tout  le  monde  dans  la 
grande  colonie  française  connaît  ce  mot  djebtra ,  et  peu  s'en  faut  qu'il 
n'ait  déjà  acquis  droit  de  cité  en  France,  car  les  auteurs  qui  vivent 
en  Algérie  et  qui  écrivent  des  scènes  de  mœurs ,  des  nouvelles ,  etc. , 
l'emploient  comme  un  mot  très-ordinaire  et  sans  le  souligner  (voyez  p.  e. 
la  Revue  de  r Orient  el  de  VAlg,,  nouvelle  série,  VIII,  237,  245).  Cepen- 
dant il  n'est  pas  dans  les  lexiques  arabes  et  on  ne  peut  pas  même  le 
rattacher  à  la  racine  ^-.^->  (djabara).  M,  Prax,  il  est  vrai,  a  tâché  de 
l'en  dériver.  i<Djebîra,y^  dit-il  (Commerce  de  l'Algérie,  p.  15),  «vient 
du  verbe  djebar,  qui  signifie  trouver.  C'est  là  en  etfet  que  le  Targui 
trouve  tout  ce  dont  il  a  besoin.»  Il  est  très-vrai  que  ce  verbe  a  reçn 
en  Barbarie  le  sens  de  trouver  ;  mais  au  reste  cette  étymologie  est  dans 
le  genre  de  celle  qui  fait  venir  posca  de  poscere,  «quia  qûisque  poscere 
poterat.  »  Le  fait  est  que  aUdjebira  est  une  altération  du  pg.  algibeira, 
qui  est  un  mot  hybride.  L'arabe  a  v^»;^-.^Oi  {al-djeib),  |qui  signifie 
proprement  la  fente  d'une  chemise  ;  mais  «  comme  les  Arabes ,  »  dit  M. 
Lane,  «portent  souvent  des  objets  dans  la  fente  de  la  chemise,  ils 
appliquent  à  présent  ce  terme  à  une  poche  ;  »  cf.  Boclhor  et  Berggren 
sous  poche.  En  Afrique  on  prononce  ordinairement  al-djib  (Marcel  et 
le  Dict,  berbère  sous  poche,  Bombay,  p.  82,  Barth,  Reisen,  V,  705), 
et  à  cet  al'djîb  ou  algib  les  Portugais  ont  ajouté  la  terminaison  eira 
qui  appartient  à  leur  langue,  algibeira.  Chez  eux  le  sens  est  resté 
absolument  le  même;  algibeira  est  une  poche  d'habit,  de  gilet,  etc. 
(«bolso  nos  vestidos ,  onde  se  guarda  alguma  cousa»  Moraes)  ;  mais  le 
mot  ayant  été  rendu  par  eux,  sous  la  forme  qu'ils  lui  avaient  donnée, 
aux  Africains,  avec  lesquels  ils  avaient  des  rapports  fréquents,  sa  pro- 
nonciation et  sa  signification  ont  été  modifiées.  Algibeira  étant  une 
forme  barbare,  on  a  dit  al-djebira,  qui  serait  une  forme  très-correcte 
si  le  mot  venait  réellement  de  la  racine  djabara.  Quant  à  la  signifi- 
cation, de  même  que  poche  se  prend  aussi  chez  nous  dans  le  sens  de 
sac  (une  poche  de  blé,  etc.),  on  a  donné  en  Afrique  à  djebtra  le  sens 
de  sac  en  cuir.     Déjà  chez  les  Maures   d'Espagne  il  avait  reçu  un  sens 


127 

maloguc,  puisque  P.  de  Alcala  traduit  porta  carias  par  jabâyra.  En 
Algérie  djeblra  signiûe  de  même  portefeuille  (voyez  Hélot)  ;  mais  je  dois 
encore  observer  que  la  forme  donnée  par  Alcala  et  qui  en  portugais 
est  aljabeira  (chez  Moraes),  n'est  pas  tout-à-fait  la  même.  Voici  com- 
ment je  l'explique:  au  lieu  de  djaib  ou  djib,  on  a  dit  aussi  ^^o»  djabb, 

de  même  qu'on  dit  aujourd'hui  djabba  (*a>)  ^our  poche  (Marcel,  Hélot), 
et  à  ce  djabb  ou  djab,  jab,  les  Esp.  et  les  Port,  ont  ajouté  leur  termi- 
naison era  ou  eiray  car  je  me  tiens  persuadé  qu'en  espagnol  aussi  il  a 
existé  autrefois  un  mot  comme  aljabera, 

*  Giba  dans  le  latin  du  moyen  âge  (voyez  Ducange;  l'arabe  a  aussi 
djtba  ou  giba  pour  poche,  cf.  Bocthor),  et  le  fr.  giberne  (ital.  giberna) 
me  semblent  aussi  venir  du  même  mot  arabe  djîb, 

*  Algimifbado  (paré,  fardé)  est  un  mot  dans  le  genre  de  algemifao. 
En  arabe  J  *  ♦..f^Ji  {al-djernil  ^  al-djimil  par  l'influence  de  la  voyelle 
longue  qui  suit)  signifie:  beau,  joli;  on  en  a  retranché  la  dernière 
lettre  et  on  y  a  ajouté  frado,  qui,  comme  fao  dans  un  algemifao,  n'est 
qu'une  terminaison  burlesque.  Adonisé  répondrait  assez  bien  au  terme 
espagnol. 

*  ALGiRao  pg,  (l'ouverture  dans  le  filet,  par  laquelle  le  thon  y  tombe) 
de? 

Algodon,  [*alcoton,  v.  Nuilez,  alchoton ,  Villanueva,  VI,  274,  I.  1, 
algolon,  Esp.  sagr.,  XXXIV,  455,  I.  2]  pg.  algodao  (du  coton),  de  ^laiiJî 
{al-coton)  qui  a  le  même  sens.  De  ce  mot  arabe  dérive  encore  le  vieux 
français  aucoton,  ainsi  que  les  formes  auqueton,  aucion,  acofon,  aqueton, 
et  le  nom  moderne  hoqtteton,  pour  désigner  une  sorte  de  casaque  mili- 
taire qui  se  mettait  par-dessus  la  chemise.  Voyez  Burguy,  Gloss.  de  la 
langue  d'Oïl,  p.  3. 

Algorfa  ,  algofra  (grenier,  sobrado) ,  de  XsJlH  [al-gorfa)  qui  signifie 
celda  camara,  cenadero  en  sobrado,  camara  donde  dormimos ,  camara 
como  quiera  (Aie),  chambre  haute  (Bocthor). 

*  Algorin  («séparation  dans  un  moulin  à  huile,  où  l'on  dépose  les 
olives  à  mesure  qu'on  les  apporte»  Nuûez), 

*  Algcarin  (en  Aragon  le  petit  magasin  où  l'on  dépose  la  farine  ou  les 
olives  à  moudre;  aussi:  la  caisse  où  tombe  la  farine  qui  sort  de  dessous 
la  meule).     Ces  deux  mots,   ou  plutôt  ces  deux  formes  du   même  mot. 


128 

viennent  de  i^j-^^^  (al-hort) ,  magasin,  comme  l'Académie  le  dit  avec 
raison;  mais  si  elle  a  trouvé  alguarin  dans  Alcala,  elle  a  été  plus 
heureuse  que  moi.  Au  reste  al-hort  a  encore  une  fois  passé  dans 
Tespagnol  sous  la  forme  alholi ,  et  pour  alholi  on  disait  en  Navarre 
algorio  ;  voyez  Yanguas,  Antig.  de  Navarra,  I,  29. 

"^Algoz  pg,  (bourreau).  Le  mot  j_AJi  {al-Gozz)  désigne  proprement 
une  tribu  turque,  mais  on  l'a  appliqué  aux  Curdes  ;  voyez  Weijers  dans 
Rulgers  ,  Historia  Jemanae,  p.  143,  144;  Qualremère,  Hist.  des  suit, 
maml,  I,  2,  272  et  274;  Ibn-Khaldoun,  Hist,  des  Berbères,  II,  502, 
1.  4  a  f.  Dans  la  seconde  moitié  du  XIP  siècle,  un  corps  de  Gozz  vint 
de  l'Egypte  dans  le  nord  de  l'Afrique  avec  Carâcoch,  qui  joua  un  grand 
rôle  dans  ce  pays.  Peu  à  peu  ces  Gozz  entrèrent  comme  archers  au 
service  des  Almohades,  et  les  chroniqueurs,  tels  qu'Abd-al-wâhid,  Ibn- 
Khaldoun  et  l'auteur  du  Cartâs  ^  parlent  très-souvent  d'eux.  En  France 
on  les  connaissait  aussi.  Un  troubadour  provençal,  Gavaudan  le  Vieux, 
les  nomme  dans  son  appel  à  la  croisade  contre  le  roi  de  Maroc  Almançor, 
composé  en  1195,  quand  il  dit  (dans  Raynouard,  Choix,  IV,  85): 
Totz  los  Alcavis  a  mandatz, 
Masmutz,  Maurs,  Gotz  e  Barbaris. 
«Il  (le  roi  de  Maroc)  a  appelé  aux  armes  tous  les  alcavis  [toutes  les 
tribus,  al-cabîla],  Masmoudes,  Maures,  Gozz  ^  et  Berbères.» 

Sous  l'empire  des  Almohades,  les  Gozz  jouissaient  d'une  très-grande 
faveur.  Almançor  préférait  ces  étrangers  aux  soldats  de  son  propre 
pays,  et  tandis  que  ces  derniers  ne  touchaient  leur  solde  que  trois  fois 
par  an,  les  Gozz  touchaient  la  leur  tous  les  mois,  et  encore  était-elle 
beaucoup  plus  forle.  «Ce  sont  des  étrangers,»  disait  le  monarque;  «ils 
ne  possèdent  rien  ici,  ils  vivent  uniquement  de  leur  solde,  tandis  que 
mes  autres  serviteurs  ont  des  terres  et  des  fiefs.  »  Et  pourtant  les  chefs 
des  Gozz  recevaient  de  lui  des  fiefs  beaucoup  plus  considérables  que 
ceux  que  possédaient  les  Africains,  tant  sa  partialité  pour  eux  était 
excessive  ^     Ce  fut   l'époque   de   leur  puissance   et   de  leur   grandeur; 


1)  Ce  dernier   les  nomme  comme  faisant  déjà   partie  de    l'armée  de  Yousof  ibn-Téchou- 
fîn,  ce  qui  est  une   erreur. 

2)  M.  Diez   {Leben  und   Werke  der  Troubadours,    p.  525)    traduit  Goths ,    et  naturelle- 
ment il  trouve   fort  étrange  que  le  poète  ait  confondu  les  Goths  avec  les  Sarrasins. 

3)  Ces   détails    curieux   se  trouvent  chez  'Abd-al-wâhid ,  p.  210. 


129 

mais  peu  à  peu  les  circonslances  changèrent.  Nous  ignorons  comment 
cela  se  Ct  ;  toujours  est-il  qu'au  XVIP  siècle  nous  les  trouvons  bien 
déchus  du  haut  rang  qu'ils  occupaient  autrefois.  Dans  ce  temps-là 
c'étaient  encore  des  archers,  mais  dans  un  autre  sens,  savoir  dans  celui 
d'agents  de  police  chargés  de  mettre  les  fers  aux  prisonniers,  de  leur 
donner  le  fouet,  et  enfin,  de  leur  couper  la  tête,  comme  nous  le  savons 
par  le  P.  Francisco  de  San  Juan  de  el  Puerto ,  qui ,  dans  son  intéres- 
sante Mission  historial  de  Marruccos ,  parle  souvent  de  ces  «Algozes 
infernales»  (voyez  p.  266  a,  293  6,  297  6,  300  a,  311  a,  etc.).  — 
On  voit  donc  comment  il  s'est  fait  que  algoz  a  reçu  en  port,  le  sens 
de  bourreau  et  algozaria  celui  à* action  cruelle. 

Alguacil,  a.  pg.  alvacil,  alvazil,  alvazir,  alvasir^  alvasil,  alvacir 
(S*.  Rosa) ,  de  .^\yl\  (al-wazîr),  vizir.  Quant  au  changement  des  lettres, 
ce  mol  n'offre  rien  de  remarquable;  c'est  la  grande  différence  entre  un 
vizir  et  un  alguacil  espagnol  qui  m'oblige  à  entrer  dans  quelques  détails 
historiques  ;  je  voudrais  indiquer  les  causes  qui  ont  amené  un  change- 
ment aussi  considérable  dans  la  signification  primitive  du  mot.  En 
Orient  ce  sont  les  membres  du  conseil  qui  portent  le  titre  de  vizir, 
tandis  que  le  premier  ministre  est  le  grand  vizir ,  ou  le  vizir  par  ex- 
cellence. Mais  sous  le  règne  des  Omaiyades  en  Espagne ,  le  fonction- 
naire le  plus  puissant  était  le  hâdjib  (chambellan)  ;  ainsi  le  fameux 
Almanzor  était  le  hâdjib  du  calife  Abdérame  III;  et  le  nombre  de  ceux 
qui  portaient  alors  le  titre  de  vizir  était  très-grand:  le  monarque  le 
conférait  souvent  aux  gouverneurs  des  villes,  de  sorte  qu^il  était  devenu 
à  peu  près  l'équivalent  de  notre  duc  (cf.  M.  Dozy,  Recherches,  I,  15 
de  la  l**  édit.).  Dans  un  passage  d'Ibn-al-Abbâr  p.  e.  (apud  Dozy,  Re- 
cherches, I,  p.  xxxiv  de  la  2«  édit.),  le  calife  Hichâm  II  nomme  Abd- 
allah, surnommé  Pierre-sèche,  gouverneur  de  Tolède,  en  ajoutant  à 
celte  dignité  le  litre  de  vizir.  Chez  Ibn-Adhârî  (II,  266),  Yahyâ  le 
Todjîbide,  gouverneur  de  Saragosse,  porte  le  même  titre.  C'est  dans 
celte  acception  que  le  mol  a  passé  dans  la  langue  des  Espagnols  et 
dans  celle  des  Portugais.  Les  passages  des  anciennes  chartes  cités  par 
S\  Rosa  ne  laissent  aucun  doute  à  cet  égard.  Dans  un  document  de 
1087  il  est  question  de  D.  Sisnando,  «alvacir  e  senhor  de  Coimbra ,  e 
de  loda  a  terra  de  Santa  Maria,»  el  dans  un  autre  on  lit:  «Dux  in 
Colimbria  Sesnandus    alvazir.»»     Les   moines   de   St.  Pierre   de  Arouca 

17 


130 

portent  plainte  contre  les  héritiers  de  Téglise  de  St.  Etienne  de  Moldes 
«ante  Alvazir  Domno  Sisnando,  qui  dominas  erat  de  ipsa  terra  ipsis 
temporibus. »  De  ces  documents  et  de  quelques  autres,  tous  du  XP 
siècle,  il  résulte  que  dans  ce  temps-là  alvazir  se  disait  dans  le  sens  de 
gouverneur  d'une  ville,  d'un  district,  qui  y  exerçait  en  même  temps 
la  juridiction.  Cette  dernière  attribution  seule  s'est  perpétuée.  Dans 
les  documents  du  XIP,  du  XIW  et  du  XIV*  siècle,  alvazil  a  le  sens 
de  juge  ordinaire  et  de  première  instance.  Dans  les  actes  des  Corles 
de  Lamego,  de  1142,  on  lit  ces  paroles:  «Mulier,  si  fecerit  malfairo 
viro  suo  cum  homine  altero,  et  vir  eius  accusaverit  eam  apud  alvazil,» 
etc.  Ces  juges  étaient  choisis  par  la  commune,  tandis  qu'au  contraire 
les  Indices  étaient  nommés  par  le  souverain.  —  Plus  tard  on  trouve 
plusieurs  sortes  de  algiiaciles  qui  ajoutaient  à  leur  titre  le  nom  du  tri- 
bunal dans  lequel  ils  siégeaient  ;  ainsi  il  y  avait  des  alguaciles  de  la 
Santa  Inqxiisicion,  de  Cnizada,  de  las  Ordenes  militares,  etc.  (Acad.). — 
On  les  désignait  encore  en  général  par  le  nom  de  alguaciles  mayores , 
afin  de  les  distinguer  des  alguaciles  menores,  qui  n'étaient  que  les  exé- 
cuteurs des  sentences  des  tribunaux,  les  huissiers.  C'est  dans  cette 
acception  spéciale  que  le  mot  est  usité  dans  l'espagnol  moderne. 

Alguaquia  (once,  chez  Marina)  de  îCaJs^^î  {al-ouquiya)  ou  K-x-s^Jî  (a/- 
woqutya)  qui  a  le  même  sens. 

Alguaquida,  [*aulaquida,]  (allumette) ,  de  lX-^^M  {al-waquîd)  que  Mar- 
cel traduit  par  allumette, 

**  Pour  al-waquM  dans  le  sens  à' allumette,  Quatremère  (Hist,  des  suit, 
maml.,  II,  2,  132)  cite  Delaporte,  Dialogues,  p.  36;  ajoutez  Berggren, 
Hélot  et  Naggiar  sous  allumette;  mais  quant  au  mot  esp.,  il  vaut  mieux 
le  faire  venir  de  la  forme  al-wagiuda,  que  P.  de  Alcala  donne  sous 
mecha  para  encender.  Au  reste,  M.  Mûller  observe  avec  raison  que 
M.  E.  a  oublié  les  formes  aluquete  et  luquete;  mais  il  n'est  pas  tout- 
à-fait  exact  de  dire,  comme  il  le  fait,  que  c'est  la  même  forme;  c'est 
le  diminutif  al-wouqueid,  que  donnent  Bombay  (p.  80)  et  Humbert  (p.  196). 

*  Alguarin.     Voyez  après  algorin. 

Alguarismo,  ["*  guarismo,  algoritmo]  (l'arithmétique).  Ce  nom  est  dérivé 
de  .Liiî  [al-gohâr) ,  les  figures  par  lesquelles  on  représente  les  nombres. 
De  là  pUiJi  jjlû  ou  ^LiJî  yJ^m.s>  Çilm  al-gohâr  ou  hisâb  al-gobâr)  désigne 
l'arithmétique. 


131 

*  P.  de  Alcala  traduil  alyiiarismo  par  hisdb  al-gobàr;  mais  quoique  ce 
>oit  la  même  chose,  on  ne  voit  pas  comment  ce  serait  aussi  le  même 
mot,  et  ^,  Defrémery  observe  avec  raison:  «Il  est  maintenant  bien 
connu,  grâce  aux  recherches  de  MM.  Reinaud  {Mcm,  sur  l'Inde,  p.  305 
etsuiv.),  Michel  Chasles  (Comptes  rendus  de  VAcad.  d»  sciences ,  t.  XLVIII, 
séance  du  6  juin  1859)  et  Woepcke  {Sur  Vinlrod,  de  Varithm,  indienne 
en  Occident  t  p.  16  et  suiv.) ,  que  le  mot  alguarismo  et  sa  forme  fran- 
çaise algonsme  viennent  de  ,^;'>^î  (al-Khowârezmî) ,  surnom  du  fa- 
meux algébriste  Abou-Dja'far  Mohammed  ibn-Mousâ,  par  les  traducteurs 
duquel  la  méthode  du  calcul  en  question  pénétra  en  Europe  au  XiP 
siècle,  et  qui  est  désigné  dans  les  man.  par  les  noms  de  Mohammed, 
lilius  Moysis  Alchorismi  ou  Giafar  Alkoresmi,  ou  simplement  Alchoresmi.» 

Alguaza  (gond,  penlure)  ? 

*L*origine  de  ce  mot,  qui  est  usité  en  Aragon,  ne  saurait  être 
douteuse,  car  gond,  penlure,  a  toujours  été  en  arabe  \i-^jJ\  (ar-razza)  ; 
voyez  Freylag,  Lane,  Alcala  sous  visagra  de  mesa,  Dombay,  p.  91, 
Humbert,  p.  192,  Bocthor  et  Marcel  sous  gond^  Berggren  sous  penlure. 
Les  Aragonais  doivent  l'avoir  reçu  de  personnes  qui  ne  pouvaient  pas 
prononcer  le  r ,  et  qui ,  par  conséquent ,  étaient  aussi  obligées  dans 
cette  circonstance  de  ue  pas  assimiler  la  consonne  de  l'article  à  la 
première  consonne  du  substantif. 

Algubxi,  albexi,  alveci,  alveici  h.  lat.  Dans  une  charte  citée  par 
Ducange  on  lit:  «Manlos  duos  aurifusos,  alio  alguexi  auro  texte,  .  .  . 
cum  dalmaticis  duabus  auro  fusis,  et  alla  albexi  auro  lexla.  »  C'est 
l'arabe  ^jJt  (al-ivac/n)  qui  désigne  une  sorte  d'élo/fe  précieuse.  D'après 
Edrîsî,  cité  par  M.  Dozy  {Dicl.  des  noms  des  vêlem.,  p.  134,  cf.  437), 
on  la  fabriquait  à  Ispahan,  et  selon  Maccarî  (1,  123),  que  M.  Dozy  cite 
aussi,  il  y  avait  à  Almérie,  à  Malaga  et  à  Murcie  des  fabriques  de 
al'Wacht  al-modhahliab ^  tial-ivachî  enlremôlé  d'or.»  Ces  derniers  mots 
répondent  précisément  au  alguexi  auro  texto  chez  Ducange.  Dans  un 
document  cité  par  S\  Rosa  il  est  question  de  «alara  [*  ce  mot  est  altéré; 
comparez  mon  article  alagara]  una  de  alvejci  ...  très  avectos,  unuui 
de  alveci  et  alia  lisaz  [*  lisez  tiraz].»  Je  crois  reconnaître  dans  cet 
alvejci  ou  alveci ^  que  S\  Rosa  explique  par  une  sorte  de  soie  blanche  et 
très-fine,  le  même  mot  arabe  al-wachi. 

*Lcs  copistes  des   carlulaires  ont   souvent  altéré  ce  mot;   il  faut  le 


152 

reslituer  p.  e.  dans  un  document  de  1073,  publié  dans  VEsp.  sagr, 
(XXXVI,  p.  Lxi) ,  où  on  lit:  «et  tiinicara  de  carchexi ,  et  dalmaticam 
de  tiraz;»  et  dans  un  autre  de  998  {ihid,,  XL,  409),  où  le  texte  porte: 
«  dalraalica  de  ozoli  una ,  et  alia  tiraze.  »  On  disait  aussi  oxi  et  oxsi  ; 
voyez  M.  Defrémery,  Mémoires  d'hist.  orient.,  p.  208. 

*  Alguidar  pg.  (vase  de  terre)  de  ^\.<ax}\  {al-ghidhâr) ,  qui,  comme  je 
Tai  démontré  ailleurs  (Glossaire  sur  Edrîsî ,  p.  554) ,  a  le  même  sens. 
Chez  Maccarî  (Seconde  partie,  III,  125,  1.  12  éd.  de  Boulac)  on  lit: 
^^Lj  ^^aLJI  Q>J^^i  Q^  t^L^isi:  &-jl\~>  ^aj  ^^^,  «il  plaça  devant  lui 
un  plat  contenant  un  mets  apprêté  avec  de  la  saumure.  »  Voyez  aussi 
ibid.,  1.  14. 

*  Alhada  pg,  (mets  assaisonné  avec  de  Tail).  Comme  l'ail  rend  les 
mets  piquants,  alhada  est  selon  toute  apparence  le  participe  au  féminin 
H^L^l  (al'hâdda) ,  la  piquante.     Le  substantif  est  sous-entendu. 

'^  Alhadida  (cuivre  brûlé,  oxyde  de  cuivre)  est  exactement  l'arabe 
»A^A-:?uil  {al'hadtda)  y  que  Freytag  n'a  pas  en  ce  sens  et  qui  apparte- 
nait au  langage  populaire  des  Arabes  d'Espagne ,  car  l'auteur  du  Mos- 
ta'înî  dit  à  Tarticle  (jo^^  (c'est  le   grec  ;^^A;coV),    «nom  sous  lequel 

on  entend  le  cuivre  brûlé»  (^^^^uil  (J/.L.5UJÎ):  iÛLc  ^L^^L  ëjcjjc^il  y>^ 
,j^ J jw-i'îiJt ,  «c'est  ce  qui  s'appelle  al-hadîda  dans  le  langage  populaire 
de  l'Espagne.»  Cette  phrase  manque  dans  le  raan.  de  Leyde,  mais 
elle  se  trouve  dans  celui  de  Naples,  qui  est  plus  complet,  et,  en  géné- 
ral, plus  correct.  Le  mot  est  encore  en  usage  en  Afrique,  car  on  lit 
chez  M.  Prax  (dans  la  Revue  de  V Orient  et  de  VAlg.y  V,  22):  <ihadîda, 
le  protoxyde  de  cuivre,  est  chauffé  à  la  vapeur  et  dissous  ensuite  dans 
une  petite  quantité  d'eau  ;  les  femmes  se  servent  de  cette  préparation 
pour  fermer  les  pores  de  la  peau  et  arrêter  ainsi  la  transpiration  du 
corps.  Cette  préparation  est  aussi  employée  comme  un  collyre  pour  la 
guérison  des  yeux.»  Hœst  {Nachrichlen  von  Marokos,  p.  275)  nomme 
parmi  les  marchandises  d'exportation:   ^hedida,  un  minerai.» 

Alhaite.  Dans  le  testament  de  D.  Pedro  (apud  Ayala,  Chronic, 
p.  962)  on  lit:  «E  otro  si  mando  à  la  dicha  infant  ...  la  corona  que 
fué  del  rey  mio  padre  . . .  é  dos  alhailes  de  los  que  yo  tengo.  »  Dans 
le  Dict.  de  TAcad.  ce  mot  est  expliqué  par  joyel.  Ce  renseignement 
est  conforme  à  l'étymologie ,  car  l'arabe  i2.A.i^Ji  {al-khait)  se  dit  dans 


153 

la  même  acception  (cf.  P.  de  Alcala  au  mot  joyel).  Chez  Marina  le  mot 
en  question  est  écrit  alahytes.  C'est  la  comparaison  avec  l'arabe  qui 
m'a  fait  préférer  la  forme  alhaite. 

*Si  M.  E.  avait  connu  le  testament  de  Don  Pédre,  roi  de  Castille, 
non-seulement  par  les  citations  de  l'Acad.  et  de  Marina,  mais  aussi  par 
le  texte  qui  a  été  publié  d'après  l'original  et  avec  beaucoup  de  soin 
par  Llaguno  Amirola,  à  la  fin  de  la  chronique  de  ce  roi  par  Ayala,  il 
aurait  vu  qu'il  n'y  a  aucun  doute  sur  la  véritable  leçon,  laquelle  est 
alhayte.  Le  mot  se  trouve  six  fois  dans  ce  testament  (p.  562,  1.  6, 
13,  19,  p.  565,  1.  22,  54,  p.  564,  1.  5),  et  le  roi  énumère  minutieu- 
sement les  pierres  précieuses,  les  perles,  etc.,  dont  se  composaient  ses 
alhaytes.  En  arabe  hhait  signiûe  proprement  fil,  et  de  là  cordon  de 
choses  enfilées,  collier,  en  esp.  sartaL  Aussi  P.  de  Alcala  a-t-il:  sarial 
de  aljofar,  hhait  min  djauhar.  «Aujourd'hui,»  dit  Llaguno  Amirola, 
«les  Maures  appellent  ainsi  le  collier  de  perles,  de  corail  ou  de  pierres 
précieuses,  dont  leurs  femmes  font  usage  pour  parer  le  cou  et  la  poi- 
trine.» Dans  le  long  testament  de  Jean  P""  (dans  la  Cronica  de  Don 
EnriqvelII,  p.  434,  1.  15)  il  est  aussi  question  du  «alhayte  de  los 
balaxes.  » 

Alhaja  (ameublement,  ménage)  de  iC>L^î  (al-hâdja).  Chez  Freytag 
ce  mol  arabe  n'a  que  la  signification  très-générale  de  «res  necessaria.» 
Il  désigne  encore  des  habits  (cf.  Dozy ,  Dicl,  des  noms  des  vêt.,  p.  305), 
trebejo  de  nihos ,  joya,  alhaja  (Alcala). 

*  Alhaja,  qui  s'emploie  surtout  au  plur. ,  désigne  en  général  toute 
chose  qui  a  quelque  valeur,  et  plus  spécialement  tout  ce  qui  est  destiné 
à  l'usage  ou  à  l'ornement  d'une  maison  ou  d'une  personne,  comme 
tapisseries,  lits,  bureaux,  etc.,  ou  habits,  bijoux,  etc.  (Acad.).  En 
arabe  le  plur.  al-hawâidj  signifie  de  même,  comme  Qualremère  l'a  dé- 
montré (llist.  des  suit.  maml. ,  I,  2,  158):  «les  objets  qui  servent  à 
l'usage  d'un  homme,  ses  ustensiles,  ses  meubles;»  aussi,  comme  je  l'ai 
dit  ailleurs,  «ses  babils,»  et  en  ce  sens  le  mot  a  encore  une  fois  passé 
dans  l'espagnol  sous  la  forme  algagias  ;    voyez  ma  note  sur  cet  article. 

*  Alualmb        \       ^  „„ 

\       Tous  ces  mots  appartiennent  au  XV«  siècle.     Dans 

>  un  inventaire  publié   par  Saez   (Valor  de  las  monedas 

*  Alhambbia    (     ,  ,  ,     .  '  „    . 

\   durante  cl  rcynado  de  Don  tnnquc  IV,  p.  527)  on  lit; 


154 

Cosas  de  alhameria. 

Dose  pîesas  de  alhame  de  lino. 
Dos  piezas  de  almalafas. 
Dies  piesas  de  alhames  de  seda. 
Quatre  piezas  de  aliiiocazas. 
Seis  almaisares. 

On  voit  que  alhame  désigne  ici  une  espèce  d'étoffe,  et  je  crois  y  recon- 
naître l'arabe  j.L^t  (al-khâm).  Ce  mot,  qui  est  d'origine  persane,  est 
proprement  un  adjectif  et  signifie  dans  cette  langue,  de  même  qu'en 
arabe  (voyez  Lane):  crUf  écru.  Employé  en  manière  de  substantif,  il 
désigne  1°.  toile  écrite ,  celle  qui  n'a  point  été  blanchie;  2°.  soie  écrue, 
celle  qui  n'a  point  été  mise  à  l'eau  bouillante.  Ces  deux  significations 
cadrent  à  merveille  avec  l'inventaire,  où  il  est  question  d'abord  de 
alhame  de  toile,  ensuite  de  alhame  de  soie;  en  outre  les  étoffes  appelées 
al'khâm  étaient  fabriquées  en  Espagne ,  notamment  à  Almérie ,  vers 
l'époque  où  l'inventaire  a  été  dressé,  car  Ibn-al-Khatîb  appelle  cette  ville 
«celle  du  khâm  et  du  marbre»  {Mi'yâr  al-ikhtibâr ,  p.  13,  1.  1  éd.  Si- 
monet).  Quant  à  alhamerïa  (lingerie),  il  est  facile  d'y  reconnaître  alhame 
augmenté  de  la  terminaison  esp.  erïa.  —  Dans  le  Cancionero  de  Baena, 
alhame  ,  alhalme  et  alhelme  sont  employés  dans  le  [sens  de  tunique , 
chemise.     On  y  lit  (p.  511): 

Si  al  me  provades,  aqui  me  someto 
De  nunca  vestir  camisa  nin  alhame. 


Ailleurs  (p.  339): 
Et  enfin  (p.  289)  : 


Aquesta  tierra  non  lleva 
Alhalmes  nin  alcandoras. 


Delgado  como  varal, 
Traya  Juan  de  Perea 
Un  alhelme  por  librea 
Cenido  con  un  hyscal. 

C'est  le  même  mot  arabe,  le  vêtement  ayant  reçu  le  nom  de  l'étoffe 
dont  il  était  fait.  Le  /  est  intercalé  comme  dans  beaucoup  d'autres 
mots  esp.  dérivés  de  l'arabe  (voyez  l'Introd.,  p.  25,  n°.  1),  et  alhelme 
(alheme)  est  al-khâm  prononcé  comme  al-khcm.  —  Il  est  vrai  que  dans 
le  Glossaire  sur  le  Cancionero,  ces  mots  sont  dérivés  du  verbe 


135 

(hamâ) ,  qui  signifie  défendre  ;  mais  c'est  une  de  ces  assertions  hasar- 
dées comme  il  y  en  a  tant  dans  ce  travail,  et  dont  il  serait  inutile 
de  s'occuper. 

Alhamkl  (portefaix)  de  JU-^s^Jl  (al-hammél)  qui  est  dérivé  du  verbe 
hamala ,  porter. 

*  Anciennement  a/Aawc7  signifiait  sans  douie  portefaix  ;  Cobarruvias, 
qui  cite  Tamarid,  et  Victor  ne  lui  connaissent  pas  d'autre  sens,  et 
hammél  signifie  cela  en  arabe  {ganapan  chez  Alcala).  Mais  selon  PAcad. 
alhamél  est  en  Andalousie:  un  homme  qui  se  loue  pour  transporter  des 
fardeaux  sur  son  cheval.  Sans  doute  le  mot  arabe  avait  aussi  celle 
acceplion,  car  hammél  est  au  Maroc  le  cafileur,  celui  qui  loue  ses  cha- 
meaux, ses  chevaux  ou  ses  mulets,  pour  le  transport  des  marchandises, 
des  bagages  des  voyageurs,  etc.  (voyez  Hœst,  Nachrichten  von  Marokos, 
p.  90,  278).  En  outre,  on  donne  en  Andalousie  le  nom  à'alhamél  au 
cheval  de  somme.  C'est  peut-être  par  catachrèse  ;  il  se  peut  que  les 
Andalous  aient  détourné  le  sens  du  mot  en  l'appliquant  non-seulement 
à  l'homme  qui  loue  sa  bête,  mais  encore  à  celte  bêle  même;  cependant, 
comme  les  Arabes  disent  «un  vaisseau  hammél  n  pour  désigner  un  vaisseau 
de  transport  (voyez  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  288,  289),  ils  peuvent 
aussi  fort  bien  avoir  dit  «  un  cheval  hammél  »  dans  l'acception  de  sommier. 

Alhandal  (Irochisque  de  coloquinte)  de  J>.Ji-JL.^\J1  (al- hantai) ,  «colo- 
cynthis.  » 

Alhama  («alcoba,  camara  donde  se  duerme»  Cob.)  de  îCaJL^JÎ  (al- 
hâniya),  «officina,  laberna.» 

*  Elymologie  très-malheureuse  pour  beaucoup  de  raisons,  car  V.  l'ac- 
cent s'y  oppose  (alhania) ,  2".  la  signification  ne  convient  nullement , 
3°.  le  mot  arabe  n'était  pas  en  usage  en  Espagne,  elc.  M.  Defréraery 
dit  fort  justement  que  alhania  vient  de  K^^L^i  (al-hantya),  arc,  voûte, 
arcade.  Je  puis  établir  la  vérité  de  celle  assertion  par  une  preuve 
sans  réplique,  à  savoir,  par  ces  paroles  de  Gonzalez  de  Clavijo  (Vida 
dcl  gran  Tamorlan ,  p.  155):  «E  ante  la  puerla  desla  alhania,  que  era 
un  gran  arco.  » 

Alhanzaro.     C'est  le  nom  arabe  de  la  fête  de  Saint-Jean,  \i.K2Xx}\  (al- 
'nnçara).     Dans   la  Cronica  gênerai  (fol.  325,   col.  4)    il    faut  lire  alhâ- 
ira  y  c'est-à-dire,  alhanzaro,  au  lieu  de  alhazaro,  comme  l'a  démonlré 
M.  Dozy  (Becherches  y  II,  p.  lxxv). 


136 

*  Comme  il  s'agit  ici  d*an  mot  espagnol  qui  n'est  pas  dans  les  dic- 
tionnaires, quoiqu'il  ait  donné  naissance  à  un  verbe,  et  d'un  mot  arabe 
qui,  dans  cette  acception,  n'est  pas  non  plus  dans  les  lexiques  et  dont 
je  n'ai  pu  parler  qu'incidemment  dans  mes  Recherches,  où  j'avais  une 
tout  autre  question  à  traiter,  je  crois  devoir  entrer  ici  dans  quelques 
nouveaux  détails. 

*  Les  Arabes  ont  sans  doute  reçu  le  mot  *ançara  des  juifs.  Dans 
l'Ancien  Testament  nn^v  i^acara)  signifie:  assemblée,  réunion  du  peuple 
pour  célébrer  les  fêtes  religieuses.  Du  temps  de  Josèphe ,  c'était  la 
pentecôte,  et  dans  le  Talmud  on  trouve  le  mot  dans  la  même  acception 
(voyez  Gesenius,  Thésaurus  in  voce,  et  Winer,  BihL  Realwôrterbuch , 
II,  244).  Encore  aujourd'hui  la  forme  arabe  ançara  désigne,  parmi 
les  Copies,  la  penlecôle  (v.  Lane,  Modem  Fgyptians,  II,  563)  et  Frey- 
lag  l'a  en  ce  sens  sous  ^*ac  ;  mais  comme  en  réalité  la  signification 
primitive  du  terme  est  très-vague,  il  n'est  pas  étonnant  qu'on  l'ait 
aussi  appliqué  à  d'autres  fêtes.  En  Espagne  c'était  la  Saint-Jean  * ,  que 
les  Maures  fêtaient  aussi  bien  que  les  chrétiens  (cf.  Mem.  hist.  esp., 
IX,  102).  Cet  usage  s'est  perpétué  dans  le  Maroc,  et  l'on  trouve  des 
détails  curieux  sur  ce  sujet  chez  Mouette,  Histoire  des  conquestes  de 
Motiley  Archy  y  p.  355  (lanserà) ,  et  chez  Chénier,  Recherches  historiques 
sur  les  Maures,  III,  224  {al-ansarà) ;  voyez  aussi  Grâberg  di  Hemsil , 
Specchio  geogr.  e  statist.  dclV  impero  di  Marocco,  p.  236,  et  Hœst,  Nach- 
richten  von  Marokos ,  p.  251.  Ce  dernier  voyageur  a  donné  (p.  255)  la 
traduction  d'un  calendrier  où  Eldnsera  est  fixé  au  25  juin ,  ce  qui , 
comme  on  voit,  est  une  légère  erreur.  Les  Espagnols  ont  formé  de  ce 
substantif  le  verbe  alanzorear  dans  le  sens  de  fêter  quelqu'un.  Je  le 
trouve  chez  Rojas ,   Relaciones  de  algmios  sucessos  de  Berberia  (Lisboa , 


l)  Comparez  avec  le  passage  de  Maccarî  (il,  88),  que  j'ai  déjà  cité  ailleurs,  Ibn-al- 
Baitâr  (man.  13)  sous  l'article  i^j^ll  Hj^xj]  *^.j  j^^  qL^-^I  *^j.  De  même 
chez  Ibn-al«'Auwâm ,  II,  442.  Ce  dernier  auteur  donne  souvent  le  nom  de  umois  de 
Vançara»  au  mois  de  juin,  et  chez  lui  l'adjectif  'a?içart  désigne  un  fruit  qui  mûrit  au 
mois  de  juin  (voyez  p.  e.  I,  27l).  Dans  le  calendrier  de  Rabî'  ibn-Zaid,  dont  Libri  a 
publié  une  ancienne  traduction  latine  [l/ïst.   des  sciences   viathémat.  en  Italie ^  I,  428), 

on  lit  sous  le  24  juin  :  «  Est  dies  alhansora. Et  in  ipso  est  festum  nativitatis  Jo^ 

bannis   filii  Zaccharie.  » 


137 

1613,  fol.  56  r") ,  qui  dit:  «A  cslo  vino  el  Grani  que  eslava  en  Fez, 
donde  liavian  alanzorear  à  Muleixcque,  y  Iruxo  consigo  hasla  600  ca- 
vallos.  » 

Aliiaquin  («sabio,  doclo,  especialmcnte  medico»  Marina)  de  ^jJ^.^J\ 
{al'haquîm)  qui  se  dit  dans  la  même  acception. 

*  Aussi  alfaquim  (chez  Villanueva,  XVIII,  294,  trois  fois).  En  outre, 
alhaquin  signifiait  tisserand.  Dans  celte  acception  il  vient  de  eVjL^Ut 
{al-hâtc) ,  selon  M.  Millier,  de  ce  mot,  «ou  de  yS'LA^^il  {al-haiyâc)  y  ou 
plutôt  encore  de  ^^j^J!  (al-hauqui),^  selon  M.  Defrémery.  Aucun  de 
ces  mots  ne  me  semble  convenir  suffisamment  avec  alhaquin  ^  el  dans 
ce  dernier  je  crois  reconnaître  le  plur.  ,^.aJC.jI^Î  (al-hâïquîn)  (on  sait 
que,  dans  la  langue  vulgaire,  le  plur.  est  toujours  m,  jamais  onn),  les 
tisserands.  Il  est  notoire  que  plusieurs  mots  arabes  ont  passé  dans 
Tcsp.  sous  la  forme  du  plur.  (voyez  Tlntrod.  p.  28,  n^  b),  et  dans  le 
cas  dont  il  s'agit,  il  y  avait  une  fort  bonne  raison  pour  l'employer, 
car  le  quartier  où  demeuraient  les  tisserands  s'appelait  al-hâïqinn  (com- 
parez l'article  zacatin),  et  il  était  fort  naturel  que  les  Espagnols  don- 
nassent à  un  homme  de  ce  quartier  le  nom  de  alhaquin.  La  même 
observation  s'applique  peut-être  à  zarracalin  (voyez  cet  article). 

Alharaca  («es  un  desasossiego  y  alboroto  que  alguno  tiene  con  dema- 
siado  sentimiento  y  movimiento  de  cucrpo  por  cosa  de  poco  momento  » 
Cob.)  de  K^=>^J!  (al-haraca),  mouvement, 

Alhavara  («cierto  derecho  que  se  pagaba  en  las  alahonas  de  Sevilla» 
icad.)  ? 

*  C'est  uniquement  par  conjecture  que  les  Acad.  ont  donné  ce  sens 
à  alhavara,  car  de  leur  temps  le  mot  avait  cessé  d'être  en  usage,  et 
ils  ne  le  connaissaient  que  par  ce  passage  des  Ordenanzas  de  Sevilla  : 
«Otrosi  que  el  alhavara  de  las  atahônas  que  sea  pucsta  en  docc  mara- 
vedis  del  cahiz.  »  A  mon  avis  ce  n'est  nullement  le  nom  d'un  impôt , 
mais  celui  d'une  espèce  de  farine,  et  le  sens  est  que,  pour  chaque 
cahiz  (nom  d'une  mesure  pour  les  grains)  de  alhavara  (espèce  de  farine), 
il  fallait  payer  douze  maravedis.  Si  l'on  prend  le  mot  en  ce  sens,  son 
origine  s'explique  à  merveille,  car  en  arabe  ^^\^^\  (al-houvodrâ) ,  qui 
est  proprement  un  adjectif,  blanc,  en  parlant  de  fleur  de  farine  (voyez 
Lane),  est  devenu  un  substantif  qui  désigne  la  meilleure  espèce  de  fleur 

18 


158 

de  farine;  voyez  Freylag,  M.  Engelmann  sous  almodon,  et  M.  de  Goeje, 
Glossaire  sur  Belâdzorî,  p.  35  sous  jxi>.  Chez  Ibn-Djobair  (p.  291,  1.  19) 
on  lit:  f^j\j.^\  yp>^  «du  pain  de  houwârâ.» 

Aliielga,  helga  (anneau),  de  KiiJb^Jl  (al-helca),  «annulus.  » 

*  Alhkma.  Dans  un  procès  entre  Tudèle  et  Tarazona  sur  le  droit  d'arro- 
sage, procès  qui  a  été  jugé  en  1320  et  que  Yanguas  a  publié  dans  ses 
Adiciones  al  Dicc,  de  antig.  de  Navarra,  on  lit  (p.  358):  «El  dia  26  de 
cada  mes  se  abalen  segunda  vez  las  aguas,  y  dura  dicho  abalimiento 
los  dias  27 ,  28  y  29 ,  excepto  el  ùltimo  que  se  abslrae  en  los  raeses 
de  abril  y  mayo,  y  la  agua  que  se  dâ  en  estos  cuatro  dias,  y  très  tan 
solo  en  abril  y  mayo,  se  llama  alhema,  y  la  lienen  Tudela,  Calchetas 
y  Murcbante:  el  30  de  cada  mes  recobran  los  de  Tarafona  dichas 
aguas:  que  por  cuanto  el  agua  que  caia  en  el  rio  el  dia  29,  que  es  el 
ùltimo  de  alhema»  etc.  C'est  j^^~#.:s=\it  [al-himâ),  défendu,  chose  défendue^ 
parce  que,  pendant  la  période  ainsi  nommée,  il  était  défendu  à  ceux 
de  Tarazona  de  se  servir  des  eaux. 

AlheîIa,  en  arabe  lx<^l\  {aUhinnâ),  est  le  nom  d'un  arbrisseau  (law- 
sonia  inermis)  dont  les  femmes  en  Orient  emploient  les  feuilles  pour  se 
teindre  les  ongles. 

*  Alheta  pg.  (ourlet)  de  Xl^Li^Jt  (al-khiyéla).  Pas  dans  Freytag,  mais 
Ibn-Batouta  (I,  99)  l'emploie  en  ce  sens.  —  Dans  un  vaisseau  alhetas 
désigne  les  deux  pièces  de  bois  courbées  à  l'extérieur  de  la  poupe.  Je 
présume  que  c'est  qLLx:^JI  [al-hîlân),  pi.  de  JijL<\iî,  «paries,  septum.» 

*  Alhexixa  ,  chez  Alonso  del  Castillo  alhaxix ,  est  l'arabe  ,ji^A-^_^JI 
{aUhachîch)  ou  aUhachicha  ;  voyez  Mem,  hist.  esp.,  III,  31.  Tout  le 
monde  connaît  le  haehiche. 

*  Alhoja  (petit  oiseau;  TAcad.  présume  que  c'est  l'alouette).    Je  crois 

que  ce  mot  est  ^X^^  (al-hâdje),  littéralement  le  pèlerin.  Les  lexiques 
n'ont  pas  ce  terne  comme  le  nom  d'un  oiseau,  mais  Jackson  {Account 
of  Marocco,  p.  70)  le  donne.  Cet  oiseau  est  appelé  ainsi  parce  qu'il 
accompagne  les  caravanes  qui  vont  à  la  Mecque  ;  pour  celte  raison  il 
est  aussi  considéré  comme  sacré.  Il  est  à  peine  aussi  grand  qu'un 
merle,  et  son  plumage  est  de  couleur  cendrée.  Il  se  nouiTit  d'escarbols 
et  d'autres  insectes. 

Alholba,  alholva,  alforva,  alforria,  albolga,  pg.  alforvas  (espèce  de 
plante,  fenugrec),  de  N^l<^il  {al-holbaj ,  «  fœnum  grajcuni.» 


139 

Alhondiga,  pg.  alhandega.  En  arabe  ^JUiJt  {aUfondoc)  désigne  une 
hàlellerie  [*  alfondeca  a  le  môme  sens  dans  le  traité  conclu  en  1115 
entre  Alphonse  l"  et  les  Maures  de  Tudùle,  dans  Muiloz,  Fucros,  I, 
416,  où  on  lit:  oEt  quod  intrent  in  Tutela  sinon  V  cliristianos  de 
mercaders,  et  quod  pausent  in  illas  alfondecas»];  mais  en  Espagne  il 
se  disait  encore  d'un  magasin,  destiné  aux  marchands  qui  venaient  dans 
la  ville  pour  y  vendre  leur  blé  («es  la  casa  dipulada  para  que  los 
forasleros  que  vienen  de  la  comarca  â  vender  Irigo  à  la  ciudad ,  lo 
melan  alli»  Cob.).  P.  de  Alcala  donne  le  mot  arabe  dans  la  même 
acception ,  car  il  le  traduit  par  alhondiga  et  par  bodega, 

Alholi,  alfoli,  alforiz  (grenier,  magasin  à  blé),  de  (^^-^t  (alhort) , 
«  borreum.  » 

*En  Navarre  on  disait  algorio,  et  le  mot  arabe  a  encore  une  fois 
passé  dans  l'espagnol  sous  la  forme  algorin  ou  alguarin;  voyez  plus 
haut.  —  Dans  le  dialecte  valencien  ce  mot  a  reçu  un  autre  sens,  car 
selon  Fischer  {Gemàlde  von  Valencia ,  I,  5),  alforins  y  désigne:  les  mai- 
sons dans  les  campagnes. 

*  Alhondon  («le  fond  de  quelque  chose,»  Victor).  C'est  le  mot  esp. 
hondon  (fond)  qui  a  passé  dans  Tarabe  (on  trouve  ^^^XJ-àJI  (al-fondôn) 
comme  nom  propre  chez  Edrîsî,  p.  194,  l.  7  du  texte),  d'où  il  est 
retourné  dans  l'espagnol ,  augmenté  de  l'article  arabe. 

*  Alhorma  est  donné  par  Nuûez,  qui  le  traduit  par  «camp  militaire 
des  Maures.»  Je  ne  sais  si  celte  traduction  est  bonne,  car  Tarabe 
iCxu-^Oi  (al'honna)  ne  s'emploie  jras  dans  celte  acception.  11  faudrait 
savoir  où  Nuûez  a  trouvé  le  mot. 

*  Aluobrb.     Voyez  après  alforra. 

Alhucema  ,  pg,  alfazema  (lavande) ,  de  ^^jà^\  {al-khouzéma)  que  P. 
de  Alcala  traduit  par  espliego  alhuzema. 

Aluurreca,  pg.  alforrécas  (écume  salée  qui  s'attache  aux  roseaux, 
joncs  et  herbes  des  rivages  de  la  mer),  de  ^^^^->Oî  {al-horrcc  ou  al- 
hourréc),  «valde  salsa»   (aqua). 

Aliacan,  aliacran  ,  de  q^j-^î  (al-yaracân) ,  la  jaunisse, 

Aliara.  Dans  un  passage  de  l'Archiprélre  de  Hita  (copl.  1254)  ce 
mot,  qui  y  est  écrit  alhiara,  désigne,  suivant  Sanchez:  «vaso  de  cuerno 
pasloril.  •     [*  C'est   le  sens  ordinaire   de  aliara].     Je  crois  y   retrouver 


140 

Tarabc  »j-^J5  (al-djarra) ,  qui  a  encore  une  fois  passé   dans  l'espagnol 
sous  la  forme  jarra.     Voyez  ce  mot. 

*  Alicatado.  Les  maçons  andalous  donnent  le  nom  de  obra  de  alica* 
tado  aux  azuléjos  ou  carreaux  de  faïence  de  diverses  couleurs,  qui, 
dans  les  maisons  bâties  à  la  mauresque,  se  trouvent  dans  les  cours 
{patios)  et  dans  les  salles  (Acad.).  On  s'aperçoit  au  premier  abord  que 
ce  mot  est  fort  corrompu;  cependant  un  passage  de  Maccarî  nous  mettra 
peut-être  à  même  d'en  expliquer  l'origine.  On  y  lit  (I,  124,  1.  5)  que 
les  Andalous  se  servent  Hl* azuléjos  pour  paver  les  caât  (oUUé ,  les  cours) 
de  leurs  maisons.  Cet  al-câ^ât  pourrait  bien  avoir  donné  naissance  à 
alicatado,  et  dans  ce  cas  obra  de  alicatado  signifierait  proprement:  obra 
de  los  pàlios, 

*  Alicates  (pinces,  petites  tenailles).  Il  est  singulier  que  M.  E.  ait 
oublié  ce  mot,  dont  l'origine  arabe  avait  déjà  été  indiquée  assez  bien 
par  Marina  et  par  Sousa.  M.  Defrémery  observe  qu'il  vient  «de  isUiJUÎ 
(al-laccâl)  ;  cf.  Bocthor  tenailles,  et  le  mot  milcâl ,  pince.  i^  Laccdt  se 
trouve  aussi  cbez  Bombay  (p.  80  balillum,  p.  96  forceps), 

Audada  ,  ["^alhidada  dans  les  Libros  de  Aslronomîa  d'Alphonse  X, 
passim;  chez  Victor]  alhadida  (règle  mobile  dans  l'astrolabe),  est  en 
arabe  s:>L.^.y.Ji  {al-idâda).  Les  lexiques  ne  donnent  à  ce  mot  que 
le  sens  de  «  postis  januaî  ;  »  mais  dans  un  traité  arabe  sur  la 
construction  de  l'astrolabe  (man.  193  (1),  fol.  3  v"),  je  l'ai  trouvé  dans 
sa  signification  technique,  car  on  y  lit  que  c'est  une  espèce  de  maslara 
(»jb^/i)  ou  règle. 

Alifafe  (couverture  de  lit)  de  ^Lj<;..JUî  (al-Uhâf)  que  P.  de  Alcala 
traduit  par  colcha  de  cama  et  qui  se  trouve  avec  cette  signification  dans 
les  Mille  el  une  nuits  (I,  82  éd.  Macnaghlen). 

*En  ce  sens,  qui  a  vieilli,  alifafe  ou  aliphafe  se  trouve  souvent  dans 
les  chartes  du  moyen  âge.  Aux  exemples  déjà  cités  par  S%  Rosa,  par 
TAcad.  esp.  ,  etc.,  on  peut  ajouter  Esp.  sagr.,  XVIII,  532.  Mais  les 
copistes  des  cartulaires  ont  fréquemment  commis  la  faute  de  changer 
le  dernier  /en  s;  il  faut  donc  corriger  les  articles  alifase  et  aliphasc 
chez  S\  Rosa,  et  l'article  aliphasis  chez  Ducange.  —  L'Académie  a  déjà 
soupçonné  que  ce  terme  signifiait  aussi  pelisse,  et  cette  conjecture  est 
pleinement  confirmée  par  un  passage  d'une  ordonnance  d'Alphonse  X 
réglant  le  prix  de  certaines  choses,  où  on  lit  {Cvrlcs  de  Léon  ij  de  Cas- 


141 

tilla ,  1 ,  70)  :  «  alifafe  de  lonios  de  conejos  quiuse  uirs.  ;  alifafe  de  es- 
quiroles  quinse  mrs.  ;  alifafe  de  cervales  dose  mrs.  ;  alifafe  de  ginetas 
veinte  é  cinco  mrs.  ;  é  de  conejos  cinco  mrs.  ;  é  de  liebres  dos  mrs. 
é  medio.  » 

*  Aujourd'hui  encore  alifafe  est  en  usage  en  Espagne  aussi  bien  qu'en 
Portugal,  mais  dans  le  sens  de  courbe,  espèce  de  tumeur  dure  qui  vient 
aux  jambes  des  chevaux.  En  arabe  cette  tumeur  s'appelle  ^^t  {ait' 
nafakh):  voyez  le  Traité  d'hippialrique  (man.  299)  et  Ibn-al-'Auwâm  (II, 
646).  Je  présume  que  ce  terme  a  été  altéré  en  esp.  et  en  port,  par 
rinûuence  de  l'aulre  alifafe, 

*  Alipar  (dans  le  dialecte  de  la  Manche,  polir).  Le  verbe  ^\  signi- 
fie à  la  2"  forme  {alla  fa)  préparer  y  apprêter,  et  le  sens  particulier  est 
déterminé  par  le  substantif  qu'on  y  joint;  voyez  le  Glossaire  sur  Edrîsî, 
p.  271;  les  exemples  qui  y  ont  été  donnés  prouvent  que  ce  verbe  peut 
fort  bien  s'employer  dans  le  sens  de  polir.  Cependant  ce  n'est  qu'avec 
beaucoup  d'hésitation  que  j'en  dérive  l'esp.  alifar ,  et  si  je  le  fais,  c'est 
parce  que  je  ne  vois  pas  comment  il  viendrait  du  latin.  On  ne  peut 
y  voir  une  transposition  de  afilar,  car  la  différence  entre  aiguiser  et 
polir  est  trop  grande. 

*  Alifara,  lifara.  Anciennement  ce  mot  signifiait  en  Aragon:  le  repas, 
ou  l'argent  pour  un  repas,  que  l'acheteur  donnait  au  vendeur  au-dessus 
du  prix  de  la  chose  achetée.  Aujourd'hui  c'est  dans  ce  pays  un  mot 
familier  pour  repas  (Acad.).  C'est  l'arabe  HjU^i  {al-hhifâra)  qui  désigne 
proprement:  l'argent  qu'on  donne  à  un  khafîr  ou  protecteur  (voyez 
Lane),  mais  dont  la  signification  s'est  sensiblement  modifiée  dans  alifara. 
Sans  doute  ce  mot  désignait  dans  l'origine  l'argent  que  l'acheteur  don- 
nait au  vendeur  au-dessus  du  prix  convenu ,  mais  on  voit  que  l'idée 
de  protection  a  disparu.  Ensuite,  comme  la  coutume  s'introduisit  que 
l'acheteur  donnait  un  repas  au  lieu  de  donner  de  l'argent,  le  mot  a 
été  détourné  encore  davantage  de  sa  véritable  signification. 

*  Aliger  (garde  d'une  épée).  Je  ne  connais  pas  ce  mot  en  arabe, 
mais  il  doit  venir  de  la  racine  j?v>  {hadjara),  qui,  de  môme  que  ses 
dérivés,  exprime  l'idée  de  garder. 

*  Alimara  (feu  que  l'on  fait  sur  la  cùlc  pour  donner  (luelque  avis) 
serait,  selon  M.  Miiller,  une  transposition  de  :obL*JI  {al-alâma).  Le 
changement  serait  un  peu  trop  fort,  et  je  m'étonne  que  AI.  Muller,  qui 


142 

se  sert  de  P.  de  Alcala,  n'ait  pas  trouvé  la  véritable  étymologie.  On 
n'a  qu'à  transcrire  le  mot  en  arabe:  s^U'^l  (al-imâra);  chez  Alcala  c'est 
sehal  (de  même  que  iU^lc),  signal  dans  le  Dict.  berbère, 

"Alinde,  alhinde,  alfinde.  Les  dictionnaires  espagnols,  et  surtout  les 
dictionnaires  arabes,  sont  encore  si  peu  satisfaisants,  que  j'ai  à  dire  sur 
ce  mot  bien  des  choses  nouvelles.  En  arabe  «AÂ^ii  (al-hind)  signifie  les 
Indiens,  et  mohannad y  qui  en  dérive,  «ex  Indice  ferro  factus»  (ensis); 
c'est  tout  ce  qu'on  trouve  dans  Freytag.  Il  faut  y  ajouter  que  al-hind 
désigne  aussi  l'acier,  qui  a  été  appelé  ainsi  parce  que,  dans  l'origine, 
on  le  tirait  de  l'Inde.  Le  mot  est  donné  en  ce  sens  par  Alcala  (sous 
azero  et  sous  ballesta  de  azero  lX>l^  lt^)  >  V^^  Hœst  [Nachrichten  von 
Marokos,  p.  270),  par  Dombay  (p.  80  et  102),  par  Marcel,  par  Hum- 
bert  (p.  171)  et  par  Hélot,  et  on  le  trouve  dans  l'Inventaire  des  biens 
d'un  juif  marocain,  décédé  en  1751  (man.  1376).  Dans  le  Mosta'tni , 
sous  l'article  uXjvX>  (/^^')'  ^'^^t  le  synonyme  de  ce  dernier  mot  (seule- 
ment dans  le  man.  de  Naples).  Au  moyen  âge  alfinde  avait  le  même 
sens  en  espagnol.  Dans  les  Libros  de  Astronomia  d'Alphonse  X  on  lit 
(II,  118);  «Et  sea  esta  pierna  movible  de  azero,  ô  de  alfinde."  Et 
plus  loin  (II,  129):  «Et  loma  un  pedaço  de  alfinde  6  de  fîerro  calçado 
con  acero.»  Ce  renseignement  peut  servir  à  corriger  et  à  expliquer  un 
passage  qui  se  trouve  dans  le  Cancionero  de  Baena.  Un  poète  y  dit 
(p.  481): 

Ca  sabe  por  cierto  que  rai  amargura 

Es  toda  de  alhynde. 

Les  auteurs  du  glossaire  supposent  que  cet  alhynde  vient  du  latin  ali- 
imde,  et  ils  le  traduisent  par:  «de  otra  parte,  de  tierra  lejana.  »  On 
n'a  qu'à  jeter  les  yeux  sur  la  pièce  de  vers  en  question ,  pour  se  con- 
vaincre que  cela  ne  donne  aucun  sens.  Le  fait  est  que  amargura,  qui 
ne  convient  pas  non  plus,  est  altéré;  il  faut  le  changer  en  armadura: 
«mon  armure  est  toute  d'acier;»  car  alhynde  est  identique  avec  alfinde , 
et  l'orthographe  est  même  meilleure. 

Ce  point  établi ,  nous  arrivons  aux  miroirs.  Le  miroir  d'acier ,  en 
arabe  mirât  hindîya,  est  nommé  par  Ibn-Djobair.  En  parlant  d'une 
pierre,  il  dit  (p.  42,  1.  6  et  7)  qu'elle  est  «très-noire  et  très-luisante, 
de  sorte  qu'elle  réfléchit  l'image  des  individus  en  entier,  comme  si 
c'était   un   miroir   d'acier  poli   récemment.  »     Chez   Ibn-al-Khalîb    c'est 


143 

tnirat  al-hind,  «Quand  nous  arrivâmes  à  Grenade,»  dit-il  (dans  Mûller, 
Beitràge,  p.  40),  «le  ciel  était  poli  comme  un  glaive,  clair  comme  un 
miroir  d'acier.  »  Chez  Alcala  on  trouve  aussi  alitide  espejo,  en  arabe 
mirl  (=  mira)  min  hmd.  Est-ce  la  même  chose  que  chez  les  deux 
auteurs  arabes  que  je  viens  de  citer ,  c'est-à-dire ,  un  miroir  qui  sert 
uniquement  à  renvoyer  Timage  des  objets?  C'est  possible;  cependant 
je  ne  voudrais  pas  Taffirmer,  car  l'Acad.  ne  connaît  pas  dinde  comme 
miroir  plan,  mais  seulement  comme  miroir  concave  et  qui  sert,  soit  à 
brûler  les  objets  qu'on  lui  présente,  soit  à  les  grossir.  C'est  surtout 
au  dernier  usage  que  Valinde  était  destiné.  Victor,  p.  e. ,  ne  l'a  pas 
comme  miroir  ardent,  mais  c'est  chez  lui:  «certaines  lunettes  qui  font 
paraître  les  choses  démesurément  grandes.»  On  retrouve  ce  sens  en 
Afrique,  car  Bombay  donne  (p.  100)  mirâya  del-hind,  teîescopium,  et 
M.  Prax  dit  (dans  la  Revue  de  V Orient  et  de  l'Alg,,  V,  78):  «Une 
longue  vue,  appelée  par  les  Arabes  miroir  de  l'Inde»  (cette  traduction 
n'est  bonne  que  jusqu'à  un  certain  point). 

Enûn  alinde  est  encore  chez  Victor  et  chez  Nuilez:  le  tain,  la  feuille 
d'étain  qu'on  met  derrière  les  glaces.  Je  ne  sache  pas  qu'en  arabe  il 
ait  eu  ce  sens. 

Alizace,  pg,  alicerse,  l^  pg»  aussi  alicece  et  alicesse]  (les  fondements), 
de  y^L^'^î  [*{al'isâs),  plur.  de  ass ,  iss  ou  oss ,  qui  a  le  même  sens. 
Les  formes  portug.,  parmi  lesquelles  alicece  est  la  plus  correcte,  doivent 
être  expliquées  par  la  prononciation  al-isés], 

*  Alizaque.  Selon  l'Académie,  ce  mot,  qui  ne  se  trouve,  je  crois, 
que  chez  P.  de  Alcala,  serait  le  même  que  celui  qui  précède.  11  a  bien 
le  même  sens,  mais  il  a  une  tout  autre  origine,  supposé  toutefois 
qu'Alcala  ne  se  soit  pas  trompé.  Il  traduit  aliçaque  o  çanja  par  liçâq , 
c'est-à-dire,  ^!jJ  ou  ^LaoJ  (ce  qui  est  la  même  chose),  et  ce  mot 
pourrait  bien  avoir  ce  sens,  bien  que  les  dictionnaires  ne  le  donnent  pas. 

Alizares,  alizeres,  aliceres  («la  cinta  6  guarnicion  de  azuléjos  con 
que  los  Moriscos  adornaban  lasparedes  de  las  salas  por  la  parle  inferior» 
Acad.).  L'arabe  ^tj'ii!  {al-izâr),  dont  il  faut  dériver  le  mot  espagnol,  a 
désigné  dans  l'origine  une  sorle  de  vêlement  ;  plus  tard  il  a  élé  usité 
dans  une  acception  Icchnique  qui  manque  dans  les  dictionnaires.  On 
la  Irouve  chez  Ibn-Djobair,  p.  193  [*  aussi  p.  196,  1.  16,  Etlrîsî,  p.  209, 
Mcsâlic  al-abçâr   dans   Qualrcmère,   Ilist,   des  suif.  mamL,   I,  2,  44, 


144 

Ibn-KIialdoun,  Prolêgom.,  II,  218,  I.  17],  où  izdr  désigne  un  lambris; 
de  là  le  verbe  azara   signifie   à  la  IP  ionne  lambrisser,   et  à  la  V*^  élre 
lambrissé.    Voyez  le  Glossaire  de  M.  Wright,  p.  17  [et  surtout  le  Glos- 
saire de  M.  de  Goeje  sur  Belâdzorî,  p.  11,  12]. 
Alizari  (espèce  de  garance,  rubia  seca)? 

Aljaba,  pg.  aijava  (carquois),  de  Kax;^]|  (al-dja'ba) ,  «pharelra. » 
Aljabibe  ,  pg,  algibebe  [*  aussi  aljabebe  chez  Moraes]  (fripier).  En 
arabe  djoubba  désigne  une  aljuba.  Je  crois  qu'un  substantif  çjl-I..^t 
(al-djabbâb y  al-djabbéb,  al'djabbib) ,  «celui  qui  vend  des  djoubba,  i>  est 
l'origine  des  mots  esp.  et  port,  en  question.  Il  est  vrai  que  je  n'ai  pas 
trouvé  en  arabe  ce  djabbâb ,  mais  il  serait  si  conforme  au  génie  de 
celte  langue,  que  l'espagnol  aljabibe  me  semble  suffire  pour  en  démon- 
trer l'existence.  [Il  se  trouve  comme  nom  propre  chez  Mohammed  ibn- 
Hârilh  ,  Hist.  des  cadis  de  Cordoiie,  man.  d'Oxford,  p.  344]. 
Aljafana  (écuelle)  de  xââ^I  {aUdjafna) ,  «  scutella.  » 
*  Aljama  de  XfiU^il  (al-djamâ'a).  Dans  l'origine  ce  mot  arabe  avait 
le  sens  très-vague  de  réunion  d'hommes.  Un  autre  substantif  qui  y  était 
joint,  en  précisait  la  signification;  ainsi  iCi^u^Jl  iCcU>,  «la  réunion 
des  anciens»  (Ibn-Kbaldoun,  Hist,  des  Berbères,  I,  642,  1.  12),  dési- 
gnait le  conseil  municipal  ;  mais  ce  second  substantif  peut  aussi  être 
supprimé  et  l'on  sait  qu'aujourd'hui  encore  le  conseil  municipal  porte 
en  Afrique  le  nom  de  al-djamâ'a.  C'est  en  ce  sens  que  l'esp.  aljama 
s'employait  au  moyen  âge,  et  c'était  surtout  le  sanhédrin  qu'on  appelait 
ainsi.  Quand  Alexandre  fut  arrivé  devant  les  murs  de  Jérusalem ,  lit- 
on  dans  le  poème  qui  porte  son  nom  (copl.  1090): 

Decie  el  aliama:  mal  somos  confondidos; 
et    Gonzalo    de  Berceo ,    quand   il   raconte   que   le  sanhédrin  se   rendit 
chez    Pilate  pour  le    prier    de  placer  (une  garde  auprès   du  sépulchre 
du  Seigneur,  afin  que  les  disciples  ne  volassent  pas  le  corps,  s'exprime 
en  ces  termes  {Dtielo  de  la  Virgen  Maria,  copl.  166): 

Moviose  el  alfama  (lisez  aljama)  toda  de  su  lugar; 
Entraron  a  Pilato  por  conseio  tomar, 
Que  non  gelo  podiesen  los  discipulos  furtar. 
Mais  aljama   avait  encore   un  autre  sens.     Dans   les   villes,   les  juifs 
qui  y  demeuraient,   étaient   appelés   par  les  Arabes  djamâ'a  al-yehoud, 
«la  réunion  des  juifs,»  ou  simplement  al-djamcVa,  et  comme  ils  avaient 


145 

un  quartier  qui  leur  élait  propre,  les  Espagnols  ont  appliqué  le  mot 
aljama  à  ce  quartier.  Plus  lard ,  quand  ils  se  furent  emparés  de  plu- 
sieurs villes  musulmanes,  ils  ont  aussi  donné  ce  nom  au  quartier  liabité 
par  les  Maures.  Voyez  Gonzalo  de  Berceo,  Milagros  de  N,  S,,  copl. 
650 ,  TAcad.  et  P.  de  Alcala ,  qui  traduit  aljama  de  jiulios  et  aljama 
de  moros  par  iicL*^. 

Aljamia.  En  arabe  ^^-^^L^Jt  {al-'adjam)  désigne  les  barbares,  dans  le 
sens  que  ce  mot  avait  chez  les  anciens;  les  Arabes  appelaient  ainsi 
tous  ceux  qui  ne  parlaient  pas  leur  langue,  tous  les  étrangers.  L'ad- 
jectif féminin,  dérivé  de  ce  substantif,  est  Aj^:5\»i!  (a^-W/amzya).  C'est 
par  ce  terme  que  les  Arabes  d'Espagne  désignaient  la  langue  espagnole. 
[*  Les  Espagnols,  de  leur  côté,  donnaient  le  nom  à^aljamia  au  castillan 
corrompu  et  mêlé  de  mots  arabes  que  parlaient  les  Mauresques.  Sur  la 
côte  d'Afrique  et  en  Syrie,  c'était  la  lingua  franco ,  ce  singulier  mélange 
d'espagnol,  de  portugais,  d'italien,  de  français  et  d'arabe,  que  parlaient 
les  chrétiens  et  les  renégats;  voyez  Mocquet,  Voyages,  p.  164,  380; 
Journaal  wegens  de  rampspoedige  reystocht  van  Cap"*,  Steenis  in  1751  ; 
Hœst,  Nachrichten  von  Marokos ,  p.  252]. 

Aljaraz  (sonnette)  de  (j^y^'î  (al-djaras)  qui  a  la  même  signification. 
[*Sousa  donne  aussi  aljorses,  qui  est  en  usage  dans  la  province  de  Beira 
et  qui  y  désigne  les  clochettes  qu'on  pend  au  cou  des  bêtes]. 

Aljarfa.     Voyez  algerife. 

*  Aljazar  pg.  (terrain  mis  à  sec  et  entouré  par  l'eau  de  la  mer, 
Vieyra)  est  jj^^^  (al-djazar) ,  a  terra  e  qua  fluctus  maris  decrescit.  » 

Aljopaiwa  ,  aljufaina.  Al-djofaina  ou  aUdjoufaina  est  le  diminutif 
arabe  de  al-djafna ,  l'espagnol  aljafana.     Voyez  ce  mot. 

Aljofar,  a.  pg,  algofar  (perle),  de  j^j.^^  {al-djauhar)  qui  désigne  la 
même  chose. 

AuoFiFA  (torchon)  de  xèû.i^iî  {al'djaffâfa) ,  mot  qui  manque  dans  les 
lexiques.  H  dérive  du  verbe  djaffa  qui,  à  la  IP  forme,  signifie /orcAer, 
essuyer.     Voyez  P.  de  Alcala  au  mot  esponja  de  mar, 

*  C'est  proprement  éponge,  comme  l'Acad.  le  remarque  fort  bien  en 
citant  Alcala,  et  elle  ajoute:  «y  porque  séria  lo  mas  prôprio  fregar  y 
enjugar  el  suelo  con  esponjas  se  diria»  etc.  Djafjafa  est  proprement 
«  enjugadora,  »    «celle  qui  sèche,  essuie,»  de  dja/fafa,  sécher. 

19 


146 

*  L'espagnol  a  aussi  eu  aulrefois  le  verbe  aljafifar  (avec  le  a)  ;  il  se 
trouve  chez  P.  de  Alcala,  qui  donne  suelo  que  se  aljafifa  wlâ^iî  f^^^', 
et  Victor  a  un  substantif  aljofifar  :  «aljofifâr  ladrillado,  pavement  de 
salle  fait  de  petits  carreaux  peints,  comme  ouvrage  de  marqueterie,  ou 
damasquinés  et  émaillés  de  plusieurs  couleurs.»  Sans  doute  on  Ta 
appelé  ainsi  parce  qu'on  le  torchait  régulièrement;  c'était  un  «suelo 
que  se  aljafifa.  » 

AuoNGE,  AJONGE  (suc  de  chardon  dont  on  fait  le  glu).  L'arabe 
j^Jl_:5UA->  (djondjolz),  par  lequel  P.  de  Alcala  traduit  ce  mot,  m'est 
inconnu.  Chez  Freytag  je  trouve  djondjol  dans  le  sens  de  «olus  aspa- 
rago  similis,  quod  comedilur,»  «humulus  lupulus»  chez  Ibn-al-Bailâr, 
I,  265.     Est-ce  qu'il  y  a  du  rapport  entre  ces  deux  mots? 

"  Je  ne  vois  pas  quel  rapport  il  pourrait  y  avoir  entre  des  choses  si 
différentes.  Aljonge  est  un  mot  tronqué;  la  forme  arabe  que  donne 
Alcala,  l'est  un  peu  moins;  cependant  elle  n'est  pas  complète,  et  le  n 
doit  y  être  considéré  comme  remplaçant  le  /.  Le  mot  arabe  est  abso- 
lument le  même  que  celui  dont  M.  Engelmann  parle  dans  l'article  suivant, 
à  savoir  ^^^^.Jl^iî  (al-djoldjolân)  (sésame);  mais  le  sens  diffère  un  peu. 
En  esp.  aljonge  doit  avoir  désigné  dans  l'origine,  non  pas  le  suc  d'une 
plante,  mais  cette  plante  même;  en  d'autres  mots:  il  doit  avoir  eu  le 
sens  qu'on  attache  aujourd'hui  à  aljongéra  qui  en  dérive  et  qui  désigne 
la  condrille,  plante  dont  les  racines  donnent  un  suc  qui,  mêlé  avec  du 
miel  ou  du  sirop,  sert  de  glu  en  Espagne.  Or,  une  variété  de  la 
condrille  était  appelée  par  les  Grecs  sesamoides  micron ,  parce  qu'elle 
ressemble  tant  soit  peu  au  sésame;  en  outre,  on  substituait  dans  la 
médecine  sa  semence  à  celle  du  sésame  (voyez  Dodonaeus,  Cruydt-Boeck, 
p.  1081  et  suiv.).  11  est  naturel  que  les  Arabes  aient  suivi  l'exemple 
des  Grecs.  Al-djoldjolân  désignait  donc  chez  eux,  non-seulement  le 
sésame,  mais  aussi  la  condrille.  Par  le  changement  de  /  en  n  et  par 
suite  de  Vimâla  ^  les  Arabes  d'Espagne  prononçaient  ce  mot  aUdjondjo- 
Un  (voyez  l'article  suivant) ,  puis  aUdjondjoU  (voyez  Aie.  chez  M.  E.) , 
et  enfin  il  est  devenu  chez  les  Espagnols  aljonge,  ajonge.  Les  Portu- 
gais l'ont  altéré  encore  davantage,  car  chez  eux  c'est  aljiis  on  aljuz, 

AuOiMOLi,  ajonjoli,    [^  fr.  jugeoline]   (sésame),    de  q^.^tJL5\Jî  {al-djol- 
djolân) qu'on  prononçait   en  Espagne  al-djondjolin,   comme  on  peut  le 


147 

voir  dans  P.  de  Alcala  au  mot  alegria,  [*  Aujourd'hui  encore  on  suIh 
slitue  en  Afrique  le  n  au  /  dans  ce  mol;  mais  en  outre  on  a  changé 
le  dj  en  s,  de  sorte  qu'on  écrit  ^^U^jj;  voyez  Dombay,  p.  73,  et  Héiot. 
En  pg.  c*est  gergelim  et  zirgelim]. 

*  Aljor  (pierre  à  plâtre)  de  ^')^\  {aUodjor) ,  «  laleres  coctiles.  » 
AuuBA  (vêtement  maure,  que  les  Espagnols  portaient  aussi)  deXxj^M 

(al-djoiibba);  cf.  Dozy,  Dicl.  des  noms  des  vêlem.,  p.  107  et  suiv.  De 
ce  mot  arabe  dérivent  encore  l'espagnol  juba ,  [*  chupa] ,  Tit.  giuppa , 
le  fr.  jupe  [*  et  une  foule  d'autres  mois  dans  je  ne  sais  combien  de  lan- 
gues]. 

*  Aljus  pg.     Voyez  aljoiNGe. 

Alkaque.xgi,  alquequenge,  de  ^J<SlJi}\  {al-câkendj)  qui  désigne  une 
espèce  de  résine. 

*  Ce  mot  arabe  est  expliqué  de  cette  manière  par  Freytag  d'après  le 
Câmous;  mais  on  sait  qu'il  désigne  aussi,  de  même  que  les  mots  esp. 
et  pg.  qui  en  dérivent,  la  plante  appelée  coquerel  et  alkekenge;  voyez 
le  Mosla'înî  in  voce,  Ibn-al-Baitâr,  II,  213,  Bocthor  sous  alkekenge  et 
sous  coqueret y  Berggren,  p.  827,  Richardson  in  voce,  Sanguinelti  dans 
le  Journ.  asiat.  de  1866,  I,  319,  etc. 

Alloza,  [*pg.  arzolla]  (la  almendra  verde),  de  sj^Jî  (^/-/aw^a),  a??ia«rfc. 

*  Almacaero.     Voyez  almancebe, 

*  Almacega  pg.     Voyez  almaciga. 

Almacen,  almagacen,  almarcen,  magacen,  pg,  almazem ,  armazem , 
il,  maggazino,  fr.  magasin,  de  ^^y^^\  (al-makhzen)  qui  désigne  un 
d^pôl  de  marchandises,  de  la  racine  khazana,  mettre  en  dépôt,  garder. 

Almacig\,  almasliga,  almastec,  amazaquen ,  de  L<Li>ciJi  (al-maçtacâ) 
[*  qui  est  une  altération  du  grec  f^x7Ttx'^]  ,  du  mastic. 

*  Almaciga  est  aussi  un  terme  de  jardinage  ;  c'est  un  petit  espace  de 
terre  abrité,  où  les  jardiniers  sèment  les  légumes  pour  les  transplanter, 
quand  ils  seront  devenus  un  peu  grands ,  dans  les  grands  carrés.  D'où 
vient  le  nom  de  celte  planche  ou  couche!'  Je  crois  que  le  mot  esp.  est 
un  peu  altéré.  Berggren  donne  sous  couche:  «couche  de  terre , xjC^mww^ « 
(mascabà) ,  et  peut-être  almaciga  est-il  al-mascaba  dont  on  a  retranché 
la  dernière  syllabe:  almasca,  almasga ,  prononciation  adoucie  almaciga. 
Le  sens  de  la  racine  sacaba  vient  à  l'appui  de  cette  étymologic,  car  ce 
verbe   sii,'n!n''    ''lunuir»^     r^rsr?    de  l'cnu  ;  mas<<'^'-^  <'-•  donc  proprement.* 


148 

l'endroit  où  l'on  verse  de  Veau ,  que  Ton  arrose ,  et  les  jeunes  plantes 
dans  les  almàcigas  ont  justement  besoin  d'être  souvent  arrosées.  Enfin 
le  pg.  almàcega  me  confirme  encore  davantage  dans  mon  opinion.  Il  a 
un  autre  sens:  c'est  un  petit  bassin  ou  étang  communiquant  avec  un 
autre  qui  est  plus  grand,  et  servant  de  réservoir  pour  l'eau  qui  tombe 
d'une  machine  hydraulique  ou  pour  celle  de  la  pluie  (]\Ioraes).  Evidem- 
ment c'est  encore  al^mascaba  altéré  de  la  même  manière  et  dans  le  sens 
de:  endroit  oit  Veau  s'épand ;  exactement  le:  «tanque  onde  desàgua  a 
agua»  de  Moraes. 

[*Almadana,]  almadena,  ['^almadina]  (marre  de  vigneron,  outil  de 
tailleur  de  pierre).  P.  de  Alcala  traduit  marra  o  almadana  par  matân 
ou  matâna.  N'ayant  jamais  rencontré  ailleurs  ces  mots  arabes,  c'est 
l'autorité  de  Bombay  (p.  96  kâI^U  vectis  aduncus)  qui  m'engage  à  les 
transcrire  par  ^Lbjî  et  iCiLbJt. 

*Le  mot  est  donc  transcrit,  mais  non  pas  expliqué,  car  il  n'y  a  pas 
de  racine  ^^Joa  et  la  racine  ^aL  ne  convient  pas»  Pour  ma  part,  je  me 
tiens  persuadé  que  ce  terme  était  déjà  altéré  à  l'époque  où  Alcala  com- 
posait son  vocabulaire.  Il  désigne,  selon  l'Acad.:  «un  instrument  de 
fer  comme  une  grande  masse,  qui  sert  aux  mineurs  pour  rompre  les 
rochers.»  Cette  explication  s'accorde  fort  bien  avec  celle  que  donne 
Freytag  sous  qvAjw  (mVdan):  omucronato  capite  maliens,  quo  rumpun- 
tur  saxa.  »  Joignez-y  qu'on  emploie  ce  mVdan  dans  les  mines  (car 
ma'din,  esp.  almaden,  signifie  mine) ,  de  même  que  V almadana  espagnol. 
Almadana  ou  almadena  vient  donc  de  aUmVdan,  que  le  peuple  pronon- 
çait al-ma'dan  ou  aUma'den,  car  dans  les  noms  d'instrument  les  Arabes 
d'Espagne  ont  presque  toujours  substitué  la  voyelle  a  à  la  voyelle  i, 

Almaden  (mine,  minière)  de  ^lXxJî  {al-ma'din)  qui  a  la  môme  signi- 
fication. 

Almadia  (radeau)  de  KjiAxJf  {al-ma'diya)  qui  désigne  «un  bac  pour 
passer  une  rivière.»  Voyez  sur  ce  mot  M.  Quatremère,  Hist,  des  suit, 
maml.f  II,  i,  156. 

Almadraba  (l'endroit  où  se  fait  la  pêche  du  thon).  Suivant  Cobarru- 
vias  les  almadrabas  sont  certains  parages  sur  la  côte  de  la  Méditerra- 
née, où  les  thons  se  rassemblent  en  masse  une  fois  par  an.  D.  de  Ur- 
rea  y  retrouve  un  mot  arabe  medraba  qu'il  dérive  du  verbe  daraba  «que 
significa  encerrar ,   porque  en  aquel  espacio  del  alraadrava  encierran  los 


149 

atunes.»  Un  lel  mot  arabe  m'est  inconnu:  il  n'y  a  que  le  verbe  uj^j 
{zaraba)  qui  signifie  entourer  d'une  haie,  tandis  que  darraba  n'a  d'autre 
sens  que  celui  de  accoutumer.  Pour  cette  raison ,  celte  étymologie  ne 
me  semble  pas  fort  plausible.  Pour  en  trouver  une  autre,  il  est  néces- 
saire d'examiner  de  quelle  manière  on  péchait  le  thon.  C'est  Edrîsî 
qui  nous  éclaircira  sur  ce  point.  Nous  lisons  chez  cet  auteur  (II,  5  de 
la  traduction  de  M.  Jauberl):  «Il  existe  auprès  de  Ceuta  des  lieux  où 
Ton  pêche  de  gros  poissons,  et  l'on  se  livre  particulièrement  à  la  pêche 
du  gros  poisson  qui  s'appelle  le  thon  et  qui  se  multiplie  beaucoup  dans 
ces  parages.  On  s'embarque  dans  des  nacelles,  muni  de  lances  (ou  de 
harpons);  l'extrémité  de  ces  lances  renferme  des  ailes  qui,  en  se  dé- 
ployant, pénètrent  dans  le  corps  du  poisson"  etc.  Ainsi  on  les  frappait 
à  coups  de  harpon.  Or  P.  de  Alcala  traduit  le  mot  espagnol  en  ques- 
tion par  madraba.  Le  verbe  y^/^  (dharaba ,  que  P.  de  Alcala  écrit  da^ 
raba)  signifle  en  arabe  battre,  frapper,  et,  suivant  le  génie  de  cette  lan- 
gue, madraba  peut  signifier  un  lieu  pour  battre,  pour  frapper.  Nous 
aurions  ainsi  un  substantif  arabe  iû^^^a^  (madhraba) ,  désignant  un  lieu 
oii  l'on  frappe  {les  poissons).  Il  va  sans  dire  que  tant  que  l'on  n'aura 
pas  trouvé  ce  mot  écrit  en  caractères  arabes,  mon  explication  n'est 
qu'une  conjecture.  —  En  outre,  almadraba  signifie  en  esp.:  tuilerie, 
fabrique  de  tuiles,  et  chez  P.  de  "Alcala  madraba  répond  à  tejar  do  hazen 
tejas  et  à  ladrillar  donde  se  hazen  ladrillos.  Serait-ce  le  même  mot  que 
celui  qui  a  donné  naissance  à  l'autre  almadraba?  Est-ce-qu'on  aurait 
dit  en  arabe,  en  parlant  de  briques,  dharaba  al-toub  (<w»^kîl),  de  même 
qu'on  dit  dharaba  as-sicca  (x^^Ji),  battre  monnaie? 

*Je  me  tiens  persuadé  que  cela  se  disait.  Freylag,  il  est  vrai,  n'a 
ni  madhraba,  ni  madhrab,  dans  le  sens  de  lieu  oii  l'on  frappe;  mais 
Ibn-al-Khatîb  (dans  Millier,  Beitràge,  p.  5)  nomme  Malaga:  cLxJÎ  .;cLiu 
vy^.*:3»ii  c>^^î  v*;*^^^  o^LX>ixJt,  «l'endroit  où  l'on  foule  le  drap  qui 
doit  être  pressé ,  où  l'on  bat  les  étoffes  *  qui  doivent  être  bien  frap- 
pées." Ibn-Djobair  dit  de  même  (p.  307,  1.  6),  en  parlant  de  St.  Jean 
d'Acre ,  qui  était  alors  au  pouvoir  des  croisés  :  «-j,Ua^  Lg  ..^t^  ^^  ov>Uà 
^\^>JL3 ,  «  ses  minarets  sont  devenus  des  endroits  où  l'on  frappe  (où  Ton 


l)  Comme  ad'dast  est  ici  un  collcctil ,    il  ne  peut  avoir  d'autre  sens  que  celui  d'<?/o^c^, 
que  lui  atttiljue  le  Càuious.     L'eiucmble  du  passade  plaide  aussi  pour  cette  iutorpro'tation. 


150 

sonne)  des  cloches.»  Mais  si  je  suis  d'accord  avec  M.  E.  pour  ce  qui 
concerne  l'origine  à'almadraba  dans  le  sens  de  tuilerie,  je  dérive  au 
contraire  l'autre  almadraba,  comme  je  l'ai  déjà  dit  dans  le  Glossaire 
sur  Edrîsi  (p.  310),  de  's^jj4.l\  (almazraba),  et  comme  dans  un  ouvrage 
de  la  nature  de  celui-ci  il  n'est  peut-être  pas  permis,  quand  il  s'agit  de 
l'origine  arabe  d'un  mot  espagnol ,  de  renvoyer  tout  simplement  à  un 
autre  livre,  que  le  lecteur  pourrait  ne  pas  avoir  sous  la  main,  je  me 
crois  obligé  de  reproduire  mes  arguments  en  cet  endroit,  mais  en  y 
ajoutant  quelque  chose. 

*Le  mot  vsj  {z<^^b)  signifie  proprement  une  haie  y  une  clôture,  mais 
chez  Ibn-Haucal  et  chez  Edrîsî,  là  où  ils  parlent  de  la  pêche  du  thon, 
le  pluriel  zoroub  désigne  des  filets.  Plus  haut  nous  avons  vu  que  les 
mots  aljarfe,  aljarfa,  algerive  et  algerife,  qui  en  dérivent,  ont  le  même 
sens,  et  c'est  par  la  manière  dont  le  thon  se  pêche,  qu'on  peut  s'ex- 
pliquer pourquoi  un  mot  qui  signifie  àaie  dans  l'origine,  a  reçu  le  sens 
de  filet,  «Dans  la  pèche  dite  à  la  thonaire ,  la  plus  pratiquée,»  lit-on 
dans  l'Encyclopédie  publiée  chez  Treuttel  et  Wiirlz  (art.  thon),  «les  ba- 
teaux, disposés  en  demi-cercles,  réunissent  leurs  filets  de  manière  à 
former  une  enceinte  autour  d'une  troupe  de  thons,  lesquels,  effrayés  par 
le  bruit,  se  rapprochent  du  rivage,  ^ers  lequel  on  les  ramène  de  plus 
en  plus  en  rétrécissant  l'enceinte,  jusqu'à  ce  qu'enfin  on  tende  un  der- 
nier et  grand  filet  terminé  en  cul  de  sac,  et  dans  lequel  on  tire  vers 
la  terre  les  poissons  capturés,  que  l'on  tue  ensuite  avec  des  crocs.  Dans 
la  pêche  à  la  madrague,  on  construit,  à  l'aide  de  filets  placés  à  demeure 
[c'est  précisément  le  '».iyak4^\  v^^jJ^  d'Edrîsî],  une  suite  d* enceintes,  a\i 
milieu  desquelles  la  troupe  s'égare,  jusqu'à  ce  que,  contrainte  à  entrer 
dans  le  dernier  compartiment  de  ce  labyrinthe,  elle  y  est  tuée  à  coups 
de  crocs.»  On  voit  que  le  mot  zoroub,  haies  ou  enceintes,  s'applique 
parfaitement  à  ces  enceintes  de  filets,  Al-mazraba,  en  esp.  almadraba, 
a  le  même  sens,  car  suivant  les  dictionnaires,  ce  dernier  mot  signifie 
aussi:  une  enceinte  faite  de  câbles  et  de  filets  pour  prendre  des  thons; 
cf.  Fischer,  Gemàlde  von  Valencia ,  I,  126.  Diego  de  Urrea  avait  donc 
raison  de  dire  qu'il  dérive  du  verbe  daraba,  «que  significa  encerrar, 
porque  en  aquel  espacio  del  almadrava  encierran  los  atunes.»  Ce  sens 
àe  zaraba  est  le  véritable;  il  signifie,  d'après  Humbert  (p.  181),  clore 
de  haies;    Bocthor)   sous    clore  et  sous  clos)  donne  la  2'  forme,  qui  si- 


151 

gnifie  aussi  meilre  en  cage  (Marcel  sous  cage  y  Hélol).  Proprement  al- 
mazraha  est  un  nom  de  lieu:  Tendroit  où  Ton  tend  les  filets.  Au  reste, 
la  double  signification  de  zarh  et  de  mazraha  se  retrouve  dans  Tesp. 
bardas,  «Ce  sont,»  dit  S".  Rosa  (art.  abarga),  «des  estacades,  de  me- 
nus bâtons  d'osier,  ou  de»  haies  faites  de  verges  ou  baguettes  entre- 
lacées, qui  servent  aujourd'hui  de  bergeries,  mais  avec  lesquelles  on 
prenait  autrefois  le  poisson.»  Un  autre  mot  esp. ,  savoir  corral ,  signi- 
fie aussi:  «clôture  où  Ton  met  le  bétail,»  et  o enclos  pratiqué  dans  une 
rivière  pour  prendre  le  poisson.»  Selon  Fischer  {Reise  von  Amsterdam 
ûber  Madrid  und  Cadiz  nach  Genua ,  p.  341)  les  bergers  ont  la  coutu- 
me, dans  certaines  parties  de  TEspagne,  de  mettre  le  bétail  pendant  la 
nuit  dans  des  clôtures  faites  de  filets. 

Almadraque,  cat.  almalrach  (lit,  matelas),  de  -.h.»)t  [aUmatrah)  que 
Bocthor  traduit  par  ///. 

*  Le  verbe  taraha,  qui  est  la  racine  de  ce  mot,  signifie  ye/er ,  et  chez 
Freytag  matrah  ne  signifie  rien  autre  chose  que  locus ,  qvo  qidd  proiici" 
tur.  Cependant  il  est  assez  ancien  dans  le  sens  de  matelas;  un  écri- 
vain né  en  Perse  vers  l'an  961,  Tha'âlibî,  l'emploie  trois  fois  dans  son 
Latâif  al'ma*ârif  (voyez  le  Glossaire  de  M.  de  Jong,  p.  xxvii).  Chez 
Cazwînî  on  le  trouve  aussi  (voyez  de  Jong,  ibid.) ,  et  dans  un  passage 
de  Mohammed   al-'Imrânî,   que   M.   de  Jong   m'a  signalé,  on  lit  (man. 

595 ,  p.  60)  :  ôy^\  ^  -.^  ^x<^:j, ,  «  Hâroun  ar-rachîd  était  couché  sur 
un  molrah  de  soie  noire.»  Si  cette  prononciation,  avec  le  o  dans  la 
première  syllabe,  était  la  véritable,  le  mot  serait  proprement  un  parti- 
cipe passif:  jeté;  ce  qui  serait  plus  approprié  qu'un  nom  de  lieu.  Peut- 
être  a-l-on  dit  d'abord  motrah ,  et  plus  tard  matrah.  En  Espagne  ce 
terme  était  également  en  usage  dans  cette  acception,  car  je  lis  chez 
Ibn-Haiyân,  qui  florissait  au  XP  siècle  {apud  Ibn  Bassâra,  man.  de 
Gotha,  fol.  4  r",  et  man.  de  M.  de  Gayangos):  «Celui  qui  a  raconté  ceci, 
ajouta  qu'il  a  vu,  parmi  les  lits  de  repos  (foroch)  dans  la  salle  de  ce 
personnage,  des  matelots  (matârih,  plur.  de  matrah)  faits  de  la  peau  du 
dos   du   fanec  *  et  brodés  tout  autour  de  siglaton  de  Bagdad.  »     Aujour- 


1)  Voyei  Part,  alfaiique.  Le  texte  porte  \,i^JJil\  u-aLo  ^  -^LLu  ;  cette  expres- 
sion répond  à  «alifale  de  lomo*  de  conejos ,  »  comme  on  trouve  dans  une  ordonnance 
d'Alphonse   X   {Cortes  de  Lcon  y  do  Castii/a ,  I,   70). 


152 

iVliui  encore  le  mot  est  en  usage;  Bocthor  le  donne,  non-seulement  sous 
lit,  mais  encore  sous  matelas  y  et  on  le  trouve  aussi  chez  Humbert 
(p.  203),  chez  Marcel,  chez  Hélot,  dans  le  DicL  berbère,  et  chez  Mar- 
tin {Dialogues,  p.  77).  Al-matrah  a  passé  dans  les  langues  romanes. 
La  forme  la  plus  pure  est  le  prov.  almalrac  (Raynouard,  II,  56);  o/- 
matracum  chez  Ducange  ;  cat.  almatrach  ;  puis  une  forme  esp.  almadrac 
dans  un  document  de  1392  [apud  Yanguas,  Antigued,  de  Navarra,  I, 
30)  ;  esp.  et  port,  almadraque  ^  Sans  l'article  et  avec  une  terminaison 
romane,  qui  a  remplacé  la  forte  aspiration  h:  ital.  materasso,  fr.  mate- 
ras et  matelas,  chez  Ducange  materacium  et  materatium,  —  Le  rapport 
entre  matelas  et  la  racine  taraha,  jeter,  s'explique  de  cette  manière: 
dans  Torigine ,  un  matelas  n'était  pas  un  objet  sur  lequel  on  se  couchait 
pour  dormir,  mais  c'était  une  espèce  de  coussin  sur  lequel  on  s'as- 
seyait, et  quand  on  voulait  changer  de  place,  on  le  jetait  là  où  on  dési- 
rait s'asseoir.  Comparez  mon  article  atarraya,  où  le  changement  de 
signification  est  à  peu  près  le  même. 

Almagesto  de  j^.a-»a..^-*JI  (al-madjislî)  qui  n'est  qu'une  altération  du 
grec  vj  [J!,6'yi(TTyi  se.  (TVVTd^iç. 

Almagra  (ocre  rouge)  de  «yuJl  (aUmagra)  qui  a  le  même  sens.  Voyez 
P.  de  Alcala. 

*Almagran,  magran.  Almagran^  comme  le  nom  d'une  espèce  d'im- 
pôt, se  trouve  dans  des  chartes  d'Alphonse  X  (dans  le  Memor.  hist.esp,, 
I,  108,  110),  et  Victor  donne  magran,  qu'il  explique  par  «tribut,  dace.» 
C'est  l'arabe  ^.Jt^  ou  j»^*jî  {magram  ou  al-magram),  que  Freytag  n'a 
pas  en  ce  sens,  mais  que  P.  de  Alcala  donne  sous  une  foule  d'articles 
et  qui  est  très-fréquent  chez  les  auteurs  magribins. 

*  Almaiz.     Voyez  alcamiz. 

Almaizar  ,  almaizal  (espèce  de  toque  ou  voile)  de  ;j-S-*JI  {aUmVzar)  ; 
voyez  M.  Dozy,  Dict.  des  noms  des  vêtem.,  p.  42  et  suiv. 

*  Almaja  (droit  que  l'on  payait  en  Murcie  sur  les  fruits  secs).  — 
L^J!  {al-madjbâ)  signifie  impôt;  le  terme  esp.  en  serait-il  une  altéra- 
tion.? Dans  ce  cas,  ce  serait  un  mot  tronqué:  almaja  pour  almajaba 
(cf.  rintrod.,  p.  28,  n°.  4). 

1)  Dans  l'ancien  portugais  almandraque;  voyez  S**.  Rosa.  Almandra ,  que  ce  lexico- 
graphe a  trouvé  dans  un  acte  de  l'anne'e  1053  et  qu'il  n'a  pas  compris,  est  une  alté- 
ration  du    même  mot. 


153 

Almajaneque,  almoiancgc  (Sanchez),  cal.  almajanech  (machine  de 
guerre),  de  m^J^j^Ji  (al-mandjantc) ,  «ingenio  pelreclio  para  lirar» 
Aie.     Ce  mot  arabe  dérive  à  son  loiir  du  grec  f/.Jiyyoivov, 

*  Almajar.     On  lit  chez  rArchipr(^lre  de  Hila  (copl.  889): 

Luego  en  el  comienzo  fis  aquestos  cantares, 

Levogelos  la  vieja  con  otros  adamares: 

Senora,  dis,  compradme  aquestos  almajares; 

La  dueiïa  dixo:  plasme  desque  me  los  mostrâres. 
L'éditeur,   Sanchez,   n*a  pas  compris  le  sens  de  ce  mot,  parce  qu'il 
n'en  connaissait  pas  l'origine.    C'est  sans  doute -^uji  (a/-ma/(/;*ar),wmr- 
chandise, 

*  Almajara  ,  armajara  (endroit  où  il  y  a  des  couches  pour  hâter  la 
végétation)  est,  je  crois,  ^y^^\  {al-madjra),  rigole.  Plus  haut  j'ai 
noté  le  mol  pg.  alfobre,  en  arabe  al-hofre ,  qui  signifie  proprement  ri- 
gole, et  ensuite  un  petit  espace  de  terre  que  l'on  cultive  avec  soin  pour 
y  faire  venir  des  légumes,  et  qui  est  baigné  par  une  rigole.  Je  pré- 
sume que  la  signification  de  almajara  s'est  modifiée  de  la  même  manière. 

Almalafa  (ropa  que  se  ponîa  sobre  todo  el  demas  veslîdo,  y  comun- 
raenle  era  de  lino)  de  iCâ^Uiî  (al-milhafa)  qui  désigne:  «le  grand  voile 
ou  manteau  dont  se  couvrent  les  femmes  en  Orient,  quand  elles  sor- 
tent.»    Voyez  M.  Dozy,  Dict.  des  noms  des  vêtem.,  p.  401. 

*  Almalaque.  Comme  ce  mot  a  le  même  sens  que  celui  qui  précède, 
je  crois,  avec  l'Acad.  el  Marina,  que  c'en  est  une  altération. 

Almallabe  (saline)  de  iC>^JI  {al-mallâha) ,  «salina  do  se  coge  saU 
Aie,  dérivé  de  fX/>  {milh)  qui  désigne  du  sel, 

*  Comme  ce  mot,  que  donne  Marina,  mais  sans  en  citer  un  exemple, 
n'est  pas  dans  les  dictionnaires,  j'ajoute  ce  passage  que  je  trouve  dans 
le  Fuero  de  Molina  {apud  Llorente,  Noticias  de  las  ires  provincias  Vascoji^ 
gadas,  IV,  119):  «Do  à  vos  en  fuero,  que  siempre  todos  los  vecinos 
de  Molina  —  —  prendan  sendos  cafices  de  sal  cada  anno,  é  den  en 
prescio  de  aquestos  cafices  sendos  mencales  (lisez  melicales) ,  et  que 
prendades  aquestos  cafices  en  traid  6  en  almallahe  con  vuestro  escribano 
é  con  el  mio;  et  qui  otramientre  lo  rescibiere,  pèche  cienl  maravedis.» 

*  ALMA^ACA.  Selon  l'Acad.  (G**  édit.)  ce  mot,  qui  n'est  plus  en  usage, 
signifiait:  «bracelet  de  femme.»  J'en  doute;  du  moins  je  ne  connais 
pas  en   arabe  un  mot  pour  bracelet  qui  y  ressemble  ;  mais  iCôLûJI  (al- 

20 


154 

min(aca)s  qu'on  prononçait  al-maniaca  en  Espagne,  désigne  une  ceinture 
d'or  ou  d'argent;  voyez  mon  Dict.  des  noms  des  vétem.,  p.  420. 

Almanaque.  Bien  que  ce  mot  ne  soit  pas  du  nombre  de  ceux  que  je 
m'étais  proposé  de  traiter,  je  me  crois  obligé  de  réfuter  quelques-unes 
des  étymologies  qu'on  en  a  données.  C'est  sans  doute  à  cause  de  la 
première  syllabe  al,  qu'on  a  voulu  en  cherclier  l'origine  dans  l'arabe. 
Les  uns  l'ont  dérivé  de  la  racine  ^JU  (manaha)  qui  signiBerait  compter; 
malheureusement  il  n'y  a  que  l'hébreu  njD  qui  soit  usité  dans  celte  ac- 
ception ;  dans  l'arabe  il  n'y  en  a  pas  la  moindre  trace.  D'autres  l'ont  mis 
en  rapport  avec  le  substantif  al-minha  qui  signifie  don,  cadeau.  Ils  ont 
supposé  une  chose  qui  est  au  moins  très-problématique,  savoir  que  les 
Arabes  aient  eu  la  coutume  de  se  faire  cadeau  d'almanachs.  Mais  il  y  a 
une  grande  différence  entre  les  calendriers  arabes  et  nos  élégants  almanachs: 
les  premiers  ne  sont  rien  autre  chose  que  des  tables  astrologiques,  et  on  n'a 
qu'à  y  jeter  un  coup  d'œil  pour  se  persuader  qu'ils  ne  sont  pas  de  nature 
à  servir  de  cadeaux.  Du  reste ,  et  ceci  est  un  argument  décisif,  les 
Arabes  nomment  constamment  leurs  calendriers  tecwtm  ou  rouz-nâme  ; 
même  dans  des  manuscrits  arabes  qui  traitent  cette  matière,  je  n'ai  pas 
réussi  à  découvrir  un  mot  qui  ressemblât  tant  soit  peu  à  notre  almana- 
que. Cependant  il  faudrait  justement  avoir  trouvé  un  tel  mot,  pour 
avoir  le  droit  d'avancer  qu'alrnanaque  est  d'origine  arabe. 

Dans  un  passage  de  Porphyre,  cité  chez  Eusèbe  (de  prœpar.  evange- 
lica,  III,  4  éd.  Gaisford) ,  il  est  question  de  calendriers  égyptiens,  qui 
y  sont  désignés  par  le  nom  de  à>,[/,evixioiiix.  Ce  mot  admet-il  une  ex- 
plication raisonnable  en  copte?  Serait-il  l'origine  de  notre  almanaque? 
Voilà  des  questions  que  je  ne  suis  pas  à  même  de  décider  ;  mais  quant 
à  l'opinion  de  Saumaise  {De  annis  climactericis ,  p.  605),  qui,  en  dé- 
composant ce  àXfjisvixioiKx,  y  a  trouvé  trois  mots  persans,  elle  ne  mé- 
rite pas  d'être  réfutée. 

"^  Après  la  publication  du  livre  de  M.  E. ,  les  différentes  opinions  sur 
l'origine  de  ce  mot  ont  été  rassemblées  et  discutées  avec  beaucoup  de 
soin  par  M.  Mahn  [Elym.  Unters.,  p.  129 — 134);  mais  il  continue  à 
défier  les  efforts  des  étymologistes  et  même  en  copte  il  ne  semble  pas 
avoir  de  sens. 

'^  Almancebe.  Selon  l'Académie  ce  mot  signifiait  autrefois:  les  filets, 
la   barque  et  tous  les  autres  instruments  nécessaires  pour  une  certaine 


16  j 

espèce  de  poche  dans  le  Guadalquivir  aux  environs  de  Sévillc.  Il  vfcnt 
cerlainemeut  de  la  racine  (-^woi  (iiaçabd) ,  posait,  ftxil.  Il  est  vrai  que 
dans  Freytag  on  ne  trouve  rien  qui  puisse  motiver  une  telle  opinion; 
Djais  le  substantif  nacba  répond  chez  Alcala  à  presa  para  prender  (proie)» 
à  cepo  para  caer  en  el  (piège)  et  à  lazo  para  tomar  hestias  fieras  (lacs, 
panneau);  en  outre  le  verbe  nacaha  se  dit  dans  le  sens  de  tendre; 
Bocthor  a  *^^-à  v-^a^j,  tendre  des  filets,  figurément  tù^.xi  iJ  ^.Aoi  tendre 
un  piège  à  quelqu'un,  et  Edrîsî  emploie  le  participe  passif  en  parlant 
de  fllets  (aZ'Zoroub  al^mançouba).  Il  s'ensuit  que  le  nom  de  lieu  w^An>LJî 
{al'tnanceb) ,  en  esp.  almancebe,  désigne  proprement:  l'endroit  où  les 
pêcheurs  tendent  leurs  filets,  leurs  lacets,  en  un  mot  tous  les  pièges 
dont  ils  se  servent  pour  prendre  les  poissons.  C'est  un  mot  qui  res- 
semble beaucoup  à  almadraba  (voyez  ma  note  sur  cet  article) ,  mais  de 
même  que  ce  dernier,  il  a  peu  à  peu  reçu  un  sens  plus  large.  On  l'a 
employé  d'abord  pour  désigner  les  filets,  ensuite  pour  indiquer  tout 
l'attirail  d'un  pêcheur,  pourvu  toutefois  que  l'explication  donnée  par 
FAcad.  soit  bonne;  car  le  terme  a  vieilli,  et  dans  les  deux  passages 
des  Ordonnances  de  Séville  que  cite  l'Acad. ,  il  pourrait  fort  bien  avoir 
son  sens  primitif.  On  y  lit:  «Otrosi  que  ningun  alraacaero  no  sca 
ossado  de  empachar  mas  de  un  almancebe,»  et  «que  ningun  almalrero 
de  sabogales  de  aqui  adelante  non  tome  almancebe  fasta  mediado  el  mes 
de  Febrero.  »  Quant  à  ces  mots  almacaero  et  almatrero,  qui  ne  se 
trouvent  pas  ailleurs,  je  serais  fort  porté  à  les  considérer  comme  fautifs 
el  à  les  changer  en  almancebero. 

*  Almanchar  pg.     Voyez  almixar. 

Almandarahe,  almandaraque  (lieu  de  retraite  pour  les  navires,  rade, 
«lugar  donde  meten  navios»).  Un  lieu  de  retraite  pour  les  navires 
s'appelle  en  arabe  -^jCam^^o  {moslarâh);  voir  Edrîsî  (passim)  [*  et  j'ajoute 
hardiment,  quoique  M.  E.  n'ait  pas  osé  le  faire,  que  le  mot  esp.  en  est 
une  altération.  Seulement,  comme  le  ternie  n'est  pas  dans  Freytag, 
je  transcris  ces  passages  tirés  d'Edrîsî:  comme  adjectif:  Clira.  V,  Secl.  2: 
iUî  jf^  ^f.m^^^^%  ibid, ,  Sec  t.  3:  ^^^/i-*^  v-ÀxLii  ^-m.^^  ^^  ;  comme 
substantif:  ibid.,  Sect.  2:  ^^£>  J^U^  ^tyc^x»  ^p^;  aussi  dans  Amari, 
Bibl.  Arab.  Sic,  p.  23,  1.  12,  où  il  faut  ajouter  la  copulative  (-tyc^^»), 
que  j'ai  trouvée  dans  les  man.  A.  et  B.]. 


V66 

*  Almanjarra  pg.  (la  poutre  d*un  moulin  ou  d'une  machine  hydrauli- 
que, à  laquelle  on  attache  la  bête,  qui  la  fait  tourner)  de  ^-5\-».Ji  (al- 
madjarr)  y  poutre. 

*Almanta  est,  selon  TAcad.  qui  cite  l'Agriculture  de  Herrera,  la 
même  chose  que  almàciga  (voyez  cet  article) ,  c'est-à-dire ,  une  couche 
ou  planche  pour  les  jeunes  légumes  qu'on  transplante  plus  tard  dans 
les  grands  carrés.  Je  me  tiens  persuadé  que  c'est  une  altération  de 
iC.-A-*.«JL-JI  {al-matibata) ,  car  une  telle  planche,  servant  précisément  au 
même  usage,  est  nommée  par  Ibn-al-'Auwâm  (II,  141)  al-manbat  (chez 
Freytag  «locus,  ubi  proveniunt  germinantve  plantae;»  dans  le  passage 
d'Ibn-al-'Auwâm  Banqueri  l'a  traduit  fort  bien  par  almàciga),  et  la 
forme  almanbata  est  employée,  quoique  dans  un  sens  plus  général,  par 
Motamid,  dans  un  vers  que  j'ai  publié  dans  mes  Loci  de  Abbad.,  I, 
63,  1.  5  (où  j'ai  donné  d'autres  voyelles  à  ce  mot,  parce  que  je  ne 
connaissais  pas  cette  forme,  qui  manque  dans  Freytag;  mais  la  compa- 
raison de  l'esp.  aimanta  montre  qu'elle  est  bonne). 

*Almarada  (stylet).  Chez  P.  de  Alcala  marâda,  au  pi.  maradîd, 
répond  à  punçon,  et  c'est  sans  doute,  comme  l'observe  TAcad.,  le  même 
mot,  parce  que  l'espèce  de  stylet  qu'on  nomme  almarada  ressemble  à 
un  poinçon.  Mais  un  tel  mot  n'existe  pas  en  arabe,  et  je  crois  oser 
dire  que  les  Mauresques,  parmi  lesquels  vivait  Alcala,  l'ont  altéré.  Le 
mot  pour  poinçon  y  ressemble  beaucoup;  c'est  j^,i^iî  {aUmikhraz)  dans 
la  langue  classique,  et  ^^.^-éJI  chez  Bocthor.  En  Espagne,  où  le  mi 
des  noms  d'instrument  se  changeait  presque  toujours  en  ma,  on  pronon- 
çait aUmakhrâz ,  et  c'est  de  là  que  vient  almarada»  D'autres  mots  sont 
altérés  de  la  même  manière  chez  Alcala.  Ainsi  il  traduit  almarraxa 
par  marrâxa,  au  pi.  marârix,  comme  si  ce  mot  venait  de  la  racine 
\Jiéj~A  (maracha),  tandis  qu'il  vient  très-certainement  de  la  racine  (ji. 
(rachcha),  comme  l'a  dit  M.  E.  Au  reste  le  mot  arabe  a  aussi  été 
fort  altéré  dans  le  port.,  où  il  est  devenu  almofàte  (voyez  cet  article) , 
et  il  a  encore  une  fois  passé  dans  cette  langue  sous  la  forme  almofrez, 
qui  est  correcte. 

*Almarax  («6  alcantara,  un  pont»  Victor).  Les  mots  arabes  pour 
pont  sont  bien  connus ,  mais  parmi  eux  il  n'y  en  a  aucun  qui  ressemble 
à  almarax,   -,^4J\  (al'7na*radj)  est    «locus   ubi  adscenditur,  »    et  aussi 


157 

cinslruraentum,   cuius  ope  adscenditur,  scala.»     Les  Arabes  d*Espagne 
Tauraient-ils  employé  dans  le  sens  de  pont? 

*  Almarbate  (pas  dans  les  dict.)  signifie  selon  la  Carpinteria  de  lo 
blanco:  madero  cuadrado  del  alfarxe  (voyez  alfargk)  que  sirve  para 
formarle,  uniendose  con  los  pares  ô  alfardas;  de  là  le  verbe  almarbatar, 
réunir  deux  pièces  de  bois.  C'est  évidemment  Ja-j^— ^  {mirbet,  marbet 
selon  la  prononciation  vulgaire)  qui  signifie  lien.  Sous  cette  racine 
Freylag  ne  donne  aucun  mot  comme  un  terme  de  charpenterie  ;  mais 
chez  P.  de  Alcala  travar  edi/icio  est  Jaj^  à  la  1"  forme,  et  travazon  de 
edificio,  'il^Uj  (rabla).  A  l'article  ataurique  TAcad.  cite  ce  passage  des 
Ordenanzas  de  Sevilla:  «El  dicho  Maestro  sepa  labrar  sus  portâdas  de 
hyeseria  ....  con  chapinétes,  é  almaribales ,  e  atauriques,  y  todas  las 
molduras  que  convienen.  »     C'est  sans  doute  le  même  mol. 

Almarcha  («pueblos  assentados  en  vegas»  Cob.),  almarjales  (tierras 
baxas  como  prados) ,  [*  armajal ,  marjal]  pg.  alraarge ,  almargèm ,  [*  al- 
margeal]  (prado).  Tous  ces  mots  dérivent  de  _j^î  {al-mardj),  mot  que 
les  Arabes  ont  tiré  du  persan,  et  qui  signifie  prairie,  champ. 

*Almarjo  (pariétaire,  plante  qui  croit  sur  les  murs).  En  arabe  cette 
plante  a  d'autres  noms,  comme  on  peut  le  voir  chez  Ibn-al-Baitâr,  I, 
308,  chez  Bocthor  et  chez  Berggren.  Cependant  P.  de  Alcala  traduit 
almarjo  par  mârjo,  mot  dont  la  forme  n'est  pas  arabe  et  qui,  je  pré- 
sume, est  une  altération  de  muralio,  l'ablatif  de  muralium;  c'est  le 
nom  que  celte  plante  porte  chez  Pline.  Les  Arabes  l'auront  reçu  des 
Espagnols  (en  valencien  c'est  morella;  voyez  Escolano,  Hist.  de  Valencia, 
I,  688),  et  après  l'avoir  corrompu,  ils  le  leur  auront  rendu  augmenté 
de  leur  article. 

*  Almaro.  Les  Espagnols  désignent  aussi  cette  sorle  d'herbe  odorifé- 
rante par  le  mot  maroy  qu'ils  ont  reçu  directement  des  anciens  (f^^âpov, 
marum);  mais  quant  à  ahmro,  ils  l'ont  reçu  des  Arabes,  qui  écrivent 
3-JI  (al-marô);  voyez  Ibn-al-Bailâr,  II,  502,  et  le  Mosla'inî  à  l'article 
'^ysAjkjA,  OÙ  on  lit  que,  d'après  Zahrâwi ,  le  nom  espagnol  est  Ki^jou, 
c'est-à-dire,  tnenlha  bona.  Chez  Dodonaeus  {Cruydt-Boeck ,  p.  141  b) 
c'est  yerva  buena. 

*  Almarraes,  «outils  qui  servent  à  étouper  le  coton»  dit  Nuûez;  mais 
celle  explication  est  trop  vague  pour  que  j'ose  essayer  de  donner  l'éty- 
mologic  de  ce  mot. 


lo8 

Almarraxa,  pg.  almarracha  (vase  de  verre  pour  arroser).  En  arabe 
(jii.  (rachcha)  signiOe  arroser  ;  de  là  iC^.  Jî  {al-mirachcha  {'*'  al-marach' 
cha  selon  la  prononciation  des  Arabes  d'Espagne])  se  dit  dans  le  sens 
de  «inslrumentum  que  adspergitur, »    «almarraxa»  Aie. 

Almarrega,  a.  pg.  almârfaga,  almâffega  (espèce  d*étoffe  très-grossière 
dont  on  fait  des  vêtements  de  deuil).  On  trouve  encore  marga  et  mar' 
rega.  En  prenant  almârfaga  comme  la  forme  primitive  et  (et  il  me  semble 
hors  de  doute  qu'il  faut  le  faire,  parce  qu'alors  les  changements  dans 
l'orthographe  se  laissent  expliquer  sans  peine),  il  nous  faudrait  un  mot 
arabe  Kiij^î  (al-mirfaca)  qui  y  correspondrait.  Malheureusement  ce  sub- 
stantif ne  désigne  que  oreiller.  C'est  ce  qui  m'oblige  à  avouer  que 
l'étymologie  de  ce  mot  m'est  encore  obscure,  bien  que  je  n'aie  guère 
de  doute  sur  son  origine  arabe. 

*Dans  le  Memor.  hist.  esp.  (IX,  180),  M.  de  Gayangos  a  traité  de 
ce  mot.  Il  semble,  dit-il,  que  màrfaga  ou  màrfega  a  désigné  en  esp, 
un  grand  oreiller  sur  lequel  on  se  couchait  en  s'appuyant  sur  le  coude, 
et  c'est  l'arabe  mirfaca  ou  marfaca.  Il  est  possible,  ajoute-t-il,  que 
rétoffe  grossière  qui  servait  à  couvrir  ces  oreillers  ail  été  nommée  aussi 
màrfega  par  une  espèce  de  synecdoche.  —  On  voit  que  ce  ne  sont  que 
des  conjectures ,  mais  elles  me  semblent  bonnes,  et  je  crois  être  en 
état  de  démontrer  qu'elles  le  sont. 

*La  première  chose  à  faire,  c'est  de  fournir  la  preuve  que  le  mot 
en  question  a  réellement  été  en  usage  dans  le  sens  de  coussin.  Je  la 
trouve  dans  un  inventaire  de  l'année  1356,  publié  par  Villanueva  {Viage 
lilerario,  XVII,  287),  où  on  lit:  a  Item  invenimus  in  domibus,  ubi  dictus 
deffunctus  morabatur,  in  sala  unara  tabulam  longam  plegadiçam  cum 
suis  pedibus.  Item  unum  scannum  lecti.  Item  unam  marffîcam.  Item 
unum  lodicem.  Item  unum  manil  sive  carapitam.  Item  unum  pulvi- 
nar.  -  -  Item  invenimus  in  quadam  caméra  dicti  hospicii ,  ubi  dictus 
deffunctus  consuevit  jacere,  unum  scutum  ad  signum  crucis.  Item  sex 
manades  lavandi  vasa  vinaria.  Item  unum  banchum.  Item  unam  plum- 
baciara.  Item  unam  marficam.  Item  unum  coxinetum  libidum.  Item 
unum  travesserium  lividum,»  etc.  —  La  circonstance  que  le  sens  de 
ce  mot  a  été  détourné  et  qu'on  l'a  l'appliqué  à  l'étoffe  qui  servait  à 
couvrir  cette  espèce  de  coussin,  n'a  rien  d'étonnant;  comparez  p.  e. 
almohada,  qui  dans  l'origine  signiOc  oreiller,  mais  qui  s'emploie  aussi, 


159 

en  arabe  (cf.  Alcala  sous  funda  de  almohada)  et  en  espagnol,  pour 
désigner  une  taie  d'oreiller,  le  linge  qui  sert  d'enveloppe  à  un  oreiller. 
De  là  à  nommer  ainsi  réloffe  qui  sert  à  couvrir  un  coussin ,  il  n'y  a 
qu'un  pas,  et  on  l'a  fait  en  donnant  le  nom  de  marfega  etc.  à  la  bure 
qui  servait,  non-seulement  à  couvrir  les  coussins,  c'est-à-dire  les  sacs 
rembourrés,  mais  aussi  à  en  faire  des  sacs  non  rembourrés  («marfaca 
de  quo  fiunt  sacci,»  lit-on  dans  un  passage  cité  chez  Ducange,  et 
l'Acad.  dit  que  marga  est  une  étoffe  «  que  sirve  para  hacer  sacas  de 
lana»)  — ,  des  couvertures  de  bêtes  de  somme  (voyez  l'Acad.  à  l'art. 
almarrega,  Moraes  sous  almafega),  des  couvertures  de  lit  pour  les  bergers 
(Acad.  sous  marraga,  Nuilez  sous  marfaga) ,  et  enûn  des  vêtements  de 
deuil.  Par  un  hasard  étrange,  mais  facile  à  expliquer,  le  mot  a  pres- 
que recouvré  sa  signification  primitive  sous  la  forme  màrragon,  car 
dans  la  Rioja  ce  terme  désigne  un  très-grand  coussin,  une  paillasse  de 
lit,  «y  parece  se  llamo  assi  por  hacerse  regularmenle  de  mârraga» 
(Acad.), 

Almartaga  (litharge,  oxyde  de  plomb)  de  i^jyJî  (al-mortac ,  en  Es- 
pagne al-martac)  que  P.  de  Alcala  traduit  par  espuma  de  plomo. 

Almartaga  [*almartega,  almarliga]  (sorte  de  bride  à  chevaux  faite 
de  broderie  et  de  dorure).  Suivant  Diego  de  Urrea  ce  mot  dérive  du 
verbe  oreteca  que  signiCca  tener  fuerte  y  tirar  para  si.»  Ce  verbe 
m'est  inconnu.  Faut-il  supposer  que  Urrea  a  eu  en  vue  le  verbe  t^5^, 
(rata^^)»  ^"^  >  ^  ^^  ^^^  forme,  signifie  «effecit  ut  brevibus  passibus 
incederet  ?  > 

*  M.  E.  a  emprunté  à  Victor  l'explication  qu'il  donne  de  ce  mot  csp. 
Elle  est  bonne  jusqu'à  un  certain  point  —  «una  almartaga,  labrada  de 
filo  de  oro  y  de  seda,»  lit-on  dans  un  inventaire  publié  par  Saez  {Valor 
de  las  monedas,  p.  531)  —  mais  proprement  almartaga  ne  signifie  rien 
autre  chose  que  licou  («que  sirve  para  atar  los  caballos  y  mulas,  y 
lenerlos  en  los  pesebres,  6  llevarlos  de  una  parte  â  otra»  Acad.).  Il 
vient  de  la  racine  «J,  (rala'a),  qui,  dans  la  langue  classique,  exprime 
l'idée  de  paître  librement  et  sans  entraves ,  mais  qui,  dans  celle  du 
peuple,  a  reçu  une  signification  opposée.  Chez  P.  de  Alcala  le  substan- 
tif rata*  est  «un  pieu  auquel  on  attache  une  bête»  {estaca  para  atar 
hcstia),  et  en  Algérie  c'est  aujourd'hui  entraves.  M.  Cherbonneau  (dans 
le  Journ,  asiat,  de  1849,  I,  542)  le  donne  dans  celle  acception,   et  on 


160 

lit  chez  Martin,  Dialogues,  p.  130:  «Ayez  soin  de  ne  pas  oublier  la 
couverture,  la  musette  et  les  entraves  (^-J>JO  des  chevaux.»  L*idée 
d'entraves  se  lie  étroitement  à  celle  de  licou,  car  de  même  que  les  en- 
traves servent  à  lier  les  jambes  d'un  cheval  pour  l'empêcher  de  s'éloigner 
trop  du  lieu  où  on  veut  qu'il  paisse,  le  licou  sert  à  l'attacher  au  râte- 
lier et  à  l'empêcher  qu'il  s'en  éloigne.  Suivant  les  règles  de  la  langue 
arabe,  le  licou  doit  avoir  porté  le  nom  de  al-mirta'a  («l'instrument  pour 
retenir  un  cheval»),  aUmarta'a  selon  la  prononciation  des  Arabes 
d'Espagne,  ce  qui  est  devenu  almartaga  par  le  changement  ordinaire 
du  'ain  en  g  (cf.  l'Introd.,  p.  13). 

*  Almatrero.     Voyez  almancebe. 

*  Almatriche  (canal  d'arrosement)  doit  venir  de  la  racine  (J,,h  (tara* 
cha)  qui,  à  la  2*  forme,  signifle  arroser  (p.  e.  Mille  et  une  Nuits,  I, 
53  éd.  Macnaghten);  mais  je  n'ai  pas  encore  rencontré  ce  substantif 
en  arabe. 

Almatrixa  pg.  (sorte  de  couverture  de  cheval).  L'étymologie  de  ce 
mot  ne  m'est  pas  claire.  Je  ne  puis  que  traiter  d'absurde  la  dérivation 
proposée  par  Sousa,  qui  le  met  en  rapport  avec  l'arabe  u^j-^  taracha 
dans  le  sens  d'arroser, 

*  C'est  une  contraction  de  almadraquexa ,  qui  se  trouve  chez  S^  Rosa 
dans  le  sens  de  traversin  ou  oreiller,  et  qui,  ainsi  que  l'observe  le 
savant  éminent  que  je  viens  de  nommer,  est  le  diminutif  de  almadraque 
(matelas),  les  traversins  étant  autrefois  si  grands,  qu'ils  ressemblaient 
à  de  petits  matelas.  Cependant  il  ne  faut  pas  s'imaginer  que  le  dimi- 
nutif de  almadraque,  pris  dans  le  sens  de  housse,  a  quelque  chose  à 
faire  avec  almadraque  dans  l'acception  de  matelas.  Dans  ma  note  sur 
ce  dernier  mot,  j'ai  déjà  expliqué  son  origine:  il  vient  de  -^.i?  (tarahà), 
jeter ,  et  des  mots  dérivés  de  cette  racine  peuvent  s'appliquer  à  des 
objets  fort  différents,  p.  e.  à  un  filet  qu'on  jette  dans  l'eau  (voyez  l'art. 
atarraya),  et  aussi  à  une  couverture  qu'on  jette  sur  le  dos  du  cheval 
(cf.  Mille  et  une  nuits,  II,  11,  1.  1  éd.  Habichl).  Au  reste,  la  déri- 
vation que  j'ai  proposée  est  certaine,  car  le  mol  X.>t^  (tarrâhà),  qui 
vient  de  la  même  racine,  signifie  housse,  couverture  de  cheval  (Bocthor 
sous  housse,  Burckhardt,  Notes  on  ihe  Bédouins,  p.  123).  Il  signifie 
aussi  matelas  (Humbert,  p.  205,  Berggren  sous  matelas,  Bocthor  sous 
matelasser,  Lane,   Modem  Egyptians,   I,  227),   car  c'est   absolument  le 


161 

synonyme  de  matrah;   mais  ces  deux  significalions  doivent  s'expliquer 
par  celle  du  verbe. 

*  Almavar  (pas  dans  les  dict.).  M.  Siraonet  m'apprend  qu'à  Grenade 
ce  mot  désigne  une  grande  aiguille  dont  on  se  sert  pour  coudre  les 
chaussures  dites  alpargates.  C'est  évidemment  y^\  {al-rnihar,  al-mabar 
selon  la  prononciation  des  Arabes  d'Espagne),  employé  dans  le  sens  de 
'^j^\  (ibra),  aiguille,  Berggren  donne  sous  aiguille;  «gros  carrelet  de 
cordonnier,  «j-^a-x,  mèybara,y>  et  Boclhor  a:  ^carrelet,  grande  aiguille 
carrée,  .aa^.  ■ 

Almazara  (moulin  à  huile)  de  «y^ûxjt  (al-ma^çarà)  que  P.  de  Alcala 
traduit  par  molino  de  azeyte. 

*  Voyez  sur  ce  mot  arabe,  qui  manque  dans  Freytag,  le  Glossaire 
sur  Edrîsî,  p.  545,  346. 

Almea  (espèce  d'herbe)  de  k.«,jl  ^.Ji  {al-mei'a),  «styrax  offîcinalis ,  » 
Ibn-al-Baitâr,  II,  539. 

*  Il  est  à  peine  besoin  de  dire  que  M.  E.  a  confondu  ici  deux  choses 
tont-à-fait  différentes,  le  styrax  ou  storax  n'étant  nullement  une  «espèce 
d'herbe.»  —  Selon  l'Acad.  les  Esp.  entendent  sous  almea:  l'écorce  de 
l'arbre  appelé  storax  après  qu'on  lui  a  enlevé  toute  la  résine;  c'est  ce 
que  les  Arabes  appellent  mei*a  yâbisa  (sèche) ,  tandis  qu'ils  donnent  à 
la  résine  le  nom  de  mei'a  sâila  (liquide);  mais  selon  Tamarid  {apud 
Cobarruvias)  c'est  «cierto  genero  de  goma»  (de  même  dans  l'Acad.  sous 
azumbar),  et  par  conséquent  la  résine  du  storax.  Quoi  qu'il  en  soit, 
il  est  certain  qu'on  a  aussi  donné  le  nom  d'almea  à  d'autres  plantes 
aromatiques,  car  chez  Victor  c'est  spicanard  ou  nard  indien,  et  en  outre 
c'est  le  fluteau  ou  plantain-d'eau ,  plante  de  la  famille  des  alismacées 
et  dont  la  racine  est  odoriférante.  C'est  en  ce  sens  que  le  mot  se 
trouve  chez  P.  de  Alcala,  qui  traduit  almea  yerva  par  mêaà.  C'est 
évidemment  x*a».     Comparez  l'art,  azumbar. 

AuiEAR,  almiar  (meule  de  foin)  dc^Lx^Ji  (al-miyâr) ,  le  pluriel  de 
\ijf^\  (al^m'ira)  qui  désigne  fourrage.  (?). 

*  Outre  qu'un  tel  plur.  n'existe  pas,  le  sens  (mira  est  vivres,  et  non 
fourrage)  ne  conviendrait  point ,  ce  que  M.  E.  semble  avoir  senti  lui- 
même.  —  Selon  Berggren  «meule,  monceau,  pile  de  blé  fauché  ou  de 
paille»  —  «une  meule  de  foin  n'est  guère  connue  dans  le  Levant»  — 
est  en  arabe  ^^X-x-aJî    {aUheidar)   (chez   Freytag   le   verbe  beidara  est 

21 


162 

< 

expliqué  par:  «in  varios  acervos  collegit»  frumentum).  Maintenant  il 
faut  faire  attention  à  deux  choses:  P.  au  changement  du  b  en  m,  qui 
est  fréquent  (voyez  Tlntrod. ,  p.  20)  ;  2».  à  Télision  du  d  quand  il  se 
trouve  entre  deux  voyelles.  En  Hollande  cette  élision  est  presque  con- 
stante dans  certains  cas,  non-seulement  chez  le  peuple,  mais  aussi 
chez  les  gens  hien  élevés.  Elle  l'est  également  chez  les  Andalous,  qui 
disent  toa  pour  loda,  alborotao  pour  alborotado,  sacao  pour  sacado,  cudiao 
pour  cuidado,  maldecio  pour  maldecido  (=  maldito),  juio  pourjWio,  à 
punaos  pour  à  piinados.  Ces  exemples  sont  empruntés  aux  chansons 
andalouses  publiées  par  Willkomm ,  Zwei  Jahre  in  Spanien,  III,  401  et 
suiv. ,  où  Ton  en  trouvera  encore  d'autres.  On  voit  donc  que  l'esp. 
almear,  «meule  de  foin  ou  de  paille,»  est  formé  régulièrement  de  al- 
beidar  qui  a  le  même  sens  (albeidar  • —  almedar  —  almear). 

Almece  pg.f  aussi  almice,  almiça  («o  soro  do  leite,  que  escorre  do 
queijo  quando  o  apertao»  Sousa),  de  ^^\  (al-meçl) ,  «sérum  lactis.» 

""  Cette  étymologie  n'est  pas  la  véritable.  Dans  le  Glossaire  sur  le 
Mançourî  par  Ibn-al-Hachchâ  (man.  351  (o) ,  fol.  163  v»)  je  trouve  cet 

article:  Ua>  b^X'àsi  lXJLc    KajLJî  ^/o  ^^A1\  ^^A  ^f^,  sLc  yj^  ^^•^•^^î  ^^ 

L^     J*.XJ      *l*j|      A.^^'^ii     \llx3.4^\*^      J*A^4-5i      Vj*^'     &A4.M*.J^      U^-*^^      t->.i^]lj     ^4.A»*J^ 

JSè  f^\  J^xax).  On  voit  donc  que  les  Arabes  du  désert  donnaient  bien 
le  nom  de  al-meçl  au  petit-lait,  mais  que  ceux  de  l'Ouest  ont  fait  de 
ce  mot:  al-meiç.  Ce  terme,  qui  a  donné  naissance  au  mot  port.,  ne 
se  trouve  pas  dans  Freytag,  mais  bien  chez  P.  de  Alcala  {suero  de  la 
lèche,  méiz)  et  chez  Bocthor  (sous  petit-lait). 

Almedina  (grande  ville)  de  x.JLj^^Jt  (al-medtna)  qui  se  disait  dalis  le 
sens  de  capitalef  comme  l'a  démontré  M.  de  Gayangos  dans  la  traduction 
de  Maccarî,  I,  529.  Cf.  M.  Dozy,  Recherches,  l,  312  de  la  seconde 
édition, 

'^  Almeitiga  ,  meitega  a.  pg, ,  était  un  déjeuner  ou  repas  léger  qu'on 
donnait  au  receveur  des  impôts  royaux  (voyez  S\  Rosa).  Je  présume 
que  c'est  une  corruption  de  buUUJi  (al-mêida) ,  «  mensa  cibis  obtecta» 
et  «  cibus.  » 

"^  Almeja  (moule,  mollusque  bivalve).  Comme  ce  mollusque,  dégagé 
de  sa  coquille,  ressemble  assez  à  une  pituite,  je  pense  que  almeja  vient 
de  la   racine  ^^a  (medjdja)  qui   signifie  cracher.     Un  autre   mollusque 


163 

leslacé,  le  limaçon,  s'appelle  iCitij  (bezâca)  (voyez  Bcrggren  sous  limaçon 
et  sous  coquillage),  mot  qui  signifie  aussi  proprement  pituite,  flegme, 
cl  cette  circonstance  me  confirme  dans  ma  supposition  ;  mais  j'ignore 
comment  il  faut  écrire  le  substantif  en  arabe. 

Almb.na  («cierla  medida  de  aridos»  Marina)  de  UJÎ  (al-mcnâ)  qui  a 
la  même  signification. 

*  Almenar  (pied  de  fer  sur  lequel  on  mettait  des  torches  de  résine  ou 
de  bois  résineux  pour  s'éclairer,  dans  les  campagnes)  de  ^Luil  (al-metiâr), 
proprement  a  locus  lucis.  »  Actuellement  le  synonyme  manwar  a  ce  sens 
en  Egypte,  car  c'est  selon  M.  Lane  {Modem  Egypiians ,  II,  210):  «a 
long  slave ,  with  a  number  of  lamps  altached  to  it  at  the  upper  part.  » 

Almenara  («  el  fuego  que  se  haze  en  las  terres  de  la  costa  para  dar 
aviso»  Cob.)  de  »•  UJI  (al-menâra)  qui  désigne  un  phare. 

*  C'est  proprement  locus  lucis,  comme  al-menâr  dont  je  viens  de 
parler.  Aussi  almenara  a-t-il  eu  en  esp.  le  môme  sens  que  almenar , 
el  en  outre  c'était  une  espèce  de  grand  chandelier  à  plusieurs  mèches 
et  destiné  à  éclairer  les  appartements.  En  arabe  al-menâra  s'employait 
dans  le  même  sens;  voyez  Ibn-Batouta,  II,  231,  et  P.  de  Alcala  sous 
almenara  de  açofar,  —  Mais  en  Aragon  almenara  a  encore  un  tout  autre 
sens;  c'est:  un  canal  par  où  coule  dans  la  rivière  Tcxcédant  de  l'eau 
des  canaux  d'arrosement  ou  des  moulins.  Dans  cette  acception  c'est 
l'arabe  j^^UjI  (al-menhar) ,  chez  Freylag:  «fissura  seu  canalis  castelluni 
penetrans,  per  quem  fluit  aqua.»  Dans  Maccarî  (I,  371,  1.  9)  le  plur. 
jJ>Ij^  (menâhir)  se  trouve  dans  le  sens  de  canaux,  aqueducs,  et  si  à 
cause  de  l'accent  du  mol  arag.  {almenara) ,  on  veut  dériver  ce  dernier 
du  plur.  arabe,  je  ne  m'y  opposerai  pas. 

Almexia,  almaxia,  almegi,  almegia  (sorte  de  tunique  ou  de  vêtement 
de  dessus),  de  iUA^^J!  {al-mahchiya  ou  aUmehchiya)  comme  on  disait 
en  Espagne  au  lieu  de  ôLvixj^vJÎ  {al-mahchât).  Voyez  M.  Dozy,  Glossaire 
sur  Ibn-Adhàri,  p.  32,  53,  Dict.  des  noms  des  vêt,,  p.  142,  143. 

*Ce  mot  est  mal  expliqué  dans  les  dictionnaires  port.  Alphonse  IV 
de  Portugal  ayant  ordonné  aux  Maures  de  porter  une  almexia  au-dessus 
de  leurs  habits  quand  ils  n'avaient  pas  leur  propre  costume,  on  a  pensé 
que  c'était  une  espèce  de  signe  dislinctif;  mais  c'est  une  erreur. 

Almez  (alizier)  de  ^j^\  (al-meis)  auquel  le  Dict.  de  Freylag  n'allribue 


164 

d'aulre  sens  que  celui  de  nometi  arboris  magnœ.  C'est  Boctiior  qui  le 
traduit  par  alizier, 

'*'  Selon  M.  MuUer  (Die  letzten  Zeilen  von  Granada,  p.  109) ,  ce  terme 
arabe  ne  désignerait  Talizier  qu'en  Syrie  ou  en  Egypte,  tandis  que 
aimez  est  le  nom  «d'un  arbre  tout-à-fait  différent,»  à  savoir  du  Celtis 
australis  (micocoulier) ,  comme  dit  l'Acad.  esp.  et  comme  Sontheiraer  a 
rendu  le  terme  arabe  dans  sa  traduction  d'Ibn-al-Baitâr  (II ,  539). 
L'étymologie  de  aimez  est  en  tout  cas  certaine,  et  si  M.  E.  s'est  trompé, 
d'autres  se  sont  trompés  avec  lui.  Franceson,  dans  son  Dict.  esp., 
comme  l'a  déjà  observé  M.  Miiller,  traduit  aussi  aimez  par  alizier; 
chez  Victor  M.  E.  a  trouvé:  ^i aimez,  macoucoulier,  qui  est  une  sorte 
d'alizier,»  et  on  lit  chez  Dodonaeus  (Cruydl-Boeck ,  p.  1420  h):  «Lobel 
dit  qu'en  France  le  lotier  est  appelé  par  quelques-uns  alizier,  en  Lan- 
guedoc micocoulier,  en  Espagne  aimez.» 

Almibar  (du  sucre  fondu  et  cuit  avec  de  l'eau  ;  aussi ,  mais  surtout 
au  plur.,  des  fruits  confits  dans  cette  liqueur)  de  o^^Jt  {aUmibrat)  qui 
désigne  du  sucre. 

Almicantarat,  almucantarat  (petits  cercles  de  la  sphère  parallèles  à 
l'horizon),  de  oLbvUiJI  (al-mocantarât),  «circuli  paralleli  ad  horizontem.» 

Almidana.  Suivant  M.  de  Gayangos  (trad.  de  Maccarî,  II,  485)  ce 
mot  se  trouve  en  vieux  espagnol  dans  le  sens  d'hippodrome.  Evidemment 
c'est  l'arabe  q\uXaJJ  (al-meidân) ,  qui  désigne  la  même  chose. 

*  Almihuar.  Ce  terme  étant  employé  fort  souvent  dans  les  Libros  de 
Astronomia  d'Alphonse  X,  on  peut  en  conclure  qu'au  XIIP  siècle  il  avait 
droit  de  cité.  Il  est  expliqué  de  cette  manière  (II,  248):  «Almihuar 
nombran  el  clavo  que  entra  por  el  forado  del  medio  dell  albidada  et 
por  el  de  la  madré  de  las  tablas  et  de  la  red.  »  C'est  exactement 
^j-^Jî  (al-mihwar);  voyez  M.  Dorn  ,  Brei  aslron.  Instrumente  mil  arab, 
Inschriflen,  p.  27,  77,  79,  87. 

Almirante,  it,  almiraglio,  ammiraglio,  pr.  amiralh,  fr,  amiral.  Dans 
les  premières  syllabes  de  ce  mot  il  est  facile  de  reconnaître  l'arabe  amîr 
(commandant).  Le  fait  que  ce  substantif  est  suivi  de  l'article  al  dé- 
montre qu'il  doit  avoir  eu  un  complément,  qu'on  a  retranché  dans  les 
langues  européennes.  Pour  retrouver  ce  complément,  il  faut  examiner 
comment  les  Arabes  nommaient  l'officier  à  qui  était  confié  le  comman- 
dement des  forces  navales.     Suivant  Ibn-Khaldoun  (Prolog.,  man.  1550, 


165 

fol.  95)  le  commandanl  d*une  escadre  se  nonnnait  câïd  al-osloul ,  tandis 
que,  quand  il  s'agissait  d'une  grande  expédition  navale,  on  conférait 
le  commandement  suprême  de  toutes  les  escadres  à  un  amîr.  Or  dans 
un  passage  d'Abou-'l-mahâsin  (II,  116  de  l'édition  de  M.  Juynboll)  un 
tel  amîr  porte  le  litre  de  amir-al-bahr  (commandant  de  la  mer).  Evi- 
demment c'est  là  l'origine  du  mot  en  question.  Le  français  amiral  se 
rapproche  le  plus  de  l'original  ;  en  italien  et  en  espagnol  le  mot  a  été 
altéré.  Le  /  de  la  première  syllabe  de  almirante  est  purement  eupho- 
nique.    Voyez  p.  23,  n*.  1  de  l'Introduction. 

*  Cette  explication  ne  me  paraît  pas  admissible.  A  mon  avis  le  al 
dans  amiral  n'est  pas  l'article  arabe,  mais  la  terminaison  latine  alis  ou 
alius,  et  voici  pourquoi:  1°.  Au  moyen  âge  le  mot  en  question  n'avait 
pas  ordinairement  la  signification  de  commandant  sur  mer,  mais  celui 
de  commandant  sur  terre;  on  peut  en  trouver  une  foule  de  preuves 
chez  Ducange  sous  amir ,  dans  le  Lexique  roman  de  Raynouard,  et  en 
général  dans  les  dictionnaires  des  langues  du  moyen  âge;  d'où  il  s'en- 
suit qu'on  pensait  seulement  à  un  émir,  et  non  pas  à  un  émir  sur  mer; 
al  n'est  donc  pas  al-bahr,  qu'on  aurait  tronqué.  2°.  Quand  on  parlait 
réellement  d'un  commandant  sur  mer,  on  ajoutait  après  amiral,  ou 
quelle  que  fut  la  forme  du  terme  dans  les  différentes  langues,  les  mots 
de  la  mer;  ainsi  on  trouve  dans  des  chartes  esp.  de  1254  et  des  années 
suivantes:  aalmiraje  {ou  almirage)  de  la  mar»  (dans  le  Mem,  hist,  esp., 
I,  36,  97,  100,  107,  113,  154);  dans  la  Cronica  de  D.  Alo7iso  XI 
(p.  112)  et  chez  Barrantes  Maldonado  (dans  le  Mem.  hist.  esp.,  IX,  36, 
et  dans  la  signature  d'une  charte,  p.  205)  o almirante  de  la  mar;» 
chez  le  Flamand  Velthem  «ammirael  van  der  zee.  »  Par  conséquent 
ridée  de  commandant  sur  mer  n'était  pas  dans  le  terme  môme.  3®.  Les 
différentes  formes  du  mot  prouvent  aussi  que  ce  qui  suit  après  amir 
n'est  qu'une  terminaison,  car  outre  alis  ou  alius,  c'est  aussi  agius , 
almiragius  chez  Ducange,  dans  l'ancien  esp.  almirage  ou  almiraje;  ans, 
ablatif  an/c,  esp.  almirante,  a.  fr.  amirant;  arius,  amirarius  chez  Ducange; 
atus,  amiratus  chez  le  môme;  andus ,  amirandus,  etc. 

Almirbz,  almofariz  (aussi  pg.),  a.  pg.  almafariz  (mortier),  de  (j^î^fJt 

{al-mihrâz,  suivant  la  prononciation  espagnole  al-mihréz  ou  al-mihrtz), 
«murlarium.» 


166 

Almiron  (chicorée  sauvage)  de  Q»,^Jt  {al-mirôn)  qui,  chez  P.  de  Alcala, 
répond  à  almiron.     Voyez  ce  même  auteur  au  mot  cicorea  yerva. 

*Le  mot  mirôn,  que  P.  de  Alcala  donne  comme  le  terme  arabe,  est 
corrompu:   c'est  q*>j^  (amlrôn)   qu'il  faut.     Dans   le  Mosta'înt   on  lit 

sous  l'article  LvAâ^  (chicorée):  q^^-a^î  ^J  JU-j  &^-vo  j^IaJI^,  «l'espèce 
sauvage  s'appelle  amîrôn,^  Chez  Ibn-al-Baitâr  sous  le  même  article, 
là  où  il  parle  de  l'espèce  sauvage:  q^^^.^'^Î  LiJ^c  ^Ji^^.^^*  «on  l'appelle 
chez  nous  al-amîrôn  »  (le  passage  est  altéré  dans  la  trad.  de  Sontheimer, 
II,  575).  Dans  le  Glossaire  sur  le  Mançoiirî  par  Ibn-al-Hachchâ  (man. 
331  (5),  fol.  161  r*»)    on  trouve  que  le  ^^^k^à>.h  est  LlX^I  ^a  ^a>o 

^2^5^-A-/>^î  ^jX4^li  j^-é..M*.-jj  ^j^  «  une  espèce  de  chicorée  sauvage  qui  au 
Magrib  s'appelle  al-amirôn,  »     C'est  le  mot  grec  cki^vpov. 

Almixar  (lieu  où  l'on  fait  sécher  les  figues).  En  arabe  le  verbe  ^ 
(charra)  signifie  «exposer  quelque  chose  au  soleil  afin  de  le  sécher.» 
Suivant  l'analogie  .xi.Jt  (al-micharr)  désigne  tm  lieu  où  l'on  sèche,  et 
c'est  là  précisément  la  signification  du  mot  espagnol. 

*  Le  port,  a  dans  le  même  sens  almanchar  ou  manchar  (voyez  Moura), 
qui  est  ^.iajî  {al-ma^ichar) ,  de  nachara,  verbe  qui  signifie  étendre,  mais 
comme  on  étend  les  choses  qu'on  veut  sécher  (Ibn-al-'Auvy^âm,  I,  669, 
emploie  le  participe  manchour  en  décrivant  la  manière  dont  il  faut  sécher 
les  figues),  al-manchar  a  reçu  le  sens  de  «séchoir,  lieu  où  Ton  fait 
sécher  des  toiles,  etc.»  (Bocthor).  Je  serais  porté  à  considérer  l'esp. 
almixar  comme  une  altération  du  même  mot,  parce  que  je  doute  que 
le  verbe  charra,  dans  le  sens  de  sécher,  ait  été  en  usage  parmi  le 
peuple,  et  aussi  parce  que  l'existence  d'un  nom  de  lieu,  dérivé  de  ce 
verbe,  est  fort  problématique.  En  tout  cas  le  mot  esp.  est  altéré;  il 
devrait  être  almaxar,  car  almixar  serait  «l'instrument  avec  lequel  on 
sèche. » 

*  Almizate  (pas  dans  les  dict.)  signifie  selon  la  Carpinteria  de  lo  blanco: 
la  partie  centrale  d'une  charpente.  C'est  Ja.Av^.4.Jî  {aUmausat),  centre, 
mot  qui,  prononcé  comme  al-mousal,  donne  régulièrement  almizat  ou 
almizate  par  le  changement  de  ou  en  i. 

Almizque,  almizcle,   pg,  almiscar   (musc)  de  t45^Av.Jî  [al-misc), 
"*  Almocabala  ,  almucabalu ,  a,  pg.     Voyez  algediia. 


167 

'^  Almocabel  b.  lai.  Dans  un  privilège  accordé  à  un  cloître  et  publié 
par  Yepes  {Cronica  de  la  Orden  de  S.  Benito,  VII,  fol.  21  r°),  on  lit: 
«Et  vestras  lendas  nullus  aluacil,  neque  almuserifus ,  neque  almocabel 
violenter  intret,  neque  violenliani  aliquam  habitanlibus  in  eis  in  aliquo 
inférât,  et  de  ulla  re  veslra  portalicum  neque  alcaualam  unquam  per- 
solvatis,  nec  vos  nec  vestri  homines.  »  Ce  mot  n'est  nullement  =  al' 
inotacel  (c'est-à-dire,  al-raohlasib) ,  comme  Ta  pensé  S^  Rosa,  qui,  de 
même  que  Ducange,  a  eu  tort  de  l'écrire  avec  un  c  cédille;  mais  c'est 
une  légère  altération  de  JwJîaJI  (al-moiacabbil) ,  qui  désigne:  le  receveur 
de  l'impôt  dit  alcabala, 

Almocaden  ,  pg.  almocadem  (commandant ,  capitaine) ,  de  j.cXJUJI  (a/- 
mocaddem)  que  P.  de  Alcala  traduit  par  capitan.  C'est  le  participe  passif 
de  la  seconde  forme  du  verbe  cadama,  «prsefecit.» 

Almocafe,  almocafre  (garabato  de  hierro,  Marina).  Suivant  le  diction- 
naire de  l'académie,  ce  mot  dérive  de  l'arabe  al-mikhtâf,  et  ce  dicl. 
ajoute  qu'il  faut  attribuer  son  altération  à  la  difficulté  qu'avaient  les 
Espagnols  à  prononcer  le  son  kht.  Ceci  semble  être  exact.  P.  de  Alcala 
traduit  le  mot  arabe  en  question  (olI^^^Jî)  par  anzuelo  garavato,  gara- 
vato,  cayado  de  pastor. 

*  Je  ne  saurais  partager  cette  opinion ,  car  almocafre  signiGe  hoyau , 
plantoir,  sarcloir  y  et  ^lia^î^uJI  n'a  jamais  été  un  terme  de  jardinage. 
Dans  le  mot  esp.  je  reconnaîtrais  plutôt  yL^I  (al-mahâfir) ,  plur.  de 
al-mihfar,  chez  Freytag  «ligo,  et  omne  instruraenlum,  quo  effoditur  ;  » 
comparez  Lane.  C'est  réellement  un  terme  de  jardinage  et  en  outre  il 
se  rapproche  beauconp  plus  du  mot  esp.  Dans  la  bouche  du  peuple  le 
h  est  devenu  un  Ich ,  et  ce  kh  a  été  rendu  par  le  c.  On  pourrait  aussi 
penser  à  mj^J^  (al-midjrafa) ,  prononcé  comme  al-modjrafe ,  houe  d'un 
jardinier  (voyez  Mille  et  une  nuits,  III,  259  éd.  Habicht,  où  l'édition 
de  Macnaghten,  I,  889,  a  u*.li). 

Almocarabes  (labor  en  los  techos  enlazados  que  se  usaban  de  madera 
Acad.)  de  <jajyij|  [al-mocarbec)  le  participe  du  verbe  u^i-j^i  (carbaça). 
Ce  mot  se  trouve  plusieurs  fois  dans  les  Voyages  d'Ibn-Djobair  ;  M. 
Wright  (p.  28  du  Glossaire)  l'explique  par  «ornamenlal  carving  in  wood 
or  any  olher  roaterial.» 

"  On  le  rencontre  aussi  dans  les  Mille  et  une  nuits,  III,  208.  1.  8  éd. 


168 

Habicht,  où  il  faiil  lire  JûajyU  «^m»^  au  lieu  de  iûaijl*.  M.  Fleischer 
{De  glossis  Habicht. y  p.  69)  n'a  pas  été  heureux  en  traitant  de  ce  pas- 
sage, qui  est  rédigé  d'une  autre  manière  dans  Tédition  de  Macnaghten 
(I,  850,  1.  4)  et  dans  celle  de  Boulac  (I,  361,  1.  11).  Dans  un  autre 
endroit  du  même  livre,  l'édition  de  Macnaghten  (ï,  210)  et  celle  de 
Boulac  (I,  78)  portent  u^^.»/»  nJui^.)  (dans  l'édition  de  Habicht,  celte 
phrase  manque).  —  Dans  la  Carpinteria  de  lo  hlanco  le  mot  esp.  est 
mocdrabes,  sans  l'article  arabe. 

Almocati  (moelle,  cerveau)  de  »J^l\  {al-mokhkha ,  plur.  al'mokhkhât), 
moelle. 

*  Almocatracia  (certain  droit  sur  les  étoffes  de  laine)  de  ? 
Almocavar  pg.    [*  aussi    almocovar,    voyez   S^   Rosa]    (cimetière)   de 

.xiUiî  (al-macbar)  ^  de  la  racine  cabara,  enterrer. 

*  Non  pas  de  al-macbar ,  qui  est  une  forme  poétique,  mais,  l'accen- 
tuation étant  almocâvar,  de  ^UJî  (al-macâbir) ,  plur.  de  macbara.  Ce 
dernier  mot  s'emploie  dans  le  sens  de  tombeau,  sépulcre;  ainsi  le  saint 
sépulcre  à  Jérusalem  est  nommé  par  Edrîsî  (Clim.  III,   Sect.  5)  a^Jt 

iCwa.flJt.  Le  plur.  al'macâbir  est  tombeaux,  comme  dans  Kosegarlen, 
Chresf.  Arab, ,  p.  50 ,  1.  6  a  f. ,  ou  bien  c'est  un  collectif  dans  le  sens 
de  cimetière.  On  lit  p.  e.  dans  le  Voyage  de  Tidjânî  (dans  le  Journ. 
asiat.  de  1855,  I,  152):  «En  dehors  de  Tripoli,  dans  la  partie  du  nord 
et  au-dessus  du  cimetière,  ^UJl  ^^JL^  o^xi^,  se  trouve»  etc.;  de  même 
dans  les  Mille  et  une  nuits,  II,  34  éd.  Macnaghten  (=111,  314  éd. 
Habicht).  —  M.  Simonet  m'apprend  qu'à  Almérie  les  cimetières  s'appel- 
lent encore  aujourd'hui  macabes. 

*  Almocaza  (pas  dans  les  dict.).  Par  un  passage  que  j'ai  donné  à  l'art. 
ALHALME,  on  voil  quc  ce  mot  désignait  une  espèce  d'étoffe.  C'est,  je 
crois,  v.^AûilJÎ  (al-mocaççab) ,  qui  désigne  une  étoffe  brodée,  dans  laquelle 
sont  incrustées  de  petites  lames  d*or  ou  d* argent;  voyez  Quatremère, 
Hist.  des  suif.  mamL ,  II,  2,  75,  76,  et  comparez  mon  Dict.  des  noms 
des  vétem,  p.  331 ,  332. 

"^Almoceda.  L'explication  de  ce  vieux  mot  donnée  par  Nuilez,  est: 
«droit  d'arrosage  pendant  un  certain  nombre  de  jours;»  et  dans  un 
procès  que  Tudèle  et  Tarazona  ont  eu  sur  le  droit  d'arrosage  et  qui  a 
été  jugé  en  1320,   on  lit  {apud   Yanguas,   Adiciones  al  Dicc,   de  antig. 


169 

de  Navan-a,  p.  557):  «D.  Garcia  de  Miraglo,  vecino  de  ïudela,  rnani- 
festô,  que  dia  22  de  cada  mes  al  amanecer  abalîan  el  agua  de  todas 
las  cequias  al  rio  Quelles,  y  duraba  dicho  abalimienlo  los  dias  23  y  24, 
y  que  el  25  ocupaban  lodas  las  aguas  los  de  Tarazona,  y  las  lenian 
lodo  aquel  dia  en  sus  cequias:  que  la  agua  de  eslos  1res  dias  se  llama 
almôceda ,  y  es  de  los  honibrcs  de  la  ribera  del  Quelles.  »  Je  présume 
que  c'est  ,^Jo*sJi  {aUmosdâ) ,  participe  passif  de  la  4«  forme  du  verbe 
sadâ.  En  parlant  de  chameaux,  cette  4e  forme  signifie:  a  libère  ut 
abirent,  quo  vellent,  dimisit;»  en  parlant  de  l'eau,  c'est  par  consé- 
quent: «laisser  couler  librement,»  ce  qui  cadre  fort  bien  avec  le  texte 
en  question,  car  pendant  le  22%  le  23«  et  le  24^  jour  de  chaque  mois, 
on  ne  faisait  pas  entrer  l'eau  du  Quelles  dans  les  canaux ,  mais  on  la 
laissait  couler  librement,  afin  qu'elle  servît  à  l'usage  des  riverains. 

Almocella,  alraucella,  almozela,  almozala,  [*  almocelia  ,  Villanueva, 
VI,  252,  almuzalla  et  almozala,  Esp,  sagr.,  XVIII,  332,  XXXIV,  455, 
XXXVI,  p.  XLiii,  p.  LX,  almoceria  et  almuceria,  Villanueva,  VII,  252, 
253]  (sorte  de  tapis  ou  de  couverture,  «cobertor,  ou  mania  de  seda, 
laa ,  ou  linho  »  S*.  Rosa) ,  de  ^Lao-^Jî  {al-moçallâ)  [*  au  plur.  oLJLkoJ! 
{al-moçaUayât)]y  qui  signifie  un  petit  tapis  sur  lequel  on  s* agenouillait 
pendant  la  prière,  et  qui  vient  du  verbe  çallâj  prier.  Aux  passages 
arabes  déjà  cités  par  M.  Dozy  {Recherches ,  [,  398  de  la  première  édi- 
tion) ajoutez  Hist,  calif.  al-Walidi  et  Solaimani  éd.  Anspach,  p.  10; 
[*  Hist.  khalif,  Omari  II  etc.  éd.  de  Goeje ,  p.  15,  1.  12  et  n.  6;  Ibn- 
Batouta,  III,  156,  220;  Cartâs,  p.  98  de  la  traduction,  n.  10;  Mille 
et  une  nuits,  II,  308,  1.  4  éd.  Macnaghten].  —  Du  reste  il  va  sans  dire 
que  le  mol  en  question  n'a  rien  de  commun  avec  le  français  aumusse, 
prov.  almussa,  esp.  almucio,  etc.     Voir  Diez ,  p.  13. 

Almocreve,  a.  pg.  almoqueire,  [*/>'•  moucre]  (muletier,  celui  qui  a 
des  mules  à  louer) ,  de  ^^LjC-*Ji  {al-mocârt  ou  al-moqucrt) ,  qui  est  le 
participe  de  la  troisième  forme  du  verbe  cara,  louer, 

Almodon  (sorte  de  farine  de  froment)  de  Q^^tXji  (al-madhôn),  mot  qui 
manque  dans  les  lexiques  avec  cette  acception  spéciale.  C'est  dans  un 
traité  de  médecine  (man.  331  (7),  fol.  191  v°)  *  que  madhôn  est  nommé 
parmi  les  quatre  sortes  de  farine  de  froment.     Les  trois  autres  sont  le 


1)   *Le  lirrc   qoe  ci(e  ici  H.  E.  est  le  Traité  sur  la  dytsentêrU  catharrhalê  i^t  Cheoourt. 

22 


170 

Jcx4^  (semîd,   esp.  accmilé),   le  ,^pî>>  {hoiiwârâ)  ['^  esp.  a//mvara]  et  le 
^l<^i>  {k  hoc  h  car). 

*  Selon  Ibn-Baloula  (III ,  582)  on  donnait  dans  l'Inde  le  nom  de 
khochcâr  à  l'espèce  de  farine  qui  s'appelait  madhôn  en  Afrique ,  et 
d'après  le  jurisconsulte  Cabbâb,  de  Fez  (man.  138  (2),  fol.  79  v°),  le 
^^y$>J<A  vjixïj)  ou  la  «  farine  madhôn  »  (plus  loin  il  l'appelle  al-madhôn 
tout  court)  est  moins  bonne  et  moins  chère  que  le  v^A^il  «:î5^^uXil  vji-^î\>, 
c'est-à-dire,  que  «la  bonne  farine  dWar^ama , »  comme  disaient  les 
Espagnols.  La  définition  exacte  se  trouve  dans  un  passage  que  l'Acad. 
a  tiré  de  la  Medicina  Sevillana  par  Juan  de  Aviilon.  On  y  lit  ceci  : 
«Segun  la  manéra  de  la  farina,  que  liai  aqui  de  ella  de  très  manéras, 
farina  seca,  é  almodôn,  é  adargama. . . .  El  almodôn  remojanlo  en  agua, 
é  muelenlo  despues  gruessamente',  é  despues  tiran  aquel  afrecho  gruesso, 
y  lo  que  finca  es  mui  bueno,  é  face  mui  buen  pan,  é  sabroso.  »  Cette 
explication  est  d'une  grande  valeur,  surtout  parce  qu'elle  éclaircit  le 
véritable  sens  de  madhôn ,  qui  est  le  participe  passif  du  verbe  dahana. 
Les  traducteurs  d'Ibn-Batouta,  qui  ne  se  sont  pas  aperçus  que  c'est  le 
nom  d'une  espèce  de  farine,  l'ont  rendu  par  «grossièrement  moulu 
(litt.  concassé);»  mais  dahana  ne  signifie  pas  concasser  (voyez  Freytag 
et  surtout  Lane);  c'est  mouiller  légèrement,  et  madhôn  est  aussi  «leviter 
madefactus;»  c'est  justement  le  «remojado  en  agua»  d'Aviuon. 

Almofar,  almofre,  pg.  almafre  (partie  de  l'armure  ancienne  qui  cou- 
vrait la  tête,  et  sur  laquelle  on  posait  le  cabasset),  de  ^âiuiî  {al-migfar), 
«  galea  ex  annulis  ferreis  confecta ,  qua  sub  pileo  utuntur.  » 

*  Almofate  pg.  (alêne  pour  percer  le  cuir).  Le  mot  ordinaire  pour 
alêne  est  mihhraz  ou  mikhrâz,  qu'on  prononce  aussi  makhraz  et  mokhraz 
(voyez  Boctlior ,  Berggren  et  Marcel).  Ce  mot ,  comme  on  l'a  vu  plus 
haut,  a  donné  naissance  à  Tesp.  almarada ,  et  en  port,  aussi  il  a  subi 
une  altération  assez  grave.  Il  faut  considérer  al-mokhrâz  (jLi^Jt) 
comme  la  forme  d'où  vient  almofàle.  Le  kh  se  change  régulièrement 
en  f,  ce  qui  donne  almofrâz ;  puis,  le  r  ayant  été  élidé,  almofâz  ou 
almofâze,  et  enfin  almofate.  Ces  nombreux  changements  paraîtront 
peut-être  arbitraires  ;  mais  ce  qui  prouve  qu'ils  ne  le  sont  pas ,  c'est 
que  al-mokhrâz  a  encore  une  fois  passé  dans  le  port,  sous  la  forme 
très-correcte  almofrez ,  et  que,  selon  Moraes ,  le  almofrez  est  le  même 
instrument  que  le  almofàle. 


171 

Almofia  (sorte  de  plat  ou  d*ccuelle).  Suivant  Sousa  c'est  un  mol 
africain.  L'arabe  's^A^hj^*J\  {al-moufiya) ,  auquel  il  le  compare ,  m'est 
inconnu. 

*  Le  mot  africain  est,  selon  M.  de  Gayangos  (dans  le  Mem,  hisl.  csp., 
111,  95),  iCAÀiuJÎ  (al-ma' fiya) y  et  il  ajoute  qu'à  Tetuan  et  ailleurs,  on 
donne  actuellement  ce  nom  au  plat  de  cuivre  dans  lequel  on  sert  la 
bouillie;  mais  Dombay  (p.  94)  écrit  iLA-à-^^^t  (al-jm/ch/iyà) ,  «paropsis 
magna.  » 

Almofrex,  a.  pg.  almofreixe,  pg.  mod,  almofrexe  («la  funda  en  que 
se  lleva  la  cama  de  camino  »  Cob.) ,  de  uiLâJJ  {al-mafrdch)  qui  désigne 
la  même  chose,  [*  mais  qui  manque  chez  Freytag.  P.  de  Alcala  traduit 
almofrex  par  mafrâx,  au  pi.  mafârix,  et  Dombay  donne  (p.  94):  «saccus, 
quo  reponitur  lectus,  ^\jà.A  {mefrâch)  »], 

*  Almofrez  pg,  (alêne  pour  percer  le  cuir).  Voilà  enfin  la  bonne 
forme  du  mot  que  nous  avons  déjà  rencontré  sous  deux  travestissements, 
si  cette  expression  est  permise;  voyez  almarada  et  almofate.  C'est  exac- 
tement jt-j^JI  {al-mokhréz) ,  comme  on  prononce  dans  l'Ouest  au  lieu 
de  al-mikhraz  qui  est  la  forme  classique.     Ce  mot  signifie  alêne, 

*Almogama.  Bien  que  ce  terme  nautique  soit  aussi  esp.,  je  crois  qu'au 
lieu  de  donner  l'explication  de  l'Acad.  esp. ,  il  vaut  mieux  copier  celle 
de  Bluteau  (dans  Moraes).  C'est,  dit-il:  «a  ultima  caverna,  onde  os 
pâos  sao  mais  juntos  por  causa  do  boleado  da  proa.  »  Il  est  donc  clair 
que  almogàma  est  «^L^uit  (al-madjâmi*),  pi.  de  madjma\  proprement 
lieu  de  réunion,  et  que,  sur  les  vaisseaux  arabes,  ce  mot  doit  avoir  eu 
le  même  sens  qu'en  port,  et  en  esp. 

*  Almogataz.  m.  de  Gayangos  (dans  le  Mem.  hisl,  esp.,  IX,  74)  donne 
ce  mot,  mais  sans  dire  où  il  l'a  trouvé.  Il  le  dérive  de  la  racine  î^ 
(gaza)  y  «faire  la  guerre,»  et  il  assure  qu'il  est  le  synonyme  de  gazi, 
«moro  de  guerra.»  Pour  proposer  de  telles  étymologies,  il  faut  avoir 
de  la  langue  arabe  des  idées  assez  singulières.  Almogataz  est  l'arabe 
^^.Jii^J^  (al-mogailas) ,  participe  passif  de  la  2^"  forme  du  verbe  gatasa , 
qui  signifie  baptiser,  Freytag  n'a  noté  que  l'infinitif  laglîs,  baptême  (cf. 
Maccarî,  II,  798,  1.  16),  et  au  reste  la  2«  forme  manque  chez  lui; 
mais  elle  est  donnée  par  P.  de  Alcala  sous  bautizar  (aussi  sous  d'autres 
mots,  mais  dans  un  sens  un  peu  différent)  et  par  Berggren  sous  baptiser. 
Par  conséquent   almogataz   est   un  Maure    qui  a  reçu    le   baplAme,    un 


172; 

apostat,  et  le  mot  se  trouve  en  ce  sens  chez  Morgan  {Beschrijviîige  van 
Barbarijen ,  II,  153). 

Almogavares  (cavalerie  légère,  avant-coureurs)  de  ^^iJUit  (al-mogâwir) 
que  P.  de  Alcala  traduit  par  corredor  que  roba  el  campo.  Ce  mot  arabe 
est  le  participe  du  verbe  gâwara  (la  3*  forme  de  gara)  qui  signifie  faire 
une  expédition  f  une  algâra. 

Almohada,  pg,  almofada  (oreiller),  de  sA^^Jt  {al-mikhadda) y  «cervical,» 
«oreiller»  Bocthor. 

*  Dans  rOuest  on  prononce  presque  toujours  al-mokhadda ,  avec  le  o. 
Il  est  vrai  que  P.  de  Alcala  donne  ma  sous  almohada,  mais  il  a  mo 
sous  funda  de  almohada;  de  même  mokhadda  chez  Lyon,  \Travels  in 
northern  Africa,  p.  155,  et  chez  Richardson,  Travels  in  the  Great  Désert 
of  Sahara,  I,  232.  Au  reste,  le  mot  vient  de  khadd,  joue,  comme 
oreiller  de  oreille,  cabezal  de  cabeza,  etc. 

Almohalla,  almofalla  (camp,  armée),  de  id.^JI  (al^mahalla) ,  «castra,» 
«corps  d'armée»  Bocthor. 

Almohaza,  pg,  almofaça  (étrille),  de  x^.<^Ji  (al-mihassa)  qui  désigne 
la  même  chose. 

Almojabana  (espèce  de  beignet  fait  avec  de  la  farine  et  du  fromage). 
C'est  de  ce  dernier  ingrédient,  qui  s'appelle  en  araba  djobn,  que  cette 
pâtisserie  tire  son  nom.  L'arabe  iw.:5\JI  (al-modjabbana) ,  qui  manque 
dans  les  lexiques,  se  trouve  chez  P.  de  Alcala  et  chez  Maccarî,  I,  113. 
Ce  dernier  nous  apprend  que  la  ville  de  Xerez,  où  le  fromage  était 
excellent,  était  renommée  pour  ces  beignets,  et  il  rapporte  le  dicton 
populaire:  «Celui  qui  a  été  à  Xerez  sans  y  avoir  mangé  des  al-modjab- 
banas,  est  bien  malheureux.»  [*  Voyez  aussi  Maccarî,  I,  942,  1.5 — 7; 
II,  311,  1.14 — 17;  852,  1.  2,  où  bint  al-djobn ,  «la  fille  du  fromage,» 
est  le  synonyme  de  al-modjabbanal, 

Almojatre,  [^almojater,  almohalre,  almocrate]  (sel  ammoniac)  semble 
être  une  altération  de  l'arabe  ^oL-isÂJÎ  (an-nochâdir)  qui  désigne  la  même 
chose.     [*  Le  pg.  nochatro  est  une  forme  plus  correcte]. 

*  Almojaya  (pièce  de  bois  saillante  fixée  par  une  extrémité  à  un  mur) 
semble  être  ëj-j'w-:^\-4-Jl  (al-modjâïza) ,  la  saillante.  Au  reste  djâïz  ou 
djâïza  est  solive  (cf.  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  281). 

*  Almona.     Voyez  ma  note  sur  l'article  qui  suit. 

Almo.neda,  pg,  almoeda  (encan,   vente  à  l'enchère),  de  X-Jv>LjL«Jt  (a/- 


175 

tnonâdiya)  que  Boclhor  traduit  par  criée,  vente  publique.    Ce  mot  dérive 
du  verbe  Jiadâ  qui  signifie  crier. 

*  Il  ne  saurait  y  avoir  de  doute  sur  la  racine  qui  a  donné  naissance 
à  ce  mot,  mais  bien  sur  sa  forme  en  arabe,  car  la  terminaison  diya, 
que  M.  Ë.  a  trouvée  dans  Boclhor,  serait  difOcilement  devenue  da  en 
esp.  —  La  première  chose  à  faire,  c'est  de  déterminer  la  signification 
primitive  de  almonéda.  Dans  l'origine  ce  n'était  pas  vente  à  l'enchère 
ou  encan,  comme  disent  les  dictionnaires,  mais  Vendrait  oit  Von  vendait 
à  Vencam,  car  P.  de  Alcala  le  traduit  par  souc,  c'est-à-dire,  marché, 
et  dans  les  Vartidas,  que  cite  TAcad.,  on  lit  aussi:  a  Almonéda  es  dicha 
el  mercado  (le  marché)  de  las  cosas  que  son  ganadas  en  guerra»  etc. 
Dans  un  autre  passage  de  ce  code,  que  TAcad.  ne  cite  pas,  on  trouve 
de  même  (Part.  II,  lit.  27,  ley  55):  <»  Cor  redores  son  llamados  aquellos 
homes  que  andan  en  las  almonedas  et  venden  las  cosas  pregonando 
quanto  es  lo  que  dan  por  ellas.  »  Les  deux  autres  exemples  cités  par 
TAcad.  montrent  aussi  que  c'est  là  le  véritable  sens  du  mot:  «otro  dia 
me  pusieron  en  almonéda,»  —  «niûos  captivos  vendidos  en  almonéda;» 
la  préposition  en  fait  voir  que  c'est  proprement:  sur  le  marché.  Il 
s'ensuit  de  là  qu'en  arabe  aussi  le  mot  doit  être  un  nom  de  lieu,  et 
quand  on  veut  former  un  tel  nom  de  la  5*  forme  du  verbe  nadâ,  laquelle 
signifie  crier  des  meubles,  etc.,  les  mettre  à  V enchère,  on  obtient  régu- 
lièrement ^3J>UJI,  al-monâdâ,  al-monédâ  selon  la  prononciation  des  Ara- 
bes d'Espagne,  car  on  sait  que,  dans  les  formes  dérivées  du  verbe,  le 
nom  de  lieu  ou  de  temps  ne  diffère  en  rien  du  participe  passé  (cf.  de 
Sacy,  Gramm,  ar. ,  I,  505,  §  688).  Un  passage  d'un  auteur  du  X*» 
siècle  vient  à  l'appui  de  ce  que  je  viens  de  dire.  Dans  son  Histoire  des 
cadis  de  Cordoue  (man.  d'Oxford,  p.  515),  Mohammed  ibn-Hàrith  raconte 
qu'un  certain  Ibn-Rahmoun,  qui  avait  la  réputation  d'être  un  bon  plai- 
sant, tournait  toujours  en  ridicule  un  individu  avec  lequel  il  était  en 
procès,    et  qu'il    n'épargnait   pas    même    la    mère   de   cet  homme.     Ce 

dernier  s'en   étant  plaint  au  juge,  Ibn-Rahmoun  dit:  La  ^Lc     ^^Uîî 
^jJi^J^i   ^J^XftJ    ^j\    ^^jj   bLà    >^.>LmJ1    ^^    «Jît    ^^    \ÔS^    \SS^    x^    Jjèî 

U-Py,  «Vous  ne  pouvez  pas  me  blâmer  à  cause  de  ce   que  je  fais, 


1)  Dans  le   maii.  les  Toyeiles  sont   j^  JwÂ^JI ,  mais  il   faut  ccrire  j^oLâ^J^. 


174 

attendu  que  tels  et  tels  objets,  qui  appartiennent  à  sa  mère,  sont  sur 
le  monédd  (en  esp.  littéralement  en  almouéda),  et  qu'il  ne  veut  pas 
donner  la  mince  somme  de  quarante  dirhems  pour  les  racheter.» 

*  L'origine  et  la  véritable  signiGcation  de  almonéda  étant  expliquées, 
nous  pouvons  passer  au  mot  almona  (Nuilez  donne  en  outre  la  forme 
almuha).  C'est,  selon  l'Académie:  «savonnerie,  l'endroit  où  l'on  fabri- 
que le  savon;  mais  anciennement  il  désignait  aussi  d'autres  maisons, 
fabriques,  ou  magasins  publics.»  Elle  cite  un  passage  de  la  Hisioria 
de  Sevilla  par  Morgado,  que  de  mon  côté  j'avais  noté  aussi  (c'est  fol. 
52  b)',  mais  elle  a  oublié  de  rapporter  une  circonstance  fort  importante, 
à  savoir  qu'un  peu  plus  haut  on  trouve  sur  la  marge  du  livre  de  Mor- 
gado: «almonedas  de  Xabon.  »  L'origine  de  almona  se  trouve  ainsi  ex- 
pliquée sans  le  moindre  effort:  ce  n'est  rien  autre  chose  qu'une  con- 
traction de  almonéda.  Désignant  proprement:  rendroit  où  Von  vend 
quelque  chose,  ce  terme  a  été  appliqué  à  différents  magasins  ou  fabri- 
ques, et  spécialement  à  l'endroit  où  le  savon  se  fabriquait  et  se  vendait; 
aussi  l'explication  de  Nuûez  (sous  almuha)  est-elle:  »  l'endroit  ou  l'on 
vend,  où  l'on  fabrique  du  savon.» 

*  Enfin  almona  se  prend  encore  dans  le  sens  de:  «la  pesqueria,  sitio, 
ù  armada  donde  se  cogen  los  sâbalos.  »  Je  me  tiens  persuadé  que  dans 
l'origine  c'était:  «l'endroit  où  l'on  vendait  les  aloses.» 

*  Quant  à  l'étymologie  de  almona  proposée  par  M.  de  Gayangos  (dans 
le  Mem,  hist.  esp.,  X,  183),  il  est  presque  inutile  d'en  parler,  car 
iCJ^Lo  (mâ'ouna),  auquel  il  le  compare,  n'existe  pas  du  tout,  et  mâ'oun, 
qu'il  semble  avoir  eu  en  vue,  ne  convient  en  aucune  manière. 

Almoradux  ,  [*  amoradux ,  vaL  moraduix]  (marjolaine) ,  de  ^ji^J^Jî 
(al-mardacouch) ,  «  amaracum.  » 

^  J'ai  déjà  eu  l'occasion  d'observer  ailleurs  que  ce  mot  ne  vient  pas 
directement  de  al-mardacouch.  Ce  sont  les  Arabes  qui  ont  altéré  le 
nom  de  cette  plante;  déjà  au  X^  siècle  ils  écrivaient  J;j^ôù>y^\,  car  cette 
forme  se  trouve  dans  le  calendrier  d'Arîb  ibn-Sa'd  que  cite  Ibn-al-Auvvâm 
(II,  439),  et  dans  le  man.  de  Leyde  du  Mosta'inî  (à  l'art.  (j:^,»5^y>)  elle 

est  écrite  avec  ces  voyelles:  ^.ô^y»  (mordadouch)  (ui^'.OJ^^^^  {Jj-'î-^jA  «.3  JLiïj^). 
On  voit  que,  dans  le  mot  esp.,  la  seule  altération  est  l'élision  du  premier 
d.  P.  de  Alcala,  sous  amoradux,  écrit  mardadouch ,  et  c'est  ainsi  qu'on 
prononce  encore  aujourd'hui  au  Maroc  (Dombay,  p.  72). 


175 

Almori,  alnuiri   («cierla    composiciùn    que   se  liacia  de    farina,  sal, 
miel,  palmitos  y  otras  cosas  »  Acad.)? 

*  C'est  en  arabe  (^jJî  (al-morrî),   al-morî  dans  la  langue  du  peuple 

(dans  les  deux  man.  du  Mosta'im  c'est  ^^^-^  sans  teclidîd) ,   et  cette 

forme  est  meilleure,  car  c'est  le  latin  muria  y  fr.  muire ,  ital.  moja; 
mots  composés:  ilal.  sala-mojay  esp.  sal-muera,  pg.  saUmouray  fr.  sau- 
mure  y  grec  d^-f^uplç  (cf.  Diez).  Voyez  Ibn-al-Bailâr,  II,  504,  et  les 
médecins  arabes,  chez  qui  ce  mot  est  Irès-fréquent.  L'esp.  murria  vient 
directement  du  lalin. 

Almorrepa  («cierto  modo  de  enladrillar  los  suelos  con  azuléjos  enla- 
zâdos»   Acad.)? 

*  Almostalaf  h.  lat.y  vaL  almotalaf,  esp.  motalafe,  mudalafe,  alraola- 
lafe,  almotalefe,  almolafa,  almolafaz,  alniotazaf.  La  forme  almostalaf, 
qui  se  trouve  dans  un  document  publié  dans  VEspaha  sagrada  (XLII, 
294),  est  la  plus  correcte.  C'est  l'arabe  Uil^i:>ww.JI  (aUmostahlaf) y  par- 
ticipe passif  de  la  10*^  forme  du  verbe  halafa,  jurer.  La  10*  forme  est 
faire  jurer,  et  le  participe  passif  signifie  par  conséquent:  celui  qu'on  a 
fait  jurer,  celui  qui  a  prêté  serment  y  un  jure,  en  esp.  jurado.  Par  son 
origine  même,  le  sens  de  al-moslahlaf,  qui  est  employé  substantivement 
et  qui  ne  devrait  pas  manquer  dans  les  lexiques,  est  très-vague,  de 
même  que  celui  de  juré,  car  une  foule  de  personnes  sont  obligées,  dans 
certaines  circonstances  et  pour  obtenir  certaines  charges,  de  prêter  ser- 
ment. En  Sicile,  p.  e. ,  le  mostahla f  élsiii  un  employé  du  roi,  chargé 
d'interroger  les  étrangers  qui  abordaient  dans  l'île;  voyez  Ibn-Djobair, 
p.  354,  1.  16,  355,  1.  4,  343,  1.  3  a  f.  (l'éditeur,  M.  Wright,  a  eu 
grand  tort  de  changer  la  leçon  du  man.  et  de  substituer  un  hhâ  au 
ha).  En  Espagne,  sous  le  règne  des  Omaiyades,  le  mot  mohallaf,  qui 
est  absolument  le  synonyme  de  mostahlaf^  et  qui  manque  aussi  dans 
les  lexiques,   désignait  un   employé   chargé  de  prendre  connaissance  de 


1)  La  2'  et  la  10*^  forme  de  halafa  t'emploient  sans  aucune  diflerence.  Nowairî  dit 
(man.  2  A,  p.  476):  juk^àâJ  (j^IàJ!  v.rI>,  «il  se  fit  prêter  serment  d'obéissance,»  et 
ailleurs  (man.    2  i,  fol.  80   r")  :  ôy^^^  L^cVJjJ    ovftl^  aa-Î  ,    «elle   fit    prêter    serment 

d'obéissance  h  son    fils  Mahmoud,  j»      Si    on   reut  prononcer  t/io/i/rt/ chez  Ibn-Haucal .  je  ne 
m'y  opposerai  pas:  c'est   toujours  la  même  chose. 


176 

loules  les  choses  qui  pouvaient  intéresser  le  monarque  et  de  le  renseigner 
là-dessus;  c'est  ce  que  nous  savons  par  Ibn-Haucal  qui,  dans  son  cha- 
pitre sur  l'Espagne ,  parle  des  ^l^s>^\  ^j  ^^i^  ^^x&JL^vJt^  bLa^ôj!^  é^^l\ 

Jtj.^*^!  J^l-j^  (avec  le  hâ  dans  le  man.  d'Oxford,  avec  le  Ma,  ce  qui 
est  une  faute,  dans  celui  de  Leyde).  L'une  et  l'autre  charge  étaient 
d'une  importance  trop  grande,  pour  que  les  personnes  qui  les  remplis- 
saient n'eussent  pas  prêté  serment  entre  les  mains  du  monarque  avant 
d'entrer  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions.  Dans  l'Espagne  chrétienne 
on  trouve  aussi  plusieurs  sortes  de  moslahlaf.  Parlons  d'abord  de  ceux 
dont  l'emploi  était  identique  avec  celui  des  jurados  à  Léon  !  Dans  cette 
dernière  ville,  comme  nous  le  savons  par  un  document  très-important 
de  l'année  1269  (dans  VEsp.  sagr.,  XXXV,  436,  cf.  452),  on  donnait 
ce  nom  à  des  personnes  nommées  annuellement  par  le  chapitre  et  par 
le  conseil  municipal ,  et  chargées  de  veiller  à  ce  que  le  pain  et  le  vin 
se  vendissent  selon  la  juste  mesure,  à  ce  que  le  tarif  de  la  viande,  du 
poisson  et  du  salaire  des  ouvriers  fut  observé,  et  enfin  à  garder  les 
vignes  ^  On  retrouve  ces  jurados  à  Tudèle ,  où  ils  portaient  le  nom  de 
moîalafes  ou  mudalafes.  Yanguas  (Antig.  de  Navarra^  II,  455)  cite  un 
document  de  l'année  1593,  où  on  lit:  «de  la  motalafia  de  los  judîos, 
que  es  goarda  de  las  mesuras,  et  de  los  pesos  falsos,»  et  ce  savant 
ajoute  qu'aujourd'hui  encore  cet  emploi  subsiste  sous  ce  nom  à  Tudèle. 
On  trouve  aussi  ailleurs  des  personnes  qui  portaient  ce  titre.  Dans  une 
charte  de  1116,  donnée  en  faveur  de  Galin  Sangiz,  qui  avait  peuplé  la 
ville  de  Belchite,  on  lit  {Esp.  sagr,,  XLIX,  329):  «Et  dono  et  concedo 
tibi  Galin  Sangiz,  et  ad  posteritas  tua,  ut  habeas  tuos  almotalefes  et 
exeas  de  moros  et  de  christianos.»  Ici  le  vieux  mot  exea  (=  explorator) 
est  le  synonyme   de  almotalefe;   celui  qui  chez  les  Maures  était  appelé 


l)  Comme  le  dict.  de  l'Acad.  n'a  pas  ce  sens  de  jurado ^  je  donne  le  texte  de  ce 
passage:  «Que  fuero  y  era  de  Léon,  é  costumbre  guardada  de  cinquenta  anos  acâ,  é  del 
tiempo  que  ome  non  se  podia  acordar ,  que  el  Cabildo  de  la  Iglesia  de  Léon ,  é  el  Con- 
cejo  de  ese  misrao  lugar  se  ayuntaban  cada  ano  el  primero  Viernes  de  Quaresma  en  la 
calostra  de  Santa  Maria  de  Régla,  é  fascian  sus  posturas  en  quai  manera  debiesen  avenir 
todo  el  aîîo  en  rason  de  las  medidas  del  pan  é  del  vino,  é  del  precio  de  las  carnes,  6 
de  los  pescados,  é  del  jornal  de  los  obreros,  e  de  la  guarda  de  las  vinas,  é  ponian  co- 
munalmientre  Jurados,  porque  estas  posturas  fuesen  raantenidas,  é   guardadas. 


177 

almoialefe  portait  chez  les  clirétiens  le  nom  de  exea,  et  l*un  aussi  bien 
que  Taulre  était  l'inspecteur  des  poids  et  mesures,  etc.  A  Tortose  il 
y  avait  aussi  un  almostalaf  nommé  par  le  comte  de  Barcelone;  mais 
le  texte  où  il  en  est  question  et  où  son  emploi  est  appelé  almoslalafia , 
n'est  pas  assez  explicite  pour  nous  permettre  de  dire  avec  précision  en 
quoi  consistaient  ses  fonctions  {Esp.  sagr.,  XLII,  294).  —  A  Valence 
le  almotalaf  était  Vinspectetir  des  soieries  (voyez  Rôs,  p.  23);  Nuilez 
donne  almotalafe  dans  le  même  sens  (chez  Victor  c'est  almotalefe),  et 
en  outre  il  traduit  almotafa,  almotafaz  et  almolazaf  i^^v  peseur  de  laine. 
Ces  individus  étaient  aussi  assermentés;  c'est  de  là  que  leur  est  venu 
le  nom  qu'ils  portaient.  —  Je  dois  encore  observer  que  ce  mot  se  con- 
fond aisément  avec  celui  dont  il  est  question  dans  l'article  suivant.  Le 
almotalafe  qui  avait  la  surintendance  des  poids  et  mesures  était  réelle- 
ment un  almotacen,  et  comme  ce  dernier  terme  s'écrivait  aussi  almu* 
tazafe,  il  n'est  pas  étrange  qu'on  les  ait  confondus  ensemble.  Aussi 
almodacafe  (lisez  almodaçafe)  est-il  chez  Yanguas  le  synonyme  de 
motalafe. 

Almotacen,  almulazafe,  pg.  almotacel  (inspecteur  des  poids  et  mesu- 
res) de  ^^w^Xj^vJî  {al-mohtasib).  Voyez  Maccarî,  I,  J34.  Dans  le  Fuero 
de  Madrid  on  trouve  la  forme  almutaceh ,  dans  laquelle  l'orthographe  du 
terme  arabe  s'est  conservée  sans  altération. 

Almotolia  pg.  (vase  à  huile)  de  al-mollî  ou  al-mutlî  qu'on  trouve  chez 
P.  de  Alcala  aux  mots  azeitera  vaso  et  alcuza  ;  [*  c'est  proprement  a/- 
motlâ,  participe  passif  de  la  4«  forme].  La  racine  arabe  ^Jiht  {talâ),  à 
laquelle  il  faut  rapporter  ce  mot,  signifle  chez  Freytag  enduire,  et  chez 
Maccarî  (I,  371)  il  est  question  d'une  figure  qui  représentait  un  lion 
et  qui  était  matlt  hidzahah  abrtz  (j-j^jÎ  ««a..^â.j  ^^Ua.x)) ,  c'est-à-dire  , 
enduite  d'or  pur ,  dorée,  Marcel  traduit  dorer  par  ,^^-A~bt  (alla) ,  h  4» 
forme  du  verbe.  Je  serais  porté  à  croire  qu'on  a  dit  de  même  ^j^U^^ 
_Lj>i-j  {atlâ  hizodjâdj)^  y  enduire  d'émail^  émailler ,    et  que  pour  cette 


1)  p.   de  Aloala  traduit  êswalte  par  ^l^-y     [Cf.  le  Glossaire  sur  Edrîsi,   p.  309,   310, 
et  ajoutez  Maccart ,   I,   408,   ).  2  a.  f.  ;   la   2*  forma  du   verbe   _•    dans  le  sens  d'émailler : 

Maccarî,   II,   711  ,  I.  10,   799,   1.  7;   chez  H«?lot  PinHnitif  ,tfv^>»  *"*  évxail]. 

23 


178 

raison  les  vases  à  huile  ont  reçu  le  nom   de  almololiu,    [*  Le  pg.  ialhaj 
qui  a  le  même  sens,  aurait-il  aussi  la  même  origine?]. 

"^  Almoucavar  ,  amoucouvar  a.  pg.  Sous  almocotivar  S».  Rosa  cite  un 
passage  des  Coutumes  d'Evora  (de  Tannée  1302),  où  on  lit:  «  Manda- 
mos  aos  almoucavares,  e  aos  maioraes  das  ovelhas,»  etc.  Je  ne  vois 
pas  pourquoi  ce  savant  en  a  conclu  que  le  almoucavar  était  le  valet 
du  mayorai  (berger  en  chef) ,  et  l'idée  qu'il  a  eue  d'en  faire  le  almo- 
(javar  du  Iroupeau  est  trop  singulière  pour  être  disculée.  Je  serais 
porté  à  considérer  almoucavar  comme  la  traduction  arabe  de  mayorai, 
car  dans  les  documents  du  moyen  âge  on  trouve  souvent  la  dénomina- 
tion arabe  jointe  à  celle  qui  était  en  usage  chez  les  chrétiens  (voyez 
p.  e.  à  l'art,  almostalaf:  almolalefe  et  exea),  et  mayorai  peut  se  traduire 
par  -A^Uit  (al-moiicabbar) ,  participe  passif  de  cabbara  qui  signifie  rendre 
grand;  c'est  l'équivalent  de  cabîr ,  grand,  qui  se  prend  aussi  souvent 
substantivement  dans  le  sens  de  chef;  Freytag  a  négligé  de  le  dire , 
mais  voyez  de  Sacy,  Chrest.  ar.y  II,  26,  1.  10  du  texte,  Ibn-Khaldoun , 
llist.  des  Berbères,  I,  481,  1.  10,  492,  dern.  1.,  496,  1.  2,  II,  341, 
1.  12,  Mille  et  une  nuits,  passim,  La  maîtresse  de  la  maison  s'appelle 
as-sitt  aUcabira  {Mille  et  une  nuits ,  I,  327  éd.  Macnaghlen)  ou  simple- 
ment al'Cabîra  (Burton,  Pilgrimage,  II,  184),  et  dans  le  Cartâs  (p.  225) 
le  titre  de  majordome  d'Alphonse  est  rendu  par  cabir  boyout  Alfonch  ; 
d'où  il  résulte  que,  pour  exprimer  mayor  et  mayorai,  les  Arabes  em- 
))loyaient  un  mot  formé  de  la  racine  c-b-r.  Ce  qui  prouve  que  le  mot 
portugais  désigne  bien  réellement  le  mayorai  ou  berger  en  chef,  et  non 
pas  son  valet,  c'est  une  ordonnance  d'Alphonse  III,  de  l'année  1265, 
que  S\  Rosa  ne  cite  pas  sous  cet  article,  mais  sous  un  autre  (p.  57  b), 
et  où  on  lit  :  «  Mando  et  statuo ,  quod  serviciales ,  ortalani ,  et  molen- 
darii ,  et  fornarii ,  et  amoucouvares  de  ganalis ,  non  vadant  ad  anudi- 
vam.  »  Dans  le  paragraphe  suivant  il  est  question  des  «homines,  qui 
sunt  in  servicio  dominorum  suorum,  de  quibus  habent  soldadas,»  mais 
nullement  dans  celui-ci. 

Almoxama,  moxama,  [*  pg.  moxama  et  muxama]  («pedazo,  û  trozo  de 
la  carne  del  atùn  hecho  cecina»  Acad.)?? 

*  Ce  mot,  qui  désigne  du  poisson  salé  ou  séché,  est  l'arabe  «^éJi^iî 
(aî-mochamma*).  Ce  dernier  n'est  pas  dans  les  dictionnaires,  mais  P. 
de  Alcala   traduit  le   verbe  Irecharse  par  «^«♦«.à.     A  son  tour  ce  verbe 


179 

espagnol  mauque  dans  les  diclionnaircs  ;  on  le  trouve  loulei'ois  cliez 
rArchiprèlre  de  Hita  (copl.  1079),  qui  dit: 

De  parte  de  Voleocia  venien  las  anguillas 

Salpresas  é  trechadas  d  grandes  manadillas. 
Selon  Sancliez ,  cela  signiûerait  «  des  anguilles  salées  et  coupées  en  mor- 
ccaux;»  mais  M.  Lafuente  y  Alcànlara,  que  j*ai  consulté  à  ce  sujet, 
pense  que  trechar  est  proprement  presser ^  serrer,  et  de  là  sécher,  parce 
qu'on  sèche  une  chose  en  la  pressant ,  pour  en  faire  sortir  ce  qu'elle 
contient  de  liquide.  En  effet,  trecharse  est  certainement  se  sécher,  car 
Alcala  le   traduit   aussi  par  ,j--wa-j,  qui  a  ce  sens,  et  trcchada  cosa  est 

chez  lui  ^jS^.  Chez  l'Archiprêlre  il  faut  donc  traduire:  «des  anguilles 
salées  et  séchées,»  et  almoxama  est  proprement:  (du  poisson)  séché. 

Almoxaripe,  [*  anciennement  almoxerife],  a.  pg.  almosarife,  almozarifc 
(receveur  de  l'impôt  qui  se  paie  aux  portes  des  villes  et  à  l'entrée  des 
ports) ,  de  o-.ci^Ji  (al^mochrif)  qui  signifle  inspecteur ,  intendant.  Cf. 
yuatremère ,  Hist.  des  suit,  maml,,  I,  1,  10.  A  Valence  on  disait  al- 
mogarif  dans  le  sens  de  cobrador  de  la  renta  del  Mar. 

Almoxarra  [*M.  E.  écrit  almojarra]  (cruche).  En  arahe  une  cruche 
s'appelle  »j>  {djarra)-,  cf.  les  mots  aliara,  jarra.  Peut-être  faut-il  sup- 
poser l'existence  d'un  substantif  aZ-macZ/arra ,  dérivé  de  la  même  racine, 
qui  serait  l'origine  du  mot  espagnol  en  question. 

*  J'ignore  où  M.  E.  a  trouvé  ce  mot  esp.,  qui  n'est  pas  dans  les  dicl. 
dont  je  me  sers ,  et  un  substantif  arabe  aUmadjarra ,  dans  le  sens  de 
cruche,  serait  un  mot  monstrueux.  Almoxarra,  pourvu  toutefois  qu'il 
existe  ou  qu'il  ait  existé  autrefois  dans  le  sens  de  cruche,  est  un  mot 
qui  a  perdu  sa  dernière  syllabe,  laquelle  est  ba.  Dans  un  inventaire 
de  1556  {apud  Villanueva,  Viage  literario ,  XVII,  288)  on  le  trouve 
sous  sa  bonne  forme  et  sans  l'article:  «Item  unam  moxeraham  lauloni. 
Item  quinque  escutellas  de  terra  piclas.  »  C'est  l'arabe  iô^^iwo  {rnichralm) 
sur  lequel  on  peut  consulter  Quatremère,  Ilist,  des  suit.  maml. y  Jl,  2, 
210.  Chez  Berggren ,  qui,  comme  Burckhardt,  prononce  machraba , 
c'est:  «iietile  cruche  en  forme  de  gobelet.»  En  Esp.  les  Arabes  disaient 
dans  doute  mochraba  (cf.  ma  note  sur  almuzara). 

*  Almoy.na  cat.  Dans  plusieurs  documents  du  moyen  iigi;  i»ublics  par 
Capmany  [Mcmorias  sobre  la  marina  de  Barcclona,  H,  79,  80,  IV,  155, 
196, 197, 198),  ce  mot  signifie,  soit  uu  impôt  sur  les  navires  marchands 


180 

ilonl  le  produit  devait  servir  à  équiper  une  flotte  contre  les  Maures , 
soit  un  don  volontaire  destiné  au  même  usage.  On  trouve  donc  les 
expressions  «  dons  è  almoynes ,  »  et  «  galea  de  la  alnioyna.  »  C'est  l'arabe 
iCj^xJl  (al'ma'ôna) ^  qui  signifie  proprement  aide  et  qui  désignait:  une 
contribution  extraordinaire,  imposée  par  le  prince  quand  le  trésor  public 
était  épuisé;  voyez  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  351. 

Almud,  pg,  almude  (nom  de  mesure),  de  l\Jî  (al-moudd). 

Almuedano  de  Q<3^Ji  {al-mouëddzin) ,  le  crieur  public  qui ,  du  haut  des 
minarets  f  convoque  les  croijants  à  la  prière, 

AlmuiIecar  («marché  où  Ton  vend  les  raisins,»  Victor).  Je  crois  que 
c'est  un  nom  propre  qui  est  devenu  un  nom  appellatif.  La  ville  de 
w*.<âJî  {al'Monaccab) .  dont  les  Espagnols  ont  altéré  le  nom  en  Almu- 
necar,  était  célèbre  pour  ses  raisins  (cf.  Maccarî ,  I,  125),  et  quand 
on  voulait  indiquer  un  lieu  quelconque,  où  se  vendaient  des  raisins,  on 
semble  avoir  dit  almunecar. 

Almunia,  almunha,  almuinha,  almuia,  amuya  (jardin,  métairie,  ha- 
meau) de  îCaJlJî  (al-mountja)  qui  a  les  mômes  significations. 

Almuzara.  Dans  le  Fuero  de  Madrid  on  lit:  «Todo  homine  que  cu- 
lellum  puntagudo  trasieret,  vel  lanza  aut  espada,  vel  pora  aut  armas 
de  fîerro,  vel  bofordo  punto  agudo,  in  almuzara,  aut  in  le  araval,  vel 
in  villa,  aut  in  mercado,  aut  in  conzeio,  pectet  IIII.  m°  â  los  fiadores.» 
Marina,  à  qui  j'emprunte  ce  passage  S  y  retrouve  l'arabe  iLc^î^wo  {lisez 
Kc,!-*  mazra'a) ,  «tierra  de  labor,  el  sembrado.»  Cette  dérivation  me 
semble  inadmissible.  Je  crois  qu'un  passage  d'Arîb  nous  mettra  sur 
une  meilleure  voie.  Cet  auteur  (II,  213)  nous  informe  que  pendant 
une  grande  sécheresse  on  fit  à  Cordoue  des  prières  publiques  dans  la 
cathédrale  de  la  ville,  dans  l'oratoire  du  faubourg  (rabadh)  et  dans  celui 
de  la  al-moçâra  («.L^a-^Ji).  Ce  mot  arabe  est  en  tout  point  conforme  à 
l'espagnol  almuzara.  A  en  croire  Freytag,  il  désigne  «locus,  in  quo 
ad  summum  cursum  impelluntur  equi.  »  Ne  l'ayant  jamais  rencontré 
ailleurs,  je  regrette  fort  de  ne  pas  être  à  même  de  corriger  cette  défi- 
nition vague  et  inexacte. 


l)  [*  Marina  n'avait  donné  que  quelques  mots  de  ce  passage;  j'ai  ciu  devoir  le  Irans- 
crire  dans  son  entier,  tel  qu'il  se  trouve  dans  le  VIH^  volume  des  Mcmorias  do  la 
Acad,  (p.  44  a),  où  ce  Fuero  a  été  public]. 


181 

*  La  moçdra  de  CorJoue  est  noiiiiuéc  aussi  daus  le  Bayân  (11,  54), 
où  on  lit  que,  dans  Tannée  745,  le  Syrien  Tha'laba,  après  avoir  vaincu 
les  Berbères  et  les  Arabes  Baladîs,  retourna  vers  Cordoue,  et  que, 
lorsqu'il  fut  arrivé  à  Tentrée  de  la  mocâray  il  y  fit  vendre  ses  prison- 
niers à  renchère.  L'auteur  de  VAkhbâr  madjmou*a  (raan.  de  Paris , 
fol.  68  V),  en  racontant  le  môme  fait,  emploie  le  mot  trois  fois,  mais 
dans  le  man.  il  est  écrit  »^UmJî,  avec  le  s,  et  deux  fois  avec  les  voyel- 
les »^L1J!  {al-masâra).  Dans  un  autre  endroit  de  ce  livre  (fol.  95  v^) 
il  est  écrit  sans  voyelles,  mais  avec  les  mêmes  consonnes.  On  y  lit 
qu'Abdérame  P'  reçut,  pendant  une  expédition  qu'il  faisait,  une  lettre 
de  son  affranchi  Bedr,  et  que,  l'ayant  lue,  JjJ  ^z>  jj^\  ô<^\^  Jàs 
HjUm-JI,  «il  retourna  sur  ses  pas  et  marcha  jusqu'à  ce  qu'il  établît  son 
camp  dans  la  masâra.t>  Chez  Ibn-aUCoutîya  (man.  de  Paris,  fol.  12 
r°),  là  où  il  parle  de  la  bataille  livrée  près  de  Cordoue  entre  Yousof, 
le  dernier  gouverneur  de  l'Espagne,  et  le  prétendant  Abdérame,  on 
trouve  ces  paroles  :  *J^  wR^^j  ^j^\  j*-3  'ii^l^  H^l^^]  ^J  y^^^  ^^'^^ 
byai  J^iA:^,  «le  combat  ayant  duré  pendant  une  heure  dans  la  masâra, 
Yousof  prit  la  fuite  et  ne  rentra  pas  dans  son  palais.  »  Le  man.  offre 
le  mot  en  question  sans  voyelles.  Dans  VHistoire  des  cadis  de  Cordoue 
par  Mohammed  ibn-Hârith  (man.  d'Oxford,  p.  208),  l'émir  Mohammed 
(le  cinquième  sultan  omaiyade  en  Espagne)  raconte  à  son  favori  Hâchim 
un  songe  qu'il  a  eu.  aj*ai  rêvé,»  dit-il,  a  que  j'étais  dans  la  moçâra 
et   que   j'y   rencontrais    quatre    personnes    à   cheval.  »     Le  man.  porte 

bjLÔJl  avec  toutes  les  voyelles.  —  A  Fez  il  y  avait ,  selon  l'auteur  du 

Cartâs  (p.  21,  1.  7,  25,  1.  15  et  17),  un  ot^l  k-,  ♦Ji  aJL>  (jardin  des 
moçârât)  et  un  py.o  »JI  ^>3«^\-s  (champ  *  des  moçârâl) ,  appelé  aussi 
al-moçârât  tout  court,  où  l'on  semait  le  blé ,  en  dehors  du  Bâb  ach-Charî'a, 
une  des  portes  du  quartier  des  Cairawânides.  Ibn-Khaldoun,  dans  sou 
Histoire  des  Berbères  (II,  577,  l.  2),  raconte  que  le  sultan  de  Grenade 
passa  en  Afrique  pour  demander  du  secours  au  sultan  de  Fez  contre 
les  Castillans.  «Ce  dernier,»  ajoute-l-il,  «accueillit  son  hôte  avec  de 
grands  honneurs  et  lui  assigna  pour  demeure  le  jardin  ù'al-moçâra  qui 
touche  au  palais  royal,»  «^b  ^Jij^  b^LaûJî  ^ja.^  *JjiL.    Dans  un  passage 

1)  Freyiag  n'aydrit  {m  jahç  en  ce  scus ,  je  dois  observer  que,  clieî  Pedro  de  Alcala, 
il  répoud  aiu  mots:  canpo  raso  como  vcga ,  canpo  que  so  laùra. 


1^2 

d'Ibn-al-Kliatîb  que  cite  Maccarî  (Seconde  partie,  III,  48,  1.  14  éd.  de 
Boulac),  il  est  aussi  question  de  la  moçdra  à  Fez.  Chassé  du  trône 
par  son  frère  Ismâ'îl  II,  le  sultan  de  Grenade,  Mohammed  V,  avait 
cherché  un  asile  à  Fez;   mais  ayant   ensuite   résolu,   sur   les  instances 

du  roi  de  Caslille,  de  retourner  dans  sa  patrie,  ^  u^y^^  a»I-*-j  *^^-^ 
gOjJî  ^^jt^m\  Jw-ï^  y*Uii  j^i^  yjl^Ji  A-i>,  «il  s'assit  dans  une  tente 
dressée  dans  le  jardin  de  la  moçdra  pour  y  passer  en  revue  ses  adhé- 
rents qu'il  avait  fait  avertir  par  une  proclamation.»  Maccarî  (Seconde 
partie,  III,  191,  I.  17  éd.  de  Boulac)  parle  d'un  B^LciJî  ^-xa-i,  «palais 
de  la  moçâra,»  qui  existait  à  Fez  au  XIV^  siècle.  —  A  Maroc  il  y  avait 
deux  moçâras,  la  grande  et  la  petite,  dont  parle  Charant  (A  Letler  in 
answer  to  divers  curions  questions,  p.  47)  qui  écrit  meserra.  C'étaient, 
dit-il,  de  beaux  jardins,  où  l'on  voyait  des  rangées  d'orangers,  de 
citronniers,  de  dattiers,  d'oliviers,  de  figuiers  et  de  grenadiers,  des 
arbustes  comme  le  jasmin,  et  des  fleurs  odoriférantes.  Ils  étaient  pu- 
blics; il  était  permis  à  tout  le  monde  de  s'y  promener. 

*  Voyons  à  présent  s'il  nous  sera  possible  de  découvrir  l'origine,  la 
bonne  orthographe  et  la  véritable  signification  du  mot!  La  première 
condition  pour  y  réussir  est,  je  crois,  d'écarter  tout-à-fait  le  moçdra 
de  Freytag,  ou  plutôt  du  Cdmous ,  car  c'est  là  qu'il  l'a  trouvé.  Sous 
la  racine  y^^  {m-ç-r) ,  l'auteur  du  Câmous  donne  le  passif  mocira  dans 

le  sens  de  xj^>  -^;^x^\,  en  parlant  d'un  cheval,  ce  que  Freytag  traduit 
par  «ad  summum  cursuni  impulsus  fuit  (equus),  »  et  moçâra  est  chez 
ce  lexicographe  arabe  l'endroit  où  cela  se  fait  (J.a.^oÎ  n^h  j*^4^  ^^\). 
Evidemment  cela  n'a  rien  de  commun  avec  le  mot  qui  nous  occupe, 
car  le  verbe  mocira ,  pris  dans  cette  acception ,  appartient  à  la  vieille 
langue ,  non  pas  à  celle  que  parlait  le  peuple  en  Espagne ,  et  en  outre 
le  sens  du  substantif  moçâra  ne  convient  pas.  On  voit  bien,  par  le 
passage  de  Mohammed  ibn-Hârith,  que  dans  la  moçâra  on  se  promenait 
à  cheval  aussi  bien  qu'à  pied;  mais  rien  n'indique  que  c'ait  été  un 
hippodrome.  A  mon  avis  le  terme  qui  nous  intéresse  vient  d'une  tout 
autre  racine.  D'après  Charant,  une  moçâra  ou  meserra  était  une  pro- 
menade publique,  et  dans  le  man.  de  VAkhbâr  madjmoua\  comme 
dans  celui  d'Ibn-al-Coulîya,  qui  en  général  sont  très-corrects,  on  trouve 


185 

masâra.     En  combinant  celte  explication   et  cette  orthographe,  j'arrive 
au  résultat  que  c'est  réellement  ma^ara,  nom  de  lieu  du  verbe  .L«  (sâra), 
qui  signifie   chez    Freylag  inccssit,  profeclus   fuit,  iter   fecil ,   mais   qui 
peut  fort  Jiien  se    prendre  dans   Tacception    de  se  promener.     En  effet , 
Freylag   donne  en  ce  sens  la  5*  forme,   qui,   chez   Bocthor,   est  aussi 
se  promenei'.     Chez  Marcel  et  chez  Hélot   on  trouve  la  2""  forme  ;  la   r* 
est    donnée   par   Berggren    et    par    Bocthor   (qui  a    du   moins  Tinfinitif 
^Jjji^ ,  «promenade,   action  de  se  promener»).     Promenade ^    le  lieu  où 
Ton  se  promène,  est  chez  Berggren  ^K^^,  chez  Hélot  H^A^(strà);  ce  sont 
des  synonymes  de  notre  masâra,  et  Boclhor  donne  allée  (espace  entre  deux 
rangs  d'arbres  pour  se  promener)  »jl-^x.    Il  est  vrai  que  la  forme  de  ce 
dernier  mot  n'est   pas  lout-à-fait    correcte:    la  première  radicale   de  la 
racine  concave  sâra  ayant  pour  voyelle  à  l'aorisle  un  kesra,  le  nom  de 
lieu  devrait  être,  selon  les  règles  de  la  langue  classique,  masîra  (cf.  de 
Sacy,  Gramm.  ar,,  I,  304).     Mais  il  ne  s'agit  pas  ici  d'un  mot  classi- 
que, et  le  peuple,  quand  il  inventait  des  mots,  ne  se  souciait  pas  trop 
des  règles  grammaticales.     Le  nôtre,    qui  existait  déjà  en  743,  montre 
que  même  à  celle  époque   reculée  les  Arabes  d'Espagne  les  avaient  ou- 
bliées en  partie,    et  considérée  sous  ce  point  de  vue,   la  forme  masâra 
est  de  quelque   importance  pour  ceux  qui  s'occupent  de  l'histoire  de  la 
langue   arabe.     Ce   que   nous  avons  à  dire  encore,   n'est   pas   non  plus 
sans  intérêt  pour  celte  histoire   qui  est   encore  à  faire  et  pour  laquelle 
on  a  à  peine  planté  les  premiers  jalons.     Observons  d'abord  que  le  s  de 
masâra  a  été  changé  en  r.     Celle  circonstance   lient  à  la  confusion  de 
sâra  (aller)  avec  çâra  (^l->o)  (devenir).     Sous  ce  dernier  verbe  Freytag 
a  noté:    «  inlerdum  videlur  pro  .L>vw,»  et  dans  les  manuscrits  rien  n'est 
plus  fréquent   que  la  confusion   de   ces   deux  verbes.     Les  éditeurs   ont 
la  coutume  de  changer  ^Lo  en  ^U/,  quand  le  sens  est  aller;  c'est  peut- 
être  donner  dans  le  purisme,  et  il  est  certain  —  notre  maçâra  avec  le 
r  le  montre  —  que  le  peuple  a   perdu  de  bonne  heure  le  sentiment  de 
la  différence  assez  considérable  qui  existe  entre  ces  deux  racines.    Enfin 
on  a  prononcé  la  première  syllabe   avec  le  dhamma  (a  ou  ou),   au  lieu 
de  lui  donner  le  falha  (a):  c'est  ce  que  prouve  non-seulement  le  Fuero 
de  Madrid  (de  1202)  (almuzara),  mais  aussi  le  man.  de  Mohammed  ibn- 
Ilàrilh  qui  est  assez  ancien  (il  est  de  l'année  1296)  et  fort  exact.     On 
peut  en  conclure  que  le  changement  de  ma  en  tna  dans  une   foule  de 


184 

mots  espagnols  qui  sont  des  noms  de  lieu  (et  j'ajoute:  de  mi  en  mo 
dans  les  noms  d'instrument  ou  de  vase)  doit  être  attribué,  non  pas  aux 
Espagnols,  mais  aux  Arabes  eux-mêmes. 

*Alnafe,  anafe  (réchauffoir ,  petit  fourneau  portatif).  Marina  a  con- 
sidéré ce  mot  comme  une  altération  de  j^JLil  (athâfî) ,  trépied.  C'est 
à  mon  avis  une  idée  fort  heureuse  et  comme  on  n'en  trouve  pas  souvent 
chez  cet  auteur.  En  effet,  le  alnafe  a,  selon  TAcad.,  trois  ou  quatre 
pieds ,  et  c'est  la  même  chose  que  athâfî ,  à  preuve  que  l'Acad. ,  sans 
se  douter  de  son  origine  arabe,  le  traduit  par  le  mot  latin  que  Freytag 
donne  sous  athâfî.  Au  reste  ce  dernier  mot  a  encore  une  fois  passé 
dans  l'esp.  sous  la  forme  atifle. 

*Aloque,  chez  Victor  haloque  (vin  rouge-clair).  De  ^3JL:> ,  écrit 
Marina,  sans  rien  ajouter,  et  je  doute  qu'il  eût  pu  justifier  cette  éty- 
mologie,  car  il  ne  connaissait  l'arabe  que  par  Golius,  et  la  définition 
de  ^^L:>  donnée  par  ce  dernier  («nomen  rei  odoratae»)  n'était  pas 
propre  à  le  conduire  bien  loin.  Cependant  son  étymologie  est  meilleure 
qu'il  ne  le  soupçonnait  peut-être  lui-même,  et  pourvu  qu'on  substitue 
l'adjectif  ^Jé^^  [khalôqut)  au  substantif  ^>.Jl.i>  (khalôc),  elle  est  irré- 
prochable. «M.  Lane,»  ai-je  déjà  dit  ailleurs  (Glossaire  sur  Edrîsî, 
p.  298),  «explique  khalôc  par:  «une  sorte  de  parfum,  composé  de  safran 
et  d'autres  choses,  dans  lequel  prédominent  la  couleur  rouge  et  la 
couleur  jaune.»  Il  paraît  toutefois  que  c'est  le  rouge  qui  prédomine, 
car  quand  quelqu'un  rougit  de  pudeur,  on  dit  que  ses  joues  sont  teintes 
de  khalôc;  voyez  Maccarî,  II,  175,  1.  15.  Aussi  l'adjectif  khalôqut, 
que  l'on  trouve  dans  le  Bayân,  I,  157,  signifie-t-il  rouge,  comme  le 
montre  le  passage  d'Edrîsî,  p,  131,  où  il  est  le  synonyme  de  ahmar,» 
Pour  être  tout-à-fait  exact,  j'aurais  dû  écrire  rouge-clair.  Au  reste  on 
voit  que  aloque  est  employé  comme  un  substantif,  le  mot  pour  vin  (p.  e. 
nahidh  khalôqut)  ayant  été  supprimé. 

*  Aloquin  (enceinte  de  pierre  dont  on  entoure  la  cire  qu'on  fait  blan- 
chir au  soleil)  de  ^.â>Ji  (al-waqut,  al-oqui  selon  la  prononciation  vul- 
gaire), «a  noxâ  quid  servans»  (res).  C'est  justement  la  destination  de 
cette  enceinte. 

Alqueire  pg,  («  medida  de  sôlidos,  e  liquides»  S\  Rosa)  de  J^x-Cit 
{al-queil)  qui  désigne  la  même  chose. 

*  Alqueive  pg. ,  alqueve  (jachère)  vient  peut-être  de  5^.8Jt  (al-quewé) , 


terre  déserte;  mais  je  ne  sais  pas  si  la  langue  vulgaire  avait  ce  mot  et 
en  outre  la  forme  et  la  signification  ne  conviennent  pas  trop  bien. 

Alqiiermbz  [,  *  carmes]  (graine  d*écarlalc ,  Victor)  de  ^aJ^\  {al-quirmiz) 
qui  désigne  la  même  chose.  De  ce  substantif  vient  Tadjcclif  quirmizî , 
qui  a  aussi  passé  dans  Tespagnol  (carmesi)  et  dans  le  français  (cramoisi), 
[*  Carmin  a  la  môme  origine], 

Alquerque  ,  [*  pg.  alguergue  et  algarve]  ,  de  ^jJ^\  (al-quirq)  qui  si- 
gnifie une  sorte  du  jeu.     Voyez-en  la  description  chez  Frcylag. 

*  En  esp.  et  en  port,  ce  mot  a  encore  un  autre  sens,  car  il  désigne: 
une  grande  pierre  dans  un  pressoir  à  huile,  sur  laquelle  on  place  les 
cabas  d*olives  qu'on  a  Fintention  de  presser.  Je  ne  connais  pas  l'ori- 
gine de  ce  ternie. 

Alquez  (nom  d'une  mesure)  de  ^j^j<sj[  (al-queis)  du  verbe (j^l'i  {casa),  mesurer. 

'*  Al-queis  n'a  pas  ce  sens,  mais  bien  (_v.lAiiJÎ  (al-quiyés) ,  qui,  chez 
P.  de  Alcala,  est  hraçada  et  medida.  Le  mot  esp.  est  un  peu  altéré; 
mais  la  forme  arabe  s'est  conservée  intacte  dans  le  port,  alquiés,  La 
bonne  étymologie  avait  déjà  été  donnée  dans  le  Dict.  de  l'Acad. 

Alquicel,  alquicer,  alquice,  alquiser  (vêtement  maure  en  forme  de 
manteau)  de  iL^.,Cii  (aUquisâ  ou  al-quisé).  Voyez  M.  Dozy,  Dict.  des 
noms  des  vêt.,  p.  385  et  suiv. 

*  De  même  que  beaucoup  d'autres  mots  qui  désignent  à  la  fois  une 
couverture  de  lit  et  une  espèce  de  manteau  (et  c'était  au  fond  la  même 
chose),  quisâ  est  proprement  le  nom  d'une  étoffe  de  laine  que  lissaient 
les  Bédouins  (voyez  Ibn-as-Sikkît ,  Kilâb  al-alfâdh,  man.  597,  p.  527; 
Azrakî,  p.  174  med.  et  1.  2  a  f.,  p.  181,  1.  4)  et  qui  servait  à  différents 
usages.  Il  en  est  de  même  en  espagnol,  car  l'Acad.  explique  alquicel 
ou  alquicer  de  celte  manière:  «Texido  de  lana,  û  de  lino  y  algodôn, 
de  bastante  anchura,  hecho  todo  de  una  pieza,  para  diferentcs  uses: 
como  para  capas,  sobremesas,  cubiertas  de  bancos,  raantas,  etc.» 

*  Au  moyen  âge  les  Espagnols  disaient  aussi  quiza  on^  queza  sans 
Tarticle  arabe,  car  on  lit  chez  TArchiprêtre  de  Hita  (copl.  1193): 

Quiza  tenie  vestida  blanca  c  rabi-galga, 
el  dans  rAIe.\andre  (copl.  598): 

Entendia  Patroco  enna  esporonada 
Qne  si  a  t\  tornasse  Ector  otra  vegada, 
Tantôt  vaidrie  loriga  cuemo  qucza  delgada; 
Quisose  encobrir,  mas  nol  valid  nada. 

24 


186 

Comme  dans  ce  dernier  passage  il  doit  êlre  question  d'une  éloffe  fine, 
M.  Millier  pense  que  queza  est  l'arabe  j-'i  (quazz)  ^  soie;  mais  je  ne 
crois  pas  que  ce  mot  ait  passé  dans  l'esp.,  et  puisque  les  quisâ  étaient 
aussi  de  toile  (voyez  le  passage  des  Orden.  de  Sev.  que  cite  l'Acad.) , 
voii^  même  de  soie  {Kitâh  al-agâiiî  y  I,  71,  1.  1),  et  par  conséquent 
tins,  je  me  tiens  persuadé  que  queza  est  l'arabe  qidsâ, 

*  M.  E.  ayant  cité  Farticle  qiiisâ  de  mon  Dictiotmaire ,  je  profile  de 
celte  occasion,  non  pas  pour  répondre  aux  pitoyables  chicanes  de  feu 
M.  Freylag,  mais  pour  rectifier  en  peu  de  mots  deux  ou  trois  inexac- 
titudes qui  s'y  trouvent.  1°.  Dans  le  sens  de  manteau,  quisâ  n'était 
pas  seulement  en  usage  dans  l'Ouest,  mais  aussi  en  Asie.  2°.  Il  est 
bien  féminin  (cf.  Becrî,  p.  101,  1.  12  et  13),  mais  aussi  masculin 
(Kitâh  al-agânî ,  loco  cit.;  Mohammed  ibn-Hârith,  Hist.  des  cadis  de 
CordouCy  man.  d'Oxford,  p.  319;  Ibn-Khallicân,  I,  458,  1.  11);  j'aurais 
donc  du  dire  qu'il  est  du  genre  commun.  3°.  Dans  la  traduction  du 
passage  de  Marmol,  p.  584,  1.  14  et  15,.  il  faut  lire:  «faites  de  laine 
et  non  foulées,»  et  biffer  la  note  1. 

Alquile,  alquiler  (louage  et  loyer)  de  tl^^Ji  (al-quiré)  que  P.  de  Alcala 
traduit  par  pension  que  se  paga  por  alquile,  et  qui  dérive  du  verbe 
cârâ  (louer).     Voyez  almogreve. 

Alquimia  (alchimie)  de  Ué^l  {al-qutmiyâ), 

'*  Voyez  sur  l'origine  de  ce  mot  M.  Mahn,  Etym.  Unters,^  p.  81 — 85, 
et  sur  celle  du  nom  de  la  plante  alquimilla  ou  alchimilla ,  ibid.,  p.  158. 

Alquinal  (espèce  de  voile)  de  cUiJiJt  (cil-quinâ)  qui  désigne  la  même 
chose.     Cf.  M.  Dozy,  Dict,  des  noms  des  vêt.,  p.  377. 

Alquitara,  alcatara  (vaisseau  pour  distiller),  de  BjLLa aJI  (al-caftâra) 

que  P.  de  Alcala  traduit  par  alanbique.    Ce  mot  dérive  du  verbe  cattara 
qui  signifie  distilar. 

*  Alquitira  (gomme  adragant)  de  i^UiJCJI  [al-cathîrâ)  qui  a  le  même 
sens;  voyez  le  Mostà'îni ,  Ibn-al-Baitar,  II,  350,  Sanguinetti  dans  le 
Journ,  asiat.  de  1866,  ï,  320. 

Alquitran  (goudron)  en  arabe  Qt^.LiJiJt  (al-quitrân) ,  du  verbe  catara , 
«stillavit,  guttatim  fluxit.» 

*Alquival,  aliquival,  alquivar  a.  arag,  L'Acad.  donne  ce  mot  en 
citant  un  passage  des  Actes  des  Certes  d'Aragon,  où  on  lit:  «Item  de 
aljuba,  alquival,  corlina  ....  paguen  quatre  dinéros.  »     Elle  pense  que 


187 

c*csl  la  mèiiic  chose  que  alquiccl  ^  mais  ce  dernier  mot  serait  devenu 
dillicilement  alquival.  C'est  l'arabe  tL^Ji  {al-khibâ)  que  Freylag  n'a 
que  dans  le  sens  de  tenlc ,  mais  qui  désigne  aussi  ce  qu'on  appelait 
autrefois  pavillon  et  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  couronne,  c'est-à-dire, 
un  tour  de  lit  en  forme  de  tente  et  suspendu  au  plancher,  ou  attaché 
à  un  petit  mât  vers  le  chevet.  P.  de  Alcala  le  donne  dans  cette  ac- 
ception sous  paramenlo  del  cielo  et  sous  pavellon  de  cama.  Les  Acad. 
semblent  s'être  laissé  tromper  par  le  mot  aljuba  qui  précède;  mais  c'est 
à  cortina,  qui  suit,  qu'ils  auraient  dû  penser.  Au  reste  le  /  dans 
alquival  et  le  r  dans  alquivar  sont  de  trop,  de  même  que  dans  alquiccl 
et  alquicer,  alquilei\  alquinal ,  etc. 

*  Altamia  (écuelle  de  terre  vernissée).  Il  est  certain  que  ce  mot  est 
altéré,  le  /  de  l'article  n'étant  pas  assimilé  au  t  du  substantif.  Je  crois, 
quelque  forte  que  soit  la  corruption ,  que  c'est  iCA3LbJU.iî  {as-soltâniya) , 
que  Freytag  a  mal  expliqué  en  suivant  un  glossaire  de  Habicht,  mais 
qui  signifie  écuelle  de  porcelaine  ;  voyez  Humbert ,  p.  202 ,  et  Boclhor 
sous  écuelle;  ,^^AaJî  ikAJLbJLJl  dans  les  Mille  et  une  nuits,  If,  66  éd. 
Macnaghten.  Prononcé  très-rapidement ,  as-soltânti/a  peut  fort  bien 
devenir  altamia;  le  /  dans  al  est  le  /  de  sol,  syllabe  dont  les  deux 
premières  lettres  ont  été  supprimées.  Le  mot  arabe  (qui  vient  de  sultan) 
signifie  proprement  la  royale,  et  je  pense  que  celte  espèce  d'écuelle  a 
été  nommée  ainsi  parce  qu'elle  était  faite  d'une  sorte  de  terre  très-fine 
et  précieuse ,  à  savoir  de  porcelaine.  Peut-être  la  altamia  était-elle 
aussi  de  porcelaine,  car,  comme  le  mot  n'est  plus  en  usage  en  Esp. 
et  en  Port.,  on  suppose  seulement  que  l'objet  qu'il  désigne  était  de 
terre  vernissée. 

Alubia,  [*  val.  llubi]  (haricot)  de  tlAj^Ut  {al-loubiyd)  qui  a  le  même  sens. 

*Aludel,  alludel,  fr.  aludel  («terme  de  chimie;  espèce  de  pots  ou  de 
chapiteaux  qui  sont  ouverts  par  leurs  parties  supérieure  et  inférieure, 
et  qui  peuvent  s'emboîter  les  uns  dans  les  autres,  de  manière  à  former 
un  tuyau  plus  ou  moins  long»  Dict.  de  l'Acad.  fr.).  Le  terme  arabe 
d'où  vient  ce  mot,  n'est  pas  dans  les  dict.,  mais  c'est  J'J^t  {aUouthél), 
Je  le  trouve  dans  le  Glossaire  sur  le  Mançouri  par  Ibn-al-Hachchà  (man. 
331   (>;,  fol  ir.2  r)  avec   toutes  les  voyelles:  jwJî.     L'article  est  conça 


en 


ces  termes:  ^^j^s>\  wiubj  o^f^  O^*"^^  (^>  >AAjuaxJi  jU\  yS>  iJi\ 


188 

mbl^Jt  ^xLi  l*fUJ  J^^^^  '^^^Ti*>  iH^â-^^  13"^  ^^_5V^jt  j_^ft^  jà>^\  ^J-£: 
J^-j    JLà    ^^J^û^î    f^^    (^^j^    S'^^0^\    qI.=>^    ^    <A-x-A^    Us  ^Uii    ,_^c    f^J^3 

ÎJsjtAû^  ë\^ô  qL^  2;;*^>  "L^  oulhél  est  un  instrument  pour  sublimer. 
Il  se  compose  de  deux  pois  qui  sont  creux  *,  et  dont  l'un  s*emboîte 
dans  l'autre.  Après  avoir  jeté  la  substance  dans  celui  qui  est  au-dessous, 
on  les  relie  ensemble  au  moyen  de  cette  espèce  d'argile  qui  sert  à  faire 
des  creusets,  et  on  les  place  sur  le  feu.  La  fumée  qui  provient  de  la 
substance  s'agglomère  alors  dans  le  pot  supérieur;  quand  elle  s'est 
refroidie  et  qu'on  Ta  réunie,  on  a  obtenu  une  substance  sublimée.»  Ce 
terme  est  assez  ancien  en  arabe,  puisqu'il  se  trouve  déjà  dans  le  Man- 
court  du  célèbre  médecin  Rhases  (ar-Râzî),  qui  florissait  au  IX^  siècle. 
La  langue  classique  ne  l'a  que  dans  le  sens  de  gloire,  noblesse;  mais 
probablement  il  faut  le  considérer  comme  le  synonyme  de  xl-ii  {athla) , 
qui  signifie  ustensiles,  appareil, 

*  Aluneb  (pas  dans  les  dict.)  est  v^-^*-^^  {al-ounnéb) ,  jujubier.  Je 
trouve  ce  mot  dans  les  Libros  de  Astronomïa  d'Alpbonse  X,  où  on  lit 
(IV,  34):  «et  sera  esta  tauleta  de  madero  fuerle  de  box,  6  de  aluneb, 
6  de  otro  madero  que  semeie  â  estos.  » 

"^Aluquete.    Voyez  alguaquida. 

*  Alvarral  pg,  (espèce  de  tamis)  est  une  altération  de  iii^S  {al-ghir- 
bal),  qu'on  prononçait  al-garbâl  et  qui  signifie  tamis.     Cf.  l'art,  arel. 

"^  Alvitana  pg.  (grand  filet  pour  pêcher).  J'ignore  si  iuLLiJl  (al-bilâna) 
a  été  employé  en  ce  sens. 

"^  Amapôla    Voyez  hamapola. 

Ambar,  alambar,  pg.  alarabrc,  /r.  ambre,  il.  ambra,  de  ^-A,Âjt.it  (al- 
*anbar)  qui  était  à  l'origine  le  nom  d'un  poisson,  de  la  semence  duquel 
on  tirait  l'ambre  gris.  De  là  l'adjectif  'anbart  dans  le  sens  de  cuir 
fait  de  la  peau  de  ce  poisson  (Maccarî,  I,  271,  Ibn-Adhârî,  p.  35  du 
Gloss.).  [Ml  faut  modifier  ce  que  M.  E.  dit  ici;  voyez  Içtakhrî,  p.  21, 
passage  que  M.  lleinaud  a  traduit,  en  y  joignant  quelques  observations, 
dans  sa  Géographie  d'Aboulfédq,  II,  242].  —  Du  reste  je  crois  que  M. 
Mahn  (Recherches  ètymol, ,   p.  61  et  suiv.)  a   raison   d'avancer   qu'on  a 


l)  Tel  est   le    sens  du   participe    jXÎix;    voycï  Buctliur  sous  surface   et  sous  crciij:. 


189 

transféré  le  nom  de  Tambre  gris  à  l'ambre  jaune,  el  que  de  celle 
manière  Tadjectif  ainarillo  (pour  ambarillo)  a  reçu  la  signification  de 
jaune, 

*  Ambixa  ,  amexa  pg.  (prune)  est  une  altération  de  ji-#..iUii  (al-mech- 
mach),  comme  Sousa  Ta  observé  avec  raison.  Il  est  vrai  que  ce  mot 
arabe  signifie  ordinairement  abricot;  mais  les  lexicographes  arabes  (voyez 
Freytag)  ont  déjà  observé  que  quelques-uns  appellent  ainsi  la  prune,  et 
en   outre  les   Arabes   confondent   ces   deux  fruits  ;    voyez    ma    noie  sur 

ALBARICOQUE. 

Anacalo  (garçon  de  boulanger  qui  porte  le  pain)  de  JiiUil  (an-naccâl) 
qui  dérive  du  verbe  tiacala,  transporter, 

*Le  mot  arabe  an-naccâl,  qui  manque  chez  Freytag  comme  substan- 
tif, signifie  proprement  porte-faix  (voyez  Bombay,  p.  103;  Humbert, 
p.  88),  et  M.  de  Gayangos  (dans  le  Mem,  hist,  esp. ,  V,  435)  donne  en 
ce  sens  Tesp.  annacdl  ou  ahagdl.  Voyez  aussi  ahacal  chez  Nuûez  et 
anacala  chez  Cobarruvias,  et  comparez  anaquel. 

Anadel,  anhadel,  annadem  a.  pg.  («chef,  capitaine»  S*.  Rosa)  de 
— ^LjlJI  {an-nâdhir)  (du  verbe  nadhara,  regarder,  inspecter)  qui  signifie 
inspecteur,  intendant  et  en  Espagne  almirante  (Aie.)'. 

'^Anafava  est  en  port.:  le  fil  que  fait  la  chenille  avant  de  commencer 
à  filer  le  cocon.  C'est  sans  doute  jLjLÂjJt  (an-nafâya) ,  qui  signifie  la 
mauvaise  partie  d'une  chose,  le  rebut,  car  on  sait  que  les  premiers 
fils  du  ver  à  soie  sont  rudes  et  grossiers.  (Comparez  l'art,  aûafea). 
Cependant  cette  bourre  ou  strasse,  comme  on  l'appelle,  sert  à  faire 
une  étoffe,  et  en  esp.  anafaya  est  réellement  le  nom  d'une  étoffe.  A  en 
croire  Cobarruvias  (chez  qui  le  mot  est  altéré  en  anafalla),  c'est  une 
étoffe  de  coton,  et  l'Acad.  dit  qu'anciennement  elle  était  de  coton,  mais 
qu'à  l'époque  où  elle  composait  son  dictionnaire,  elle  était  pour  la 
plupart  de  soie.  L'élymologie  du  mot  et  le  sens  de  anafaya  en  port, 
me  fout  douter  que  l'explication  de  Cobarruvias,  reproduite  par  TAcad. 
pour  ce  qui  concerne  les  temps  anciens,   soit   tout-à-fait  exacte.     Ana- 


1)  Dans  le  mot  noté  par  P.  de  AlcaU,  H.  Mahn  (p.  7)  a  trouve  un  «legatus,  decotus 
deo,n  c'est-JMlire ,  un  nasiréen.  Il  est  k  peine  besoin  de  remaniuer  que  le  savant  alle- 
mand, au  lieu  do  lire  ^UJt,  a  lu  -jÂjJt  >  luot  qui  dûrÎTe  de  la  racine  .JU  (nadtara), 
en   hébreu  "VJ,  /aire  un  cvctt. 


190 

faya  doit  toujours  avoir  désigné  une  étoffe  de  soie;  mais  comme  elle 
était  faite  de  bourre  de  soie,  elle  était  grossière;  peut-être  aussi  était- 
elle  un  mélange  de  bourre  et  de  coton,  et  de  cette  manière  l'explication 
de  Cobarruvias  serait  bonne  jusqu'à  un  certain  point. 

*Anafega/?^.  Maça  d'anafega,  jujube,  maceira  (Tanafega,  jujubier, 
de  iCftx;.]!  (an-nabica),  mot  qui  désigne  4e  fruit  du  jujubier  lotos  (Zizy- 
phus  lotus),  que  les  Arabes  appellent  ^Jv.^  (sidr). 

*  Anaquel  (tablette  sur  laquelle  on  met  les  verres,  les  plats,  etc.) 
doit  être  JLaJJi  (an-naccâl  ou  an-nacquél)  que  nous  avons  déjà  rencontré 
sous  ANACALO.  Désignant  dans  l'origine  la  personne  qui  porte  une  chose, 
ce  mot  a  aussi  été  appliqué  à  la  planche  sur  laquelle  on  la  portait,  car 
chez  Nuûez  ahacal  est:  «celui  qui  portait  du  blé  au  moulin,»  et  le 
plur.  anacales,  «planches  sur  lesquelles  on  portait  le  pain  cuit  du  four 
à  la  maison.  »  Notre  anaquel  montre  qu'on  avait  tout-à-fait  perdu  de 
vue  l'origine  du  mot,  qui  vient  de  nacala,  transporter, 

*  Anatron  (nalron)  de  q^j^jÎ  {an-nalrôn).    Millier. 

*Andaime,  andaimo  pg,  (échafaud  pour  les  maçons)  (l'accentuation 
est:  andâime) ,  esp,  andâmio,  de  ^«.jLcAiî  {ad'da'âïm),  les  poutres,  plur. 
de  K4.cc\Jî  {ad'di*ma)  et  de  iC^U^xJ!  (ad'di'âma). 

*  Anexim  pg.f  a.  esp,  anexir,  anaxir  (pas  dans  les  dict.).  Anexim  est 
adage ,  sentence  populaire»  Anexir  se  trouve  dans  le  Cancionero  de  Baena 
(p.  155),  où  on  lit: 

Senor  de  Val  de  Corneja, 

Ssi  vos  plase,  mis  deitados 

E  anexires  asonados 

Non  son  en  cada  calleja. 

Le  même  mot  se  trouve  encore  deux  fois  dans  ce  livre  sous  la  forme 

anaxir  (p.  176,  188)    (ce  que  les  auteurs  du   glossaire   ont   négligé  de 

remarquer),  et  le  second  passage,  qui  se  trouve  dans  un  poème  adressé 

au  roi  de  Castille  par  Alfonso  Alvares  de  Villa  Sandino,  est  conçu    en 

ces  termes: 

Vestra  persona  ensalçada 

Biva  luengamente  onrrada, 
Por  que  yo  vea  en  Granada 
Cantar  un  lindo  anaxir, 
Fa  dayfy  çuUan  quevyr ,  * 

l)  C'est:   .j,jS   ^[Am    Lg.âA>to    Lj,   «ô  mon  liotc,  {;raad  suUau!» 


191 

Desque  la  ovieredes  ganada 

E  cobrada. 
Ces  «ancxirs  assonnanls»  et  cet  anaxir  qu'on  chante,  nous  exiilicfuenl 
l'origine  du  mot.  C'est  évidemment  Tarabe  Jc^JLii  (an-nachid  ou  an- 
nechtd),  chez  Freylag  «inter  homines  recilatuni  carmen,»  chez.  P.  de 
Alcala  cancion ,  et  tel  est  le  sens  que  je  crois  devoir  assigner  à  aneocir 
où  anaxir  dans  les  vers  que  je  viens  de  citer;  mais  comme  les  adages 
étaient  également  rimes ,  ou  du  moins  assonnants ,  on  leur  a  aussi 
donné  ce  nom. 

*  AiNPiao  pg,  (opium)  de  q^-^I  (ajiyoun).  Les  Portugais  ont  entendu 
et  adopté  ce  mot  dans  les  Indes,  où  ils  l'ont  transmis  aux  Hollandais 
qui  y  disent  amfioen  (prononcez  en  français:  amCoun).  Voyez  les  remar- 
ques de  mon  excellent  ami  M.  Veth,  dans  la  Revue  intitulée  de  Gids, 
de  1867,  I,  428,  429. 

*  Anifala  (du  pain  qui  est  fait  de  son)  de  iJL^wLJÎ  {an-mkhâla) ,  du 
son.  Mùller.  —  Ce  mot  n'est  pas  dans  les  dict.  esp.  dont  je  me  sers. 

^An.nafaca,  annafaga,  annaffaga,  ailafaga,  anafaga,  nafaca  (dépense; 
voyez  le  Glossaire  de  Bergauza  dans  ses  Aniig,  de  Esp.,  II,  à  la  On, 
Cortes  de  Léon  y  de  Castilla,  II,  8o,  1.  6  et  12,  et  le  Mem.  hisl.  esp., 
V,  435),  de  'fjuùl\  (an-nafaca)  qui  a  le  même  sens. 

Annuduva,  anuduba,  anuda,  adnuba,  anubda,  anudiva ,  adua  [*  et 
une  foule  d'autres  formes].  Suivant  S^  Rosa  ces  mots  désignent  «une 
sorte  d'impôt  dont  le  produit  servait  à  réparer  ou  à  améliorer  les 
ouvrages  de  forliCcation,»  et  encore  «les  gens  qui  devaient  travailler 
à  ces  ouvrages  par  manière  de  corvée.»  Est-ce  qu'il  y  a  du  rapport 
entre  ces  mots  et  la  racine  arabe  v^  nadaba  «  mettre  (des  troupes)  en 
garnison  »  (cf.  le  Gloss.  sur  Ibn-Adhârî)  ?  On  trouve  encore  nadb  (gar- 
nison) ,  mandoub  (pourvu  d'une  garnison)  Ibn-Djobair ,  p.  70 ,  nudba 
(«llamamiento  para  la  guerra  »  Aie). 

'C'est  en  vain  que  heaucouj*  de  savants,  tels  que  Burriel,  Berganza, 
les  continuateurs  de  Ducange  et  M.  Muûoz ,  ont  tâché  d'expliquer  le 
sens  de  ce  mot  qui  est  très-fréquent  dans  les  chartes  et  aussi  fort  inté- 
ressant sous  plusieurs  points  de  vue.  «No  ha  sido  esplicada  esta  pécha 
hasta  hoy,»  dit  Yanguas,  et  c'est  vrai;  mais  heureusement  ce  qu'il 
ajoute:  «ni  acerca  de  su  naturaleza  dan  ninguna  luz  los  documentos,» 
ne  Test  pas.     Quant  à  son  étymologie,  je  ne  sache  pas  qu'avant  M.  E, 


102 

il  en  ail  été  proposé  une,  excepté  par  M.  Muiloz  (Fueros,  I,  14,  n.  3), 
et  elle  est  fausse  (de  xj^^t,  an-nauba).  C'est  donc  à  M.  E.  que  revient 
riionneur  et  le  mérite  d'avoir  été  le  premier  qui  ait  indiqué  la  racine 
arabe  d'où  il  dérive,  et  même  le  substantif  arabe  auquel  il  répond  et 
qui  n'est  pas  dans  les  lexiques;  mais  s'étant  laissé  tromper  par  l'expli- 
cation de  S\  Rosa,  qui  est  erronée  comme  les  autres,  il  n'a  pas  poussé 
plus  loin  sa  découverte.  Je  suis  donc  obligé  d'achever  la  tâche  qu'il 
a  seulement  ébauchée,  et  j'expliquerai  en  premier  lieu  le  terme  arabe. 

"^  Le  verbe  nadaha  signifie  appeler,  et  nadaha  lil-mogâwara  est  llamar 
para  la  gtterra  (Aie).  Le  substantif  noudba  (iC-cV-i),  joint  à  un  autre 
mot ,  signifie  appel  à  la  guerre  ;  P.  de  Alcala  donne  maherimiento  de 
gnerra,  nûdbe  lai  mundâriba  (c'est-à-dire,  îô^AïaÂ^U  ajA3)  *.  Mais  il  n'est 
pas  nécessaire  d'ajouter  un  autre  mot  pour  exprimer  cette  idée;  il  est 
sous-entendu.  P.  de  Alcala  donne  simplement  nadaba  à  l'article  aper- 
cebir  para  la  guerra  ;  voyez  aussi  Kitâb  ahhbâr  al^'açr  (dans  Miiller, 
Die  letzten  Zeiten),  p.  24,  1.  5,  9,  p.  25,  1.  5,  et  M.  de  Goeje  dans  son 
excellent  glossaire  sur  Belâdzorî ,  p.  101.  Noudba  seul  signifie  donc 
aussi:  appel  à  la  guerre,  l'action  d'appeler  les  bourgeois  sous  les  dra- 
peaux afin  qu'ils  fassent  une  expédition  militaire,  et  de  là:  celte  expé- 
dition même.  C'est  en  ce  sens  que  le  mot  se  trouve  souvent  dans  les 
chartes.  On  lit  p.  e.  dans  un  Fuero  donné  à  Tolède  {apud  Muûoz,  I, 
364):  «Et  milites  illorum  (les  gentilshommes  qui  demeurent  à  Tolède) 
non  faciant  abnubdam ,  nisi  uno  fossato  in  anno ,  et  qui  remanserit  ab 
illo  fosato  sine  veridica  excusacione,  solvat  régi  decem  solides.»  Et 
dans  un  autre  Fuero  {ibid, ,  p.  486):  «Adhuc  et  milites  non  facialis 
anubda,  nisi  uno  fosado  in  anno.»  Le  sens  de  ces  ordonnances  est 
que  les  habitants  des  endroits  dont  il  s'agit,  ne  seront  tenus  qu'à  faire 
une  seule  expédition  par  an,  et  le  terme  en  question  y  est  l'équivalent, 
ou  à  peu  près,  de  fossafum.  Ce  dernier  mot,  que  Ducange  n'a  pas 
compris,   est  expliqué    dans  l'excellent    article    fossado  de    S\   Rosa^. 


1)  C'est  par  erreur  que  M.  E.  a  donné  llajnamiento  para  la  guerra;  Alcala  n'a  que 
Uamamiento  por  nonhre,  nûdbe. 

2)  Aux  passages  nités  par  l'éminent  savant  portugais,  on  peut  ajouter  ceux-ci:  «  Expe- 
ditiones,  quae  dicitur  fosata,  nec  abnubda»  (privile'ge  de  Ferdinand  P"",  dans  Sota,  Chro- 
nica  de  los  principes  de  Asturias,  p.  6é9);  «  nulla  expeditio  qui  dicitur  fondsado»  (Fuero 
donné  par  Alphonse  VII,  dans  Munoz,  I,   398). 


193 

C'était  une  expédition,   une  razzia,  entreprise,   non-seulement   par  des 
soldats  de  Tarniée  régulière,   mais   aussi  par  des   citadins  et  des  villa- 
geois,   afin    d'aller   couper   les   l»lés   de    rennenii.     Celle    bcsrrgne   était 
confiée  à  quelques-uns  de  la   troupe,    tandis  que    leurs  camarades,  re- 
tranchés derrière  des  fossés  (de  là  le  nom  de  fossa(um)  ^  leur  couvraient 
les  flancs.    On  trouve  donc  souvent  les  expressions:  ire  in  auuduvam;  — 
«et  quod    eant   in    exercituni   meum,    et    in   meani    anuduvani»    {apud 
S'.  Rosa  ,  p.  56  6)  ;  —  ire  ad  annuluha  ;    —   «vos  vel  succesores  vestri 
non    eant  ad    fiscale  fabricandi   iu)perium,   castella,   seu   annuluba,  aut 
fossalura»   (opud  Mufioz,  p.  261).     Appeler  les  sujets  à   faire  une   telle 
expédition  était  un  des  droits  exclusifs  de  la  couronne;  —  «salvo  hoc,» 
dit  Alphonse  III  de  Portugal  (apud  Ducange),    «quod  mihi  et  successo- 
ribus  reservo  in  perpeluum,  videlicet  colleclam ,  nionetam,  hoste,  anna- 
duam,    apellidum,   fossalum ,   juslitiam,»    etc.  —   Aujourd'hui  encore, 
comme  on   peut  le  voir  dans  S^  Rosa,   adua  s'emploie   dans   TAlenlcjo 
et  ailleurs,   et  c'est  toujours   une  expédition,   une  razzia;  mais   l'appli- 
cation qu'on  fait  de  ce  terme  est  assez  comique,  car  ce  n'est  plus  une 
razzia   entreprise   par  des   hommes  contre  d'autres  hommes  ,    mais   une 
razzia  que  fait  une  meule   de  chiens  contre   les  lapins    et  dans  laquelle 
ils  se  secourent  mutuellement, 

*Le  sens  di'annuduvay  expédition  militaire,  s'est  modifié  au  moyen 
âge;  mais  avant  de  parler  de  cette  modification,  je  crois  mieux  faire 
d'expliquer  d'abord  une  autre  acception  qu'il  a ,  et  qui ,  bien  qu'elle 
soit  assez  rare  dans  les  chartes  chrétiennes,  l'est  moins  chez  les  auteurs 
arabes. 

*En  arabe  on  disait  (voyez  M.  de  Goeje,  loco  cit.):  ^\  lJc^>  v-ij.i 
^Aa>  ,  littéralement:  c appeler  [nadaha)  une  division  à  une  forteresse,» 
et  cela  signifiait:  «l'y  envoyer  pour  y  tenir  garnison.»  Plus  tard  l'idée 
d*appeler  disparut  tout-à-fait,  et  l'on  disait  Lix>>  ^.ykOj^Ji  ^^  v'^-i  » 
voire  même  Ix*^^  v^j»  «mettre  garnison  dans  un  château»  (de  Goeje). 
De  là  le  substantif  noudba  signifie  garnison;  Belâdzori  l'emploie  trois 
fois  et  il  se  trouve  aussi  chez  'Arîb,  qui  écrivait  à  Cordoue  au  X*  siècle. 
Je  ne  connais,  dans  les  chartes  latines,  qu'un  seul  passage  où  amtpda 
ait  clairement  ce  sens  (il  y  en  a  d'autres  qui  sont  douteux):  il  se  trouve 
dans  la  confirmation  du  Fuero  de  Nagera  par  Alphonse  VII,  document 
qui  est  de  l'année  1156  et  où  on  lit  [npud  Yanguas,  Antig.  de  Navarra, 

25 


194 

n,  452):  «Infanciones  de  Nagara,  qui  sunl  hereditarii  in  Nagara,  de- 
l)ent  accipere  in  exitus,  tantum  unus  infancion,  quanlo  duo  burgenses, 
et  debent  isli  infanciones  ponere  unum  mililem  qui  leneat  anupdana, 
ubi  homines  de  Nagara  necese  habuerint,  cum  caballo  et  omnibus  armis 
ligneis  et  ferreis. »  Si  je  comprends  bien  ces  paroles,  elles  contiennent 
deux  dispositions  parfaitement  distinctes,  à  savoir;  l^.  quand  il  y  a  une 
expédition  militaire ,  la  solde  d'un  gentilhomme  doit  être  le  double  de 
celle  d'un  bourgeois;  2°.  quand  il  est  nécessaire  de  veiller  à  la  sûreté 
de  la  ville  —  et  ici  il  ne  s'agit  pas  d'une  expédition  —  le  corps  des 
gentilshommes  est  tenu  d'équiper  à  ses  frais  un  cavalier  qui  y  iietine 
garnison. 

"^  Revenons  maintenant  à  annuduva,  expédition  militaire.  Ces  expédi- 
tions étaient  extrêmement  incommodes  et  onéreuses  au  peuple  qu'un 
ordre  du  roi  pouvait  enlever  à  tout  instant  à  ses  occupations,  aux  tra- 
vaux agricoles,  a^ix  métiers  qui  fournissaient  des  moyens  de  subsistance. 
Aussi  l'obligation  d'y  prendre  part  est-elle  comptée  invariablement  parmi 
les  mauvaises  coutumes,  les  fueros  malos,  et  nous  avons  déjà  vu  que, 
pour  alléger  ce  fardeau,  les  souverains  ordonnaient,  dans  les  privilèges 
qu'ils  accordaient  aux  villes  et  même  aux  villages,  que  les  habitants  de 
ces  endroits  ne  seraient  tenus  de  faire  l'annuduva  qu'une  fois  par  an. 
Ils  exemptaient  aussi  de  ce  service  certaines  classes  de  leurs  sujets. 
Dans  une  ordonnance  d'Alphonse  III  de  Portugal  {apiid  S*.  Rosa)  ces 
classes  exemptées  —  «  non  vadant  ad  anudivam  »  —  sont  extrêmement 
nombreuses,  et  le  roi  ajoute:  «Mando  et  statuo,  quod  omnes  alii  homi- 
nes Regni  mei non  vocemus  eos  ad  nudivas,  nisi  tempore  guerrae, 

aut  tempore  magnae  necessitatis,  et  ad  frontariam  Regni,  quod  habea- 
jnus  cos  multum  necessitate.  »  Mais  les  souverains  allaient  plus  loin: 
ils  permettaient  aux  habitants  de  certaines  localités  de  se  racheter  de 
ce  devoir  en  payant  une  certaine  contribution.  Déjà  dans  le  Fuero  de 
Braûosera  ,  qui  est  de  l'année  824,  on  lit  (apud  Muûoz,  p.  17):  «Et 
ornes,  qui  venerint  ad  populandura  ad  villa  Brano  Ossaria  non  dent 
anupda,  non  vigilias  de  castellos,  nisi  dent  tribulum;»  ce  qui  signifie 
que  ceux  qui  viendraient  s'établir  à  Braûosera  ne  seraient  pas  tenus  de 
prendre  part  à  l'expédition  appelée  anupda ,  ni  à  être  de  garde  dans  les 
chfiteaux,  mais  qu'en  revanche  ils  payeraient  une  contribution.  Celte 
dernière  reçut  également   le  nom  à'anvpda.     Dans  le  Fuero  de  Lara  on 


lil  {apud  Mutloz,  p.  ââl):  »  Qui  heredilarius  fucril  in  Lara,  aul  iii  sua'S 
aldeas,  et  inde  vicino,  pechet  anuda  in  cada  uno  anno  una  enmina  de 
trigo,  et  alia  de  cebada,  cl  duas  ferradas  de  vino;«  et  plus  loin:  «Sed 
de  campo  alcaldes,  et  arrcndadores,  et  niulier  qui  Oliuni  non  liabuerit, 
non  pèchent  anuda.»  Quand  elle  se  payait,  non  pas  en  nature,  comme 
à  Lara,  mais  en  argent,  les  rois  employaient  cet  argent  à  réparer  et 
à  améliorer  les  ouvrages  de  fortification.  C'était  dans  Pordre  des  choses: 
au  lieu  de  soldats,  le  souverain  recevait  de  l'argent ,  et  il  le  faisait 
servir  aux  besoins  de  la  guerre  ;  mais  c'est  précisément  cette  circon- 
stance qui  a  induit  en  erreur  le  savant  S'.  Rosa ,  et  qui  Ta  engagé  à 
donner  de  ce  terme  une  explication  qui  n'est  pas  la  véritable. 

Anoria,  aûoria,  noria  (machine  hydraulique)  de  a^^j^UJi  {an-nâ'ôra) 
qui  désigne  la  même  chose. 

*  Au  moyen  âge  on  avait  des  formes  tout-à-fait  correctes  ;  sans  l'ar- 
ticle: naora  (Yanguas,  Antig.  de  Navarra,  I,  79,  II,  457);  avec  l'arli- 
ticle,  mais  sans  que  le  /  soit  assimilé:  alnagora  (Muuoz,  Fueros,  I,  365). 

*Ante,  dante,  pg.  anta,  danta  (selon  les  dicl.:  buffle,  aussi  peau  de 
buffle).  Il  y  a  déjà'  longtemps  que  Quatremère,  dans  sa  Notice  sur 
Becrt  (p.  200  du  tirage  à  part),  a  observé  que  le  mot  port,  anta  ou  danta 
vient  de  Ja-4^  {lamt) ,  nom  que  porte ,  dans  les  déserts  africains ,  un 
animal  du  genre  des  antilopes,  et  M.  Millier  (qui  cependant  ne  semble 
pas  avoir  connu  la  noie  de  Quatremère)  attribue  avec  raison  la  même 
origine  à  l'esp.  ante.  En  effet,  Marmol  {Descripcion  de  Affrica) ,  qui 
écrit  quelquefois  ante  (II,  67  a,  89  c,  97  c) ,  dit  formellement  (I,  24 
d):  «El  Dante,  que  los  Alfricanos  llaman  Lamt.»  On  se  servait  de  la 
peau  de  cet  animal  pour  en  fabriquer  des  boucliers  excellents  et  fort 
estimés,  qui  s'appelaient  en  arabe  daraca  lamt  (Maccarî,  II,  711,  1.  13), 
et  en  esp.  adaragadante  (Alcala  in  voce) ,  adarga  danlc  (inventaire  chez 
Saez ,  Valor  de  las  monedas ,  p.  531),  adarga  de  ante  (Marmol,  I,  42(i), 
dargadanle  {Catàlogo  de  la  real  armerîa ,  Glosario,  p.  6). 

A.NZAROTKS  (Victor),  azarote,  azaro,  pg,  lançarote  avec  l'article  arabe 
(sarcocolle).  de  o^,^JLc  ou  mieux  o.^^i  (anzarôt)  qui  désigne  la  môme 
chose. 

''.\riACKA,  aûaza.  Le  premier  mot  est  donné  par  Tamarid  et  par 
Victor  dans  le  sens  de  plaisir,  divertissement.  C'est  l'arabe  x^îjjJ!  (an- 
nazdha  ou  an-naséha)  (pas  dans  Frcylag  en  ce  sens) ,    qui  rst  empln\  ô 


196 

de  la  même  manière  par  Ibn-Batoula  (I,  92),  où  on  lit  iL^lj.i  j-Ai»^, 
«lieu  de  divertissement.»  Chez  un  chroniqueur  anonyme  (man.  de  Co- 
penhague, n*'.  76,  p.  101)  on  lit:  ^-♦-^  ^î  ^t^-A^^^t  ^  ^yn*  vJU»  jj^ 

o'wPliiJLi  ^î ,  «Le  peuple  de  chaque  bazar  se  réunissait  pour  se  livrer 
aux  divertissements.  »  P.  de  Alcala  donne  aussi  anazea  cosa  de  plazer, 
en  arabe  neziha.  Il  faut  se  garder  de  penser  que  c'est  i^jji;  ce  dernier 
mot  n*est  jamais  autre  chose  que  le  féminin  de  l'adjectif  ^-^^  ;  c'est 
'iJ>\y  prononcé  à  la  manière  espagnole.  En  outre  ahacéa  signifiait  foire 
selon  Nebrixa.  C'est  encore  au'nazéha,  qui  signifiait  en  général  fêle 
(pas  dans  Freytag)  ;  Alcala;  fiesta  de  alegria,  neziaha  (sic),  et  jusla 
por  plazer j  nezilia.  —  Ahaza  est  donné  par  Victor,  «foire  qui  se  tient 
tous  les  ans.»  C'est  l'arabe  K^jJlJî  (an-nazha)  (pas  dans  Freytag),  fêle, 
partie  de  plaisir;  voyez  al-Fath,  Calâyid,  p.  241,  1.  5  a  f .  éd.  de  Paris; 
Maccarî,  I,  437,  1.  10;  585,  1.  3  a  f.  ;  II,  532,  1.  3;  Kilâb  ahhbâr 
al'ùçr  dans  Miiller,  Die  lelzten  Zeilen  von  Granada,  p.  4 ,  1.  6. 

*AûAFEA.  Papel  de  ahafea  (strasse,  papier  brouillard,  papier  gris, 
etc.).  Plus  haut  nous  avons  rencontré  le  port,  anafaya  dans  le  sens  de 
strasse  ou  rebut  de  la  soie,  et  j'ai  dit  que  c'est  )kÀjùl\  (an-nafâya  ou 
an-naféya) ,  la  mauvaise  partie  d'une  chose,  le  rebut.  Ahaféa  est  le 
même  mot,  et  l'on  voit  que,  de  même  que  strasse,  il  s'employait  en 
parlant  du  rebut  de  la  soie,  et  aussi  en  parlant  du  rebut  du  papier. 

AilAFiL,/?^.anafil  (trompette),  de  ^arJ!  {an-nafir)({m  désigne  la  même  chose. 

"^  Aussi  anafim  (pg.)  et  danafil  (pg.)  ;  voyez  Moraes  et  Ducange  sous 
ces  mots.  —  Les  Port,  donnent  le  nom  de  Irigo  anafil  à  une  espèce  de 
froment,  parce  que  la  ville  d'Anafé  (=  Dâr-baidhâ),  située  dans  le 
Maroc,  leur  en  a  fourni  la  semence  (voyez  Moraes). 

AuÂZMES  (bracelet  d'or,  Cob.)  de  j*Ji.ÀJi  {an-nadhm)  qui  signifie  une 
rangée,  p.  e.  de  perles. 

AûiL,  ailir,  pg.  anil  (indigo),  de  ^-a-âJI  (an-n'ir)  (du  persan  nïla). 
Même  sens. 

"^Arac,  erraca,  pg.  araca,  araque,  orraca,  rak  (arak).  Dans  l'arabe 
classique  ^j-c  Çarac)  est  proprement  sueur,  et  'arac  at-tainr ,  «la  sueur 
des  dattiers ,  »  est  le  suc  des  dattiers.  On  l'obtient  en  étêtant  l'arbre 
et  en  creusant  le  sommet  du  tronc.  Le  suc  qui  se  décharge  dans  celte 
espèce  de  bassin,   est   encore   plus   doux  que  le  miel  et  assez  liquide; 


197 

mais  en  peu  de  temps  il  devient  épais  et  acre,  el  quand  on  Tu  distillé, 
c'est  une  boisson  enivrante;  voyez  Sliaw  ,  Reisen  door  Barbarijen,  I, 
221,  Hicliardson,  Travels  in  Morocco ,  II,  208.  Ceci  est  le  *arac  ou 
*araqui  proprement  dit  ;  mais  par  laps  de  temps  ce  root  est  devenu  (et 
c'est  ce  qu'il  faut  ajouter  au\  lexiques)  le  nom  général  que  les  Arabes 
donnent  à  toutes  les  liqueurs  fortes;  voyez  Sbaw,  loco  cit.  Chez  Browne 
{Reize  naar  Afri/:a ,  I,  109)  on  lit;  «On  a  encore  en  Egypte  une  autre 
boisson,  nommée  araki,  que  les  chrétiens  tirent  des  dattes  et  aussi  des 
raisins  de  Corinthe»  (comparez  p.  114).  Diego  de  Haedo  (Topographia 
de  Argel)  écrit  (fol.  17  rf,  58  6)  arrequi  et  arrequin ,  ce  qu'il  explique 
par  agua  ardienle.  Werne  (Reise  nach  Mandera ,  p.  78)  donne  araki, 
«eau-de-vie;»  chez  Bocthor  on  trouve  eait-de^vie,  'arac  et  'araqui ;  la 
dernière  forme  est  aussi  dans  iMarcel,  dans  Humbert  (p.  17)  el  dans 
Hélot.  — -  Ce  mot  n'est  pas  ancien  dans  les  langues  européennes  ;  les 
Portugais,  les  Hollandais  et  les  Anglais  l'ont  adopté  dans  les  Indes 
orientales,  où  on  appelle  ainsi  une  boisson  spiritueuse  préparée  avec 
du  riz  fermenté,  du  sucre  et  du  suc  de  noix  de  coco. 

Ara^ickl,  [*alanzel,  Corles  de  Léon  y  de  Caslilla,  III,  175,  349]  («el 
décrète,  à  ley  que  pone  tassa  en  las  cosas  que  se  venden,  y  en  los 
derechos  de  los  ministros  de  justicia  »  Cob.),  de  iCJLw-Jl  (ar-rtséla)  qui 
signifle  une  missive  officielle.  (?) 

*  Je  crois  que  M.  E.  a  eu  raison  de  faire  suivre  cette  étymologie  d'un 
signe  de  doute,  car  risélay  qui  vient  de  rasala,  envoyer,  signifle  simple- 
ment lettre,  missive,  el  ne  s'emploie  jamais  dans  le  sens  de  décret  ou 
loi.  Pourtant  le  mot  arabe,  d'où  vient  arancel ,  doit  avoir  ce  sens. 
Je  pense  que  le  mot  esp.  et  pg.  a  perdu  sa  première  lettre,  que  le  n 
est  de  trop  (ce  que  M.  E.  suppose  aussi),  et  que  le  /  remplace  le  m, 
lettre  du  même  organe.  De  cette  manière  nous  obtenons  maracem,  ce 
qui  répond  fort  bien  à  («^U^  (marâsem),  plur.  de  marsoum,  qui  est  le 
mot  qu'il  faut,  car  il  signifie  décret,  ordonnance;  voyez  Berggren  sous 
décret,  Humbert,  p.  205,  Fleischer,  De  glossis  Habicht,,  p.  16,  Ibn- 
Balouta,  III,  199,  Ibn-Khaldoun,  Hist.  des  Berbères,  \,  631,  1.  6  a  f., 
H,  535,  1.  8,  de  Sacy,  Chrest.  ar.,  I,  157,  l.  6  a  f.  du  texte,  etc. 
De  même  que  beaucoup  d'autres,  ce  mot  arabe  a  donc  passé  dans  l'esp. 
et  dans  le  port,  sous  la  forme  du  plur. ,  et  comme  les  arancels  ou 
décrets,  qui  fixaient  le  prix  d'une  joule  de  choses  (cf.  l'Acad.),  étaient 
fort  nombreux,  cette  circonstance  n'a  rien  (rétranirc. 


198 

Arcaduz.     Voyez  alcaduz. 

*  Arel  (grand  crible)  de  JLj^£  {ghirhâl) ,  crible,  tamis,  qu'on  pronon- 
çait garbél;  cf.  l*art.  alvarral. 

Argel,  fr.  arzel  (cheval  noir  ou  bai  qui  a  des  marques  blanches  aux 
pieds)  de  J,>,!  {ardjel)  qui  se  dit  dans  la  même  signification. 

*  Argolla  ,  pg.  argola  (grand  anneau  de  fer),  de  J.-xJi  {al-goU)  qui  a 
le  même  sens.     Miiller. 

Arraax,  errax  («los  oseçuelos  de  las  azeytunas,  quebrantados  en  la 
rueda  de\  molino  del  azeyte,  que  exprimido  dellos  y  del  hollejuelo,  los 
suelen  secar,  y  se  gasta  en  los  braseros  de  las  damas»  Cob.)? 

Arrabal,  [*  raval ,  Sanchez ,  II]  (faubourg),  de  (j^a-Oi  (ar-rabadh). 
Je  serais  porté  à  croire  que  la  forme  primitive  de  ce  mot  a  été  arra- 
balde.  Comparez  alcalde ,  alvayalde,  etc.,  et  p.  23,  n".  4  de  l'Intro- 
duction.    [''^  La  forme  port,  est  en  effet  arrabalde], 

*  Arracadas.     Voyez  alcarradas. 

Arracife,  arrecife  (chaussée),  de  ^.A-^^^^ii  {ar-racif  ou  ar-rectf).  Ce 
mot  arabe  étant  mal  expliqué  dans  les  lexiques ,  il  est  nécessaire  de 
citer  quelques  passages  d'auteurs  arabes  pour  en  établir  la  signification. 
Dans  un  passage  d'Ibn-Djobair,  p.  61,  où  il  est  question  d'un  village 
situé  sur  le  bord  du  Nil,  on  lit:  «Entre  ce  village  et  le  fleuve  il  y  a 
un  racif  élevé,  bâti  en  pierres,  comme  une  muraille;  les  vagues  s'y 
brisent  sans  pouvoir  l'inonder,  même  au  temps  de  la  crue.»  Il  est 
clair  qu'il  s'agit  ici  d'une  levée  au  bord  d'une  rivière  y  un  quai.  Voyez 
encore  ibid.,  p.  49,  Ibn-Adhârî,  II,  229,  Maccarî,  I,  124.  Dans  le 
Cartâs,  p.  138,  on  trouve  raçaf  dans  la  même  acception.  ['^  Ceci  est 
une  erreur;  roc  fan  dans  ce  passage  du  Cartâs  est  le  plur.  de  ractf;  cf. 
de  Sacy,  Gramm.  ar.,  I,  367,  §  858].  —  En  outre  rectf  désigne  une 
chaussée,  comme  le  dit  P.  de  Alcala  au  mot  calçada  camino ,  et  il  est 
employé  en  ce  sens  par  Maccarî,  I,  305.  C'est  dans  cette  signification 
que  le  mot  a  passé  dans  l'espagnol. 

*  M.  E.  aurait  peut-être  pu  s'épargner  la  peine  d'établir  la  significa- 
tion de  ce  terme  arabe:  je  l'avais  fait  dix-sept  ans  avant  lui,  dans  le 
Journ,  asiat.  de  1844,  I,  413.  Il  se  peut  aussi  qu'il  ait  négligé  un 
peu  trop  de  faire  sentir  le  rapport  qu'il  y  a  entre  les  deux  significa- 
tions du  mot,  car  racif  répond  tout-à-fait  à  chaussée,  qui,  comme  on 
sait,  désigne  une  levée  qu'on   fait  au  bord  d'une  rivière,   et  aussi  une 


199 

levée  qu'on  fait  pour  servir  de  chemin  de  passage.  Le  catalan  avait 
la  forme  assez  corrompue  raxiha  (voyez  Capmany,  Memorias  sobre  la 
marina  de  Barcelona,  IV,  85).  Comparez  en  outre  le  Glossaire  sur 
Edrîsî ,  p.  306 ,  et  M.  Diez ,  II ,  94 ,  qui  observe  avec  raison  que  arre- 
cife  dans  le  sens  dV'cMeiï,  fr.  récif,  a  la  môme  origine.  Quant  au  nom 
de  la  plante  cardo  arracife,  qui  a  été  corrompu  en  arrafiz ,  il  répond 
au  terme  latin  cardmts  vulgalissimus  viarunif  en  hollandais  wegdistel 
(cf.  Dodonaeus,  Cruydl- Boeck ,  p.  1249  b)\  comparez  l'art,  arrecafe. 

Arraez,  pg,  arrais,  arraes  (capitaine  de  vaisseau,  patron  d'une  barque), 
de  jj^j^yi  {ar-râïs)  qui  se  trouve  dans  la  même  signification  chez  Ibn- 
Batouta,  Ibn-Djobair  et  d'autres  voyageurs,  bien  qu'elle  manque  dans 
le  lexique  de  Freytag. 

*  Arrafiz  (chardon,  plante)  est  une  altération  de  arracif,  qui  est  pour 
cardo  arracife.     Voyez  ma  note  sur  l'art,  arracife. 

ARRAmAiN,  arrayan  (espèce  de  plante),  de  QL:5=\jJi  (ar-raihân),  «  herba 
odorata ,  cui  nomen  ocymum  est.  » 

*En  Espagne,  toutefois,  ce  mot  ne  désignait  pas  l'ocymum,  c'est-à- 
dire,  le  basilic;  du  moins  ce  n'était  pas  sa  signiOcation  ordinaire,  ni 
chez  les  Arabes,  ni  chez  les  Espagnols.  Dans  l'origine  sa  signification 
était  fort  vague,  car  il  désignait  en  général  toute  plante  odoriférante; 
mais  déjà  dans  la  langue  classique  j^y^\  o'^^H)  {''^(iihàn  des  tom- 
beaux») est  le  myrte  (voyez  Lane).  En  Espagne  et  dans  le  nord  de 
l'Afrique,  raihân  seul  avait  ce  sens,  sinon  chez  les  botanistes  (cf.  Ibn- 
al-Bailâr),  du  moins  chez  le  peuple.     Dans  le  Glossaire  sur  le  Mancourt 

par  Ibn-al-Hachchâ  (man.  531  (5),  fol.  151  r°)  on  lit  à  l'article  (jTj 
{as,  le  nom  classique  du  myrte):  v^i^t  ^  (jo^AOjS'^'i  ^^^^\  ^ 
^^L^oJb,  «c'est  l'arbre  qui,  dans  le  Magrib,  porte  le  nom  de  raiLln   » 

et  plus  loin  à   l'article   raihân  (fol.  160  r«)  :    J^\  ^jx^\  J^l   ^   ^^-^^ 

\o3y  Lxa.-^.ja-i=".-j" ,  «les  Magribins  appliquent  exclusivement  ce  mol  au 
myrte,  ce  qui  est  un  néologisme.»  Dans  les  Mille  et  une  nuifs  (F,  116 
éd.  Magnaghlen)  c'est  aussi  le  myrte.  Aujourd'hui  cet  arbre  porte  encore 
ce  nom  au  Maroc  (Dombay,  p.  72),  en  Algérie  (Humberl ,  p.  50)  et  au 
mont  Liban  (Berggren,  p.  864).  On  sait  qu'en  espagnol  arraihan  ou 
arrayan  désigne  aussi  le  myrte. 

•  Arrayaz  est   oînployé  pnr   les  rhroniqueurs   du   moyen    Age  1".  dans 


200 

Je  sens  de  gouverneur  (Barrantes  Maldonado,  dans  le  Mem,  hisl,  esp.,  IX, 
260:  «el  Arrayaz  de  Mâlaga ,  »  «el  arrayaz  de  Giiadix,»  etc.),  ou  2^ 
dans  celui  de  capitaine  de  vaisseau  (Chron.  de  D.  Alonso  X,  fol.  44  a),  et 
alors  c'est  l'arabe  (j^j'^^i  (ar-râïs)  qui  a  les  mêmes  acceptions;  3*^.  dans 
celui  de  district,  gouvernement  (Barrantes  Maldonado  dans  le  Mem.  hist. 
esp. ,  IX,  p.  257:  «la  tierra  de  la  Arrayaz  de  Mâlaga),  ce  qui  en  arabe 
serait  iC_A*,LJ^_ii  (ar-riâsa)  ;  mais  peut-être  faut-il  lire  :   «  del  Arrayaz.  » 

*  Arre.     Voyez  arriero. 

*Arreas,  arreaz,  arriaz  pg.  («boucles  sans  pointe  mobile,  par  les- 
quelles passent  les  étriviéres»  Moraes).  Comme  cet  arreàs  est  un  plur., 
et  que  par  conséquent  le  sing. ,  s'il  était  en  usage,  serait  arreà,  je 
présume  que  c'est  h^jC  Çorwa) ,  que  P.  de  Alcala  (sous  lazo  de  çapatos) 
prononce  argua. 

*  Arrebate  (pas  dans  les  dict.).  Dans  la  Cronica  de  D,  Alonso  XI 
(p.  550)  on  lit  que,  lorsque  le  comte  de  Derby  et  celui  de  Salisbury 
furent  arrivés  auprès  de  ce  roi,  celui-ci  «dixoles,  que  las  sus  gentes 
dellos  non  eran  sabidoras  de  la  guerra  de  los  Moros,  et  por  eslo  que 
era  menester  que  mandase  cada  uno  à  los  suyos  que  non  saliesen  à  los 
arrebates  de  los  Moros,  salvo  quando  viesen  salir  alla  el  pendon  del  Rey 
de  Castiella.  »  C'est  l'arabe  ^b Jî  (ar-ribât) ,  poste,  lieu  où  l'on  a  placé 
des  troupes, 

*Arrebique,  arrabique,  rebique  pg.  (rouge,  fard).  Ce  mot  a  toute 
l'apparence  d'être  d'origine  arabe,  et  le  terme  **î5^-a-j^  (rabic  ou  reine) 
existe  dans  cette  langue.  Il  est  vrai  qu'il  désigne  plusieurs  espèces  de 
mets  composés  de  divers  ingrédients;  mais  comme  il  dérive  de  la  racine 
rabaca,  mêler,  il  ne  signifie  dans  l'origine  rien  autre  chose  que  mélange, 
et  il  se  peut  qu'on  l'ait  appliqué  à  une  composition  comme  le  fard. 
J'avoue  toutefois  que  je  ne  puis  pas  prouver  qu'on  Ta  employé  en  ce 
sens  ;  ce  que  je  viens  de  dire ,  n'est  donc  qu'une  simple  conjecture. 

*  Arrecadas  pg.     Voyez  alcarradas. 

*  Arrecafe  (espèce  de  chardon).  L'Acad.  cite  pour  ce  mot  un  passage 
de  l'Hisl.  de  Charles-Quint  par  Sandoval,  où  on  lit:  «unos  cardos  que 
llaman  arrecâfes.  »  Je  me  tiens  persuadé  que  ce  doit  être  un  c  cédille, 
et  que  ce  mot  a  la  même  origine  que  cardo  arracife  el  arrafiz;  voyez 
ma  note  sur  arracife.  En  effet,  Tesp.  a  eu  aussi  le  mot  arrezafe  dans 
le  sens  de:  lieu  plein  de  chardons,  de  ronces,  etc.;  et  l'Acad.,  comme 


Pavait   déjà   fait  Cobarruvias,  compare   ce  terme  à  celui   qu'a   employé 
Sandoval. 

Arrelde,  [*arratc,  arrel] ,  pg.  arralel  (espèce  de  poids)  de  ^hjJ\ 
(ar-rad). 

*  Arrbquife  (pointe  de  fer  pour  éplucher  le  colon)  semble  être  une 
altération  d'un  mol  berbère,  car  dans  cette  langue  la  pointe  d'un  instru- 
ment trancbant  s'appelle  ^~^^^}  (ikhf).  On  aura  dit  avec  l'arlicle  al- 
tkhf;  puis,  le  /  ayant  été  cbangé  en  r  par  des  ouvriers  arabes  qui  ne 
connaissaient  pas  l'origine  du  terme,  ar-rtkhf-,  ce  qui  à  la  fin  est 
devenu  arrequife, 

Arreqcfve  (espèce  de  garniture  d'habit).  Dans  les  lexiques  v*-ts-^^ 
(regutb)  n'a  que  la  signification  très-générale  de  impositus,  inserlus; 
mais  comme  le  mot  tarqutbaf  qui  vient  de  la  même  racine,  désigne 
une  bordure  (Tune  éio/fe  di/fcrente  appliquée  sur  une  robe  (cf.  Quatremère, 
Htst.  des  suit,  maml, ,  II,  2,  78),  je  serais  porté  à  croire  que  rcquib  a 
élé  employé  dans  un  sens  analogue,  et  que  par  conséquent  le  mot 
espagnol  en  question  est  l'arabe  ar-requib, 

Arrexaque,  arraxaque  (fourche  à  trois  pointes)  de  KïUiyi  (ar-rcchâca) 
qui  manque  dans  les  lexiques.  Voyez  P.  de  Alcala  aux  mois  arrexaque 
et  tridente  arrexaque.  Le  mot  espagnol  en  question  désigne  encore  une 
espèce  d'oiseau  [*le  martinet  noir],  auquel  on  aurait  donné  ce  nom 
■  por  lener  las  garras  como  garfios»  Cob.  (?). 

*  Arrezapb.     Voyez  arrecafe. 

Arriates  «  los  encailados  de  los  jardines,  de  arnad  que  vale  jardin.» 
Ce  renseignement  du  P.  Guadix  {apud  Cob.)  est  exact,  car  P.  de  Alcala 
traduit  arriate  et  jardin  par  (jrLj,  riâd,  pi.  aritda.  Ce  riâd  est,  à 
l'origine,  le  pluriel  de  raudha, 

*  Il  est  fort  remarquable  que  le  plur.  riâdh  est  devenu  un  singulier , 
non-seulement  dans  la  langue  parlée ,  mais  aussi  dans  les  livres.  On 
lit  p.  e.  dans  une  Histoire  des  Hafcides  (dans  le  Journ.  asiat,  de  18hil. 
],  .S6):  »;j>tn<->^  S\^  e5^l  «^4;  j^^  O^*^^^  "^  c>J3o  ,  «j'allai  lui 
faire  une  visite  dans  le  doccân  ,  qui  était  son  jardin  en  dehors  de  Con- 
slantine. •  Plus  loin  (p.  62):  .aJCI  tjio^^  ^  ïLPjJ  ^^J  ^^U',  «il  était 
pour  son  amusement  dans  son  grand  jardin.  »  El  de  même  dans  le 
Carias  (p.  161,  I.  8  a  f.) :  ^^^t  «^b; »  «son  grand  jardin.»  Alais  en 
Andalousie   il  n*a   pas  conservé   ce  sens.     Je  ne  sais  s'il  a   réellement 

2G 


eu  celui  que  lui  allribuent  Tamarid  dans  Cobarruvias  («calçada,  ca- 
niino,  à  passo»)  cl  Viclor  («une  chaussée,  un  clieniin  étroit»),  mais 
que  TAcad.  n'a  pas  admis.  Elle  ne  lui  donne  que  celui  de:  «sepinien- 
liim,  virgullis  el  floribus  refertum,  hortos  muniens  et  cingens.  »  Com- 
parez avec  celte  acception  celle  que  riâdh  a  aujourd'hui  en  Algérie: 
parlerre  de  fleurs  (Hélol  ;  Delaporle,  Dialogues,  p.  145,  175). 
Arriaz,  arrial  (garde  d'épée)  de  o^LjJt  (ar-riâs),  «capulus  ensis.  » 

*  Arricaveiro  a.  pg.  S\  Rosa  donne  ce  mot;  mais  l'ayant  confondu 
avec  un  autre,  il  ne  l'a  pas  compris.  Le  texte  qu'il  cite  est  un  docu- 
ment de  l'année  1590,  dans  lequel  le  roi  Jean  P"^  donne  à  Diogo  Affonso 
l'emploi  de  «anadel  (^^l^i)  das  gentes  de  cavallo,  e  pioens,  besteiros  e 
arricaveiros. »  Ce  mot,  dans  lequel  eiro  est  la  terminaison  port.,  répond 
à  l'arabe  ^çi^J^  (ar-iicâbî) ,  de  ar-ricâh,  élrier ,  celui  qui  tient  rétrier; 
voyez  Freytag  et  comparez  Diego  de  Torres,  Relation  des  Chéri fs,  p.  516: 
«  Il  y  a  aussi  à  la  cour  d'autres  gentilshommes  comme  ordinaires,  ou 
de  la  garde  à  cheval,  qu'on  nomme  Riqueves ,  qui  sont  de  l'élrier  du 
Roi  ou  écuyers,  et  ont  leurs  chevaux  dans  son  écurie.» 

*  Arricises  (courroie  courte  qui  est  au-dessus  de  la  selle  et  à  laquelle 
on  attache  les  étrivières)  doit  venir  de  sjJ!  (ar-razza),  qui  signifie  pro- 
prement ganse.  Le  plur.  de  ce  mot  est  ar-rizâz  (Aie.  sous  visagra  de 
mesa)  y  ar-riztz  par  suite  de  Vimâla,  et  c'est  à  celle  forme  (la  termi- 
naison es  étant  le  plur.  esp.)  que  répond  en  tout  point  arricises. 

*Arriero,  pg.  arrieiro  (muletier).  On  sait  que  dans  le  midi  arre^ 
harrCf  prov.  mod.  et  ital.  arri,  est  le  cri  des  muletiers  pour  animer 
leurs  bêtes,  et  que  de  ce  cri  on  a  formé  le  mot  qui  sert  à  désigner  un 
muletier.  Selon  Marina,  c'est  «^  -.^  (harr^  harr)»  (dans  Freytag  ..p 
(harr)  est  «  modus  quidam  increpandi  camelum  »).  Diego  de  Urrea  et 
le  P.  Guadix  {apiid  Cobarruvias  sous  harre)  disent  que  c'est  ij^.s>  (harric)^ 
impératif  de  harraca,  «que  vale  miieveter>  (ce  verbe  signifie  bien  mouvoir, 
mais  non  pas  se  mouvoir).  M.  Mliller,  enfin,  pense  que  c'est  kôLo  i^L=> 
{harêc,  haréc) ,  c'est-à-dire,  l'infinitif  employé  au  lieu  de  l'impératif  (un 
tel  infinitif  n'existe  pas;  il  n'y  a  que  le  substantif  harâc  qui  signifie 
mouvement,  et  à  la  T*^  forme  on  ne  trouve  que  haroca,  «motus  est»). 
Toutes  ces  étymologies  sont  erronées.  Sousa  semble  être  plus  près  de 
la  vérité  quand  il  dit  que  c'est  ^j,t,  car  un  orientaliste  de  mérite,  qui 
a  entendu  ce  cri  en  Algérie,  M.  l'abbé  Barges,  s'exprime  en  ces  termes 


203 

(dans  le  Joui  H,  asiat.  de  1845,  II,  âl6):  «Les  muletiers  africains  rcpo 
leul  le  mol  etrih  quand  ils  veulent  précipiter  la  marche  de  leurs  bêles.  » 
Est-ce  que  nous  chercherons  à  présent  l'origine  de  ce  raot"^  Je  crois 
que  ce  serait  de  la  peine  perdue ,  car  à  mon  avis  c'est  un  cri  comme 
il  y  eu  a  tant  et  qui  ne  signifie  absolument  rien.  Les  mulets  le  com- 
prennent ,  et  cela  suilît. 

'  Arrims  (art,  manière,  action  d'approcher  du  but,  en  jouant  au 
boulet)  de  éL/«-J|  (ar-rimé),  TinGnilif  de  la  3*  forme  du  verbe  rama, 
«cum  altero  jecit,  jactu  ccrlavit,»  Millier. 

•  AiRioz  pg.  (petit  caillou  rond  dont  se  servent  les  enfants  dans  le 
jeu  appelé  alguergue)  rappelle  le  mot  qu'emploient  les  voyageurs  pour 
désigner  les  petites  pierres  dont  on  se  sert  dans  ce  jeu  ou  dans  un 
autre  qui  lui  ressemble,  à  savoir  ,j^,^  {dris)\  voyez  Niebuhr,  Reize  naar 
Arabie,  I,  160,  Brownc,  Reize  naar  Afrika,  II,  78,  Berggrcn,  p.  515, 
Carterou ,  Voi/agc  en  Algérie,  p.  456,  479.  Comparez  aussi  l'art,  i-j^ 
dans  Freylag. 

Arrizafa  (jardin  royal,  Victor)  de  iCsLoJt  {ar-roçâfa)  qui  était  le  nom 
d'un  jardin  magnitiquc  auprès  de  CordoQe.  Il  y  en  avait  aussi  un  à 
Valence  [*  dont  le  nom,  Uusafa,  s'est  conservé  jusqu'à  nos  jours;  voyez 
Fischer,  Gemâlde  von  Valenciaf  I,  59].  Cf.  Maccari,  I,  111;  II,  149; 
[*cf.  rindex]. 

Arroba  (nom  d'un  poids  et  aussi  d'une  mesure)  de  ^^J^  (ar-rob*), 
le  quart. 

•  Arrocabe  (pas  dans  les  dict.)  a  deux  sens  selon  la  Carpinieria  de  lo 
blanco,  à  savoir  1°.  le  madrier  qu'on  place  sur  la  muraille  en  forme  de 
frise;  S*,  loul  ornement  en  forme  de  frise.  Je  pense  que  c'est  v^j-^^ 
{ar-roccâb),  plor.  de  ^^J\  (ar-râquib),  littéralement  inequilantes ,  c'est- 
à-dire,  les  madriers  qui  sont  au-dessus  de  la  muraille  comme  un  cava- 
lier est  sur  son  cheval;  seulement  les  charpentiers  espagnols  se  sont 
trompés  en  donnant  à  ce  mot  le  sens  d'un  singulier. 

•  Ariukoba  (pas  dans  les  dict.)  est,  d'après  la  Carpinteria  de  lo  blanco: 
un  madero  |>erpendicular  que  sobresale  de  las  limas,  y  sirve  de  punto 
de  a|>oyo  al  tejado,  et  je  jKinse  que  c'est  ,^k^^\  {ar-rocob) ,  plur.  de 
w'J'Jt  (ar-ricdb).  Ce  mot  signifie  ctrier,  mais  il  s'emploie  llgurément 
|K)ur  imni  d'appui,  signification  qui  man(|ue  dans  les  dict.,  mais  qui 
est  précisément  celle  qui  convient   pour  Pesp.  arrovoba.     En  voici  quel- 


204 

ques  exemples:  Ibn-Khaldoun ,  ïlisl.  des  croisades,  p.  46  éd.  Toruberg: 
LiL5\  [lisez  LP^Âi^jj)  \.?^<X>^^Xi^  L5>^iCJL^j  ^i  ^  ^h  IxJ^  J^U/oAj  ^^O^g.\^^ 
K2^  ^^^-s^  s^aX^^  ,  «ils  leur  donnèrent  rendez-vous  à  Damietle,  dans 
Tespoir  qu'ils  réussiraient  à  s'emparer  de  cette  ville  et  afin  qu'ils  s'en 
servissent  comme  d'un  point  d'appui  pour  conquérir  l'Egypte.»  Le  même, 
Autobiographie  y  raan.  1550,  t.  V,  fol.  212  v°:  «Alors  il  envoya  une  lettre 
à  Omar  ibn-Abdallâh,  le  priant  de  lui  céder  une  des  villes  que  les 
Merinides  possédaient  dans  l'Andalousie  ^i  ^j*Jî  ^^JIJ  LjLi'^  ^^S  ^^xiî 
^^S^.=>-  «et  qui  leur  servaient  de  points  d'appui  toutes  les  fois  qu'ils 
entreprenaient  la  guerre  sainte»  (traduction  de  M.  de  Slane  dans  les 
Prolégom,,  I,  p.  xlii).  Voyez  aussi  son  Hisl.  des  Berbères,  I,  245,  1.  16, 
II,  179,  1.  14,  p.  548,  1.  12,  p.  495,  1.  14;  Maccarî ,  II,  716,  1.  18. 
L'observation  que  j'ai  faite  sur  le  mot  qui  précède  s'applique  donc  aussi 
à  celui-ci:  c'est  proprement  un  pluriel. 

*  Arrogovas  ou  arrotovas,  b.-lat.  S*.  Rosa  (p.  159  b)  cite  ces  paroles 
qui  se  trouvent  dans  le  Forai  de  Soure,  de  l'année  1111:  «  Sculcas  omnes 
ponamus  nos  intégras  per  totum  annum ,  et  vos  omnes  arrocovas,»  et 
il  ajoute  que,  dans  la  confirmation,  laquelle  est  de  l'année  1217,  on 
trouve  arrotovas.  Il  est  fort  difficile  de  choisir  entre  ces  deux  leçons , 
car,  par  un  hasard  singulier,  l'une  et  l'autre  nous  présentent  un  mot 
arabe  qui  est  l'équivalent  de  sculcae  (sentinelles  avancées).  Arrocovas 
serait  i-lj:i^i\  (ar-rocabâ) ,  plur.  de  ar-raqutb ,  et  arrotovas  serait  ^-.^j'Ji 
(ar-rotlab) ,  pi.  de  râtib,  terme  sur  lequel  il  faut  consulter  M.  de  Goeje 
dans  son  Glossaire  sur  Belàdzorî,  p.  42.  Ces  deux  mots  sont  synony- 
mes, car  Zamakbcharî,  que  cite  M.  de  Goeje,  écrit:  «On  dit:  il  a  posté 
des  atalayas  dans  les  marâtib  et  dans  les  marâquib,  ce  qui  signifie,  les 
endroits  où  sont  les  rocabâ  sur  les  montagnes.  »  Nous  nous  voyons 
donc  dans  un  étrange  embarras,  et  même  si  nous  connaissions  parfai- 
tement la  différence  entre  les  sculcae  et  l'autre  terme,  l'arabe  ne  nous 
en  tirerait  pas. 

Arrope,  rob,  pg.  robe  (du  moût  cuit,  sirop  de  raisin,  de  miel,  de 
mûres) ,  de  ^J\  (ar-robb)  qui  désigne  ;  le  suc  des  fruits  qu'on  fait  cuire 
jusqu'à  ce  qu'il  s'épaississe. 

Arroz  (du  riz)  de  ^  Jî  (ar-rozz). 

^  Arruda  pg.    (rue,   plante).     L'auteur   du    Mostaini   (man.    15,   art. 


205 
\^\X^)  donne  rula,   qui   csl  cxaclemenl  le  mot  laliu,   couiuie  le  lenuc 

qui,  de  son  temps,  désignait  la  rue  chez  les  Espagnols  {xb^^  iU.tJf\ià\S)  ; 
mais  déjà  dans  la  première  moitié  du  X11I°  siècle  c'était  chez  les  Ara- 
bes d'Espagne  le  terme  ordinaire  par  lequel  ils  désignaient  celte  plante, 
car  Ihn-aUHachchâ ,   qui  écrivait  dans  ce  temps-là  à  Tunis,   dit  à  Far- 

licle  s-»'J^:  *-j^^-^t  ».AxJi  m'^  \^^^^  ^^^^xâJi  ^4-MM.^ii  o'--^l  j^,  oc'est 
la  planle  qui  s'appelle  faidjan  et  à  laquelle  le  peuple  en  Espagne  (c'est- 
à-dire,  les  Arabes  d'Espagne)  donnent  le  nom  de  rular>  [Glossaire  sur 
le  Mançourî,  man.  351  (5),  fol.  171  r").  P.  de  Alcala  (sous  ruda  yerva 
coHocida)  donne  aussi  rûla  comme  le  terme  arabe,  et  ce  mot  est  encore 
en  usage  dans  le  Maroc  (Dombay,  p.  73).  Le  port,  arruda  est  donc 
iLb.yt  (ar-roiiia)  ;  seulement  le  t  a  été  adouci  en  d,  comme  dans  ruda 
(pg.  et  esp.)  qui  vient  directement  du  latin. 

Arsëwal,  atarazana,  [*  darsena]  (arsenal),  de  iCcLÀ->o  .ÎJ  (dâr-cinâ'a) 
qui  désigne  en  général  maison  de  construction ,  fabrique.  Chez  Edrîsî 
(fol.  14  r"")  il  se  dit  en  parlant  d'une  fabrique  de  maroquin.  Dans  un 
passage  d'Ibn-Khaldoun  (Prolcg.,  man.  1350,  fol.  96),  le  calife  Abdal- 
melic  ordonne  à  llasan  ibn-No'màn  de  bâtir  à  Tunis  «  un  dâr-cinâ^a 
pour  la  construction  de  tout  ce  qui  était  nécessaire  à  l'équipement  et 
l'armement  des  vaisseaux.»  C'est  dans  cette  acception  spéciale  que  le 
mot  a  passé  dans  presque  toutes  les  langues  européennes.  Voyez  Jal , 
Gloss,  naut. 

*  M.  Millier  accepte  cette  étymologie  pour  arsenal,  mais  non  pas  pour 
alarasana,  qui,  à  son  avis,  est  'xJl^^J  {larskliâna) ,  mot  qu'on  trouve, 
avec  le  sens  à.' arsenal,  dans  les  Mille  et  une  nuits  (Glossaire  de  Habicbt 
sur  le  VIP  volume  de  son  édition)  ainsi  que  chez  M.  Lane  {Modem 
Egyptians;  dans  l'édition  dont  je  me  sers  et  qui  est  la  3%  celle  de 
1842,  c'est  t.  1,  p.  165:  «The  Council  of  the  Tarsldiàneh,  or  Navy-), 
et  qui ,  dans  les  journaux  égyptiens ,  s'écrit  xiL^J  (tarsâna).  Je  dois 
avouer  que  je  ne  suis  pas  de  cette  opinion  et  qu'à  mon  avis  la  dériva- 
tion proposée  par  AI.  E.  est  la  véritable.  Voici  mes  raisons:  1^.  alara- 
zana  a  conservé  en  espagnol  le  sens  de  fabrique,  tandis  «jue  le  terme 
dorni.'  par  M.  Mullcr  n'en  a  d'autre  que  celui  d'arsetuiL  En  Espagne, 
atarazana  est:  le  hangar  sous  leciuel  les  cordiers  travaillent  à 
couvert,  «rudior  aula,   oblonga  tamen ,   a  pluvia  lecta,  in   qua  funarii 


206 

opifîces  funes  fabricant»  (Acad.).  C'est  évidemment  /a^n-^ue,  et  j'ob- 
serverai en  passant  que  «seda  arsanayada,»  dans  un  inventaire  publié 
par  Saez  (Valor  de  las  monedas,  p.  527  a),  est  aussi:  de  la  soie  fabri- 
quée dans  le  dâr  cinâ'a.  2^.  Pedro  de  Alcala  traduit  ataraçana  par  dar 
a  cinââ  ;  selon  toute  apparence,  c'est  donc  aussi  le  même  mot.  5°.  Le 
terme  donné  par  le  savant  bavarois  n'était  pas  en  usage  parmi  les  Ara- 
bes d'Espagne;  du  moins  je  n'en  ai  jamais  trouvé  la  moindre  trace. 
Voyous  à  présent  ce  que  c'est!  M.  Miiller  avoue  qu'il  n'en  connaît  pas 
l'origine,  et  en  effet,  on  ne  peut  en  expliquer,  par  l'arabe,  le  persan 
ou  le  turc,  que  les  deux  dernières  syllabes  khâna,  car  c'est  un  mot 
qui ,  en  persan ,  signifie  maison  ;  encore  ce  mot  a-t-il  disparu  dans  l'au- 
tre forme,  tarsâna,  et  quant  à  la  syllabe  tars,  il  est  impossible  de  l'in- 
terpréter. Le  fait  est  que  le  terme  n'est  pas  ancien  et  qu'il  n'est  usité 
qu'en  Egypte.  Or,  «on  a  fait  en  Egypte,  pour  ce  qui  concerne  les 
termes  de  marine,  de  larges  emprunts  aux  langues  d'Europe,  principa- 
lement à  l'italien,»  dit  avec  raison  M.  d'Abbadie  (dans  le  Journ.  asiat. 
de  1841,  1,  585),  et  je  pense  que  le  mot  en  question  est  aussi  d'ori- 
gine italienne.  L'arabe  dâr  cinâ'a,  dâr-aç'cinâ'a  (Ibn-Batouta,  IV,  356), 
dâr''aç'çan''a  (Ibn-Batouta,  IV,  557,  Maccarî,  II,  741,  1.  2),  ou  dâr 
çan'a  (Ibn-Djobair,  331,  Ibn-Batouta,  IV,  356,  Ibn-al-Khatîb  dans  le 
Bulletin  des  séances  de  l'Acad.  de  Municb,  année  1863,  II,  7,  1.6  af.), 
a  passé  dans  l'italien  sous  la  forme  darsena,  et  les  Egyptiens,  qui  n'y 
reconnaissaient  pas  un  mot  arabe,  en  ont  fait  larskhdna.  Ils  étaient 
accoutumés  à  ce  mot  khâna,  qui,  joint  à  un  autre,  désignait  chez  eux 
une  foule  d'établissements  publics ,  et  de  cette  manière  le  terme  ne 
manquait  pas  absolument  de  sens;  plus  tard  toutefois,  comme  ils  sen- 
taient que  le  kh  n'est  pas  dans  le  mot  italien,  ils  ont  dit  tarsâna. 
C'est  donc  un  de  ces  mots  très-nombreux  qui  sont  d'origine  arabe,  mais 
qui,  après  avoir  passé  par  une  langue  européenne,  sont  retournés  aux 
Arabes,  chez  lesquels  ils  ont  reçu  une  forme  qui  les  rend  presque 
méconnaissables  <. 


1)  Le  terme  en  question  est  aussi  en  usage  à  luni» ,  mais  ce  que  j'ai  dit  des  termes 
nautiques  de  l'Egypte  s'applique  aussi  à  ceux  de  la  Tunisie.  Selon  Naggiar  ioL.^A«J) 
[terskhâna)  est  à  Tunis  chantier,  et  KÂ/gv.i,>  (darsna),  la  darse.  Ce  sont  deux  corrup- 
tions du  même    mot  arabe.    —    Quant  au  mot  [j^S.^  (tarrâs)   que  compare  M.  3Iùller  et 


207 

*  AsBQUi  (droit  que  payait,  dans  le  royaume  de  Murcie,  celui  qui 
possédait  plus  de  cent  têtes  de  petit  bélail)  de  ëLi'p!  {az^zecât  ou  az- 
zequti),  nom  d*un  impôt  sur  le  béfail.  Aux  lermes  de  la  loi  musulmane, 
le  contribuable  doit  un  mouton  sur  cent,  une  chèvre  sur  cent,  un  bœuf 
sur  trente,  un  chameau  sur  quarante.     Comparez  azaqui. 

*AsBSLNO,  pg,  assassino  (assassin).  Tout  le  oaonde  sait  aujourd'hui 
que  c'est  j^Li.r>  (hachchàchi)  ou  ^_^^iwJi.>  {hachtcht)  (Edrîsî ,  1 ,  359 
trad.  Jaubert,  Ibn-Khaldoun,  Prolégom.,  I,  122,  1.  4),  et  que  les  ter- 
ribles Ismaéliens  ont  reçu  ce  surnom  à  cause  de  Tusage  qu'ils  faisaient 
du  hachich.  En  esp.  et  en  port,  le  terme  est  relativement  moderne  et 
ne  semble  que  la  transcription  du  mot  français. 

*  AssARiA  pg,  (espèce  de  raisin;  Taccenlualion  de  Vieyra:  assarîa,  est 
vicieuse;  il  faut  prononcer:  assâria,  comme  on  trouve  chez  Moraes). 
Par  allusion  aux  doigts  effilés  des  jeunes  filles,  les  Arabes  ont  donné  à 
une  espèce  de  raisin  de  forme  allongée  le  nom  de:  «les  doigts  des  jeunes 
filles,»  des  j^^^Jvc  Çadzârt),  On  l'appelle  aussi  par  abbrévialion  al-'inah 
aWadzârt  (le  raisin  'adzdrï) ,  ou  'adzâri  tout  court ,  et  c'est  de  là  que 
vient  le  mot  port.     Voyez  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  p.  344,  5S9. 

Atabal,  [*alambal,  Sanchez,  IV]  (sorte  de  tambour),  de  J..-*^LiJ!  {al- 
tahï),  «tympanum.» 

*  Atace.na.  De  même  que  les  éditeurs  du  Cancionero  de  Baena,  j'avoue 
que  je  ne  comprends  pas  ce  mot,  que  Baena  emploie  deux  fois,  p.  442 
cl  471. 

*  Atacir  n'est  pas  dans  les  dict.,  mais  il  semble  avoir  eu  droit  de 
cité  au  XIII*  siècle.  Dans  les  Lihros  de  Astronomia  d'Alphonse  X  on 
trouve  (I,  206—208)  un  petit  traité  intitulé:  «De  saber  cuemo  se  fazen 
las  armillas  del  atacyr  en  la  espéra ,  et  egualar  las  casas  segund  la 
opinion  de  Hermès ,  et  cuemo  obren  con  ellas.  »  Le  mot  est  écrit  atazir 
t.  II,  p.  67,  68,  155,  et  plus  loin  (II,  295  et  suiv.)  on  rencontre  le 
Libro  dell  ataçir,  dont  le  Prologue  commence  ainsi:  «Este  es  el  prologo 
del  libro  en  que  fabla  del  estrumente  del   levantamiento,   et  dizenle  en 


qui  se  trouve  dans  les  Hille  et  une  nuits  avec  le  sens  de  chargeur  et  dèchargeur  de 
marchandise i t  il  n'a  rien  à  faire  avec  celui  dont  nous  avons  parlé  dans  le  texte.  M.  Fleî« 
scher  [De  glotri$  Ilahichtianis ,  p.  74,  76,  n.  S)  a  démontré,  il  y  a  longtemps,  qu'il 
faut  le  mettre  en  rapport  avec  (jmJjLa  et  le  grec  d'VçeôÇf  et  que  c'est  proprement:  un 
homme  qui  se  sert   d'un  lerier  pour  soulever  des  fardeaux. 


208 

aràvigo  alaçir.  Porque  vemos  et  enlendemos  que  non  pucde  orne  llegar 
â  saber  las  cosas  granadas  de  los  fechos  desle  miindo,  assî  cuemo  la 
quanlia  de  la  vida  dell  ome  et  de  las  cosas  que  acaescen  de  mal  et  de 
l)ien,  à  menos  de  saber  el  levantamiento  â  que  dizen  alaçir.»  C'est 
l'arabe  ^.-A-SLxJî  {al-iathir) ,  qui  signifie  influence;  mais  avec  ou  sans 
^Ay:f^\  {^y^^\  ^-aSUJî,  Ibn-Khaldoun,  Prolégom.,  I,  203,  1.  1,  209, 
1.  2  a  f.)  c'est  spécialement:  l'influence  qu'exercent  les  étoiles,  soit  sur 
d'autres  éloiles,  soit  sur  des  objets  différents,  p.  e.  sur  les  choses  d'ici- 
bas,  sur  la  destinée  des  individus,  etc.  Voyez  mon  Glossaire  sur  Ibn- 
Badroun,  p.  80.  Ce  terme  est  fréquent  dans  les  livres  qui  traitent  de 
l'astrologie  (comparez,  p.  e. ,  le  Catalogue  des  man.  orient,  de  Leyde, 
III,   p.  128).     Dans   celui    de    Fakhr-ad-dîn    Râzî    (as-Sirr  al-mactoiim, 

man.  986  et  810)  on  trouve  un  chapitre  intitulé:  «..l-ïi  ^^c^  vl>'^^  i_^ 
JLxit  lÂ^  ^i  y^S^\j,<.\\  .^il'J  Si\  ^xî ,  f  Réponse  aux  objections  de  ceux 
qui  nient  l'influence  des  astres  sur  ce  bas  monde.» 

Atafarra  ,  ataharre,  ['^  arag.  atarréa],  pg.  atafal  (croupière),  de  ^àiit 
(alh-thafar)  que  Boclhor  traduit  par  croupière. 

*  Atafea  (trop  grande  quantité  d'aliments  dans  l'estomac  et  l'indiges- 
tion qui  en  résulte).  Le  verbe  ^ih  (lafaha)  signifie:  «plenus  ad  redun- 
danliam  fuit,»  et  il  est  certain  que  aiaféa  vient  de  cette  racine;  seule- 
ment la  forme  qui  convient  n'est  pas  dans  les  lexiques.  Aiaféa  doit 
répondre  à  K>Uyi  (at-taféha);  mais  dans  ce  cas  il  faut  supposer  qu'on 
a  dit  au  prétérit  iafoha,  ce  qui  n'est  pas  impossible,  car  ce  verbe  est 
réellement  un   verbe  neutre.     Le  mot  esp.   serait  donc   le  nom  d'action 

(forme  icJL*J  ;  cf.  de  Sacy,  Gramm.  ar,,  I,  285,  §  633).  Il  se  peut 
aussi  que  ce  soit  le  nom  d'action  ordinaire,  al-tafh,  prononciation  adou- 
cie al'tafah  ;  comparez  le  mol  qui  précède  (ath-thafar,  atafarre,  arag. 
atarréa)  et  azolea. 

*  Atafera  pg.  (cinla  de  esparlo  para  fazer  azas  aos  ceirôes,  Moraes) 
de  Sj-A-â-A^a-iî  (adh-dhaftra)  qui  désigne  toutes  sortes  de  choses  qui  sont 
tressées,  la  racine  dhafara  signifiant  tresser. 

Atahona,  tahona,  pg.  atafona  (moulin),  de  xly^\L.l\  (ai-lâhôna)  qui  se 
trouve  chez  P.  de  Alcala  dans  la  même  signification.  De  aiahona  s'est 
formé  le  verbe  atahonar  ;  on  a  eu  tort  de  le  dériver  directement  de 
Tarabc  tahhana  (moudre). 


Atahorma»  pg.  allaforma  (espèce  d'aigle  qui  a  la  queue  blanche).  Le 
substantif  x^yL»  (laforma)  de  P.  de  Alcala  m'élant  tout-ù-fait  inconnu , 
je  ne  suis  pas  à  même  de  décider  s'il  est  l'original  du  mot  espagnol  en 
question,  ou  bien  s'il  n'en  est  que  la  transcription  en  caractères  arabes. — 
Est-ce  que  ta  forma  serait  un  mot  berbère,  comme  semble  l'indiquer  le 
préfixe  ia^ 

Ataipor  (écuelle)  de^ji-^^i  {at-taifôr).  Ce  mot  arabe,  qui  manque 
dans  les  lexiques,  désigne,  suivant  M.  Cherbonneau  [*  dans  le  Journ. 
asiat.  de  1849,  I,  67],  un  basshi  en  cuivre.  En  effet,  il  se  trouve  plus 
d'une  fois  chez  les  auteurs  arabes  dans  cette  signification.  Voyez  Ibn- 
Batoula,  H,  54,  76,  Maccari,  II,  534,  799,  etc. 

*  J'avais  déjà  traité  de  ce  mot  dans  le  Journ,  asiat.  de  1848, 1, 100 — 102. 
Ataire    (chambranle,    moulure).     En  arabe  SjJiA-iî  (ad-dâïra)  signifie 

res  ainbiens  alteram.     Ce  mot  aurait-il  été  usité  comme  terme  d'archi- 
tecture dans  un  sens  analogue  à  celui  de  l'espagnol  ataire? 

*  Oui ,  on  le  trouve  en  ce  sens  chez  Edrîsî,  p.  209,  l.  5  de  l'édit. 
de  Leyde. 

Atalaya  (tour  où  l'on  fait  le  guet)  de  iUiLiail  {at-tâWa),  mot  qu'on 
trouve  chez  P.  de  Alcala  dans  une  signification  analogue  à  celle  que 
les  lexiques  donnent  à  matla\  savoir  celle  de  spécula.  L'un  et  l'autre 
mot  dérivent  de  la  racine  lala'a  (épier)  [*  lisez:  être  sur  une  hauteur; 
pour  exprimer  l'idée  à'èpier  on  emploie  la  8^  forme  ;  voyez  Alcala  sous 
atalayar  et  especular], 

*  M.  Defrémery  aime  mieux  faire  venir  ce  mot  de  A^JlLii!  {al-talVa) , 
«ce  qui  rendrait  compte,»  dit-il,  a  de  la  lettre  y  qui  se  trouve  dans 
l'espagnol  ;  »  mais  ni  at-talVa  ni  al-tâlVa  (comme  chez  M.  E.)  n'aurait 
donné  atalàya.  Le  fait  est  qu'on  n'a  pas  bien  compris  ce  dernier  mot 
et  qu'on  s'est  laissé  tromper  par  les  dictionnaires  esp.  et  port.  Tous 
ceux  que  je  puis  consulter  donnent  d'abord  :  l'endroit  où  l'on  fait  le 
guet;  ensuite:  l'homme  qui  fait  le  guet.  Sous  un  point  de  vue  prati- 
que, cet  ordre  est  bon,  le  second  sens  ayant  vieilli  et  le  premier  étant 
encore  eu  usage;  mais  pour  pouvoir  donner  l'étymologie  du  mol,  nous 
devons  nous  attacher  au  second,  car  autrefois  atalaya  signifiait  con^ 
blamment  l'homme  qui  fait  le  guet.  Ainsi  on  lit  dans  la  traduction 
du  Forai  de  Thomar,  de  l'année  1162  (apud  S*.  Rosa):  «Alalayas  pon- 
hamos  nos  a  raeyadade  do  anno,  e  vos  a  meyadade.  »    Dans  les  Parlidas 

27 


no 

(l'Alphonse  X  (Pari.  H,  Ti(.  xxvi,  Ley  x)  :  «Et  como  quicr  que  sea 
imiy  peligroso  el  oficio  de  las  alalayas  porque  lian  â  estar  lodo  el  dia 
cataiido  â  cada  parle,»  etc.  Dans  les  Opùsculos  légales  du  même  roi 
(I,  115):  oE  dezimos,  que  asi  como  las  atalayas  son  puestas  de  dia 
para  fazer  estas  dos  proes ,  para  guardar  por  vista  los  que  son  en 
gucrra  que  no  reciban  dailo  de  los  enemigos,  é  para  mostrarles  como 
les  puedan  fazer  mal ,  asi  las  escuchas  los  guardan  de  noche  por  oyda 
dosa  misma  manera.»  Chez  Mendoza  [Gmrra  de  Granada,  p.  65):  «Lo 
que  ahora  llamamos  centinela ,  amigos  de  vocables  eslranjeros,  llamaban 
nuestros  Espailoles,  en  la  noche,  escucha,  en  el  dia,  atalaya ;  nombres 
harlo  mas  propios  para  su  oficio.  »  Un  demi-siècle  après  la  mort  de 
Mendoza,  un  auteur  murcien,  Cascales,  employait  encore  atalaya  dans 
cetle  acception  (Discursos  hist.  de  Murcia ,  fol.  136  h  :  «pusieron  guardas 
i  alalayas  en  diversas  parles»).  C'est  l'arabe  ^j^bJt  (at-talâyi'),  qui, 
quant  à  la  forme  et  quant  à  la  signification,  répond  en  tout  point  à 
alalâya,  car  c'est  le  pluriel  de  iC-».^.LLiJî  (at-taWa),  qu'Ibn-Batoula 
(IV,  17)  emploie  dans  le  sens  de  sentinelle;  mais  au  sing.  ce  mot  est 
rare;  ordinairement  on  dit  au  plur.  at-talâyi',  les  sentinelles;  voyez 
p.  e.  le  passage  de  Zamakhcharî  cité  par  M.  de  Goeje  dans  son  Glos- 
saire sur  Belàdzorî,  p.  42  (sous  v-j;).  Il  n'est  donc  pas  étonnant  que 
ce  mot  ait  passé  dans  l'esp.  et  dans  le  port,  sous  la  forme  du  pluriel. 
Il  est  vrai  qu'on  lui  a  donné  le  sens  du  singulier,  mais  c'est  parce 
qu'on  n'en  comprenait  pas  l'origine;  en  outre  cela  est  arrivé  à  beaucoup 
d'autres  mots,  et  arrocova  est  un  exemple  lout-à-fait  analogue.  C'est 
aussi  par  calachrèse  que  les  Esp.  et  les  Port,  ont  donné  le  nom  à'alalaya 
à  la  tour,  au  beffroi,  où  se  trouvent  les  sentinelles.  Pour  désigner 
cette  tour,  les  Arabes  avaient  un  autre  mol,  mais  dérivé  de  la  même 
racine  ;  c'était  iCxill?  {tâli'a) ,  au  plur.  ^lKk>  {tawdli'),  P.  de  Alcala  le 
donne  sous  atalaya  (qui  chez  lui  est  tour,  car  pour  sentinelle  il  dit 
atalayador)y  et  on  le  trouve  chez  Maccarî,  H,  714,  I.  4. 

Atalvlna,  talvina  (espèce  de  bouillie  faite  de  son  et  de  lait),  de 
isÂAAJlxit  (al'talbina) ,  mot  qui  dérive  de  laban  (du  lait),  et  que  P.  de 
Alcala  traduit  par  cahinas  de  levadnra,  talvina  de  qxialquier  cosa. 

Atanor  (tuyau  de  fonlaine,  orifice)  de  ^^^ii  (at-tannôr) ,  mot  qui  est 
expliqué  chez  Freylag  par  lociis  quiUhet  uhi  scaltirit  aqua ,  alque  uln 
se  colligit  in,  valle.     P.  de  Alcala  le  traduit  par  alanor  et   par   boca  de 


211 

fiozo.     En  eti'ul,   il  se  trouve  dans  celle   sigiiilication  chez  Ibii-Haloutîi , 
1,  518. 

*  Le  terme  tannôr  est  d'origine  araniéenne  ;  il  est  composé  de  deux 
mois,  à  savoir  |n  (/an),  en  chaldéen  finx  {alloun),  qui  signifie  fourneau  y 
et  "Hj  [mur),  qui  signifie  feu  (voyez  liesenius,  Thcsaurus,  p.  1515); 
c'est  donc  fourneau  du  feu.  Les  Hébreux  disaient  iian  (lannour)  pour 
four,  et  c'est  d'eux  que  les  Arabes  ont  reçu  ce  terme,  qu'ils  emploient 
dans  le  même  sens.  On  trouve  aussi  alanor  dans  cette  acception  chez 
Duarle  Nunes  de  Leîîo,  mais  comme  un  mot  arabe,  et  Ton  sait  qu'au 
moyen  Age  les  alchimistes  donnaient  le  nom  de  alanor  (ou  alhanor)  au 
fourneau  dont  ils  se  servaient  II  semble  étrange  au  premier  abord  que 
ce  terme  ait  reçu  une  acception  tout-à-fait  différente ,  à  savoir  celle 
qu'a  indiquée  M.  E.;  mais  cette  circonstance  paraîtra  moins  singulière 
quand  on  saura  1**.  que  les  Arabes  n'ont  jamais  connu  la  véritable 
signilication  de  ce  mol  qui  n'appartenait  pas  à  leur  langue;  2^.  qu'ils 
ont  été  frappés  par  la  forme  particulière  de  celle  espèce  de  four,  cl 
que  c'est  par  allusion  à  cette  forme  qu'ils  ont  détourné  le  sens  du  mot. 
En  effet,  le  tannôr  dans  lequel  on  cuit  le  pain,  est  souvent  un  trou, 
pratiqué  dans  le  sol,  qui  est  large  à  sa  base,  mais  qui  se  rétrécit  vers 
son  orifice  (voyez  Lane),  de  sorte  que  cet  orifice  ressemble  assez  à  celui 
d'une  source  ou  d'une  fontaine.  On  a  donc  appliqué  le  mot  à  «  Ten- 
droil  d'où  jaillit  l'eau»  (Lane),  et  je  crois  qu'il  faut  lui  donner  le  même 
sens  dans  deux  passages  parallèles  du  Coran  (XI,  42  et  XXIII,  27), 
que  les  commentateurs  musulmans  ont  expliqués  de  diverses  manières, 
dont  quelques-unes  sont  assez  ridicules  (voyez  Lane).  Il  y  est  question 
du  déluge;  Noé  a  construit  son  arche,  on  le  raille,  il  répond  à  peu 
près:  «Rira  bien  qui  rira  le  dernier,»  «<et  il  en  fut  ainsi,»  dit  le 
texte,  «jusqu'au  moment  où  notre  ordre  (l'ordre  de  Dieu)  fut  donné, 
et  où  ^y<jù\  .Ls.»  Je  traduis:  «et  où  l'ouverture  fit  jaillir  les  eaux.» 
Celte  locution  correspond  à  cette  autre:  «les  cataractes  du  ciel  s'ouvri- 
rent,» comme  l'a  fort  bien  observé  M.  Kasimirski  dans  sa  traduction 
du  Coran  (quoiqu'il  n'ait  pas  compris  le  véritable  sens  de  tannôr) ,  car 
Ibn-aUKhatib  (dans  Millier,  Beilrùge ,  p.  29)  l'emploie  en  parlant  d'une 
averse,  et  cette  interprétation  me  paraît  plus  naturelle  que  celle  de 
((uelqncs  commentateurs  musulmans  (cf.  aussi  Ibn-Baloula,  II;  95)  qui 
font  jaillir  l'eau  du  déluge  de  l'orilice  d'une  .source;   c'est  bien  la  vcri- 


212 

table  signilicalion  du  mot,  mais  je  pense  que  dans  le  Coran  il  est  em- 
ployé métaphoriquement.  Au  reste,  voici  encore  quelques  exemples  de 
Tacceplion  hoca  de  pozo  (Aie):  Ibn-Djobair,  p.  86,  1.  18,  p.  87,  1.  10 
et  suiv. ,  p.  127,  1.  1,  p.  139,  1.  17,  p.  140,  1.  8  et  13.     Dans  le  Carias 

(p.  41)  on  trouve  Tadjectif  tannôri  ;  on  y  lit:  ^^^^IS  ^  sUit       z>\   '"^s 

Xjj^IaJI  (joLa^jJ!  ,j^.j^Î^-s  ^.s.  Le  traducteur,  M.  ïornberg,  n'a  pas 
compris  celte  phrase,  parce  qu'il  ne  connaissait  iannôr  que  dans  le  sens 
de  four  (voyez  sa  note,  p.  352);  mais  elle  signifie  peut-être:  «Ensuite 
il  fit  sortir  Teau  du  réservoir  dans  des  tuyaux  de  plomb  ouverts  aux 
deux  extrémités.»  Il  est  vrai  que  cette  manière  de  s'exprimer  est  un 
peu  étrange,  et  comme  en  esp.  atanor  s'emploie  dans  le  sens  de  tuyau  y 
conduit  (voyez  l'Acad.) ,  il  se  peut  que  iCj,jJuJî  ^j^piyiit  signifie  simple- 
ment tuyaux;  mais  dans  ce  cas  c'est  une  espèce  de  tautologie,  car 
jj/^j^î^aJî  (arcaduces)  suffisait. 

Atanquia  (espèce  de  dépilatoire)  de  iUaÂAJt  {al'tanquiya)  qui  est  l'infi- 
nitif de  la  2^  forme  du  verbe  nacâ  (nettoyer).  C'est  P.  de  Alcala  qui 
le  donne  dans  la  signification  spéciale  de  l'espagnol  atanquia, 

"^Suivant  le  Glossaire  sur  le  Cancionero  de  Baena,  Richard  Percyvall, 
dans  son  dictionnaire  anglais-espagnol,  imprimé  à  Londres  en  1592, 
donne  atanquia  dans  le  sens  de:  pincettes  pour  arracher  le  poiL  II 
peut  avoir  eu  le  même  sens  en  arabe.  —  En  outre  atanquia  signifie 
aussi:  la  bourre  ou  strasse  de  la  soie.  Dans  l'arabe  classique  on  l'aurait 
probablement  appelée  nacât ,  nocât  ou  nocâya,  mots  qui  viennent  de  la 
même  racine  (chez  Freytag:  parles  reiectae  frumenti  aliusve  rei;  partes 
détériores  rei);  mais  le  peuple  disait  certainement  tanquia,  car  Alcala 
donne  ce  mot  dans  le  sens  d'immondices  {alimpiaduras ,  mondaduras 
como  de  pozo). 

Ataracea,  alarace,  laracea  (marqueterie,  mosaïque),  de  ^./o.xJI  (at- 
tarcV),  l'infinitif  de  la  2^  forme  du  verbe  «.o^  (raça'a)  qui  signifie  twcrw^/er. 

Atarfe  (tamaris,  arbre)  de  s^\ijal\  {at-tarfé),  «tamarix  gallica,»  Ibn- 
al-Bailâr,  II,  153.  [*  Taray ,  qui  a  le  même  sens,  a  aussi  la  même 
origine  ;  voyez  ce  mol]. 

*  Atarragar  pg.\  En    port,   atarracar  est:    «bâter  a  ferradura   con   o 

*  Atarragar        l  martello  »    (Moraes) ,   et   atarragar  esl  de   même  eu 

*  Atahraga         )  esp.:   «  dar  la  forma  con  el  martillo  â  la  herradura, 


215 

para  que  se  acouiôde  al  casco  de  la  beslia»  (Âcad.).  Ce  verbe  esl  évi- 
demment d'origine  arabe,  car  o^--b  {(araca)  signifie:  frapper  avec  un 
marteau  ;  seulement  il  faut  se  demander  s*il  vient  directement  de  ce 
verbe,  car  ordinairement  les  mots  dont  nous  traitons  dérivent  de  sub- 
stantifs, et  le  premier  a  dans  le  verbe  port,  et  csp.  en  question  semble 
rarticle.  Je  trouve  en  elfet  un  substantif  atarraga  dans  le  Cancionero 
de  Baena,  où  on  lit  (p.  105): 

Non  querades  mas  fablar, 

Sy  non  fazer  vos  lie  andar 

Como  anda  el  atarraga. 
«Ne  parlez  pas  davantage,  si  vous  ne  voulez  pas  que  je  vous  fasse  aller 
comme   va   Vatarraga.^^     Evidemment  il  s'agit  ici  d'une   chose   qui   est 
toujours  en  mouvement;    aussi  les  éditeurs  ont-ils  pensé  à  une  toupie  ^ 
Je  présume  que  c'est  K.iL-bJl  (at-tarrâca) ,   et  qu'on  a  employé    ce  mot 

dans  le  même  sens  que  x3_jby«  {mitraca) ,  marteau,  la  forme  iciui  servant 
souvent  à  indiquer  des  noms  d'instrument.  C'est  donc  par  allusion  au 
mouvement  incessant  du  marteau  dans  la  main  du  maréchal,  que  le 
poète  a  dit:  «como  anda  el  atarraga.»  —  Un  autre  atarraga,  dans  le 
sens  de  fourrure  *,  est  donné  par  Victor.  C'est  arabe  ^y^iî  (at-lirâc) , 
«corium  vel  pannus,  qui  soleis  duplicando  subditur.  » 

*  Atarrava  , /î^r.  atarrafa,  tarrafa  (épervier,  espèce  de  filet  pour  pêcher), 
de  iLs^^l^isJî  (at-tairâha).  Les  formes  ne  présentent  pas  de  difficulté: 
atarrafa  est  en  tout  point  at-tarrâha  avec  le  changement  ordinaire  de  h 
en  /*,  et  dans  atarraya  le  ^  a  été  élidé  pour  faciliter  la  prononciation  ; 
mais  on  ne  soupçonnerait  pas,  en  consultant  les  lexiques,  que  le  mot 
arabe  en  question  puisse  désigner  un  filet.  Il  en  est  cependant  ainsi, 
car  chez  Roland  de  Bussy  et  chez  Hodgson  (Notes  on  Northern  Africa, 
p.  93  6)  -<i?  (tatrâh)  est  filet,  et  il  n'est  pas  difficile  d'expliquer  com- 
ment ce  mot  a  reçu  ce  sens.     Le   verbe  -^h  (taraha)  signifie  Jeter;  on 


1}  Il  est  «1  peine  besoin  de  dire  qu'il  n'y  a  aucune  trace  d'une  telle  signification  ni 
•D  arabe,  ni  en  espagnol.  Les  auteurs  du  glossaire  ont  aussi  pensé  à  terraja  (filière}. 
Ils  disent  que  ce  mot  s*écriTait  anciennement  terraga  j  j'ai  de  la  peine  ù  le  croire  et 
je  Toudrais  qu'ils  eussent  prouve'  cette  assertion. 

2)  11  a  ferrure  i  mais  la  comparaison  do  l'explication  italienue  (Jodera  o  foderatura) 
montre  que  c'est  une  faute  d'impression  pour  fourrure. 


214 

remploie,  p.  e. ,  en  parlant  de  filets  (Mille  el  une  nuits ,  I,  21,  59, 
306 ,  etc.  éd.  Macnaghlen)  ,  et  les  mots  esp.  et  port,  désignent  une 
espèce  de  filet  qu'on  lance  subitement  («lança-se  de  pancada»  Moraes, 
a  la  arrojan  de  golpe»  Acad.),  Dans  les  langues  du  Nord  on  l'appelle 
de  même:  casting  net,  Wurfgarn,  werpnet,  Kastegarn,  kastnàl. 

Atarxëa  («aquella  caxa  de  ladrillo,  que  se  hace  para  defender  de  las 
aguas  las  cailerias»  Acad.)? 

*  D'après  M.  Diez  (I,  408)  ce  mot  est  d'origine  germanique. 
Ataud,  alaut,  atahud  (cercueil),  de  o^jUit  (at-iâbout)  qui  a  le  même 

sens. 

*  Biffez  dans  Nuilez  la  seconde  signification  :  «  sorte  de  mesure  ancien- 
ne pour  les  grains.  »  Je  présume  qu'il  a  trouvé  cela  dans  le  petit 
vocabulaire  de  Berganza  {Aniig.  de  Esp.,  II,  à  la  fin),  mais  il  est  clair 
que  si  ce  dernier  a  lu  quelque  part  ataud  en  ce  sens,  la  véritable  leçon 
était  almud. 

Ataurique,  [*  taurique  dans  le  Cane,  de  Baena,  p.  426J  («paréce  ser 
espécie  de  labor  de  lazo,  que  es  un  adorno  morisco,  que  se  usaba  por 
la  parte  exteriôr  de  las  puertas  en  los  frisos  »  Acad.).  L'arabe  naj^^XjÎ 
{at-taurica) ,  auquel  Mar.  compare  le  mot  espagnol  en  question,  m'est 
inconnu.  Cependant,  suivant  l'étymologie,  il  pourrait  signifier  «un  or- 
nement en  feuilles»  {yoarac).  Je  ne  suis  pas  à  même  de  décider  si  celle 
signification  correspond  à  celle  de  ataurique,  la  définition  que  donnent 
de  ce  mot  les  Académiciens  de  Madrid  étant  trop  vague  pour  en  préci- 
ser le  sens. 

*  Celte  explication  (oô^^ii)  est  bonne,  et  le  doute  de  M.  E.  est  levé 
par  le  témoignage  positif  de  P.  de  Alcala:  pintura  de  lazos  morisca , 
tavriq.  Muller.  —  J'observerai  à  mon  tour  que  ce  mot  se  trouve  aussi 
en  ce  sens  chez  les  auteurs  arabes,  p.  e.  chez  Ibn-Djobair,  p.  85,1.  14, 
et  chez  Maccarî,  I,  601,  1.  12,  où  il  faut  lire,  avec  l'édition  de  Boulac: 
vjb.^il  îCcLÂAaj  ULc  —  o^^5*  L'auteur  du  glossaire  joint  au  Catàlogo 
de  la  /?.  Armeria  dit  après  avoir  cité  la  définition  de  l'Acad.  :  «  Hoy 
ademàs  se  ha  estendido  esta  palabra  à  significar  tina  especie  de  labor 
morisca  raenuda  en  forma  de  hojas  ;  »  mais  ce  sens,  loin  d'être  nouveau, 
ou  d'être  l'extension  d'un  autre  sens,  est  le  sens  primitif. 

Atauxia  (daraasquinure)  de  i;.j^.iij-xJî  {at-tauchiya) ,  l'infinitif  de  la  2« 
forme  du  verbe  wacha,  auquel  les  lexiques  ne  donnent  d'autre  signifi- 


21a 

calion  que  celle  de  coUravil^  pulchrum  reddidit.     Il  est  clair  qu'en  Es- 
pagne ce  mol  doil  avoir  admis  un  sens  plus  limité. 

*  Atbouipbras  pg.  (excellente  espèce  de  poires).  Cet  alei^iu  est  sans 
doute  l'adjectif  arabe  qui  désigne  celte  espèce  de  poires,  et  Ibn-al-'Au- 
wâm  (I,  260)  en  nomme  une  qui,  dans  Tédition ,  est  ^/ôsM  Ce  nom 
esl  altéré,  comme  i*a  vu  l'éditeur  qui  y  a  substitué  ^jia^L^Jt,  ce  qui 
malheureusement  n'y  ressemble  pas  du  tout,  et  la  leçon  de  notre  man. 
(n®.  546),  ,^;tjjî,  esl  aussi  mauvaise;  mais  si  nous  lisons  ^Ai!  (adz- 
dzequï) ,  ce  qui  se  rapproche  fort  de  j^^i^vÂit ,  alors  c'est  la  poire  mus- 
cade, espèce  de  poire  sucrée  (remarquez  que  celle-ci,  ^—^-w^J^ ,  est 
nommée  immédiatement  auparavant  par  Ibn-al-'Auwâm)  et  réputée  la 
plus  noble  de  toutes,  car  cet  adjectif  arabe  est  l'épithète  du  musc.  Si 
cette  opinion  paraissait  admissible,  l'origine  de  atequi  serait  expliquée 
aussi. 

*  Atifle  (trépied  de  terre)  de  ^Ji-i^  ialhâfi^  athift  selon  la  pronon- 
ciation grenadine),  |)1.  de  KxàSÎ  {alhfiya)\  même  sens.  Miiller.  —  Plus 
haut  nous  avons  déjà  rencontré  le  même  mot  arabe  sous  les  formes 
alnafe  et  anafc.  Dans  la  forme  atifle  le  /,  qui  est  de  trop,  ne  doit  pas 
surprendre,  car  les  Espagnols  l'ajoutent  dans  ce  mot  même  quand  ils 
traduisent  un  texte  arabe.  Ainsi  trois  étoiles  de  la  constellation  du 
Dragon  s'appellent  ^^Li^t,  le  Trépied,  et  dans  les  Lihros  de  Aslronomia 
d'Alphonse  X  (I,  21)  elles  sont  nommées:   ^^allephil,  que  son  las  trebdes.  » 

Atijara.  La  signification  de  ce  mot  espagnol  ne  m'est  pas  claire. 
L'arabe  »^L$^vaJ!  (at-tidjâra) ,  par  lequel  le  traduit  P.  de  Alcala  et  dont 
il  semble  dériver,  signifie  mercatura. 

*  Dans  les  Opiiscitlos  légales  d'Alphonse  X  on  lit  (II,  185):  «A  lo  de 
los  alijareros  en  razon  que  toman  precio  por  levar  las  cosas  de  un  lugar 
â  otro,"  etc.  Ce  passage  montre  clairement  que  le  terme  atijara  y  qui 
n'est  pas  dans  les  dictionnaires,  signifie  precio  y  salaire  y  recompense. 
Aussi  les  auteurs  du  glossaire  sur  le  Cancionero  de  Bacna  l'ont-ils  ex- 
pliqué de  cette  manière  en  le  dérivant  de  la  racine  arabe  ^!  (adjara). 
C'est  sans  doute  de  cette  racine  que  vient  le  mot  en  question,  et  atijara 
ne  peut  guère  être  autre   chose  que  ^L^uJt  (itidjâr)  ou  ^l.=^3i  [ittidjàr) , 

Pintinitif  de  la  8*  forme  qui  signifie   mercedem    mentit   et  mercedc  con- 
ductus  fuit,   bien    que   le   mot  ordinaire   pour  salaire  soit  »'   >l  (pdjra). 


216 

Dans  le  Cancionero  de  Baena  il   se  trouve  deux  fois  (le  glossaire  ajoute 

à  ce   livre   ne  donne  qu'une   seule  citation,   qui   est  fautive).     On  y  lit 

d'abord  (p.  269): 

Jhoan  Àlfonso,  alçad  la  cara, 

E  fablad  sy  algo  sabedes, 

Pero  non  vos  atufedes 

Faziendo  grand  algasara; 

Sy  non,  el  sefïor  de  Lara 

Con  toda  su  meryndat 

Ternâ  que  faser,  catat, 

En  quitar  la  enemistad; 

Pues  por  Dios  manso  fablat, 

E  sera  vuestra  atyjara. 

Ici  le  terme  doit  avoir  à  peu  près  la  même  valeur,  et  le  sens  est:  vous 

y   gagnerez.     L'acception   de    gain   me   semble   aussi  assez  claire    dans 

l'autre  passage  (p.  539),  où  on  lit: 

Vasco  Lopes  amigo,  Dios  vos  consuele, 

E  mas  vos  ensalçe  en  onrra  é  bien, 

Que  vos  me  digades  de  quai  parte  vien 

Désir  sienprej  ay!  é  nada  non  duele; 

Ca  coraunalmente  el  que  gémir  suele 

Monstrar  sus  dolores  sy  quiera  en  la  cara, 

E  sy  esto  non  falla  por  su  atijara, 

Sofrir  é  callar  que  fama  non  buele. 

Mais   ce  mot  a  encore   un   autre   sens,   celui   de   commerce,  et  alors  il 

représente  le  terme  arabe  sjL;^»xii  (at-tidjâra),     P.  de  Alcala,  comme  l'a 

déjà  observé  M.  E.,  traduit  atijara  par  tijâra,  plur.  titjdr,  et  Ton  trouve 

ces   passages   dans  le  Fuero   de  Madrid    (dans  les  Memor.   de  la  Acad., 

Vill):   p.  38  b:    «Qui    civera  compararet.    Todo   orame   de  Madrid  qui 

civera  compararet  per  ad  aligara ,  pectet  IL  m°.  à  los  fiadores.    Et  todo 

el  vczino  qui  civera   levare  foras  de  villa  ad  atigara   vender,   pectet  IL 

m^.  si  lo   potuerint   firmare  ;    et  si    non,   salvet  cum   II.  vicinos;»  — 

p.  43  a:  «Qui  coneios  vel  liebres  6  perdizes  comparare  per  ad  aligara, 

pectet  IL  m°.  à  los  fiadores. 

*  Atlncar  ,   pg.  atincal,   lincal  (chrysocolle),    de  ^KâaJI  (at-tencâr)  qui 

a  le  même  sens;  Ibn-al-Bailâr,  I,  214. 

Atocha  (sorte  de  jonc,   sparte).     Le  P.   Guadix   dit  que   c'est  un  mot 

arabe,  «  faucha^  que  vale  lo  mesmo  que  esparto,»  Quel  est  ce  mot  arabe? 


Je  ne  le  connais  pas,  et  ce  qui  me  fait  un  peu  douler  de  Tasserlion 
du  P.  Guadix,  c'est  que  P.  de  Alcala  traduit  alocha  par  cauchîl  ou 
cnchU  (voyez  les  articles  alocha  y  esparlo  seco  alocha  et  hacho  de  sparte). 
r/esl  aussi  un  mot  que  je  n'ai  pas  trouvé  ailleurs. 

Atriaca  (tl)ériaque)  de  ^Lj^jcJi  (at-tinjâc)  qui  dérive  à  son  tour  du 
grec  êffptaK)i. 

Atramuz,  altramuz,  ["* pg.  tremoco]  (lupin,  plante),  de  ^J^.A^l\  (al- 
tormos)  qui  vient  à  son  tour  du  grec  ôépf^cç. 

Atutia  ,  alucia,  tulia  (lutie) ,  de  Lj^I  {al-louiiyâ). 

Auge  (terme  d'astronomie,  apogée)  de  -^t  {audj),  «absis  sumnia  (solis 
seu  planetœ).  » 

*AvERiA,  pg.  et  liai,  avaria,  fi\  avarie  (dommage  arrivé  à  un  vais- 
seau, à  des  marchandises).  La  vraie  dérivation  de  ce  mol  n'a  pas  encore 
été  donnée;  on  en  peut  trouver,  si  l'on  veut,  de  fort  singulières  chez 
Ducange  ,  Diez,  Jal  {Glossaire  nautique),  etc.  Il  est  très-certainement 
d'origine   arabe.      Bocthor   traduit    avarie  par  ^^^-^    Çawdr),   avarié  par 

j'^xA  {tno'amvar) ,  et  il  ne  faut  pas  croire  que  'awâr,  pris  en  ce  sens, 
est  un  néologisme;  il  appartient  au  contraire  à  la  langue  arabe  classi- 
que, dans  laquelle  on  dit  sil'a  dzât  'awâr,  c'est-à-dire,  «une  marchan- 
dise qui  a  un  défaut  Çaib),*  ce  qui  naturellement  est  applicable  à  une 
marchandise  endommagée.  La  S*'  forme  du  verbe,  'auivara ,  signifie 
aussi  endommager,  gâter,  p.  e.  deux  fois  chez  Maccarî,  II,  249,  1.  4 
a  f.  et  3  a  f.  Les  marchands  italiens,  par  suite  des  relations  fréquentes 
qu'ils  avaient  avec  les  Arabes,  ont  adopté  le  mol  'aivâr ,  qui  était  fort 
en  usage  dans  le  commerce  ;  ce  qui  le  prouve ,  c'est  que  les  passages 
que  Ducange  donne  sous  avaria,  sont  empruntés  à  des  documents  génois 
et  pisans.  C'est  aussi  par  l'entremise  des  Italiens  que  ce  mot  s'est 
introduit  dans  presque  toutes  les  langues  européennes.  —  La  transcrip- 
tion avaria  est  bonne;  ta  est  la  terminaison  italienne.  On  trouve  cette 
forme  dans  un  document  catalan  de  1258  (apud  Capmany ,  Mcmorias 
sobre  la  marina  de  Barcelonay  II,  27). 

AxABEBA,  xabeba  (espèce  de  Hùte),  de  *j.A^-i  {(uk-chnhhcba),  que  P. 
de  Alcala  traduit  par  flauta  fistola ,  citola, 

AxAQUECA,  xaqucca,  pg.  enxaqueca  (migraine),  de  XiuiùiJ!  (ach-chaquka) 
qui  se  dit  dans  la  même  signification. 

28 


,       218 

*  AxAQUEFA.  L'Académie,  bien  qu'elle  n*ail  pas  ce  mot  là  où  il  devrait 
se  trouver,  cite,  sous  l'article  alfarge,  ce  passage  des  Ordenanzas  de 
Sevilla  (Tit.  Albauies):  «Sepa  facer  un  molino  de  azeite,  haciendole  su 
torre  é  almazen ,  é  axaquéfa,  é  alfarge,  é  hornillas,  é  todo  lo  que  le 
pertenece. »  Nuilez  le  traduit  par  cave ^  caveau,  j'ignore  sur  quelle 
autorité.  Je  ne  vois  pas  que  ce  puisse  élre  autre  chose  que  (^Lft_-i.Jt 
(ach-chiqiiéf) ,  plur.  de  ach-chacaf  (cette  forme  du  plur.  se  trouve  dans 
les  Mille  et  une  nuits  y  I,  22,  1.  6  éd.  Macnaghten),  qui  signifie  pot 
(de  terre),  et  aussi,  ce  que  Freylag  n'a  pas,  tuile,  iuileau  (voyez  Alcala 
sous  lejuela ,   et  le  Mosta*mt  sous  sJji> ,   où  on  lit  :  j.^^   5j^^^  <3jà>  ^^ 

^  CJ.3  ,^1  ^L<^;Ài!   ^a^  ;    les  trois  derniers  mots  ne  sont  que  dans  le 
man.  de  Naples). 

AxARABE ,  axarave ,  xarabe  (sirop),  de  ^t^-ciJî  {ach-charâh)  qui  désigne 
en  général  potion  (de  chariha,  boire)  et  qu'on  trouve  chez  Boclhor  dans 
la  signification  de  sirop. 

*  Charâb  y  dans  le  sens  de  sirop,  se  trouve  chez  Becrî,  p.  3,  dans  le 
Mosta'înî  à  Tarlicle  J-vva:,  où  on  lit:  j^U^^oî  *J  JU^  J.M01JI  ^\,JJ:,^,  «le 
charâb  de  miel  s'appelle  hydromel,»  chez  Ibn-Djobair,  p.  48,  1.  7,  chez 
P.  de  Alcala  sous  julepe  0  xarope  et  sous  lamedor  que  lame  et  doliente, 
et  il  est  très-fréquent  chez  les  médecins  arabes,  car  c'était  proprement, 
comme  Alcala  l'indique  aussi,  une  sorte  de  looch  ou  d'électuaire.  En 
esp.  on  trouve  aussi  xarope ,  axarope  (Cane,  de  Baena).  Dans  la  basse 
latinité  le  mot  est  devenu  syrupus ,  siruppus  »  syruppus  (v.  Ducange); 
mieux  en  prov.  eissarop,  issarop,  yssarop;  en  ital.  sciroppo,  sciloppo , 
siroppo  ;  en  fr.  syrop,  sirop,  La  dernière  forme  a  aussi  été  adoptée  par 
les  Espagnols. 

AxARACA.  (lacet)  de  iC^=>,AJî  (ach-characa) ,  «  laqueus.  » 

AxARAFE  (galerie)  de  iC-j^^Jt  (ach-chorfà)  qu'on  trouve  chez  Boclhor 
aux  mois  galerie,  balustrade. 

'*  Le  plur.  choraf  se  trouve  en  ce  sens  chez  Ibn-Djobair,  p.  254,  1.  7 
et  18;  mais  la  forme  axarafe  fait  soupçonner  que  le  peuple  disait  ach^ 
charafa  ;  comparez  le  passage  du  Traité  de  mécanique  cité  dans  le  Glos- 
saire sur  Edrîsî,  p.  294. 

*  AxATABA  esl  très-fréquent  dans  les  Libros  de  Astronomia  d'Alphon- 
se X,  et  il  y  est  expliqué  de  cette  manière  (II,  247):  «Las  dos  axatabas, 
que  son  las  dos  tabletas   pequennas  foradadas  que  eslan  fincadas  en  la 


alhidada.  *  Eu  arabe  le  vrai  terme  esl  jukxiJt  {ach-chadiuya) ,  au  duel 
ach'chadhvjatdni  y  les  deux  éclats  de  bois.  Dans  le  Traité  sur  fastrolabe 
par  lbn-abî-*v-Çalt  (man.  556  (2),  chap.  1)  on  lit:  L»«»  ^l.y, ,«  h  :U\ 
iOw^^sA.'!  ^Jo  ^^^  ^Ijujjiît  ^Lï^Aixail  ^^U^w^Aail,  «  cc  qu*on  appelle  les 
deux  chadhtya  sont  les  deux  petites  tablettes  qui  se  trouvent  sur  les 
deux  bouts  de  TAlidade.  »  Le  mot  est  écrit  de  la  même  manière  dans 
les  autres  traités  sur  Tastrolabc  que  nous  possédons  ici;  mais  dans  ceux 
dont  se  sont  servis  M.  Sédillot  et  M.  Dorn  (voyez  l'ouvrage  de  ce  dernier, 
intitulé:  Drci  aslron,  Inslnim.  mil  arab,  Inschr.^  p.  79)  il  est  écrit 
quelquefois  X  a  h  ;i>  il.  G*est  une  faute  des  copistes  (on  voit  que  dans 
récriture  arabe  jc^^^x^t  et  «Lâ^^t  ne  diffèrent  que  par  les  points  diacri- 
tiques), et  les  astronomes  d'Alphonse  Payant  trouvée  aussi  dans  les  man. 
arabes  sur  lesquels  ils  travaillaient,  ils  ont  écrit:  axataba. 

AxBBE,  enxebe,  [*  xepe]  (alun),  de  w^_.;i.-iî  [ach-chebb)  qui  désigne  la 
même  chose. 

AxBDREA  (espèce  de  plante)  de  '»jJlx^\  {ach'chalriya)y  «satureia  horlen- 
sis,»  Ibn-al-Bailâr,  II,  97.  Ce  mot,  qui  manque  dans  les  lexiques,  se 
trouve  chez  P.  de  Alcala  à  Tarlicle  axedrea. 

*  Ce  nom  de  la  sadrée,  sarriette  ou  savorée ,  qui  se  trouve  aussi  dans 
le  Mosla'ini  (à  Tart.  ^***;LJ  jSju/o:  xj^kciJî  ^.) ,  n'est  autre  chose  que 
la  transcription  du  nom  latin  satureia.  On  sait  que  les  Arabes  changent 
constamment  le  s  latin  ou  esp.  en  ch, 

AxEDREz,  [*axadrez,  Sanchez,  III],  pg.  xadrez,  enxadrez  (jeu  d'échecs), 
de  ^ixiJl  (ach'chitrendj) y  mot  que  les  Arabes  ont  reçu  des  Persans, 
mais  qui  est  d'origine  sanscrite;  voyez  M.  Vullers,  Lex.  Persic.  [* Con- 
sultez surtout  l'opuscule  de  M.  Bland,  Persian  chess ,  illuslrated  from 
oriental  sources]. 

*  AxiNEiNBz  («abri  au  soleil,  al  sole,»  Victor;  «=  solana,  galerie  à 
jour  où  les  Espagnols  jouissent  du  soleil  en  hiver,»  Nuûez)  semble  dérivé 
de  ^j-.-é-iJï  {ach'chams) y  soleil,  de  môme  que  solana  vient  de  sol;  mais 
la  forme  est  très-singulière.  Le  mol  classique  pour  désigner  une  telle 
galerie  est  xiyi^\  (al-machraca) ,  et  P.  de  Alcala  le  donne  aussi  sous 
abrigano  lugar  et  sous  solana  o  corredor  para  sol;  mais  le  terme  esp. 
ne  peut  pas  venir  de  là. 

AxiMcz   (fenêtre   en   arc,  soutenue   au   milieu    par    une    colonne)    de 
iJî  (ach'chamsa)   qui  se  trouve  chez  Ibn-Batouta ,   I,  199,  dans  la 


même  signification  que  Xxj^^  (chamsiya).  Voyez  sur  ce  uiot,  qui  se 
trouve  chez  P.  de  Alcala  {yentana  de  yeso  como  rexada,  ventana  vedriera), 
la  noie  de  31.  Dozy,  Dict.  des  noms  des  vêt. y  p.  157. 

*  Aximéz  y  qui  est  un  mot  andalous^  vient  de  iU«U-ciJi  (ach-ch-mése) , 
forme  qui  a  le  même  sens  que  chamsa  et  chamsiija;  voyez  Quatremère, 
Hisl.  des  suit,  maml.,  II,  1,  280,  et  Wright,  Glossaire  sur  Ibn-Djobair, 
p.  26.  J'ignore  quelle  est  la  voyelle  de  la  première  syllabe;  Hœst  ne 
lui  en  donne  aucune  {schmàsa), 

AxoBDA  (centinela).  Suivant  Sanchez  «del  verbo  arabigo  xabad,  que 
significa  guardar,  observar.  »  Un  tel  mot  arabe  m'est  inconnu.  Je  n'ose 
pas  décider  si  le  mot  espagnol  en  question  est  d'origine  arabe. 

^  L'auteur  de  la  Chanson  du  Cid  a  sans  doute  pensé  à  un  terme 
arabe,  car  il  emploie  trois  fois  axobda  et  toujours  en  parlant  des  sen- 
tinelles des  Maures;  mais  il  semble  avoir  mal  entendu^  et  le  mot  qu'il 
a  en  vue  est  peut-être  ar-rocahâ  ou  ar-roltab  ;  voyez  l'article  arrocovas. 

AxoRCA,  val.  aixorca  (bracelet),  de  K==v.xiJi  (ach-chorca)  qui  désigne 
la  même  chose. 

*  Fort  bien;  mais  comme  il  n'y  a  pas  la  moindre  trace  de  ce  mot 
dans  les  dictionnaires,  M.  E.  aurait  bien  fait  d'être  moins  laconique.  — 
P.  de  Alcala  traduit  axorca  par  xôrca,  au  plur.  xorâq ,  et  dans  le  BicL 

berbère  on  trouve:  «Collier  (de  pièces  de  monnaie),  \^ ^Jh  {cherka),» 
C'est  évidemment  le  même  mot,  quoique  la  signiOcation ,  et  même  la 
prononciation,  difl'èrent,  et  je  pense  qu'il  peut  servir  à  expliquer  l'ori- 
gine de  axorca  ou  (corrompu)  alsorcua ,  en  port,  aussi  xorca  sans  l'ar- 
ticle. Dans  l'arabe  classique  'iSJi^S  (ach-characa) ,  que  nous  avons  ren- 
contré sous  AXARACA,  cst  lacjiieus ,  lacet  y  et  l'on  peut  assez  bien  donner 
ce  nom  à  un  cordon  passé  dans  des  pièces  de  monnaie  trouées  et  servant 
de  collier  ou  de  bracelet.  Il  est  vrai  que  l'on  entendait  sous  axorca  un 
bracelet  d'or  ou  d'argent  ;  mais  c'est  parce  qu'on  ne  faisait  plus  atten- 
tion à  l'origine  du  mot.  —  Je  dois  encore  faire  observer  que,  dans  le 
Cancionero  de  Baena  (p.  242  b) ,  on  trouve  la  forme  axuayca.  C'est  le 
diminutif  ach^chouraica  ;  le  r  est  élidé. 

*  AxuAGAs  (malandres,  fentes  aux  genoux  du  cheval)  de  ^^U-ci-ii  (acA- 
choucâc),  «fissura,  quâ  iunientorum  tarsi  afficiuntur.  »  «Les  maladies 
des  pieds  les  plus  communes  sont  les  cheggatj ,  gerçures,»  Daumas, 
Jlœuis  et  coutumes  de  r  Algérie,  p.  265. 


221 

ÂxuAR,  val.  eixovar  («lu  ((uc  la  luugcr  lleva  quando  se  casa,  de  ala- 
vios,  assi  de  su  persona  cwno  del  adorno,  y  servicio  de  su  casa»  Cob.), 
de  j^j-^S  {at'h'Chouàr)  que  P.  de  Alcala  Iraduit  par  casamienlo  el  dote, 

*  C'est  le  u-^yiit  j\^  (ibn-Klialdoun,  Ilist.  des  Berbères,  II,  396,  1.  2), 
eu  arag.  axovar  (cf.  TAcad.  et  Ducange) ,  exovar  dans  un  testament  de 
1215  {apttd  Villanueva,  VII,  245),  enxoval  en  port.;  mais  ordinaire- 
ment aantar  signiGe  ameublement ,  mobUier,  de  même  que  ach-chouâr  en 
arabe  («supellex  domeslica»), 

*  Ayadi.xo.  Saez  {Valor  de  las  monedas ,  p.  315)  cite  un  document 
aragonais  de  Tannée  1215,  où  on  lit:  «morabetinos  alfonsinos,  et  lupi- 
nos,  el  ayadinos,  et  quoslibet  alios  raorabis.  »  Ces  monnaies  avaient  été 
frappées  par  Ibn-'Iyàdh  (jslxc),  qui,  après  la  chute  des  Almoravides, 
régna  sur  Valence,  Murcie  et  toutes  les  autres  provinces  de  Test.  Voyez 
*Abd-al-wâhid,  p.  149,  Maccarî ,  II,  755,  etc. 

AzABACuE,  pg.  azevicbe  (jais,  bijoux  de  deuil).  C'est  Tarabe  ,^^.^.^1 
{aS'Sabadj)  qui  a  précisément  la  même  signiflcation.  Voyez  P.  de  Alcala 
et  la  note  de  M.  Dozy  dans  les  Loci  de  Abbad. ,  1 ,  32. 

*  Dans  les  villages  on  donne  le  nom  à'azabaches  aux  bijoux  de  jayet 
taillé  qu'on  met  au  cou  des  enfants.  Je  ne  sais  si  en  Espagne  on 
connaît  encore  l'origine  de  cette  coutume,  mais  voici  ce  qu'on  lit  à  ce 
sujet  dans  le  man.  de  Naples  du  Mosta'îni  (art.  a>j^\  j^F^)'-  *-i^-^-*^5 

ty^\  ^^^xxU  ^UboJf  f^>>%\  f^  wyi.^  L^V^  r^y^  (j^Ai^l  iûU,  «En 
Espagne  le  peuple  (arabe)  dit  az-zabadj ,  avec  le  z  (au  lieu  du  s),  et 
l'on  y  met  les  sabadj  au  cou  des  petits  enfants  afm  de  les  préserver  du 
mauvais  œil.» 

AzACA.H,  p(j,  açacal,  açaqual  (porteur  et  vendeur  d'eau),  de  ^La-^Jt 
{aS'Saccâ)  qui  a  la  même  signification.  Azacan  se  dit  encore  dans  le 
sens  de  portador  de  cargas.  xMarina  le  dérive  dans  cette  signification  du 
verbe  zacaiia  {^j)t  «porter»  un  fardeau.  Je  croirais  plutôt  que,  ne 
saisissant  plus  le  véritable  sens  du  mot  en  question ,  on  en  a  élargi  la 
signification  au  i)oint  de  faire  d'un  porteur  d*eau  un  porteur  de  fardeaux 
et  de  toute  autre  chose. 

*  Il  va  sans  dire  qu'il  ne  faut  pas  penser  au  verbe  ^\  ;  la  langue 
du  (>euple  ne  l'avait  pas;  mais  en  outre  la  signification  du  mot  azacan, 
porteur  d'eau,  est  si  constante,   qu'il  faudrait  des  passages  très-décisifs 


pour  lui  en  attribuer  une  autre.  Celui  que  cite  Marina  Test-il  ?  11  est 
tiré  du  Fuero  de  Plasencia,  où  on  lit  dans  le  paragraphe  sur  les  car- 
pinleros  é  menestrales:  «Todos  los  azacanes  é  leileros  que  carga  traen.  » 
Il  se  peut  que  la  signification  de  porteur  d'eau  ne  convienne  pas  ici  ; 
mais  pour  pouvoir  en  juger  avec  certitude,  il  faudrait  connaître  le  pas- 
sage dans  son  entier.  —  Le  mot  azacan  signifie  encore:  outre,  peau 
accommodée  pour  y  mettre  des  liqueurs.  C'est  l'arabe  ^U^Jî  (as-sicâ) 
qui  a  le  même  sens. 

*AzACAYA  (tuyau,  canal,  conduit  pour  les  eaux;  grand  puits)  de 
KjUu^il  {as'sicâya).  Miiller.  —  Ce  mot  grenadin  prouve  qu'il  faut  modi- 
fier ce  que  M.  de  Goeje  a  dit  sur  le  mot  arabe  dont  il  tire  son  origine, 
dans  le  Glossaire  sur  Belâdzorî,  p.  52.  Chez  Becrî,  p.  26,  1.  3,  c'est 
aussi  puils,  citerne. 

*  AzACHE.  La  signification  de  ce  mot,  qui  a  vieilli,  est  incertaine. 
Chez  Victor  c'est  un  substantif:  «  de  la  soie.  »  Selon  l'Acad.  c'est  un 
adjectif,  et  elle  cite  un  passage  du  tarif  de  1629,  où  il  est  ordonné: 
«  que  la  libra  de  seda  azache  se  venda  la  mejor  à  doce  reaies.  »  Ce 
texte  ne  justifie  pas  la  supposition  des  Acad.,  selon  laquelle  c'aurait  été 
une  espèce  de  soie  très-noire.  Enfin  Nuilez,  qui  dit  aussi  que  c'est  un 
adjectif,  le  traduit  par:  «finâlre;  on  le  dit  de  la  soie  d'une  qualité 
inférieure.  »  En  arabe  je  ne  connais  pas  de  mot  qui  ressemble  à  azache 
et  qui  désigne  une  étoffe. 

*  AzADECA  («parece  ser  una  pécha  que  se  pagaba  por  los  moros  de 
Certes  sobre  los  huebos  y  cabras:  dice  que  por  la  azadeca  de  los  huebos 
y  cabras  pagaba  cada  casa  un  dinero  en  marzo,»  Yanguas,  Anlig,  de 
Navarra ,  I,  77)  de  x.'5L\-<^aJî  (aç-çadaca  ou  aç-çadeca) ,  «  quicquid  datur 
Deo  sacrum:  ut  pars  opum,  ceu  decimae;»  mais  ces  dons  étaient  obli- 
gatoires, c'étaient  de  véritables  impôts;  voyez  p.  e.  le  Bayân,  I,  38, 
1.  6  a  f. 

*AzAFAMA,  azaferaa  pg.  (presse,  foule  de  personnes  qui  se  pressent; 
l'accent  tombe  sur  la  seconde  syllabe)  de  iC^oJi  {az-zalima^  prononcia- 
tion adoucie  az-zahema  ou  az-zakama).     Même  sens. 

AzAFATE  (panier,  corbeille)  de  ia-a->^l  (as-safat) ,  «panier  en  feuilles 
de  palmier.  » 

AzAFEHA  (chez  Marina  qui  l'a  trouvé  dans  les  Œuvres  astron.  d'Al- 
phonse X;  instrument  astronomique)  de  :\.^xàAai!  (aç-cafîha). 


223 

AzAPnAN,  pg.  arafrao,  de  ^^y^^î  (aZ'Za*ferân),  du  safran. 

AzAGAYA ,  azahaya  (espèce  de  javelot,  zagaie).  P.  de  Alcala  traduit 
azagaya  et  azcona  tiro  par  zagihja ,  pi.  zagaytt ,  mot  que  D.  de  Urrea 
dérive  du  verbe  czegaye  que  vale  arrojar.^  Quels  sont  ces  mots  arabes? 
Les  racines  zaddja  -;  et  ^^^j  zaddjâ,  bien  qu'elles  présentent  quelque 
rapport  quant  à  la  signification,  sont  ici  bors  de  la  question,  le  dj 
arabe  n'étant  jamais  rendu  par  ga  en  espagnol. 

'Comme  en  effet  ces  deux  racines  n*ont  rien  à  faire  avec  azagaya, 
je  laisserai  de  côté  la  dernière  assertion  de  M.  E.  ;  comparez  toutefois 
rintrod. ,  p.  17.  —  Quant  à  azagaya,  M.  Defrémery  a  observé  avec 
raison  que  c'est  le  mot  berbère  iC-jL£j  (zagâya) ,  avec  l'article  arabe 
iC^UJI  (az-zagâya),  et  que,  selon  Boclhor,  il  signifie  aujourd'hui  bâton' 
nette.  En  espagnol  il  est  ancien  ,  car  on  le  trouve  déjà  dans  les  écrits 
du  XIV«  siècle.  Je  crois  qu'on  le  cherchera  en  vain  chez  les  auteurs 
arabes  du  moyen  ûge;  mais  il  est  fréquent  chez  les  voyageurs  européens. 
Aux  passages  de  ces  derniers  cités  par  M.  Defrémery,  on  peut  ajouter: 
Dan,  Histoire  de  Barbarie ,  p.  248:  «Ds  ont  pour  armes  une  demi-pique, 
ou  un  javelot,  qu'ils  appellent  une  agaye,  ou  une  azegaye;»  Mouette, 
Hist,  des  conquêtes  de  Mouley  Archy ,  p.  364:  «demi-piques  ou  zagayes;» 
Laugier  de  Tassy,  Ilist.  du  royaume  d* Alger,  p.  58:  «Leurs  armes  sont 
l'azagaye,  qui  est  une  espèce  de  lance  courte  qu'ils  portent  toujours  à 
la  main.»  Dans  une  liste  de  mots  de  la  langue  des  Kailouee  (les  Kcl- 
owl  de  Barth),  qui  sont  Berbères,  Ricbardson  {Mission  to  Central  A f ri ca, 
I,  318)  donne  azegheez  dans  le  sens  de  poignard.  ]\  paraît  que  c'est 
le  même  mol ,  ou  du  moins  un  mot  dérivé  de  la  même  racine. 

AzAGUAH  [,  *  zaguan ,  pg.  saguâo]  (entrée  couverte  d'une  grande  mai- 
son ;  sorte  de  vestibule  ou  de  grande  allée),  de  Qt^Ja.*.!  (ostowân,  en 
Espagne  istiwân)  que  P.  de  Alcala  traduit  par  antepuerta,  portai  pe- 
gueno,  portada.  Ne  faisant  pas  allention  à  l'adoucissement  de  si  en  z 
(cf.  p.  23,  n^.  3  de  l'Introduction),  on  a  mal  à  propos  dérivé  ce  mot 
de  ^^-^^  (aç'çahn),   «impluvium.» 

AzAiiAR  (fleur  d'orange)  de  ^^1  (az-zahr)  qui  désigne  la  même  chose. 
Cf.  Boclhor. 

•Comme  l'accentuation  est:  azahar,  jt;  incus  plutôt  venir  ce  mol  de 
U;^  azhdr ,  prononciation  adoucie  azahâr.  En  effet,  ce  dernier  mot, 
qui  est  proprement  un  plur. ,  mais  qui  est  employé  comme  un  collectif 


224 

singulier,  signifie  encore  anjourdliui  fleur  (Toranger;  Hélot  le  donne  en 
ce  sens  avec  le  plur.  ^\Ji  (azâhtr). 

AzALATO  (dévotions,  Victor)  de  s^lciJi  (aç-çalâl),  la  prière. 

AzANEFA ,  zanefa,  cenefa,  pg.  sanefa  (houppe  ou  frange  de  lit,  bord 
en  tapisserie),  de  KâJLciii  (aç-çanifa) ,   «  ora  vestis.  » 

'^AzANORiA,  zanahoria ,  azahanoria,  acenoria,  cenoria  (panais,  pasle- 
nade ,  plante  potagère),  répond  en  tout  point  à  iC-j,Ljuft->wi  (isfanârya) , 
«pastinaca;»  chez  P.  de  Alcala  :  çanahoria,  izfernta.  Millier.  —  La 
meilleure  forme  est  donc  azahanoria,  en  val.  safanoria  (Fischer,  Gemdlde 
von  Valencia,  I,  228).  Au  reste  ce  mot,  qui  n'est  pas  d'origine  arabe 
et  qu'il  faut  considérer  peut-être  comme  une  très-forte  corruption  de 
paslinaca,  a  été  altéré  de  diverses  manières  par  les  Arabes  eux-mêmes. 
Chez  Humbert  (p.  48)  c'est  X-j^Là^â^  [safnâriya) ,  chez  Dombay  (p.  59) 
AjôLâ^  {safrâniya),  chez  Marcel  L.Uà^  {safonâriyâ) ,  chez  Cherbonneau 
et  chez  Martin  {Dialogues,  p.  100)  Kj,U/^  (^awjîanya),  et  M.  Prax  (dans la 
Revue  de  VOrient,  et  de  VAlg.,  VIII,  548)  donne  j^a-^-j  s^Ljl^w  (sannâra 
hahtm),  carotte  de  l'âne,  daucus  glaberrimus. 

AzAQUi  pg,  (nom  d'un  impôt)  de  BL^rjyt  (az-zacât  ou  az^zaqutl)  qui 
désigne  la  même  chose.     [*  Comparez  asequi]. 

AzAR  («l'as,  le  point  seul  du  dé,  on  le  peut  prendre  pour  le  hazard 
du  dé,  quasi  azard,»  Victor;  —  malheur  au  jeu,  guignon;  —  figur. 
coup  de  malheur,  accident  fâcheux).  Suivant  Cobarruvias  azar  chez  les 
Arabes  «es  iino  de  quatro  puntos  que  tienen  sus  dados,  y  es  el  desdi- 
chado  que  los  Latines  llaman  canis,  y  elles  azar,  el  punlo  ;  los  demas 
son  chuque,  carru ,  taba,i>  Quant  à  azar,  dont  il  faut  dériver  l'italien 
azzardo  et  le  français  hasard,  peut-être  faut-il  en  chercher  l'origine  dans 
-^Ji  (aZ'Zahr),  mot  qui  dans  l'arabe  vulgaire  signifie  dé  (Bocthor).  Voir 
M.  Mahn,  Bech,  élym.,  p.  6,  7,  N'étant  pas  à  même  d'expliquer  d'une 
manière  satisfaisante  les  mots  chuque,  carru  el  taha,  je  ne  puis  que 
recommander  aux  recherches  des  savants  ce  passage  du  lexicographe 
espagnol. 

*  Ces  trois  mots,  qui,  avec  azar,  désignent  les  quatre  côtés  d'un 
osselet,  ont  passé  dans  l'esp.  sous  les  formes  chuca,  carne  (le  carru  de 
Cob.  semble  une  faute  d'impression)  et  taba.  Je  consacrerai  des  articles 
à  chacun  d'eux. 

[*  AzARBE ,    cf.  le  Glossaire  sur  Edrîsî ,   p.  515],   azarba  (canal,    con- 


duil  de  Peau),  de  vy^Jt  (as-sarab)  qui  se  dit  dans  la  même  significalioii. 
Voyez  Ibn-Batoiita,  I,  127;  [*  d'autres  exemples  dans  le  Glossaire  sur 
Edrîsî]. 

AzARcoN  («tierra  de  color  azul,  que  se  haze  del  plonio  qucmado» 
Cob.).  C'est  de  sa  couleur  bleue  (tlji^j  zarcd)  que  celle  substance  a  tiré 
son  nom.  Du  resle  la  forme  zarcôn  q>-3;j  était  déjà  usilée  cbez  les 
Aral>es  {voir  P.  de  Alcala  et  le  Mosia*tnt). 

*Ce  terme,  comme  je  l'ai  déjà  dit  dans  le  Glossaire  sur  Edrîsî,  donne 
un  curieux  exemple  d'un  mot   qu'on  a   mal  expliqué   parce  qu'on  s'est 
laissé  tromper  par  une  fausse  élymologie.     Victor,    qui  publia  son  Dic- 
tionnaire en  1609,  explique  azarcon  de  cette  manière:  adu  plomb  brûlé, 
céruse  rouge  ou  brûlée,   minium.»     Cette  explication  est  bonne,   et  les 
dictionnaires  port,  donnent  le  même  sens  sous  azarcao  ou  zarcao.    Mais 
deux   années  après   Victor,    Cobarruvias  publia   son    Tesoro,   où  il  n'est 
pas  question  de  céruse  rouge,   de  minium,  mais  où  on  lit  au   contraire 
qu'azarcon  signifie:   «une  cendre  ou  terre  de  couleur  bleue,  faite  de  plomb 
brûlé,   car  il   ne   peut   être   douteux  que,   chez   les  Arabes,   zarcon  ne 
signifie   bleu,   attendu  qu'en   espagnol  on   nomme  zarco  celui   qui  a  les 
yeux  bleus.»     L'Acad.  reproduit  celle  explicalion  et  celte  élymologie  de 
Cobarruvias,  qu'elle  cite,  mais  il  est  remarquable  qu'elle  ne  donne  pas 
d'exemples   d'où  il   résullerait   que  le  mot  a  été  employé  en   ce  sens, 
et  qu'immédiatement  après  elle   dit*  que,   dans  la  peinture,    ce  mot  si- 
gnifie:  tel  color  naranjado  mui  encendido,  lat,  color  aureus,^^  significa- 
tion qu'elle  prouve  par  des  cilalions.     A  son  tour  M.  E.  a  adopté  l'opi- 
nion de  Cob.;  cependant  le  Moslà'tnî,  qu'il  cite  lui-même,  aurait  pu  lui 
montrer  qu'il  se  trompait.     Voici  ce  qu'on  lit  dans   ce  livre  (man.  15) 
à  l'article  gJ^i  :  y^'^J  o^  ^^^  j-f^^'   ^^3  o^h^^  ^^  O^H;^^'  ^ 
^UJi^;  et  ensuite:  ^^^^sA^  ^U)!  jô-wM  \^\  ^^^\  ^  ocV.^,j  é^^^'  j^^ 
fc^^^Jl  ^\  ,*JA^,^  J-^.?^z*«.>i  ikJLc.     Ainsi   c'est  la   couleur  rouqe,   et  non 
pas  la  couleur  bleue ,  qui  est  indiquée  par  q>»^.     D'autres  témoignages 
prouvent   la   même  chose.     Ibn-al-Baitàr  dit  sous  ^y^^y-  ^^-aLa^**]!  ^p 
^^jo'i!   ^\  JU*  ff^f^^^  y»i\  dans  le  Mhâyato  W-rotba  f\  talabi  U-hisba 
(dans  le  Jwrn,  asiat.  de    1861 ,  I.  49) ,  où  Ton   trouve:  tle  rouge  est 
teint  avec  la   craie  rouge  (ri^Ju^Jt),*  un  autre  man.  a,   au  lieu   de  ce 
dernier  mol,  ^^yJ^J^'^\;  Boclhor  donne:  vermillon  ^JyJU^^ ,  ^^^bbL*-.  ; 

29 


220 

Iferggrcn:  vei'millon  q>Ïjî?;'.  Mumheii  ,  p.  171  :  vermillon  q^OL.  —  Q^^yj 
(Alger);  Sanguinelli  (dans  le  Jotirn.  asiat,  de  1866,  I):  q^-JL^»*  et 
^^-j^-ILLa-am,  mimttin  ,  Sanih/x.  Je  crois  donc  pouvoir  dire  que  Cob.  n'a 
pas  connu  le  véritable  sens  du  mot  azarcon,  et  que  lui  et  ceux  qui 
l'ont  suivi  ont  été  induits  en  erreur  par  la  racine  arabe  ^^j,  d'où  le 
mol  Q>S;j  ne  dérive  pas.  En  efl'et,  on  le  retrouve  en  araméen.  Le 
Mosla'înî,  comme  on  Ta  vu,  donne  la  forme  ^^^ybjA^,  que  Ricbardson 
a  notée  aussi,  sur  l'autorité  du  Borhâni  câti\  comme  un  mol  syriaque, 
et  Buxlorf  (p.  1558)  donne  j^pTD,  minium.  Dans  le  grec  du  moyen  Age 
on  trouve  (rvpiKov  ^  nibri  coloris  pigmentum  (voyez  Ducange  et  le  Trésor 
d'Henri  Etienne),  et  on  lit  chez  IMine  (XXXV,  6):  «inter  faclilios  (colo- 
res) est  et  syricum ,  quo  minium  sublimi  diximus;  fit  aulem  synopide 
et  sandyce  mixtis,»  avec  les  variantes  strucum,  sirycum,  siriatm  (voyez 
l'édition  de  Sillig).  De  tout  cela  il  résulte  que  le  mot  en  question  était 
en  usage,  non-seulement  en  Asie,  mais  aussi  en  Europe,  longtemps 
avant  que  les  Arabes  apparussent  sur  la  scène  du  monde  et  commen- 
çassent à  se  civiliser.  Ce  n'est  donc  pas  dans  leur  langue  qu'il  faut 
en  chercher  l'origine,  cm*  ils  n'ont  fait  que  l'emprunter  à  un  autre 
peuple  ;  mais  celte  origine  reste  douteuse.  On  pourrait  sans  doute 
comparer  des  racines  sémitiques  (voyez  p.  e.  le  Thesaunts  de  Gesenius 
sous  p'^^,  p.  1342),  mais  la  terminaison  oun  devrait  être  expliquée,  et 
d'un  autre  côté  nous  avons  le  mot  persan  q>^3;^  (âsarcom) ,  couleur 
de  feu,  qui  conviendrait  fort  bien.  —  Je  dois  encore  observer  que,  chez 
Victor,  ararcon  est  aussi:  ^un  pot  de  terre  à  mettre  de  l'eau  ou  du 
vin,  une  cruche,  un  coquemarl. »  C'est  peut-être  à  cause  de  sa  couleur 
rouge  que  ce  pot  a  été  nommé  ainsi. 

'^  AzARiA.  Ce  mol,  dont  S*.  Rosa  donne  plusieurs  exemples,  mais  qu'il 
n'a  pas  compris,  est  l'arabe  aj^^î  (as-sariya),  troupe  de  cavalerie.  Dans 
les  chartes  c'est  l'expédition,  la  razzia,  que  fait  une  telle  troupe,  et 
aussi  la  cinquième  partie  du  butin  qu'elle  était  tenue  de  donner  au  roi 
(voyez  les  lexles  chez  S'.  Uosa).  Le  Fuero  de  Caseda,  toutefois,  fait 
une  distinction  entre  cette  cinquième  partie  et  la  azania,  car  on  y  lit 
{apud  Yanguas,  Antig.  de  Navan'a,  I,  205):  «Vicinos  de  Càseda,  si 
fuerit  (fueriiil)  in  fonsado  cum  rege  vel  cum  suo  seniore,  non  dent 
nisi  una  quinta,  uec  dent  azaria.» 


*  VzAiRJA  ^es[)cccde  lour  pour  la  soie  crue).  J'ignore  si  ^^*^l\{as'sard/), 
ipu  signifie  proprement  selle,  s^cmployait  dans  celle  acception. 

ÂzARNBFE  (orpiment,  arsenic  jaune)  de  :.\^jj^\  {az-sirnikh)  [*  en  Es- 
)>agne  az^gamikh,  Aie]  qui  désigne  la  nu^me  chose. 

*  AzBRVK  pg.  («paravento  feito  de  ramos  para  eniparar  as  eiras,» 
Moraes)  de  ^jj^\  {az-zerb),  «sepes.  »  Avec  la  terminaison  port,  ada: 
azenada:  «palissada,  reparo  feito  de  ramas,  troncos,  c  pâos,  eslacada» 
(S*.  Kosa  dans  le  supplément). 

Azimut.  Ce  terme  d'astronomie  fort  connu  dérive  de  c>.4^it  (as-saml), 
«plaga  punctumve  horizontis,  et  a  vertice  cœli  ad  illud  pertingens  cir- 
cul  us.  •  Le  mot  arabe  en  question  a  passé  encore  une  fois  dans  les 
langues  occidentales  sous  les  formes  ccnit ,  zénith ,  de  saml-ar-ras,  «plaga 
capilis,»  c'est-à-dire,  le  point  du  ciel  qui  est  au-dessus  de  la  tcle y  le 
f)oint  vertical,  le  zénith. 

*  AziMHAGA  pg.  (chemin  élroil)  de  iCiii^î  {az-zanca) ,  rue  étroite. 

'  AzLNUAVRK  pg.  (vert-de-gris)  est  une  altération  de  ^L^^ijil  (ai-zindjâr) 
i\\ii  a  le  même  sens  ;  cf.   Voyage  au  Ouadây ,  p.  555. 

AzoFAR  (laiton)  de  jsu^\  (aç-çofr)  qui  désigne  du  cuivre  jaune.  C'est 
de  sa  couleur  que  ce  métal  a  tiré  ce  nom ,  açfar  en  arabe  signiliant 
jaune. 

*  Les  Arabes  d'Espagne  prononçaient  ac-çofar,  comme  le  prouve  la 
mesure  d'un  vers  chez  Maccarî,  H,  201,  dern.  I.  i\  de  Alcala  donne 
la  même  forme  sous  ataton  et  sous  herrumbrc,  et  aujourd'hui  encore 
on  prononce  ainsi  au  Maroc  (I)ombay,  p.  101), 

AzoFRA.  M.  Dozy  (Gloss.  sur  Ibn-Adhâri,  p.  21 — 23)  a  démontré 
que  ce  mot  se  trouve  dans  quelques  documents  du  moyen  âge  dans  le 
sens  de  corvée,  et  que  l'arabe  s^i^uJI  (as-sokhra)  (Ibn-AdhArî,  II,  77) 
se  dit  dans  la  même  acception. 

'Chez  Bocthor,  Hélot  et  Marcel,  sokhra  répontl  aussi  à  corvée,  et  le 
mot  est  ancien  en  ce  sens;  voyez  M.  de  Goeje,  Glossaire  sur  Belûdzori , 
p.  49;  on  le  trouve  aussi  dans  les  Mille  et  une  nuits,  \l,  232  éd.  Ha- 
bichl.  Sakhkhara,  la  2*  forme  du  verbe,  est  chez  Bocthor:  faire  tra- 
vailler a  la  corvée;  de  môme:  Ibn-Djobair,  p.  47.  1.  17,  Ibn-Khaldoun, 
Prolégom.,  II,  98,  l.  8,  Maccarî,  11,  717,  I.  8.  La  5''  forme  signilie: 
ire  pris  de  corvée  (Bocthor).  Quant  à  azofra  voyez  encore  Ducange  sous 
ofra  (où  Texplication  cœna  est  lout-à-fait  fausse),  Muiloz,  Fueros,  1,248 


228 

(azofra),  546  (azofora).  De  ce  mot  vient  le  verbe  açofrare,  qui,  dans 
Ducange,  est  expliqué  d'une  manière  assez  ridicule. 

AzoFAiFA,  azufaifa  (jujube).  Ce  mot  est  une  altération  de  oj-A-jjJt 
{az'zofaizaf)  y   «zizyphum  rubrum.  » 

AzoGUE,  pg,   azougue   (vif-argent),   de  iûs^J!  {az-zanca)   comme   Ton 

prononçait  en  Espagne  au  lieu  de  az-zdoc  ou  az-zâwouCy  o^UJî  ou 
^,,yt  (Aie). 

*  Cbez  les  alchimistes  ce  mot  est  devenu  azoch ,  azoth ,  asolh ,  azote , 

esp.   azoot,    «universalis   medicina, pulant  Mercurium  corporis 

raelallici»   (voyez  Ducange  sous  azoch). 

Dans  la  signiOcation  de  marché  (diminutif  azoguejo),  c'est  un  autre 
mot  arabe,  à  savoir  ^^^1  (as-soiic  ou  as-sôc),  qui  a  le  même  sens. 

*Dans  le  Fuero  de  Madrid  (Memor.  de  la  Acad.,  VIII,  p.  29  b)  azoche. 
En  port,  açouque  (anciennement  aussi  açougui) ,  qui  signifiait  autrefois 
marché  en  général,  mais  qui  plus  tard  désignait  spécialement:  le  marché 
où  Ton  vendait  de  la  viande,  boucherie.  De  ce  mot  vient  le  terme 
açoncagem,  sur  lequel  on  peut  consulter  S*.  Rosa. 

AzoR  b.'lat.  (mur  qui  entoure  une  place  ou  une  forteresse)  de  ^^^1 
(aS'Sôr) ,  muraille, 

*M.  E.  a  trouvé  ce  vieux  mot  chez  Marina,  qui  cite  deux  passages 
du  Fuero  de  Madrid.  Dans  celui  de  Nagera  [apnd  Yanguas,  Anlig,  de 
Navarra ,  II)  on  lit  (p.  452)  :  «  Plebs  débet  in  illo  caslello  operari  in  illa 
azor  de  foras  cum  sua  porta,  et  nihil  aliud;»  de  même  ibid.,  1.  8  et 
p.  455,  1.  12.  Dans  le  Fuero  de  Madrid  c'est  plutôt:  l'argent  destiné 
à  l'entretien  des  murailles,  «dineros  de  los  muros,»  comme  on  lit  dans 
un  autre  document  (Esp.  sagr,,  XXXV,  449  et  suiv.). 

Azote,  pg.  acoute  (fouet),  de  i?j..*v^Jî  (as-saut)  qui  se  dit  dans  le 
même  sens. 

AzoTEA,  azutea,  pg.  açotea,  çotea  (terrasse,  plate-forme)  de  g^b.^J! 
(aS'Sath),  qui  a  le  même  sens,  ou  peut-être  de  la  forme  diminulive  as- 
soteiha.     [*  Comparez  cependant  atafea]. 

AzucAR  (sucre)  de  ^jL^Î  (as-soccar  ou  as-souccar),  qui  vient  à  son 
tour  du  persan  ^<^  (chacar),     [*  Cf.  Mahn,  Etym.  Unters.,  p.  154]. 

AzucE^A  (lis  blanc)  de  xjU^wM^il  (as-souséna) . 

Azi;da.     En  arabe  js-^Ji  (as-soudd)  désigne  une  represa  de  agua  (Aie), 


229 

une  écluse,  une  di^juc  pour  contenir  l'eau.  C'était  la  primitivement 
le  sens  ilu  mot  espagnol.  Plus  lard  on  a  élargi  cette  signification 
jusqu'à  prendre  azuda  dans  le  sens  de  machine  hydraulique,  roue  à 
l'aide  de  laquelle  on  arrosait  les  terres.     Cf.  S*.  Kosa. 

*  Cet  article  doit  être  modilié  (comparez  le  Glossaire  sur  Ëdrîsî , 
p.  314,  315).  L'espagnol  a  ce  mot  sous  deux  formes:  azud  (que  M.  E. 
a  négligé)  et  azuda.  Le  premier  signifie  écluse;  c'est  o^^\  (as-soudd)  ; 
mais  en  Andalousie  on  dit  azuda ,  et  cette  forme ,  sA^JI  [as-soudda) , 
se  trouve  aussi  en  ce  sens  chez  Ibn-Khaldoun ,  Ilist.  des  Berbères ,  I , 
439,  1.  10.  Anciennement  on  disait  aussi  azuda  dans  d'autres  provin- 
ces, car  on  trouve  trois  fois  cette  forme  dans  le  Fuero  de  Molina  {apud 
Llorenle,  Nolicias  de  las  très  prov,  Vascong.,  IV,  146).  Quant  au 
sens  de  machine  hydraulique  y  ce  sont  les  Esp.  qui  Tont  donné  à  azuda: 
il  était  inconnu  aux  Arabes.  Marmol  signale  azuda  en  ce  sens  comme 
un  mot  tolédan ,  car  après  avoir  décrit  les  naoras  de  Fez ,  il  dit  (Des- 
cripcion  de  A/frica ,  II,  fol.  95  6):  «c'est  ce  que  les  Tolédans  appellent 
oçudas,  » 

AzuL.  Ce  mot  semble  être  une  altération  de  Tarabe-persan  ^jyj^ 
(lâsouwerd),  «lapis  lazuli.»  De  azul  les  Espagnols  ont  fait  \e\iv  azulejo 
(a.  pg»  aussi  azorecho),  mot  qui  est  retourné  dans  l'arabe  sous  la  forme 
de  ^j  zoulaidj.     Voyez  P.  de  Alcala  et  cf.  Ibn-Batouta,  I,  415. 

AzuLAQUB,  zulaque  («cierto  betun  de  estopas,  cal  y  azeite  con  que  se 
travan  los  caûos»  Tamarid  apud  Cob.).  P.  de  Alcala  traduit  ce  mot 
par  çuldca,  qui  m'est  inconnu  et  dont  je  ne  saurais  donner  la  trans- 
cription en  caractères  arabes. 

*  A  la  rigueur  ce  mot  pourrait  bien  venir  de  la  racine  vjiJ^  («-/-c) , 
qui  n'exprime  pas  seulement  l'idée  de  glissant,  mais  aussi  celle  de  vis- 
queux,  gluant;  voyez  M.  Fleischer,  de  Glossis  Habicht.,  p.  97  à  la  fin. 
\]n  substantif  XJs'ijJî  (az-zoulâca)  pourrait  donc  signifier  bitume  y  parce 
que  celte  substance  est  visqueuse.  Cependant  une  autre  étymologie  me 
parait  préférable.  P.  de  Alcala  a  sans  doute  écrit  le  mot  en  question 
de  la  manière  dont  il  l'entendait  prononcer  par  les  Mauresques;  mais 
je  crois  qu'il  est  altéré,  et  que,  comme  cela  arrive  très-souvent  dans 
ia  langue  vulgaire  (voyez  les  remarques  de  M.  E.  et  les  miennes  dans 
rintrod.,  p.  24,  25,  n^.  7),  Tordre  des  lettres  radicales  a  été  interverti. 
La  véritable  forme  me  semble  étrc>   non  pas  çuldca  ^   mais  luçâca,  de 


±Ô0 

la  racine  ^J  (lazica) ,  qui,  dans  Tarabc  classique,  signifie  adhaesil,  et 
dans  l'arabe  vulgaire  (lezac) ,  unir,  réunir ,  souder  (Hélot),  coller  (Marcel), 
ce  qui  chez  Boclhor  est  la  2^  forme.  Le  substantif  ^hJ  (lizâc) ,  qui 
vient  de  cette  même  racine,  est  colle,  chnjsocolle,  et  la  preuve  qu'on 
peut  fort  bien  donner  le  nom  de  colle  au  bitume,  c'est  qu'en  hollandais 
on  l'appelle  ainsi;  colle  y  est  lijm,  et  bitume,  jodenlij m,  litt.,  colle  des 
juifs.  En  outre,  l'espèce  de  bitume  en  question  sert  à  ^.juntar  los  caûos 
y  arcaduces  unos  con  otrosn  (Acad.).  Je  pense  donc  que  azulaque  vient 
de  xïLJLJt  {al-louzâca) ,  forme  qu'il  faut  ajouter  aux  lexiques. 

AzuMBAR  (nom  d'herbe)  de  Jwaâ,»*Jî  (as-sonbol),  «andrapogon  nardus.  » 

*  Sous  le  mot  sonbol  les  Arabes  entendent  le  genre  de  plantes  que 
nous  appelons  valériane,  et  qu'ils  divisent  en  trois  sortes,  dont  une  est 
le  sonbol  indien ,  qu'on  appelle  aussi  sotibol  tout  court  ;  c'est  le  spica- 
nard  ou  nard  indien  (cf.  Ibn-al-Baitâr,  II,  58).  C'était  le  sens  que 
azumbar  avait  autrefois  parmi  les  Espagnols  (voyez  Victor  et  Dodonaeus, 
Cruydt-Boeck ,  p.  1567  b)  ;  mais  ce  mot  ne  vient  pas  directement  de 
QS'Sonbol.  Ce  dernier  avait  déjà  été  altéré  par  les  Maures  qui  disaient 
as'sounbar ,  ou  plutôt  as'soiimbar,  le  n  se  prononçant  comme  m  avant 
b;  voyez  Alcala  sous  espica  celtica,  espica  nardo  et  nardo.  On  voit  donc 
que  la  forme  espagnole  est  lout-à-fait  correcte  ;  mais  la  signiûcation 
s'est  peu  à  peu  modifiée.  Selon  l'Acad. ,  azumbar  est  une  espèce  de 
gomme  qui  s'appelle  aussi  almea.  Quand  on  compare  ce  que  j'ai  dit 
plus  haut  sur  ce  dernier  terme,  on  comprendra  ce  changement  de  sens, 
qui,  au  premier  abord,  semble  assez  étrange;  car  de  même  qu'on  a 
donné  le  nom  à'almea,  qui  est  proprement  le  storax ,  au  nard  indien, 
on  a  donné  celui  de  azumbar,  qui  est  proprement  le  nard  indien,  au 
storax.  Aujourd'hui  on  donne  l'un  et  l'autre  au  fluteau  ou  plantain- 
d'eau,  tandis  que  parmi  les  Arabes  sonbal  désigne  actuellement,  entre 
autres  choses,  la  jacinthe  (Humbert,  p.  50,  Roland  de  Bussy). 

AziiMBRE  (mesure  pour  les  liquides,  la  huitième  partie  d'une  arroba). 
L'arabe  J^AJJi  [az-zunbel),  auquel  le  compare  M.  de  Gayangos  (trad.  de 
Maccarî,  I,  501),  m'étant  totalement  inconnu,  je  ne  suis  pas  à  même 
de  prononcer  une  opinion  sur  cette  étymologie. 

*I1  est  presque  inutile  de  dire  qu'un  tel  mot  n'a  jamais  existé  que 
dans  l'imagination,  parfois  un  peu  trop  fertile,  de  M.  de  Gayangos. 
Quant  à  azumbre,  comme  il  désigne   la  huitième  partie  d'une  arroba, 


231 

il  faul  bien  que  le  mol  arabe  d'où  il  vient,  signifie  aussi  huitième  partie  ; 
telle  est  l'opinion  de  M.  Defréinery,  qui  dit  que  c'est  une  altération 
de  ^y^\  (ath'thoumn) ,  et  je  radopte  volontiers.  Il  est  vrai  que  açumbre 
est  chez  P.  de  Alcala  riimn,  au  plur.  cumîri;  mais  comme  Tarabe  n'a 
pas  un  tel  mot,  je  ne  puis  y  voir  rien  autre  chose  qu'une  altération 
de  azumbre.  Les  Esp.  ont  donc  reçu  des  Arabes  le  mot  alh-lhoumn , 
dont  ils  ont  fait  azumbre,  et  ils  ont  rendu  ce  dernier  aux  Mauresques, 
qui  en  ont  fait  r«mri. 

^AzuRRACHA,  zurracha  pg.  (espèce  de  barque)  de  ^.^jJi  [az-zalUidj). 
Ce  mot  manque  dans  les  lexiques,  mais  il  désigne  selon  Becrî ,  p.  26' 
I.  9,  une  espèce  de  barque.  La  racine  gsjj  (zaladja)  signifie:  «leviter 
et  celeriter  latus  fuit  per  superficiem  terrae  (ut  per  glacieni)  ;  »  az- 
zatlâdj  est  donc  une  barque  qui  va  vite,  qui  glisse  sur  l'eau,  et  selon 
toute  apparence  cette  dénomination  est  applicable  à  Vazurràcha  dont  on 
se  sert  sur  le  Douro,  car  c'est  une  barque  que  l'on  fait  voguer  au 
moyen  de  deux  rames  en  la  gouvernant  avec  une  troisième.  —  Le  chan- 
gement de  //  en  rr  est  régulier;  voyez  l'Introd.,  p.  22. 


B. 


Babucua  (sorte  de  pantoufle).  Ne  trouvant  ce  mot  que  dans  des 
dictionnaires  espagnols  relativement  modernes,  je  le  crois  postérieur  à 
l'époque  de  la  domination  arabe.  Peut-être  est-il  tiré  du  français  ta- 
bouche.  Toutefois  son  origine  orientale  est  incontestable.  L'arabe  u^^b 
{bâbouch)  lui-même  dérive  du  persan  lP^Ij  {pâponch),  composé  de  pâ 
(pied)  et  du  verbe  poxichxden  (couvrir). 

Bacabi  (adjectif  qui  s'appliquait  à  un  petit  bouclier  couvert  de  peau 
de  bœuf)  de  ^Jh  {bacarï) ,  fait  de  cuir  de  bœxif  {bacar), 

'  Cet  adjectif  s'appliquait  aussi  à  d'autres  choses  qui  étaient  faites  de 
cuir  de  boeuf.  Dans  un  inventaire  publié  par  Saez  {Valor  de  las  mone- 
das,  p.  530),  on  lit:  «Ocho  pares  de  cubiertas  blancas  vacaris;»  et 
plus  loin  (p.  ij35)  :  <  Otro  cinto  vacari  de  armar.  >  Voyez  aussi  S'.  Rosa 
sous  vacaris. 

Badaka,  ['/"r.  basane,  bedana  dans  un  arrêt  du  parlement  de  Paris 
cité  par  Ducange] ,  (peau  de  mouton  préparée),  de  io.Iaj  (hitam) ,  mot 
auquel  les  lexiques  ne  donnent   que  la  signification    de  douf>lure  :  V.  de 


'■^,^i>. 


Alcala  le  traduit  par  baldresy  [*  Berggren  par  basatie],  et  c'est  là  pré- 
cisément le  sens  du  mot  espagnol;  mais  il  y  a  du  rapport  entre  ces 
deux  significations,  car  la  badana  servait  à  doubler  les  chaussures  et 
d'autres  objets  faits  de  cuir  (cf.  Cob.). 

Badeha  ,  badea  (espèce  de  melon),  de  x^aLj  {baiîkha).    Voyez  albudega. 

*Baden  (ravin  cave  par  les  eaux,  ruisseau  à  sec)  de  ,^Iaj  (batn)»  Le 
batn  d'un  wâdî  est:  «the  interior  of  a  water-course  or  river-bed  or 
Valley;  i.  e.  its  boltom,  in  which  flows,  occasionally  or  constantly,  its 
torrent  or  river»  (Lane).  Chez  Ibn-Khaldoun  (Hist.  des  Berbères,  II, 
258,  dern.  1.)  il  est  question  d'un  combat  qui  eut  lieu  dans  le  lit  de 
la  rivière  Omm-Rebî',  batfi  al-wâdî. 

*  Badina  (mare,  flaque,  eau  stagnante  qui  reste  sur  les  routes)  doit 
venir  de  la  même  racine  que  le  mot  qui  précède.  Je  pense  que  c'est 
^bli  (bâtin),  qui,  de  même  que  bain,  signifie:  «the  low  or  depressed 
tract  of  land,  of  the  plain,  where  water  rests  and  stagnâtes*  (Lane). 

Baiiari,  pg,  bafari  (espèce  de  faucon),  de  ^j.^.^i  (bahrî),  qui  est 
l'adjectif  de  bahr ,  la  mer.  Suivant  Tamarid  ce  faucon  aurait  reçu  ce 
nom ,  parce  qu'il  est  un  «  balcon  que  passa  la  mar.  » 

"^Le  mot  bahrt,  que  les  dictionnaires  n'ont  pas  en  ce  sens,  est  encore 
en  usage  en  Algérie;  voyez  M.  Daumas  dans  la  Revue  de  r Orient  et  de 
rAlg,,  nouv.  série,  III,  235,  qui  écrit  el  bahara.  Chez  Cobarruvias 
on  lit:  «El  padre  Guadix  dize,  valer  lanto,  como  ultra  marine;  porque 
los  primeros  que  vinieron  à  Espaila  se  Iruxeron  de  las  islas  Selentrio- 
nales ,  navegando  con  ellos  por  mares  tan  remolos.  » 

Baladi  (adjectif,  de  peu  de  valeur).  Suivant  le  P.  Guadix  c'est  l'arabe 
,^Os.JLj  baladi  «que  vale  tanto  como  ciudadanon  (de  balad,  ville).  Les 
Mauresques  dans  les  villages  auraient  ainsi  nommé  les  choses  qu'ils 
achetaient  dans  les  villes,  parce  qu'on  les  trompait,  «dandoles  las  cosas 
falsificadas. »  Je  ne  sais  pas  si  cette  assertion  est  conforme  à  la  vérité; 
mais  il  est  de  fait  qu'il  a  existé  en  arabe  un  adjectif  baladî  dans  un 
sens  analogue  à  celui  du  mot  espagnol  en  question,  car  P.  de  Alcala 
traduit  gengibre  valadi  par  zengebtl  beledt, 

*  L'explication  du  P.  Guadix  n'est  pas  tout-à-fait  fausse ,  mais  elle 
est  inexacte  et  incomplète.  —  L'adjectif  baladî,  qui  vient  de  balad  dans 
le  sens  de  grande  étendue  de  pays,  province,  signifie,  en  parlant  d'hom- 
mes, regnicole,  l'opposé  de  garîb,  étranger;  voyez  Ibn-Batouta,  II,  428, 


m,  237,  el  coiuparez  Carlcrou,  Voyage  en  Algérie,  p.  175.  En  parlant 
^'  monnaies,  il  désigne  celles  qui  ont  été  frappées  dans  le  pays  même 
i  non  pas  à  l'étranger.  Ainsi  on  donnait  le  nom  de  dohlas  de  oro 
iladies  aux  doubles  d*or  frappés  par  le  sultan  de  Grenade,  par  oppo- 
iliou  aux  «doblas  marroquies»  el  autres,  que  Ton  frappait  en  Afrique; 
voyez  le  traité  de  paix  conclu  entre  le  sultan  Mohammed  de  Grenade 
cl  Jean  II  de  Castille ,  Tan  1443,  chez  Saez,  Valor  de  las  monedas , 
p.  323.  Eniîn ,  en  parlant  de  plantes,  c'est  indigène,  l'opposé  iVexoli- 
que,  el  un  grand,  nombre  de  noms  de  plantes  sont  composés  avec  cet 
adjectif.  On  trouve  p.  e.  le  lift  baladî,  «le  navet  indigène»  (Dombay, 
p.  59),  le  nabic  baladî  (Burton,  Pilgrimage,  I,  388,  qui  traduit  native), 
le  cannellier  baladî  (Tvoyage  van  Mher  Joos  van  Ghistele,  p.  255:  «een 
Canneelboom ,  die  men  daer  noemt  Velledijn») ,  le  gingembre  baladî , 
que  M.  E.  a  trouvé  chez  Alcala  ;  c'était,  selon  Ibn-al-liailâr  (I,  540),  la 
même  plante  que  le  gingembre  châmî  (de  Syrie)  ou  râsan,  c'est-à-dire, 
raunée  (Inula  Helenium).  C'est  sans  doute  en  Syrie  qu'on  lui  a  donné 
ce  nom,  pour  la  distinguer  du  véritable  gingembre  qui  venait  des  Indes 
orientales;  mais  en  Espagne  aussi  il  élait  fort  convenable,  attendu  que 
Tannée  y  venait,  tandis  que  le  gingembre  n'y  croissait  pas,  el  c'est 
justement  le  nom  de  cette  plante  qui  explique  pourquoi  l'adjectif  baladi 
signiGe  en  espagnol:  de  mince  valeur.  En  lui-même,  comme  nous  l'avons 
vu,  il  ne  le  signifiait  pas;  mais  quand  l'acheteur  recevait  des.  produits 
indigènes  pour  des  produits  exotiques,  p.  e.  de  l'aunée  pour  du  gingem- 
bre—  el  ce  qui  prouve  que  cela  avait  lieu,  c'est  un  article  de  Victor, 
qui  traduit  «gengibre  valadî»  par  «du  gingembre,»  et  le  témoignage 
du  négociant  llorentin  Balducci,  qui  écrivait  en  1540  et  qui  compte  le 
belledino  parmi  les  espèces  de  gingembre  {apud  Capmany,  Memorias, 
III,  164)  —  alors  il  recevait  en  effet  une  chose  de  mince  valeur  au 
lieu  d'une  chose  précieuse.  C'étaient  surtout  les  simples  et  crédules 
villageois  qu'on  trompait  de  celte  manière  dans  les  villes  ou  ils  venaient 
acheter  leurs  provisions;  il  n'est  donc  pas  étonnant  qu'ils  donnassent  le 
nom  de  baladi  a  toutes  les  choses  falsifiées,  comme  le  P.  Guadix ,  qui 
pouvait  le  savoir,  raffirme  très-positivement  («los  Moros  aldeanos  le 
usurpan  por  toda  cosa  falsa  y  engaûosa»).  Le  mot  est  même  devenu 
un  substantif,  car  Victor  traduit  baladi  par  fripon,  débauché. 

*Baux,   balaja,    balaxo  dans  Oclioa,   Rimas  dcl  siglo  XV,  fr.  rubis 

30 


234 

balais  (sorte  de  ru])is  île  couleur  de  vin  paillet)  de  l'arabe-persan  ^^Xi 
{halakhch).  Ce  mol  se  trouvait  déjà  chez  Marina  ;  M.  Mliller  et  M. 
Defréinery  reprochent  avec  raison  à  M.  E.  de  Tavoir  omis.  M.  Defré- 
mery  renvoie  à  Quatremère,  Hist.  des  suit,  maml.,  If,  1,  71,  et  à  sa 
propre  traduction  du  Gulisian,  p.  524,  n.  2.  En  esp.  le  mot  est  ancien; 
voyez  TAcad.  et  Yanguas,  Aniig.  de  Navarra,  I,  82. 

*  Baldaqui  et  BALDAQUIN.  Lc  premier  mot ,  qui  n'est  pas  dans  les 
dictionnaires,  se  trouve  une  infinité  de  fois  dans  l'inventaire  des  meubles 
de  la  cathédrale  de  Barbastro,  dressé  dans  Tannée  1325  et  publié  dans 
VEsp.  sagr.,  t.  XLVIII  ;  voyez  p.  226,  227.  Il  y  désigne  une  espèce 
d'étoffe  précieuse  et  c'est  l'arabe  i_5J>ÎAJt.j  {hagdadi),  de  Bagdad  ^  ville 
dont  le  nom  s'écrivait  Baldac  au  moyen  âge,  et  où  l'on  fabriquait  des 
brocarts  très-renommés.  Chez  Gonzalo  de  Berceo  [Signas  del  juicio, 
copl.  21)  c'est  balanquin: 

Ardra  todo  el  mundo,  el  oro  et  la  plata, 
Balanquines  é  purpuras,  xamit  et  escarlata, 

et  dans  une  donation  de  1289  {Esp,  sagr.,  XXXVI,  p.  clxi)  halduquin; 
«  capas  sericas  de  xamito  et  balduquino.  »  —  Baldaquin  dans  le  sens 
de  dais  (mot  qui  n'a  pas  échappé  à  l'attention  de  xMM.  Defrémery  et 
Millier)  a  la  même  origine,  les  dais  ainsi  nommés  étant  faits  de  brocart 
de  Bagdad. 

'*Balde,  de  balde  (gratis,  et  comme)  en  balde  (en  vain),  baldo  ;j(/. 
(dépourvu),  baldîo  (inculte,  vain,  sans  motif,  vagabond),  baldero  (oisif, 
vagabond,  inculte),  balda  (chose  de  peu  de  valeur,  de  peu  d'utilité), 
baldar  (estropier),  baldon,  pg.  baldao  (affront),  baldonar,  baldonear  (in- 
jurier). H  est  impossible  qu'un  mot  comme  J^bU  hâlil  manque  parmi 
ceux  que  les  Esp.  el  les  Port,  ont  empruntés  aux  Arabes,  et  je 
m'étonne  que  M.  E.  l'ait  passé  sous  silence ,  car  s'il  élait  permis  de 
changer  un  peu  les  paroles  de  Figaro,  je  dirais  avec  lui:  on  sait 
bien  que  les  Arabes  mettent  encore  dans  le  discours  quelques  mots 
par-ci  par-là;  mais  il  n'est  pas  difficile  de  voir  que  hâlil  est  le  fond 
de  la  langue.  Le  voyageur  Richardson  dit  la  même  chose,  mais  d'une 
manière  moins  piquante,  quand  il  s'exprime  en  ces  termes  (Travels  in 
Ihe  Greal  Désert  of  Sahara,  I,  153):  «Perhaps  no  word  is  so  much  used 
in  Ghadames  and  The  Mountains  as  the  epithet  />a/e/  —  J.Hj  —  vain, 
tiselcss  etc,   and   really  answers  in  its  use  to   something   like  our  ire- 


lutinJuus  humbuij.  Il  cspccially  deiiolcs  ovcrylliiiiy  bail,  lalse,  aiiii 
wrong,  in  aiiy  inalter  aiul  in  any  body.»  Sans  parler  de  Taniarid,  de 
Cobarruvias  et  de  Sousa,  Marina  avait  déjà  nolé  (en,  dé)  baldc  comme 
un  mot  arabe;  M.  Millier  en  a  fait  de  même;  mais  avant  lui  M.  Diez 
avait  dérivé  tous  les  mois  qui  se  trouvent  in  la  lôle  de  cet  article,  de 
la  racine  arabe  batala  (voyez  p.  40  de  la  r*,  I,  48  de  la  2**'' édit.). 
Je  crois  que  son  opinion  est  parfailement  fondée.  En  effet,  baldado  de 
balde  est  chez  P.  de  Alcala  bâtil;  de  môme  debalde  cosa  baralo  y  debaldc 
cosa  sin  precio,  gracioso  por  debalde,  gtaciosamente  de  balde.  En  gros 
tlymologie  est  donc  certaine;  mais  il  est  de  notre  devoir  d'examiner 
iissi  en  délail  les  formes  et  les  significalions  de  lous  ces  mois. 
Dans  balde  pour  bâlil  M.  Millier  ne  voit  pas  une  Iransposilion  de 
lettres;  à  son  avis,  le  /  est  celui  qui  sert  à  indiquer  le  son  emphalique 
(i  Jb  ou  du  ^<o,  et  la  dernière  lettre  de  bâiil  a  élc  retranchée.  Celle 
explication  est  peul-élre  la  véritable  (comparez  altabaque)  ;  mais  dans 
Texemple  arrelde  (pour  ar-rell),  que  cite  M.  Millier,  je  ne  puis  voir 
qu'une  transposition;  les  autres  formes,  arratel,  arrale,  le  démontrent; 
et  Ton  pourrait  aussi  croire  avec  M.  Diez,  qui  compare  spalula  zz:  espal- 
da,  rotidus  •=:  rolde  y  qu'on  a  dit  par  euphonie  balde  pour  badel  o\\  bat  cl  ; 
il  serait  facile  de  citer  beaucoup  d'exemples  d'une  telle  transposition 
dans  des  mots  esp.  dérivés  de  l'arabe.  —  La  signification  des  termes 
de  balde  et  en  balde  y  en  vain  y  inutilement,  est  indiquée  dans  les  lexi- 
ques pour  bâtil:  «vanus,  irritus,  frustraneus.  «  Celle  de  gratis  y  gra- 
ttement, pour  debalde  et  baldado,  est  donnée,  comme  nous  Pavons  vu, 
par  P.  de  Alcala,  et  aussi  par  Roland  de  Dussy,  par  Marlin  {Dialogues, 
p.  190)  et  par  M.  Cherbonneau  {Dialogues  y  p.  39,  62).  Baldo,  balda  y 
baldioy  baldero  sont  aussi  bâtil  avec  des  terminaisons  romanes.  Pour 
les  signilicalions  on  peut  comparer  des  phrases  comme  celles-ci:  «The 
counlry  is  batcl  (good  for  nothing),  >»  Uichardson ,  Sahara,  1,61;  «  Soudan 
is  bâtai  (worthless) ,  »  le  même,  Central  Africa,  il,  235;  «naus  batâl , 
bôses  Volk,»  Werne,  Heise  nac/i  Mandera  y  p.  '/9.  Pour  vagabond  il 
faut  comparer  la  5'  forme  du  verbe ,  qui ,  chez  Alcala ,  est  vagabonder 
(andar  vagando)  ;  pour  oisif  la  !'•  forme,  «oliosus  vel  sine  opère  fuit,» 
I  batlâly  «valde  otiosus  et  iners»  (Freylag).  Le  verbe  baldar,  estropier, 
:iemble  venir  directement  du  verbe  fjatala,  P.  de  Alcala  (sous  mancar 
ité-  ,n,nut<    donne  la  4*  forme  en  ce  s<*fi^     m.Hx    <iiii<   hw  iniirl.'v  numcit 


256 

de  manos,  çopo,  lisiado  et  (ollido ,  il  donne  le  participe  passif  de  la  V^. 
On  lit  de  même  dans  le  Cartâs  (p.  10,  1.  4);  ^JUaJI  «j^  'sJjhuA  «ij, 
«  il  vit  que  l'autre  avait  la  main  droite  estropiée ,  »  et  chez  Maccarî 
(Seconde  partie,  III,  135,  1.  11  éd.  de  Boulac):  Jj-Lx/o  iJiy  *1>.^  y$\j  -Las, 
«il  se  leva  en  traînant  la  jambe,  comme  s'il  était  estropié.»  Enfin 
baldonar ,  injurier ,  est  proprement:  déclarer  à  quelqu'un  qu'il  est  bâlil, 
c'est-à-dire,  bon  à  rien;  et  baldon ,  a/front,  est:  faire  une  telle  décla- 
ration. 

*  Bandullo  (ventre) ,  bandujo  (andouille) ,  paraît  être  ^-h,j  (batn) , 
ventre,  par  transposition.  En  effet,  P.  de  Alcala  traduit  bandujo  par 
bâtan  mtiaxî,  c'est-à-dire,  ^^^-ci^^^u  ^Lij.  MuUer. 

*  Baraço  pg,  (corde)  de  u^wo  (jnaras),  comme  l'a  fort  bien  observé 
Sousa.  Toutefois,  comme  Freytag  donne  seulement  maras  comme  le 
plur.  de  marasa  {corde),  je  ferai  observer  qu'il  se  trouve  comme  un 
sing.  dans  un  vers  que  cite  Ibn-Khaldoun,  Hist.  des  Berbères,  I,  392, 
dern.  1.,  chez  Boclhor  sous  corde,  et  chez  Berggren  sous  cordeau. 

'^  Baril  (pas  dans  les  dict.)  est  à  Grenade  un  mot  populaire  «  que  se 
dice  de  una  muger  ù  olra  cosa  de  mucho  merito,»  comme  me  l'apprend 
M.  Simonet,  qui  pense  que  c'est  l'arabe  c^b  {bâri'),  excellent. 

*Barraca,  ital.  baracca,  fr.  baraque  (hutte  que  font  les  paysans  dans 
les  campagnes,  les  pêcheurs  sur  les  bords  de  la  mer,  les  soldats  quand 
ils  n'ont  pas  de  tentes).  On  a  cherché  l'origine  de  ce  mot  dans  les 
langues  romanes,  et  selon  M.  Diez  (I,  51)  il  vient  de  barra  (en  fr. 
barre),  «comme  en  ital.  trab-acca  de  trabs.»  Cette  étymologie  me  paraît 
peu  satisfaisante,  et  d'un  autre  côté  je  lis  chez  Dan,  Histoire  de  Bar* 
barie,  p.  59:  «Ils  (les  Arabes)  demeurent  sous  des  tentes  avec  tout  leur 
ménage,  poules,  chevaux,  bœufs  et  autre  bétail,  ce  qu'ils  appellent  en 
leur  langue  une  Barraque  ;  et  toutes  ces  tentes  jointes  ensemble  un 
Douar ;n  et  plus  loin  (p.  246):  «Chaque  tente  s'appelle  une  Barraque»  K 
11  paraît  donc  que  c'est  en  Afrique  qu'il  faut  chercher  l'origine  du  mot. 


])  Dans  le  Voyage  dans  les  Etats  harbaresques ,  public  à  Paris  en  1785,  on  lit  de 
même  (p.  127):  «Ils  appellent  cette  habitation  Douar,  et  chaque  tente,  baraque,  y»  Hais 
ce  livre,  qui  a  été  jugé  très-sévèrement  dans  les  Nouveaux  Voyages  sur  toutes  les  côtes 
de  la  Barbarie t  etc.  (Paris,  An  VII ,  t.  I ,  p.  97),  inspire  peu  de  confiance,  et  dans  cette 
circonstunco  comme  dans  d'autres ,   l'auteur  semble  s'être   borne  à  copier  le  Père  Dan. 


Remarquons  à  présent  que  Tancienne  forme   élail   en  esp.   barga.     On 
la  trouve  dans  le  petit  vocabulaire  de  Berganza  {Anlig,  de  Espaha ,  II , 
à  la  lin),   où   barga  est  expliqué  par    «casa   pequeûa   con   coberlizo  de 
paja.»    Cette  forme  ancienne  prouve  que  Tétymologie  de  M.  Diez,  barra" 
acca,  est  inadmissible,  et  que  môme  le  mot  ne  peut  pas  venir  de  barra. 
En  second  lieu  il  faut  observer  que  ce  barga  est  donné  par  P.  de  Alcala 
comme  un  mot  dont  les  Mauresques  se  servaient ,  car  il  traduit  casa  pagiza 
pequeha  par  barga,  plur.  barguât.     Est-ce  donc  un  mot  arabe?     Je  ne 
le  connais  pas  dans  cette  langue;  mais  il  faut  se  rappeler  que  beaucoup 
de   mots   qui    se   trouvent  cbez   Alcala   sont  berbères,   et   Ton    peut   se 
demander   si   barga  ne   le   serait   pas   aussi.     Cela  ne  serait   nullement 
impossible,   car  ces  huttes  construites  de  paille,  de  roseaux,  de  brous- 
sailles,  que  les  anciens  appelaient   mapalia,   ont  été  de  tout   temps  les 
demeures  des   Berbères,   et   comme   ceux-ci  étaient   très-nombreux   en 
Espagne  et  en  Italie,   ils  peuvent  fort  bien   avoir   fait  adopter   par  les 
habitants  de  ces  deux  pays  le  nom  par  lequel  ils  désignaient  ces  caba- 
nes.    Il  est   vrai   qu'en   berbère  je   ne  connais  pas   barga  ^    mais  j'y  ai 
cependant  trouvé  des  formes  qui  y  ressemblent   beaucoup.     Ainsi  biigu 
est,  dans  le  dialecte  des  Auelimmides,  «Tinlérieur  d'une  tente»   (Bartb, 
Reisen,  V,  712),  et  bugô,    «boutique,   en  ital.  tenda,y>    c'est-à-dire,  ce 
que  nous  appelons  baraque  {ibid, ,  p.  713).     Chez  les  Tibbos   de   Bilma 
tente  est  pogadee  (Hodgson,  Noies  on  Northern  Africa,  p.  106),  et  dans 
un  article  de  la  Revue  de  l* Orient  et  de  VAlg.    (nouv.  série,    X,  548), 
où  il  est  Question   des  Touaregs,   on  lit:    «Leurs   modesles  gourbis  ou 
bogâf  humblement  couverts  en  ksob  ou  maïs.»     Voilà  justement  de  véri- 
tables baraques!  —  On  voit  qu'il  n'y  a  pas  de  r  dans  le  mot  berbère; 
mais  l'insertion  de   celle   lettre  dans  barga  s'explique  facilement  par  la 
manière  grasseyante  dont  les   Africains  prononcent   le  g  ou  gain.     Au 
commencement  on  écrivait  en    Europe   ce   barga  sans  y  rien  changer; 
puis  on  a  changé   le  ^  en  c,  et,   pour   adoucir  la  prononciation,   on  a 
inséré  une  voyelle  entre  les  deux  syllabes:  bareca,  baraca  (chez  Ducange). 
Enfin  la  seconde  syllabe  a  reçu  l'accent  (ital.  et  fr.),  tandis  qu'en  esp.  et 
en  port,  on  a  en  oulre  doublé  le  r ,  de  sorte  que  le  mot  est  devenu  barràca. 
Baiiba645,  pg.  barregana,   //-.   bouracan   (sorte  de  gros  camelot),  de 
^^L^^  (barracân)  qui  a  le  même  sens.     Voyez   plus  de  détails   sur  ce 
root  chez  M.  Dozy,  Dict,  des  noms  des  vclem.t  p.  68  et  suiv. 


i58 

Batafalua,  Lalafaluga  (anis),  de  Tarabe  »^Jl>  iC/.s>  (habba-halwa)  qui 
se  (lit  dans  la  même  acception.  Evidemment  les  formes  malafaiua , 
matafaluga,  ont  la  même  origine.  Pour  la  permutation  du  b  et  du  m 
voyez  p.  20  de  l'Introduction. 

*  Batea  pg.  (vase  de  bois  dans  lequel  on  lave  l'or).  Moura  dérive  ce 
mot  de  K-A-iol-j  (bâliija) ,  qui  désigne  en  effet  un  vase  de  terre  ou  de 
verre  (Lane),  ou  un  «baquet  de  bois»  (Voyage  au  Ouadây ,  trad.  par 
Perron,  p.  62).  La  forme  de  ce  vase  est  aussi  la  même,  car  selon 
Moraes  le  fond  de  la  balea  est  de  forme  conique,  et  selon  Freytag  la 
hâliya  est  «  supra  amplum  infra  angustum  ;  »  d'après  les  lexicographes 
arabes  (voyez  Lane)  le  mot  arabe  vient  même  de  la  racine  balâ,  s'élar^ 
gir.  Cette  étymologie  me  semble  donc  assez  plausible,  mais  à  une 
condition:  c'est  que  l'accentuation  soit  bàtea  comme  chez  Vieyra,  et 
non  pas  baléa  comme  chez  Moraes.     Comparez  aussi  l'article  suivant. 

*  Batega  pg,  (plat ,  écuelle).  L'accentuation  étant  bàlega ,  ce  mot 
semble  être  bâliya ,  dont  j'ai  parlé  dans  l'article  qui  précède  ;  mais 
l'insertion  du  g  est  singulière.  —  Au  reste,  Télymologie  de  balea  et 
de  batega  est  loin  d'être  certaine  (cf.  S*.  Rosa) ,  et  peut-être  ai-je  eu 
tort  de  les  admettre. 

*  Bedem  pg.  dans  ce  passage  de  Barros:  «Vinha  vestido  a  moda  Mou- 
risca,  camiza  branca,  e  seu  bedem  em  cima,»  ne  signiGe  pas  une 
espèce  de  manteau,  comme  on  lit  dans  les  dict.  port.,  mais  une  courte 
tunique  sans  manches.  C'est  l'arabe  qJs.j  [beden);  voyez  mon  Dict.  des 
noms  des  vêtem. ,  p.  56  et  suiv.  Si  c'est  aussi  un  manteau  contre  la 
pluie,  fait  de  cuir,  de  sparte  ou  de  jonc,  comme  le  dit  Moraes  en 
citant  Bento  Pereira,  la  véritable  signification  du  mot  s'est  sensiblement 
modifiée  en  Portugal. 

"^  Bedouln,  beduino  pg.,  fr.  bédouin,  de  ^^O^  (bedawî)  qui  a  le  même 
sens  et  qui  vient  de  ^u\.-j  {bedou  dans  la  langue  vulgaire) ,  «  campagne 
où  il  n'y  pas  de  demeures  fixes,  désert.» 

""Behen,  /r.  béhen,  bechen,  béchen  (nom  de  plusieurs  espèces  de 
plantes  de  différents  genres),  de  ^.♦.^-j  (behmen).  Voyez  Ibn-al-Baitâr , 
I,   182. 

*Belis,  beliz  pg.  «ne  s'emploie  que  dans  cette  expression:  Hé  uni 
beliSf  c'est  un  homme  circonspect,  clairvoyant,  ayant  le  jugement  et 
rintelligeucc   prompts;    aussi:  coquin,   fripon»   (Vieyra),     C'est  ,J^^.A.LJt 


259 

(ibtU)  y  dans  Tarabe  vulgaire  bits  (Huniberl,  p.  149,  Hélol),  le  nom  du 
diable.  Dans  toutes  les  langues  on  dit:  «c'est  un  diable,»  quand  on 
parle  d'une  personne  remarquable  soit  par  la  pénétration  de  son  esprit, 
soit  par  sa  mécbauceté. 

RiLLOTA  (gland)  de  xb^  (bellOta)  qui  désigne  le  même  fruit. 

*  Bbxjoi.m,  beijoini  et  beijuim  pg.,  esp.  benjui  et  menjui,  i(al.  belzuino 
el  belguino,  fr.  benjoin  (sorte  de  baume  qui  découle  d'un  arbre  des 
Indes  orientales).  Ainsi  que  l'ont  observé  dernièrement  M.  van  der  Tuuk 
el  M.  Veth ,  la  véritable  étymologie  de  ce  mot  a  déjà  été  donnée  par 
Valent ij n  (^e^t'Any VI «(/t'fln  ^roo/ /ai'o,  p.  67),  qui  le  dérive  de  j^.L>  ^^Li 
(lûubân  djâwl  ou  loubén  djâwt  selon  la  prononciation  africaine),  litté- 
ralement, encens  javanais,  c'est-à-dire,  encens  de  Sumatra,  car  on  sait 
que  les  Arabes  donnaient  à  celte  dernière  île  le  nom  de  Java,  et  que 
c'est  elle  qui  produit  le  benjoin  le  plus  blanc  et  le  plus  beau.  Tel  est 
en  effet  le  nom  que  le  benjoin  porte  chez  Ibn-Batouta  (IV,  228).  Selon 
Valentijn,  les  Portugais  dans  les  Indes  orientales  ont  fait  de  loubén 
(Ijâwt,  en  supprimant  la  première  syllabe,  benzawi,  et  plus  tard,  benzoin. 
Les  dict.  port,  ne  donnent  pas  ces  deux  formes  (Moraes  a  toutefois 
l'adjectif  benzoico)  ;  benjoim  y  est  la  forme  la  plus  pure.  Dans  les 
langues  européennes  le  terme  est  sans  doute  altéré,  mais  du  moins 
elles  ont  conservé  les  deux  mots  dont  il  se  compose.  Chez  les  Arabes 
au  coitraire  il  n'en  est  pas  ainsi.  Ils  disent  bien  encore  bakhottr  djâwî 
(parfum  javanais)  (Humbert,  p.  57,  Bocthor  et  Marcel);  mais  ordinai- 
rement ils  disent  louhân  tout  court  (Ibn-Batouta,  IV,  240,  Barlh, 
Iteisen ,  IH,  328),  ou  bien,  ce  qui  est  encore  beaucoup  plus  commun, 
djâwt  tout  court  (Ibn-Batouta,  III,  234,  Dombay,  p.  102,  Humbert, 
p.  57,  Berggren,  Roland  de  Bussy,  Dict.  berbère,  Cherbonneau,  Lane, 
Modem  Egf/pttans,  I,  208  dans  la  note,  Richardson,  Mission  to  Central 
Africot  II,  173,  182,  Daumas,  Mœurs  el  coufumes  de  r Algérie,  p.  78, 
Frax,  Commerce  de  l'Algérie ,  p.  29). 

BBBSRGBif A ,  pg.  beringela,  bringella  (mélongène,  aubergine)  de^l.:^oU 
(bédindjén)  y  csolanuni  melongena  ,  •  Ibn-al-BaitAr ,  I,  116.  On  trouve 
aussi  albercngena  avec  l'article  arabe. 

*Bkzar,  bezaar,  bezoar,  fr,  bézoard  (concrétion  pierreuse  qui  se  forme 
dans  le  corps  de  certains  animaux).  Le  root  persan  j^)^^  (pâdzahr) 
est  composé  de  pâd ,  qui,  placé  devant  un  substantif,  signifie  préservant 


-240 

de  ou  expulsant,  et  tic  zahr  (ou  zahir),  poison.  On  a  donne  ce  nom 
à  celle  concrélion  pierreuse  parce  qu'on  la  considérait  comme  un  anti- 
dote. Chez  les  Arabes  ce  terme  est  devenu  ^jv>Lj  {bâdizahr)  ;  mais 
quelquefois  ils  oraellent  la  syllabe  di  (voyez  Freytag,  I,  79  h;  dans  le 
Mosla'tnî  on  lit  aussi  j^jL^îi  y^^)y  de  sorte  qu'il  ne  reste  que  bâzahr, 
ou,  selon  la  prononciation  esp.,  hézahr. 

"^BizNAGA,  pg.  bisnaga  (gingidium ,    fenouil  sauvage,   persil  sauvage). 
Marina  et  Moura  disent  que  c'est  -.Lji-aJ:..v^.j  {hastînâdj),  qui  désigne  la 
même  plante,  et  cette  assertion,  pour  être  tout-à-fait  vraie,  n'a  besoin 
que  d'être  modifiée  un  peu.     Voyons  d'abord  quelle  est  l'origine  de  ce 
hastînâdj  lui-même!     C'est  un  mol  latin;  mais  il  est  à  peine  besoin  de 
dire  que  ce  n'est   ni   bis  nata,   comme  le   prétend   Cobarruvias,   ni  bis 
aculum,   comme   le  veut  Dodonaeus   (Cmydl-Boeck ,   p.  1189  a).     11  est 
vraiment  étrange  que  ce  dernier,  qui  avait  l'esprit  si  sagace,  n'ait  pas 
trouvé  la  véritable  étymologie,  car  il  commence  son  article  sur  le  gin- 
gidium  en  disant  que  les  feuilles  de  cette  plante  ressemblent  à  celles  de 
la  pastinaca   (pastenade)  ;    puis   il  dit  que   la  seconde   espèce   est    aussi 
presque  semblable  à  la  pastinaca  sauvage;  ce  qui  aurait  dû  le  conduire, 
ce  semble,  à  la  conclusion  que  l'arabe   bastinddj  n'est  autre  chose  que 
le  latin  pastinaca.     Pour   mettre    cette  dérivation   hors   de   tout  doute , 
j'ajouterai:    1^.  que  les  Esp.  appellent  celle  plante,    non-seulement  biz- 
naga^  mais  aussi  zanahoria  montesina  ou  silveslre;  or,  zanahoria  répond 
à    pastinaca;    2^,   qu'en   arabe    on   trouve  parfois    ce  mot    écrit    d'une 
manière  qui  représente  fidèlement  pastinaca.  Ainsi  l'auteur  du  Mosta'tnî 
dit  à  l'article   \yuc>  (daucus)  :  ïcïUa^Jî  y9  J^-xjj^  —  _LÂX**^iî  ^ii  J^xi^ , 
«On  dit  que  c'est  le  bastinâdj  ou  bachlinâca,y>    C'est  pastinaca ^  car  chez 
les  Arabes,    qui   n'ont  pas  de/?,   cette   lettre  devient   régulièrement  6, 
et    ils    changent    aussi    presque     constamment  le   s   latin    en   ch.    — 
Telle  est  donc  l'origine  du  mot;  maintenant  nous  devons  exposer  com- 
ment il  est  devenu  biznaga  en  esp.     Ce  sont  les  Arabes  eux-mêmes  qui 
ont  supprimé   la  syllabe  ti  ;  c'est  ce  qui  résulte  du  man.  de  Naples  du 
Mosta^îm,  car  dans  le  passage  que  je  viens  de  citer,  il  donne  A.isL-Â.^.j 
[bachnâca),  au  lieu  de  bachtinâca,  comme  on  lit  dans  le  man.  de  Leydc. 
Il   ne  faut  pas   croire  que   c'est   une   faute   du  copiste  ;   c'est   la   forme 
vulgaire;    ce  man,  donne  souvent  celles  qu'employait  le  peuple  au  lieu 
de  celles  dont  se  servaient  les  savants  et  qui  se  trouvent  dans  le  man. 


24 1 

ie  Leyde.  Peul-élre  faut-il  même  prononcer  bichnâcay  cl  alors  c'est 
exactemenl  l'espagnol  biznaga  ou  bisnaga,  comme  on  écrivait  autrefois 
(voyez  Cobarruvias  et  TAcad.),  avec  radoucissement  de  ch  en  *  (cf.  Tln- 
(rod.,  p.  18)  et  de  ca  en  ga.  En  effet,  la  première  voyelle  est  t  chez 
P.  de  Alcala,  qui  traduit  çanahoria  silvestre  par  bxznàch ,  c'est-à-dire, 
^JUo.  —  Ce  mot  est  donc  un  de  ceux  que  les  Arabes  ont  reçus  des 
Latins,  et  qu'ils  ont  donnés  à  leur  tour  aux  Esp.  et  aux  Port.  Je  di- 
ai  en  concluant  qu'il  ne  faut  pas  songer  à  faire  venir  biznaga  directe- 
inenl  du  latin  pastinaca,  car  alors  ni  le  b  au  lieu  du  p,  ni  la  voyelle  i 
ne  s'expliqueraient,  tandis  qu'ils  s'expliquent  à  merveille  quand  on  ad- 
met que  le  mol  a  été  transmis  aux  Esp.  et  aux  Port,  par  les  Arabes. 

*  BoAL  pg.  (adjectif,  uva  boâl,  excellente  espèce  de  raisins).  Ce  mot 
semble  d'origine  arabe,  car  parmi  les  espèces  de  raisins  qu'on  cultive 
au  Maroc,  Hœst  {Nachrichten  von  Marokos,  p.  303)  en  nomme  une  dont 
il  écrit  le  nom  ainsi  :  «  [^ac  Aebûa.  »  Ce  mot  n'est  pas  dans  nos  dic- 
tionnaires, et  peut-être  le  voyageur  danois  ne  l'a-t-il  pas  écrit  correcte- 
ment, ce  qui  lui  est  arrivé  plus  d'une  fois, 

BoDOQUE   (jalet,   espèce  de  caillou  propre  à  être  lancé  avec  l'arbalète) 
de  y^O^i  {bond oc)  y    «glans  missilis,  globulus  qui  ex  balistario  iacitur.  » 
[*  C'est   proprement  aveline;   on    a   donné    ce  nom  au  jalet  parce  qu'il 
est  de  la  grosseur  de  ce  fruit;  cf.  de  Sacy,  Chrest.  arab. ,  III,  68]. 
Borax  de  ^j^  (bôrac),  qui  vient  à  son  tour  du  persan  bourah, 
*BoRCEGUi,  pg.   borzeguim,  fr.  brodequin.     «La  forme  du  mot,»  dit 
M.  MOller,   «montre  que  ce  doit  être  un  adjectif  relatif.     Faut-il  penser 
à   *u«i^,   Brousse,   et   le  terme  serait-il  par  conséquent  (^.U-.jJ  (borou- 
sâwî)?  —  Je   ne   crois   pas   que   ce  soit  dans  l'Asie  mineure  qu'il  faut 
hercher  l'origine  de  ce  mot.     Jamais  je  n'ai  rencontré  chez  les  auteurs 
espagnols  ou  africains  un  adjectif  j^^U^j,  et  je  me  tiens  persuadé  que 
M.    Mùller   sera   obligé   d'en   dire  autant.     Ce  qui  au  contraire  est  cer- 
tain,  c'est   que   le   mot  en  question  a  été  en  usage  chez  les  Maures  et 
spécialement  à  Maroc,  car  voici  ce  que  dit  Cobarruvias:  «Deste  caiçado 
isan  los  ginetcs,   y  particularmente  los  Moros,  y  los  de  Marruecos  han 
t^nido  fama  ;  y  assi  dize  el  Homance  viejo: 

Hele  hele  por  do  vienc 
£1  More  por  la  caiçada, 
Borïfgiiics  Marroquic», 
Espoela  de  oro  cal(^ada.'' 

31 


Si  Ton  savait  seulement  que  le  terme  désignait  une  espèce  de  chaus- 
sure, il  serait  fort  difilciie  de  l'expliquer;   mais  heureusement  nous  sa- 
vons que,  dans  l'ancien  français,  il  signifiait  une  sorte  de  cuir,  comme 
dans  ce  passage  de  Froissart:   «Le  roy  Richard  mort,  il  fut  couché  sur 
une  litière,  dedans  un  char  couvert  de  brodequin  tout  noir.»     Cetle  si- 
gnification, qui  est  sans  doute  la  primitive,  nous  met  à  même  d'expli- 
quer Torigine  de  borcegui,   qui  est  altéré,  mais  non  pas  d'une  manière 
trop  forte  pour   qu'on   ne   puisse   pas  le  reconnaître.     Les  dictionnaires 
arabes  ne   nous  sont   ici  d'aucun  secours  ;  mais  Marmol  {Descripcion  de 
Affrica,   I,  fol.  31  a)   dit   en    parlant   des   moutons  de  l'Abyssinie:   «De 
estos  animales  se  hazen  los  cueros  muy  preciados  que  llaman  Xarequies, 
que    se  curten   en   pelo  con  rayzes  de  alheila.»     Chez  Diego  de  Terres 
{Relation  des  Chéri fs,  p.  384)  on  lit:    «Et  s'y  courroient  aussi  (dans  la 
province  de   Tafilele)   les   cordouans   de   datiles,  qu'on  nomme  Xerqms, 
qui   sont   de  mouton,  lesquels  on  courroie  avec  les  coques  des  dattes.» 
Ce   mol   se  trouve  aussi  chez  les  auteurs  arabes.     L'animal  est  nommé 
par   Maccarî ,    quand   il   énumère ,   parmi  plusieurs  autres  présents  (II , 
711,  1.  13):  iàS.X;^\  yxlj>-   ^^^,  «trente  peaux  d'acAerc.  »     L'adjectif 
^y^  (cherquî),   pour   désigner  le  cuir  de  cette  espèce  de  mouton,  se 
trouve  chez   Edrîsî,   qui   dit   en   décrivant  le   costume  du  roi  de  Gâna 
(p.  7):  mXî  ^i  \^ :i^  i}-»J^>  «il  porte  des  sandales  cherqui^»    (corrigez 
cet  article  dans  le  Glossaire).     Enfin  Ibn-Khaldoun  {Ei$t.  des  Berbères, 
II,    283)   nomme   parmi   les   présents  que  le  sultan  de  Maroc  envoya  à 
celui  de  Tiemsen:      fj-^^ii  ».i:Ljj>  Li^ytjî  {*.j^^Î  ^^  ^Ur>t.     Celte  leçon, 
qui  se  trouve  dans  deux  man.,  est  la  bonne,  tandis  que  celle  que  l'édi- 
teur  a   placée   dans  le  texte  (j^A^^.xiJLj) ,  ne  donne  aucun  sens.     Je  tra- 
duis donc:   «plusieurs  ballots  de  celte  sorte  de  cuir  qu'on  nomme  cher- 
cjui.»  —  Ce  cherqut,  désignant  une  espèce  de  cuir  qui  se  fabriquait  à 
Maroc  et  dont  on  faisait  des  chaussures,  a  été  altéré  par  les  Espagnols 
en    borccgtd.     Mais   d'où    viennent   les   deux   lettres  bo  par  lesquelles  le 
mol   commence?     L'ancien    portugais   nous  met  à  môme  de  répondre  à 
cette  question.     Dans  un  document  de  1418,  cité  par  S^  Rosa  (dans  le 
Supplément,  à  l'article  bracclloens) ,  le  mol  est  écrit  morsequill ,  et  dans 
un  aulre  de  1359  (chez  S\  Rosa  à  l'article  camalho) ,  mosequin  l.   Ajou- 


])    On    y    Ht    huuns    viosequinrs  ,    mais   je   pense  que  le  r  est  de   trop,   ou   Lien  qu'il 
faut   lire  7nosequims,    ce   qui   serait   pour  vioscqiiins. 


lanl  mal  ù  propos  un  mOf  comme  ils  Toiil  fail  aussi  dans  d'autres  ter- 
mes empruntés  à  l'arabe  (voyez-en  des  exemples  dans  mon  article  mo- 
iiarra)  ,  les  chrétiens  ont  donc  dit,  au  lieu  de  chcrquî  y  niocherqui,  par 
transposition  morchequi,  morsequi,  et,  par  le  chanf^ement  ordinaire  de 
m  eu  6,  borcegui. 

BoRM,  alborni  (espèce  de  faucon),  de  Tarabe  bornt,  pi.  baràni y  ({u'ou 
trouve  chez  P.  de  Alcala.  A  en  croire  Cobarruvias,  ces  faucons  seraient 
originaires  de  la  province  de  Bornou  en  Afrique,  et  pour  celle  raison 
on  leur  aurait  donné  le  nom  de  borni, 

*Ce  mol,  qui  manque  dans  nos  lexiques  et  dont  j'ignore  l'origine 
(car  ce  que  dit  Cob.  ne  me  semble  être  qu'une  conjecture),  est  encore 
•n  usage  en  Afri(|ue.  M.  Daumas  a  décrit  ce  faucon ,  qu'il  appelle  cl 
herana,  dans  la  Revue  de  rOnetU  cl  de  l'Alg.,  nouv.  série,  111,  235,  et 
Fristram  (The  Great  Sahara  ^  p.  392)  parle  aussi  du  v^El-Bourni,  Bar- 
bar  y  falcon  ,  falco  Barba  rus.  » 

*  BoTOR  (bube,  aposlème)  de  ^y^  [holhôr),  plur.  de  bathv,  qui  a  le 
même  sens.     Millier. 

*BuGiA,  fr.  bougie  (chandelle  de  cire),  de  iô'wjs^o,  vulgo  Bougie,  esp. 
Bugia,  d'où  Ton  exportait  jadis  de  la  cire.     Defrémery. 

*  BuLEBULE  pg.  (nom  d'une  espèce  d'herbe,  dont  la  Heur  s'agite  au 
moindre  souffle  de  vent;  —  celui  qui  est  toujours  en  mouvement,  qui 
n'est  jamais  tranquille).  La  racine  J^Jj  [balbala)  exprime  la  même  idée, 
tcommovit,»  «i  la  2*^  forme  acommolus  fuit,»  et  belbâl  est  chez  Prax 
[Revue  de  VOrient  cl  de  l*Alg.,  IV,  196)  «ephedra.»  C'est  du  moins 
une  plante,  quoique  ce  ne  soit  pas  la  même  que  celle  que  les  Port, 
nomment  bulebule.     Il  se  peut  donc  que  ce  dernier  mot  soit  d'origine  arabe. 

BuRDO.  Cet  adjectif,  qui  signifie  grossier,  en  parlant  des  étoffes, 
semble  dériver  du  substantif  jy  (bord)  [*  qui  désigne  proprement  une 
espèce  d'ctolfe  grossière  (voyez  Ibn-as-Sikkit,  A'f/a6  a/-flf//a(//t ,  man.  597, 
p.  527,  Beiske,  Aboulfeda,  I,  Ann.  hist.,  p.  10),  et  ensuite]  une  pièce 
oblongue  d'une  étoffe  de  laine  épaisse ,  dans  laifuelle  on  s'enveloppe  et 
qui  sert  également  de  couverture  pendant  la  nuit.  Voyez  plus  de  détails 
sur  ce  mot  arabe  chez  M.  Dozy,  Dict,  des  noms  des  vcL,  p.  59elsuiv. 

*  Hr/v   (esj)ècc   de   bière  en  Egypte)  du  turc  s^^j,  passé  dans  l'arabe 

iorme  \i\^  {bouza).  Le  dict.  de  l'Acad.  française  donne  ce  mot  sous 
la  forme  bosan.   Il  serait  plus  correct  à^écvïva  bonza  o\x  bousa.   Defrémerv. 


244 


c. 

*  Cabaya  pg.  (espèce  de  vêtement)  de  ^Lï  (cabd)  ;  voyez  mon  Dict.  des 
noms  des  vêtem,,  p.  352  et  suiv.  La  forme  iôLy  (pour  \jUi)  (cabâya) 
se  trouve  dans  les  notes  d'un  imam  de  Constantine  que  M.  Cherbonneau 
m'a  procurées,  et  M.  Daumas  {La  grande  Kabylie,  p.  400)  écrit  aussi: 
tikabaya,  chemise  de  laine.» 

*Cabilda,  cabilla  pg,  («associaçao  de  familias,  que  vivem  no  mesmo 
lugar,»  Moraes),  de  »X^è  {cabila),  tribu.  Ce  mot  se  trouve  très-souvent 
chez  le  voyageur  portugais  Teixeira ,  qui  a  écrit  en  espagnol  son  Viage 
de  la  India  hasta  Ilalia, 

*  Caciz  pg,  de  ^J^^  (casîs) ,  prêtre  chrétien.  Chez  Clavijo  [Vida  del 
gran  Tamorlan)  caxix ,  ermite,  p.  101,  I.  11  {caxic  1.  15  et  3  a  f.)  et 
1.  26,  caxis,  prélat,  p.  134,  1.  14. 

""  Cadae  ,  cadahe  (pas  dans  les  dict.)  désigne  à  Grenade  une  mesure 
agraire,  comme  me  l'apprend  M.  Simonet.  Dans  les  lexiques  arabes 
-v^5  {cadah)  est  seulement  le  nom  d'une  mesure  de  capacité. 

*  Cadi  pg,  de  j^tï  (câdhî) ,  juge, 

*  Cadimo  pg,  («exercitado  na  sua  arte,  ou  proBssao,»  Moraes)  de 
j^jA'i,  vieux,  comme  Moura  l'a  observé  avec  raison  ;  ladrao  cadimo, 
poeta  cadimo,  jogador  cadimo,  etc.,  comme  on  dit  en  parlant  d'une  per- 
sonne qui  exerce  une  profession,  un  métier,  qui  mène  un  certain  genre 
de  vie  depuis  longtemps:  vieux  magistrat,  vieux  capitaine,  etc.  De  même 
boca  cadima  em  mentir,  etc. 

*  Café  , /r.  café ,  de  Hj.^  (cahwa  ou  cakwé),  qui  a  été  longtemps  un  des 
noms  du  vin.  Les  étymologies  données  par  les  Arabes  sont  inadmissi- 
bles; mais  quand  on  considère  que  le  vrai  moka  est  une  boisson  eni- 
vrante, on  s'explique  aisément  pourquoi  on  lui  a  donné  ce  nom.  Au 
reste  les  Esp.  ont  emprunté  ce  terme  aux  Français.  Teixeira ,  qui  pu- 
blia son  livre  en  1610,  écrit  encore  kaoàh  {Viage  de  la  India  hasta  Ita- 
lia,  p.  116,  117). 

Cafila  (troupe)  de  icUli  {câfila)  qui  désigne  une  troupe  de  voyageurs, 
une  caravane. 

Cafiz,  cahiz,  [" pg.  cacifo;  voyez  S^  Rosa]  (nom  d'une  mesure  pour 
les  grains) ,  de  jJH  {cafîz). 


245 

Cafrb  (cruel ,  barbare)  de  yL==>  (câ/ir)  ([ui  signiûc  un  in/idèlc ,  un 
mécréant. 

*  Caftajj  de  ^l-i^âi».  (khaftân)  ou  q^w*.  y^ufliin).  Voyez  mon  Z)jc/.  f/e^ 
noms  des  vélem.,  p.  162  et  suiv. 

^Caimacaiv  (lieutenant)  est  ^Ji^  ^\Ji  {câim  macâm).     Mûller. 

*Cairo  pg.,  fr,  caire,  angL  coir,  koir,  kyre  (les  fibres  de  la  noix 
de  coco,  dont  on  se  sert  aux  Maldives  pour  en  tresser  du  fil  avec  le- 
quel on  coud  les  navires).  Eu  arabe  ce  mol  s'écrit  ^Uki ,  ,jJ^  ou  ^t^, 
que  Ton  prononce  kimbâr,  cambar  ou  combâr;  voyez  M.  Wright,  Glos- 
saire sur  Ibn-Djobair,  p.  29,  30,  et  M.  Defrémery ,  Mémoires  d'hist, 
orient,,  p.  295 ,  n.  2.  J'ignore  si  la  forme  du  mot  port,  ressemble  plus 
au  terme  qui  est  en  usage  aux  Maldives. 

*Calahorra  («forteresse,  mot  arabe,»  Victor).  Ce  mot  n'est  pas 
arabe  d'origine;    il  paraît  qu'il  est  basque  =  Calagurris,   qui  est  bien 

connu  comme  nom  propre,  et  qui,  chez  les  Arabes,  est  s^^»  de  même 
que  chez  les  Espagnols  (Calahorra).  Cependant  les  Arabes  remploient 
comme  un  nom  appellatif  dans  le  sens  de  forteresse  ou  de  tour  d'une 
forteresse:  voyez  Ibn-al-Khalîb  dans  MuUer,  Beitrdge,  p.  3,  et  les  arti- 
cles de  P.  de  Alcala  que  cite  Fédileur.  Selon  TAcad.  ce  mot  s'emploie 
encore  dans  quelques  districts,  mais  dans  un  autre  sens,  puisqu'il  dé- 
signe: la  maison  où  l'on  distribue  le  pain  au  public  en  temps  de  disette. 
*Calaim  pg.  (étain  indien)  de  ^^^  {cala*t),  qui  vient  à  son  tour  du 
malai  iSS  [kélang),  étain  y  ou  bien  qui  est  dérivé  de  Cala'a  (K«Jlâ  ou  ôSS), 
nom  d'une  ville  dans  l'Inde  d'où  l'on  lirait  Tétain  ;  voyez  Quatremère 
dans  le  Journ.  des  savants  de  1846,  p.  731;  Djawâlikî,  p.  125  du  texte, 
et  p.  56,  57  des  notes.  Chez  les  Arabes  cala'î  est  à  la  fois  un  adjec- 
tif et  un  substantif.  Edrîsî  (Clim.  I,  Sect.  6)  nomme  ^^»i^^  u^Lo^JI , 
«Tétain  cala'i ,»  parmi  les  produits  de  la  Chine,  et  la  même  expression  se 
trouve  dans  le  man.  de  Naples  du  Mosta*înî  à  l'article  iû^l  ^jJU^  ,jfT^>. 
Ailleurs  on  lit  dans  ce  livre  (art.^-jjuaji)  :  ^«ii  o^l^j  JJu^  t^s*^^  ^ 

Califa  de  AflAii>    {kkalifa)   qui    signifie    successeur    (du    prophète    de 

Cambl'x  (masque  ou  voile  à  couvrir  le  visage)  deo^^^JL^  (canbouch)  qui 
désigne  une  e8|)ècc  de  voile,   comme  le  dit  P.  de  Alcala  aux  mots  toca 


246 

de  muger,  antifaz  et  vélo  de  mugcr  ;  voyez  M.'Dozy,  Bicl.  des  noms 
des  vôtcm.y  p.  390.     Le  mot  cancabux  semble  avoir  la  même  origine. 

"^M.  Millier  observe  avec  raison  que  gambux  (bonnet  d'enfant)  n'est 
qu'une  autre  forme  de  ce  mot.     Ajoutez  aussi  gamhox  et  gambo. 

""Camocan,  camucan  (pas  dans  les  dict.).  Camocan  se  trouve  souvent 
chez  Ciavijo  (Vida  del  gran  Tamorlan)  comme  le  nom  d'une  étoffe  pré- 
cieuse, p.  e.  p.  113,  1.23,  p.  118,  1.  30,  p.  119,  1.3  a  f.,  p.  123,  1.30, 
et  il  faut  lire  camucanes  dans  une  ordonnance  de  1348,  où  le  texte, 
publié   dans  les  Cortes  de  Léon  y  de  Castilla  (I,  623),  porte:   «Las  del 

comun  de  la  villa que  non  trayan  pannos  de  sirgo  nin  de  can- 

nucanes  nin  de  tapetes.»  Dans  le  Cancionero  de  Baena  (p.  99)  on 
trouve  : 

De  Milan  con  grant  afan 

Viene  agora  Sancho  el  page, 

Balandran  de  çamoçan 

Non  sabemos  sy  lo  trage. 

Les  auteurs  du  glossaire  expliquent  ce  çamoçan  par  peau  de  chamois  ; 
c'est  une  grave  erreur  et  la  véritable  leçon  est  camocan.  C'est  L^^4.5^, 
que  Freytag  a  noté  d'après  un  des  glossaires  de  Habicht  sur  les  Mille 
et  une  nuits  (cf.  Fleischer,  de  Glossis  Habicht.,  p.  94) ,  et  qui  se  trouve 
souvent  chez  Ibn-Batouta.  Selon  le  dictionnaire  persan  de  Richardson , 
il  faut  prononcer  kimkhâ.  Chez  Bocthor,  sous  chenille  ^  tissu  de  soie 
velouté  et  sous  damasquète ,  étoffe  de  soie,  or  et  argent,  de  Venise,  du 
Levant,  à  fleurs,  le  mot  est  ^^  (pas  de  voyelles).  Berggren  et  Nag- 
giar,  sous  damas,  ont  camkhd.  Le  mot  est  d'origine  chinoise,  car  se- 
lon M.Hoffmann,  kincha  ou  kimcha  signifie  en  chinois  brocart  (voyez  le 
Glossaire  de  M.  de  Jong  sur  le  Latâif  al-ma'ârif  de  Tha'âlibî ,  p.  xxxv). 
La  forme  camkhâ  s'approche  le  plus  de  camocan  ou  camucan;  mais 
M.  de  Jong   a    trouvé  dans   un  man.   de   Tha'âlibî  ^li^^-^/  et  dans   un 

autre  ,L^-*^  ou  .L^^-^s.  Ne  faudrait-il  pas  lire  qI:^^^?  Prononcé 
comme  cammokhân,  cette  forme  répondrait  fort  bien  à  camocan. 

*Cancano  (pou)  serait  j.LiUi  (camcâm),  selon  Marina.  La  signification 
est  bien  la  même;  mais  si  cette  étymologie  était  bonne,  l'accent  aurait 
été  changé  dans  le  mot  esp.  (câncano) ,  et  en  outre  je  doute  que  cam^ 
cdm,   qui  n'est  ni  dans  Alcala  ni  dans  Bocthor,   ait  été  en  usage  dans 


247 

la    langue  ordinaire.     Je  dois  donc  avouer  que  celle  dérivalion   m'est 

suspecle. 
*Ca>db,  candi,   pg.  aussi  candil  et  cadde,    en  parlent  du  sucre,    de 

Tarabe-pcrsan  Jùi  {cand) ,  qui  vient  à  son  tour  du  sanscrit  khanda.    Cf. 

Malin,  Eitjm,  Unters,,  p.  47. 
Candil.     11  est  difficile  à  décider  si  ce  mot  espagnol  est  Tarabe  joJoLï 

(canâtl)   ou   bien   le   latin   candela.     Le  portugais    candca   se   rapprocbe 

plus  de  la  forme  latine. 

*  «M.  E.  semble  avoir  eu  lort  de  ne  pas  se  décider.     Le  lai  in  candela 

est  resté  candela,  cbandelle  ;  candil  y  lampe,  est  le  mot  arabe.»  Mïiller.  — 

Cette  observation  me  paraît  juste.    Au  reste  ce  candîl  vient  de  x^vr^Aa; 

vovez  Fleischer,  de  Glossis  Habicht,,  p.  72. 

'  CaiMbo  pg,  \  (chanvre).  On  s'étonnera  peut-être  de  trouver  ces 
^Cakoamo  pg.  >  mois  ici,  attendu  qu'ils  viennent  de  kxvvx(3iç,  can- 
*Cauamo  J  nabis.     Aussi  ne   les   ai-je   notés   que    parce  que    ce 

<ont  les  Arabes  qui  ont  altéré  de  celte  manière  le  mot  grec-latin.    Dans 


le  Mosta'im  on  lit:  ^^isù\  ^  g.iick^.ii,  et  le  mau.  de  Naples  ajoute: 
jj-Jjo^l  iUU  qL*»^  (J^^^  ,  c.-à-d.:  ^Chahdânedj  est  le  kinnab  [telle  est 

la  forme  que  xâvvccfSig  a  reçue  en  arabe],  ou  le  kinnam,  comme  dit  le 
peuple  en  Espagne.»  Or,  l'auteur  du  Mosta^mî  entend  toujours  sous 
cette  dénomination,  non  pas  les  chrétiens,  mais  les  Arabes  d'Espagne; 
il  est  donc  certain  que  c'est  à  ces  derniers  qu'il  faut  attribuer  le  chan- 
gement du  h  en  m.  Le  témoignage  de  P.  de  Alcala  confirme  celle  as- 
>crlion ,  car  il  traduit  canamo  par  qmnnam.  Toutefois  le  peuple  arabe 
en  Espagne  n'avait  pas  perdu  lout-à-fait  la  coutume  de  prononcer  ce 
mot  avec  le  b;  l'adjectif  alcanavy ,  que  nous  avons  rencontré  plus  haut, 
le  prouve.  Quant  à  canibo,  que  Ton  rencontre  à  plusieurs  reprises 
chez  Barros  (voyez  Moura),  il  semble  aussi  représenter  (mais  d'une 
manière  peu  e.\acte)  Tarabe  kinnab. 

Carabe,  [*pg»  aussi  charabé,  karabé]  (ambre  jaune) ,  de  U^i'  (cahrabc), 
•  jui  est  le  persan  câh-robâ ,  «ce  qui  allirc  la  paille.» 

Carabia.  Dans  un  passage  des  Ordonnances  de  Tolède,  cité  par 
Marina,  on  lit:  « Qualquier  home  que  quisiere  cavar  para  facer  pozo, 
n  canal,  ô  carabia,»  etc.  Marina  dérive  ce  mot  de  iHi/  (caraba)  qui 
désigne  chez  Freytag  locus ,  cjuo  per  vallem  aqua  finit.    N'ayant  jamais 


248 

rencontré  ce  mot  arabe,  je  ne  saurais  confirmer  cette  étymologie,  bien 
que  je  n'aie  pas  à  en  proposer  de  meilleure. 

^Dans  le  Glossaire  sur  Edrîsî  (p.  315,  316)  j'ai  déjà  dit  que  cette 
étymologie  est  fausse.  Elle  n'explique  pas  la  terminaison  ia ,  et  le  mot 
caraba  n'a  jamais  été  en  usage  en  Espagne  ;  c'est  un  vieux  mol  qui 
appartient  à  la  langue  du  Désert.  Il  y  a  dans  carahia  une  faute  légère 
et  extrêmement  fréquente  dans  les  écrits  esp.  du  moyen  âge;  la  cédille 
a  été  omise  et  çarabia  est  l'arabe  y^^i.**^  {sarahtya)  zzz  ^jm  (sarab) ,  en 
esp.  azarbe,  canal,  conduit  de  Veau, 

*Caraca  b.-lat,,  esp.  et  pg.  carraca ,  ital.  caracca,  /r.  caraque,  b.-lat, 
CARACORA,  pg,  coracora  ou  corocora,  esp.  caracoa,  fr,  caracove  (espèce 
de  vaisseau  grand  et  d'une  marche  lente].  M.  Diez  a  noté  caracca  etc., 
qui  a  aussi  passé  dans  les  langues  du  Nord,  mais  sans  en  expliquer 
l'origine.  En  esp.  carraca  est  ancien  ,  car  on  le  trouve  déjà  dans  la 
Cronica  gênerai  (Acad.),  et  je  crois  que  les  Européens  ont  emprunté  ce 
mot  aux  Arabes,  de  même  que  caracora.  En  effet,  on  trouve  dans  les 
dictionnaires  de  la  langue  classique  ^yijé  {corcôr) ,  et  chez  les  auteurs 
ir,yi^5  (corcôra)  (Ibn-Batouta,  II,  254 ,  IV,  327,  Maccarî,  II,  725,  1.5), 
pour  désigner  un  vaisseau  marchand  qui  parfois  était  d'une  grandeur 
énorme  (voyez  le  CartdSy  p.  225,  1.  1  et  2).  Ce  corcôra  a  donné  nais- 
sance à  caracora  y  etc.  Quant  à  caraca  etc.,  je  serais  tenté  de  le  déri- 
ver du  plur.  de  ce  même  mot,  à  savoir  de  yilyi  {carâquir)  (cette  forme 
du  plur.,  qui  n'est  pas  dans  les  dict.,  se  trouve  chez  Ibn-Batouta,  II, 
453,  dans  le  Carias  ^  p.  224  du  texte,  p.  228,  n.  3  de  la  trad.,  chez  un 
chroniqueur  anonyme,  man.  de  Copenhague,  n».  76,  p.  41),  car  plu- 
sieurs mots  arabes  ont  passé  dans  l'esp.  sous  la  forme  du  plur.,  et  en 
outre,  comme  les  corcôra  s  ou  carâquir  étaient  souvent  réunies  eu  flot- 
tes, il  était  facile  de  prendre  le  plur.  pour  le  sing.  On  entendait  par- 
ler des  carâquir,  et  Ton  pensait  que  chaque  navire,  pris  séparément, 
s'appelait  de  même.  Quant  au  changement  de  carâquir  en  cardca,  il 
est  si  simple  et  si  commun,  qu'il  serait  inutile  de  s'y  arrêter».  Une 
autre  question  serait  de  savoir  d'où  vient  ce  mot  corcôra.     En  arabe  il 


l)  Cet  article  était  écrit  depuis  longtemps,  lorsque  j'ai  reçu  le  numéro  du  Journ. 
asiat.  de  1867,  où  M.  Defrémery,  en  rendant  compte  de  la  seconde  édition  du  livre  de 
M.  Pihan,    donne   la  même  étymologie    du  mot  carraca. 


I'i9 

esl  ancien ,  mais  il  tt*a  pas  de  racine  dans  celle  langue.  Ne  viendrait- 
il  pas  de  carricare  (=  charger),  qui  se  trouve  déjà  chez  saint  Jérôme 
et  qui  s'emploie  précisément  en  parlant  de  navires  («perierunt  très 
naves  quae  pergebant  carricatae  Constantinopoli  »  chez  Ducange)!^ 

^  GABAOïOi'^  (pas  dans  les  dictionnaires).  Dans  le  Libro  de  la  Monteiia 
d'Alphonse   XI    (fol.  25  b)    «una  melezina   que   le   dizen   raradion  »    est 

•  minée  comme   un    remède   propre  à   faire   mourir  les   vers   chez    les 
1.  JUS,    et  c'est  en  se  fondant  sur  ce  passage  que   l'Acad.   a  donné  un 

article  saradion.  Je  crois  que  la  cédille  est  de  trop,  que  par  conséquent 
il  faut  lire  caradion  et  que  c'est  ^^^\ôjJ5  {cardâyôn).  Ce  mot  manque 
dans  les  dictionnaires,  mais  M.  Sanguinetti  Ta  noté  (dans  le  Jotirn.  asial. 
de  1866,  I).  Il  signifie  cardamome,  et  celle  plante  était  en  effet  con- 
sidérée comme  un  vermifuge;  voyez  Dodonaeus,  Crutjdt'Bocck,  p.  1538  a. 
Je  pense  aussi  qu'il  faut  restituer  le  même  mot  un  peu  plus  loin  (fol. 
25  c),  où  Tauleur  dit:  «é  despues  tomen  de  una  melezina  que  dizen 
çaradique  e  amassenlo  con  del  vinagre,  é  del  agua  é  pongangelo  sobre 
las  yjadas  é  atenlo»  (de  là  rarlicle  zaradique  dans  le  Dict.  de  l'Acad.), 
car  on  employait  le  cardamome  contre  la  goutte  aux  hanches  ;  voyez 
Dodonaeus,  ibid. 

*  Caramo  boh.  (vin)  de  ^.^  (khamr).  Miiller. 

GABAVAiNA  (troupe  de  marchands  ou  de  pèlerins  voyageant  ensemble) 
de  q'^-wî  (cairawân),  mot  d'origine  persane  (q^^/)  qui  désigne  la  même 
chose  que  l'arabe  câfila.     Voyez  ce  mot. 

*  Carcajada  (éclat  de  rire) ,  chez  Victor  le  verbe  carcajear  (rire  à 
gorge  déployée).  Tamarid  (voyez  l'Acad.)  avait  déjà  dit  que  c'est  un 
mot  arabe,  et  Marina  compare  avec  raison  x^i  (cahcaha),  l'infinitif  du 
verbe  «J^jj,  qui  a  le  même  sens.  En  effet,  P.  de  Alcala  traduit  carca- 
/ida  de  visa  par  tacahcûha ,  l'infinitif  de  la  2*  forme  de  ce  verbe.  Le 
^on  que  l'on  produit  quand  on  rit  aux  éclats,  est  aussi  rendu  par  les 
lettres  f^Ji^^  {cahcah);  voyez  Maccarî,  II,  203,  1.  12. 

*  Carcajbs  chez  Cervantes,  Dan  Quijole,  I,  cap.  XLI,  t.  III,   p.  215 

•  d.  Clemencin,  est  JL5^JLi>  [khalkhâl)  z=  axorca.  Millier.  —  Cervantes 
mploie  aussi  ce  mot   dans   ses  ^'ovelas ^  I,  156   éd.  de   Perpignan    de 

1816  (Novela  del  amante  libéral). 

*  Carcavo  («el  concavo  y  hondura  del  vîenlre  del  animal,  segun  dice 
Nebrixa»  Acad.)  de  wëyi  (carcab),  ventre,  comme   l'a  déjà  dit  Marina. 


250 

Eîi  effet ,  P.  (le  Alcala  traduit  carcavo  par  deux  mots  arabes  qui 
signifient  ventre. 

*  Carcax  ,  fr.  carquois.  «  Ce  mot  nous  est  venu  du  persan  ^^i^jJi 
(tarcach),  d'où  les  Arabes  ont  fait  j^\S'jj  (tarcâch)  et  les  Italiens  tarcasso. 
Au  XV"  siècle,  on  disait  targuais,  et  Ton  n'ignore  pas  que  les  lettres 
c  et  t  permutaient  souvent  entre  elles  dans  les  langues  néo-latines 
(voyez  la  BibL  de  l'école  des  chartes,  2^  série,  IV,  402  et  suiv.).  C'est 
ainsi  que  de  carcer  on  a  fait  charlre;  de  flaccere,  flétrir;  de  tremere, 
cremere,  et  ensuite  craindre  (cf.  Chevalet,  Orig.  de  la  langue  franc.,  I, 
208,  II,  98,  104).»  Defrémery.  —  M.  Miiller  a  aussi  signalé  l'omission 
de  ce  mot  et  il  renvoie  à  Quatremère,  Hist.  des  suit,  maml.,  I,  1,  15. 

*  Carmel  («espèce  de  plantain  qu'on  appelle  long  plantain  ou  lancelée,» 
Victor).  En  arabe  cette  plante  s'appelle  J^^j^^j;  ^^\,^l  {lisdn  al-hamal), 
ce  qui,  quant  à  la  signification,  répond  exactement  au  grec  arnoglossa 
cl  à  Tesp.  lengua  de  cordero;  mais  les  Arabes  d'Espagne  disaient  hamil 
au  lieu  de  hamal  (Aie.  sous  lengua  de  cordero  yervà) ,  et  je  crois  que 
ce  hamtl  a  été  altéré  en  carmel.  Les  Esp.  ont  donc  supprimé  le  premier 
mot,  et  ils  ont  corrompu  l'autre;  mais  comme  il  s'agit  du  nom  d'une 
plante,  celte  circonstance  n'a  rien  d'étonnant,  car  dans  toutes  les  langues 
ce  sont  les  noms  des  plantes  qui  ont  subi  le  plus  d'altérations. 

''Carmen  gren,  («huerto  ô  quinla  con  jardines,  que  se  hace  para 
recréo,»    Acad.)   de  *jS    {carm) ,   vigne,   étendue   de   terre  plantée  de 

vigne,   selon  Marina  et  M.  Miiller.     En  effet,  l'expression  oLoji'^  oLL> 

{Cartâs,  p.  251,  1.  3  a  f.,  Mûller,  Beitrdge,  p.  42),  ou  olJL>.^  oLo^-f 
{Carias,  p.  238,  1.  9  a  f.) ,  ou  ^y.^L^^i^  ^^^S  (Mille  et  une  nuits,  II, 
109  éd.  Macnaghlen),  n'est  pas  rare  chez  les  écrivains  arabes,  et  elle 
répond  tout-à-fait  à  celle  qu'emploie  Marmol  (Eehelion  de  los  Moriscos, 
fol.  8  h)\  «cârmenes  y  huertas.»  Le  sing.  ^^  se  trouve  dans  le  Kitâb 
akhhâr  aWaçr  (dans  Mijller,  Die  letzten  Zeiten),  p.  52,  1.  4,  et  dans  les 
Mille  et  une  nuits,  ï,  734  éd.  Macnaghlen.  Freylag  n'a  pas  le  mot  en 
ce  sens. 

*  Carmes,  carmesi,  carmin.     Voyez  alquermez. 

"*  Carne  (celui  des  quatre  côtés  de  l'osselet  qui  est  un  peu  concave 
et  qui  forme  une  figure  comme  un  S)  est  probablement  ^y&  (carw)  qui 
signifie  proprement  cor^ie.     Ce  nom  est  bien  choisi,  car  sur  les  osselets 


25 1 

que  j'ai  sous  les  yeux ,  la  ûgurc  eu  queslion  ressemble  encore  plus  à 
une  corue  qu'à  un  S. 

*  Cazuz.  On  lit  dans  le  Libro  de  la  Monteria  d'Alphonse  XI  (fol.  25  ci): 
•  Una  yerva  que  le  dizen  caruz,  é  esla  yerva  non  ha  mas  de  una  rayz 
sola  que  se  va  derecha  ayuso,  é  es  assi  como  soga ,  é  apegase  â  las 
paredes,  é  sube  contra  arriba.  >  C'est  l'arabe  ^^jh^,  qu'il  ne  faut  pas 
prononcer  casous,  mais  kissous,  car  c'est  la  transcription  du  grec  Ki77Ôq , 
lierre,  —  Chez  Nufiez  le  mot  esp.  est  écrit  cazur;  c'est  une  faute. 

*  CuoBO.     Victor:   *Zeb6ho,  espèce  de  chausson  morisque.  »  ? 
CiBRATANA,    [*cerbatana,   zarbatana,  pg.   sarabatana   ou    saravalana , 

itaL  xarabolana,]  /r.  sarbacane,  de  xiUuj  (zabalâna)  qui  désigne  une 
sarbacane  dont  on  se  sert  pour  tuer  les  oiseaux. 

*  Les  Arabes  ont  emprunté  ce  mot  aux  Persans.  Le  r,  qui  est  de 
trop,  était  déjà  dans  le  dialecte  des  Arabes  d'Espagne,  car  P.  de  Alcala 
traduit  zebralana  par  zarbatana, 

*Cbca  (monnaie,  lieu  où  l'on  bat  la  monnaie)  de  K^.^  (sicca).  En 
arabe  c'est  ddr  as-sicca. 

Cedoaria  de  ^^J^-^^  {djedwdr)  que  Bocthor  traduit  par  zédoaire. 
Voir  Sousa. 

*  Voyez  Ibn-al-Baitàr,  I,  245.  En  arabe,  comme  on  peut  le  voir 
chez  cet  auteur  (!,  523)  et  chez  Freytag  (I,  255  a),  la  première  lettre 
de  ce  mot  est  soit  un  djim ,  soit  un  zâ  (s)  ,•  il  vaut  donc  mieux  dériver 
cedoaria  de  la  forme  j\^ô^  (zedwâr).  En  esp.  et  en  cat.  on  trouve  les 
formes  anciennes  celoal  (Alexandre,  copl.  1501),  siloval  (tarif  de  1252, 
dans  Capmany,  Memorias  sobre  la  marina  de  Barcelona,  II,  20),  siloiiar 
{ibid.,  III,  178,  n.  38). 

*  Cegatbro  (revendeur,  fripier)  de  ^'JU  (saccâl)^  qui  a  le  même  sens, 
avec  la  terminaison  esp.  ero.  Mûller. 

*  Ckmimb.  Ce  mot  qui  n'est  pas  dans  les  dicL,  se  trouve  (avec  le  z) 
dans  la  Gtrpinteria  de  lo  blanco ,  et  M.  Lafuenle  y  Alcûnlara  m'écrit  à 
ce  sujet:  «Ni  N.  Mariategui  ni  moi,  nous  n'avons  encore  pu  déterminer 

Tune  manière  précise  ce  qu'il  faut  entendre  sous  zemime.  C'est  évidem- 
ment une  pièce  de  bois  qui  sert  à  en  lier  ou  assujettir  d'autres;  mais 
Lopcz  Arenas  n'en  explique  ni  la  forme  ni  les  dimensions  d'une  manière 
intelligible.  Je  crois  que  c'est  (»'w«j.  »  Il  se  peut  bien,  en  elfol .  que 
«.43  {zimâm,  simém,  fimlm)  ail  désigné  une  telle  pièce  de  bois. 


252 

*  Ceni.  En  arabe  l'adjectif  ^^^t^  {cint),  qui  signifie  propremert  chi- 
nois, est  aussi  employé  comme  un  substantif  pour  désigner  une  sub- 
stance métallique.  Freytag  n'a  pas  du  tout  ce  mot,  qui  cependant  a 
encore  plusieurs  autres  significations;  il  donne  seulement  ^-JLA.Ai>.L«i> 
(khârcint) ,  qui  désigne  soit  la  toutenague ,  soit  le  zinc  (voyez  l'art. 
KAziNi)  ;  mais  on  trouve  dans  le  Mosta'înî  à  l'article  Qj-ail^  j^>  (ce 
mot  tâlicoun,  qui  n'est  pas  dans  Freytag,  mais  qui  est  une  altération 
de  catholicon,  signifie  selon  M.  Sanguinetti,  dans  le  Journ,  asiat.  de 
1866,  I:  «une  sorte  de  cuivre  jaune,  très-dur;»  comparez  cependant 
de  Sacy,  Chrest.,  III,  457,  à  la  fin):  ^^Aoit  yS> ,  «c'est  le  ctnî,^  Chez 
P.  de  Alcala  cint  est  fuslera,  et  on  lit  chez  Marraol  {Descripcion  de 
Affrica,  III,  fol.  3  d):  «Las  minas  del  cobre,  de  que  se  haze  el  alaton 
finissimo,  que  Uaman  Ciny*^>  Dans  les  Libros  de  Aslronomïa  d'Alphon- 
se X,  ceni  est  signalé  comme  un  mot  arabe,  car  on  y  lit  dans  l'endroit 
où  il  est  question  des  métaux  dont  on  fait  la  sphère  (I,  165):  «Et  si 
deslos  melales  la  fiziessen  buellos  unos  con  otros,  assi  cuemo  uno  à 
que  Uaman  en  aràviguo  ceni,  de  que  fazen  bacines,  et  aguamaniles,  et 
acelres;  et  demâs  es  tan  flaco  por  si  este  métal  assi  buelto,  que  quie- 
bra  cuemo  vidrio.  »  Toutefois  on  le  trouve  aussi  employé  dans  cette 
collection  comme  un  mot  castillan,  car  on  y  rencontre  ce  passage  (II, 
117):  «Las  cosas  de  que  se  puede  fazer  ell  espéra  son  todos  los  racia- 
les, assi  cuemo  oro,  plata,  arambre,  lierro,  estanno  ô  plomo,  et  quan- 
tas  mezclas  se  fazen  destos  metales  cuemo  son  el  ceni  et  la  fuslera.  »  — 
De  ces  deux  passages  il  résulte  que  le  ceni  est  un  alliage,  une  compo- 
sition artificielle;  mais  j'ignore  comment  il  faut  l'appeler  en  français, 
et  les  témoignages  que  j'ai  rassemblés  ne  suffisent  pas,  ce  me  semble, 
pour  l'identifier  avec  un  des  alliages  que  nous  connaissons.  Tout  ce 
que  l'on  peut  dire,  c'est  que  le  cuivre  y  entre  en  premier  lieu,  et 
que,  malgré  le  témoignage  d'Alcala,  ce  n'est  pas  =:  fuslera,  car  les 
astronomes  d'Alphonse  X  distinguent  très-nettement  le  ceni  de  la  fuslera, 
non-seulement  dans  le  second  passage,  mais  aussi  dans  le  premier. 

*Cepti,  ceuli,  pg.  ceitil ,  de  ^^*^  (sebtî),  l'adjectif  de  iLUm*  (Sebta) , 
nom  par  lequel  les  Arabes  désignent  la  ville  de  Ceuta.  Ceuti  est  un 
adjectif  pour  une  très-belle  espèce  de  citron  de  Ceula,  et  aussi,  sous 
la  forme  cepti  ou  cebli ,  pour  du  papier  fabriqué  dans  cette  ville.  En 
Espagne  les  doblas  ceplis ,   cal.  bizancios  ceptils ,    étaient  des   monnaies 


255 

d'or  (voyez  Saez,  Valor  de  las  monedas ,  p.  321  el  ailleurs;  Capmany , 
Memorias  y  IV,  8)  et  selon  toute  apparence  on  les  frappait  à  Ceuta  ; 
mais  ce  qu'on  appelait  ceilil  en  Portugal  était  une  monnaie  de  cuivre 
que  Jean  l"  lit  frapper  en  mémoire  de  la  conquête  de  Ceuta  (voyez 
S*,  llosa). 

*Cequi,  itaL  zecchino,  fi\  sequin,  dérivé  de  )i.^M,  (sicca),  monnaie.  Miiller. 

*  Cbreceda  boh,  (chaîne  de  galériens)  de  kJUJ^  (silsila),  chaîne.  Mill- 
ier. —  Comparez  ce  que  j'ai  dit  dans  Tlntrod.,  p.  22. 

*Cero,  ilaL  zéro,  fr.  zéro,  de  Juo  (cifr),  vide  (cifro,  ciro ,  cero) ,  et 
substantivement  comme  terme  technique  zéro.  Le  môme  mot  cifr  est 
aussi  devenu  cifra,  chijfre,  les  Européens  ayant  appliqué  le  nom  du 
zéro,  comme  celui  du  caractère  le  plus  général,  aux  neuf  autres. 
Voyez  Mahn,  Elym.   Unlers.,  p.  46. 

*  Charel  pg.     Voyez  girel. 

*  Cherva  (ricin,  Palma-christi,  =  higuera  infernal)  de  c^^i>  {khirwa') 
qui  désigne  la  même  plante.  Ce  mot,  que  Marina  a  déjà  noté,  est  un 
exemple  frappant  et  irrécusable  du  changement  du  khâ  en  cA,  dont  j'ai 
parlé  dans  Tlntrod.  (p.  13).  En  effet,  ni  l'origine  orientale  de  khirwa\ 
ni  son  identité  avec  cherva,  ne  peuvent  être  révoquées  en  doute.  Lagu- 
no,  que  cite  l'Acad. ,  avait  déjà  écrit  dans  ses  notes  sur  Dioscoride: 
«  El  Ricino  ô  Cicino  es  la  misma  cherva  6  catapucia  mayor  de  los 
Arabes,»  et:  «El  oleo  Ricino  6  Cicino  es  el  azeite  de  cherva»  (^j-^v> 
cj^-i^Ji  chez  Ibn-Djobair,  p.  68,  1.  5).  Il  est  aussi  très-certain  que 
kerva  a  été  la  forme  intermédiaire,  car  Dodonaeus  dit  {Cruydt'Boeck ^ 
p.  648  a):   «On  appelle  quelquefois  cette  plante  kerua  ou  cherva  maior.y» 

*  CmBO  (fosse  où  Ton  jette  le  marc  des  olives)  de  ^>.  {djoubb),  puits, 
fosse t  que  nous  avons  déjà  rencontré  plus  haut  sous  la  forme  algibe. 

*Chiparote  (épée  courte  et  droite),  et 

*  Chifra  pfj,f  esp.  chifla  (racloir,  outil  de  relieurs  et  d'autres  ouvriers 
pour  amincir  le  cuir  dont  ils  couvrent  les  livres,  les  coffres,  etc.). 
Freytag  a  »^  (chafra  et  chofra) ,  «  culter  magnus,  pec.  scalprum  su- 
lorium.  »  En  Espagne  on  prononçait  chifra,  et  ce  mot  y  désignait  un 
outil  semblable  à  la  chifra  des  deux  langues  romanes  ;  P.  de  Alcala  le 
donne  sous  tranchele  de  çapalero  ;  il  a  aussi  navaja  de  barvero ,  chifra 
al-mous.  Chifarote  a  la  même  origine  ;  mais  otc  est  une  terminaison 
romane, 


254 

*  CiiiRiviA ,  ;j^.  cherevia,  alcherevia,  alquirivia,  fr.  cliervis,  chiroui, 
de  \^.*)^jS  (carâwiyâ  ou  cartwiyâ)  qui,  chez  Bocthor,  répond  à  chervi. 
Sur  le  changement  du  c  en  c/i  voyez  Tlntrod. ,  p.  15.  Les  Espagnols 
ont  rendu  ce  mot,  sous  la  forme  qu'ils  lui  avaient  donnée,  aux  Mau- 
resques, car  chez  P.  de  Alcala  chirivia  rayç  conocida  est  girivia. 

*  Choca  pg.  (boule  avec  laquelle  jouent  les  enfants  et  qu'ils  frappent 
avec  un  grand  bâton  ;  le  jeu  a  le  même  nom ,  Moraes)  de  l'arabe-persan 
qI^^>  {djôcân)  y  le  jeu  de  la  paume  à  cheval,  mais  proprement:  l'espèce 
de  raquette  avec  laquelle  on  poussait  la  balle.  Le  voyageur  portugais 
Antonio  Tenreiro  dit  en  parlant  des  Arabes:  «Ils  sont  si  grands  cava- 
liers ,  qu'ils  jouent  la  paume  à  cheval ,  que  jogao  a  choca  a  cavallo,  » 
Voyez  la  savante  dissertation  de  Quatremère,  Hist,  des  suit,  maml.,  I, 
1,  122  et  suiv.  On  voit  que  les  Portugais  se  trompent  quand  ils  pensent 
que  choca  est  la  balle,  car  c'est  la  raquette. 

*  Choza,  pg.  choça  (hutte ,  cabane).  L'origine  de  ce  mot  ne  s'expli- 
que pas  par  le  latin.  Il  est  vrai  que  M.  Diez  (II,  114)  le  fait  venir 
de  plulea,  qui  serait  pour  pluteum,  en  assurant  que  le  changement  des 
lettres  est  régulier;  mais  il  faudrait  prouver  l'existence  de  cette  forme 
plîitea,  et  en  outre  ni  les  Romains  ni  les  peuples  néo-latins  n'ont  jamais 
employé  pluteum  dans  le  sens  de  cabane  faite  de  bâtons  fichés  dans  la 
terre  et  couverte  de  broussailles  ou  de  paille;  tout  le  monde  sait  qu'il 
a  une  tout  autre  signification.  Je  crois  donc  que  l'étymologie  arabe, 
proposée  par  Marina  et  par  Moura ,  n'est  nullement  à  dédaigner.  Ils 
font  venir  choza  de  ij^oi*  (khocç).  C'est  un  mot  très-fréquent  et  qui  a 
absolument  le  même  sens.  Le  changement  du  khâ  en  ch  n'a  aussi 
rien  d'extraordinaire.  Le  kh  devient  c  en  esp.,  et  les  peuples  néo-latins 
changent  souvent  le  c  en  ch.     Voyez  l'Introd.,  p.  15. 

*  Chuca  (celui  des  quatre  côtés  de  l'osselet  qui  présente  un  creux) , 
chuque  chez  Cobarruvias  sous  azar ,  semble  être  iC-îL^  (choucca),  La 
racine  vJLii  (chacca)  signifie  fendre;   chacc  est  fissura,   et  chez  Bocthor 

Xô-à  répond  à  crevasse.    C'est  donc  par  allusion  au  creux  qui  le  distin- 
gue, que  ce  côté  de  l'osselet  a  reçu  ce  nom. 

*Chué,  xué  pg.  Ce  mot  qu'on  emploie  comme  un  adjectif  ou  comme 
un  adverbe,  a  un  sens  peu  précis;  il  signifie  maigre,  mais  en  général 
c'est  tout  ce  qui  est  mesquin,  mal  arrangé,  mal  apprêté,  etc.;  vai 
chue,   en  parlant  d'une  femme  qui  porte  peu  de  jupons  ou  des  jupons 


Irès-serrés;  ttm  janiar  chue  y  lumtnartas  chues,  etc.  Je  crois  que  c'est 
un  raot  arabe  dont  les  Portugais  font  une  application  qui  n'est  pas 
tout-à-fait  exacte,  parce  que  naturellement  ils  n'en  sentent  pas  la  force 
et  la  véritable  signification.  Aujourd'hui  on  emploie  dans  les  pays 
arabes  le  terme  x  j^  ,  qu'on  prononce  choueiyè  ou  choxiyèh  et  qui  est 
proprement  le  diminutif  de  t^  {chai),  chose,  comme  un  adverbe  dans 
le  sens  de  peu,  un  peu;  voyez  Caussin  de  Perceval,  Gramm.  ar,  vul* 
gaire,  p.  128,  Tantavy,  Traité  de  la  langue  ar.  viilg.,  p.  86,  Bocthor, 
Hélot,   Berggren   et   Marcel   sous  peu.     Les   Arabes   d'Espagne   disaient 

chouei  (c'est-à-dire  ^y^)  ;  ainsi  P.  de  Alcala  donne  poco  mas  ^y^  ^i\ 
(xuà\j)  y  poco  menos  (^yi.  JJsî ,  et  la  même  forme  se  trouve  chez  Berg- 
gren.   Je  pense  que  c'est  de  ce  chouei  que  les  Port,   ont  fait  leur  chue. 

*  Chulamo  boh.  (jeune  homme).  Selon  Marina ,  ce  serait  une  altéra- 
tion de  J^à  (golâm)  qui  a  le  même  sens;  mais  peut-être  y  a-t-il  du 
rapport  entre  ce  mot  et  chulo. 

*  Chulo.  Dans  le  sens  de  plaisant,  croustilleux ,  ou  de  qui  a  de  la 
grâce  (comparez  chusco  qui  a  les  mêmes  sens),  ce  mot  n'est  sans  doute 
pas  d'origine  arabe,  car  l'italien  a  aussi  zurlo  et  zurro,  gatlé ,  badinage, 
et  zurlare ,  plaisanter,  badiner.  Mais  dans  ses  autres  significations,  ce 
terme  me  semble  venir  de  l'arabe  Jj— ib  {chaul ,  ou ,  puisque  la  diph- 
Ihongue  au  devient  ou  dans  la  langue  vulgaire,  choul),  La  langue  clas- 
sique n'a  ce  mot  que  comme  un  adjectif  dans  le  sens  de  «agilis  in 
opère  peragendo;  »  nous  verrons  qu'il  en  a  reçu  d'autres.  — .  Le  mieux 
sera  de  commencer  par  le  sens  que  chulo  a  chez  les  bohémiens.  C'est 
jeune  homme,  et  chula,  jeune  fille.  En  outre,  chula  est  en  esp.  = 
meretricula;  il  est  à  peine  besoin  de  dire  que  c'est  encore  jeune  fille, 
fille  dans  un  mauvais  sens.  On  retrouve  cette  acception  chez  P.  de 
Alcala  qui  traduit  mancebo  par  mêchual ,  au  phir.  mechulin.  C'est  évi- 
demment un  mot  qui  vient  de  la  même  racine,  une  autre  forme  du 
même  mot.  Il  paraît  être  encore  en  usage  en  Algérie,  car  un  officier 
oldenbourgeois ,  Lamping,  qui  a  servi  en  Algérie  dans  la  légion  étran- 
gère, donne  à  plusieurs  reprises  le  mol  jaule  {Erinnerungen  aus  Alge- 
ncn  y  1,  8,  17,  96,  II,  44),  en  ajoutant  qu'il  signifie  camarade,  et 
que  les  Arabes  appellent  ainsi  tous  ceux  à  qui  ils  adressent  la  parole. 
Je  suppose  que  c'est  jeune  homme  et  qu'on  ne  se  sert  de  ce  terme  qu'en 


256 

parlant  aux  jeunes  gens.  Quoi  qu'il  en  soit ,  choul  était  en  Espagne 
jeune  homme,  et  ce  sens  explique  chulo  dans  racceplion  de  valet  de 
boucher  et  dans  celle  qu'il  a  dans  les  courses  aux  taureaux,  n  Chulo, i> 
dit  TAcad.,  «est  celui  qui  assiste  dans  la  boucherie  pour  amener,  enfer- 
mer et  tuer  les  bœufs;  et  comme  ces  gens,  qui  accompagnent  sans 
cesse  les  taureaux,  les  vaches  et  les  bœufs,  apprennent  ordinairement 
à  les  combattre  et  à  les  agacer,  on  donne  aussi  le  nom  de  chulos  ou 
toreros  à  ceux  qui,  pendant  les  courses  aux  taureaux,  agacent  ces  ani- 
maux et  fournissent  des  dards  à  ceux  qui  sont  à  cheval.»  Il  va  sans 
dire  que,  pour  de  telles  choses,  on  choisit  des  jeunes  gens  forts  et 
agiles,  et  Ton  voit  en  même  temps  qu'il  y  a  du  rapport  entre  chaul , 
le  substantif,  et  chaut,  l'adjectif,  «agilis  in  opère  peragendo.  »  —  En 
arabe  l'emploi  de  chaul  comme  substantif  est  assez  ancien  ;  seulement 
c'était  un  collectif,  jeunes  gens.  Ainsi  le  poète  Ibn-'Abdoun,  qui  floris- 
sait  vers  l'an  1100,  dit  dans  une  élégie  (apud  Ibn-Bassâm,  man.  de 
M.  Mohl,  fol.  215  V^): 

«      O      «  r  O   i 

ù\\Xxi    J^^    JsJ    "^^    *Iit    Ak^MiS        '»^^^^    iy^    *  f*-^-^    q^^    t*?*^^ 

«Un  prince  toujours  passionnément  amoureux,  qui  était  la  brillante 
étoile  parmi  les  jeunes  gens  de  Cordoue;  je  devrais  dire  plutôt:  parmi 
ceux  de  Bagdad.»  Chez  Ibn-Khaldoun  {Hist,  des  Berbères,  I,  501)  on 
lit:  ^^y^  J^-^^3  i^Lj;  u^^-^*^^  «Igs  princes  de  Zenâta  et  les  plus  braves 
jeunes  gens  de  celle  tribu»  (cf.  1.  9).  Ailleurs  (I,  652):  ^^^  viA.-*-j 
»Jij^  ^J>  pL^  o'i^l  J-:v-^-^  qUaJlaw,  «il  fit  venir  Solaimân,  le  chef  des 
Aulâd-Sebâ',  avec  ses  jeunes  gens.»  Plus  loin  (11,157):  « 'Abd-al-hacc 
ibn-Othmân,  le  plus  brave  parmi  les  jeunes  gens  {iy.j^l\  ^.^S)  de  la 
famille  de  Merîn.  »  De  même  t.  II,  p.  545,  1.  7  a  f.,  p.  544,  1.  8  a  f., 
p.  555,  1.  11.  Si  dans  ces  passages  on  veut  iYdiàwxYQ  jeunes  guerriers, 
ou  guerriers  tout  court,  je  ne  m'y  opposerai  pas;  seulement  je  crois 
que  jeunes  gens  est  l'acception  propre  du  mot. 

*Chumeas,  chimeas,  chùmbeas  pg.  («peças  de  madeira,  com  que  se 
guarnece  o  mastro  estalado,  unindo-se-lhe  com  cavilhas  ou  pregos,  para 
nao  quebrar,»  Moraes,  qui  donne  chùmeas,  et  non  pas  chuméas  comme 


l)  Maccarî,  qui  cite  aussi  ce  vers  (il,  58l),   donne     çAi><^  ...ly  yi^Jl^^.    Ces  leçons 
sont  mauvaises. 


257 

Vieyra)  de  iôwL>  (djdmi'a) ,   que  nous  avons   rencontré   plus  haut  sous 
la  forme  algémas,  de  la  racine  djama*a  qui  répond  à  unir. 

*  CiPAc ,  cifaque  (péritoine),  de  v^L-*-^  (cifâc)  qui  a  le  même  sens. 
Mùller.     En  pg.  sifac. 

CiFBA  (chiffre)  de  Jua  (ci/r),  vide;  c'était  d'abord  le  nom  du  zéro  et 
ensuite  on  Ta  transféré  aux  autres  nombres.  Voir  Mahn,  ElymoL 
Unlers,,  p.  46. 

*  CoiMA  pg.  (cooma  chez  Moura)  (amende,  peine  pécuniaire)  de  a^as 
(quîmà),  Freytag  n'a  ce  mot  que  dans  le  sens  de  «valor,  prelium 
(rei)  ;  »  celui  d'amende  est  ancien  en  arabe ,  et  M.  de  Goeje  Ta  noté 
dans  son  Glossaire  sur  Belâdzorî,  p.  92,  en  remarquant  que  c'est  pro- 
prement: reslitulio  pretii  rei.  Le  port,  a  aussi  coimeiro  comme  adjectif 
et  comme  substantif;  voyez  S^  Rosa  et  Moraes. 

*CoLcoTAR,  pg.  colcolhâr,  /r.  colcotar  («a  caparrosa  dislillada,  ou 
calcinada,  de  sorte  que  jà  nao  tenha  que  dar  de  si;  hoje  chama-se  oxido 
de  ferro  rubro ,  »  Moraes)  de  ^Lbàls  [colcotar) ,  «  vitriolum  flavum ,  chal- 
cilis;»  voyez  le  Mosta'tnt  sous  Jj,  Ibn-al-Baitâr,  I,  510,  Alcala  sous 
caparrosa.  Il  résulte  de  ces  citations  que  M.  Liltré,  dans  son  savant 
Dictionnaire  de  la  langue  française,  s'est  gravement  trompé  en  soup- 
çonnant que  ce  terme  a  été  inventé  par  Paracelse.  Il  est  sans  doute 
d'origine  grecque  et  selon  toute  apparence  c'est  une  corruption  de  %^a- 
xavôoç ,  ^«Axav^î^  ou  ;tfl{Axai/^5i/ ,  car  une  autre  espèce  de  cette  substance 
porte  en  arabe  le  nom  de  calcant, 

CuBEBA  (espèce  de  poivre)  de  'x^LS  (cabâba). 

*CuRcuMA  (souchet,  safran  d'Inde)  de  ^S  [courcoum),  qui  désigne 
la  même  plante,  en  sanscrit  kunkuma  (safran),  comme  me  l'apprend 
mon  savant  ami  et  collègue  M.  Kern.  KpÔKog-crocus  a  sans  doute  la 
même  origine. 

D. 

Daifa  (concubine)  de  'xkj./û  {dhaifa),  chez  Freytag  «quai  hospitio  con- 
vivioque  excipitur  (femina).» 

Damque  (nom  d'un  poids)  de  \JL^\ô  (dânic) ,  la  sixième  partie  d'un 
dirheni. 

*  Ce  danique,  qui  n'est  pas  dans  les  dicl.,  est  donné  par  M.  de  Gayangos, 
trad.  de  Maccarî,  I,  500. 

33 


258 

^  Debo  (oulil  tic  mégissier).  M.  Mûlier  dérive  ce  mot  de  la  racine 
<jv>  (dabaga)  qui  signifie  en  effet  tanner  et  passer  en  mégie;  mais  je  ne 
connais  pas  de  substantif,  venant  de  cette  racine,  qui  désigne  un  outil 
de  mégissier.  Le  savant  bavarois  semble  l'avoir  trouvé  dans  dibg  ou 
dihâg f  qu'il  traduit,  comme  Freytag  Pavait  fait,  par  «res  qua  paratur 
pellis  coriumve;»  je  suppose  donc  qu'il  a  cru  reconnaître  un  outil  dans 
ce  res;  mais  s'il  en  est  ainsi,  il  s'est  trompé.  Dibg  et  dibâg  désignent 
le  tan  y  l'écorce  avec  laquelle  on  prépare  le  cuir  (voyez  Lane,  Espina 
dans  la  Revue  de  V Orient  et  de  l'Alg.^  XIII,  155,  et  les  dicl.  de  la 
langue  moderne  sous  tan),  et  je  ne  sache  pas  qu'ils  aient  jamais  signiûé 
autre  chose.  Je  doute  donc  un  peu  de  cette  élymologie,  qui,  au  premier 
abord ,  semble  cependant  assez  plausible. 

'*'  Derrama  (impôt ,  tribut).  S^  Rosa  dérive  ce  mot  du  verbe  derra- 
mar,  répandre ,  parce  que  c'est  une  contribution  «derramada  por  todos.» 
Celle  explication  me  paraît  peu  naturelle,  et  j'aime  mieux  voir  dans 
derrama,  avec  Cobarruvias,  l'Acad.  et  Marina,  une  altération  de  iCoL-i: 
(garâma)  qui  a  le  même  sens  et  qui  a  encore  une  fois  passé  dans  l'esp. 
sous  la  forme  garrama. 

DiNERo  [,  ^pg.  dinheiro].  Bien  que  l'arabe  ^Loo  {dinar,  dîner)  lui- 
mcme  ne  soit  qu'une  altération  de  ly^vàpiov,  du  latin  denarius ,  la  forme 
du  mot  espagnol  semble  approcher  plus  de  l'arabe  que  du  latin. 

E. 

EixoRTiNS  vaL  Suivant  Ros  ce  mot  signifie  hombres  de  guarda  del 
Bey.  C'est  l'arabe  K-K-i^JÎ  (ach-chorta)  qui  signifie  de  même  les  gardes 
du  corps. 

"  Celte  élymologie  n'est  pas  tout-à-fait  exacte.  Eixorlins  vient  de 
Jd^^\ ,  mot  que  Freytag  prononce  ach-chorali  («praitorianus  satelles»), 
mais  qui  en  Espagne  se  prononçait  ach-chorli,  car  c'est  ainsi  qu'il  est 
écrit,  avec  toutes  les  voyelles,  dans  l'excellent  man.  de  V Histoire  des 
cadis  de  Cordoue  j  par  Mohammed  ibn-Hârith,  que  possède  la  bibliothè- 
que d'Oxford  (p.  281),  et  P.  de  Alcala  (sous  sayon  et  sous  verdugo) 
prononce  de  la  même  manière. 

Elche  (barbare)  de  ^Ic  ÇHdj)  qui  se  dit  dans  la  même  acception. 

*  En   arabe  '//<//  signifie;   un   étranger   qui   n'est   pas  de  la    religion 


259 

inusulûiaue ,  chez  Freylag  «barbarus  religioncm  Muhammcdis  non  pro- 
fllens;»  et  quant  à  elche,  il  ne  signifie  nullement  barbare.  Chez  Victor 
c'est:  «fugitif  qui  va  se  rendre  aux  ennemis  et  lient  leur  parti,  Maure 
de  Grenade  ainsi  appelé  par  ceux  de  Fez;»  dans  les  dicl.  modernes: 
«apostat,  renégat,  celui  qui  a  renoncé  à  la  foi  catholique.»  Le  fait 
est  que,  vers  la  fin  du  moyen  âge,  on  donnait  le  nom  de  *ildj  ou  elchc 
à  tous  ceux  qui  avaient  changé  de  religion,  aux  musulmans  qui  s'élaient 
fails  chrétiens  (Alcala:  elche  tornadizo  z=  yaXX/»,  cf.  Victor),  aussi  bien 
qu'aux  chrétiens  qui  avaient  embrassé  Tislamisme  (voyez  les  auteurs 
cités  dans  mon  Ilisl.  des  musulmans  d'Espagne,  I,  338,  n.  1). 

*Elemi,  pg,  gumileme,  de  ^^^^^  {Idmî  ou  létnî)  qui  manque  chez 
Freytag,  mais  qu'on  trouve  chez  Boclhor  («Élémi,  gomme,  ^^a"^  k^^»). 
M.  Sanguinelti,  dans  le  Journ.  asiat.  de  1866,  I,  522,  remarque  sur 
ce  lerme  ce  qui  suit:  «^^"^  Elémi,  Elemi  résina.  L'élémi  oriental,  ou 
vrai  élémi,  provient  de  VAmyris  Zeylanica,  Balsamier  de  Ceylan.  On 
l'employait  en  fumigations,  et  comme  masticatoire.  On  s'en  servait 
aussi  dans  les  cas  d'hémorrhagie  de  la  matrice,  suite  de  couches,  etc. 
On  nomme  encore  cette  résine  ^'^  j«^  et  ^id^  Is^y  »  Chez  M.  Prax 
{Commerce  de  V Algérie,  p.  20)  on  lit:  «L'encens  du  Soudan,  bokhor 
soudani ,  appelé  aussi  laïmni,  est  une  résine  noire  tirée  d'un  arbre 
appelé  0mm  an-nâs.  »   Hœst  {Nachrichlen  von  Marokos,  p.  275)  écrit  enémi. 

Elixir  àQ  ^i^^\  [el'icsir) ,  elixir,  lapis  philosophorum. 

*  Ordinairement  on  se  contente  de  dire  que  al-icsfr  est  un  mot  arabe, 
ce  qui  est  vrai  jusqu'à  un  certain  point,  attendu  que  les  Arabes  l'em- 
ploient. Cependant  il  ne  peut  pas  appartenir  à  leur  langue,  car  en 
premier  lieu  on  ne  s'explique  pas  comment  il  pourrait  avoir  du  rapport 
avec  la  racine  casara,  qui  signifie  briser,  et  en  second  lieu  la  forme 
n'est  pas  celle  d'un  mot  arabe ,  celte  langue  n'ayant  pas  la  forme  if*U 
excepté  dans  les  mots  d'origine  étrangère.  Le  fait  est  que  c'est  une 
altération  du  grec  ^>ipôv,  qui  signifie  proprement  médicament  sec,  et 
qui  plus  tard  a  reçu  un  sens  plus  large;  voyez  M.  Fleischer,  de  Glossis 
Uahichl.y  p.  70.  Le  grec  ^lîpm,  qui  a  le  môme  sens,  a  aussi  passé 
dans  l'arabe  sous  la  forme  icslrain  (pas  dans  Freytag),  car  je  trouve 
dans  le  Glossaire  sur  le  Mançourt  (man.  551  (5),  fol.  152  r")  :  ^^>^^l 
^^yfoàl  ^f  *-!^^>  ^icsîrain  est  un  remède  composé  dont  on  se  sert 


260 

O  «  û 

dans  les  ophthalmies.  »     Il  est  facile  de  voir  que  cet  ^j-.A«M*.-lt  est  une 
prononciation  inexacte  de  ^^^x^-^i^t  (^jipiov), 

*Ema  pg.  (autruche)  est,  selon  les  Portugais  (voyez  Sousa  et  Moraes), 
une  corruption  de  iCxUi  (îia'âma  ou  na^éma)  qui  désigne  le  même  oiseau. 

*Emxara  o.  pg.  (hallier,  buisson)  de  s-\^^\  {ech-chaWâ),  Même  sens. 

Enxaravia  a,pg,  («mouchoir  de  soie  rouge  que  les  maquerelles  étaient 
obligées  de  porter  sur  la  tête»  S^  Rosa)  de  '^.^\  {ech-charhiya)  qui 
signifie  au  Maroc  strophium  capUis  (Bombay,  p.  82). 

*Dans  mon  Dicl,  des  noms  des  vêtem,^  p.  219,  j'avais  déjà  noté  ce 
mot  arabe,  qui  manque  dans  les  lexiques,  en  citant  Bombay.  Je  puis 
ajouter  à  présent  qu'on  le  trouve  aussi  dans  l'inventaire  des  biens  d'un 
juif  marocain  décédé  en  1751  (man.  1576),  où  on  lit:  j^-jÎ~^  ^^^ 
iCS-^-  oIaav.5,  «trois  charhiyas  de  Fez,»  et  dans  l'intéressant  voyage  du 
baron  de  Pflugl  au  Maroc,  qui  s'exprime  en  ces  termes  (dans  les  Wiener 
Jahrhûcher y  LXVII,  Anzeige-Blatt ,  p.  7):  «Les  femmes  séparent  les 
cheveux  sur  le  front,  les  tressent  par  derrière  et  les  enveloppent  d'un 
mouchoir  de  soie.  Sur  celui-ci  elles  en  portent  un  second  {sherbia)  de  soie 
noire,  dont  les  deux  bouts,  qui  retombent  sur  le  col,  sont  garnis  de 
houppes  d'or,  et  qui  est  attaché  au  derrière  de  la  tête  au  moyen  d'une 
aiguille  d'or.»  En  Portugal  la  enxaravia  (telle  est  l'accentuation  de 
S^  Rosa;  Moraes  a  mal  à  propos:  enxaravia)  ne  servait  pas  seulement 
aux  misérables  dont  parle  S^  Rosa  ;  c'était  au  contraire  une  coiffure 
très-distinguée  et  qui  était  même  portée  par  les  reines,  car  dans  un 
passage  cité  par  Moraes  on  lit:  «ia  a  Rainha  abafada  com  huma  enxa- 
ravia.» Dans  un  autre  passage,  que  rapporte  le  même  lexicographe, 
on  trouve:  «veos,  beatilhas,  enxaravias,  e  outros  toucados  de  seda.  » 
J'observerai  encore  que  eyxarvia,  que  S^  Rosa,  dans  son  supplément, 
traduit  sans  aucune  raison  par  pierre  précieuse,  est  indubitablement  le 
même  mot.  —  Quant  à  l'origine  du  terme,  il  vient  évidemment  de 
charb  qui  désigne  une  espèce  de  tissu,  «linum  tenue»  selon  Golius, 
mais  je  doute  que  cette  explication  soit  exacte,  car  le  charb  est  toujours 
nommé  parmi  lés  étoffes  précieuses  (voyez  le  Glossaire  sur  Edrîsî, 
p.  526) ,  et  d'un  autre  côté  nous  avons  vu  que  la  charbiya  est  de  soie , 
au  Maroc  aussi  bien  qu'en  Portugal.  Je  crois  donc  plutôt  que  charb 
est  une   espèce  de  soie.     En   effet,   dans  un   passage   des  Mille  et  une 


261 

nuits,  où  il  est  question  d'une  chemise  de  charb ,  comme  on  lit  dans 
rédilion  de  Habicht  (VII,  20,  1.  4),  le  texte  publié  par  Macnaghten  (II, 
46,  1.  7)  porte:  «une  chemise  de  soie»   {harir). 

*  Enxavbgo  a.  pg.  (tilet  pour  pocher) ,  enxavegua  a.  pg.  (pésca  de 
solhas,  e  outro  peixe  miudo,»  S\  Rosa  dans  le  supplément,  filet  selon 
Moraes),  de  i^C^àJi  (ech-chabeca) ,  filet,  et  aussi,  ce  qu'on  ne  trouve  pas 
dans  Freytag,  pêcherie;  Edrisî  (dans  Amari ,  Bibl.  Arabo-Sicula ,  p.  32, 
1.  7)  emploie  le  mot  en  ce  sens. 

Enxkco  (eyxeco,  eyxequo,  yxeco)  signifie  en  vieux  portugais  damno , 
perda,  desgraça,  queixa,  moleslia,  etc.  C'est  l'arabe  vJUiJt  (ech-checc), 
«labor,  molestia.  » 

*Enxerca,  enxerqua,  enxerga  a.  pg.  Dans  le  Brésil  méridional  on 
donne  encore  le  nom  de  xarque  à  des  morceaux  de  viande  saupoudrés 
et  séchés  au  soleil  (Moraes).  Ce  terme  est  évidemment  d'origine  arabe, 
car  dans  celte  langue  le  verbe  ^j»j^  à  la  2*  forme  (charraca)  signifie: 
«in  partes  longiores  diffissam  (carnem),  ut  siccaretur,  soli  exposuit. » 
En  Portugal  on  disait  en  ce  sens  carne  de  enxerqua;  le  verbe  était 
enxercar ,  et  une  femme  qui  vendait  cette  viande  s'appelait  enxerqueira. 
Comme  elle  ne  se  vendait  pas  au  poids,  mais  seulement  à  vue  d'œil, 
a  olho  comme  disent  les  Portugais,  vender  à  enxerca  a  reçu  le  sens  de 
vender  a  olho. 

*EscABECHE,  pg.  aussi  escaveche  (sorte  de  saumure  pour  conserver 
longtemps  le  poisson;  elle  se  compose  de  vinaigre  ou  de  vin  blanc,  de 
feuilles  de  laurier,  de  citrons  coupés  et  d'autres  ingrédients),  de  _LoCw 
{sicbâdj  ou  sicbédj) ,  qui  désigne  chez  Freytag  un  mets  aigre,  fait  de 
viande  avec  du  vinaigre,  ou  de  petits  morceaux  de  [viande  avec  du 
vinaigre,  du  miel,  du  sirop  aigre,  ou  autres  ingrédients.  Il  y  a  plu- 
sieurs espèces  de  sicbédj ,  mais  le  vinaigre  entre  dans  toutes;  voyez  la 
traduction  des  Mille  et  une  nuits  par  M.  Lane,  II,  495,  n.  15. 

*  EscAQUES  pg.     Voyez  xaque. 

*  EsPAV  (spahi)  du  turc-persan  ^^Lj^^  {sipâht)  ;  peut-être  les  Esp. 
ont-ils  reçu  ce  mot  des  Africains,  mais  il  se  peut  aussi  qu'ils  l'aient 
reçu  directement  des  Turcs.  En  Algérie  on  écrit  ïLa-j^^La-a^  (Martin, 
Dialogues,  p.  133).  Miillcr.     En  esp.  on  écrit  aussi  cipayoK 

l)  Dans  le  Cancionero  de  Bacna  un  poème  commence  par  ces  mots  (p.  459): 
Senor  vénérable,  yo  non  so  cobaye, 


262 

EsTOL  en  valencien  et  en  provençal  désigne  une  (lotie  (voyez  Kôs , 
[*Raynouard,  Lexique  roman]  et  Honnorat,  Dictiomi,  provençal).  Il 
me  semble  dériver  plutôt  de  l'arabe  d^.hi^\  (oslôl)  que  directement  du 
grec  cTTo^oç. 

*  L'opinion  de  M.  E.  est  confirmée  par  la  forme  catalane  hostol  {Crô- 
nica  de  D,  Pedro  IV  el  Ceremonioso ,  p.  345  éd.  Bofarull). 

F. 

*  Falaca  pg,  de  XaU  (falaca).  C'est  dans  les  états  barbaresques ,  et 
notamment  à  Alger,  que  les  Portugais  ont  entendu  le  nom  de  cet  in- 
strument redoutable.  Nos  dictionnaires  n'ont  en  ce  sens  que  falac; 
mais  on  lit  falaca  dans  plusieurs  relations;  voyez  p.  e,  Wild,  Reyshe- 
schreibung  eines  gefangenen  Christen,  p.  33,  Emanuel  d'Aranda,  Rela- 
lions  particulières  y  p.  194,  195,  Laugier  de  Tassy ,  Histoire  du  royaume 
d'Alger,  p.  120,  Several  voyages  to  Barbary,  p.  56.  Selon  M.  Cherbon- 
neau  (dans  le  Journ.  asial.  de  1849,  I,  p.  546),  c'est:  «un  instrument 
composé  d'un  morceau  de  bois ,  aux  deux  extrémités  duquel  une  corde 
est  attachée  de  manière  à  former  un  arc.  Les  maîtres  d'école  et  les 
chefs  d'atelier  ont  tous  une  falaca,  et  s'en  servent  pour  châtier  les 
enfants.  Ils  passent  les  jambes  du  patient  entre  le  bâton  et  la  corde, 
puis  tournent  l'instrument  plusieurs  fois  sur  lui-même  pour  les  étreindre 
fortement  et  le  réduire  à  l'immobilité.  Dans  cette  posture,  ils  lui  assè- 
nent des  coups  de  bâton  sur  la  plante  des  pieds.»  En  Egypte  ce  mot, 
qui  vient  du  verbe  falaca,  fendre,  est  aussi  en  usage;  voyez  Coppin, 
Le  bouclier  de  V Europe,  p.  233,  M.  Lane,  Modem  Egyplians ,  I,  156 
dans  la  note. 


Nin  raoro,  nin  elche ,  tan  poco  Farfan; 

Nin  creo  en  Mahomat  nin  creo  al  Çatau 

Que  tiene  por  arco  la  puente  San  Payo. 
Les  auteurs  du  glossaire  disent  que  c'est  peut-être  cipayo ,  «quoiqu'on  suppose»»  ajou* 
tent-ils,  «que  ce  mot  est  plus  moderne.»  En  effet,  ce  terme  n'ayant  commencé  à  être 
en  usage  à  Alger  qu'après  la  conquête  de  cette  ville  par  les  Turcs ,  il  ne  peut  pas  se 
trouver  chez  un  poète  espagnol  de  la  première  moitié  du  XV^  siècle.  Mais  en  outre  lo 
sens  de  soldat  serait  tout-à-fait  déplacé  ici;  le  poète  a  évidemment  en  vue  le  nom  d'une 
personne  attachée  à  une  opinion  regardée  comme  hérétique,  et  il  est  facile  de  voir  qu'il 
a  voulu  dire:  je  ne  suis  pas  Sabéen. 


263 

'*  Falacua  ,  falâxa  pg.  (gâteau  rond  de  chiUaignes)  vient  peut-être  de 
la  racine  ,cJL>  (haladja)  qui  signifie  arrondir  une  pâle  de  farine  au 
moyen  d*un  mihlâdj  ou  rouleau  ;  mais  les  dict.  n'ont  pas  de  substantif 
qui  réponde  à  falâcha. 

*  Falca.  Ce  mot  a  des  significations  très-diverses,  parce  qu'il  re- 
présente deux  mots  arabes  qui  n'ont  rien  de  commun  ensemble.  C'est 
1°.  «un  petit  coin  de  bois  que  Ton  met  au  bout  plus  menu -d'une  che- 
ville, après  qu'elle  est  fichée,  pour  la  faire  tenir;  un  clou,  cheville  ou 
crampon»  (Victor).  En  ce  sens  c'est  l'arabe  iciii^  {halca),  qui  signifie 
proprement  anneau  (nous  l'avons  rencontré  plus  haut  sous  la  forme 
alhelga),  mais  qui  chez  Berggren  est  aussi  crampon,  2°.  Comme  terme 
de  marine  falcas  est:  «las  tablas  que  se  ponen  de  galon  à  galon  sobre 
la  borda,  para  mayor  adorno  y  seguridad  de  la  gente»  (Acad.)  ;  et 
comme  terme  d'artillerie  3^.  «dous  tabuoens  do  reparo,  parallelamenle 
unidos  pelas  taleiras;  nas  falcas  se  fazem  as  munhoneiras  dos  canhôes» 
(Moraes).  Dans  ces  deux  acceptions,  qui  sont  au  fond  identiques,  falca 
vient  aussi  de  la  racine  halaca  qui,  entre  autres  significations,  a  celle 
à*en(ourer;  chez  P.  de  Alcala  la  2«  forme  répond  à  cercar  de  vallado , 
cercar  en  derredor ,  cerrar  en  deredor ,  cerrar  de  seto ,  enredar  en  redes , 
cstar  en  derredor,  rodear.  Chez  Ibn-Djobair  le  substantif  haie  signifie 
clôture,  mur  d'enceinte;  voyez  le  Glossaire  de  M.  Wright,  p,  20  (il  faut 
lire  de  même  chez  Ibn-Djobair,  p.  209^,  1.  1,  et  p.  214,  1.  21,  ce  que 
l'éditeur  a  négligé  de  remarquer).  C'est  de  ce  mot ,  ou  d'une  forme 
halca ,  que  vient  falcas.  —  4°.  En  port,  falca  est:  «un  morceau  de 
bois  carré,  qu'on  a  coupé  avec  la  cognée  du  tronc  d'un  arbre  «  (Vieyra). 
11  vient  de  la  racine  vjULâ  (falaca),  qui  signifie  fendre  (p.  e.  du  bois 
avec  une  cognée).  Freytag  n'a  pas  la  forme  falca  en  ce  sens,  mais 
bien  filca,  «  fragmentum ,  pars  (rei).»  De  ce  substantif  port,  viennent 
les  verbes  falquear  et  falquejar,  dont  la  signification  est  à  peu  près  la 
même  que  celle  du  verbe  arabe  falaca, 

Falifa.  Suivant  S\  Rosa  ce  mot  se  trouve  dans  un  document  de 
1507  avec  le  sens  de  pelisse  («o  mesmo  que  pelica»).  Je  crois  y  re- 
connaître l'arabe  'ijuj<à>  {Jshanifa)  qui  désigne  un  manteau  grossier.  Voir 
M.  Dozy,  Dict,  des  noms  des  vélem,,  p.  175,   176. 

'  Cette  élymologic  me  paraît  fort  heureuse.  Le  port,  a  le  même  mot 
sous  mi  forme  moins  altérée,  à  savoir  ganinfa,  «manteau  maure»  (chez 


264 

Vieyra).  Quant  à  l'explication  de  S^  Rosa,  elle  est  erronée:  il  a  cru 
que  falifa  était  une  altération  de  pelica,  Falifa  signifie  proprement 
peau  (Tagneau,  car  on  lit  dans  une  ordonnance  d'Alphonse  X  {Cortes  de 
Léon  y  de  Castillan  I,  70):  «piel  de  corderos  que  ha  nombre  falifa;» 
plus  tard  on  a  appliqué  le  terme  khantf  ou  khanifa  à  un  manteau  qui, 
comme  je  Tai  démontré  ailleurs,  était  fait  de  laine  ou  de  poil  de  chèvre. 
Est-il  d'origine  arabe?  J'en  doute;  Freytag  a  bien  khanîf,  mais  dans 
le  sens  de  «linum  vilissimum,  vel  vestis  alba,  dura  ex  lino,»  ce  qui 
est  tout  autre  chose ,  et  en  outre  la  racine  kh-n-f  est  tellement  inusi- 
tée, que  M.  Lane  l'a  omise  dans  son  Lexique.  Je  serais  donc  plutôt 
porté  à  croire  que  le  terme  en  question  est  d'origine  berbère,  et  la 
circonstance  qu'il  n'a  été  en  usage  qu'au  Maroc  et  en  Espagne  me  con- 
firme dans  cette  supposition. 

Faluca,  it,  feluca,  fîluca,  fr.  felouque  («petit  navire  à  voiles  et  à 
rames»  Jal).  Il  est  difficile  de  retrouver  l'origine  de  ce  mot  fort  usité 
chez  tous  les  peuples  commerçants  de  la  Méditerranée.  Au  Magrib  on 
dit  '2L^=3j)J)  (falouca)  ;  mais  cette  circonstance  ne  nous  donne  pas  encore 
le  droit  de  lui  assigner  une  origine  arabe,  car  il  se  peut  très-bien  que 
les  Magribins  l'aient  emprunté  à  l'italien  ou  à  l'espagnol.  M.  Jal  le 
met  en  rapport  avec  l'arabe  j^U  (foie),  navire,  mot  qui  est  aussi  usité 
en  turc.  N'ayant  pas  de  meilleure  étymologie  à  proposer,  je  ne  puis 
que  reproduire  celle  du  savant  marin. 

*  Celte  étymologie  se  trouve  aussi  chez  Sousa ,  Diez  et  Pihan  ;  mais 
je  m'étonne  qu'un  savant  qui  connaît  l'arabe  comme  M.  E.  le  connaît, 
ne  l'ait  pas  rejelée  immédiatement  et  sans  réserve,  car  foie  n'appartient 
pas  à  la  langue  qu'on  parlait  au  moyen  âge;  c'est  un  vieux  mot,  qu'on 
rencontre  bien  encore  quelquefois  chez  les  poètes,  parce  que  ceux-ci 
recherchent  précisément  les  termes  surannés,  mais  jamais  chez  les 
prosateurs,  ni  dans  la  signification  générale  de  navire,  ni  comme  le 
nom  d'une   certaine  espèce  de  vaisseau  *.     Le  peuple  et  les  marins  ne 


l)  Les  trois  passages  dans  les  Mille  et  une  nuits  (voyages  de  Sindbad),  III,  31  éd. 
Macnaghten  (il,  14  éd.  de  Boulac,  IV,  29  éd.  Habicht),  III,  67  (il,  30  Boul.,  IV, 
105  Hab.)  et  III,  76  (il,  34  Boul.,  IV,  121  Hab.),  ne  réfutent  pas  ce  que  j'ai  dit 
dans  le  texte,  car  au  lieu  de  t^i^ls  il  faut  y  lire  t»5sJl5^,  radeau,  comme  on  trouve  dans 
deux  autre»  éditions;   voyez  la  traduction  de  M.  Lane,  III,   97,  n.  40,  109,  n.  80,  113, 


26i> 

le  connaissaient  pas  ;  il  ne  peut  donc  pas  avoir  passé  dans  les  langues 
romanes,  car  il  va  sans  dire  que  tous  les  mots  arabes  qu'elles  ont 
admis,  appartiennent  à  la  langue  telle  qu'on  la  parlait.  —  Le  ternie 
en  question  est  bien  d'origine  arabe,  mais  il  a  subi  une  foule  d'altéra- 
tions qui,  bien  qu'assez  fortes,  ne  sont  cependant  nullement  irrégulières. 
En  arabe  c'est  iCïlp-  (harrdca).  Dérivé  de  la  racine  haraca,  qui  signi- 
fie brûler  t  ce  mot  ne  désigne  pas  toutefois  ce  que  nous  appelons  un 
brûlot,  mais  une  barque,  de  dessus  laquelle  on  pouvait  lancer  le  naplile 
sur  les  vaisseaux  ennemis.  Telle  est  la  signification  primitive  du  mot; 
mais  ordinairement  on  entendait  sous  harrâca  une  barque  ou  petit 
vaisseau,  une  espèce  de  galère,  qui  s'employait  également  sur  la  mer 
et  sur  les  fleuves,  sans  aucun  but  hostile.  Voyez  la  note  de  Qualre- 
mère,  Ilist.  des  suit,  maml. ,  I,  1,  145,  144.  Ce  mot  a  passé  dans 
l'ancien  espagnol,  mais  sous  une  forme  un  peu  différente.  Le  a  long 
devient  plus  d'une  fois  en  esp.  le  o  long  (cf.  Tlntrod.,  p.  26),  et  le  r 
se  change  très-souvent  en  l  (ibid.,  pv  22).  Harrâca  peut  donc  devenir 
régulièrement  en  esp.  haloque,  et  je  trouve  ce  mot  dans  les  Siete  Par- 
lidas  d'Alphonse  X  (Part.  II,  tit.  24,  ley  7),  où  les  «leilos,  et  balo- 
ques  et  barcas»  sont  nommés  parmi  les  petits  bâtiments  de  mer.  C'est 
évidemment  le  même  mol  que  harrâca.  Remarquons  à  présent  que  les 
lettres  h  et  f  permutent  entre  elles  en  esp.  Au  lieu  de  haloque  on 
peut  donc  écrire  aussi  faloque;  c'est  une  différence  dans  l'orlhographe, 
mais  non  pas  dans  la  prononciation.  En  France  aussi  on  écrivait  au 
XVII^  siècle  falouque  (voyez  Jal  sous  ce  mol);  en  vieux  esp.  faluca; 
dans  ces  deux  formes  le  o  a  été  changé  en  u  (ou).  Les  changements 
dans  les  formes  ital.  felvca ,  filma,  filxicca,  fr.  felouque,  sont  légers. 
En  esp.  et  en  port,  on  dit  à  présent  felua,  —  Enfin  le  mol  est  retourné 
aux  Arabes,  qui  cependant  n'y  reconnaissaient  pas  leur  harrâca  et  qui 
le  prononçaient  comme  ils  l'entendaient  prononcer  eux-mêmes.  On 
trouve  ce  felouca  i»Sy)à)  chez  Bombay  (p.  100)  (phaselus) ,  chez  Humbert 


n.  1,  Ne  connaissant  pas  ce  mot  v^JsJLl' ,  quelques  copistes  y  ont  substitué  un  autre, 
qui,  du  reste,  ne  convient  nullement,  cor  les  récits  eux-mêmes  montrent  qu'il  s'agit 
d'un  radeau  et  non  pas  d'un  navire;  voyei  surtout  III,  68,  La  même  remarque  s'ap- 
plique, comme  BL  Lane  l'a  remarqué,  au  texte  de  Macnoghten ,  III,  C24,  635,  où 
l'édition   de  Ilabicht  (iV,  245,   264}  a   la  bonne    leçon. 

34 


260 

(p.  127)  {barque  de  pécheur),  chez  Boclhor  et  chez  Marcel  sous  felouque , 
dans  le  Dicf.  berbère  sous  barque j  etc.;  mais  c'est  un  mot  nouveau, 
tout-à-fait  inconnu  au  moyen  âge,  et  que  les  habitants  arabes  de  la 
côte  de  la  Méditerranée  ont  emprunté  aux  Européens.  —  Au  reste  il  est 
certain  que  la  harrâca  et  la  felouque  sont  la  même  espèce  de  navire, 
car  les  felouques  étaient  comptées  anciennement  parmi  les  galères; 
c'étaient  de  petits  navires  à  rames,  avec  un  seul  mât  et  un  grand  voile 
lalin  (voyez  Jal  sous  falouque,  falua^  felouque  et  filuca).  Plus  tard  el- 
les sont  devenues  plus  grandes. 

*Fanega,  a,  pg.  fanga  (boisseau,  mesure  pour  les  grains,  le  sel,  etc.). 
La  forme  fanega  vient  de  KilyLj  [fariîca)  qui  désigne  un  grand  sac.  Chez 
les  écrivains  arabes  je  n'ai  pas  rencontré  celte  forme  comme  le  nom 
d'une  mesure  de  capacité  ;  mais  bien  XSâ»  (fanca) ,  qui  n'est  pas  dans 
Freytag  et  qui  répond  à  l'ancien  port,  fanga.  Il  se  trouve  chez  un  au- 
teur du  XP  siècle,  Becrî  (p.  113,  1.  1),  qui  dit  que  la  fanca  de  Cor- 
doue  contenait  de  son  temps  vingt  moudd  (en  esp.  almud). 

Farda.     Voyez  alfarda  [*  et  l'Appendice]. 

*  Farrachador  («celui  entre  les  Morisques  qui  visite  les  filles  pour 
connaître  si  elles  sont  pucelles,»  Victor).  Evidemment  les  Mauresques 
ont  formé  du  substantif  -^  (fardj),  pudendum  muliebre,  le  verbe /arra- 
char,  et  de  ce  verbe  le  substantif  farrachador. 

*  Fatel  ou  fatol   b.'lat.    Ce  mot  se  trouve  dans  deux  chartes  du  X« 
siècle,  publiées  par  Yepes  (Coronica  de  la  Orden  de  San  Benito,  V,  fol 
424  r*»  et  444  y°).     Dans  Tune  on  lit:  «Adiecimus  etiam  estramina  lec 
lulorum  :    gagnapes  paleas  antionum  Vil ,  subminores  VIII ,  plumatios  di 
gniores  paleos  X ,  alios  subminores  VIII ,  aliphafes  vulturînos  V,  almoçal 
las  morgomes  VI,  fatoles  paleos  II;»  et  dans  l'autre:   «Et  donamus  libi 
veinte  lectos  cum   suos  tapetes,  et  almoçalas  de  paleo  et  de  grentisco, 
cum  suos  plumatos  paleos  et  greciscos,  et  suas  sabanas  literatas,  et  fa- 
leles  alfanegues  in  panos  gratiscos.  »     Berganza,  dans   son  petit  voca- 
bulaire {Anlig.  de  Esp.,  II,  à  la  fin),  explique  fatel  par  saija  conplieges. 
Je  ne  crois  pas  qu'il  ait  trouvé  cela  quelque  part;  à  mon  avis  ce  n'est 
qu'une  conjecture  sur  le  sens  de  ce  mot  dans  la  seconde  charte.     Deux 
questions  se  présentent  donc:  que  signifie  ce  mot?     Est-il  d'origine  ara- 
be?    M.  de  Gayangos  (dans  le  Memor.  hist,  esp.,  IX,  352),  qui  ne  cite 
que  le  second  passage,   l'a  cru;   il  a  dit  que  c'est  l'arabe  J^aa»  (fattl) 


267 

cl  ijue  ce  mol  signifie  ce  qu'on  appelle  ruedo,  c.-à-d. ,  bord  mis  autour, 
roue  qu'on  met  au  bas  d'une  robe;  mais  ce  sens,  supposé  que  fatil 
l'eut,  ce  dont  je  doute,  ne  conviendrait  point  du  tout,  car  il  est  1res 
certain  que  fatel  ou  fatol  n'est  nullement  le  bord  d'un  autre  objet,  mais 
que  c'est  un  des  objets  qui  composent  le  lit,  tels  que  la  paillasse,  le 
matelas,  le  lit  de  plume,  le  traversin,  les  draps,  la  couverture,  la  courte- 
pointe. Le  mot  en  question  ne  vient  pas  de  la  racine  arabe  fatala,  qui 
signifie  tordre,  mais  de  la  racine  J^oai  (fadhala).  Il  n'est  pas  dans  nos 
dictionnaires,  mais  on  le  retrouve  chez  Maccarî  (II,  711,  1.  6).  Dans 
la  liste  des  présents  que  le  sultan  de  Maroc  envoya  au  sultan  d'Egypte, 
cet  auteur  nomme  j^L^uiî^  u^^^^  Kc^âJI  ^IkoàI],  «les  fadhélî  de  di- 
verses sortes,  les  lits  de  plume  et  les  oreillers  (almohadas)  ,y>  et  ensuite 
les  ^,Ju^,  pi.  de  kJI^  (lihâf) ,  qui  sont  les  aliphafes  de  la  première 
charte.  On  voit  donc  que  les  fadhélî  sont  nommés  parmi  les  objets  qui 
composent  le  lit,  de  même  que  les  fateles  (la  leçon  fatales  est  fautive) 
dans  les  chartes ,  et  je  crois  pouvoir  dire  lequel  de  ces  objets  est  désigné 

par  ce  mot.  Le  plur.  fadhélî  ou  fadhélâ  peut  venir  d'un  singulier  iioaà 
{fadhlâ);  voyez  de  Sacy,  Gramm.  ar.y  I,  569.  Or  le  chevalier  d'Ar- 
vieux  {Mémoires,  III,  25  et  73)  dit  que  falta  est  chez  les  Bédouins  un 
grand  drap  de  toile  de  lin  rayé  de  blanc  et  de  bleu ,  qui  sert  de  drap 
de  dessous  quand  on  fait  le  lit.  Un  tel  mot  m'est  inconnu;  mais  si 
Ton  suppose  que  falta  est  une  faute  d'impression  pour  falla^  alors  c'est 
fadhlâ  et  dans  ce  cas  fatel  est  expliqué. 

*Fatexa,  fateixa  pg,  (instrument  à  pointes  recourbées,  croc,  petite 
ancre),  de  olbi*  (khottâf  dans  la  langue  classique,  khallâf  ou  hhatléf 
(voyez  Hélol)  dans  la  langue  vulgaire),  qui  a  le  même  sens.  Le  chan- 
gement de  khatté  en  fatè  est  parfaitement  régulier,  car  on  sait  que  le 
kh  devient  f;  celui  du  /  en  a:  ne  l'est  pas,  mais  il  faut  appliquer  ici 
ce  que  j'ai  dit  dans  l'Introd.  (p.  24,  n°.  6),  à  savoir  que  la  dernière 
consonne,  qu'on  entendait  mal,  est  souvent  changée  arbitrairement. 

*  Fatia  pg,  (tranche  de  pain  ou  de  fromage)  est  pour  falUa ,  le  por- 
tugais aimant  à  retrancher  les  consonnes  qui  se  trouvent  entre  deux 
voyelles,  et  vient  de  iuUà  {faléla)  ou  de  tJJJ3  (fattta)  (comparez  l'arti- 
cle alfitbte).  Berggren  et  Marcel  donnent  iUs  (falta),  qui  vient  de  la 
môme  racine,  pour  tranche;  le  Did.  berbère  a  ejUâî  (afthâth)  ;  c'est  la 
forme   berbérisée   de   oU;^   {fatal  ou  falct).     Chez  Docthor  c'est 


268 

(hatla)\  je  serais  presque  lente  de  croire  que  c'est  pour  faltay  et  s'il  en 
est  ainsi ,  il  faut  dire  que  la  permutation  du  f  et  du  h ,  qui  est 
constante  en  espagnol,  n'est  pas  étrangère  à  l'arabe;  comparez  chez 
Hœst,   Nachrichlen  von   Marokos ,    p.  142,  ^aaà^,  eunuques,  au  lieu  de 

*Fatila.     31.  Millier  remarque  avec  raison  que  dans  le  Libre  d'Appo- 

lonio  f  copl.  445: 

ricos  vestidos, 

De  que  fagamos  fatilas  los  que  somos  feridos, 

ce  mot  signifie  charpie ,  et  que  c'est  l'arabe  xLxs  (faltla) ,  dont  le  plur. 

folol   se.  trouve   en    ce   sens  chez   de    Sacy,    Chresl.  ar, ,  II,  157,  I.   1. 

J'ajouterai  seulement  que  Bocthor,  Marcel  et  Hélot  donnent  falîla  dans 

la  même  acception,  qui  manque  chez  Freytag. 

*Fervion.  Dans  le  Libro  de  la  Monleria  d'Alphonse  XI  on  lit  (fol. 
19a):  «fervion  é  cortezas  de  acienço,»  et  plus  loin  (fol.  20  6):  «piedra 
çufre,  et  fernion  {lisez  fervion)  todo  molido.  »  C'est  q>aj^-s  {[orbiyôn) , 
la  forme  arabe  de  euphorbium.  Plus  haut  nous  avons  déjà  rencontré  ce 
mot  sous  la  forme  port,  alforfiao. 

FiLELi  (étoffe  légère  de  laine  mêlée  avec  de  l'herbe)  de  J.^1^  (Jialhal), 
«tenui  textura  praeditus  (pannus).» 

*  M.  E.  n'aurait  pas  du  emprunter  à  Marina  cette  étymologie  qui  est 
malheureuse  au  plus  haut  degré.  M.  Defrémery  observe  avec  toute  rai- 
son que  fileli  est  ^l^  {fîlâlî  ou  fîléli),  l'adjectif  du  nom  propre  Ta- 
filelt  ou  Tafilalet,  dans  l'empire  de  Maroc.  «Actuellement  encore,» 
ajoute-t-il,  «on  donne  ce  nom  au  maroquin.»  En  effet,  Cobarruvias 
atteste  que  l'étoffe  appelée  fileli  venait  de  Barbarie,  et  pour  prouver  que 
Texplicalion  de  M.  Defrémery  est  la  véritable,  je  citerai  les  passages  sui- 
vants: Marmol,  Descripcion  de  A/frica  (II,  fol.  33  6):  «finos  albornoses 
Mequinecis,  6  filelis  de  lana  y  sedaj»  ailleurs  (II,  fol.  102  c):  «por  ca- 
pas  traen  albornozes  Filelis,  6  Mequinecis  de  lana  fîna;»  et  plus  loin, 
en  parlant  de  Tafilelt  (III,  fol.  8f/):  «hazen  hermosos  lienços  listadosde 
seda  à  la  morisca,  y  los  ricos  albornozes  que  llaman  filelis,  y  alhom- 
Lras,  y  alquiceles  muy  finos;»  Jackson,  Account  of  Maroeco  (p.  24): 
«on  fabrique  ici  (dans  la  province  de  Tafilelt)  des  haiks  de  laine  et 
d'un  lissu  curieux,  qui  sont  extrêmement  beaux  et  légers;  on  les  ap- 
pelle   El   Ilaik   Filellu»   (cf.    p.  24a) ^   le    même,  Account  of  Timbucloo 


(p.  217):  «Le  hayli  Filclly  est  une  étoile  de  laine  belle,  élégante  et 
mince  comme  de  la  mousseline  ;  »  Carette  ,  Géographie  de  V Algérie 
(p.  94),  en  parlant  de  Talilelt:  «l'industrie  des  habitants  consiste  dans 
la  culture  des  arbres,  la  fabrication  des  étoffes  de  laine  et  la  préparation 
des  cuirs  appelés  filàli.  »  La  forme  port,  est  filèle  ;  mais  Tesp.  a  en  ou- 
tre la  forme  lilailay  et  TAcad.  explique  ce  mot  de  cette  manière:  oTexido 
de  lana  mui  delgado,  claro  y  estrecbo,  del  quai  se  bacen  en  Andalucîa 
manlos  para  las  mugéres  pobres  ù  rûsticas:  y  tambien  se  bacen  mantes 
capitulares  para  los  Caballeros  de  las  Ordenes  Militares.  Parece  se  tomô 
la  voz  de  los  Moros,  que  llaman  Filali  la  lela  de  lana  delgada  y  clara, 
que  sirve  para  mantos  de  las  Argelinas,  en  los  quales  se  envuelven.  » 

*  Fin.     m.  Millier  observe:   «  Dans  la  Danza  de  la  muerie  (Gayangos- 
Ticknor,  Ilist.  de  la  liter,  esp.,  IV,  385,  éd.  Janer  p.   17),  le  médecin 

dit  à  la  mort: 

mintiome  sin  dubda  el  fin  de  Abicena  , 

ce  que  M.  de  Gayangos  explique  par:  el  fino  de  A.;  mais  peut-être  faut-il 
penser  à  ^5  {fenn),  le  nom  que  porte  chaque  partie  du  Canon  d'Avi- 
cenne.  » 

*FoDOLi  («homme  qui  se  fourre  partout  et  en  lieu  où  il  n'a  que 
faire,»  Victor),  val,  fodeli  («hombre  que  se  mete  donde  no  es  parte,» 
Rùs)  ;  chez  Alonso  del  Castillo  (dans  le  Memor,  hist.  esp,,  III,  24)  on 
lit:  «Acordé  luego  de  dar  parte  desto  al  Exe'"'',  seilor  duque  de  Sesa, 
aunque  con  miedo  é  recelo  é  verguença,  no  me  tuviese  como  dizen  por 
fodoli  é  atrevido  en  las  cosas  que  no  me  es  dado  hablar  en  ellas,  por 
ser  este  negocio,  como  entendeis,  grabe  é  de  mucho  peso  é  calidad;  » 
et  plus  loin  (p.  65):  «E  no  querria  que  nadie  me  culpase  por  que  los 
fodolis  son  munchos  é  diran:  quando  su  hermano  era  rey,  estava  con 
él,  é  agora  lo  ha  dexado  é  venido  se.»  Ce  mot,  qui  n'est  plus  en 
usage,  est  l'arabe  ^^^'^  (fodhôlt),  chez  Freytag  «rébus  ad  ipsum  non 
speclantibus  occupalus;»  chez  P.  de  Alcala  «mandon  que  mucho  man- 
da;» chez  Ilumberl  (p.  239)  «bavard;»  comparez  Maccarî,  I,  313,1.6', 
Mille  el  une  nuits,  I,  244,  I.  5  et  2  a  f.  éd.  iMacnaghlen ,  etc.,  XI,  151 
éd.  Fleischer.  Ce  terme  vient  de  fodhôl,  qui  est  lui-même  le  plur.  de 
fadhl ;  c'est   proprement:   ce  qui  est  superflu;  mais  c'est  aussi:  remar- 


1)   Je    profite    de    cette    occasion    pour    rétracter  rcsplication.  que  j'ai  doiincc,    dans  la 
nolu  d,  de  la  sccuudc  moi  tic  de  ce    vers. 


270 

ques  impertinentes  ou  bavardage;  voyez  Maccarî,  I,  97,  1.  21,  654,  1.2 
a  f.,  II,  506,  1.  14,  Ibn-Batouta,  IV,  157,  Mille  et  une  nuits,  I,  66, 
87,  238,  etc.,  éd.  Macnaghlen,  Burckhardt,  Proverbs,  p.  7,  Burlon, 
Pilgrimage,  II,  287. 

FoLuz,  pg,  fuluz  (petite  monnaie,  «cornado,  tercio  delà  blanca»),de 
^yiô  (folous)  f  le  pluriel  de  fais,  qui  désigne  une  petite  monnaie  d'ar- 
gent ou  de  cuivre, 

*Ce  y-^wJLs  est  (péK\tç\  voyez  le  Journ.  asiat.  allemand  de  1867, 
p.  672—674. 

*FoMAHANT,  fomahante  (étoile  de  la  première  grandeur  dans  le  signe 
du  Verseau)  est  une  altération  de  oj.:s^i  ^  (fom  al-hout),  littéralement 
la  bouche  du  poisson, 

*  Fonda  (hôtel  garni ,  restaurant).  «  Ce  mot  ne  viendrait-il  pas  de 
Tarabe  ^^AJ^  {fondoc)  (altération  du  grec  ttûcv^oxsTov)  ,  plutôt  que  de 
funda,  bourse,  comme  Diez  le  suppose?»     Miiller. 

*FoQUE  (marabout)  de  ».^  {faquih). 

*FoTA  pg,  («tela  fina,  listrada,  com  cadilhos,  que  se  enrodilha  na 
cabeça,  a  modo  de  turbante,»  Moraes)  de  ^by  {fouta)  ;  voyez  mon Dict. 
des  noms  des  vêtem.,  p.  342;  mais  comme  je  n'y  ai  cité  qu'un  seul 
passage  en  avouant  que  je  n'en  connaissais  pas  d'autres  où  fouta  eût 
ce  sens,  j'ajoute  ceux-ci:  Richardson,  Mission  to  central  Africa,  I,  67, 
en  parlant  des  Touareg  de  Fezzân:  «a  few  sport  a  red  fota/i,  or  tur- 
ban;» Carteron,  Voyage  en  Algérie,  p.  76:  afoutahy  voile  de  femme 
qui  cache  le  haut  de  la  figure  jusqu'aux  sourcils;»  et  ailleurs,  p.  468, 
en  parlant  des  Mauresques  d'Alger:  «elles  recouvrent  leur  tête,  jusqu'à 
moitié  front,  d'un  long  voile  blanc  (foutah)  que  leur  main  relient  croisé 
sur  la  poitrine.  » 

"^Friso,  /r.  frise  (partie  de  l'entablement  qui  est  entre  l'architrave  et 
la  corniche).  C'est  des  Arabes  que  les  Européens  semblent  avoir  reçu 
ce  terme  d'architecture.  Chez  Freytag  ^jyl  {ifrîz)  est  «  corona  et  su- 
percilium  parietis  ad  pluviam  arcendam,»  et  chez  Bocthor  c'est  frise. 
En  arabe  ce  terme  paraît  être  beaucoup  plus  ancien  que  dans  les  lan- 
gues européennes  ;  il  appartient  à  la  langue  classique.  Cependant  il 
n'est  pas  d'origine  arabe,  comme  les  lexicographes  arabes  le  disent  avec 
raison,  et  peut-être  est-ce  une  altération  d'un  terme  grec.  Dans  celle 
langue  frise  est  ^cccpôpoç.    Les  Arabes,  si  je  ne  me  trompe,  ont  reIran- 


271 

elle  la  première  syllabe  de  ce  mot,  et  au  lieu  de  dire  (pépog,  ils  ont  dit 
ferons,  fertz  (comme  hahiz  en  esp.  pour  hahous)  et  enfin  ifrtz.  C'est 
donc  un  terme  grec,  que  les  Arabes  ont  altéré  et  qu'ils  ont  transmis 
aux  Européens. 

FuLANO  (un  tel)  de  ^^  (foulân)  qui  a  le  même  sens.  En  vieux  por- 
tugais on  trouve  encore  les  formes  folam,  foam,  fotw,  fullano  (v.  S\ 
Rosa).  En  espagnol  on  dit  fulano  y  zutano  ;  l'étymologie  de  ce  dernier 
mot,  qui  est  probablement  altéré,  m'est  inconnue. 

*  Selon  M.  Mabn  (Elym.  Unters,,  p.  63)  ce  zutano  est  l'allemand 
solhan  (pour:  so  getban,  so  bescbaflen ,  solch)  ;  selon  M.  Diez  (supplé- 
ment, p.  23)  ce  serait  le  latin  scitus. 

*  FuNDAGo  (entrepôt,  espèce  de  magasin  public)  de  vl\»â.5  (fondoc). 
Comparez  l'art,  alhondiga. 

G. 

*  Gabilla  («gabilla  de  vellacos,  troupe  de  vauriens,»  Victor),  val. 
gabèlla  («ser  de  una  faccion,  parcialidad,  ô  esquadra,»  Rùs) ,  de  kJIaajj 
(caMla),  tribu. 

*Gacel,  gacela,  gacele,  pg.  gazella,  fr.  gazelle,  de  Jt^£  (gazél)  et 
iki|^  (gazéla).  Sur  la  seconde  forme,  qui  manque  dans  Freylag,  on 
peut  voir  mes  Loci  de  Abbad.,  I,  102,  n.  156.  Algacel,  avec  l'article 
arabe,  se  trouve  dans  les  Libros  de  Aslronomia  d'Alpbonse  X,  I,  19. 

*  Gafete.  1°.  crochet;  par  transposition  de  LJLLi>  (khatté f  ^our  khot- 
léf;  voyez  fatexa)  ,  qui  a  le  même  sens.  Ce  mot  est  surtout  en  usage 
dans  l'Aragon ,  où  il  signifie  aussi  2°.  chien  pour  la  chasse  aux  lapins. 
C'est  aussi  khaltéf.  Le  verbe  khatafa  signifie  saisir  rapidement  une  chose 
et  l'emporter.  De  là  khotléf,  voleur,  abou-l-khattéf,  surnom  du  milan, 
al-khélif,  le  loup,  parce  que  ces  animaux  saisissent  rapidement  leur 
proie  (voyez  Lane).  Khaltéf  ou  gafete  est  donc  un  nom  très-convenable 
pour  un  chien  de  chasse. 

Gafbtk     Voyez  algaphite. 

*Galanga,  galangal  dans  un  document  de  1252  (dans  Capmany,  Me- 
mor.  sobre  la  marina  de  Darcelona,  II,  20),  garengal  dans  l'Alexandre, 
copl.  1301,  calanga  dans  des  ordonnances  de  1271  (Capmany,  III,  172, 
n.  28)  (racine  qui  vient  de  la  Chine),  de  QL^wJli>  (khalandjân). 


272 

Galima  (petit  vol)  de  x^x^J^  (gain ma)  y  «pracda,  rapina.»  Pour  le 
changement  du  n  en  /  voyez  p.  21  de  rjntroduclion. 

*  Galls  vaL  («cuando  yerbe  una  cosa  à  borbollones ,  decimos  en  Va- 
lenciano:  bull  à  galls ,  yerbe  à  borbollones,»  Rôs)  de  la  racine  ^Lc 
{gala) ,  «  bullivit  (olla) ,  »  chez  P.  de  Alcala  holliciar  et  bullir.  Le  mot 
val.  vient  de  iCxiè  {gahja) ,  «bullitus  unus,»  et  l'expression  oLU  ^J^.^ 
qu'on  trouve  chez  Checourî  [Traité  de  la  dyssenterie  catarrhale,  man. 
551(7),  fol.  215  r**) ,  répond  tout-à-fait  à  biill  à  galls, 

*  Gancho.  Dans  le  Cancionero  de  Baena  (p.  493)  on  trouve  l'expres- 
sion remirar  de  gancho  dans  le  sens  de  regarder  du  coin  de  l'œil.  C'est 
l'arabe  ^Xà  [gondj) ,  qui  signifie:  regarder  du  coin  de  Vœil. 

*  Gandul  de  ^^\XXc.  (gaiidour).  Voici  un  mot  qui  n'est  ni  dans  les  dict. 
espagnols  ni  dans  ceux  de  la  langue  arabe  classique,  et  qui  cependant 
s'emploie  aussi  bien  parmi  les  musulmans  de  Maroc,  d'Egypte  et  d'Ara- 
bie, que  parmi  les  chrétiens  de  Malle,  de  Grenade  et  de  Valence.  J'ai 
déjà  donné  ailleurs  {Dict.  des  noms  des  vêtem, ,  p.  98)  quelques  rensei- 
gnements sur  le  mot  arabe;  mais  comme  je  puis  à  présent  y  ajouter 
quelques  autres  et  que  je  suis  obligé  de  comparer  gandour  avec  le  mot 
espagnol,  qui  m'était  inconnu  à  l'époque  où  j'écrivais  cette  note,  je  crois 
bien  faire  de  les  incorporer  dans  cet  article. 

Le  terme  est  Irès-caractérislique:  il  n'existe  dans  aucune  autre  lan- 
gue ,  il  peint  toute  une  classe  de  la  société  arabe  ou  de  la  société  an- 
dalouse.  Le  gandour  ou  gandul  est  un  jeune  homme  de  basse  condition, 
qui,  dans  sa  mise  et  dans  ses  manières,  affecte  une  certaine  élégance 
allant  jusqu'à  la  recherche;  ceux  qui  ne  l'aiment  pas  l'appellent  un 
fat,  un  muscadin.  Il  s'évertue  pour  plaire  aux  jeunes  filles;  il  est  gai, 
et,  pourvu  qu'il  ait  de  l'argent,  il  est  généreux  et  libéral.  Il  est  brave 
ou  du  moins  il  veut  le  paraître;  quand  l'étranger  opprime  sa  patrie,  il 
s'arme  et  se  joint  aux  mécontents.  Dans  sa  vieillesse,  quand  il  ne  peut 
plus  goùler  lui-même  les  plaisirs,  il- procure  des  jeunes  beautés  à  ceux 
qui  en  cherchent.  Ce  qu'il  est  parmi  les  jeunes  hommes,  h  gandoura, 
motagandira  ou  gandulera  l'est  parmi  les  jeunes  filles.  Comme  lui,  elle 
aime  passionnément  la  parure;  elle  est  coquette  comme  il  est  fat;  tou- 
jours on  la  voit  là  où  l'on  s'amuse;  ce  qu'elle  hait  le  plus,  c'est  le  tra- 
vail, et  quand  elle  est  sur  le  retour,  elle  se  fait  entremetteuse.  Tels 
sont  le  gandul  et  la  gandulera,  ces  vrais  enfants  de  l'Orient  et  du  Midi. 


275 

Voici  à  présent  les  preuves  de  ce  que  je  viens  d'avancer:  Burton , 
PtlgrimagCy  II,  101,  en  parlant  des  Bédouins  du  Hidjâz:  «Slain  in  raid 
or  fora  y ,  a  man  is  said  to  die  ghandur,  or  a  brave.»  Burckhardt, 
Arab.  Proverbs,  n"*,  101:  «In  the  Egyptian  dialect  \ijJJJô\  (cd-gandara) 
ineans  high  gaiety ,  fashion ,  liheraliiy ,  hearliness ,  jollily,  Tlie  v^ords 
gandour  and  gandoura  are  very  comraon;  being  applied  also  to  low  peo- 
ple  who  in  their  station  and  among  tbeir  own  acquaintances  affect  to 
be  Smart  and  dasbing.  >»  Dans  les  Mille  et  une  nuits  (III,  452  éd.  Mac- 
nagblen)  un  jeune  bomnie  qui  rencontre  une  dame  dans  la  rue,  lui  dit: 
«Que  vous  êtes  belle!  A  qui  appartenez-vous?»  Et  comme  elle  veut 
Tallirer  dans  un  guet-apens,  elle  lui  répond:  «A  un  gandour  tel  que  toi.» 
Humbert,  p.  239:  '.^gandour  et  molagatidir,  coquet,  muscadin,  fat; 
gandara ,  coquetterie ,  fatuité.»  Boctbor  :  «  gandour ,  adonis ,  très-beau  gar- 
çon ;  coquet,  qui  fait  Tagréable,  qui  est  recberché  dans  sa  parure;  da- 
nieret,  coquet;  faquin,  élégant;  homme  galant,  bomme  qui  chercbe  à 
plaire  aux  dames;  godelureau;  pelit-mae/re ,  jeune  élégant;  merveilleux, 
personne  à  prétentions;  minaudier;  mirliflore,  agréable,  merveilleux; 
muguet,  galanlin;  pimpant,  élégant  et  recberché;  gandara,  coquetterie, 
parure  affectée;  galanterie,  manières  agréables,  empressement  auprès 
des  femmes;  minauderies,  mines  et  manières  affectées  pour  plaire;  toi- 
lette, habillement  soigné;  tagandar,  coqueter ,  faire  le  coquet;  minaude- 
ries, mines  et  manières  affectées  pour  plaire;  mugueter,  faire  le  mu- 
guet; se  requinquer,  se  parer;  molagandir,  galanlin,  ridiculement  ga- 
lant; muscadin,  fat  musqué;  motagandira,  précieuse.»  Dans  le  dialecte 
arabe  de  Malte  gandour  signifie  «élégant»  (Vassalli,  Lexicon  Melitense, 
col.  519).  Diego  de  Terres  {Relation  des  Chéri fs,  p.  572)  parle  de  cin- 
quante mille  Maures  qui  s'assemblèrent  à  Fez,  et  qu'on  nomme,  dit-il, 
uGandores,  c'est-à-dire,  vaillants,  qui  s'estiment  comme  députés  et  dé- 
fenseurs de  la  république;  c'est  pourquoi  on  leur  baille  ce  surnom  de 
vaillants,  ores  qu'ils  ne  le  soient.»  P.  de  Alcala;  «^'anrfowr,  garçon 
que  se  quiere  casar,  barragan  valiente,  allegado  en  vando,  rofian;  gan- 
doura,  barragana,  rofiana  ;  ^aw^/ara ,  garçonia,  allegamicnto,  rofianeria; 
tagandar ,  garçonear,  rofîanear.  »  Marmol,  Rebelion  de  los  3Ioriscos,  fol. 
57a.-  «que  los  mancebos  y  gandules  del  Albayzin  acudirian  luego  con 
sus  capilanes  ;  '  fol.  64^.-  «los  nioços  gandules;»  fol.  65  c;  «los  man- 
cebos gandules;     fol.  77c;  «los  raonfis  y  gandules  deslruyeron  y  roba- 

35 


274 

ron  la  yglesia;»  fol.  150(/:  «y  que  eslavan  con  êl  muchos  vallesleros, 
y  escopeleros,  monfis,  y  gandules,  y  otros;»  fol.  145  c.-  «  todos  los 
uiancebos  y  gandulcs.»  Rôs:  «Gandulèra  se  dize  à  la  muger  que  es 
amiga  de  correr  coiiijos,  ir  à  huréos,  y  no  Irabajar.  » 

*  Ganinfa  pg.     Voyez  falifa. 

Garbillo  (crible).  Bien  que  M.  Diez  préfère  la  dérivation  de  crihel' 
Ittm ,  je  crois  que  Tarabe  J^jê  {garhâl,  garbél,  garhil)  a  exercé  quel- 
que influence  sur  la  forme  esp.  Si  Ton  s'allacbait  exclusivement  au  mol 
lalin ,    on   aurait  de  la  peine  à  expliquer  la  première  syllabe  gar.  [*Gr. 

AREL    et   ALVARRAl]. 

Garbino  (vent  du  sud-ouest)  de  ^M  (garh) ,  V ouest. 

*  Garrafa  ,  Hal,  caraffa,  fi\  caraffe,  vient  certainement  de  la  racine 
arabe  ^J^ê  [gara fa),  qui  signifie  puiser.  Freylag  donne  gorof,  «pocu- 
lum  parvum,»  et  M.  Cberbonneau  (dans  le  Journ,  asiat,  de  1849,  I, 
68):  '^gorf,  petit  vase  avec  une  anse  qui  sert  à  puiser  de  l'eau.»  Ceci 
n'est  pas  encore  une  caraffe;  mais  en  décrivant  les  repas  des  Marocains, 
Jackson  {Account  of  Timhucloo,  p.  231)  s'exprime  en  ces  termes:  aWhen 
Ibe  Company  bave  seated  Ibemselves,  a  slave  or  a  servant  comes  round 
lo  Ihe  guesls,  to  perform  tlie  ceremony  of  washing  of  Ihe  hands;  a 
brass  bason  or  pan  is  brought  round  to  ail  the  company,  the  slave  hol- 
ding it  by  bis  left  band ,  wbile,  witb  the  right  band,  he  pours  waler 
on  tbe  hands  of  the  guesls  from  a  (garo/f)  pilcher,  in  the  form  of  an 
Etruscan  vase,  baving  a  tovvel  throvvn  over  bis  shoulders  to  dry  tbeir 
hands.»  Cette  cruche  qui  a  la  forme  d'un  vase  étrusque  ressemble  fort 
à  notre  caraffe,  excepté  que  celte  dernière  est  de  verre.  En  outre  garof 
n'est  pas  la  forme  d'où  vient  l'espagnol  garràfa;  ce  dernier  montre 
que  le  terme  arabe  doit  être  \i\jà{garrâfà).  Il  n'est  pas  dans  nos  dicl., 
et  je  ne  puis  pas  prouver  qu'il  a  été  employé  dans  le  sens  de  caraffe; 
mais  garrâf  est  chez  Berggren  (sous  roue)  «une  roue  tournée  par  des 
bœufs  ou  des  chevaux,  à  puiser  l'eau  d'une  rivière,  pour  arroser  les 
champs  et  les  jardins,»  et  celte  machine  hydraulique  s'appelle  aussi 
garrâfa  ;  voyez  le  Glossaire  de  M.  de  Goeje  sur  Belâdzorî,  p.  77.  La 
forme"  dont  nous  avons  besoin  existe  donc,  et  c'est  justement  celle  qui 
est  en  usage  pour  désigner  des  vases  de  celte  espèce  ;  comparez  p.  e. 
harrâda,  en  esp.  alharràda. 


:27î) 

Garbama  (tribut,  impôt)  de  m\J:,  (yarâina).  Voyez  M.  Dozy,  Gloss. 
sur  Ibn-Adhàrî,  p.  56,  37. 

*  Gazi  signiiierait,  selon  les  dictionnaires,  esclave  harbaresque  converti 
à  la  foi  chrétienne,  et  M.  3Iuller  explique  Torigine  du  mot  de  celte 
manière:  «Gomme  les  esclaves  arabes  avaient  été  faits  prisonniers  dans 
la  guerre,  et  que  les  soldats  qui  prenaient  part  à  la  guerre  sainte  s'ap- 
pelaient ,3jU  (gâzt) ,  il  est  présumable  que  ce  nom  leur  soit  resté,  après 
qu'ils  avaient  été  réduits  en  captivité.»  Cette  explication  ne  me  paraît 
pas  lout-à-fait  bonne,  et  le  sens  que  les  dictionnaires  attachent  au  mot 
gazi  n'est  pas  non  plus  le  véritable.  L'idée  de  gazi  n'implique  pas  né- 
cessairement celle  d'esclave,  car  la  commission  nommée  par  Gharlcs- 
Quiat  voulait  que  les  Mauresques  «no  tuviesen  entre  elles  Gazis  de  los 
Berberiscos,  libres ^  ni  caplivos»  (Marmol,  Rehelion  de  los  Moriscos  y  fol. 
55  c).  Le  mot  signitie  donc  simplement  barbaresque,  et  il  est  facile 
d'expliquer  comment  il  a  reçu  ce  sens  dans  le  royaume  de  Grenade. 
L'armée  des  sultans  de  Grenade  se  composait  en  partie  d'Africains  qui 
portaient  le  nom  de  gâzt  ;  il  n'est  donc  pas  étrange  que  ce  mot  soit 
devenu  le  synonyme  d'Africain. 

Gazua  pg,  (expédition  militaire)  de  bliê  ou  »^tj£  {gazai  ou  gazâwa) 
qui  signifie  «  une  expédition  militaire  contre  les  infidèles.  »  De  ce  mot 
arabe  les  Français  ont  fait  leur  razzia. —  Le  gazu  de  S".  Rosa,  auquel 
correspond  l'arabe  ^ic  (gazon),  désigne  exactement  la  même  chose,  et 
non  carnagem,  malança. 

*  Gazua  vient  d'une  forme  qui  est  très-fréquente,  quoiqu'elle  manque 
chez  Freytag ,  à  savoir  s»j£  (gazwa)  ;  voyez  le  Glossaire  de  M.  de  Goejo 
sur  Belàdzorî,  p.  77.  Algazu  de  ^jx^\  {al-gazii)  se  trouve  dans  le  Mem. 
hist.  esp,  y  IX,  74.     Le  port,  a  aussi  en  ce  sens  gazia  et  gaziva. 

Geliz  (marchand  de  soie)  de  ^j^^  {djallâs)  qu'on  trouve  chez  P.  de 
Alcala  au  mot  mercader  de  seda,  —  [*  Dans  les  Additions]  :  Le  geltç  de 
P.  de  Aie.  n'offrant  aucun  rapport  étymologique  avec  la  racine  arabe 
^j.JL:>  {djalasa)y  je  ne  suis  pas  sûr  d'avoir  bien  transcrit  ce  mot.  Peut- 
être  n'est-il  pas  arabe.  Nuilez  de  Taboada  assure  qu'il  appartient  à  la 
langue  des  bohémiens. 

*  Nuilez  s'est  trompé;  il  est  certain  que  ce  mot  appartient  au  dia- 
lecte des  Mauresques  de  Grenade,  car  on  lit  chez  Marmol  {Rebelion  de 
ln.<    ^fo}^scos,   fol,   54/'):  «  porquc  le  avian  conocido  en  Granada,  siendo 


276 

Geliz  de  la  seda,»  et  chez  Alonso  del  Castillo  (dans  le  Mem.  hisl,  esp,, 
III,  42):  «y  que  era  un  Iiombre  natural  de  Granada  que  vivia  en  Sant 
Salvador,  é  munchas  vezes  le  avia  visto  residir  en  los  geliçes  y  otras 
vezes  en  los  tintoreros,  que  son  los  dos  offisios  que  este  Iraidor  usava 
antes  que  por  muchas  deudas  se  absentase  é  se  hiziese  monfi  en  el  Al- 
pujarra.»  Je  crois  aussi  qu'il  y  a  bien  quelque  rapport  entre  ce,jM.xJL> 
(djelis) ,  marchand  de  soie,  et  la  racine  (j*->JL>  [djalasa) ,  être  assis, 
JDjelzs  est  proprement  celui  qui  est  assis  à  côté  d'un  autre  (cf.  Lane). 
Or  Edrîsî,  pour  dire  que  Bougie  est  le  rendez- vous  des  marchands  étran- 
gers, s'exprime  en  ces  termes  (p.  90):  q^.^JL.5^-j  ^L-:^j  j^^j^I^  t^î^ 
^^wàsjl  j^^'^^  ^\j^\*^l\  ^L:fV-j'^  f^*^^^^  ^jX4j\  ^L:>\j,  «les  marchands  de 
celte  ville,  qui  sont  très-riches,  sont  assis  à  côté  de  ceux  du  Magrib  oc- 
cidental, du  Sahara  et  de  l'orient.»  Chaque  marchand  est  donc  le 
djelts  des  autres  marchands,  et  il  est  assez  naturel  qu'on  ait  désigné 
par  ce  mot  les  marchands,  et  en  particulier  les  marchands  de  soie,  qui, 
dans  les  bazars,  étaient  assis  les  uns  à  côté  des  autres. 

""Gelva,  gelba  pg,  (petite  barque  en  usage  dans  la  mer  Rouge)  de 
îCaJL^  (djelba) ,  qui  manque  dans  les  dict.,  mais  sur  lequel  on  peut  con- 
sulter M.  Wright,  Glossaire  sur  Ibn-Djobair,  p.  19,  et  la  note  dans  la 
traduction  d'Ibn-Batouta,  II,  158. 

*  Gergelim  pg.  (sésame)  a  la  même  origine  que  aljonjoli.  Voyez  l'ar- 
ticle sur  ce  mot. 

*GiFA,  jifa  (ce  qu'on  jette  des  animaux  lorsqu'on  les  dépèce  dans  les 
boucheries),  deK-«-A->  (djîfa),  «  cadaver  se.  cum  fœtescit,»  chez  P.  de 
Alcala  carne  mortezina,     Acad. ,  Marina,  Millier. 

*  GiNETA ,  fr,  genette  (espèce  de  civette ,  dont  la  peau  s'emploie  en 
fourrures),  de  ^a3^>  (djarneit),  mot  qui  n'est  pas  dans  les  dictionnai- 
res, mais  que  donne  M.  Cherbonneau  (dans  le  Journ,  asiat.  de  1849, 
I,  541). 

*  Glnete  (cavalier  armé  d'une  lance  et  d'un  bouclier).  Ce  mot,  que 
M.  Diez  (II,  134)  dérive  du  grec  yuf^v^jTyj^  (!  !)  et  M.  Diefenbach  de 
yivvoç  (!!),  vient  du  nom  propre  wUj,  Zenéta.  La  grande  tribu  ou  plu- 
tôt la  grande  nation  berbère  des  Zenéta,  à  laquelle  appartenaient  les 
Merinides,  a  fourni  constamment  aux  sultans  de  Grenade  des  cavaliers 
qui  étaient  les  plus  fermes  appuis  de  ces  princes.  «Après  la  chute  des 
Almohades,»  dit  Ibn-Khaldoun  {Hist.  des  Berbères  y  II,  541,  542),  «l'An- 


-277 

(lalousic   aurait   bienlol   succombé   sans   l'iiilervenlion    de   la  providence 
divine  ,  qui  inspira  aux  tribus  zenétiennes  la  passion  de  la  guerre  sainte.» 
Selon    Villaizan,    dans    sa  Chronica  de  Alonso  K  (fol.  6f/),  les  premiers 
cavaliers  gineles  arrivèrent  en  Espagne,  au  nombre  de  mille,  dans  Tan- 
née   1265.     Voici   ses   paroles:   «El   rey   de   Granada,    veyendo  el  gran 
aflncamiento  de  la  guerra  en  que  estava,  embiù  à  rogar  Aboyufat  {lisez 
Aboyuçaf)   que   le   embiasse   alguna   gente   en  su  ayuda,  y  embiôle  mil 
cavalleros,  y  vino  por  caudillo  dellos  un  Moro  que  era  tuerlo  de  un  ojo, 
y   dezian   que  era  de  los  mas  poderosos  que  avia  en  allende  el  mar;  y 
segun  lo  que  se  halla  escripLo,  dizen  que  estos  fueron  los  primeros  ca- 
valleros  ginetes   que   passaron   aquende  la  mar  despues  que  el  mirama- 
iflolin  fué  vencido.  »     Les  chroniqueurs   musulmans  disent  de  même  que 
les   Zenétiens   débarquèrent  celte  année-là  en  Espagne;  mais  ils  entrent 
dans  plus  de  détails,  et  selon  eux  ce  corps,  que  commandait  *Amiribn- 
Idrîs,   se  composait  de  plus  de  trois  mille  cavaliers;  voyez  le  Carias , 
p.  202,  205,    et  Ibn-Khaldoun;  un  historien  anonyme  (man.  de  Copen- 
hague,   n°.  76)    raconte  leur  arrivée   une   année  trop  lard  "(en  662  de 
l'Hégire),  et  selon  lui  ce  corps  était  d'environ  trois  cents  cavaliers.   Un 
écrivain   du   XIV^  siècle,    Ibn-al-Khatîb    (man.  de  M.  de  Gayangos,  fol. 
14  v),    nomme   aussi   les  Zenétiens  parmi  les  tribus  dont  se  composait 
l'armée  berbère  de  Grenade,  et  Ton  peut  trouver  sur  eux  beaucoup  de 
renseignements  chez  les  historiens  arabes.     Leur  lance  courte  était  ap- 
pelée par  les  Esp.  gineta  (ital.  giannetla) ,  et  dans  le  testament  de  Pierrc- 
le-Cruel   (p.  546,    1.  16   et    18)  il  est  question  d'une  «espada  gineta,» 
ainsi  que  d'une  «siella  gineta,»   (de  même  dans  le  Cancionero  de  Baena , 
p.  477).     Aller   à   cheval    à   la   genette,    à  la  ginela ,  est  aller  à  cheval 
avec  les  étriers  fort  courts,  comme  le  faisaient  les  Zenétiens  et  comme 
les  Maures  le  font  encore.     C'étaient  des  cavaliers  excellents,  au  point 
que  ginele  a  reçu  le  sens  de  «dexter  equitator.  »     En  catalan  on  les  ap- 
pelait «cavalers  janetz»   {Mem.  hist,  esp.,  III,  452).     Les  Espagnols,  les 
Italiens  et  les  Français  ont  aussi  donné  le  nom  de  cavallo  ginele  {Corics 
de  Léon  y  de  Castillan  I,  619),  ginnello,  gianneUo,  genêt,  à  une  espèce 
de   cheval   d'Espagne   entier.  —  Le  changement  de  la  première  syllabe 
ze  en  gi  est  le  même  que  dans  girafa  de  zerdfa. 

*GiNy  cal.     Dans   un    traité   de  paix  conclu  en  1509  entre  le  roi  de 
Bougie  et  Jacques  II  d'Aragon  {apud  Capmany,  Memonas  sobre  lamarmi 


278 

de  Barcelona,  IV,  40),  il  est  question  de  galères  et  do  gintjs.  C'est 
l'arabe  ^^^  {chîni)  qui  désigne  une  espèce  de  galère;  voyez  le  Glos- 
saire sur  Edrîsî ,  p.  331. 

GiRAFA  de  xiî^j  {zarâfa  ou  zerâfa) ,  giraffe. 

*Chez  quelques  voyageurs  du  moyen  âge,  la  première  lettre  de  ce 
mot  est  encore  un  z  ou  un  s;  mais  chez  d'autres  c'est  déjà  un  g  (voyez 
les  passages  cités  par  Quatremère,  Hist,  des  suit,  maml.y  I,  2,  108, 
273).  L'ancienne  forme  azorafa,  dans  la  Chronica  de  D.  Alonso  X{i(A. 
6  h)  y  est  exactement  l'arabe  az-zorâfa  ;  mais  les  Arabes  eux-mêmes  disent 
aujourd'hui,  non-seulement  zorâfa,  mais  aussi  xst ^,  rf/om/a  (Humbert, 
p.  63). 

*  GiREL  (sorte  de  caparaçon  très-riche)  de  Jbl>  (djilél) ,  ^lav.de  djoll, 
dit  M.  Millier.  Cette  dérivation  est  bonne,  et  le  port,  charel  ou  xarel, 
qui  a  le  même  sens,  a  aussi  la  même  origine.  Seulement  il  faut  ob- 
server que,  dans  la  langue  moderne,  ce  djilél  n'est  pas  un  pluriel, 
comme  dans  la  langue  classique,  mais  un  singulier;  voyez  Humbert 
(p.  60),  Hélot ,  Bocthor  sous  les  mots  banielle,  batine,  selle  et  torche. 
Chez  Daumas  {Mœurs  et  coutumes  de  l'Algérie  y  p.  286,  cf.  p.  270)  on 
lit:  «djellale,  couvertures  en  laine  plus  ou  moins  ornées  de  dessins, 
très-larges,  très-chaudes,  et  enveloppant  le  poitrail  et  la  croupe  du  che- 
val.» Ailleurs  (p.  106,  395)  il  écrit  chelil  (pour  djelâl  on  djelél  par 
suite  de  Vimâla),  «ornement  de  soie  que  l'on  étend  sur  la  croupe  des 
chevaux  aux  jours  de  fête.»  Ormsby  [Autumn  rambles  in North  Africa , 
p.  222)  prononce  le  mot  de  la  même  manière,  quand  il  dit:  ashelil, 
clolh  with  which  on  great  occasions  Ihe  Arab  always  covers  the  croup 
of  his  horse. »  Tristram  (The  great  Sahara,  p.  94)  écrit  djellali,  qu'il 
explique  par  «horse-housings.  » 

"^Gis,  giz  pg.  (espèce  de  chaux  dont  les  tailleurs  font  usage  pour 
dessiner  la  taille  des  habits)  vient  peut-être  de  (j^*>  [djibs) ,  la  forme 
arabe  de  gypsiim  {Loci  de  Abbad. ,  II,  253,  Humbert,  p.  191),  plutôt 
que  de  gypsum  lui-même,  comme  le  veut  Moraes. 

*  Gît,  gith  pg.  (nielle,  plante)  est,  selon  Vieyra,  d'origine  arabe.    En 

effet  le  Mosta^im  (man.  15)  donne  sous  ô^m\  q^^^:  ^^^.4.^  _^S>  <^^ï^^yî 
jx4Xû-^,  «Selon  Zahrâwî  on  l'appelle  aussi  chemilh  et  chetmîz.»  Si  ces 
mots,  qui  ne  sont  pas  dans  nos  dictionnaires,  sont  écrits  correctement, 
le  mot  port,  doit  être  une  altération  de  chemilh.    Le  ch  a  été  changé 


279 

en  g  y  couinie  dans  le  catalan  giny.  Au  reste  il  faut  se  rappeler  qu'il 
s'agit  ici  du  nom  d'une  plante,  et  que  les  mots  de  cette  espèce  subissent 
les  altérations  les  plus  graves. 

*  GoLO.  «Je  ne  connais  ce  mot  que  par  le  Voyage  en  Espagne  de 
Lorinser  (p.  105),  où  il  signifie:  «métamorphosé  par  enchantement  dans 
un  autre.»  Si  ceci  est  exact,  on  ne  peut  penser  qu'à  l'arabe  iyt{goul 
ou  gôl),*  Millier.  Il  est  du  moins  certain  que,  selon  les  croyances 
arabes,  les  mauvais  génies  désignés  par  ce  nom,  prennent  souvent  une 
forme  humaine;  voyez  Lane,   The  thousand  and  one  nighls,  I,  56. 

GoRAB  vaL  («cuervo,»   Ros)  de  yLc  (gorâb) ,  corbeau. 

*GoRGUz  (espèce  de  dard,  de  javelot,  de  lance  courte)  doit  être  un  mot 
qu'employaient  les  Maures,  car  dans  un  passage  d'Ocampo  que  cite 
TAcad.,  on  lit:  «Estas  eran  como  dardos  crecidos,  â  manera  de  las  que 
ios  Moros  llaman  azagayas  ô  gorguces.»  Je  crois  qu'il  est  d'origine 
berbère,  de  même  que  azagaya.  En  effet,  Marraol  [Descripcion  de  Af- 
frico,  II,  fol.  72  6)  dit  en  parlant  des  Berbères-Zenéga;  «Andan  de  con- 
tino  armados  de  gorguzes,  ô  lançuelas  cortas  ;  »  en  outre,  on  retrouve 
en  berbère  des  mots  qui  y  ressemblent  beaucoup  et  qui  dérivent,  je 
crois,  de  la  racine  ^.i"  (guer),  jeter.  Ainsi  agôr  signifie  lance  dans  le 
dialecte  des  Auelimmides  (Barlh,  Reisen  y  V,  707),  D'autres  tribus  em- 
ploient la  forme  ^^iso^  {gtiergtiît).  C'est  selon  le  Voyage  au  Ouadây 
Irad.  par  Perron  (p.  431),  où  l'on  trouve  guirguit ,  «une  javeline  dont  le 
fer  est  en  manière  de  broche  ou  de  grosse  alêne  tout  hérissée  de  pointes 

...   O.'  * 

ou  piquants.  »     Dans  le  Dictionnaire  berbère  Jaxir^ifî  est  lance  ;  de  même 

dans  le  vocabulaire  berbère  de  Hodgson  (Notes  on  Northern  A frica,  p.  81). 
Chez  les  Touareg  c'est  une  très-grande  lance,  car  on  lit  dans  la  Revue 
de  r Orient  et  de  rAlg.  (nouv.  série,  X,  559):  ^<Vaguerguit ,  \emezrag, 
la  terrible  lance  en  fer,  longue  de  six  pieds,  à  pointe  empoisonnée,  à 
barbes  ou  crochets  hérissés  en  arrière  et  à  l'extrémité  inférieure  apla- 
tie, large  et  taillée  en  biseau,  afin  de  se  ficher  en  terre  et  de  trancher 
la  racine  des  plantes  ou  de  dégager  les  abords  des  sources.  »  —  Dans 
un  document  cité  par  S\  Rosa,  on  rencontre  la  ïovmc  guarguz  ;  gorguez 
cl  gurguez  se  trouvent  chez  Moraes;  je  serais  donc  porté  à  croire  que 
le  mot  esp.'pg.  vient  directement  de  guergutl, 

*  GrADAFiONRS   (cntravcs   pour   les   chevaux).     P.    de  Alcala  traduit  ce 


280 

mot  par  guadâfa,  pi.  gtiadâf.  C'est,  je  crois,  x^ilJà^  {wadhâfa),  qui 
n'est  pas  dans  les  dictionnaires;  cependant  on  y  trouve  le  substantif 
oi-A-bj  (tvadhtf)  y  «la  partie  mince  des  jambes  des  bêtes  de  somme,» 
c.-à-d. ,  celle  où  l'on  attache  les  entraves,  et  le  verbe  v^^  {wadhafa)  ^ 
«raccourcir  les  entraves»  d'un  chameau. 

*GuADAMACi,  guadamacil,  guadameci,  guadamecil  («cabritilla  adobada , 
en  que  à  fuerza  de  la  prensa  se  forman  por  el  haz  diferentes  figuras 
de  diversos  colores,»  Acad. ,  «tapisserie  de  cuir  doré,»  Victor) ,  ;?(/. 
guadamecim,  guadamexim  («sorte  de  tapeçaria  antiga  de  couros  pinta- 
dos,  e  dourados,»  Moraes).  Ce  mot  ne  se  trouve  chez  aucun  de  mes 
devanciers,  et  comme  il  a  une  physionomie  arabe  très-prononcée  (aussi 
l'Acad.  déclare-t-elle  qu'il  est  arabe),  j'ai  de  la  peine  à  croire  qu'ils  ne 
l'ont  pas  remarqué;  je  suppose  plutôt  qu'ils  l'ont  cherché  dans  le  dic- 
tionnaire arabe  sans  le  trouver.  Aussi  n'y  esl-il  pas,  et  il  n'est  pas 
nécessaire  qu'il  y  soit.  C'est  ^M*^\0^à  {gadâmesî) ,  l'adjectif  relatif  de 
Gadâmes,  qui  est  le  nom  d'une  ville  et  d'une  oasis  dans  l'état  de  Tri- 
poli, au  S.  0.  Les  cuirs  que  préparaient  les  habitants  berbères  de  cette 
ville  au  moyen  de  l'euphorbe  el  qui  s'appelaient  al-djild  al-gadâmesi , 
jouissaient  d'une  très-grande  réputation.  «Il  n'y  a  pas  d'autres  cuirs 
qui  les  surpassent  en  beauté,»  dit  un  auteur  arabe,  «car  ils  ressem- 
blent à  des  étoffes  de  soie,  tant  ils  sont  moelleux»  Voyez  Becrî ,  p.  152, 
1.  17  et  18,  Aboulfeda,  Géographie,  p.  147,  Cazv^rînî,  II,  58.  Ancien- 
nement le  mol  esp.  désignait  cette  espèce  de  cuir,  car  on  lit  dans  le 
Fuero   de  Molina  (apud  Llorente ,  Noticias  de  las  très  provincias  Vascon- 

gadas,  IV,  120):  «  Mercador  que  viniere  à  Molina  pèche  de  portazgo 

por  carga  de  cordoban  ô  de  guadameci,  un  maravedi.  »  Dans  un  in- 
ventaire publié  par  Saez  [Valor  de  las  monedas ,  p.  542  6)  le  nom  de 
guadamecies  est  donné  à  plusieurs  morceaux  de  cuir  de  couleur.  Mais 
peu  à  peu  on  a  désigné  par  ce  mot  presque  exclusivement  une  espèce 
de  cuir  doré,  qu'on  fabriquait,  sinon  à  Gadâmes,  du  moins  à  Fez,  car 
Marmol  dit  en  parlant  de  cette  dernière  ville  (Descrîpcion  de  Affrica, 
H,  fol.  87  d):  «Ay  olros  que  hazen  unas  çofras  de  cuero  de  guadame- 
cil labradas  de  oro  y  seda,  que  usan  los  Fecis  como  por  manteles,  y 
las  tienden  en  el  suelo  para  comer  sobre  ellas,  y  para  assentarse  el  ve- 
rano.»  Dans  l'inventaire  que  j'ai  cité  tout-à-l'heure,  on  trouve  aussi; 
«Treinta  é  dos  almohadas  de  guadameci,  las  quatre  doradas.^>     Ces  cuirs 


281 

ilorés  servaient  de  tapisseries,  et  Ton  a  vu  que,  d'après  Victor  et  Mo- 
raes,  le  mot  en  question  signifie  «tapisserie  de  cuir  doré.»  Le  guada- 
meci  se  fabriquait  aussi  en  Espagne,  p.  e.  à  Barcelone  (déjà  dans  Tan- 
née 1316;  voyez  Capmany,  Memorias  sobre  la  marina  de  Barcelona , 
t.  I,  part.  3,  p.  119)  et  à  Valence  (voyez  Escolano,  Hist.  de  Valencia, 
I,  695).  —  Dans  le  mot  esp. ,  ^wa  est  une  mauvaise  prononciation,  car 
ce  serait  Tarabe  wa;  il  faudrait  ga;  mais  les  Esp.  étaient  si  accoutumés 
aux  noms  propres  commençant  par  ^warfa  (Guadalete,  Guadalquivir,  etc.), 
qu'ils  voyaient  dans  gadâmesî  un  nom  de  la  même  nature. 

*GuAHATE,  guahete.  Ce  mot  n'est  pas  dans  les  dict.;  mais  M.  Simo- 
net,  qui  écrit  guajate,  guajete,  selon  la  prononciation  andalouse,  m'a 
communiqué  celte  note:  «En  Andalousie  on  dit  encore:  guahate  por  giia^ 
hâte,  ou  guahete  por  guahete,  dans  le  sens  de  iino  por  otro,  de  l'arabe 
A>|^  kX^\^  (wâhid  biwâhid).» 

*  GuARAPus  b.-lal.  (pas  dans  Ducange)  se  trouve  comme  le  nom  d'une 
espèce  de  navire  dans  un  règlement  de  1243,  publié  par  Capmany  (¥e- 
morias  sobre  la  marina  de  Barcelona,  II,  16:  «omnes  naves^  Guarapi , 
Xalandri ,  Bucii,»  etc.).  C'est  peut-être  l'arabe  ^\jà  {gorâb) ,  avec  le 
changement  de  ga  en  gua ,  comme  dans  guadamaci.  Ce  mot  se  trouve 
souvent  dans  les  auteurs  arabes-espagnols;  chez  P.  de  Alcala  c'est  na- 
via  et  galera. 

* GuEDRB  pg,  (espèce  de  fleur,  sambucus  feraina,  Moraes).  Comme  la 
fleur  de  celte  espèce  de  sureau  ressemble  à  une  rose  blanche  et  qu'on 
l'appelle  aussi  en  latin  sambucus  rosea,  en  hollandais  rose  de  Gueldre 
(voyez  Dodonaeus,  Cruydl-Boeck,  p.  1419a),  je  n'hésite  pas  à  recon- 
naître dans  guedre  une  transposition  de  ôj^  (werd),  qui  signifie  en  gé- 
néral fleur  et  spécialement  rose, 

*GuEicE  pg,  Moraes  cite  un  passage  de  la  Chronique  de  Jean  III, 
où  on  lit:  «E  como  os  muros  erao  de  gueice,  os  polouros  ficavao  embe- 
bidos  nos  muros,»  et  un  autre  de  Coulo,  où  l'on  trouve:  «Os  muros 
erâo  de  gueice. -•  Ce  mot  signifie  bien  boue,  comme  il  le  dit  et  comme 
Moura,  qui  cite  le  premier  passage,  le  dit  aussi;  mais  ce  n'est  nulle- 
ment, comme  ils  l'assurent,  l'arabe  vi>.^,c  (geith)  qui  ne  signifie  que 
pluie.  C'est  au  contraire  un  mot  qui  n'est  pas  dans  les  lexiques,  mais 
dont  on  se  sert  en  Afrique,  à  savoir  i^^^^a^  (g^^s),  11  se  trouve  chez 
Dombay   (p.  55,   lutum) ,  Jackson    {Account  of  Marocco ,  \}.  178,  mmi), 

36 


282 

Boclhor  {houe)  cl  Hélot  {houe,  vase,  fange,  limon ,  terre).  Selon  loule 
apparence  il  est  d'origine  berbère. 

GuiLLA  (récolle,  Cob. ,  récolle  abondanle,  Acad.)  de  idc  (galla),  récolle. 
En  Espagne  on  prononçail  guilla,  comme  on  peut  le  voir  dans  P.  de 
Alcala  au  mot  cosecha. 

*GuMiA,  pg.  gomia,  agomia,  agumia  (couteau  courbe  en  usage  chez 
les  Maures,  Moraes;  espèce  de  poignard).  On  retrouve  ce  mot  chez 
plusieurs  voyageurs  qui  ont  visité  le  Maroc.  Dans  Diego  de  Torres 
{Relation  des  Chérifs,  p.  256)  on  lit:  «une  gomie,  c'est-à-dire,  une 
dague;»  plus  loin  (p.  272):  «gomies  qui  sont  certaines  dagues;»  et 
ailleurs  (p.  327):  a  un  poignard  qu'ils  nomment  gomia,*  Le  père  Fran- 
cisco de  San  Juan  de  el  Puerto  {Mission  historial  de  Marniecos,  p.  45  6, 
419  a)  explique  go7nia  par  «puilal  corvo.»  Jackson  {Account  of  Tim^ 
huctoo,  p.  152,  cf.  286)  écrit  kumàya,  «  curved  dagger,  about  tvvelve 
inches  long.»  Chez  Davidson  {Notes  taken  during  travels  in  Africa, 
p.  104,  129,  140)  c'est  kummiyah,   «dagger.»     Hœst  {Nachrichten  von 

Marokos,  p.  117)  écrit  «*âa4.^  komîa,»  et  Dombay  (p.  81)  i^tk^  kum- 
mija.»  Le  mot  n'est  pas  dans  les  dictionnaires;  mais  je  pense  que  c'est 
KÂli'  {commiya)  et  qu'il  vient  de  ^  {comm) ,  manche  d'un  habit.    Dans 

ce  cas  celle  espèce  de  poignard  aurait  reçu  ce  nom ,  parce  qu'on  le 
portait  dans  la  manche  de  son  habit. 

H. 

IIaarraz  val,  (arador)  de  oL>  {harrâth),  laboureur, 

*  Habiz.  Dans  la  capitulation  de  Grenade  {apud  Marmol,  Rehelion  de 
los  Moriscos,  fol.  24  a)  on  lit:  «Los  habices,  y  renias  de  las  mesquilas. » 
C'est  tj^-A.>  {hohos)  ^  ou  comme  on  dit  en  Afrique,  hahous,  «donation 
d'immeuble  faite  à  une  institution  religieuse,  avec  maintien  de  la  jouis- 
sance usufruitière  pour  les  héritiers  du  testateur»  (I)aumas,  La  grande 
Kabylie,  p.  66). 

Hacino  (pauvre,  misérable)  de  ^j^>  {haztn)  qui,  chez  P.  de  Alcala, 
répond  à  hazino  triste, 

"*  En  arabe  haztn  signifie  triste,  abattu  de  chagrin,  et  rien  autre  chose. 
Ce  sens  convient  fort  bien  pour  le  hazino  triste  d'Alcala  et  même  pour 
le  te  hazino  ô  mezquino,  pauvret,  pauvre,  petit  malheureux,  misérable» 


285 

lie  Victor;  ainsi  on  lit  dans  les  Mille  cl  une  nuils  (IV^  327  éd.  Habiclil)r 
^;5>  L)  |»^j5=^vo  vi>ot ,  otu  joues  de  malheur,  pauvre  homme  !»  Mais 
le  hacino  esp.  se  prenait  aussi  dans  des  acceptions  loul-à-1'ait  différentes. 
Alcala  donne  hazino  por  escaso  qu'il  traduit  par  c>^.AJLy<j  et  par  J^^i^o  ; 

le  mot  signifiait  donc  aussi  avare.  Dans  le  Cancionero  de  Dacna  il  doit 
signilier  vilain,  laid,  honteux,  car  on  y  lit  (p.  447): 

Johan  Garcia,  serpentina 

Es  mi  lengua  de  Tancredo, 

E  la  non  ovo  non  credo , 

Atan  dulce  6  paladina; 

Mas  la  vuestra  que  es  hasina 

Desdonada  de  Cepedo,  etc. 
El  ailleurs  (p.  429)  : 

Pues  que  sus  denuestos  non  valen  meaja, 
Mendat  le  que  calle  el  tuerto  hasino. 

Il  est  impossible  que,  dans  ces  deux  acceptions,  ce  soit  aussi  Tarabc 
hazin  ;  ce  doit  être  un  tout  autre  mot.  L'explication  des  auteurs  du 
glossaire  sur  Baena,  qui  ont  vu  dans  cet  adjectif  le  substantif  latin 
faciniis,  est  trop  curieuse  pour  ne  pas  elre  notée  en  passant,  mais  ne 
mérite  pas  d'être  réfutée.  Je  crois  bien  que  ce  second  hacino  est  aussi 
arabe:  c'est,  si  je  ne  me  trompe,  ^j^j^^à^  [hhasis).  En  esp.  ce  mot 
aurait  dii  devenir  hacizo;  mais  il  a  été  altéré  en  hacino  par  rinfluencc 
de  hacino,  triste,  avec  lequel  on  l'a  confondu.  En  effet,  khasts  a  abso- 
lument les  mômes  acceptions  que  le  second  hacino;  c'est:  «  ignobilis  ac 
vilior»  (Freytag),  «  floxo  en  el  animo,  haragan,  perezoso,  vil  hombre^ 
vellaco»  (Alcala),  «avare»  (Humbert,  p.  245,  Boclhor,  Marcel),  «chiche, 
crasseux,  ladre,  pince-maille»   (Boclhor). 

Hafiz,  [*haiz,  afice]  (inspecteur  de  l'impôt  sur  la  soie  à  Grenade), 
de  ia-sL>  (hâfidh)  qui  signifie  en  général  inspecteur,  [/  Aussi  Viclor 
donne-t-il  un  sens  beaucoup  plus  large  à  a/ice,  qu'il  traduit  par  «maître 
revisileur  en  quelque  métier  que  ce  soit;»  de  môme  dans  le  Dicl.  de 
TAcad.  :   «  el  Veedor  de  las  maestranzas»]. 

*  Halia  «se  trouve  chez  Parchiprélre  de  Hila,  copl.  1010,  vraisem- 
blablement dans  le  sens  de  parure  : 

Et  dam'  buenas  sartas 
De  cstano  6  fartas, 


284 

Et  dame  halîa 
De  buena  valia, 
Pelleja  delgada. 

C'est  donc  l'arabe  ^>  (halî)  ou  jjjb>  {holt).r>  Millier. 

Halifa.     Voyez  califa. 

*Haloch  vaL  Selon  Fischer  {Gemdlde  von  Valencia,  I,  227)  ce  mot 
désigne  le  bupleurum.  Sans  doute  il  n'est  pas  d'origine  latine,  et  je 
crois  qu'il  est  possible  de  l'expliquer  au  moyen  de  l'arabe.  Plus  haut 
nous  avons  déjà  rencontré  le  mot  aloque  ou  haloque  (vin  rouge-clair)  et 
nous  avons  dit  que  c'est  l'arabe  khalôquî,  rouge-clair,  l'adjectif  du 
substantif  vjj>J^  [khalôc),  qui  désigne  une  sorte  de  parfum  d'une  couleur 
rouge-clair.  Or  les  Arabes  donnent  le  même  nom  au  bupleurum  et  à 
la  cynoglosse  ou  langue-de-chien,  à  savoir  u^j^^î  q^^î,  oreilles-de-lièvre 
(voyez  Berggren,  p.  835  et  846),  et  Ibn-al-Baitâr  (I,  23)  dit,  en 
parlant  de  la  racine  de  cette  dernière  plante,  que  si  l'on  s'en  frotte  le 

visage  pendant  qu'elle  est  encore  fraîche,  elle  le  rend  rouge  (s^Is*)  et 
embellit  le  teint.  Il  est  donc  assez  vraisemblable  qu'on  a  donné  à  cette 
plante  le  nom  de  khalôc  à  cause  de  la  couleur  que  sa  racine  donne 
au  teint. 

*Hamapola,  amapôla,  ababol,  ababa,  papôla  (coquelicot).  L'étymolo- 
gie  basque  de  ce  mot,  donnée  par  Larramendi,  est  tout-à-fait  inadmis- 
sible, comme  l'a  démontré  M.  Mahn  {Etym.  Unters,,  p.  125);  mais 
celles  qu'il  propose  lui-même  le  sont  également.  Le  mot  est  d'origine 
arabe.  Chez  P;  de  Alcala  hamapola  est  Sj^-j  iLA.s>  (Jiabha  haura),  terme 
qui  manque  dans  les  lexiques,  mais  qui  signifie:  graine  de  jachère  y  et  cette 
dénomination  est  fort  appropriée,  car  on  sait  que  les  coquelicots  pro- 
viennent en  profusion  sur  les  terres  qu'on  laisse  reposer.  Hahba  haura 
devient  régulièrement  hamapola,  attendu  que  le  h  se  change  en  m  et 
le  r  en  /;  les  autres  formes  n'en  sont  que  des  altérations. 

"^Hamarillo,  dans  le  Cancionero  de  Baena,  p.  109: 
Yo  serya  denostado 
Eu  pensar  tal  hamaryllo , 
est,  comme   les  auteurs  du  glossaire   le  disent  avec  raison,    une  trans- 
position de  haramillo,  le  diminutif  esp.  de  j.^>  {haram)  ou  j.5^s>  {harâm), 
ce  qui  est  illicite ,  défendu ,  —  péché. 

*  IIamec  a,  pg.  (électuaire  de  coloquintes)  paraît  être  un  mol  que  les 


28o 

Port,  ont  reçu  des  nicdecins  arabes  sous  une  forme  altérée.  La  graine 
lie  la  coloquinte  s'appelle  en  arabe  a^xP  {hahid);  mais  dans  un  man. 
ancien  et  très-exact  du  Dict.  des  médicaments  simples  et  composés  par 
Ibn-Djazla  (man.  576,  art.  JJâÀ^) ,  ce  mot  est  écrit  '^i^,^  {habîc).  Il 
est  vrai  que  sur  la  marge  on  trouve  la  correction  habîd,  ce  qui  est 
aussi  la  leçon  de  nos  man.  34  et  368  ;  mais  il  est  possible  que  quel- 
ques médecins  aient  dit  habic,  ce  qui,  en  portugais,  devenait  réguliè- 
rement hameCy  attendu  que  le  b  se  change  en  m. 

*  Hamez  (rognure  ou  rupture  des  plumes  des  oiseaux  de  proie  mal 
nourris  ou  mal  soignés).  «C'est  un  mot  arabe,»  dit  Cobarruvias,  «mais 
dont  je  ne  connais  pas  la  racine.  »  Cette  racine  est  ^\J>  {hâdha) ,  qui 
signiBe  rompre,  briser,  en  parlant  des  plumes  ou  des  ailes  d'un  oiseau; 
x>L>L5*  j^.*.^>  «ses  ailes  sont  brisées,»  est  même  une  expression  pro- 
verbiale; voyez  mes  Loci  de  Abbad.,  I,  236,  n.  61.  Hamez  est  une 
transposition  de  (j:a-A-^-xi  (mahîdh) ,  le  participe  passif  de  ce  verbe  ; 
^v-n.A,^.^  ^Lij:>,  «ala  fracta,»  est  une  expression  qu'on  rencontre  assez 
souvent;  voyez  p.  e.  le  Câmil  de  Mobarrad,  p.  7,  1.  12,  Maccarî,  I, 
795,  l.  6;  je  crois  qu'il  faut  lire  le  même  mot  chez  Ibn-Khaldoun, 
Ilist.  des  Berbères,  I,  380,  1.  16,  où  le  texte  porte;  Kxilè  ,^^  LJyaiî^ 

*  Haren,  /r.  harem,  de  j.^  (harem). 

*  Haro>  (paresseux  ;  proprement  en  parlant  d'une  bête  de  monture  ; 
«beslia  harona,  une  bêle  lâche  et  pesante,  rétive,  une  rosse,»  Victor). 
a  On  donne  à  ce  mot  une  étymologie  arabe,»  dit  M.  Diez  (II,  137), 
«mais  il  ne  semble  point  du  tout  appartenir  à  cette  langue.»  Si  M. 
Diez  était  moins  étranger  à  l'étude  de  l'arabe,  il  se  serait  bien  gardé 
d'écrire  une  telle  phrase,  car  harôn  est  un  mot  arabe  tout  pur  et  qui 
n'a  pas  éprouvé  le  moindre  changement.  C'est,  comme  Marina  l'a  dît 
avec  raison,  q^^  (harôn).  Chez  P.  de  Alcala  harona  beslia  est  harôma; 
le  m  est  ici  pour  le  w,  et  dans  la  langue  vulgaire  cette  substitution 
est  loin  d'être  rare  quand  il  s'agit  de  la  dernière  radicale;  ainsi  Alcala 
donne,  sous  hazino,  mahzùm  pour  mahzùn,  et  Berggren  a  sous  drome- 
daire:  «j„a,^,  on  dit  aussi  ^^^x:^;»  cette  dernière  forme  est  justement 
la  bonne.  Harôn,  de  la  racine  harana,  être  rétif,  est  proprement  rétif, 
qui  i'arrélç  ou  qui  recule  au  lieu  d'avancer;   voyez  Lane,  Maccari,  II, 


286 

543,  I.  11,  Ibn-KIialdoun ,  Prolégomènes  y  II,  28,  1.  5;  lbn-al-*Aiiwùm 
(II,  535  et  suiv.)  parle  fort  au  long  du  cheval  qui  a  ce  vice,  faras 
harôn  (caballo  harôn).  Selon  toute  apparence  l'esp.  a  aussi  eu  alharôn 
avec  l'article  arabe,  car  chez  l'archiprêtre  de  Hita  (copl.  850)  on  trouve 
le  verbe  alhaonarse  (pour  alharonarse). 
Hasta,  fasta  (jusqu'à),  de  ^jJ.s>  (hattâ). 

*  D'autres  formes  approchent  encore  plus  du  terme  arabe:  adla,  ala , 
fata  (dans  le  vocabulaire  de  Berganza),  hâta  (Marina  donne  des  exem- 
ples), pg.  aie,  a.  pg.  atha ,  val.  hatti» 

*  Hegira  ,  hixara  chez  Marmol  {Rehelion  de  los  Moriscos ,  fol.  7  a) ,  fr. 
hégire,  de  »j^^  {hidjra),  départ ,  fuite  ;  le  départ,  la  fuite,  de  Maho- 
met, lorsqu'il  quitta  la  Mecque  pour  se  rendre  à  Médine.  On  sait  que 
c'est  l'époque  d'où  les  musulmans  commencent  à  compter  leurs  années. 

Helga.     Voyez  alhelga. 

*  HizAN  (ftlugar  de  defensa,»  Berganza,  Antig,  de  Esp.,  II,  à  la  fin) 
de  .^*^^  (hiçn) ,  forteresse. 

HoBERO  (color  de  cavallo)  de  ^^^Ia^  (hobérî)  que  P.  de  Alcala  traduit 
par  hobero  color  de  cavallo. 

*  Actuellement  on  écrit  cet  adjectif  overo,  parce  qu'on  a  eu  la  mal- 
heureuse idée  de  le  dériver  du  latin  ovum  (œuf)  (Acad.) ,  pg.  fouveiro, 
fr.  aubère.  Il  se  dit  d'un  cheval  dont  le  poil  est  couleur  de  fleur  de 
pêcher,  entre  le  blanc  et  le  bai.  La  manière  dont  P.  de  Alcala  l'écrit, 
prouve  que  le  Père  Guadix  (apud  Cobarruvias)  a  eu  raison  de  le  dériver 
de  (^W^  {hobérâ) ,  outarde  ;  il  ajoute  qu'on  a  appliqué  cet  adjectif  au 
cheval  aubère,  moins  à  cause  de  la  ressemblance  de  sa  couleur  à  celle 
du  plumage  de  l'outarde,  qu'à  celle  de  la  chair  de  cet  oiseau  quand 
elle  est  cuite. 

*  HOAIARRAGHE.       VoyCZ    MASCARA. 

*  HoQUE  (pourboire,  petite  libéralité  en  signe  de  satisfaction)  de  Ui> 
(hacc),  proprement:  ce  à  quoi  quelquhm  a  droit,  et  de  là  rétribution 
(Ibn-Khaldoun ,  Prolégomènes ,  II,  98,  1.  8),  présent,  cadeau.  Selon  MM. 
Sandoval  et  Madera  (Memorias  sobre  la  Argelia,  p.  322),  le  présent  que 
les  fonctionnaires  devaient  donner  à  Abd-el-Cader  à  cause  de  l'investi- 
ture, s'appelait  hacc  al-bournous  ;  ils  se  faisaient  restituer  cet  argent 
par  leurs  sujets,  et  les  présents  que  donnaient  ceux-ci,  s'appelaient 
barouc  al-bournous.     Uemarquez  que,   selon  i'Acad, ,  hoquc  est  le  syno- 


287 

nynie  de  allporôque.  Chez  M.  Lane ,  Modem  Egyplians,  I,  257,  on 
trouve  Texpression  hacc  cachf  ahvadjh,  qui  signifie:  «a  présent  of  money 
vfhkh  the  hridegroom  must  give  to  Ihe  bride  before  he  altempts  to 
remove  the  shawl  thrown  over  her  head.  » 

HonRo,  [*pg,  forro]  (libre),  de  «>  (horr)  qui  a  le  même  sens.  De 
horro  on  a  formé  le  verbe  ahorrar,  [*  pg.  forrar], 

*  Le  féminin  Sj>  {horraj ,  employé  substantivement ,  a  reçu  vers  la 
fin  du  moyen  âge  le  sens  de  princesse  ou  reine;  P.  de  Alcala  sous  pinn- 
cesa,  reynay  enperatriz,  Ibn-Batouta,  IV,  570,  Carias^  p.  230,  1.  5  a  f., 
p.  270,  1.9  a  f.,  p.  280,  1.  4,  et  dans  la  traduction,  p.  297 ,  n.  5,  Mac- 
carî,  II,  711,  1.  19,  p.  712,  1.  5,  15,  20  et  3  a  f.,  p.  801,  I.  7; 
chez  un   chroniqueur   anonyme   (man.  de   Copenhague,   n°.  76,   p.  98) 

on  lit  :  yX^j^\  j»!  '^,:<^\  ^Aûiiib  c^^iL^^ ,  «  dans  le  palais  se  trouvait  la 
princesse,  mère  d*ar-Rachîd  ;  »  ailleurs  (p.  101):  'sk^lAi»  •^^^^\  ^o-.:  ^a 
^.j^/iUJt  ^A>L/e^4.il  jjJi  u>^j,  «avec  son  épouse,  la  princesse  Fâlima,  fille 
du  prince  des  croyants  al-Mamoun.  »  L'esp.  horra  se  trouve  avec  la 
même  acception  dans  la  Crônica  de  D.  Alfonso  XI,  p.  406,  1.  8,  et  chez 
Barrantes  Maldonado  (dans  le  Mem.  hist,  esp. ,  IX),  p.  352. 

*  HuRi ,  fr,  bouri.  Ce  mot  est  très-récent  dans  l'espagnol;  aussi  les 
dict.  ne  Tont-ils  pas  et  ce  n'est  rien  autre  chose  que  la  transcription 
du  français  houri.  En  arabe  une  femme  du  paradis  s'appelle  ^îj>-> 
(haurâ),  et  les  Mauresques  écrivaient  alhaura  {Mem,  hist.  esp,,  V,  432). 
Le  plur.  en  est  hour;  mais  les  Persans,  les  Turcs  et  même  les  Arabes 
modernes  (voyez  p.  e.  Mille  et  une  nuits,  II,  270,  1.  8  éd.  Macnaghteu) 
emploient  ce  plur.  comme  un  sing.,  et  les  premiers  y  ont  ajouté  le  %, 
qui,  dans  leur  langue,  sert  à  former  le  nom  d'unité;  de  là  hourz 
U3)y^),  une  femme  du  paradis.  L'arabe  moderne  a  aussi  is^>>  {hourhja) 
{Mille  et  une  nuits,  I,   166,  558,  [I,  649,  IV,  183  éd.  Macnaghlen). 

I. 

*  Irake,  iracha,  iraga,  etc.,  h,-lat.,  de  ^^f^  Çirâkî),  l'adjectif  relatif 
du  nom  propre  'Irak.  11  y  avait  dans  celte  province,  la  Babylonie  des 
anciens,  des  verreries  très-renommées,  où  l'on  soufflait  une  espèce  de 
verre  qui  ressemblait  au   cristal   et   qui   s'appelait  ^ïL^Jî   z^^j^^>    "^^ 


288 

verre  'irâkî;»  voyez  Ibn-Djobair,  p.  275,  1.  18  et  19.  Le  mot  manque 
chez  Ducange,  mais  on  le  trouve  quelquefois  dans  les  chartes  latines 
de  TEspagne.  Ainsi  on  lit  dans  VEsp,  sagr.  (LX,  409):  «  vasos  vitreos, 
eouza  {lisez  couza)  Irake,»  et  plus  loin:  «oranes  hos  vasos  irakes  pre- 
tiosos.  »  Dans  une  autre  charte  {ihid. ,  XXXVI,  p.  lx):  oet  concham 
iragam,»  et  plus  loin:  «et  très  fîalas  quas  dicunt  rotomas  irachas. » 
Dans  une  donation  publiée  par  Yepes  {Corônica  de  la  orden  de  San  Be- 
nito,  V,  fol.  424  r°),  on  trouve:  «vasa  vitrea:  concas  aeyralis  II,  arro- 
domas  sic»  aeyralis  IX.»  Un  des  continuateurs  de  Ducange  a  noté  cet 
aeyralis  en  disant  qu'il  signifie  d'airain;  mais  puisque  c'étaient  des 
«vasa  vitrea,»  il  est  clair  comme  le  jour  qu'ils  n'étaient  pas  d'airain. 
Pour  ma  part  je  ne  puis  y  voir  qu'une  corruption  de  ce  même  mot 
'irâkî,  car  on  a  vu  que,  dans  les  autres  chartes,  cet  adjectif  est  joint 
aussi  aux  mots  coucha  et  rotoma.  Par  conséquent  je  lis  deux  fois  aey- 
raids  y  ce  qui  représente  assez  bien  le  pluriel  de  Hrâki. 

J. 

Jabali  (sanglier)  de  ^J,.j^=>-  (djabalî) ,  l'adjectif  de  djabal,  montagne, 
P.  de  Alcala  traduit  [*javali  puerco  par  djabalî ,  et]  puerco  montes  o 
javalin  par  khinzir  djabalî. 

*  Cf.  Rojas,  Relaciones ,  fol.  74  r°:  «  Llamamos  en  Espaila  labalin  à 
lo  que  el  Moro  llama  Gibeli,  que  es  puerco  montes.» 

""  Jabalon  (bois  employé  pour  former  la  pente  d'un  toit)  de  q^-L^_> 
(djamalôn)  f  mot  qui  manque  chez  Freytag,  mais  non  pas  chez  Lane, 
et  sur  lequel  il  faut  consulter  une  note  de  Quatremère,  Hist.  des  suit, 
mamLy  II,  1,  267.  Cet  illustre  savant,  qui  cite  plusieurs  passages  où 
on  lit  qu'un  toit  était  de  djamalônât ,  explique  le  terme  djamalôn  par 
voûte  en  ogive;  il  fait  aussi  observer  que  chez  Bocthor  c'est  toit  en  dos 
d'âne^  et  il  ajoute  fort  judicieusement  que  le  mot  vient  de  djaml, 
chameau;  «il  désigne,»  dit-il,  «une  partie  d'édifice,  qui  présente  la 
forme  du  dos  de  cet  animal;  c'est  ainsi  que  nous  disons  qu'une  chose 
est  faite  en  dos  d'âne.  »  Cette  opinion  est  confirmée  par  le  grand  dict. 
arabe  dont  s'est  servi    M.  Lane.  —  La  forme  jabalon  est  correcte ,  le 


l)  Il    faut  biffer  ce  sic,   qui  est  du  c^opiste. 


289 

m  se  changeant  régulièrement  en  h;  jahalconcs  (esseliers,  goussets)  et 
jahalconar  (dresser  un  toit,  y  poser  la  charpente  pour  le  couvrir)  le 
sont   moins ,  mais  on  dit  jahalonar  dans  le  môme  sens. 

*  Jack.na  (tasseau ,  poutre  de  traverse  sur  laquelle  les  solives  sont 
assises).    Serait-ce  jjL>  (djâïz),  poutre,  avec  la  terminaison  esp.  enaF 

Jacerina,  pg,  jazerina ,  it,  ghiazzerino  (colle  de  mailles).  Ce  mot 
semhie  être  un  adjectif  formé  de  y^fF^^  [al-djazâir) ,  le  nom  arabe  de 
la  "ville  d'Alger,  d'où  l'on  semble  avoir  exporté  de  telles  armures.  Voyez 
Diez,  p.  171    [*2«  édit.  I,  210,  211]. 

*  Celte  élymologie  manque  de  base.  Un  malheureux  hasard  ayant 
voulu  que  jazarino  signiOât  algérien  en  espagnol ,  Cobarruvias  en  a  con- 
clu que  jacerina  est  le  même  mot  et  qu'anciennement  on  fabriquait 
les  cottes  de  mailles  à  Alger  (voyez  ses  articles  Alger  et  cota).  Celte 
supposition,  que  le  lexicographe  espagnol  présente  hardiment  comme  un 
fait  incontestable,  est  sans  fondement:  chez  les  écrivains  arabes  on  ne 
rencontre  pas  la  moindre  trace  d'une  telle  industrie  à  Alger.  Je  crois 
bien,  toutefois,  que  le  mot  en  question  est  d'origine  orientale,  car 
comme  il  est  certain  que  les  Européens  ont  reçu  des  Orientaux  les 
colles  de  mailles  composées  simplement  de  petits  annelets  de  fer  qui 
n'étaient  pas  cousus  sur  une  pièce  d'étoffe  (cf.  le  glossaire  sur  le  Ca- 
tàlogo  de  la  real  Armeria,  p.  66) ,  il  est  assez  vraisemblable  qu'ils  aient 
reçu  d'eux  en  même  temps  le  mot  qui  servait  à  les  désigner;  mais 
pour  expliquer -l'origine  de  ce  dernier,  il  ne  faut  pas  s'en  tenir  à  la 
forme  dérivée  jacerina;  c'est  au  contraire  à  la  forme  jaccran  (Saez, 
Valor  de  las  monedas,  p.  528  b) ,  jaseran  {ihid.,  p.  209),  jasaran  (Can- 
cionero  de  Baena,  p.  457),  a.  fr.  jazerant,  jazerenc ,  qu'il  faut  avoir 
égard.  Je  crois  que  dans  les  deux  dernières  syllabes  le  mot  arabe  pour 
mailles^  et  cotte  de  mailles,  à  savoir  ôj\,  zarad  ou  zerad,  qui  vient  du 
persan  ^j\,  zirh  ou  zirah ,  est  encore  assez  reconnaissable;  et  quant  à 
la  première,  comme  on  disait  aussi  jaque  de  mailles,  jaco  de  malla , 
je  crois  que  l'opinion  de  feu  M.  de  Reiffenberg,  selon  laquelle  ce  ja 
serait  jaque ^   mérite   d'être   prise   en   considération.     M.  Diez   prétend. 


1)  Frey(ag    et    Lanc   n'ont   pas    cette  signification;    mais    voyez    Quatremère,    ffist.  des 
^ult.   maml.,    l,   2,   114,    n.  138,    le    dernier  passage,    Alcala    sous    malla,    Bocthor  et 

37 


290 

il  est  vrai,  que  jazcrani  est  plus  ancien  que  jaqtiè,  et  selon  lui  ce 
dernier  terme  n*aurait  commencé  à  être  en  usage  que  vers  Tan  1358; 
mais  ce  n*est  là  qu'une  conjecture  de  Ducange  et  à  laquelle  il  ne 
faut  peut-être  pas  allaclier  trop  d'importance,  car  dans  un  document 
espagnol  de  1369  {Corles  de  Léon  y  de  Caslilla ,  II,  178)  je  trouve 
jaque  employé  comme  un  mot  que  tout  le  monde  connaissait. 

Jaez,  [*jahés  dans  le  Cancionero  de  Baena,  p.  159]  (harnais,  l'équi- 
page d'un  cheval  de  selle).  On  disait  aussi  jaéces  de  cama  dans  le  sens 
de  «garniture  de  lit»  (Victor).  L'un  et  l'autre  dérivent  de  l'arabe 
jl^>  (djahéz)  qui  désigne  en  général  apparatus. 

*  Les  Arabes  emploient  aussi  djahéz  dans  le  sens  spécial  de  harnais  ; 
voyez  Freytag,  Lane,  Ibn-Batouta,  III,  222. 

^  Jaharrar  (crépir  une  muraille  avec  du  plâtre),  jaharro  (crépissure, 
enduit  de  plâtre),  du  substantif ^La>  {djaiyâr)  ou  du  verbe  ^js^^  {djaiyara), 
dit  M.  Miiller.  Ce  verbe  existe  bien  (voyez  P.  de  Alcala  sous  encalar 
con  cal  et  sous  encaladura) ,  mais  comme  il  vaut  toujours  mieux 
dériver  les  mots  esp.  des  substantifs  arabes,  je  crois  que  le  substantif 
djaiyâr  y  chaux,  mérite  la  préférence. 

^.Jambette.  Ce  mot  n'est  pas  dans  les  dict.  dont  je  me  sers;  mais 
M.  Defrémery  dit:  i^Jambette  qui  est  employé  quelquefois  comme  syno- 
nyme de  navaja,  couteau  de  poche,  et  qui  se  rencontre  aussi  dans  notre 
langue  avec  le  sens  de  petit  couteau  de  poche,  dont  la  lame  se  replie 
dans  le  manche.  Je  le  ferais  venir  de  l'arabe  iC-A-A-;->  (djanbîya) ,  qui 
manque  dans  les  dict.,  mais  que  l'on  trouve  souvent  dans  les  relations 
de  voyage  avec  le  sens  de  poignard,»  Il  cite  les  relations  d'Arnaud, 
de  Niebuhr,  de  d'Escayrac,  de  Haines  et  de  Botta.  Je  ferai  remarquer 
à  mon  tour  que  le  mot  en  question ,  qui  vient  de  dja7ib ,  côté  (ce  qu'on 
porte  au  côté),  se  trouve  déjà  chez  Ibn-Batouta  (I,  554)  comme  un 
terme  dont  se  servaient  les  Mecquois.  Browne  (Reize  naar  Afrika,  I, 
230),  Burckhardt  (Travels  in  Arabia ,  I,  358,  II,  243)  et  Burton  {PU- 
fjrimafjc ,  I,  208  n.,  230,  241,  II,  104)  le  donnent  aussi.  Quant  à 
jambelte  y  les  Esp.  ne  l'ont  sans  doute  pas  reçu  directement  des  Orien- 
taux, mais  des  Français. 

*  Jamila  (eau  qui  découle  des  olives  amoncelées)  de  Jw.x-^>  (djamU) , 
fl  rai  s  se  fondue, 

Jarra  ,  a.  pg,  zarra ,  ilal.  giara ,  fr.  jarre,  masc.  esp,  pg,  jarro,  ifal. 


201 

giarro  (pot  à  goulot  et  à  deux  anses) ,  de  »^>  (djarra)  qui  désigne  la 
luèiue  chose. 

*Jazmin,  pg.  [r.  jasmin,  de  l'arabe-persan  ^^^a^wwwLj  (yâsemîn). 

*  JiLEco  «chez  Cervantes  dans  Don  QnijolCy  1,  cap.  xli  ,  dans 
l'édil.  de  Clemencin ,  III,  248,  de  i^<JLj.  Cet  éditeur  pense,  avec  raison 
ce  semble ,  que  ce  mot  a  donné  naissance  à  clialeco  ;  le  français  gilet 
semble  avoir  la  même  origine.  »»  Mliller.  —  y5ULj  {yelec)  est  un  mot 
d'origine  turque,  mais  que  les  Arabes  ont  adopte;  voyez  mon  Dict,  des 
noms  des  vétem.y  p.  451 ,  et  les  Mille  et  une  nuits  ^  IX,  209  éd.  Fleischer. 

Chez  Delaporle  {Dialogues,  p.  99)  on  trouve  )>^A=>.     Quant  au  fr.  gilet, 

on  le  dérive  ordinairement  avec  Ménage  de  Gille ,  le  nom  du  tailleur 
qui  a  inventé  les  gilets. 

*JoFOR  («pronostic,  mot  arabe,»  Victor;  cf.  Marmol,  Rebelion  de 
los  Moriscos,  fol.  32  a,  44  c  et  suiv.)  de  ^>  (djafr);  cf.  Ibn-Khallicân, 
I,  452  éd.  de  Slane,  Ibn-Khaldoun,  Prolégom.,  Il,  184,  d'Herbelot  sous 
gefr ,  Shaw,  I,  545  de  la  trad.  holl. 

*  JoRRo.  Le  verbe  arabe  ->  (djarra),  entraîner,  emporter  en  traînant, 
est  devenu  un  terme  de  marine,  car  Ibn-Batouta  (IV,  247)  dit:  «Il 
n*y  a  point  de  vent  dans  cette  mer,  ni  de  vagues,  ni  de  mouvement 
d'aucune  sorte,  malgré  sa  grande  étendue.  C'est  à  cause  de  cela  que 
chaque  jonque  chinoise  est  accompagnée  par  trois  bâtiments  qui  servent 
à  la  faire  avancer  en  ramant  et  à  la  remorquer  (ladjorroho).»  Dans  un 
passage  des  Mille  et  mie  nuits  (I,  582  éd.  Macnaghten)  on  lit  de  même: 

U>.y>3  w^^Xii  L^as  \jj^^*)  s^Sj4^\  ui5^i.j  j^iî  îj-i/o^,  «les  pirates  lancè- 
rent les  grappins  sur  ce  navire  et  le  prirent  à  la  remorque.»  De  là 
vient  Tesp.  jorro,  que  Marina  et  M.  Millier  ont  noté,  car,  comme  Ta 
observé  ce  dernier,  P.  de  Alcala  traduit  navejar  a  jorro  par  djarra. 
Les  expressions  llevar  à  jorro ,  navegar  à  jorro  (l'une  et  l'autre  chez 
Victor),  Iraer  à  jorro  (Barrantes  Maldonado,  dans  le  3fctn,  hist,  csp. , 
IX,  141),  en  pg.  levar  a  zorros ,  signilient  prendre  à  la  remorque, 
Cobarruvias  connaissait  déjà  l'origine  arabe  de  ce  mot,  car  il  dit:  »  Jorro, 
llevar  una  cosa  a  jorro  es  sacarla  y  tirarla  con  guindaleta  arraslrando, 
ora  sca  del  agua,  ora  sea  de  la  tierra  ;  dizen  ser  Arâbigo  de  churr , 
(|ue  sinifica  lo  mesmo.  »  Le  verbe  ajorar,  emmener  de  force,  a  la  même 
origine,   ainsi  que /orro  dans  l'ancien  port.,   comme  Moura  l'a  observé 


292 

avec  raison.  Pào  de  jorro  était  une  énorme  pièce  de  bois,  qu'on  ne 
pouvait  transporter  qu*au  moyen  d'une  charrette  nommée  zorro,  zorra, 
OM  jorrao.  De  là  zotreiro,  lent,  paresseux,  en  parlant  d'une  charrette, 
d'un  navire,  d'une  bête  de  somme,  d'une  personne. 

JoRFE  (muraille  de  pierres  sèches)  de  kJj=>-  (djorf) ,  «  agger.  » 
"^JovADA,  juvada  arag.,  «le  terrain  que  peut  labourer  une  paire  de 
mules  en  un  jour,»  Acad.  6«  édit.  ;  —  i^jova,  jovata,  Majoricensibus 
voces  familiares,  quas  ii  ab  Arabibus  Balearium  incolis  acceptas  reti- 
nuere,  apud  quos  iia  jugerum,  seu  modus  agri  dicitur,  tametsi  raaioris 
quantitatis,»  Ducange;  —  «jovata,  jovada,  jova  (jugerum,  seu  modus 
agri)  Majoricensibus  et  olim  Valentinis  voces  familiares,  ab  Arabibus 
utriusque  regni  incolis  acceptae,  »  Villanueva,  Viage  lilerario ,  IV,  266 
(je  respecte  trop  ce  savant  éminent  pour  ne  pas  supprimer  l'étymologie 
arabe  qu'il  donne).  Ce  mot,  que  nous  trouverons  aussi  sous  d'autres 
formes  et  avec  d'autres  signiflcations  dans  les  documents  du  moyen  âge, 
est  la  transcription  plus  ou  moins  inexacte  d'un  terme  arabe  qui  manque 
dans  les  dictionnaires,  mais  qui  est  encore  en  usage  en  Algérie.  Ce 
terme  dérive  de  la  racine  â_a->  (djabadha)  qui  signifie  tirer  et  qu'on 
peut  employer  p.  e.  en  parlant  de  bœufs  qui  tirent  la  charrue.  Je  n'ose 
pas  décider  quelle  est  la  signification  primitive  du  substantif.  Selon 
M.  Cherbonneau  (dans  le  Journ.  asial.  de  1849,  I,  65;  cf.  ses  Dialo- 
gues, p.  12,  et  voyez  aussi  ceux  de  Martin,  p.  135),  »JoL>,  qu'il 
prononce  djehda,  au  plur.  vÂj'j.>  (il  prononce  djouahed),  signifie  propre- 
ment charrue,  et  par  extension,  une  paire  de  bœufs.  C'est  possible; 
cependant  il  se  pourrait  aussi  qu'il  désignât  proprement  la  charrue  et 
les  bœufs  ensemble.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  substantif /ovenW  om  juve- 
rius  (dérivé  de  la  forme  jova)  signifie  valet  de  charrue  dans  une  charte 
aragonaise  de  1192,  citée  par  Carpentier  (dans  Ducange),  où  on  lit: 
«  Constituenles  ne  boves  aratorios  aut  caetera  quaelibet  animalia  arato- 
ria,  vel  aralrum  cum  suis  apparalibus,  et  joverio  sive  bubulco  laederc 
vel  invadcre  quoquo  modo  praesumat.»  Dans  un  autre  document  ara- 
gonais  do  l'année  1291,  le  sens  est  moins  clair.  On  y  lit:  «Item  quod 
porlarius  vel  aliquis  alius  oIBcialis  noster  non  possit  pignorare  aliqua 
animalia  aratoria,  nec  juverios,  nec  instrumenta  laborandi  seu  colendi.» 
Une  main  plus  récente  a  noté  sur  la  marge  al.  boves,  et  Carpentier  n'ose 
pas  décider   si  celte   explication  est   bonne ,   ou   bien  si  les  juvcrii  sont 


295 

ici  également  des  valets  de  ciiarriic;  j'imiterai  sa  prudence.  —  En 
outre,  le  mot  arabe  signifie,  de  même  que  c/tarrwe  en  français:  retendue 
de  terre  qu'on  peut  mettre  en  valeur  avec  une  charrue.  «  En  Algérie ,  » 
dit  M.  Cherbonneau  {loco  citato) ,  «on  n'évalue  jamais  une  terre  en 
culture  par  mesure;  on  dit  seulement:  Celte  terre,  ce  douar  a  tant  de 
djehdas,  c'est-à-dire,  fournit  du  travail  pour  tant  de  charrues.»  Selon 
M.  Prax  (dans  la  Revue  de  V Orient  et  de  VAlg.,  VII,  159),  djehda  est 
à  Constantine  «le  terrain  qui  peut  être  labouré,  en  un  jour,  par  une 
paire  de  bœufs  ;  »  comparez  dans  le  même  recueil  t.  XII ,  p.  393.  Ce 
sens  est  assez  fréquent  dans  les  chartes  latines  et  espagnoles,  et  comme 
Ducange  n'en  a  donné  qu'un  seul  exemple  (sous  alcheria),  j'y  ajoute 
ceux-ci:  Fuero  de  Molina  (apud  Llorenle,  Noticias  de  las  très  provmcias 
Vascongadas,  IV,  124):  «Vecino  de  Molina  que  hobiere  dos  yovos  de 
bueyes  con  su  heredat,»  et  plus  loin  (p.  125):  «Qui  hobiere  un  yovo 
de  bueyes  con  su  heredal;»  Carta  de  poblacion  d'Ejea,  donnée  en  1180 
parle  roi  d'Aragon  Alphonse-le-Batailleur  {apud Munoz y  Fueros ,  I,  299): 

«Et  illa  Torre  de  Escoron   non   avet  nisi   sex  jubattas, similiter 

illa  Torre  de  Canalla  VI  jubattas, et  illa  Torre  longa  dos  jubat- 
tas,» etc.,  car  le  mot  s'y  trouve  plusieurs  fais;  charte  de  1275,  publiée 
par  Villanueva  {loco  citato):  «Item  pro  una  jovata  vineae,  quam  habemus 
in  Alcudia  Xativae ,  contigua  vineae  Joannis  Martiniez  de  Heredia.  »  — 
Le  mot  en  question  désignait  aussi,  comme  Carpentier  l'a  observé  avec 
raison,  une  espèce  de  corvée,  l'obligation  pour  le  paysan  de  labourer, 
pendant  un  seul  jour,  la  terre  du  seigneur.  On  trouvera  trois  exem- 
ples de  cette  signification  chez  Ducange  et  Carpentier.  Enfin  il  désigne 
aussi  en  Algérie  une  redevance  annuelle  que  paient  les  Arabes  pour  les 
terrains  qu'ils  cultivent;  «elle  est  ici,»  dit  M.  Carteron  {Voyage  en 
Algérie  y  p.  175),  qui  écrit  djbda,  «de  25  francs  par  huit  hectares, 
c'est-à-dire ,  ce  que  peuvent  labourer  deux  bœufs.  » 

*  JucEFiA  était  au  moyen  âge  une  monnaie  d'or  =  mazmodina  ;  on 
disait  aussi  «mazmodina  jucefia;»  voyez  Saez,  Valor  de  las  monedas, 
p.  514,515.  C'est  la  '!>^^Jo^^,  {youso/ia)y  frappée  par  le  sultan  almohadc 
Abou-Va'coub  Yousof  (1162 — 1184).  Même  dans  le  Dict.  valencicn  de 
Kôs  on  trouve  encore  jusasives  (sic),  «  monedas  antiguas.  » 

JuLBPE,i7a/.  giulebbe,  /"r.julcp  (potion  adoucissante),  de  *-»^  {djouléb), 

«lui  est  composé  de  deux  mots  persans:  ^  {fJoul)y  rose  y  et  uJî  {lïb),  eau. 
[*Cf.  de  Sacy,  Abdallatify  p.  517,  n.  12]. 


294 


K. 

*  Kazim  b.'lat.  S^  Kosa  (II,  69,  70)  cite  Irois  passages  où  ce  mot 
se  trouve,  mais  écrit  d'une  manière  un  peu  différente.  Le  premier 
est  dans  un  acte  de  vente  de  893  ;  je  ne  sais  pas  ce  que  porte  le  texte 
latin;  le  savant  antiquaire  dit  seulement  en  portugais  (II,  46):  «Foi  o 
preço  45  soldos  KazimoSy»  et  je  crois  qu'il  s'est  mal  exprimé.  Le  second 
est  dans  un  acte  de  1016;  dans  cette  année,  dit  S^  Rosa,  «vendeo  a 
Lorvao  o  Mouro  Zuleimao  Iben  Giarah  Aciki  huma  grande  fazenda  em 
Villela  por  20  soldos  de  argento  Kazimi.  »  Le  troisième  est  emprunté  à 
VEsp.  sagr,,  XXXVIII,  89.  On  y  lit  que  la  noble  dame  Mayor  Froylaz 
vendit,  dans  Tannée  1078,  une  terre  dans  les  Asturies  à  Tévêque  d'As- 
torga;  puis  le  texte  porte:   «Pro  quo  accepimus  de  vobis  GGGII.  solidos 

de  argento  Kazmi,   et   una   pelle  alfanege in   obtingentos   solidos 

de  Kazmi,  et  uno  caballo praeciato  in  centum  quinquaginta  solidos 

de  argento  Kazmi,  et  uno  vaso  de  purissimo  argento  pensante  septua- 
ginta  quinque  solidos.»  S\  Rosa  a  pensé  que  ce  mot  signifie  pur,  sans 
alliage;  la  charte  asturienne,  où  le  purissimum  argentum  est  autre  chose 
que  le  argentum  kazmi,  n'est  pas  favorable  à  son  opinion.  L'étymolo- 
gie  du  mot  est  aussi  obscure  que  sa  signification ,  car  il  est  inutile  de 
parler  de  celle  qu'a  donnée  Moura,  qui  le  fait  venir  de  j«-jAJf  (cadîm) , 
vieux,  ancien;  S^  Rosa  avait  déjà  réfuté  d'avance  cette  dérivation,  et 
en  outre  le  d  ne  se  change  pas  en  z.  Pour  ma  part,  je  crois  qu'il 
faut  lire  partout  Kazini.  G'est  réellement  la  leçon  du  document  astu- 
rien,  car  on  sait  qu'anciennement  le  i  s'écrivait  sans  point.  Qu'est-ce 
donc  que  argentum  kazini  F  Je  crois  qu'un  passage  du  testament  de 
Ramire,  roi  d'Aragon,  qui  est  de  l'année  1061,  nous  mettra  en  état  de 
répondre  à  cette  question.  On  y  lit  [apud  Briz  Martinez,  Uisl,  de  San 
Juan  de  la  Pena,  p.  439):  «Et  illos  vassos  (=  vasa) ,  quos  Sanctius 
filius  meus  comparaverit  et  redemerit,  peso  per  peso,  de  plala  aut  de 
cazeni,  illos  prendat  etreddimat,»  etc.  Ge  ca^ewt  doit  être,  comme  on 
voit,  une  espèce  de  métal,  qui  n'est  pas  le  même  que  l'argent,  mais 
qui  cependant  y  ressemble.  Je  pense  que  c'est  l'arabe  j^ÂAO^li>  {/char- 
cini).  Ge  mot,  qui  signifie  littéralement  pierre  de  la  Chine,  désigne  en 
effet  un  métal  ou  un  demi-métal;  selon  de  Sacy,  qui  a  écrit  une  longue 


29S 

disscrialion  sur  ce  sujet  {Chrest.  ar.,  III,  452 — 464),  c'est  la  loiilena- 
gue;  chez  Huniberl  (p.  171)  c'est  le  zinc;  chez  Boclhor  c'est  le  zinc 
aussi  bien  que  la  toulenague.  Je  n'hésite  pas  à  identifier  ce  cazeni 
avec  kazini  dans  argenium  hazini ,  et  à  considérer  ce  dernier  comme  un 
mélange  d'argent  et  de  khârchn^. 

i. 

'  Laça,  fr.  laque  (sorte  de  gomme)!  Sous  le  nom  de  laque  les  Arabes, 

*  Lacrb  (cire  d'Espagne)  Jles  Persans  et  les  Indiens  (/rtAc^a) 

semblent  avoir  entendu  plusieurs  drogues  qui  teignent  en  rouge.    Selon 

les  dictionnaires  arabes  dont  Golius  et  Freytag  ont  fait  usage,  \^^  {lace) 

est  le  nom  d'une  plante  avec   laquelle   on   teint  la  peau  de  chèvre,  et 


l)  Puisque  dans  cet  article  j'ai  cité  le  testament  de  Ramire,  je  profiterai  de  cette 
occasion  pour  remarquer  qu'il  peut  aussi  servir  à  corriger  et  à  expliquer  un  mot  qui  se 
trouve  chez  Maccart  et  qui  a  embarrassé  le  savant  éditeur,  M.  Wright,  tandis  que  le  pas- 
sage de  l'auteur  arabe  peut  servir  à  son  tour  à  réfuter  une  conjecture  mal  fondée  de 
l'illustre  Ducange.  Le  passage  en  question  est  d'Ibn-Haiyân ,  auteur  du  XP  siècle  et  con- 
temporain de  Ramire  d'Aragon;  il  a  été  copié  par  Ibn-Khaldoun  et  c'est  d'après  ce  dernier 
auteur  que  Maccarî  (l,  247  in  fine)  le  cite.  Ibn-Haiyân  nomme  donc  parmi  les  objets 
dont  se   composait  le  présent  offert  par  Dja'iar  l'Esclavon  au   calife  Eacam  II,    alors  qu'il 

avait  été  promu  à  l'emploi  de   hudjib  par   ce   monarque:     .^a   aaa>wwÔ»   iîi34j>    ...^^^^:^ 

'i^\}a^ifliA  l^J^Aw>.j  v.^«Cv«..^Ji  j*.L  ..wQ  &:^\i,Âit  oLa^aJ.  Je  ne  sais  que  faire  de 
ce  •îV^»  qui  a  paru  altéré  à  M.  Wright,  qui  se  trouve  cependant  aussi  dans  l'édition  de 
Boulac,  et  auquel  M.  Fleiscber  veut  substituer  ^z>  ;  j'omettrai  donc  les  mots  -a£  ..^a 
v»A.>i>.^Jl;  les  autres  signifient:  «cinquante  casques  de  bois,  comme  en  portent  les  Francs 
et  qu'ils  appellent  tcchiâna»y>  M.  Wright  dit  dans  une  note  que  les  man.  d'Ibn-Khaldoun 
portent  iûôUoi^I^  [techtânia],  et  que  le  mot  en  question  lui  semble  appartenir  à  la  langue 
provençale;  il  le  dérive  de  testai  mais  il  ajoute  qu'on  le  cherche  en  vain  dans  les  diction- 
naires romans.     Je    le    trouve    dans    le    testament  de    Ramire  où    on    lit   ceci:    «De  meas 

autcm    armas et  espatas,    et    adarcas,    et  gelmos,    et    testinias ,    et    cinctorios,  et 

sporas,»   etc.     La  leçon    des  man.    d'Ibn-Khaldoun  est    donc   la  bonne    (on   voit  que  le   i 

est  rendu  par  L»),  et  grâce  au  passage  arabe ,  nous  savons  à  présent  ce  qu'il  faut  entendre 
sous  tcstinia ,  qui  vient  en  effet  àd  testa.  Ducange,  en  donnant  le  testinia  du  testa- 
ment,  a  soupçonné  qu'il  fallait  lire  testiria  =  têtière;  mais  on  voit  que  celte  opinion 
est  crronér. 


296 

locc,  le  suc  de  celle  plante;  comparez  Trislrani,  The  great  Sahara, 
p.  155:  «Pour  les  leinlures  rouges  on  se  sert  d'un  bois  venant  de  l'in- 
térieur de  l'Afrique  et  nommé  l'uhk  ;  »  Daumas ,  Le  Sahara  algérien , 
p.  200,  donne  seulement:  alouk,  substance  rouge  pour  teindre,»  et 
Marmol  {Descripcion  de  Affriea ,  III,  fol.  5  d)  dit  en  parlant  de  la  ville 
de  Quiteva  dans  la  province  de  Dar'a  (dans  le  Maroc):  «C'est  de  là 
que  vient  l'indigo,  avec  lequel  on  teint  les  étoffes  déliées,  et  le  lie,  dont 
on  fait  en  Afrique,  pour  la  laine  très-fine,  une  teinture  rouge  clair  qui 
est  fort  en  faveur  chez  les  Africains.»  Chez  Carette  [Géographie  de 
V Algérie,  p.  255)  on  lit:  «ZeA;pour  la  teinture,  ilex  (coccifera;»  ailleurs 
(Eludes  sur  la  Kabilie ,  1 ,  329)  :  «  couleur  rouge  que  les  Arabes  appel- 
lent le/c,  et  qui  a  été  reconnu  sur  échantillons  être  Vilex  coccifera;r> 
et  enfin  (p.  380):  «Le  lek  est  le  kermès  {cocca-ilicis) ,  que  Ton  trouve 
sur  le  chêne  nain  {quercus  coccifera)  en  Espagne,  en  Provence  et  en 
Grèce.»  Dans  le  Mosta'înî  l'article  lace  est  conçu  en  ces  termes:  «En 
syriaque  laca^;  c'est  la  gomme  d'un  arbre  qui  croît  dans  l'Ouest^; 
suivant  d'autres,  c'est  le  kermès;  il  y  en  a  aussi  qui  disent  que  c'est 
la  gomme  du  kermès.»  Boclhor  en  Berggren  (p.  856)  donnent:  laque, 
sorte  de  gomme,  zamag  al-lacc.  Chez  Richardson  le  persan  lac  (y^*:^) 
est  expliqué  de  cette  manière:  «lac,  a  kind  of  lake  produced  frora  lac 
used  for  dyeing  red,»  et  aussi  «wax,»  tandis  qu'on  trouve  sous  lue  : 
«The  substance  commonly  called  gum-lac,  being  the  nidus  of  an  insect 
found  deposited  on  the  twigs  of  certain  Irees  in  India ,  and  from  which 
a  beauliful  red  lake  is  extracted,  used  in  dyeing.»  —  Lacre,  cire  d'Es- 
pagne, a  reçu  ce  nom  parce  que  la  laque  y  entrait  (voyez  Dodonaeus, 
Cruydt-Boech ,  p.  1468  h).  Aujourd'hui  les  Arabes  emploient  lecc,  locc 
ou  loue  dans  le  même  sens;  voyez  Bombay,  p.  78,  Bocthor  et  Berggren 
sous  cire  (d'Espagne),  Cherbonneau,  Roland  de  Bussy. 

Laud.     Voyez  alaude. 

"^  Leila.  iCjk-xJ  (leila)  signifie  nuit  en  arabe;  mais  chez  les  Mauresques 
leila  était   une   soirée   ou    nuitée,   où   l'on   faisait  de  la   musique.     La 


1)  La   langue   à  laquelle  l'auteur  du  Mosta'înî  donne    le  nom   de  syriaque,   est  toujours 
chez   lui  le  chaldéen  ;   aussi   laça  se  trouve-t-il  chez   Buxtorf,   p.   1142. 

2)  C'est-à-dire,  dans   l'ouest   de   l'Afrique;   telle  est  du   moins   la  leçon   du   man.   de  Na- 
ples  (wJ.iii    ij^Xi);   mais  celui   de  Leyde  porte:  uj.*i!    Obb    ^-5 ,    «en  Arabie.» 


297 

commission  nommée  par  Charles-Quint  voulait  que  les  Mauresques  ^no 
usasen  las  leylas  y  zambras  à  la  morisca»  (Marmol,  Rebelion  de  Los 
Monscosy  fol.  33  c),  et  plus  lard  Philippe  II  ordonna  «que  no  hiziesen 
zambras  ni  leylas,  con  inslrumenlos ,  ni  cantares  moriscos»  (ibid.).  A 
Alep  on  dit  aujourd'hui  leiltya  en  ce  sens  (voyez  le  Journ.  asiat.  alle- 
mand de  1868,  p.  146),  et  en  Algérie  mehîta,  de  la  racine  \:::L{bâla), 
passer  la  nuit  y  tandis  que  leita  s'y  dit  d'une  réunion  des  khouan  pen- 
dant la  nuit  (Cherhonneau,  Dialogues ,  p.  187). 

*Leliues  {Don  Quijole,  II,  c.  34),  lelies  {Cran,  gen.,  fol.  204),  lili- 
lées,  lililies  (les  cris  des  Maures  quand  ils  commencent  le  combat),  de 
M  ^\  k1\  ^  {lé  ilâh  illa  Hlâh),   «il  n'y  d'autre  dieu  que  Dieu.» 

*LiLAc,  fr,  lilas  (syringa).  «N'y  aurait-il  pas  du  rapport  entre  le 
nom  de  cet  arbrisseau,  dont  les  fleurs  sont  bleuâtres,  et  le  mot  ^xi , 
qui  désigne  VindigoF»  Muller.  —  Je  suis  du  même  avis,  mais  avec 
une  légère  raodiGcalion.  Comme  les  Arabes  donnent  aujourd'hui  au  li- 
las le  nom  de  ti5^JLi  {Itlac)  (Berggren,  p.  878,  Boclhor)  ou  w^bUJ  {lîlâc) 
(Marcel) ,  je  crois  que  c'est  le  persan  ^aJ  {Hladj)  ou  ti^UiLJ  {Hlang) , 
indigo. 

*LiLAiLA,  voyez  fileli ;  mais  ce  mot  a  encore  un  tout  autre  sens, 
à  savoir  celui  de  bagatelle»  fadaise,  niaiserie,  et  l'Acad.  l'explique  de 
cette  manière:  «Voz  con  que  se  explica  lo  impertinente,  inùtil,  ridicu- 
lo,  ô  importuno,  que  dice  ô  hace  quien  intenta  estorvarnos,  interrum- 
pirnos  ô  engailarnos:  y  suele  decirse  con  buena  Lilàila  se  nos  viene. 
Parece  es  lomado  de  lo  que  dicen  frequenlemente  los  Moros  en  sus  fies- 
tas  y  necessidades  Hilha  hilahailay  de  donde  tambien  se  dice  por  hurla 
Santa  Lilàila, ^^  Je  ne  sais  pas  quelle  expression  arabe  l'Acad.  a  eu  en 
vue;  mais  je  serais  tenté  de  voir  dans  ce  lilàila  l'expression  arabe  que 
nous  avons  rencontrée  sous  lelili  et  que  les  musulmans  ont  sans  cesse 
à  la  bouche.  Les  Mauresques  l'écrivaient  leileha  ou  Icale  (Mem,  hist. 
esp.y  V,  443). 

*  Lima  ,  fr.  lime  (sorte  de  petit  citron  qui  a  une  eau  fort  douce) ,  de 
k4.aJ  (Itmà),  nom  d'unité  du  collectif  ^l  {lîm).  Voyez  sur  ce  mol,  qui 
manque  chez  Freylag ,  Quatremère  dans  les  Notices  et  Extraits,  XIII, 
174;  mais  comme  ce  savant  s'est  borné  à  citer  Marcel,  je  remarquerai 
qu'on  le  trouve  aussi  chez  Ibn-Baloula,  III,  126,  128,  chez  Ibn-Khal- 
doun,    Prolégomènes,   II,    259,   1.    11,    et   Hist.  des  Berbères ,  I,  415, 

38 


298 

dans  P.  de  Alcala  sons  lima,  chez  Hœst,  Nachrichten  von  Marokos, 
j).  505,  chez  Domhay,  p.  70,  chez  Martin,  Dialogues,  p.  103,  chez 
Blaquiere,  Leiters  from  the  Mediterranean ,  II,  78,  etc. 
Lfmon  de  Q>*j^  (leimôn)  qui  est  le  persan  lîmoiin,  «malum  citriura.» 
*  LoocH,  pg.  et  a,  fr.  lohoc,  fr.  looch  et  lok  (sorte  d'élecluaire) ,  de 
^^*i  {la'ôc),  comme  le  disent  avec  raison  Soiisa  et  M.  Defrémery.  La 
racine  laHca  signifie  lécher,  et  la'ôc  est:  «eclegme,  /twc^w5; médicament 
liquide,  que  Ton  fait  prendre  à  petites  doses,  dans  les  maladies  des 
voies  respiratoires»  (Sanguinelli  dans  le  Jonrn,  asiat.  de  1866,  I,  325). 
Ce  mot  est  très-fréquent  chez  les  médecins  arabes. 

"^LuQUETE,  voyez  ALcuAQurnA;  mais  ce  raol  signifie  en  outre  ^e^/e, mor- 
ceau d'écorce  de  citron  ou  d'orange,  qu'on  met  dans  le  vin.  En  ce 
sons,  c'est  peut-êlre  l'arabe  J^Ui  [louquèl)  ou  écJbUJ  (louquéla) ,  «res 
quac  de  humo  legitur,  quisquiliae,  res  nullius  prelii.;)  Ces  morceaux 
d'écorce  n'ont  en  effet  aucune  valeur,  et  pour  cette  raison  on  dit  en 
français:  cela  ne  vaut  pas  un  zeste,  je  n'en  donnerais  pas  un  zeste. 
Mais  selon  Cobarruvias  ce  luquete  a  la  même  origine  que  luquete  dans 
le  sens  d'alhtmeUe ;  ses  paroles  sont:  «dixose  assi,  porque  si  la  espri- 
mimos  à  la  vêla  se  enciende  aquel  humorcillo,  y  se  torna  fuego.  » 


M. 

*  Macabes  (pas  dans  les  dict.).     Voyez  almocavar. 

""  Maciiumacete ,  maginacete  («certain  opiat  des  Maures,  dont  ils  usent 
pour  se  mettre  en  appétit,»  Victor)  est  composé  de  deux  mots,  dont  le 
premier  est  sans  aucun  doute  ^^:f\3w  {ma'djoun),  élecluaire;  mais  le 
second  {aceié)  est  plus  difficile  à  trouver,  car  parmi  le  grand  nombre 
de  ma^djouns  ou  électuaires,  que  l'on  trouve  énumérés  chez  Avicenne 
(II,  241  et  suiv.),  chez  Ibn-Djazla  (man.  576),  etc.,  il  n'y  en  a  aucun 
dont  le  second  mot  ressemble  à  acete. 

'^  Macio  pg.  (lisse,  uni)  de  g.AA%^/»  {masth)\  même  sens.     Sousa,  Diez. 

*  Magran.     Voyez  almagran. 

*  Mahaler  (bois  de  Sainte-Lucie ,  espèce  de  cerisier  sauvage)  de  ^^is^A 
(mahleb),     Mûller. 

''  Maharon  (malheureux)  de  j»^^.r^^  (mahrôm)  ;  même  sens.     Millier. 


299 

*  Mauona  (sorte  de  navire  turc).  L'arabe  q^Lxi  (mà'ofl) ,  ra^c ,  a  passé 
dans  le  turc  où  il  a  reçu  le  sens  de  galère.     Muller. 

*  AIalecon.  Chez  Fernan  Caballero,  Relaciones ,  II,  284,  on  lit;  «los 
iiialecones  que  son  una  porcion  de  gracias  elevadas  para  precaver  la  ciu- 
dad  (Séville)  de  las  inundaciones  del  rio  (du  Guadalquivir).»  Ce  mot  est 
peut-être  hLï^^  (marcât),  degré,  escalier,  Muller.  —  Ce  qui  m'engage  à 
adopter  celte  étymologie ,  c'est  qu'une  telle  levée  de  pierres  contre  les 
inondations  s'appelle  en  arabe  r-;'^^  (madâridj) ,  ternie  qui  signilie  aus- 
si, quoique  Freytag  ait  négligé  de  le  dire,  degrés,  escalier  (voyez  p.  c. 
Alcala  sous  escalera) ,  et  qui  se  trouve  dans  le  sens  de  malecones  chez 
Ibn-al-Khatîb,    dans   Muller,    Beilràge ,    p.  6,   avant-dern.    1.;    comparez 

aussi  x^/jwii  Q^^^^î  dans  le  Cartds,  p.  138,  1.  6  a  f. 
"  Mamarracoo,  etc.     Voyez  mascara. 

*  Mameluco  de  w5^Ux»  {inamlouc),  esclave;  mais  en  esp.  et  en  port,  ce 
mot  a  perdu  celle  signiOcalion;  on  remploie  pour  sot,  imbécile  (Nuûez, 
Vieyra),  et  au  Brésil  c'est  le  fils  d'un  Européen  et  d'une  Américaine 
(voyez  Moraes). 

*Manchil  pg.  (couperet,  couteau  de  lK)ucher;  anciennement  c'était 
une  arme)  de  y^i^A  (mindjal)  selon  Moura,  et  je  crois  que  cette  éty- 
mologie n'est  nullement  à  dédaigner.  Il  est  vrai  que  Freytag  n'a  min- 
djal que  dans  le  sens  de  faux,  faucille;  mais  Berggren  l'a  dans  celui 
de  «couteau  recourbé  de  jardinier,»  et  ce  qui  est  encore  plus  décisif, 
c'est  que  le  verbe  nadjala  s'emploie  en  parlant  des  bouchers,  «excoria- 
vit  (animal)  a  suifraginibus  inceplâ  fissura.  » 

*Mandil.  m.  Muller  compte  ce  mot  parmi  ceux  que  M.  E.  a  oubliés ^ 
mais  comme  Sousa ,  Marina  et  M.  Diez  lui  avaient  attribué  une  origine 
arabe,  je  crois  plutôt  que  M.  E.  l'a  omis  à  dessein  et  parce  qu'il  était 
d'une  autre  opinion.  En  effet,  le  mot  manlus,  pour  désigner  une  espèce 
de  vêlement,  appartient  à  la  basse  latinité;  on  le  trouve  déjà  dans  un 
document  de  542,  et  Isidore  de  Séville  le  signale  comme  un  terme  es- 
pagnol (voyez  Diez,  I,  265).  Le  diminutif  est  mantellus  ou  manicllum 
(voyez  Ducange)  ;  de  là  et  de  mantile  l'esp.  manicl  et  manlilla.  Toute- 
fois je  crois  aussi,  à  cause  du  d,  des  significations  et  des  amandilia 
Saracenica»  (chez  Ducange),  que  mandil  ne  vient  pas  directement  de 
ce  mol,  mais  de  l'arabe  Joaâ/o  {inandîl).  Ce  dernier  est  arabe  en  ce 
sens  que   les   Arabes   l'emploient  ;  mais  il  n'est  pas  d'origine  arabe ,  et 


500 

il  ne  vient  nullement,  comme  le  prétend  M.  Diez,  de  la  racine  nadila, 
être  sale;  la  forme  du  mot,  qui  n'est  pas  arabe,  et  sa  signiflcalion  (ce 
serait  ce  qui  sert  à  salir ,  si  c'était  un  nom  d'instrument)  s'y  opposent. 
C'est  le  terme  byzantin  f^ûiv^ri^^tov ,  qui  vient  à  son  tour  de  manlile.  Sur 
les  significations  de  ce  mandil  on  peut  voir  mon  Dict.  des  noms  des 
vêtem.,  p.  414  et  suiv. 

Maquila  ,  pg.  maquia  (mesure  de  blé  avec  laquelle  on  paie  le  meu- 
nier), de  JLaîCo  (mikyâl) ,  «vas  quo  mensura  definitur. » 

*  Maquila  est  proprement  mesure,  vaisseau  pour  mesurer.  Dans  les 
actes  du  concile  de  Léon,  de  1020  (Cortes  de  Léon  y  de  Castilla,  1,8), 
on  lit:  c'Quicumque  civariam  suam  ad  raercatum  detulerit  et  maquillas 
régis  furaverit ,  reddat  eas  in  duplo.  »  Dans  le  Fuero  de  Villavicencio 
(a/?i(rf  Muiloz,  Fueros ,  I,  172):  «Et  quicunque  cibaria  vendiderit  in 
raercato,  et  illas  macbilas  celaverit,»  etc.  Le  mot  a  encore  ce  sens  en 
Galice,  où  c'est  la  vingt-quatrième  partie  de  la  fanègue  (voyez  l'Acad.). 
Maquia  est  aussi  en  Portugal  une  mesure  pour  les  grains;  elle  contient 
deux  selamins  (Moraes).  Ce  n'est  pas  le  mot  arabe  donné  par  M.  E. , 
mais  son   synonyme  'sSj^a,   qui,   dans  la  langue  classique,  se  prononce 

mikyala,  mais  dans  la  langue  vulgaire,  jd^X^  [maquila).  Il  désigne  spé- 
cialement la  mesure  ou  portion  de  grains  que  prend  le  meunier  pour 
son  salaire,  et  en  ce  sens  il  se  trouve  déjà  dans  la  Chanson  du  Cid, 
vs.  5392. 

*Marahez,  raarayce,  maraice  bAal,,  a.  pg.  marraiz.  On  lit  dans 
une  charte  [Esp.  sagr,,  XXXIV,  455):  «marahezes  II  cardenas.  »  Dans 
une  autre  {ihid. ,  XL,  409):  «  kasullas  duas  creciscas,  alia  maraice  car- 
dena.  »  Dans  une  troisième  {apud  Yepes,  Coronica  de  la  Orden  de  Sa?i 
Benito,  V,  fol.  424  r^):  «alias  casulas  XIII,  quinque  de  alchaz,  sex 
feraychardena,  septima  barragan,  VIII  cardena  marayce;»  mais  pour 
que  les  nombres  soient  exacts,  je  suppose  qu'il  faut  corriger  ainsi: 
«XIP.  barragan,  XIIP.  cardena  marayce;»  le  copiste  ou  l'éditeur  a  pris 
deux  fois  un  X  pour  un  V.  Dans  un  contrat  cité  par  S^  Rosa  à  l'ar- 
ticle cerome,  on  trouve:  «E  pela  Festa  do  Natal  primejra  que  vem , 
huum  çurame,  e  huum  pelote  d'uum  arraiz  ,  ou  d'uma  valencina  ;  » 
mais  il  faut  corriger:  «d'uum  marraiz.»  C'est  l'arabe  ^c^-^  (mar'izz), 
chez  Freytag  «tenues  pili  sub  grossioribus  pilis  caprarum,»  mais  qui, 
comme  je   l'ai   démontré  ailleurs   {Dicf,  des  noms  des  vêtem,,  p.  535, 


50( 

n.  10),  désigne  aussi  une  sorte  d'éloUe.  M.  Defrémei'y  {Voyages  d'Ibn- 
Batoula  dans  V Asie* Mineure ,  p.  60,  n.  1)  a  déjà  remarqué  qu'elle  se 
fabriquait  avec  une  grande  perfection  à  Debil  ou  Tovin,  capitale  de  TAr- 
raénie,  comme  on  peut  le  voir  chez  Edrîsî,  li,  325  trad.  Jaubert ,  où 
l'on  trouve  le  plur.  jc\.a  {inarâïz) ,  et  il  se  peut  que  ce  plur.  ait  donné 
naissance  aux  formes  marahez,  etc.,  que  j'ai  notées.  Selon  Djawâlîkî 
[al'Mo'arrab,  p.  157)  i^j^y»  ou  ^h^y  {mir*izzâ),  est  un  mot  nabatéen, 
à  savoir  Lc^^  {mar'izzâ),  et  M.  Fleischer,  dans  une  note  sur  ce  passage 
(p.  61  des  notes  de  M.  Sachau),  observe  fort  judicieusement  que  c'est 
Taraméen  ntv  idv  Çamar  'izzâ),  littéralement  laine  de  chèvre.  C'était 
par  conséquent  une  étoffe  de  poil  de  chèvre.  Voyez  aussi  Ibn-al-Baitâr, 
II,  508,  Mille  et  une  nuits,  XII,  148  éd.  Fleischer. 

Maravedi  (petite  monnaie  de  la  dynastie  des  Almoravides)  de  j^^^^ 
(tnorâbiti) ,  l'adjectif  du  nom  de  ces  princes,  appelés  en  Sivahe  morâbitîn. 

*  C'était  dans  l'origine  une  monnaie  d'or,  un  dinar,  dinar  morâbitî, 
qu'on  appelait  morabilinus,  en  provençal  maraboti  ;  plus  tard  c'est  devenu 
une  monnaie  d'argent  et  même  de  cuivre.  Voyez  mes  Recherches ,  p.  470 
et  suiv.  de  la   r®  édit.,  et  Saez,  Valor  de  las  monedas ,  passim. 

*  Marbete  (marque,  étiquette  qui  indique  le  prix,  l'aunage,  la  qualité 
d'une  étoffe).  Comme  c'est  un  petit  écriteau  qu'on  attache  sur  une  étof- 
fe, je  me  liens  persuadé  que  c'est  _bj,^  (marbel),  de  la  racine  rabala, 
attacher;  mais  les  dict.  n'ont  pas  ce  sens. 

Marcaxita,  />'.  marcassite  (espèce  de  pyrite),  de  Ik^^^A  (marcachilâ). 
Voyez  Bocthor. 

*  M.  E.  a  trouvé  la  forme  marcaxita  chez  Victor  ;  elle  est  sans  doute 
la  plus  correcte,  mais  actuellement  elle  n'est  plus  en  usage;  on  écrit 
marquesita.  Nuûez  donne  en  outre  marcasita,  mais  comme  une  forme 
ancienne.  Le  mot  arabe,  qui  n'est  pas  dans  Freytag  et  que  M.  E. 
a  écrit  comme  il  l'a  trouvé  dans  Bocthor,  doit  s'écrire  [jj^,a  {juarca- 
chithâ)  ;  voyez  Ibn-al-Baitâr,  II,  508  (avec  le  o  dans  nos  man.  13  et 
420  c,  et  non  pas  avec  le  o  comme  chez  Sonlheimer),  Maccarî ,  1,91, 
I.  6.  Les  Arabes  ont  reçu  ce  mot  des  Persans,  qui  disent  Lix^/XiL-* 
(marcachîchâ). 

"  AIarchamo  (marque  qu'on  met  aux  marchandises  à  la  douane)  de 
^y>  [marcham)  (jui  n'est  pas  dans  Freytag  (P.  de  Alcala  Ta  dans  le 
sens  de   hicrro  paru  herrar) ,  mais  le  verbe  ^.  (rachama)  siguilie  niar- 


502 

quer,  mettre  une  empreinte,  une  marque  sur  une  chose  pour  la  distin- 
guer; voyez  P.  de  Alcala  sous  senalar ,  notar,  plata  marcada,  etc., 
Bocthor,  Marcel  et  le  Dict.  berbère  sous  marquer,  Delaporte,  Dialogues, 
p.  100. 

*MaRFAGA,    MARFEGA,    MARFICA.       VoyeZ    ALMARREGA. 

Marfil,  pg,  marfira  (ivoire).  Ordinairement  on  dérive  ce  mot  de 
Tarabe  v->'J  (nâb),  dent,  et  J-ô  (fU) ,  éléplmnt.  En  effet,  les  Arabes  se 
servent  de  ces  mots  pour  désigner  Tivoire  (voyez  Edrîsî,  man.  de  Paris, 
n°.  893,  fol.  14  r«).  Néanmoins,  tout  en  laissant  de  côté  l'altération 
presque  incroyable  de  ndb  en  mar ,  l'existence  des  formes  olmafi  (S\ 
Rosa)  et  almafil  (Ducange)  m'engage  à  rejeter  tout-à-fait  cette  élymolo- 
gie.  Je  dois  avouer  que  je  n'ai  aucune  conjecture  à  proposer  sur  l'ori- 
gine du  mot  en  question. 

*  M.  Defrémery  approuve  l'étymologie  qu'on  donne  ordinairement. 
«Quant  au  changement  de  n  en  rn,»  dit-il,  «autre  exemple  almojalre 
de  j^\J:J^l  Pour  le  changement  du  6  en  r  au  milieu  d'un  mot,  il  n'a 
rien  de  plus  extraordinaire  que  celui  du  6  en  ti  à  la  fin  d'un  mot , 
comme  almotacen  pour  v-^M^x.5^il,  alacran  pour  yyixil.  »  On  pourrait 
répondre  que  ce  n'est  pas  loul-à-fait  la  même  chose,  car  si  la  dernière 
lettre  d'un  mot  se  changeait  fort  arbitrairement,  parce  qu'on  l'enten- 
dait mal,  il  n'eu  était  pas  ainsi  pour  ce  qui  concerne  les  lettres  au  mi- 
lieu d'un  mot  ;  mais  on  voit  en  outre  que  M.  Defrémery  n'a  pas  répondu 
à  l'objection  principale  de  M.  E.:  l'existence  des  formes  olmafi  et  alma- 
fil. Si  elles  n'existaient  pas,  marfil  se  laisserait  expliquer  aisément, 
mais  d'une  autre  manière  qu'on  ne  l'a  fait  jusqu'ici.  Chez  les  Arabes 
l'ivoire  ne  s'appelle  pas  nâb-fîl,  mais  nâb-al-ftl,  et  le  génie  de  leur 
langue  ne  permet  pas  de  supprimer  l'article.  Entendant  donc  dire  ?m- 
balfil,  les  Esp.  peuvent  avoir  omis  la  première  syllabe  na ,  et  changé 
régulièrement  le  b  en  m  et  le  /  en  r  (marfil  pour  balfil)  ;  en  effet ,  le 
nom  de  l'éléphant  au  jeu  des  échecs  (chez  nous  le  fou),  al-ftl,  est  eu 
esp. ,  non-seulement  alfil ,  mais  aussi  arfil.  Mais  quelque  plausible  que 
puisse  paraître  une  telle  étymologie,  les  formes  almafil  et  olmafi  ^  qui 
sont  plus  anciennes  que  marfil,  montrent  qu'elle  n'est  pas  la  véritable. 
Je  dirai  donc  avec  M.  E.  que  l'origine  du  mot  en  question  m'est  in- 
connue. 

*  Marfuz   (pas  dans  les  dictionnaires).     A  l'article  rafez  M,  E.  a  de- 


503 

maiulé  si  le  mol  marfuz  dans  Don  Quijole ,  I,  cb.  40,  ne  vient  pas  de  la 
racine  ^j^=>^  (rakhoça).  11  faut  répondre  affirmativement  à  celle  ques- 
tion. Le  passage  que  M.  E.  a  en  vue  se  trouve  dans  la  lellre  que  la 
belle  Zoraida  fait  parvenir  au  captif  espagnol,  et  il  est  conçu  en  ces 
termes:  «Yo  escribi  eslo,  mira  à  quien  lo  das  à  leer,  no  te  fies  de 
ningun  moro,  porque  son  todos  marfuces.»  Du  temps  de  Cervantes  ce 
mot  était  donc  encore  connu  en  Espagne;  en  effet,  il  se  trouve  aussi 
cbez  Gongora,  qui  donne  celle  épilhète  à  Hérode  (voyez  Sanchez,  IV), 
cl  il  n'est  pas  rare  dans  des  écrits  plus  anciens.  Dans  le  Cancionero  de 
Baena  il  se  trouve  trois  fois:  «  linage  marfuz»  (p.  114),  —  «la  cayda 
del  falso  marfuz»  (p.  121),  — 

Manda  quel  pongan  la  cruz 

A  los  piesjved  que  locura! 

El  alcoran,  nescia  escriptura 

En  los  pechos  al  marfuz.  (p.  133). 

Chez  rarcbiprélre  de  Hila  on  lit  (copl.  109):  «El  traidor  falso  marfus ,» 
et  ailleurs  (copl.  322)  il  nomme  le  renard  «Doila  Marfusa.  »  C'est  l'arabe 
^oy>y>  (markhouç)  dans  le  sens  de(jciAi>^  (=  esp.  rafez),  vil,  sans  va- 
leur. Ce  mot  appartient  à  la  langue  du  peuple  et  il  est  formé  contraire- 
ment aux  lois  de  la  grammaire,  car  le  verbe  rakhoça  est  neutre ^  et  par 
conséquent  il  ne  s'emploie  pas  au  passif;  mais  quelques-uns  prononçaient 
aussi  rakhaça  (voyez  Lane)  et  dès  lors  il  était  facile  de  le  considérer 
comme  un  verbe  actif. 

*  Margomar.     Voyez  morcum. 

Marlota  (espèce  de  vêtement,  jupe,  casaque)  de  xh^lA  (mallôtd)  qui 
n'est  qu'une  altération  du  grec  f/^x^KccT^j  dont  les  Coptes  ont  fait  f4>£^a}Tti; 
cf.  M.  Fleischer,  De  glossis  Habichtianis ,  p.  70.  P.  de  Alcala,  qui  écrit 
molôta  et  mollôla  ^  traduit  ce  mot  par  cugulla  de  ahito  de  frayle,  satja 
de  muger ,  mongil  veslidura  de  monge.  L'arabe  polôt  ou  pollôta  de  P. 
de  Alcala  (aux  mots  saya,  hrial)  n'est  qu'une  altération  de  mallôla , 
comme  l'a  déjà  fait  remarquer  M.  Dozy,  Dtct.  des  noms  des  vélem. , 
p.  87,  412. 

*  M.  E. ,  qui  a  emprunté  (ous  ces  renseignements  à  mon  Dict.,  m'ahi 
avec  plus  d'attention  que  M.  Mahn,  car  dans  un  article  toul-à-fait  man- 
qué sur  hltaut  {Ehjm,  Unlers.,  p.  40),  ce  dernier  me  reproche  d'avoir 
gardé  le   silence  sur  l'origine  des  mots  arabes  dont  il  s'agit;  cependant 


304 

à  la  page  412,  qu'il  cite,  j'avais  dit  qu'ils  viennent  de  (ixKXccTVi.  A 
présent,  toutefois,  je  ne  vois  plus  dans  le  polôt  ou  pollôla  d'Alcala  une 
altération  de  mallôla.  Le  p  montre  que  ces  mots  doivent  avoir  une  au- 
tre origine,  et  je  crois  qu'ils  représentent  l'esp.  pellote,  qui,  comme  le 
dit  l'Acad.,  vient  de  pelliSf  de  même  que  son  synonyme  pellon. 

*  Maroma  (grosse  corde)  «a  vraisemblablement  du  rapport  avec  l'arabe 
-.^  (barama),  tordre  une  corde,  et  borm,  corde,r>  Miiller. — C'est  l'arabe 
-^^  {mabrôm)  y  qui  est  proprement  le  participe  passif  de  ce  verbe,  mais 
qui  s'emploie  substantivement  dans  le  sens  de  corde.  Il  manque  chez 
Freylag,  mais  on  le  trouve  chez  P.  de  Alcala  aux  mots  cordon  deseda^ 
cordon  de  sirgo  et  forçai, 

"Marras  (autrefois).  M.  Mûller  demande:  « L'étymologie  donnée  par 
Cabrera,  qui  fait  venir  ce  mot  de  »./>  {marra),  serait-elle  inadmissible?» 
Je  la  crois  excellente,  et  si  nos  lexiques  arabes  étaient  moins  défec- 
tueux ,  les  romanistes  n'auraient  pas  manqué  de  l'adopter  (M.  Diez  l'a 
dans   sa    2«    édit.).     Marra ,   qui   dans   la  langue  classique   se  prononce 

marratan  (»j^),   est  proprement  une  fois;  mais  il  est  facile  de  voir  que 

la  phrase  si  fréquente  dans  les  contes  arabes:  bJ^  ^\S  ,  «il  y  avait  une 
fois,»  signifie:  «il  y  avait  autrefois;»  aussi  Hélot  traduit-il  marra  par 
jadis, 

*  Martava  val,  (tour,  rang  successif;  «turno»  chez  Rôs)  me  semble 
être  l'arabe  iC^jy  [marlaha],  «ordo,  classis»  (Freytag) ,  «classe,  divi- 
sion» (Hélot),  ce  mot  pouvant  fort  bien  avoir  reçu  le  sens  qu'il  a  en 
valencien. 

*  Mascara,  ital.  maschera,  /r.  masque    \     L'origine  arabe  de  77îfl5carfl , 

*  Zaharron  f  déjà  soupçonnée  par  Golius, 

*  Mouarrache  ,  homarrache  (  admise    par   Castell ,  Sousa , 

*  Mamarracho  1  Marina ,  Marcel  et  M.  Pihan , 
répudiée  par  M.  Diez  au  point  qu'il  n'a  pas  même  daigné  en  parler, 
a  été  démontrée  d'une  manière  très-ingénieuse  par  M.  Mahn  {Etym.  Un- 
ters.,  p.  60,  61),  qui  a  aussi  fort  bien  réfuté  l'article  de  M.  Diez.  Je 
reproduirai  les  arguments  du  savant  docteur,  mais  avec  quelques  addi- 
tions. —  Mascara  vient  de  l'arabe  v^^a  (maskhara).  Le  verbe  sakhira 
signifie  (aussi  à  la  5^  et  à  la  10«  forme)  se  moquer  de  quelqu'un,  rire. 
aux  dépens  de  quelqu'un  ;   sokhra  est  une  personne  ridicule  et  dont  on  se 


505 

moque;  sokhara  est  moqueur,  railleur.  Maskhara  ne  se  trouve  chez 
Freylag  que  dans  le  sens  de  moquerie;  M.  Malin  observe  que  c'est  chez 
Richardson:  «a  buffoon,  a  fool,  a  jesler,  a  droll,  a  wag,  a  facetious 
man;  a  man  in  masquerade  ;  a  pleasantry ,  any  thing  ridiculous  or  mirth^ 
fui,  sport. ^  Je  puis  y  ajouter  que  la  signification  de  bouffon  est  non- 
seulement  indubitable,  mais  aussi  ancienne.  Dans  les  Mille  et  une  nuits 
(I,  75  éd.  de  Boulac  ;  I,  204  éd.  Macnaghten  ;  II,  135  éd.  Habichl)  on 
lit:  .^1  ^J^.  ^  ^IJoi^ii  JS^  ^ilA^Al  H^^^  ^LT  (vwX:>^0  iûl  J^ 
w.Lâj,  «on  raconte  que  le  bossu  était  le  maskhara  du  sultan,  qui  ne 
pouvait  se  passer  un  seul  instant  de  lui.»  Un  auteur  du  XIII«  siècle, 
'Alî  ibn-Sa'îd,  raconte  que  le  sultan  Aiyoubide  Al-melic  al-'âdil  aimait 
à  prêter  Toreille  aux  plaisanteries  d'hommes  méprisables;  puis  il  ajoute 
(apud  Maccarî,  I,  658,  1.19);  jJ^=>  [^^^p^l  y>'w**^  20:xj.i>  ^^i  j^^^^, 
«plusieurs  maskhara' s,  qu'il  avait  dans  son  service,  obtinrent  de  la  ré- 
putation, nommément  Khadhîr  »  etc.  Un  passage  d'Ibn-al-Athîr  (I, 
127),  sur  lequel  M.  de  Goeje  a  déjà  appelé  l'attention  dans  une  Revue 
hollandaise,  est  conçu  en  ces  termes:  «Pendant  deux  années  Moïse  et 
Aaron  vinrent  matin  et  soir  à  la  porte  de  Pharaon ,  demandant  d'être 
admis  auprès  de  ce  monarque;  mais  personne  n'osa  l'en  informer,  jus- 
qu'à ce  qu'un  maskhara  y  dont  l'emploi  était  de  le  faire  rire  par  ses 
bons  mots  (iJjAj  iS^^jcaj  qL^)  ,  le  lui  apprît,  et  alors  Pharaon  ordonna 
de  les  introduire.»  Ibn-al-Athîr,  comme  le  remarque  M.  de  Goeje,  na- 
quit en  1160  et  mourut  en  1233  ;  il  n'a  jamais  visité  les  pays  arabes  de 
l'Occident;  il  emploie  maskhara  comme  un  mot  bien  connu;  nous  avons 
donc  le  droit  d'en  conclure  que  déjà  au  XII®  siècle,  ce  terme  avait  en 
Orient  le  sens  de  bouffon.  Aujourd'hui  il  l'a  encore,  car  Bocthor,  Berg- 
gren  et  Marcel  traduisent  bouffon  par  maskhara;  le  premier  donne  aussi 
ce  mot  sous  baladin  et  sous  farceur;  chez  Hélot  c'est  histrion,  baladin. 
C'est  aussi  un  homme  do7it  on  se  moque.  Ainsi  on  lit  dans  les  Mille  et  une 
nuits,  IV,  358  éd.  Habicht:  \ij^^^^^  B^^  ^P^  Lr"«'^W  ««^  l5^^5»  «Hier 
cet  homme  était  encore  la  risée  de  tout  le  monde;»  comparez  IV,  346. 
XI,  79  éd.  Hab.-Fleischer,  IV,  685,  1.  2  a  f.  éd.  Macnaghten,  et  pour 
B^,  qui  est  le  synonyme  de  maskhara,  IV,  159  éd.  Hab.,  autre  pas- 
sage, I,  493,  1.  2  a  f,  éd.  Macnaghten.  Bocthor  donne  aussi  maskhara 
sous  cocasse  (ridicule),  jouet  (personne  dont  on  se  moque),   marmouset, 

39 


506 

ridicule,  —  Revenons  à  présent  à  rargumenlalion  de  M.  Malin.  Selon 
lui,  les  Italiens  auraient  été  les  premiers  parmi  les  peuples  européens 
à  adopter  le  mot  arabe,  parce  que  c'est  dans  leur  pays  que  les  mas- 
carades, lesquelles  avaient  lieu  à  l'occasion  du  carnaval,  ont  pris  nais- 
sance. Au  commencement  le  terme  y  désignait  un  baladin,  un  bouffon 
avec  un  masque,  un  polichinelle  qui  jouait  un  rôle  important  pendant 
le  carnaval,  qui  faisait  rire  les  autres  et  qui  était  lui-même  un  objet  de 
risée;  plus  tard  on  Ta  appliqué  à  l'objet  qui,  chez  un  tel  bouffon,  frap- 
pait le  plus  les  regards,  c'est-à-dire,  au  masque  dont  il  se  couvrait  le 
visage.  —  Je  partage  cette  manière  de  voir.  Il  me  paraît  certain  que 
le  mot  en  question  a  signifié  d'abord  bouffon  chez  les  Occidentaux.  Un 
fait  fort  curieux  et  qui,  je  crois,  n'a  pas  encore  été  remarqué,  c'est  que 
môme  en  France,  dans  la  première  moitié  du  XVII«  siècle,  mascarade 
avait  cette  acception.  Ce  qui  le  prouve ,  c'est  un  passage  du  livre 
de  Roger  intitulé  La  ter^e  saincie  et  publié  à  Paris  en  1646.  En  par- 
lant du  Ramadhân,  ce  iliissionnaire  dit  (p.  229):  «Les  maisons  où  l'on 
boit  le  Quaoué  [=  le  café] ,  sont  toutes  pleines  de  monde ,  où  se  trouvent 
des  bouffons,  mascarades,  pantalons  et  joueurs  d'instruments.»  Evi- 
demment mascarade  est  ici  le  synonyme  de  bouffon  et  de  pantalon  ;  c'est 
en  tout  point  l'arabe  mashhara.  Thévenot  semble  employer  ce  terme 
dans  le  même  sens,  quand  il  dit  (Voyage  au  Levant,  Paris,  1665,  I, 
279):  «Puis  suivent  quelques  gens  habillés  en  mascarades.»  Je  sup- 
pose que  les  Italiens  ont  reçu  le  terme  en  question,  dans  le  sens  de 
bouffon,  baladin,  des  Arabes  de  Sicile,  ou  plutôt  encore,  pendant  les 
croisades,  des  Arabes  de  Syrie,  car  dans  celle  acception  mashhara 
.semble  appartenir  au  dialecte  de  la  Syrie  et  de  l'Egypte,  plutôt  qu'à 
celui  des  Arabes  magribins.  Maintenant  il  faut  encore  remarquer  qu'il 
est  retourné  en  Orient  avec  le  sens  que  lui  avaient  donné  les  Européens, 
r/esl  de  celte  manière  qu'il  faut  expliquer  la  signification  a  man  in 
masquerade  chez  Richardson,  un  masque,  personne  masquée,  comme  M. 
Mahn  a  trouvé  dans  le  Dicl.  turc  de  Blanchi.  Les  Arabes  ont  même 
formé  de  ce  mashhara  un  verbe  nouveau,  un  verbe  dénominatif,  à  sa- 
voir tamashhara.  Freytag  l'a  donné  (IV,  178),  en  citant  un  auteur  du 
X\^  siècle,  dans  le  sens  de  être  raillé;  dans  les  Mille  et  une  nuits  (I, 
164,  IV,  709  éd.  Macnaghten,  VIII,  195,  IX,  556  éd.  Habicht)  et  chez 
Roland  de  Bussy  c'est  se  moquer,  railler;  chez  Delaporle  {Dialogues,  p. 


f 


507 

21),  plaisanter;  cf.  Iluinbcrt,  p»  114,  239,  240;  chez  Boclhor,  se  mo- 
quer, plaisanter,  railler,  tourner  quelqu'un  en  ridicule,  turlupiner,  bouf^ 
fonner  (de  même  Mille  et  une  nuits,  III,  356,  VIII,  253  éd.  llabiclil) 
et  se  masquer  ;  ii  donne  aussi:  masque,  personne  masquée,  motamaskhir 
(le  parlicipe  de  ce  verbe  nouveau),  mascarade,  maskhara  et  tamashhor ; 
chez  Berggren  (p.  513)  on  trouve  toumouskhar,  jeu  de  masque,  masca- 
rade, et,  sous  démasquer  (s^^u^Ji  ^j),  maskhara  dans  le  sens  de  mas^ 
que,  faux  visage.  On  voit  donc  que  les  Arabes,  quoiqu'ils  n'eussent 
pas  employé  autrefois  eux-mêmes  ce  mot  dans  celle  acception,  l'ont  fa- 
cilement reconnu  ,  et  qu'ils  n'ont  pas  hésité  à  l'employer  de  celle 
manière. 

Le  mot  zaharron  ,  qui  signifie  bouffon  travesti  et  masqué,  vient  de  la 
même  racine  arabe,  comme  l'ont  déjà  observé  Marina  et  M.  Mùller.  On 
est  une  terminaison  esp.  et  zahar  est  sokhra  ou  sokhara,  dont  j'ai  déjà 
parlé  au  commencement  de  cet  article.  Je  crois  retrouver  ce  mot  dans 
l'Alexandre  sous  la  forme  xafarron.  Décrivant  une  fête  nuptiale,  l'auteur 
de  ce  poème  dit  (copl.  1798): 

Eran  grandes  é  muchas  las  donnas  é  los  dones  , 

Non  querien  los  iograres  cendales  nen  cisclatones, 

Destos  avia  hy  muchos  que  facien  muchos  sones , 

Otros  que  menaban  simios  é  xafarrones. 
Dans  son  glossaire  Sanchez  a  cru  que  xafarron  était  un  petit  animal; 
c'est  une  simple  conjecture  et  qui  serait  difficile  à  prouver.  Je  pense 
que  c'est  =  zaharron,  car  le  s  arabe,  de  même  que  le  s  latin,  devient 
quelquefois  x  en  esp.  (voyez  l'Introd.,  p.  18),  et  les  bouffons  sont  nommés 
fort  bien  conjointement  avec  les  jongleurs  et  les  singes.  Il  est  vrai  que 
le  poète  les  met  un  peu  trop  sur  la  même  ligne  que  ces  animaux ,  mais 
les  exigences  de  la  rime  peuvent  lui  servir  d'excuse.  —  J'observerai 
encore  que  zaharrones  est  chez  Victor  «sorte  de  danse  aux  chansons  et 
de  grand  bruit.»  C'est  parce  que  les  zaharrones  exécutaient  des  danses 
bouffonnes;  comparez  mon  article  matacuin. 

La  véritable  élymologie  d'un  autre  mot,  qui  signifie  personne  mas- 
quée, il  savoir  moharrache  ou  moharracho ,  n'a  pas  encore  été  donnée. 
«C'est  peut-être.»  dit  M.  Muller,  «l'arabe  iu^^Jî  ^^ow  {mogaiyar  al- 
ivadjh)  ,  celui  qui  a  le  visage  changé.  V.  de  Alcala  traduit  en  effet  mo- 
harrache par  guéchi  motr.»     Marina  était  plus  près  de  la  vérité.     11  dit 


SOS 

que  moharrache  vient  de  «_j„:<^/o,  moharrach,  qui,  selon  Casiri,  est  un 
mot  de  la  langue  vulgaire.»  Il  ne  nous  apprend  pas  ce  que  signifie  ce 
mot  et  il  ne  Ta  pas  écrit  correctement.  Ce  n'est  pas  ^r-J.^^»  naais 
^^^,  avec  Taulre  h,  et  ce  mot  signifie  chez  Boctiior  et  chez  Humbert(p.  114), 
badin  y  bouffon ,  facétieux ^  farceur  y  plaisant  ^  scaramouche;  Boclhor  donne 
aussi,  de  même  que  Humbert,  le  verbe  -^^  (harradj),  badiner,  bouf- 
fotmer,  plaisanter,  et  le  nom  d'action  f^jj^j  {tahridj),  badinage,  bouf- 
fonnerie, farce  (chez  Humbert  ^j^t  hardj) ,  tahridj  a  y  plaisanterie.  Le 
mot  esp.  moharrache,  par  transposition  homarrache,  a  le  même  sens; 
il  désigne:  une  personne  qui,  aux  jours  de  fête,  se  travestit  d'une 
manière  ridicule  et  qui  divertit  les  autres  par  ses  gestes,  ses  grimaces 
et  ses  bons  mots;  voyez  le  dict.  de  Cobarruvias  et  celui  de  l'Académie. 
C'est  donc  le  synonyme  de  maskhara,  et  de  même  que  ce  dernier  mot, 
il  a  reçu  le  sens  de  personne  masquée,  et  celui  de  masque,  faux  visage, 
qu'on  trouve  chez  Victor  et  chez  P.  de  Alcala ,  car  son  guêchi  *  moir  est 

^\,XA  »^^,  littéralement  visage  emprunté,  c'est-à-dire,  faux  visage,  mas- 
que; il  traduit  de  la  même  manière  le  mot  caratula  (masque);  chez 
Berggren  masque  (faux  visage  de  carton ,  etc.)  est  'ûj^  is.^^.  —  On  voit 
donc  que  l'histoire  de  ce  mot  est  la  même  que  celle  de  mascara,  et 
c'est  pour  cette  raison  que  je  les  ai  réunis.  Sous  le  point  de  vue  éty- 
mologique, ils  s'aident  mutuellement,  et  j'ose  croire  que  dorénavant 
l'étymologie  de  mascara  sera  considérée  comme  certaine.  11  serait  même 
possible  qu'il  eût  reçu  en  Orient  le  sens  de  faux  visage;  peut-être 
trouvera-l-on  encore  chez  les  auteurs  arabes  des  passages  qui  le  prouve- 
ront.    Au  reste  il  faut  aussi  comparer  l'article  suivant,  matachin. 

Moharrache,  que  Cobarruvias  écrit  momarrache,  et  mamarrache,  qui 
en  est  une  altération,  signifient  en  outre  marmouset,  petit  homme  mal 
fait.  C'est  au  fond  la  même  signification;  tout  le  monde  sait  que  les 
bouffons,  les  Triboulet,  étaient  ordinairement  mal  bâtis. 

Cet  article  était  écrit  depuis  un  an  et  j'allais  le  livrer  à  l'impression, 
lorsque  je  reçus  les  deux  premières  livraisons  du  Journal  asiatique  allc- 


l)  Voyez    ce  que  j'ai    dit  sur  cet  i  dans  le  Glossaire  sur  £drisî,  p.  319.     Sous  tara» 
tula  Alcala  ne  l'a  pas. 


509 

mand  de  1868,  qui  conticnncnl  entre  autres  choses  un  article  lrès*in- 
structif  de  M.  Wetzslein ,  consul  de  Prusse  à  Damas,  sur  la  langue  des 
Bédouins  de  la  Syrie.  Dans  cet  article  l'auteur  présente  sur  le  dernier 
terme  dont  j*ai  parlé,  quelques  observations  que  je  crois  devoir  traduire, 
parce   qu'elles   confirment  et    complètent   les    miennes.      «iL^.j^^:JI    (al- 

tahridja)  et  x>jfîi  (al-hardja)  yi>  dit-il,   «signifient  chez  les  Bédouins  le 

discours,  la  conversation,  A  Damas  ^  S>  {hardj)  est  plaisanterie  y  et  ^ 
go^^l  [fann  at-tahridj)  y  désigne  l'art  de  raconter  une  aventure  frap- 
pante d'une  manière  qui  amuse  les  auditeurs;  ceci  |se  fait  en  exagérant 
hors  de  toute  mesure  les  sentiments  qu'on  énonce,  ainsi  que  par  une 
mimique  et  une  gesticulation  allant  jusqu'à  la  caricature.  De  même  que 
la  musique,  la  danse,  le  jeu  des  gobelets  et  les  ombres  chinoises,  le 
tahrtdj  est  un  des  amusements  d'une  grande  soirée  à  Damas.  Le  maître 
moharndj ,  qui  est  souvent  un  excellent  comique,  est  bien  plus  réjouis- 
sant que  notre  déclamateur  ennuyeux  en  frac  noir  et  en  gants  blancs. 
Dans  les  marches  solennelles  il  est  l'arlequin  bizarrement  habillé ,  au 
visage  noirci  et  avec  des  queues  de  renard  attachées  au  chapeau  de 
feutre  pointu.»  Ensuite  M.  Wetzstein  mentionne  et  improuve  l'étymo- 
logie  de  l'esp.  moharrache  donnée  par  M.  Mûller  ;  «c'est  au  contraire,» 
ajoute-t-il ,  «  le  moharridj  que  les  Omaiyades  de  Damas  ont  porté  avec 
eux  en  Espagne.»  Je  m'estime  heureux  de  m'être  rencontré,  dans 
l'explication  de  ce  terme,  avec  un  savant  aussi  distingué  que  M.  Wetz- 
stein i  mais  pour  ce  qui  concerne  ses  dernières  paroles,  je  dois  avouer 
que  j'hésite  à  y  souscrire.  Comme  le  moharridj  de  Damas  n'est  pas  un 
personnage  attaché  à  la  cour,  mais  un  bouffon  qui  appartient  au  peu- 
ple, je  croirais  plutôt  qu'il  est  venu  en  Espagne  avec  les  Arabes  de 
Damas,  qui,  comme  on  sait,  furent  établis  par  le  gouverneur  Abou-'i- 
Khattâr,  avant  l'arrivée  des  Omaiyades,  dans  le  district  de  Grenade, 
qui  s'appelait  alors  le  district  ^d'Elvira. 

*BIatacui.n,  ital.  mattaccino,  /r.  matassins ,  /?^.  muchachim  (personne 
masquée  et  avec  un  habit  d'arlequin;  quatre,  six  ou  huit  de  ces  per- 
sonnes exécutent  une  danse  bouffonne  appelée  les  matassinsy  en  esp.  los 
tnatachines ,  pendant  laquelle  elles  se  frappent  mutuellement  avec  des 
épées  de  bois  et  des  vessies  remplies  d'air).  Je  ne  crois  pas  que  la 
véritable  élymologie  de  ce  mot  ait  déjà  été  donnée,  car  il  va  sans  dire 


310 

qu'il  ne  vient  ni  de  muchacho  (garçon)  (Moraes) ,  ni  de  malar  (tuer) 
(Cobarruvias).  Il  est  arabe  et  signifie  personne  masquée,  de  même  que 
mascara  et  moharrache ,  dont  je  viens  de  parler;  les  premières  paroles 
de  Tarticle  du  dict.  de  TAcad.:  «bombre  disfrazado  ridiculamente  con 
caralula,»  contiennent  le  véritable  sens  du  mot,  et  Victor  traduit  aussi 
matachines  en  italien  par  «matlacini,  mascare  boffonesche.»  En  arabe, 
comme  nous  l'avons  vu  dans  Tarticle  qui  précède,  un  masque  ou  faux 
visage  s'appelle  visage  (wadjh)  emprunté;  mais  on  dit  aussi  wadjh  tout 
court,  comme  P.  deAlcala  l'atteste  sous  cara  quesemuda,  et  j'ai  trouvé 

ce  mot  en  ce  sens  chez  des  écrivains  arabes.  De  là  vient  ii.^y>  (mo- 
waddjah) ,  masqué,  que  P.  de  Alcala  donne  sous  mascarado  con  caratula, 
au  pinr.  mowaddjahîn ,  et  c'est  peut-être  de  ce  pluriel,  muejehtn  chez 
Alcala ,  que  vient  la  forme  port,  muchachim.  Celles  qui  existent  en  esp., 
en  ilal.  et  en  franc,  doivent  être  expliquées  d'une  manière  un  peu  dif- 
férente.    Mowaddjah,   masqué,   étant  le  participe  passif  de  la  2®  forme, 

il  s'ensuit  que  se  masquer  est  K^ys  (tawaddjaha)  à  la  5^  forme  (cf.  Mac- 
carî,  II,  147,  l.  1  ?)  ;  participe  *j>j,Xxi  (motawaddjih) ,  au  plur.  mota- 
voaddjihtn,  personnes  masquées.  C'est  de  ce  plur.  que  viennent  rnata- 
chines ,  mattaccini,  matassins,  car  c'est  par  erreur  qu'on  emploie  ces 
mots  au  sing.;  Victor  et  le  Dict.  de  l'Acad.  franc,  ne  les  connaissent 
qu'au  pluriel. 

*Matb.     Voyez  xaque. 

Matraca  (crécelle  dont  on  se  sert,  au  lieu  de  cloches,  dans  la  semaine 
sainte)  de  icï^b^  (milraca),  mot  arabe  auquel  le  lexique  de  Freytag  ne 
donne  d'autre  sens  que  celui  de  marteau;  chez  Bocthor,  à  l'article  cré- 
celle, il  se  trouve  dans  la  même  signification  que  le  mot  espagnol. 

Mazari  (sorte  de  brique).  P.  de  Alcala  traduit  mazari  ladrillo  par 
lajôra  mazarîa.  Quant  à  lajôra,  c'est  [*le  nom  d'unité  de]  ^>î  (adjor) 
auquel  on  a  joint  le  l  de  l'article,  de  même  qu'en  Egypte  on  a  fait 
lîwân  de  al-iwân  (cf.  M.  Lane,  Modem  Egyptians ,  I,  17).  Le  mot  ma- 
zarîa m'étant  inconnu,  je  n'ose  pas  en  donner  la  transcription  en  ca- 
ractères arabes. 

*Le  mazarta  de  P.  de  Alcala  est  évidemment  un  adjectif,  et  je  trouve 
également  l'esp.  mazari,  qui  n'est  plus  en  usage,  employé  comme  un 
adjectif  par  P.  de  Alcala,  qui  donne  sous   le  l  ladrillo  mazari,   et  par 


511 

Marmol  {Rebelion  de  los  Moriscos,  fol.  85  c).  Le  passage  de  Marmol 
est  aussi  inléressant  sous  un  autre  rapport,  car  il  nous  apprend  ce 
qu*il  faut  entendre  sous  ladnllo  mazarï.  L'historien  grenadin  raconte 
que  les  chrétiens  furent  attaqués  dans  la  tour  d'Orgiva  par  les  Maures- 
ques ,  qui  tentèrent  de  détruire  la  muraille  de  la  tour  en  se  mettant  à 
couvert  sous  un  mantelet  composé  de  gros  madriers  et  revêtu,  d'abord 
de  cuirs,  ensuite  de  matelas  de  laine  mouillée,  afin  que  les  pierres  et 
le  feu  ne  pussent  y  pénétrer.  Les  chrétiens  commencèrent  par  jeter  de 
grosses  pierres  sur  cette  machine  ;  mais  voyant  que  cela  ne  leur  servait 
de  rien,  ils  prirent  des  ladrillos  mazaris  qui  se  trouvaient  par  hasard 
dans  la  tour,  les  lancèrent  sur  la  machine  de  telle  manière  que  les 
coins  aigus  frappassent  les  matelas,  et  réussirent  à  les  rompre;  après 
quoi  ils  jetèrent  des  matières  ardentes  sur  le  mantelet  et  le  brûlèrent. 
Les  ladrillos  mazans  doivent  donc  avoir  été  des  pierres  très-grandes  et 
très-lourdes.  En  arabe  de  telles  pierres  s'appelaient  îv^Lus  ,1^>Î , 
«pierres  kibltya  ou  coblîya,y>  c'est-à-dire,  pierres  coptes  ou  égyptien- 
nes; voyez  Edrîsî,  p.  212,  1.15.  Il  faut  restituer  le  même  mot  dans 
un  passage  de  Maccarî  (I,  570,  1.7),  6ù  l'édition  de  M.  Wright  porte: 

cXA.^'wLAji     ajL£    HJ^^^Xa    iC-otLàil    ».L:^.^iî    *L:^Uai    aaIs-Ï    iôw^Aa    ...\    -^=)3»  , 

avec  la  variante  i;«xbiiiî,  tandis  qu'on  lit  dans  l'édition  de  Boulac 
iUxJaàJl.  Ces  trois  leçons  sont  également  mauvaises;  il  faut  lire  XxLiAiUî 
et  traduire:  «La  tour  de  la  mosquée  de  Cordoue  a  été  bâtie  de  pierres 
égyptiennes  très-grandes  et  extrêmement  fortes  ^»  Ce  terme  explique 
l'origine  et  la  signification  de  lajôra  mazarta  et  de  ladrillo  mazari,  car 
comme  on  tirait  ces  grosses  pierres  de  l'Egypte,  on  pouvait  aussi  les 
appeler  ,^jAa/),  qui  signifie  égyptien,  et  qui,  dans  la  langue  classique, 
se  prononce  mien,  mais  dans  la  langue  vulgaire,  macri  (voyez  Lane, 
Modem  Egyplians,  I,  56,  Marcel  sous  égyptien)  ou  maçari. 

*Mazmodlna,    mazmutina,   mozmudina,   mezmudina,  marmutina,   ma- 
hozmedin,   chez  [Rôs  mascordin   (ancienne   monnaie   d'or),   de   ^ù^^^j^a 


1)  La   2"     et   la   4*  forme  de  iX^   manquent    chez    Freytag   dans    le    sens    de    rendre 
fort.      La   4*  se   trouve    cher    Ibn-Haiyân    {aj>ud  Ibn-Bassàm ,    man.  de  Gotha,    fol.  28  v"): 

iC^^x^Ji  j^  w*-A-iJi  »^S^  *i^^5  (^  LA.AaJi  »J^:5^U;  la  2«  cher  Becrî, 
p.  2,  Ibn-Khaldoun,  I/ist.  des  Berbères,  î,  414,  Prolég.^  II,  320,  Ll  (où  M.  de  SJane 
veut  u  tort  changer   la   leçon),   Ibn-aNKhatîb  dans  Huiler,   Bcitrage ,  p.  4. 


312 

{maçmoudi  ou  maçmôdi) ,  l'adjeclif  de  Maçmouda ,  qui  était  le  nom  de 
la  tribu  berbère  à  laquelle  appartenaient  les  Almohades.  Voyez  Saez, 
Valor  de  las  monedas,  p.  314 — 316,  et  mes  Recherches,  p.  470,  471  de 
la  1«  édit. 

Mazmorra  (cachot ,  fosse ,  prison)  de  Sj^JaA  (matmôra)  que  P.  de  Alcala 
traduit  par  algihe ,  prision,  ctceva,  carcel  en  el  campo. 

Mazorca  (fusée,  fil,  lin  autour  d'un  fuseau).  P.  de  Alcala  traduit 
husada  maçorca  [*et  maçofca  de  hilo]  par  maçôrca,  pi.  maçâriq.  Quel 
est  ce  mot  arabe?  Faut-il  le  mettre  en  rapport  avec  la  racine  salaca 
(tî^^),  d'oîi  dérive  silca,  un  fil?  Le  changement  du  /  en  r  ne  saurait 
y  mettre  obstacle.  Aie.  écrivant  aussi  çarcela  au  lieu  de  çalcela  (chaîne). 

*Ces  deux  mois  n'ont  rien  de  commun  entre  eux,  et  quant  au  ma" 
çôrca  de  P.  de  Alcala,  on  voit  facilement  qu'il  n'est  pas  arabe;  ce  n'est 
autre  chose  que  la  transcription  de  l'esp.  mazorca,  mot  que  les  Maures- 
ques avaient  adopté.  A  mon  avis  mazorca,  en  port,  maçaroca,  est  une 
contraction  de  deux  mots  arabes:  K^s,  y,^/ûU  {maçôra  rocca).  Ni  l'un 
ni  l'autre  n'est  dans  Freytag;  mais  le  premier,  qui  est  proprement  le 
participe  passif  au  féminin  du  verbe  ^ol  (açara),  lier,  etc.,  se  trouve 
chez  Bocthor  dans  le  sens  de  navette  (instrument  de  tisserand)  ;  chez 
Berggren,  qui  écrit  moins  correctement  Hjjj^a,  c'est  bobine  de  tisse- 
rand*. Le  second  mot,  rocca,  qui  signifie  quenouille,  est  d'origine  ger- 
manique; en  vieux  allemand  rocco,  aujourd'hui  Spinnrocken.  Il  a  passé 
dans  les  langues  romanes:  esp.  rueca ,  pg.  roca,  ital.  rocca,  et  aussi  dans 
la  langue  arabe;  P.  de  Alcala  le  donne  sous  rueca  para  hilar  ;  Humbert 
(p.  79) ,  Bocthor  et  Berggren  l'ont  sous  quenouille,  et  en  Egypte  on  donne 
le  nom  de  'ilm  ar-rocca  (la  science  de  la  quenouille,  c'est-à-dire,  des 
femmes)  à  des  charmes  qui  ne  sont  fondés  ni  sur  la  religion ,  ni  sur 
la  magie,  ni  sur  l'astrologie;  voyez  Lane,  Modem  Egyptians ,  I,  391. 
Maçôra  rocca,  par  contraction  maçaroca  ou  mazorca,  est  donc  propre- 
ment: fuseau  de  quenouille,  de  rouet,  de  machine  à  filer,  et  il  n'est 
pas  étrange  qu'on  ait  appliqué  ce  terme  à  une  fusée,  au  fil  qui  est 
autour  du  fuseau.     C'est  ainsi  que  nous  donnons  le  nom  de  quenouille. 


l)  p.  de  Alcala   a  aussi   ce  mot,    mais  dans   un    autre   sens,    car  chez  lui  masûra  est 
crisneja  de  très  cncrdas  (tresse  de   trois  fils). 


313 

non-seulement  à  rinslriimcnt ,  mais  encore  à  la  soie,  au  chanvre,  etc., 
dont  une  quenouille  est  chargée.  —  Les  autres  significations  de  mazorca, 
maçaroca,  sont  figurées;  on  a  donné  ce  nom  à  différentes  choses  qui  res- 
semhlent  à  une  fusée. 

*Mefti.     Voyez  mofti. 

*Menjurge  (mélange  liquide  et  de  mauvais  goût  de  divers  ingrédients) 
«est  peut-être  une  altération,  à  la  vérité  assez  singulière,  de  ^^^^x/t 
[ma'djoxni),  élecluaire.r^  Millier.  L'étymologie  donnée  par  Marina  me 
scmhle  préférahle;  selon  lui,  c'est  ^j^^x  (memzoudj) ,  le  participe  passif 
de  ^jA  (tnasadja),  mêler;  melajige  ([wand  le  mot  est  employé  substan- 
tivement. 

*Merma  )    Ces   deux  mots  signifient  la 

*Tara  (esp.,  pg.,  ifaL,  prov,),  frAare  )  même  chose  (aussi  Victor  tra- 
duit-il merma  par  taré),  à  savoir:  le  poids  des  barils ^  pots,  caisses, 
emballages,  etc.,  qui  contiennent  les  marchandises;  à  la  différence  de 
net,  qui  se  dit  des  marchandises  mêmes,  déduction  faite  de  la  tare;  de 
là:  déchet,  diminution.  L'étymologie  de  l'un  vient  à  l'appui  de  celle 
de  Taulre.     Merma   (qui  chez  Alcala,  sous  le  n,   est  aussi  nerma^)  est 

^jA  {mermî) ,   le  participe  passif  du  verbe  ^a^  (ramâ),  jeter,  rejeter, 

mais  prononcé  inexactement  ^yi  {mermaj.     Tara,  qui,  dans  le  Cancio- 

nero  de  Baena  (p.  270  6),  a  l'article  arabe,  atara,  est  le  substantif 
xz>jh  (tarha) ,  ou  avec  l'article ,  X^^.bJl  (at-tarha) ,  du  verbe  -  jL  (faraha) 
qui  signifie  également  rejeter,  chez  Ilélot  déduire,  défalquer,  retrancher. 
Ces  deux  termes  signifient  donc  l'un  et  l'autre:  la  partie  des  marchan- 
dises que  Ton  rejette,  c'est-à-dire,  les  barils,  pots,  etc.;  le  poids  de 
ces  barils,   etc.,  que  l'on  déduit  quand  on  pèse  les  marchandises. 

*Mesèll  val,  («celui  qui  souffre  d'une  maladie  interne  ou  contagieuse. 
Dans  notre  dialecte  nous  l'employons  ordinairement  en  parlant  du  cochon 
qui  a  une  telle  maladie  ;  et  si  on  la  découvre  quand  on  égorge  l'animal , 
celui  qui  l'a  vendu  perd  son  argent,»  Rôs).   C'est  l'arabe  Jm*wq  (mosell) , 


1)  Ce  changement  du  m  initial  en  n  se  trouve  aussi  dans  d'autres  mots,  p.  e.  dans 
nembrar  pour  memfirar,  ncmhro  pour  membro  (=r:  miembro)  (voyez  le  Glossaire  de  San- 
chez  sur  l'Alexandre).  Par  contre,  le  latin  nasturtium  (cresson)  est  en  esp.  viastverzo ; 
dans  ce   terme  le  n  est   donc  devenu   un    m. 

40 


514 

j)arlicipe  passif  de  la  4'  forme  du  verbe  Jw^  (sa lia)  »  atleinl  de  phthisie, 
phlhisique.  Ce  terme  ne  s'emploie  pas  seulement  en  parlant  des  hom- 
mes, mais  aussi  en  parlant  des  animaux,  car  on  lit  chez  Ibn-akhî-Kho- 
zam  ,   Traite  (Thippialrique  (man.   o28  et  299(2),  fol.  57  r"  et  v"^):  iC.cblc 

xftJlc  ^s_yUo  ^^  j._^j  Ji'  ^.b  '^i\j<l\  ^4.^'S  q1  i>.-M^Jt ,    «  Le   signe  de   la 

phlhisie  chez  une  bête,  c'est  qu'elle  maigrit  de  jour  en  jour ,  quoiqu'elle 
mange  autant  qu'à  l'ordinaire.  » 

'^Metraphus  h,-lat,  (pas  dans  Ducange).  Dans  un  inventaire  de  l'an- 
née 957,  publié  par  Villanueva  (Yiage  literario,  VI,  274),  on  lit:  «pal- 
lies greteschos  IIIÏ,  et  alios  pallies  XXVI,  melraphos  VI,  et  trapos 
polemitos  lïll,  tapitos  veteres  III,»  etc.;  au  lieu  de  et  trapos  il  faut  lire 
metraphos.  Ce  metraph  est  l'arabe  Lii2^  (mitraf) ,  qui  désigne  un  vêle- 
ment ou  un  châle  de  forme  carrée,  fait  de  soie  et  avec  des  figures  d'une 
autre  couleur  aux  deux  extrémités.  Dans  un  passage  cité  par  Reiske 
[Abidfedae  Annales,  I,  Adnol.  hisl.,  p.  32),  un  calife  le  porte  autour 
du  cou. 

Mesquita,  i7a/.  meschila,  /r.  mosquée,  deiA:^.^./*  (mesdjid)  qui  désigne 
«un  lieu  où  l'on  se  prosterne»   {sadjada). 

Mezquino,  pg.  mesquinho,  /"r.  mesquin,  de  ^a<m^/>  [mesquin)  qui  si- 
gnifie pauvre,  malheureux,  misérable, 

*  MiRAc  pg.  (abdomen)  du  plur.  ^^L-*  (pxarâcc) ,  les  parties  tendres  et 
délicates  du  ventre,  abdomen;  voyez  Lane  et  comparez  Avicenne,  I,  455. 

MiRAMAMOLiN  de  ^kA^^\ ^\  [émir  al-mouminin),  commandeur  des  croyants. 

MiSTico,  cat.  meslech  (sorte  de  navire),  de  gwb-M^y«  (mistah)  qui  se 
trouve  chez  Maccarî,  II,  765,  1.  15  et  18,  dans  la  même  signification, 
bien  qu'elle  manque  dans  les  lexiques. 

*  M.  E.  a  trouvé  ce  mistico  dans  une  note  de  M.  de  Gayangos  (trad. 
de  Maccarî,  II,  527),  qu'il  aurait  dû  citer,  car  mistico  n'est  pas  dans 
les  dictionnaires.  Selon  le  savant  espagnol  que  je  viens  de  nommer, 
c'est  une   altération   du  catalan  meslech.     Celte   forme   semble  favorable 

à  la  prononciation  ^JL^/i,  mesteh  comme  écrit  M.  de  Gayangos,  ^L^a 

comme  M.  Dugat  a  fait  imprimer  dans  l'édition  de  Maccarî.     Mais  celle 
apparence   est  trompeuse,   et  dans  les  corrections  jointes  à  l'édition  de 

Maccarî ,   M.  Fleiscber  a  dit  avec  raison  qu'il  faut  prononcer  ^«b^^^-^ 


315 

{mosallah  ou  moscUeh).  Eu  elFet,  M.  Auiari  (/  diplomi  arahi  (tel  /*. 
fïrchivio  /lorenlino)  a  trouve  le  mot  écrit  avec  ces  voyelles,  non-seulement 
dans  les  documents  qu'il  a  publiés  et  où  il  est  fréquent  (p.  24,  25,  26, 
27,  32,  34,  39,  43),  mais  aussi  dans  un  ancien  dictionnaire  arabe- 
latin  de  la  Ricciardiana ,  où  il  est  expliqué  par  armata ,  harca  armala 
(voyez  p.  401).  On  le  trouve  aussi  chez  des  auteurs  égyptiens,  p.  e. 
chez  Macrîzî  (II,  193  éd.  de  Boulac).  Aujourd'hui  il  ne  semble  plus  en 
usage,  car  Boclhor  ne  l'a  pas  et  l'éditeur  égyptien  de  Maccarî  a  fait 
imprimer  ^Li.ccwyc,  ce  qui  est  une  faute. 

MiTicAL  (espèce  de  monnaie  dont  on  se  servait  au  moyen  âge)  do 
J>.ftîu  {milhcdl).  On  trouve  [*  en  port,  les  formes  malical,  metical,  mili- 
tai] y  au  pluriel  melhcaes  chez  S^  Uosa  ,  en  vieux  castillan,  melical , 
mclcal,  [*  metgal  chez  Berganza]  ;  mencal  et  mercal  ne  sont  que  des 
corruptions,  car  les  lettres  ti ,  n  et  r  se  confondent  dans  les  anciens 
manuscrits,  comme  l'a  très-bien  remarqué  Sanchez.  Seulement  ce  savant, 
qui  ne  connaissait  pas  l'étymologie  du  mot  en  question,  s'est  trompé 
en  prenant  mencal  pour  la  forme  primitive.  [*  Métal  et  meleal  chez 
Berganza,  mcclial  dans  Muiloz,  Fueros ,  I,  247,  sont  aussi  des  fautes], 

*  MocADao  pg.  (patron  de  barque)  de  ^^JLa  (mocaddam) ,  chez.  P.  de 
Alcala  pilolo  de  mar  principal. 

''MoçAFo,  mosefo  pg.  (le  Coran),  de  oi^s^ax  (moçhaf), 

*  MoçuAQUiM  pg,  (racine  médicinale  qu'on  tire  de  xMozam bique)  semble 
être  J\^^.^*é^  (miswâc),  «dentifricium  ,  seu  lignum,  quo  os  sive  dentés 
defricantur»  (Freylag).  Selon  M.  Prax  (dans  ia  Hevue  de  rOrienl  et  de 
rAlg.y  VI,  543)  et  Naggiar,  c'est  Técorce  de  la  racine  du  noyer. 

*  MoFTi  pg.,  mefti  chez  Marmol,  Reb.  de  los  Moriscos ,  fi\  mufti,  est 

^yJLA     {mOftî). 

*MoGANGAS,  moganguice  jo^.  (mouvements,  signes,  que  font  les  amants 
avec  les  mains  ou  la  bouche) ,  semble  formé  de  ^^x.à  (gondj),  qui  a  le 
même  sens.  Sur  la  syllabe  mo  il  faut  comparer  ce  que  je  dirai  sous  moharra. 

'  MoGATR  (vernis  qui  couvre  la  faïence)  )  Cobarruvias ,    Marina   et   M. 

*  MoGATo,  niogigalo  (hypocrite)  J  Muller  font  venir  ces  mots 
«le  ^jc-^^  (mogallî)  et  de  j_/i«^  (mogallâ),  les  participes  actifs  et  passifs 
de  j^Liê  (gatta),  couvrir.  Cette  opinion  me  paraît  assez  plausible;  seule- 
ment je  n'ai  pas  trouvé  dans  les  dicl.  ou  chez  les  auteurs  arabes  des 
mots  dérivés  de  gaUâ  et  qui  signiGeraient  hypocrite  ou  vernis. 


316 

*MoiiAMAR,  moammar  (pas  dans  les  dict.).  Lima  mohamar  ou  moam- 
mar  est  dans  la  Carpinteria  de  lo  blanco  le  nom  d'une  des  poutres  angu- 
laires d'une  charpente.  Il  semble  que  c'est  ^«♦..x-x»  (mo'ammar),  le  par- 
ticipe du  verbe  'ammara,  qui  signifie  souvent,  bien  que  Freytag  ait 
négligé  de  le  dire,  faire  construire ^  faire  bâtir;  mais  s'il  en  est  ainsi, 
je  ne  vois  pas  pourquoi  cette  poutre  a  reçu  ce  nom. 

'*'  MoHARRA ,  muharra  (fer  qui  est  au  haut  de  la  hampe  d'un  drapeau 
ou  d'un  étendard).  Je  trouve  dans  Burckhardt  {Notes  on  the  Bédouins, 
p.  30):  «La  pointe  de  fer  au  moyen  de  laquelle  on  fiche  la  lance  en 
terre,  s'appelle  harhe,  nom  que  les  Syriens  appliquent  à  la  pointe  supé' 
rieure  ;  »  dans  Berggren ,  à  l'article  latice  :  «  le  fer  ou  l'acier  en  forme 
d'un  petit  javelot  au  bout  de  la  lance,  s-appelle  iCj^.:>  ;  »  Freytag  a  aussi 
ce  mot  dans  le  sens  de  «cuspis  hastilis,»  et  on  lit  dans  les  Mille  et 
une  nuits  (IV,  18  éd.  Habicht):  lXjlXj^î  ^  iCj^^  ^as^  \.<\Aj  I^J^La», 
«  ils  prennent  alors  une  lance  garnie  d'une  harba  de  fer  ;  »  cf.  1 ,  492 , 
1.  15  éd.  Macnaghten.  Je  me  tiens  donc  persuadé  que  harra  dans  mo- 
harra  est  uue  altération  de  ïiij=>  (harba),  La  syllabe  mo  ou  mu  est  de 
trop;  mais  comme  une  foule  de  mots  arabes  commencent  par  elle,  il 
n'est  pas  étonnant  que  les  Esp.  l'aient  ajoutée  parfois  là  où  elle  ne 
convenait  pas.  Dans  mogangas  et  moheda  ils  ont  fait  la  même  chose  ; 
comparez  aussi  mon  article  borcegui. 

*  Mon  ARRACHE.       VoyCZ    MASCARA. 

MoHATRA  (usure)  ? 

"^  On  sait  que  mohalra  (pg.  mofatra),  qu'anciennement  on  employait 
aussi  en  français,  signifie:  contrat  ou  marché  usuraire,  par  lequel  un 
marchand  vend  très-cher,  à  crédit,  ce  qu'il  rachète  à  très-vil  prix, 
mais  argent  comptant.  M.  E.  aurait  pu  trouver  dans  mon  Glossaire  sur 
le  Bayân  (p.  25)  que  c'est  l'arabe  «.bl^y^  {mokhdtara) ,  comme  M.  De- 
frémery  et  M.  Millier  l'ont  dit  aussi.  Ce  mot  signifie  hasarder,  risquer 
(Humbert,  p.  90),  et  ce  qu'on  appelle  mohatra,  est  chez  les  Arabes 
«.i^L.^.-^  !c-A.j ,  vente  où  l'on  court  des  risques  (Boclhor  sous  mohalra)  ; 
comparez  Mille  et  une  nuits ,  IV,  181,  1.  14  et  16  éd.  Macnaghten. 

*  MoiiEDA ,  moeda  (forêt) ,  de  \^jJ^  (gcidha)  qui  a  le  môme  sens  et  par 
lequel  P.  de  Alcala  traduit  moheda.  La  syllabe  mo  est  de  trop  comme 
dans  mogangas  et  moharra  (voyez  ce  dernier  article);  quand  on  la  sup- 
prime,  le  changement  de  gcidha  eu  heda  ou  cda  est  régulier,   car  le 


517 

gain  est  quelquefois  rendu  par  le  k,  ou  Lien  on  le  retranche;  voyez 
l'Introduction ,  p.  14. 

MoMiA,  il.  muiumia,  fr.  momie,  de  *-a-x^  (Bocthor)  ou  La-^^^-x  (Ri- 
chardson)  {moumiija) ,  dérivé  de  moum,  cire. 

Mo«pi  (brigand,  voleur).  L*arabe  ^iûA  (monfi  suivant  la  prononcia- 
tion espagnole,  au  lieu  de  monfa)  est  le  participe  passif  de  la  4*^  forme 
du  verbe  ^^JlJ  (nafa),  laquelle  signifie  exiler.  Voyez  P.  de  Alcala  aux 
mots  desterrar ,  desterrado.  C'est  donc  proprement  un  exilé,  un  out- 
law; mais  comme  ces  exilés  se  livraient  au  brigandage,  ce  terme  a 
reçu  le  même  sens  que  l'espagnol  salteador, 

*MoNzoN,  pg,  monçao,  chez  Moraes  aussi  mouçao,  ilal.  mussone,  fr, 
mousson,  de  ^y»  {mausim).  Ce  mot  arabe  signifierait  selon  Freytag: 
«  lempus  quo  conveniunt  solenniter  peregrinantes  ad  Meccam ,  nundinae 
solennes;»  mais  c'est  en  général:  époque  fixe,  fête  qui  a  lieu  à  une 
époque  fixe  de  Tannée.  Ibn-Batouta  (III ,  454)  raconte  que  les  musul- 
mans de  rinde  célèbrent  chaque  année  six  fêtes  et  il  leur  donne  le 
nom  de  mawâsim  (plur.  de  mausim).  Maccarî  (Seconde  partie,  III,  183, 
1.  5  éd  de  Boulac)  applique  le  même  mot  à  plusieurs  fêtes  musulmanes, 
à  celle  du  premier  Redjeb ,  du  premier  Cha'bân ,  etc.  Dans  le  Calâyid 
d'al-Fath  (p.  231  de  l'édit.  de  Paris)  et  chez  Maccarî  (Seconde  partie, 
III,  11,   1.  4)   mawâsim    est   le   synonyme    de    oLa-cî,  fêtes;  dans  les 

Mille  et  une  nuits  (1,  152  éd.  Macnaghten)  c'est  =  -^L  Chez  Bocthor 
mausim  est  fêle,  réjouissance  publique  avec  foire,  chez  Naggiar  foire, 
et  chez  P.  de  Alcala  c'est  Pâques.  Chez  Maccarî  (I,  660,  1.  3)  on  lit 
qu'un  poète  avait  la  coutume  'd'envoyer  des  vers  au  sultan  Aiyoubide 
Al-melic  al-'âdil  ày^^^  (•.A*.|>*.iî  ^i,  «à  l'occasion  des  mawâsim  et  des 
changements  de  saison  ;  »  après  quoi  cet  auteur  cite  un  petit  poème 
composé  sur  l'arrivée  de  l'hiver.  Peut-être  mawâsim  a-t-il  ici  aussi  le 
sens  de  fêtes  et  non  pas  celui  de  saisons,  attendu  que  les  J^-xi-j  ou 
saisons  sont  nommées  également  j  cependant  il  est  clair  qu'un  mot  qui 
signifie  époque  fixe ,  a  pu  être  facilement  appliqué  aux  époques  de 
chaleur  et  de  froid,  de  sécheresse  et  d'humidité,  qui  reviennent  régu- 
lièrement chaque  année;  et  de  cette  manière  mausim  a  reçu  le  sens  de 
saison,  mais  dans  l'acception  orientale  du  mot.  Ainsi  les  marins  arabes 
emploient  spécialement  mausim  pour  désigner  la  saison  qui  leur  est 
favorable  pour  se  rendre  par  mer  aux  Indes,  la  mousson  de  l'ouest 


518 

comme  nous  disons.  C'est  ce  que  nous  apprenons  par  Niebuhr  {Reizc 
naav  Arabie,  I,  421),  qui  s'exprime  en  ces  termes:  «Dans  le  Yémen 
on  donne  le  nom  de  mausim  aux  quatre  mois  d'avril,  de  mai,  de  juin 
et  Je  juillet,  dans  lesquels  les  navires  des  Indes  orientales  remettent  à 
la  voile.»  Les  habitants  de  l'Archipel,  comme  l'a  remarqué  M.  Veth 
dans  une  llevue  hollandaise,  disent  mousim  au  lieu  de  mausim  (de  même 
mouloud  pour  maidotid,  moula  pour  maulâ) ;  chez  eux  c'est  saison,  et 
selon  la  nature  du  pays  qu'ils  habitent,  ils  en  appellent  une  mousim 
kèring  o\x  panas,  c'est-à-dire,  saisoîi  sèche  ou  chaude,  et  une  autre 
mousim  oudjan  ou  dingin ,  saison  humide  ou  froide»  «Mais  comme  dans 
cette  partie  du  monde,»  continue  le  savant  que  je  viens  de  nommer, 
«les  saisons  sont  entièrement  déterminées  par  les  vents  périodiques, 
qui^  soufflent  avec  une  régularité  singulière,  on  a  transporté  le  nom  de 
mousim  aux  vents  d'est  et  d'ouest  qui  alternent  régulièrement.  Actuel- 
lement on  parle  donc  aussi  d'un  mousim  berat  ou  mousson  de  l'ouest, 
ainsi  que  d'un  mousim  timor  ou  mousson  de  l'est ,  et  dans  ces  exprès* 
sions  le  mol  dont  il  s'agit  indique  le  vent  lui-même.  Lesquels^  des 
Arabes,  des  habitants  de  l'Archipel  ou  des  Européens,  ont  été  les  pre- 
miers à  lui  donner  ce  sens?  Il  est  impossible  de  le  dire  avec  certitude; 
cependant  les  premières  traces  de  l'emploi  du  mot  dans  cette  acception 
se  trouvent  chez  les  auteurs  portugais ,  et  Ton  s'explique  facilement 
pourquoi  les  Portugais,  qui  ont  été  les  premiers  navigateurs  européens 
dans  la  mer  des  Indes,  ont  pris  Je  mot  arabe,  qui  signifiait  saison, 
dans  le  sens  de  vent  périodique  et  réglé ,  soufflant  dans  chacune  des 
deux  saisons.  La  transition  est  très-claire  chez  de  Barros.  Après  avoir 
parlé  des  vents  périodiques  sur  les  côtes  d'Afrique,  il  continue  en  ces 
termes  (Dec.  III,  Liv.  IV,  c.  VII,  t.  III,  part.  1,  p.  456  de  l'édit.  de 
Lisbonne,  1777):  «Estes  taes  tempos  por  serem  geraes  pera  navigar  a 
certas  partes,  e  nao  a  outras,  commummente  os  mareanles  nossos,  con- 
formando-se  com  os  daquelle  Oriente ,  chamam-lhe  monçao ,  que  quer 
dizer  tempo  pera  navegar  pera  tal  parte  *.  »     Evidemment  monçao  est  ici 


l)  De  mon  côté  je  me  permettrai  de  citer  encore  ce  passage  de  Thévenot  [Voyages, 
II,  311):  «Depuis  ce  temps  plusieurs  vaisseaux  viennent  à  Bassora,  chargés  de  marchan- 
dises des  Indes;  et  le  temps,  ou  Monson,  comme  ils  l'appellent,  auquel  viennent  les 
vaisseaux,  est  au  mois  de  juillet;   et  ils  y  demeurent  jusqu'à  la  liu    d'octobre;   passé  lequel 


519 

encore  la  saison  propre  à  naviguer  vers  une  certaine  contrée,  cl  ce  mot 
a  le  môme  sens  dans  l'expression  fora  da  monçao,  hors  de  saison;  mais 
ailleurs  et  chez  le  même  écrivain,  c'est  le  vent  réglé  qui  souflle  pendant 
celle  saison,  p.  c.  Dec.  II,  Liv.  IV,  c.  4  (t.  II,  part.  1,  p.  419  de  l'édit. 
cilée)  :  «venlo  gérai,  a  que  elles  cliamam  monçao.  »  Dans  ce  dernier 
sens  les  Portugais  ont  transmis  le  mot  à  tous  les  peuples  navigateurs 
de  l'Europe,  et  vraisemblablement  les  habitants  de  l'Archipel  ont  appris 
des  Européens  à  l'employer  ainsi.  »  Quant  à  l'orthographe ,  M.  Velh 
observe  qu'en  portugais  la  forme  la  plus  ancienne  semble  être  mouçao, 
qui  se  trouve,  non-seulement  dans  le  dicl.  de  Moraes,  mais  aussi  dans 
l'édilion  de  Barros  de  l'année  1555,  quoique  seulement  dans  le  premier 
passage,  car  dans  le  second  on  lit  moncao ,  ce  qui,  selon  l'opinion  de 
M.  Velh,  pourrait  bien  être  une  faute  d'impression.  L'édition  de  1628 
a  partout  moncao.  Mouçao  s'accorde  mieux  avec  mousim ,  et  l'on  remar- 
que également  ce  r)\ou  dans  les  formes  fr.  et  ilal.  ;  mais  l'insertion  du 
n  dans  monçao,  monzon ,  se  trouve  aussi  dans  plusieurs  autres  mois; 
voyez  rintrod. ,  p.  24. 

MoRABiTo  (ermite)  de  2a^^^.A  {morâbil)  que  P.  de  Alcala  traduit  par 
ermilano:  le  mol  râbita,  de  la  même  racine,  signifie  un  ermitage  {crmita). 
Ces  significations  manquent  dans  les  lexiques. 

*  Plusieurs  autres  formes  en  port.  C'est  le  mot  dont  les  Français 
ont  fait  marabout j  et  qui,  comme  on  sait,  ne  doit  pas  toujours  se  tra- 
duire par  ermite. 

*3IoRCUM,  morgom  b,-lat.  |  Le  verbe  ^^  (racama)    signifie  tisser  des 

*  Margomar  (broder)  j raies  dans  une  étoffe,  et  le  participe  passé 
^y^j^  (nmrcôm)  a  par  conséquent  le  sens  de  rayé.  Dans  une  charte 
publiée  par  Yepes  (Coronica  de  la  Orden  de  San  Bénite,  V,  fol.  424  r**), 
on  trouve  nommé  parmi  les  couvertures  de  lit:  «aliphafes  vullurinos  V, 
almorallas  morgomes  VI;»  c'est  exactement  l'arabe  j»>ï^Ji  [J'-*^^y  «petit 
tapis  rayé.»  Dans  un  autre  document  [Esp.  sagr.  XXXVI,  p.  lx)  on 
lit:  «et  1res  mantos,  unum  ciquilatonem,  et  duos  morgones,»  et  plus 
loin:  «et  unum  amitum  margoniae  ;  »  mais  je  crois  devoir  substituer  à 


temps  ils  ne  pourraient  plus  sortir  du  fleuve,  à  cause  des  vents  contraires;  et  justement 
alors  commence  lo  Monson  pour  passer  aux  Indes,  qui  dure  jusqu'au  commencement 
de  mai.  •> 


320 

ce  dernier  mot:  margome  {ni,  écrit  sans  point,  est  m,  et  l'on  sait  que 
ae  s'écrivait  e).  Dans  ces  trois  passages  le  mot  en  question  est  employé 
comme  un  adjectif;  mais  les  Arabes,  quoique  Freytag  ait  négligé  de  le 
dire,  l'emploient  aussi  substantivement  dans  le  sens  de  tapis  rayé.  Au 
rapport  de  Burckhardt  {Notes  on  the  Bédouins,  p.  22),  l'appartement 
des  femmes,  dans  les  tentes  des  Bédouins,  est  séparé  de  celui  des 
hommes  par  un  tapis  blanc  de  laine;  «si  l'étoffe  de  laine,»  ajoute-t-il, 
«est  entrelacée  de  fleurs,  on  l'appelle  markoum.y*  Chez  M.  Prax  {Com- 
merce de  l'Algérie,  p.  28)  on  lit:  «Grands  tapis  de  Tripoli  appelés  mar' 
goum,  pi.  maragtiim ,  r>  et  chez  le  capitaine  Lyon  {Travels  in  Northern 
Africa,  p.  153):  «morgoom,  long  tapis  rayé.»  Dans  une  charte  citée 
par  S\  Rosa  (à  l'article  alveici)  on  trouve  de  même:  «Vestes  eccle- 
siasticas  III,  dealbas  duos,  duos  saibis(?),  et  unum  morcura.»  Mais  le 
verbe  racama  a  en  outre  le  sens  de  broder,  qui  n'est  pas  dans  Freytag. 
Chez  P.  de  Alcala  le  substantif  raccdm  est  hordador ,  et  le  participe 
marcoum,  hordado  et  figurada  cosa  cou  aguja;  cf.  Mille  et  une  nuits,  I, 
567,  1.  3,  4,  608,  1.  5  a  f.  éd.  Macnaghten  ;  VII,  277  éd.  Habicht, 
où  l'édition  de  Macnaghten  (II,  222)  a  le  synonyme  j^.  De  là  le  verbe 
esp.  recamar,  qui  signifie  également  broder;  mais  anciennement  on  em- 
ployait dans  le  même  sens  le  verbe  margomar,  qui  est  formé  du  par- 
ticipe arabe  *.  Ensuite  on  a  formé  de  ce  margomar  le  substantif  mar- 
gomadura ,  qu'on  cherche  en  vain  dans  les  dict.,  mais  qui  se  trouve 
parfois  dans  les  actes  des  Certes  du  XIV^  siècle  avec  le  sens  de  bordure, 
p.  e. :  «Et  por  la  piel  o  por  el  capuz  ssin  margomaduras  o  ssin  fforra- 
duras  un  mr. ,  et  ssi  fîuere  con  margomaduras  o  con  fforraduras,  capuz 
0  piel,  quinze  dineros»  {Cortes  de  Léon  y  de  Castilla,  II,  80);  de  même, 
ihid,,  p.  97. 

*MosLEMiTA,  par  contraction  mollita,  pg,  (renégat,  celui  qui  a  renié 
la  religion  chrétienne  pour  embrasser  l'islamisme) ,  de  JL*^  {moslim) , 
musulman, 

"*  MoxERABA  bAat,     Voyez  almoxarra. 


l)  Victor  a  fait  une  lourde  bévue  en  expliquant  ce  margomar,  qu'il  nomme  «antîguo 
verbe.»  On  sait  que  broder  est  en  latin  plwnare;  aussi  Victor  a-t-il  trouve'  margomar 
expliqué  de  cette  manière  dans  un  dict.  esp.-Iatin;  mais  ne  comprenant  pas  ce  phiviaro , 
il  en  a  fait  ceci:    «plumer,  déplumer,  arracher  les  plumes;  et  selon  d'autres,  emplumer. » 


7.-21 

*  Moxi.  Selon  i'Acad.  (sous  cazuelà)  on  donne  le  nom  de  cazuela 
moxi  (à  Murcie  cazuela  moxil)  à  une  sorte  de  lourle  apprêtée  dans  une 
casserole  (cazuela)  avec  du  fromage,  du  pain  râpé,  des  aubergines,  du 
miel  et  autres  ingrédients;  et  le  Père  Guadix  a  déjà  reconnu  dans  ce 
moxi  l'arabe  ^^-^jj^v-vo  {mohcht),  farci.     Dans  Tarabe  littéral  on  dirait 

j^xi.j<'wo,  mahchi  (le  participe  passif  de  la  1"  forme  du  verbe),  mais  dans 

la  langue  vulgaire  on  dit  mohcltî  ;  Alcala  a  cette  forme  sous  alfaxor, 
et  Ton  en  trouvera  quantité  d'exemples  chez  Berggren  à  l'article  cuisine. 
Selon  toute  apparence,  le  même  moxi  se  trouve  dans  le  port,  rnoxini- 
fada  (mélange  de  différents  mets  ou  boissons). 

Mozarabe,  [*  muztarabe  dans  Muiloz,  Fiieros,  I,  560,  pg,  mosarabe, 
musarabe].  Par  ce  nom  on  désignait  les  chrétiens  qui  vivaient  au 
milieu  des  Maures ,  et  en  particulier  ceux  de  Tolède  qui  avaient  dans 
cette  ville  six  églises  pour  y  exercer  leur  culte.  Il  dérive  de  uj.«Xav^ 
(mosta'Hh),  arabisé,  nom  que  les  Arabes  donnaient  aux  tribus  étrangères 
qui  vivaient  au  milieu  d'eux. 

*  MuDBAGE  b,-lal.  (pas  dans  Ducange).  Dans  un  document  de  1147, 
cité  par   S^    Rosa   (à  l'article   acilara) ,   on  lit:    «Très  cappas,   una  de 

ciclalon,   et  alla  mudbage, et  una  acilara   de  mudbage.  »     C'est 

l'arabe  ^jJ^  Cmoudabbadj) ,  étoffe  de  soie  brodée  ou  brochée  d'or. 

MuDEJAR  (Mauresque  vivant  sous  la  domination  des  chrétiens)  de  ^L^^ 
(modjâr),  «celui  qui  est  sous  le  patronage  d'un  autre.»  Plus  tard 
on  donnait  en  Barbarie  le  nom  de  Mudejares  aux  Mauresques  de  Grenade, 
et  celui  de  Tagarinos  à  ceux  d'Aragon;  cf.  D,  Quijoie,  I,  ch.  xli.  Ce 
dernier  est  l'arabe  (^^—i-i  (ihagri) ,  de  ihagr ,  la  frontière.  L' Aragon 
était  désigné  en  particulier  par  le  nom  de  at-thagr  al-a'lâ,  la  frontière 
supérieure.  De  ce  mot  arabe  dérive  encore  le  nom  des  Zegris,  qui  est 
bien  connu  par  les  romances  mauresques. 

*  M.  Miiller  remarque  avec  raison  que  l'étymologie  de  miidéjar,  donnée 
par  M.  E. ,  est  inadmissible ,  d'abord  parce  que  l'intercalation  de  la 
syllabe  dé,  qui  a  l'accent,  serait  inexplicable,  ensuite  parce  que  le  terme 
par  lequel  on  désignait  les  Mauresques  qui  vivaient  sous  la  domination 
chrétienne,  n'était  pas  modjâr,  mais  ^^J<a,  moudeddjan.  M.  Millier  a 
traité  de  ce  terme,  qui  manque  dans  les  dictionnaires,  non-seulement 
dans  ses  remarques  sur  le  livre  de  M.  E.,  mais  aussi  dans  un  opuscule 

41 


322 

(|iril  a  puMié  deux  années  plus  lard  sous  ce  litre:  Die  lelzten  Zeiten 
von  Granada  (p.  137,  138).  Il  cite  ces  passages:  Ibn-al-Khatîb,  Nofddha 
al-djirâb,  man.,  fol.  135:  Kj^Uij  J^c  ^\  xjà.^^'^i  kâ>lX/«  ^^  J^>j  >  «un 
homme  des  moudeddjan  de  Lisbonne  ou  du  district  de  Pampelune  ;  » 
Maccarî,  II,  810,  1.  19:  ^^^A:>l\J1^  ^^3wjyil  hsxa^  -.^Ji  ^_^i  ^j^xJÎ  J^>o» , 
«Tennemi  arriva  dans  la  Vega  (de  Grenade),  accompagne  des  apostats 
et  des  moudeddjan  ;  »  à  peu  près  les  mêmes  paroles  se  trouvent  dans 
Topuscule  arabe  publié  par  M.  Miiller,  p.  40,  1.  12;  cf.  ibid. ,  p.  41, 
1.  5.  Puis,  pour  prouver  que  les  mudéjares  s'appelaient  aussi  q> Js.il  J^l 
{nhl  ad'dadjn)  ou  ^.->lXJî  {ad-dadjn)  tout  court,  il  cite  Maccarî,  II, 
812,  1.  19,  Ibn-Khaldoun,  Hist,  des  Berbères,  I,  401,  1.  1  (la  bonne 
leçon,  ^^^tXJî,  et  non  pas  ^.i>cXJî  comme  porte  Tédilion,  se  trouve 
dans  un  man.  du  Musée  britannique,  Addit.  MS.  n°.9575,  que  M.  Wright 
a  bien  voulu  collationner  pour  moi  en  quelques  endroits),  II,  557,  1.  7. 
Quant  à  la  signification  de  ces  termes,  il  faut  observer  que  le  verbe 
^>o>  {dadjana)  signifie  à  la  1'*^  et  à  la  4''  forme  demeurer  ^  rester  qL<^j 
dans  un  endroit  (voyez  Lane).  Ad-dadjn  (cet  infinitif,  employé  en  ce 
sens,  est  dans  Lane)  est  par  conséquent:  rester  là  où  Von  est,  ne  pas 
émigrer  lorsque  le  pays  où  l'on  demeure  est  tombé  au  pouvoir  d'un 
prince  chrétien.  Ainsi  on  lit  dans  le  texte  publié  par  M.  Mtiller  (p.  52, 
1.  5)  que  les  Grenadins  qui  émigrèrent  vendirent  leurs  terres  et  leurs 
maisons,  soit  à  des  chrétiens,  soit  à  des  musulmans  ^Jlc  î_^/ci£  ^^^Cs.l\ 
^>iX]t,  «qui  avaient  l'intention  de  rester»  (==  de  devenir  Mudéjares); 
et  plus  loin  (p.  53,  dcrn.  1.):  ^-:>^^3  iC.^L'i'^î  ^Is^  [^^j^ ,   où  ^:>L\it 

est  le  synonyme  de  iC/«U^t  (rester   là  où  l'on  est  ;  ^.ijw-J5  dans  le  man. 

n'est  que  la  prononciation  adoucie  de  ^=>yXl\).  La  2e  forme  doit  signi- 
fier: faire  ou  laisser  demeurer,  permettre  à  quelqu'un  de  rester  là  où  il 
est,  ne  pas  le  forcer  à  émigrer,  et  le  participe  passif  moudeddjan , 
comme  M.  Millier  Ta  observé:  celui  auquel  on  a  donné  la  permission 
de  rester  là  où  il  est.  C'est  ce  qiri  s'accorde  parfaitement  avec  les  paroles 
de  Marmol  {Eebelion  de  los  Moriscos ,  fol.  33  a),  qui  dit  que  les  Mudé- 
jares sont  «  los  que  se  quedaron  en  Esparia  en  los  lugares  rendidos.  » 
La  5^  forme  du  verbe  se  trouve  dans  le  texte  publié  par  M.  Miiller 
(p.  32,  1.  8)  avec  le  sens  de  devenir  Mudéjar. 


MuLEY,  dans  plusieurs  nouis  propres,  n'est  qu'une  alléralion  tic  l'arabe 
^^'^_^^  (inaulâyà) ,  mon  seigneur. 

*  Musa  (pas  dans  les  dict.).  Lima  musa  est  dans  la  Carpinteria  de  lo 
blanco  le  nom  d'une  des  poutres  angulaires  d'une  charpente.   Je  présume 

s 

que  c'est  une  altération  de  ,fi)|>^,  l5;'>^  (mowâzî),  parallèle,  la  poutre 
qui  est  parallèle  à  une  autre. 

*iMusELiNA,  pg,  murselina,  musselina ,  fr,  mousseline,  de  j^^JLj^^-^ 
{maucili) ,  l'adjectif  de  J^^  Jl  {al-Maucil) ,  nom  d'une  ville  sur  la  rive 
droite  du  Tigre,  en  français  Mosul,  Mossoul,  Moussel,  où  l'on  fabriquait 
les  éloITes  légères  appelées  mousselines.  Les  Arabes  emploient  maucili 
dans  le  même  sens,  p.  e.  Mille  et  une  nuits ,  I,  176,  II,  159  éd. 
Macnaghten. 
""  MuzA  val.  I  Le  second  mot  est   donné  par  Berganza,  dans  le 

*  MuzLEMO  rt.  esp.  J  petit  vocabulaire  qui  se  trouve  à  la  fin  de  ses 
Anlig.  de  Esp.,  avec  l'explication  «barbaro,  rustico.»  On  voit  que  c'est 
Tarabe  ^JL%^yo  (tnouslim) ,  musulman.  Le  premier ,  que  Rùs  explique  par 
"  Sarraceno ,  »  ne  peut  guère  être  autre  chose  qu'une  altération  du 
même  mot. 

M. 

*  Nababo  f></.  (dans  les  Indes  orientales,  gouverneur  d'une  province), 
/r.  nabab,  angl.  nabob,  de  vl>J  (notiwâb),  plur.  de  v.^jLi  {nâïb) ,  qui 
signifie  proprement  lieutenant,  et  ensuite  vice-roi,  régent,  prince.  C'est 
par  erreur  qu'on  a  adopté  ce  mot  sous  la  forme  du  pluriel. 

Nadir  (terme  d'astronomie)  de  c>»^«.^î  -xlâi  (nadhir  as-seml)  qui  signi- 
fie le  point  opposé  au  zénith,  le  nadir. 

'Nafa,  nefa,  fr.  (eau  de)  naffe  (sorte  d'eau  de  senteur,  dont  la  fleur 
d'orange  est  la  base),  de  x^s^vài  (nafha) ,  odeur,  comme  l'a  observe  M. 
Dcfrémery  dans  le  Journ.  asiat.  de  1862,  I,  93. 

Nagubla  (cabane)  de  l'arabe  nagutla  (xiA*i  ou  sXjy  ?)  qui  désigne  une 
cabane  ou  une  étable  ;  voyez  P.  de  Alcala  aux  mots  casa  pagiza  o  pobre, 
casUla  pagiza,  chibilal  de  cabrilos,  rahurda,  choca ,  [* pocilga].  Toutefois 
ce  naguUa  n'admet  en  arabe  aucune  étymologie  plausible;  c'est  ce  qui 
ine  porte  à  croire  qu'il  est  d'origine  étrangère.  Serait-ce  un  mot  afri- 
cain?"    reul-étre  celui  dont  les  Romains  ont  fait  leur  magalia?    Je  ne 


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suis  pas  à  même  de  répondre  à  ces  questions,  ayant  cherché  en  vain 
ce  naguUa  dans  tous  les  glossaires  berbères  qui  sont  à  ma  disposition. 

*Nammeixies  val.  («espadas  anchas,  como  alfanges»  Rôs).  Ce  mot, 
qui  s'écrit  en  arabe  de  plusieurs  manières:  îc^^j,  sL^^i ,  L^ui,  xci-êi, 
et  qui  se  prononce  nimdj'a,  nimdje  ou  nimche,  est  d'origine  persane 
(&.5^4w^i,  «a  small,  little,  or  short  sword,»  Richardson)  et  désigne  en 
effet:  un  poignard  courbé  ressemblant  à  un  petit  sabre j  une  dague;  voyez 
M.  Fleischer  dans  sou  édition  des  Mille  et  une  nuits,  IX,  Préface,  p.  19, 
et  les  auteurs  qu'il  cite,  auxquels  il  faut  ajouter  Qualremère,  Hist.  des 
suit,  maml.,  1,2,  202.  Les  Berbères  emploient  aussi  ce  mot,  mais 
sous  la  forme  lemcha  ou  limcha  et  avec  le  sens  à''épée  longue;  voyez 
Hornemann,  Reise  von  Cairo  nach  Murzuck ,  p.  25,  le  vocabulaire  de 
Venture  dans  la  traduction  franc,  de  Hornemann,  II,  436,  Revue  de 
V Orient  et  de  l*Alg.,  nouv.  série,  X,  561. 

Naranja,  pg.  laranja  (pomme  d'orange),  de  ^i^li  (nârandj)  qui  dé- 
signe le  même  fruit.  De  ce  mot  arabe  il  faut  dériver  aussi  l'italien 
arancio  et  le  français  orange,  qui  a  été  altéré  par  l'influence  de  aurum, 

Nebli,  ["^  pg*  aussi  nebri]  (espèce  de  faucon).  P.  de  Alcala  traduit 
nebli  especie  de  halcon  par  ^^Jl-x-i  [neblî),  mot  arabe  dont  l'étymologie 
m'est  inconnue. 

"^  Je  ne  connais  pas  non  plus  l'origine  de  ce  mot.  M.  de  Gayangos 
(dans  le  Mem.  hist.  esp. ,  VIII,  469)  assure  hardiment  que  c'est:  «el 
halcon  criado  en  Niebla.»  C'est  une  de  ces  conjectures  sans  fondement, 
que  cet  auteur  ne  présente  que  trop  souvent  comme  des  vérités  incon- 
testables. Au  reste  ce  mot  était  déjà  en  usage  au  X^  siècle,  car  dans 
la  traduction  latine  du  calendrier  de  Rabî'  ibn-Zaid  publiée  par  Libri 
(Hist.  des  sciences  mathémat.  en  Italie,  1,  443)  on  lit  sous  le  mois  de 
septembre:  «Et  in  ipso  egrediuntur  falcones  allebliali  ex  mari  Oceano, 
et  venantur  usque  ad  principium  veris.  »  Actuellement  on  s'en  sert 
encore  en  Algérie;  voyez  M.  Daumas  dans  la  Revue  de  l'Orient  et  de 
VAlg.,  nouv.  série,  III,  235,  qui  écrit  el  nebala, 

Nenufar  (plante  aquatique)  de  ^^âaj  (neinoufar)» 

Nesga  (pointe  triangulaire  mise  à  une  robe,  etc.,  pour  lui  donner  de 
l'ampleur).  Cobarruvias  rattache  ce  mot  à  la  racine  ^-M^-i  (nasadja) , 
tisser.  Ceci  me  semble  inadmissible,  vu  que  le  dj  arabe  devant  le  a 
n'est  jamais  rendu  par  g. 


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*  M.  E.  se  Irompc:  la  syllabe  dja  est  rendue  quelquefois  par  ga;  on 
en  trouvera  des  exemples  dans  l'inlrod.,  p.  17.  Pour  ma  part  je  crois 
que  l*étymologie  de  Cobarruvias  est  bonne.  L^Acad.  dit  que  la  tiesga 
«  se  auade  y  entretexe  à  las  ropas ,  »  et  chez  P.  de  Âlcala  entrelexedura 
est  précisément  ,^sm^  (nesdj) ,  qu'il  écrit  nezg. 

*NiCAR.     •Cancionero  de  Baena,  p.  426: 

A  vuestra   muger  bien  ay  quien  la  nique. 
Les  éditeurs  le  dérivent   de  fornicar,    «suprimida  la   primera   silaba  ;  » 
l'arabe  «^'U  {nâca) ,    1"  personne  vi>>.^i  [nicto) ,   in  lin.  (;i5Lo  [neic) ,   paraît 
mieux  convenir.»  MUller. 

"*  NoQUE  (fosse  où  les  tanneurs  font  tremper  leurs  cuirs)  de  iC-cLa-i 
(tioqué^à),  «aqua  in  qua  maceratur  res.  »  Dans  une  liste  de  mots  tirés 
des